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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 18:03

Mon trésor, c’est l’instant où, lors de la projection d’un film, j’ai eu cette Révélation que Dieu m’aime, nous aime

Mon trésor, c’est l’instant où, me rendant à la faculté, je suis tombée en admiration d’une petite fleur blanche, fragile, appelée perce-neige ; admiration qui m’a dévoilé, qui m’a révélé que je pouvais faire toutes les études que je voulais mais que l’essentiel est de privilégier les relations humaines ! (Par quel cheminement, je ne sais pas !). Cet instant reste gravé dans ma mémoire, dans mon cœur. Cette Révélation guide ma vie !

Mon trésor est dans ma soif de Rencontres.

Mon trésor, c’est la Révélation de la Fierté de Dieu-Amour, NOTRE Père-Mère pour nous, tous et toutes, ses enfants.

Ces Révélations me sont faites en des lieux, des moments qui ne semblent pas appropriés ! Révélations, comme un éclair, dans la vie de tous les jours.

Mon trésor, c’est la Révélation de sa Présence en mon cœur, en chacun de nos cœurs. Cette conscience de cette Présence qui m’habite, me fait dire comme Paul : « Ce n’est plus moi qui vis mais le Christ qui vit en moi » tout en ajoutant immédiatement cette autre remarque de Paul : « Je fais le mal que je ne voudrais pas faire et je ne fais pas le bien que je voudrais faire. » J’aime cette association de ces 2 phrases qui me fait découvrir que cette Présence divine m’habite tout en gardant mon humanité faite de mélange de bon grain et d’ivraie.

Mon trésor est dans cet APPEL : « Alice, si tu veux, viens et suis-moi. »

« Seigneur, tu sais bien que je T’aime ! Tu as donné sens à ma vie : aimer, marcher avec les autres tout en s’épaulant mutuellement, être levain dans la pâte Mais comment répondre à cet appel ? Prêtre ? Moi, femme, je ne peux l’envisager ! Pourquoi ?... !!! Donc vie religieuse ! Mais cette voie m’est déconseillée « car je tombe trop facilement amoureuse » ! Doit-on fermer son cœur ? Et je me retrouve dans le monde, désorientée ! Mais n’est-il pas étrange que répondre à l’appel du Christ se traduise uniquement par « être prêtre ou entrer dans la vie religieuse ?

Mon trésor est dans ma Rencontre de Pierre, de l’amour de Pierre, dans notre mariage. Mais l’Eglise reconnaît-elle que c’est notre manière de répondre avec joie, à l’appel du Christ ? Dans le prochain synode qui va « se pencher » sur la famille, la réflexion ne pourrait-elle pas commencer par valoriser NOTRE VOCATION vécue au sein du mariage ? Répondre à l’appel du Christ en aimant, en m’engageant avec d’autres au cœur de la société pour construire ensemble, un monde plus juste, plus humain, plus fraternel, et pour redonner à chaque personne, sa dignité humaine.

Oui, je crois que j’ai enfin trouvé le chemin pour répondre à cet Appel entendu durant ma jeunesse. Ah ! Si le synode pouvait chercher les routes nouvelles dans une vie de couple, et pas obligatoirement avec une famille.

Dans notre vie de couple :

- S’aimer, c’est se contempler l’une, l’autre mais… aussi s’ouvrir aux autres.

- S’aimer peut prendre un sens lorsqu’on projette de faire ensemble, avec d’autres, une œuvre magnifique, construire ensemble une ’’belle cathédrale’’ ou tout simplement vouloir prendre soin de la dignité de chaque personne et soin de la planète Terre.

-Aimer dans notre vie de couple, en famille, dans le monde, c’est aussi une façon de nous occuper des affaires de Dieu !

Mon trésor est d’avoir reconnu le Christ, cette personne étrangère qui s’est invitée sur le parcours de 2 disciples. Joie de cette Rencontre, de cette Reconnaissance qui me pousse à retourner auprès de mes frères et sœurs dans ce monde. Reconnaître Jésus, l’instant d’un éclair et ma vie en est transformée, dynamisée, comme un sursaut qui me fait goûter la vie dans toutes ses dimensions ! Joie, émerveillement, énergie, audace de parler, d’agir…

Aimer, apprendre à faire confiance en chaque personne

Mon trésor est dans cet instant incroyable où, à la fin d’une partie de cartes, j’ai osé donner mon premier texte à mes ami-es et j’ai alors senti en moi l’effondrement de ces fortes murailles dans lesquelles je m’étais enfermée.

