Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 20:46
Invité-es: Katrin Agafia, la cananéenne ou l'audace des presque rien Marc 7/24-37

24 En partant de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il était entré dans une maison, et il ne voulait pas qu’on le sache. Mais il ne put rester inaperçu : 25 une femme entendit aussitôt parler de lui ; elle avait une petite fille possédée par un esprit impur ; elle vint se jeter à ses pieds. 26 Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance, et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille. 27 Il lui disait : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » 28 Mais elle lui répliqua : « Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » Alors il lui dit : 29 « À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille. » 30 Elle rentra à la maison, et elle trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d’elle.

31 Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. 32 Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler et supplient Jésus de poser la main sur lui. 33 Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue. 34 Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Ephata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » 35 Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement. 36 Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient. 37 Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »

Sans la fatigue, tout serait faux, tout sonnerait faux : Ses pas, Son regard, Ses mains tendues, Sa vie, Sa mort, Son humanité. Sans la fatigue, Sa divinité ne serait qu’un concept, une idée ; et en Lui, le ciel et la terre ne se seraient jamais retrouvés. Oui, Jésus a été fatigué : fatigué de toutes ces menaces déguisées en mensonges, fatigué d’avoir à sans cesse se justifier d’aimer, fatigué d’être réduit à un simple faiseur de miracles, fatigué de ne pas être aimé pour ce qu’Il était en vérité.
Et parfois, quand on est trop fatigué de vivre et d’aimer, on s’enfuit loin, au nord, vers des terres étrangères qu’on espère plus hospitalières. Et pour ce long voyage, nos pas s’habillent de silence : on préfère être sourds et muets plutôt que de souffrir. On préfère se cacher plutôt que de mourir. On pense qu’à cette distance, rien ne pourra plus nous arriver.

Jésus en est là, lorsqu’une femme, une cananéenne, vient à sa rencontre sur cette terre étrangère où il s’est abrité. Cette terre, elle la connaît bien : elle a dû l’embrasser, le jour où la vie de sa fille a basculé ; terre dévastée par tant de larmes d’impuissance ; terre piétinée par tant de rêves d’espérance. C’est sur cette terre qu’elle a appris à se baisser pour ramasser ces « presque riens », ces petites miettes de pain, toutes gorgées d’Amour et de beauté. Et c’est sur cette terre que Jésus se tient, engourdi de fatigue et égaré en lui-même jusque dans sa façon de s’adresser à elle. Mais la cananéenne n’a pas peur de ces mots-là, de ces mots maladroits ; cela fait longtemps qu’elle les a traversés : son humour les enjambe et sa poésie les regarde s’envoler. Elle a le culot de tous ceux qui osent tenir dans leurs mains, ces petits riens, comme autant d’éclats d’une invisible bonté. Formidable petit bout de femme qui se risque à prendre Dieu par la main pour L’aider à habiter son propre destin. Ses mots à elle, ouvrent les portes d’une cachette, que Jésus croyait bien fermée. Comment ne pas entendre là, enfoui dans le grand silence, l’humble balbutiement de cet « Ephata »qui parcourt le monde depuis la nuit des temps. Et, Jésus se laisse toucher, jusque dans Sa fragilité, par celle qui en ce lieu, l’a déjà précédé.

Plus besoin de s’enfuir ou de se cacher, Jésus retourne alors sur sa terre, celle où Il est né, avec pour tout bagage ce mot, Ephata, comme un trésor urgent à partager. A l’exemple de cette femme qu’il vient de rencontrer, Il s’aventure à son tour aux côtés d’un sourd-muet. Il se risque alors à des gestes simples, presqu’enfantins, des gestes qui n’ont l’air de rien : ses doigts enfoncés dans les oreilles, sa salive déposée sur la langue ; et porté par Son souffle, un seul mot, inonde soudain le silence… impatient de poursuivre son chemin …« Ephata, ouvre-toi ».

Parfois, souvent, la fatigue nous prend et nous pousse loin, au nord, vers des terres étrangères. Et là, vidé, dépouillé de fond en comble, nous n’avons d’autres choix que de nous laisser faire car il ne nous reste plus rien, que des miettes de pain. Se laisser faire, c’est consentir à se baisser parterre, pour y contempler la Lumière enfouie, là, dans un pauvre petit bout de pain. Se laisser faire, c’est écouter le silence, pour y cueillir quelques mots de tendresse et les garder, serrés fort, dans le creux nos mains. Se laisser faire c’est accepter qu’un Ephata se lève, sur nous, chaque matin comme un appel à naître et à poursuivre le chemin.

Alors, à notre tour, nous pourrons toucher du doigt, l’oreille, le cœur, de tous ceux qui se sont égarés loin, au nord, sur cette terre étrangère, pensant s’y abriter. Et de notre bouche s’échappera un soupir, un « ouvre-toi », comme la vibrante promesse d’un possible ailleurs, là, juste au-dedans de soi.

Oui, quel magnifique chemin, ouvert par cette femme, cette cananéenne ! Elle s’est risquée à vivre et à aimer. Elle s’est risquée à renaître. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, sa résurrection - notre résurrection- a commencé par un pas grand-chose, un petit rien, une miette de pain, dans laquelle Dieu s’était abrité, et qui ne demandait qu’à être ramassée.

Katrin Agafia

Partager cet article

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invité-es
commenter cet article

commentaires