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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 18:14
Article du Journal la Croix: Léonie Simaga, être utile dans un monde qui va mal.

Léonie Simaga, être utile à un monde qui va mal

Article de Marion De Azevedo, le 22/02/2016

dans le Journal la Croix.

http://www.la-croix.com/Culture/Theatre/Leonie-Simaga-etre-utile-a-un-monde-qui-va-mal-2016-02-22-1200741765

La comédienne de 37 ans vient de quitter la Comédie-Française où elle jouait depuis dix ans. Un départ motivé par un besoin de rendre aux autres, à sa famille et à la société.

 

En quittant la Comédie-Française, Léonie Simaga a choisi de se remettre en question. La comédienne se voudrait « utile » pour la société.

Son fils de 8 mois est malade quand on la rencontre, ce qui n’empêche pas Léonie Simaga de se confondre en excuses pour son petit retard. Derrière cette grande politesse, se cache une jeune femme décidée. Premier rôle de la série Trepalium diffusée sur Arte les 11 et 18 février derniers, la comédienne de 37 ans vient de quitter la Comédie-Française. Une décision rare, qu’elle a prise pour être présente auprès de sa famille mais aussi pour se remettre en question. « Je regrette de ne pas être quelqu’un d’utile », se désole-t-elle.

> Lire aussi : La Comédie-Française, une troupe à nulle autre pareille

Fille d’un Malien ingénieur agronome aux Nations unies et d’une professeur de lettres modernes bretonne, elle a passé une grande partie de son enfance en Afrique, « pieds nus et sans contraintes ». Ses parents se refusent à vivre comme des expatriés : « Ils n’ont jamais voulu qu’on ait une piscine, alors qu’on en avait les moyens. Parce que “ça ne se fait pas au Sahel” », s’amuse-t-elle aujourd’hui.

Le retour en France et l’entrée au CM2 dans un village des Côtes-d’Armor lui font l’effet d’une douche froide. « On rentrait tous les étés. La pluie, le froid, je connaissais. Mais là, à l’école… j’ai été confrontée au racisme, tout de suite. »

Des années d’étude, « shootée à l’exigence »

Deux ans plus tard, Tanger devient le théâtre de son adolescence. Les yeux de Léonie s’éclairent de souvenirs amusés : « Avec ma mère, nous étions extrêmement proches à ce moment-là. C’était une période de joie, de fête ! » Au Maroc, elle fait une rencontre qui va changer sa vie : son professeur d’histoire de seconde. « Il m’a appris à penser et à travailler, et que ces choses-là sont des sources de plaisir pour lesquelles tu ne dépends de personne d’autre. »

La jeune fille décide de rentrer en France pour passer son bac. À la Maison d’éducation de la Légion d’honneur, elle se plonge à corps perdu dans les études. « C’était une année très exaltante. J’étais shootée à l’exigence », assure-t-elle. Le seul moment de répit qu’elle s’accorde, le samedi, est au Cours Simon. Du théâtre, qui n’est alors qu’un loisir.

Après avoir raté, « de peu », les félicitations du jury au bac, elle entre en prépa. Son année de khâgne au lycée Henri-IV se révèle difficile :« Je me suis fait un claquage des neurones, la panique a pris le dessus. »Elle « cube » à Rennes, plus près de sa famille. Un nouvel échec lui met du plomb dans l’aile : « J’ai raté le concours de l’École normale supérieure, et ça a été terrible. »

Le défi du concours du Conservatoire national supérieur d’art dramatique

Elle sombre dans la dépression, jusqu’à ce qu’elle intègre Sciences-Po sur les conseils d’une amie. « C’était quand même prestigieux, ça amoindrissait l’échec », reconnaît-elle. Mais elle supporte mal certains aspects de cette grande école où la lutte des classes, pense-t-elle, est encore à l’œuvre. Après son mémoire sur François Furet, elle prend un nouveau virage. Elle se lance le défi de passer le concours du Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD),« pour réussir quelque chose en dehors de la scolarité, d’artistique, de très difficile ».

> À lire : Quand des élèves découvrent la Comédie-Française

Elle y parvient à l’unanimité du jury. « C’est une évidence, vous êtes une actrice ! », lui déclare Éric Génovèse, de la Comédie-Française, alors juré. Durant sa première année, elle joue pour la première fois pour la Comédie-Française. Une seconde fois lors de sa deuxième année. Au cours de la troisième, à 27 ans, elle est engagée. C’est la consécration. Elle interprète l’Infante du Cid, Chimène, Roxanne… Son éthique du travail bien fait lui épargne les problèmes d’ambition : « Le théâtre, la troupe, tout était là. »

Cet état de grâce dure cinq ans, avant que « l’envie d’avoir un enfant, d’être amoureuse » ne la rattrape. Elle donne naissance à sa fille il y a cinq ans, et il devient petit à petit difficile de concilier vie de famille et carrière. « C’est le classique combat des femmes… Mais j’ai essayé ! »,affirme-t-elle.

« Il faut que je joue vraiment des choses qui ont du sens »

L’an dernier, alors qu’elle joue dans une seule pièce, elle passe le casting pour un rôle secondaire de la série Trepalium, dont le thème politique et social lui parle. C’est finalement le premier rôle qu’elle obtient.

> Relire : L’effrayant futur de « Trepalium »

Un deuxième enfant, mais aussi les attentats, ont pesé sur sa décision de quitter la Comédie-Française. La montée de la xénophobie et la stigmatisation des étrangers la remplissent d’effroi.« Moi qui suis ça et autre chose, moi qui ai tant reçu de ma famille et de l’État français, comment je peux rendre ?, s’interroge-t-elle. Si c’est en tant que comédienne, alors il faut que je joue, et que je joue vraiment, des choses qui ont du sens. »

Fin décembre, sa décision est prise. « J’ai démissionné, je suis une maman sans emploi fixe, intermittente, comme il est normal de l’être quand on est acteur », résume-t-elle. Aujourd’hui, elle se cherche. « Je suis dans ce monde qui va très mal, et je me demande ce que je dois faire de moi. C’est une question morale qui se pose. »

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Son inspiration.

Sa mère, Marie-Thérèse

« Ma mère, elle est tout. Elle est capable d’être une artiste, elle est capable d’être une intellectuelle, elle est capable d’être une paysanne… Elle est capable d’être vieille et jeune et enfant. C’est elle qui m’a fait découvrir la transcendance, qui dépasse le quotidien, par tout un tas de choses : par la poésie, par les pommiers en fleur, par la nature… Et en même temps, c’est la personne qui sait le mieux organiser un pique-nique ou charger un coffre de voiture. Elle a un rapport au concret hallucinant. Et tout ça dans l’humilité la plus totale, parce qu’elle ignore ou fait semblant d’ignorer qu’elle a toutes ces capacités-là. Et puis, il y a l’amour inconditionnel et la dévotion totale qu’elle a envers ses enfants… »

Marion De Azevedo

 

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans société
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