Mon trésor est dans cette rencontre au bord du puits où Jésus me fait découvrir qu’aimer, c’est aussi savoir aller vers l’autre pour lui demander un service. Joie de telles rencontres ! C’est merveilleux ! Et comme pour la Samaritaine, Jésus, tu me donnes soif d’Eau Vive !

Mon trésor est dans toutes mes rencontres, au jour le jour. Je vois, au fil du temps, des personnes commencer à sourire, à reprendre confiance en elles, découvrir la joie de rire ensemble. Tous ces petits miracles d’amour me donnent Joie et Espérance…

Oui, mon trésor, c’est Jésus qui m’anime.

Une personne incroyante de 96ans, pour qui « toutes les religions sont mauvaises » (et dont j’admire sa vie militante), nous a dit, en réunion : « Le Bonheur, c’est le Bien-Vivre ensemble » J’aime cette formule en précisant : dans le respect de l’autre, dans l’écoute et l’attention à l’autre, en luttant contre l’isolement, la solitude, la précarité, en luttant pour une justice sociale…

Oui, cultivons le Bien-Vivre ensemble dans un amour fraternel, pour l’épanouissement de chaque personne.

Alice Damay-Gouin

 

 

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invité-es
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commentaires

Alice Damay-Gouin 15/10/2015 11:02

Didier, ton commentaire me fait découvrir tout le chemin parcouru, à tâtons, sur ce 'ma vocation' sujet de ma révolte et je repense évidemment à tous ces "dimanches des vocations" où l'on ne parle que de prier pour avoir plus de prêtres, où l'on ne parle de répondre à l'appel du Christ que par la seule voie indiquée par l’Église: prêtre (mais pour un homme) ou vie religieuse". Je trouve désolant qu'il m' ait fallu attendre mes 65 ans pour réaliser que j'avais aussi répondu à l'Appel du Christ, tout au long de ma vie. Alors je crois qu'il faut travailler sur cette vocation pour que nous qui ne sommes ni prêtres ni religieux, religieuses, puissions répondre consciemment à cet appel, tout en restant célibataire dans le monde ou en se mariant
Alors, ma vocation? Donner généreusement ma vie à Dieu . à l'appel: "Viens! Suis-moi", je réponds: " oui, Seigneur! Que veux-tu que je fasse? Tu réponds: "Bienheureuse la personne qui écoute la PAROLE de Dieu ET qui la met en pratique !Tu me donnes un seul commandement: "Aimer"! Voilà, , oui Seigneur, je réponds à ton appel, aujourd'hui comme hier, oui j'aime . Ma Vocation: AIMER, à chaque instant, en chaque lieu, envers chaque personne que je rencontre et même celles que je ne vois pas... AIMER ! AIMER! AIMER !

Alice Damay-Gouin 15/10/2015 10:41

Je continue... Didier, tu apprécies "NOTRE Père-Mère". J'ai fait quelques essais pour trouver cette écriture ! Cettes cette expression me vient en partie de mes discussions avec Pierre, mon Grand-petit homme. Il me dit à chaque fois: "NOTRE Père, .." Dans "NOTRE Père, il y a NOTRE et non pas mon Père !" Ce NOTRE est essentiel , il manifeste que Dieu nous aime tous et toutes comme ses enfants...

