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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 11:08
Invité-es: Katrin Agafia, Bartimée mon frère, Luc 18/35-43

35 Or il advint, comme Jésus approchait de Jéricho, qu’un aveugle était assis au bord du chemin et mendiait. 36 Entendant une foule marcher, il s’enquérait de ce que cela pouvait être. 37 On lui annonça que c’était Jésus le Nazaréen qui passait.

38 Alors il s’écria : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! » 39 Ceux qui marchaient en tête le rabrouaient pour le faire taire. Mais lui criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! » 40 Jésus s’arrêta et il ordonna de le lui amener. Quand il fut près, Jésus lui demanda : 41 « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Il répondit : « Seigneur, que je recouvre la vue. » 42 Et Jésus lui dit : « recouvre la vue ! Ta foi t’a sauvé. »

 43 À l’instant même, il recouvra la vue, et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, célébra les louanges de Dieu

 

Bartimée, mon ami, mon frère,

J’ai lu ce soir ton histoire, plusieurs fois. Et puis, j’ai fermé les yeux et je t’ai vu, là, sur le bord du chemin, assis sur le sol, comme un moins que rien. Tu étais aveugle : ta vie dépendait de la pluie, du froid et de la charité de chacun. Certains jours, tu mangeais à ta faim et d’autres fois tu grelottais sous un porche sans personne pour te tendre la main. Tu le savais, tu n’étais rien, tu ne possédais rien que ce désir de vie qui semblait s’obstiner à te porter. Moi, tu sais, en te voyant ainsi à la croisée des chemins, je me suis dit que j’avais peut-être beaucoup à apprendre de toi. Tiens, par exemple, tu passes ta vie à ouvrir les mains, pour mendier une pièce, un regard, un peu de dignité alors que mes mains sont si souvent crispées, par peur de se livrer.

Un homme pourtant avait retenu toute ton attention. On t’en avait parlé car il s’intéressait aux moins que rien, comme toi. On disait même qu’il préférait les pauvres et les marginaux aux riches et aux puissants. Je suis d’accord avec toi, c’était le monde à l’envers. Et un jour cet homme, ce Jésus, est passé tout près de toi. Et là, tu t’es mis à crier si fort que tu aurais pu faire trembler une nouvelle fois les murs de Jéricho ! Ton cri, je m’en souviens encore, c’était bien plus qu’un cri, c’était une prière qui semblait venir tout droit du fond de ta douleur. Tout le monde, ce jour-là, t’a entendu, même l’Eternel. Miséricorde ! Voilà ce dont tu rêvais ! Que Jésus te regarde au moins une fois, toi le mendiant de Dignité. Mais c’était sans compter avec tous ceux qui cherchaient à étouffer ton cri ; tu comprends, tu dérangeais trop l’ordre établi. Chacun à sa place ! Un pauvre, ça peut faire l’aumône, mais sans faire de bruit, sans bousculer les codes et les convenances. En plus, tu imagines, avec tes cris, ils n’arrivaient même plus à écouter leur maître ! Pourtant, au lieu de te soumettre et te taire, tu t’es mis à crier encore plus fort, poussé par cette Vie qui t’arrachait à la nuit. Moi, je le sais, il n’y a pas plus obstiné que Bartimée ! Ta foi est une question de vie ou de mort. Elle est comme cette jeune pousse qui écarte la pierre pour grandir et ouvrir un chemin où le pouvoir et les codes n’ont aucune place. Tu sais Bartimée, quelques jours après Son séjour à Jéricho, Jésus a dit : « C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la Vie ». Je crois que tu avais dû L’impressionner !

Alors Il t’a appelé. Il t’avait vu, entendu, toi le mendiant d’Amour ! Il allait se rendre présent à ce que tu étais ! Et moi, je n’en revenais pas : tous ces gens qui t’empêchaient de crier, se sont mis à t’aider et te guider! C’était encore une fois le monde à l’envers ! Et toi, tu t’es laissé faire, ton cœur était grand ouvert ! Parfois, j’aimerais tellement te ressembler !

Bref, te voilà debout, porté par la Vie, porté par les hommes, ton visage à hauteur de Son visage! Tu ne Le voyais pas mais tu L’entendais, et Il t’a parlé ! Il n’y avait aucune de ces paroles creuses, et bien ficelées dans Sa bouche, mais juste une question, presqu’une prière : « Que veux-tu je fasse pour toi ? » Cela se voyait, Jésus ne faisait pas semblant d’être disponible ! Il était là, pris tout entier par ta souffrance, comme s’Il voulait faire naître en toi les mots de ton désir. Alors quand tu as dit que tu voulais retrouver la vue, là tu m’as vraiment bluffé ! Par quelle audace, quelle folie diront certains, as-tu osé demander l’impossible ? Tu n’as pas hésité à exprimer le seul vrai rêve qui t’habitait depuis toujours, toi le mendiant de Lumière ! Tu étais vrai, incroyablement vrai, les mains nues, les yeux vides, et le cœur déjà baigné par Sa Lumière … Et puis tes yeux se sont ouverts et la première chose qu’ils ont vu, ce sont les yeux de Jésus. Je n’ose te demander jusqu’où Ce regard t’a aimé! Vos vies se touchaient, vos chemins se croisaient[1], cela se sentait : ce n’était pas seulement la vue que Jésus t’avait donné, c’était la Vie. Par ta confiance, par ton obstination, par ta persévérance tu avais obtenu la Vie, Bartimée ! Alors tu t’es mis à marcher derrière Jésus. Tu marchais, avec obstination, sans jamais t’arrêter, contemplant par-delà l’horizon, les reflets de Son Royaume.

Bartimée, ton cri, je le sais, portait en lui, le cri de tous les sans-voix de la terre ; ta demande, aussi folle soit-elle, emportait avec elle, les aspirations de ceux dont les mots sont noyés par trop de sanglots.

Bartimée, mon ami, mon frère, continue à crier encore longtemps cette foi qui t’a toujours habité : la foi des gens simples qui s’obstinent à aimer. Continue à crier, à supplier, devant l’Eternel au nom de tous les mendiants de la terre! Continue à crier la Vie jusqu’au cœur de nos nuits, sans jamais te lasser !

Avec toi Bartimée, tous ensemble, mendiants de Lumière pour l’éternité.

 

 

 

[1] A l’école de Bartimée (Tonio del’Olio)

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invité-es
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