Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:18
Trinité et rapports sociaux (2)

Il y a un rapport entre les représentations religieuses d’une époque et les régimes politiques. Représentations religieuses et politiques se conditionnent mutuellement.

Si on met en avant un Dieu maitre, propriétaire du monde dont la volonté fait loi, qui dispose de tout, et de la volonté duquel tout dépend, il aura a les traits d’un monarque conçu de manière absolutiste. Il sera imaginé parfait, impassible, gouvernant tout et tout dépend de lui.

 

Ce monothéisme a apporté son soutien au principe de souveraineté impériale. La politique qui correspond à la croyance à ce Dieu-là, c’est l’empire de paix de l’empereur romain. Ce qui a conduit à Constantin et a fait passer le christianisme, de religion persécutée, à une religion autorisée, puis religion d’Etat, soutien de l’Etat. (Et à son tour persécutrice !)

Le soutien apporté par le monothéisme était plus absolu que le soutien d’une philosophie. L’unique empereur tout-puissant, devenait image visible du Dieu invisible car lui aussi est maître, propriétaire, et sa volonté fait loi.

« A l’unique roi sur la terre correspond le Dieu unique au ciel».[1]

Faire de la souveraineté divine l’archétype de la souveraineté étatique, ouvrait la voie à un absolutisme au plus haut degré dans l’absence de l’obligation de rendre des comptes, et mettait l’empereur en dehors du droit.

Aujourd’hui l’idée absolutiste ne subsiste que dans l’idéologie de la dictature. Mais celle-ci maintenant n’a plus besoin de la légitimité religieuse pour s’imposer, elle a, à sa disposition, la terreur de la force.

 

Pour surmonter la transposition du monothéisme religieux en monothéisme politique, il faut surmonter l’idée de la monarchie du Dieu unique sur un mode unique par le Dieu Trinité.

Le regret qu’exprime Moltmann, c’est qu’historiquement, le dogme trinitaire n’ait pas fait échouer cette idée de monarchie divine :

« Aussi longtemps que l’unité du Dieu trine n’est pas conçue trinitairement, mais comme celle d’une monade ou d’un sujet, elle demeure liée à la légitimation religieuse de la souveraineté politique. C’est seulement quand la doctrine de la Trinité surmontera la conception monothéiste du grand Monarque universel au ciel et du Grand patriarche divin du monde que les souverains dictateurs et tyrans de la terre, ne trouveront plus d’archétypes religieux pour se justifier ». [2]

 

Moltmann cite Whitehead : « l’Eglise a donné à Dieu des attributs qui appartiennent exclusivement à l’empereur. La naissance de la philosophie théistique qui s’est achevée avec l’apparition de l’Islam, a conduit à la représentation de dieu selon l’image du souverain impérial, selon l’image de l’énergie morale personnifiée et selon l’image du principe dernier de la philosophie. Il est permis d’ajouter que cette philosophie théistique représente une philosophie patriarcale à un très haut degré ».[3]

 

[1] E.PETERSON, Monotheismus als politisches Problem, in Theologische Traktate, München, 1951, p 91.

Cité dans Trinité et Royaume de Dieu p 241

[2]Trinité et Royaume de Dieu. p 247

[3] A.N. Whitehead, Process and Reality. An essay in Cosmology, New- York 1960 p 520 cité dans Trinité et Royaume de Dieu p 247

 

Partager cet article
Repost0

commentaires