Alice Damay-Gouin 14/10/2015 11:06

Merci, Didier, pour ton magnifique commentaire ! Merci de pouvoir continuer la route ensemble ! Merci , Michèle, d'avoir permis cette rencontre sur ton blog. Tout d'abord surprise ! Tu me dis que tu ne vis pas cette expérience dont je témoigne: me sentir habitée par la présence de Dieu -Amour. Je découvre ainsi que les chemins sont différents mais je comprends aussi, enfin, pourquoi je trouve de nombreux témoignage disant :"Dieu, je ne le vois pas. Mais le Christ a dit à Thomas: Bienheureuses les personnes qui ont cru sans avoir vu". Cela m'a toujours fait bondir car, il faut aussi admettre que des personnes puissent dire : "J'ai vu". J'ai vu et ma vie en est toute transcendée, avec force, énergie, courage, audace, joie...J'aurai pu dire: c'est une auto-suggestion." Peu importe, je juge l'arbre à ses fruits et il n'y a pas photo!!!! Delà à écrire:"expérience mystique"! je n'y ai jamais pensé et j'avoue que je n'ai pas envie de savoir ! Par contre, j'accepte volontiers l'image d'un vitrail représentant Pierre et moi dans notre "belle cathédrale"! Oui , nous amour est fécond, dans l'apprentissage du respect de l'autre, dans l'amour, la liberté, . Mais que dit l’Église sur notre vocation à vivre dans le mariage? Rien! On n'est rien puisqu'on n'a pas pu ou pas voulu répondre à l'appel du Christ! Nous sommes le signe d'une négation... Voilà ma révolte que je sens à nouveau renaître en moi, en écrivant ces quelques lignes !!! Alors, Didier, je reprendrai ton texte, un peu plus tard ! à bientôt! et merci!

