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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 20:27

Merci à Didier de m'avoir envoyé son texte et bonne visite sur son blog:

http://didierlevy98.blogspot.fr/

« Durant le sabbat, elles observèrent le repos selon le commandement ».

Au fil des célébrations de Pâques, vient celle où l’on prend conscience de ce que la chronologie pascale comporte une énigme : pourquoi donc Jésus n’est-il pas ressuscité dès son passage par la mort ? Il meurt et le sabbat commence, et avec lui ce temps de silence, ce temps comme suspendu qui s’étend jusqu’à la rupture du deuil du dimanche matin quand la Révélation est faite aux femmes venues au tombeau : «Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité ».

Et si la réponse se profilait dans ces localisations répétées que les récits évangéliques donnent de la mort de Jésus par rapport au sabbat et à la préparation rituelle de ce dernier. L’indication fournie par Luc « Durant le sabbat, elles observèrent le repos selon le commandement » n’apparaîtrait pas alors pour factuelle - le Livre n’est au demeurant pas fait pour être factuel ! - mais comme un signe destiné à guider l’intelligence de la foi dans l’éphéméride de la Résurrection.

Ephéméride qui se lirait en privilégiant l’idée que l'achèvement sur la Croix du parcours messianique étant consommé, la transcendance a acté sa promesse du salut pour l'humanité en s’ajustant sur la règle d'observance du sabbat. En s’insérant dans la rythmique des jours qu’elle a enseignée au peuple de son élection, et en se fixant sur l’assignation faite au ‘’septième jour’’ de son statut spécifique - un statut qui débordant le seul sabbat, posera un élément essentiel de la représentation anthropologique partagée par les trois civilisations issues des monothéismes : la consécration collective d’un jour de la semaine libéré de l’assujettissement à la quête de ressources matérielles, un espace réservé à la rencontre et à l’intimité avec l’Esprit et, plus amplement, à tout ce procède de la conviction que « l’homme ne se nourrit pas que de pain ».

Le Christ expire et est mis au tombeau avant que le sabbat ne commence- ceux qui l'ont fait condamner s'étaient inutilement inquiétés auprès de Pilate que son corps pût rester attaché à la croix le jour du sabbat : il rend l’esprit à la sixième heure et l'obscurcissement du ciel, temps de sabbat avant le commencement du sabbat, dure jusqu'à la neuvième. Cette économie du temps de la mort du Messie qui s’ordonne par rapport au repos sabbatique, a pour parallèle la symbolique calendaire de la Résurrection qui renvoie le constat et la proclamation de ce que le Christ est ressuscité au dimanche, c'est à dire à la fois au matin de Pâques et au jour suivant le sabbat.

Lecture qui donne ainsi à entendre dans « le troisième jour il est ressuscité des morts » la conjonction d’un alignement allégorique sur la Pâque et du parti qui serait pris de se référer au moment de ce constat et de cette proclamation. Reste cependant ouverte à l’interrogation spirituelle, face à la contemplation du mystère, la possibilité se représenter que la victoire du Christ sur la mort prend place, dans une compréhension de la chronologie non pas historicisante mais soutenue par le questionnement du sens, lorsque commence la nuit qui suit la levée du sabbat.

Au demeurant, en situant la venue au sépulcre des deux Maries « alors que commençait à luire le premier jour », ce qui signifie le plus probablement à l’apparition de l’étoile du soir, autrement dit à l’inauguration d’un nouveau jour (le repère de l’étoile du soir prévalant sur l’aube), Mathieu étaye ou encourage cette interprétation.

Une interprétation qui s’accorde à la puissance du lien qui rend inséparables l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. En ce qu’elle met dans toute sa lumière la dimension et la vocation de ce sabbat qui "a été donné aux hommes" pour être placé au cœur et comme à la charnière de la relation entre la transcendance et l’humanité.

Dimension qui s’illumine de ce que le dessein de Dieu dans l’accomplissement et la manifestation de la Résurrection épouse la temporalité que détermine et que règle la prescription du repos du 7 ème jour : car c’est bien d’un illumination dont il s’agit si la même suspension du temps ordinaire qui ouvre dans ce dernier l'intervalle ou le vide réservé à l’Esprit, vaut pour le déroulement des œuvres humaines et pour l’instant qui va enfermer l’impénétrabilité du fait inouï de la victoire du Messie sur la mort.

