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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 12:22
Communautés de proximité : Lignes directrices selon Joseph Moingt et exemple concret  à Achères

En septembre 2010, le Père Joseph Moingt, sj a donné une conférence qui avait pour titre : Annonce de l'Évangile et structures d'Église[1]

Dans cette conférence il donnait des grandes lignes pour penser des communautés de proximité et ainsi faire Eglise autrement.

Voici un résumé de cette conférence, suivi d’un exemple concret avec l’initiative d’un groupe de chrétiens à Achères dans le 78.

 

1-Résumé de la conférence

Dans cette conférence Joseph Moingt développe 5 thèses

1ère thèse :

Annoncer l’Evangile doit être notre seule préoccupation. Donc il s’agit d’aller au monde pour le vivifier de la vie et de l’esprit du Christ donc de communiquer avec ce monde. Ne pas se préoccuper de la santé de l’Eglise .C’est en ayant pour seule préoccupation l’annonce de l’Evangile qu’une autre Eglise pourra naître

2ème thèse :

L’Evangile est une école de vie, source d’humanisme et non un code religieux.

C’est une bonne nouvelle pour tous. Il nous dit que tout peut changer car Dieu y est à l’œuvre. C’est un nouvel ordre à instaurer fait de guérison, de libération, de pardon d’amour jusqu'au bout. C’est une nouvelle manière d’être en relation avec les autres. Où personne n’est exclu. C’est dire que la seule voie de salut est l’amour : quiconque aime est né de Dieu 1Jn 4/7 ( croyant ou pas). C’est donc un universalisme au-delà des clivages religieux.

Ce qui est à dire à ce monde c’est qu’il est dans le salut à la mesure même de l’amour. Il y a à annoncer cela et à y travailler avec d’autres qui le pensent et le vivent aussi sans forcement être croyant : conduire l’humanité à la plénitude de son humanité créé à la ressemblance de Dieu

3ème thèse

La sécularisation nous impose une attitude missionnaire radicalement différente du passé.

La sécularisation, c’est le retrait du religieux, c’est la rupture entre religion et société. C’est un phénomène social et culturel qui fait entrer dans un monde nouveau.

Mais c’est en fait ce que Jésus a introduit par son Evangile : l’émergence d’un humain qui accomplit son humanité en responsabilité. C’est donc en fait, ce que Dieu veut.

Il s’agit donc de comprendre cette sécularisation. Le monde s’est séparé de la religion qui l’empêchait de conquérir la liberté de pensée et la maitrise de sa vie.

Ce monde ne se remettra pas à l’écoute de l’Evangile en se soumettant à une institution. Il faut donc lui faire redécouvrir l’Evangile en dehors d’une institution, lui faire découvrir un visage de Dieu dont il n’a pas idée. Ce qui l’empêche de le découvrir c’est tout appareil autoritaire des religions instituées.

Lui faire redécouvrir un Dieu qui appelle à la liberté, qui s’intéresse à la vie des humains, qui compatit, qui confie la création à partager pour le bien de tous

4ème thèse

La possibilité de changement dans l’Eglise ne peut pas venir d’en haut.

Car la remise en cause est trop radicale, l’attachement à un modèle clérical hérité du Moyen-âge trop forte.

5ème thèse

La possibilité de changement est donc entre les mains des laïcs créant des petites communautés de proximité

Pour cela, il faut d’abord que les laïcs quittent une forme de passivité ecclésiale. Que sorte de leur tête le modèle que l’autorité ne peut être que cléricale. Il faut revenir aux 1ers temps de l’Eglise où tous avaient initiative. Leur baptême les habilite à prendre toute initiative pour bâtir autrement la communauté des chrétiens, sans avoir besoin d’autorisation. L’autorisation, c’est leur baptême !

Ensuite, leur créativité sera de faire naitre des petites communautés de proximité qui peut commencer à 3 ou 4 !