LEVY 13/10/2015 12:00

LETTRE A ALICE (Lettre à propos de son trésor)
Un très beau texte que le tien, Alice, à la fois témoignage et profession de confiance (comme on dit profession de foi). Une méditation simple et émouvante sur l’amour, une méditation qu’on reçoit comme si elle était faite à haute voix, et dont on sent combien elle vient du cœur et de ton histoire personnelle. Avec la place qu’y tient le partage vécu dans ton couple - qu’on se laisse imaginer figurant un jour sur un vitrail de ta ’’belle cathédrale’’ -, ta disponibilité donnée au Christ et ta soif d’ouverture aux autres pour remettre de la dignité là où celle-ci a été bafouée.
Un texte qui entre si bien en résonance avec celui qui l’a précédé sur ‘’aubonheurdedieu-soeurmichele’’ le 26 septembre dernier, « Homélie de Sœur Michèle pour la fête de Ste Thérèse Couderc », qui traite du même thème de la bonté de Dieu. Et qui dépeint Thérèse Couderc comme une femme heureuse de son Dieu, un Dieu plus que bon en ce qu’il est la bonté. C’est bien là le trésor que tu partages et que tu exposes.
Un texte où s’exprime une relation personnelle à l’amour de Dieu portée par la conscience que tu as de la Présence divine et par ce que tu nommes la ‘« Révélation de la Fierté de Dieu-Amour ». Une relation que j’envie car elle est faite d’une perception intime de l’amour de Dieu, alors que la perception que j’ai du même amour procède d’un acte de foi. Je crois en cet amour mais il ne m’habite pas comme c’est le cas pour toi et, autre différence, je ne le ressens pas comme une évidence inscrite dans les moments de la vie. S’il me dispense des repères spirituels - telle l’intellection de la création en tant que big bang de l’amour et du Verbe comme la représentation de cet amour au sein de la transcendance -, il reste conformé en discernement intellectuel En te confiant cela, je n’exprime pas une plainte : je ne suis pas si mal loti après tout, puisque j’ai moi aussi une certitude qui me pénètre et me guide, celle de grâce reçue, de la grâce présente dans le monde inachevé de la création. La grâce qui se révèle dans une paix intérieure qui s’installe - dans celle, la plus féconde, où la sérénité s’augmente de jubilation et d’élan de l’esprit - aussi bien que par des éblouissements de beauté transfigurant soudain les petits territoires de la création qui nous sont assignés.
J’identifie les bienfaits et les dons de « NOTRE Père-Mère » (j’aime cette invocation, déjà lue sous ta plume, qui élève le ‘’NOTRE’’ à la plénitude de son sens et qui s’affranchit de l’enfermement de notre monothéisme dans une référence exclusivement paternelle … et donc masculine - celle que le Rabbi Jésus ne pouvait pas ne pas utiliser en son temps, dans la religion, dans la culture et dans le type de société auxquels il appartenait) : mais le sentiment de reconnaissance pour un bienfait n’est pas la reconnaissance de l’amour de celui/celle qui dispense ce bienfait.
Je ne pourrais pas m’émerveiller, comme tu le fais dans l’intimité de ton contact avec l’amour de Dieu, d’une rencontre qui est la source de ce que tu énumères « Joie, émerveillement, énergie, audace … » - énumération qui m’a renvoyé aux ‘‘« Joie, joie, joie, pleurs de joie. »» de Pascal, qui restitue la même explosion du bonheur d’être pénétré de son Dieu. Pour moi, si une intuition de cet amour m’est offerte, c’est dans ce que montre de la gratuité, de l'incommensurabilité et de l’indéfectibilité de l’amour le regard d’un chien sur son maître - il m’arrive de me dire que Dieu a créé les chiens (je pense à la chanson de Renaud ‘’Dieu reconnaîtra les chiens’’ qui détourne une intimation atroce proférée à l’encontre des Cathares) pour nous suggérer une idée de l’amour qu’il nous réserve. Avec l’intuition également - j’hésite à l’écrire - de ce que comme tout paroxysme de fusionnel affectif, celui-ci peut contenir une figuration du don d’amour qui s’entrevoit ou se contemple dans l’expérience mystique.
Un texte enfin qui pour mettre en avant Joie et Espérance, pour se réclamer d’un Bien-Vivre ensemble solidaire, ne tombe pas dans les bons sentiments (qui au demeurant valent certainement mieux que les mauvais …), et encore moins dans la mièvrerie. Parce qu’il est écrit d’une foi exigeante dont on entend bien ce qu’elle a de rebelle et même de têtu - dans la mesure de rébellion et d’obstination qui est inséparable de la protestation d’une intime conviction. Et qui est encore plus inséparable de l’appel que celle-ci interjette devant la vérité dont on lui oppose arbitrairement une traduction perçue comme irrecevable.
Sur ce terrain, Alice, tu n’as pas ‘’ta langue dans sa poche’’, et on devine que tu n’as pas attendu pour le manifester que s’ouvre dans l’Eglise-institution le temps d’une libre parole.