Instant que la transcendance a ainsi fait précéder de ce temps sabbatique, ce ‘’hors du temps‘’ dont dispose le travail de l’Esprit, comme s’il fallait que le monde en quelque sorte s’arrête et que son Créateur retienne son souffle avant que ne se produise la déflagration de la Résurrection annonciatrice pour chaque créature de la défaite de la mort et du salut.

Et pour faire mieux apparaître dans la chronologie pascale le passage du septième jour, dernier sabbat de l’Ancienne Alliance, au premier jour de la nouvelle séquence du projet de la transcendance, premier sabbat en devenir de la Nouvelle Alliance.

Demeure l’énigme dans l’énigme, ce « … est descendu aux enfers … » récité sans qu’on y prenne trop garde.

Cette descente aux enfers, par sa connotation hellénisante, a tout d’une formulation, ou d’une traduction, malheureuse : elle n’arrête pas la conception qui s’en forme au monde souterrain rendu par le mot hébreu shéol, mais renvoie l'imagination vers la représentation des enfers de la mythologie grecque - ce théâtre de légendes où siège le dieu des morts (dont le ‘’volage adorateur de mille objets divers’’ viendra ‘’déshonorer la couche’)’ et qu’habitent les héros fabuleux pour goûter aux « îles des Bienheureux » ou pour y recevoir leur châtiment ; des enfers auquel les défunts parviennent après que Charon les eut mis dans sa nacelle.

Pluriel dans un cas, singulier dans l’autre, ces ‘’enfers’’ qui contiennent tout le récit post testamentaire du samedi saint tendent à se confondre dans les représentations communes avec le lieu du châtiment éternel de Satan et des autres anges déchus ainsi que de tous les mortels morts sans s'être repentis de leurs péchés.

"Séjour des morts", en revanche, est moins susceptible de prêter à confusion et surtout s'accorde avec l'eschatologie chrétienne - sans lever en rien le mystère de la conformation et de la destination de ce séjour sensé être celui de l'attente.

Espace de l’attente ou figure proposée à notre intelligence de la foi ?

S’il s’agit d’une figure, elle serait projetée devant nous pour imager le passage, fût-il de l’ordre de l'instantanéité, de l'univers de la Création visible à l'Univers où la fin des temps est accomplie, et peut-être de toute éternité car le temps n’y a ni origine ni achèvement, de l'Univers dominé par la mort à l'Univers de la vie éternelle où la transcendance ne déploie aucun projet car tout projet est en elle pleinement et depuis toujours réalisé.

Un séjour des morts qui ne se situerait pas dans une chronologie du salut, qui ne constituerait pas un échelon ou un palier de cette chronologie, car la temporalité et les autres mesures qui bornent et ajustent notre monde, ou qui lui sont imparties pour en agencer ou en scander l‘existence, sont en tout étrangères, essentiellement nulles et non avenues, à la transcendance. Mais un espace des morts inclus dans l'unité qui est l'attribut de l'Etre, simple interstice par lequel s’opère la transition de la vie en humanité à l’incorporation des créatures humaines au règne du salut - un franchissement pour chaque créature et pour l’humanité entière dont l’ordonnancement est inconnaissable et inconcevable et dont l’espérance seule peut formuler la pensée, mais dont on présume qu’il a quelque chose à voir avec la belle formule d’Emmanuel Mounier évoquant ‘’l’insertion collective et cosmique de l’individu’’.

Dans cette vision de la résurrection universelle, l’espèce d’étape préalable qu’avait réservée le Christ ressuscité au séjour des morts apparaît comme une métaphore du passage entre les parallèles de la mort et de la vie, entre les parallèles de deux univers distincts ou disjoints mais appelés à se confondre - avec d’autres peut-être, insoupçonnés ou à peine entrevus - dans l’unité du Royaume qui serait la fin dernière. Une métaphore qui vient s'accorder à la mise en lumière de la puissance symbolique du sabbat que la transcription évangélique de l'histoire de la Révélation devait comporter et transmettre.

Didier Lévy

05 04 2015

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invité-es
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