Les 3 caractéristiques de ces communautés de proximité :

1-Un lieu de vie, créés par des laïcs qui veulent prendre en charge une visibilité d’Eglise

2-L’Evangile au centre des réunions car c’est le lieu de rencontre avec Jésus. Pour vivre en tant que disciple, vivre de son esprit, s’en nourrir pour le communiquer

Lieu pour se forger une parole audible pour nos contemporains imbus de modernité

Donc lieu de liberté de jugement et non d’obéissance à l’institution

Lecture guidée par l’intérêt de Jésus pour ce monde

3-communauté missionnaire

Elle sera ouverte au problème qui se pose dans son environnement immédiat, posera des actions concrètes avec d’autres, cherchera ce qui est prioritaire

Fera comme Jésus qui s’intéressait à la vie des gens, prenant à bras le corps les problèmes d’humanité

Cela montrera un nouveau visage d’Eglise, amie de la liberté

La société pourra donc reconnaitre en ces communautés, les mêmes idées à cause desquelles ils avaient rejeté l’Eglise, reconnaitre la vraie humanité dont l’Evangile est la source.

 

2-le groupe d’Achères

Voici comment ce groupe se présente.

Historique de notre groupe :

Notre groupe est une communauté de proximité que nous avons choisi d’appeler Communauté de partage d’Achères parce qu’il s’agit d’un lieu où nous échangeons et partageons nos idées, nos interrogations, nos expériences et surtout notre lecture de l’Evangile. Ce groupe est né du questionnement que nous avions les uns et les autres en ce qui concerne certaines positions institutionnelles de l’Eglise (remariage des divorcés, contraception, procréation assistée, mariage des homosexuels, référence systématique au péché et à la mort …). Certaines de ces positions provoquaient en nous un profond malaise. Nous étions à plusieurs à nous éloigner de l’Eglise notamment en participant de moins en moins aux messes dominicales. Sur les conseils d’un prêtre d’une autre paroisse, nous nous sommes rapprochés de la CCBF dans un premier temps via le site internet, puis, en participant à une rencontre à Versailles en juin 2013 où il était question des communautés de proximité. Nous y avons tout de suite vu la possibilité à un niveau local, de se sentir moins isolé, de pouvoir échanger autour de l’Evangile en apportant chacun une lecture différente, de recréer du lien et bien sûr de ne pas quitter l’Eglise. Au retour de cette réunion à Versailles, nous avons très rapidement décidé d’essayer de créer une communauté à Achères. Nous avons proposé à plusieurs personnes autour de nous, des personnes que nous pensions susceptibles d’être intéressées, de se joindre à nous (juillet 2013). Lors de cette première réunion, la parole a été donnée à chacun et tous ont pu exprimer ce qu’ils ressentaient, parfois le découragement et la tentation d’abandonner les engagements pris. Il est intéressant de constater qu’à l’issue de cette réunion, nous étions nombreux à partager le sentiment qu’il fallait continuer à s’engager, rester, « ni partir, ni se taire ».

Nos rencontres :

Nous nous retrouvons (une dizaine de personnes) tous les mois (8 à 9 fois par an) entre laïcs autour d’une lecture de l’Evangile du dimanche suivant, autour d’un texte (exemple interview du Pape aux jésuites) ou encore d’un thème. Nous essayons, « chacun apportant sa pierre à l’édifice », d’avoir une lecture de l’Evangile pleine d’espoir et de joie. Nous échangeons également sur ce que chacun peut vivre de son côté dans les mouvements ou associations dans lesquels il est impliqué.

Pour plus d’info sur cette communauté, leur blog :

https://www.over-blog.com/user/1816669.html

Pour leur écrire :

communautepartageacheres@gmail.com

[1] http://www.ofs-de-sherbrooke.over-blog.com/article-annonce-de-l-evangile-et-structures-d-eglise-72325547.html

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Eglise
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LEVY 19/03/2016 01:33

QUAND LA FOI MONTRE QU’ELLE EST AUSSI UNE SUBVERSION. ET QUAND ELLE SE RÉCLAME DE CETTE SUBVERSION POUR PORTER DU SENS DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI.
Cet article qui résume la conférence donnée en septembre 2010 par Joseph Moingt, porte de bout en bout un propos éminemment révolutionnaire - et au sens le plus vrai de ce qualificatif !
Que le retrait du religieux, la rupture entre religion et société, soit « en fait ce que Jésus a introduit par son Evangile - l’émergence d’un humain qui accomplit son humanité en responsabilité -, et que la sécularisation soit donc « ce que Dieu veut », constitue en effet l’affirmation la plus subversive qui puisse être opposée au discours de l’Institution.
En tout premier lieu parce qu’elle a pour corollaire de valider l’idée la plus anti cléricale - il faudrait dire ‘’a-cléricale’’ - qu’il soit possible de concevoir : « Le monde s’est séparé de la religion qui l’empêchait de conquérir la liberté de pensée et la maitrise de sa vie ».