Ton interpellation porte des revendications convergentes dont le point de départ me semble être la contestation d’une hiérarchisation des vocations qui sous évalue ou dévalue celle qui est vécue au sein du mariage, celle qui se construit et agit à partir de l’amour échangé dans un couple humain. Une hiérarchisation qui traduit rien moins qu’une dépréciation du mariage, paradoxale au regard de la force contraignante d’indissolubilité dont celui-ci se trouve chargé et accablé, et surtout étrangère à l’Evangile qui confère à l’amour qui fonde le couple la capacité d’accomplir la com-union de deux êtres en une seule âme et en un seul corps (pour moi, une préfiguration de l’insertion à venir de la création dans la transcendance). Une dépréciation qui en rupture avec le judaïsme, est présente dès les tout premiers pas du christianisme et qui tient à ce que le regard sur le mariage s’arrête à l’image de souillure qui vient alors s’attacher à la sexualité : une vision - imputable à un courant nouveau de représentations qui pénètre le monde romain ? - qui pour des siècles, va réduire la relation amoureuse du couple, comprise comme l’espace quadrillé d’interdits * des ‘’actes réservés aux époux’’ (quelle idée de la tendresse conjugale se lit dans cette définition hélas toute contemporaine !), à la fonction de reproduction que lui assigne la perpétuation de l’humanité et au rôle justificatif d’exutoire de la lubricité de l’homme. Et qui rétrécira dramatiquement la perspective de l’enseignement sur l’amour humain en méconnaissant que ce ne peut être un hasard ou une nécessité parmi d’autres si la reproduction sexuée est venue à travers d’autres espèces jusqu’à nous, mais pour que le don de la vie soit voué à s’accomplir dans une exultation du corps et de l’âme, et la distinction de l’un et de l’autre ramenée à la personne étant dépourvue de sens, dans l’exultation de l’unicité de corps et d’âme que consacre le couple amoureux.
Autrement dit pour que l’amour produise la vie comme il a produit la Création. Et pour qu’au-delà du don de vie, le couple amoureux (et dans le fond de ma pensée, tout couple amoureux) donne une incarnation à son union - le parallèle avec l’incarnation du Verbe s’imposant à mon sens de lui-même à l’esprit.
C’est pour moi, Alice, tout ce qui se lit dans ta première revendication en forme d’appel lancé vers le synode et vers l’Eglise-institution pour qu’ils tracent « les routes nouvelles dans une vie de couple, et pas obligatoirement avec une famille ».
Il fallait bien s’attendre à ce que ton interpellation pose avec la même force la question de la validité d’un autre cloisonnement de la vocation, sûrement le plus intenable : «comment répondre à cet appel ? Prêtre ? Moi, femme, je ne peux l’envisager ! Pourquoi?».
Intenable parce que l’exclusion des femmes - en elle-même incompréhensible au regard du rôle à la fois d’actrice et de témoin-clé qui leur a été attribué des Noces de Cana à la première rencontre au tombeau avec le Fils de l’Homme ressuscité en passant par la résurrection de Lazare ou, sur un autre plan, de réceptrices de messages essentiels tel celui qui annonce l’Incarnation ou celui délivré devant la Femme adultère - ne produit que des arguments paresseux : la place et les fonctions imparties aux femmes dans les temps messianiques (notamment par des règles et normes que le Rabbi Jésus dépasse ou remet à leur niveau) sont-elles fondatrices d’une Tradition, ou la simple observation historique d’une réalité sociologique qui dans ses caractères culturels spécifiques, est datée et géographiquement localisée ?
Et intenable, parce qu’il érige un mur au plein milieu des créatures humaines en déterminant en fonction de leur sexe autour et au bénéfice de qui se referme l’habilitation à se mêler « des affaires de Dieu » Un mur infranchissable dont les gardiens s’emploient à nier ou à occulter que pour eux et au fond d’eux-mêmes, il marque la frontière voulue par l’ordre de la nature entre la prééminence dévolue au masculin et l’infériorité assignée au féminin, une frontière que l’impureté consubstantielle à ce féminin rend d’autant plus nécessairement immuable. Et un critère de départage qui t’inspires, Alice, davantage encore d’incompréhension et de consternation que de rébellion.
Mais ton incompréhension, douloureuse, s’étend à l’idée que la vocation doive passer par une porte étroite - étroite parce qu’elle s’ouvre sur un choix unique. Etrangeté en effet que face à la diversité des vocations, « répondre à l’appel du Christ se (traduise) uniquement par être prêtre ou entrer dans la vie religieuse ».
Contraints par ce choix unique, comment « cet appel entendu durant (ta) jeunesse », comment les rencontres où tu as partagé la reconnaissance venue éclairer les pèlerins d’Emmaüs où la conversation engagée avec la Samaritaine, pourraient-elles se refermer sur eux-mêmes, ainsi qu’il advient d’un livre qu’on abandonne ? Et l’aspiration de ton cœur devrait-elle s’éteindre parce que rien ne saurait remettre en cause la différenciation faite entre celui qui est autorisé à aller jusqu’au bout du chemin de sa foi et celui ou celle qui ne l’est pas, une différenciation devenue irrecevable ?
Là réside - dans le prolongement que je donne à ta pensée - un questionnement plus ample qui a cessé d’être un sujet réservé à la Réforme et dont on sait qu’il progresse autour de nous.
Un questionnement qui met en examen la distinction multiséculaire du clerc et du laïc, c’est à dire la dévolution de la fonction sacramentelle à un corps sacerdotal, et à lui seul - un corps sacerdotal ainsi investi d’un pouvoir charismatique qui le sépare des fidèles et lui confère une primauté organique absolue. S’agissant du ministre du culte que nous connaissons, le dépassement de cette distinction n’amène naturellement pas à méconnaître ce qui lui appartient en propre et qui légitime son statut différencié : un degré supérieur de connaissances théologiques, d’expertise exégétique et, corrélativement, d’aptitude à accompagner l’investigation spirituelle, auquel s’ajoutent sa formation à la conduite et à la parole liturgiques et, de par son parcours d’études philosophiques et/ou son expérience d’animateur des engagements d’une paroisse, sa capacité à éclairer les référentiels éthiques. Mais à se représenter, en prospective, ce ministre ordonné comme appelé à se redéfinir, en quelque sorte, en ‘’ministre diplômé’’(ou en ministre ‘’qualifié’’). Et à se représenter, ou à se confirmer, que les compétences auxquelles son expertise affecte ce ‘’ministre diplômé’’ ne sont plus, ou n’ont jamais été, exclusives et partant opposables au ‘’simple fidèle’’.
Si le partage de leur exercice n’a rien en lui-même pour être conflictuel, avancer qu’un partage identique peut prévaloir dans l’accomplissement des sacrements déplace en revanche radicalement les lignes séparatives entre clercs séculiers et laïcs et ouvre un débat fondamental eu égard à l’économie des habilitations sur laquelle le catholicisme s’est configuré.
Le bouleversement qu’induirait une novation de cet ordre serait-il pour autant si considérable ? Les sacrements en connaîtraient-ils un changement majeur, en seraient-ils affectés dans leur sens et dans leur portée ? Du baptême (où à peu près rien sur le fond ne serait modifié) au sacrement du passage, du mariage (ou le prêtre n’intervient que comme témoin) au sacrement de réconciliation, ces interrogations se soldent à première vue par la négative. D’autant que le ‘’simple fidèle’’ - toi, Alice, ou moi- pourrait toujours apprécier en conscience, et plus spécialement pour le sacrement de réconciliation dans le cas où une inquiétude spirituelle ou éthique pèse sur la ou les fautes en cause, s’il convient qu’il se tourne vers un ministre du culte, ou opter par choix personnel pour ce recours.
La portée que revêtirait l’admission de l’intégralité des baptisés à la fonction sacramentelle ne s’évalue en définitive que par rapport à un seul sacrement, en mettant en perspective l’impact qu’aurait l’accession des laïcs à l’accomplissement de celui-ci. Une mise en perspective dessinée à travers la réponse à cette question : la recommandation messianique « Vous ferez cela en mémoire de moi » appelle-t-elle les Apôtres à instituer une classe sacerdotale qui perpétuera les mots et les gestes de la Cène, ou, formulée dans un repas entre Juifs où elle s’est insérée dans les bénédictions et dans les autres prescriptions de la Loi qui y ont été respectées, enjoint-elle de reproduire le rite créé par le Fils de l’Homme au moment d’entrer dans la mort, et de faire de ce rite et de son observance le signe que le peuple de la nouvelle alliance dans son entier aura à placer au cœur de ses repas pris en commun et bien plus largement de tous ses partages et de toutes ses action de grâce, i.e. de sa communion ?
Je m’arrête pour ma part à la seconde interprétation. Parce que privés de leur valeur première de signe partagé, les gestes et les mots de la Cène me paraissent singulièrement appauvris.
On objectera, Alice, que rien ne garantirait que le laïc ‘’de base’’ serait pénétré de la pleine et juste signification du « Ceci est mon corps … ceci est mon sang », et encore moins que la pensée et les représentations habitant le laïc enclin à jouer les esprits forts et suivant lesquelles celui-ci opérerait le processus sacramentel seraient rigoureusement conformes à l’enseignement de l’Eglise. Objection qui ne me ‘’parle’’ pas en ce que la répétition du « Ceci est mon … » n’a pour moi d’autre sens que de nous placer devant le mystère des mystères, celui qui touche à l’Incarnation du Verbe, à toutes ses incarnations. Autre façon de le dire : l’annonce des incarnations à venir qui est contenue dans la recommandation messianique -« Vous ferez cela … » - me semble se suffire à elle-même de sorte que nous ne sommes pas plus appelés à nous figurer la nature de ces incarnations et de la présence de la transcendance qu’elles promettent, que nous n’avons à fixer dans des concepts explicatifs (autre nom des dogmes) leur substance.
Ce que le célébrant a en tête en prononçant ces deux « Ceci est mon … » et ce qu’il attend de leur effet - que ce soit la célébration de la mémoire de la Cène, une présence symbolique ou une présence réelle, une consubstantiation ou une transsubstantiation, ou encore une ‘’union sacramentelle’’ ou une ‘’présence objective’’ - me paraît ainsi ne compter pour rien en comparaison du don que constitue pour l’assemblée réunie autour de lui, la participation au mystère le plus expressif de l’amour de Dieu (ce qui nous ramène, Alice, au thème qui t’est le plus cher). Prêtre catholique, pasteur luthérien, pasteur calviniste, laïc s’en remettant à la transsignification … qu’il soit dispensé par l’un ou par l’autre, le sacrement, en tant qu’il est ce don, n’est rien d’autre que ce don, et d’abord pour celle ou celui qui le reçoit. Ne faut-il pas dès lors se demander si la communion la plus accomplie, pour celui/celle qui préside à l’actualisation de la Cène comme pour celui/celle qui mange le pain et boit le vin, ne procède pas d’un vide volontaire de l’entendement, si elle ne requiert pas l’absence de toute intellection préétablie du sacrement pour que la perception de l’incarnation attendue soit seulement celle de la manifestation de la Présence. Et de la pénétration de la grâce intime et indivise qui entoure cette épiphanie, grâce où se projette celle qui enveloppait les convives du Cénacle et flottait sur leur tablée.
J’ignore, Alice, à quel degré, en écrivant cette réaction à ton article, j’ai pu être gratifié du sens de la foi et de la grâce de la parole (écrite).
Mon argumentaire a peut-être d’ailleurs ceci d’inutile que le recul - vertigineux dans la longue durée - de la pratique religieuse et la crise corrélative des vocations sont susceptibles d’amener l’Eglise-institution à entendre ce qu’il y a pour elle d’inapproprié, et même de suicidaire, à perpétuer ne varietur dans nos sociétés l’appareil normatif et coercitif dont les items les plus outrés expliquent grandement ce double déclin démographique. Et à révoquer tout ce que cet appareil compte d’injustifiable : en premier lieu la minoration de la place des femmes dans le vivant de la foi, l’exclusion du sexe féminin des ministères ordonnés, la confiscation du spirituel par un clergé séculier masculin au détriment du peuple des baptisé(e)s, et la vision disciplinaire du magistère que résume à elle seule l’interdiction des sacrements prononcée à l’encontre des divorcés remariés.
Une révocation qui aura à englober ce qui fait l’arrière-plan de la pesanteur doctrinale devenue culturellement et sociétalement la plus indéfendable et la plus récusée : i.e. tout le référentiel résultant de l’extraordinaire difficulté qu’éprouve la hiérarchie sacerdotale à se libérer de l’idée archaïque d’impureté qui a été scellée au féminin et à appréhender la grandeur de l’amour exprimé dans la sexualité humaine - difficulté dont témoignent cinquante années d’enténèbrement sur la sujet de la contraception. Je rattache bien entendu à cette paralysie de la pensée (et à sa source dans l’inconscient ?) l’interminable entêtement dont l’obligation du célibat pour les clercs séculiers est l’objet.
Un dernier mot, Alice. En terminant ce commentaire de ton texte, je suis ‘’tombé’’, dans un article de Marianne signé d’Eric Conan (« La femme est l’avenir de l’Eglise »), sur ces deux citations qui y étaient rapprochées et que je t’ai destinées - probablement connais-tu la seconde.
De Romain Gary :
«Le premier à avoir parlé d’une voix féminine, c’était le Christ. La parole du Christ constitue pour moi l’incarnation même de la féminité. Je pense que, si le christianisme n’état pas tombé entre les mains des hommes, mais entre les mains des femmes, on aurait eu aujourd’hui une tout autre vie, une tout autre société, une tout autre civilisation».
Du pape François :
« L’Eglise est femme, l’Eglise est un mot féminin, on ne peut pas avoir de théologie sans cette féminité ».
Tu m’as dit que tu écrivais à François. Quel traitement les services de la Curie romaine réservent-ils à tes missives parmi les innombrables avec lesquelles celles-ci se conjuguent certainement (d’autant qu’ils ne doivent pas regarder beaucoup plus favorablement que les administrations civiles le courrier des ‘’usagers'' - et encore moins, vraisemblablement, s’agissant d’un courrier adressé à ce Pape-là …) ? Mais sauf à ce que mon idée de la communion des saints soit part trop personnelle, je suis bien certain qu’il existe une entremise par laquelle ton message parvient à sa connaissance ou à tout le moins touche sa conscience. Aussi tu pourrais peut-être, dans une prochaine lettre, lui faire part de cette rencontre et de cette connivence entre les deux citations que te signale ?
Je m’arrête sur cette suggestion, en te remerciant de m’avoir poussé à avancer dans ma réflexion sur le thème des VOCATIONS qui est au centre des interpellations par lesquelles passe la réinscription de l’Eglise dans le monde. Dans lun monde où la vocation du religieux n’est plus d’être un pouvoir mais un cheminement spirituel de l’intelligence et du cœur solidaire de l’humanité.
En fraternité et en amitié avec toi.
Didier LEVY - 10 octobre 2015
* je renvoie ici à Georges Duby (‘Le chevalier, la femme et le prêtre’’) et aux pages où celui-ci explique qu’au Moyen Age la recherche du plaisir au sein du mariage est jugée un péché aussi grave que l’adultère. Conception qui demeurera dominante bien au-delà du XIII ème siècle …