La subversion présente dans ce compte rendu, au fil des thèses énoncées dans la conférence, n’est pas seulement d’ordre intellectuel. Elle touche à cet autre ordre, au moins autant cadenassé, qu’est l’institutionnel et à la ligne unique (au sens où l’on parlait naguère de la ‘’ligne du parti’’) qu’il est dans sa nature de figer.
Elle s’y emploie à partir de cette déclaration en forme de constat : « La possibilité de changement dans l’Eglise ne peut pas venir d’en haut. Car la remise en cause est trop radicale, l’attachement à un modèle clérical hérité du Moyen-âge trop forte ».
La conséquence qui en est tirée, la promotion d’un mouvement venu d’en bas, précisément argumentée et exposée dans son application la plus concrète, peut faire venir à l’esprit des gens de ma génération - i.e. celles et ceux qui ont eu 20 ans en mai 1968 - une réminiscence qui peut sembler ici sulfureuse : celle du spontanéisme maoïste (aucune méconnaissance, dans cette résurgence de l’air de ce temps-là, des crimes abominables commis par le régime ainsi désigné et à l’instigation de son chef) qui eut alors le vent en poupe parmi les contestataires sous l’appellation, si je me souviens bien, de « maos spontex »..
Parlons donc plutôt d’un catholicisme libertaire, ce qui sera suffisamment provocateur pour les dévots de l’autorité.
Désignation qui revendique sa légitimité. Et avec quelques raisons si on en juge par ces extraits, cités avec jubilation :
« LA POSSIBILITE DE CHANGEMENT EST DONC ENTRE LES MAINS DES LAÏCS CREANT DES PETITES COMMUNAUTES DE PROXIMITE. Pour cela, il faut d’abord que les laïcs quittent une forme de passivité ecclésiale. Que sorte de leur tête le modèle que l’autorité ne peut être que cléricale. Il faut revenir aux 1ers temps de l’Eglise où tous avaient initiative. Leur baptême les habilite à prendre toute initiative pour bâtir autrement la communauté des chrétiens, sans avoir besoin d’autorisation ».
Et pour ne rien laisser dans l’ombre de la portée de l'insubordination ainsi prônée, vient, comme un développement naturel de l’exposé, cette notation qu’on ne pourrait rêver plus explicite : lesdites communautés de proximité sont conçues comme un « lieu pour se forger une parole audible pour nos contemporains imbus de modernité. DONC (UN) LIEU DE LIBERTE DE JUGEMENT ET NON D’OBEISSANCE A L’INSTITUTION »

Le but avoué de cette entreprise de subversion - de subversion ‘’par la base’’ (il est tentant de colorer la méthode d’un peu de rouge à l’ancienne) - est rien moins que de montrer « un nouveau visage d’Eglise, amie de la liberté ». Dans lequel la société et ses membres pourront « reconnaitre (…) les mêmes idées à cause desquelles ils avaient rejeté l’Eglise, reconnaitre la vraie humanité dont l’Evangile est la source. ».
On ne sera pas surpris qu’entrant dans le détail de l’historique et du fonctionnement la ‘’Communauté de partage d’Achères’’, et en citant les questionnements rencontrés au premier chef par celle-ci - étant sous-entendu que d’identiques attendent les autres communautés de proximité -, le conférencier eut visé les positions institutionnelles les plus controversées, les moins reconnues et les moins acceptées de l’Eglise : remariage des divorcés, contraception, procréation assistée, mariage des homosexuels, référence systématique au péché et à la mort …. (il y a beaucoup de contenu dans des pointillés !)
Quant aux réponses sur ces sujets, qui apparaissent comme autant de travaux pratiques, il est clair qu’elles se réfèreront encore à la liberté et non à un code religieux.
UNE LIBERTE QUI SE VEUT DECOUVERTE OU REDECOUVERTE. Pour re-citer l’article : « Ce monde ne se remettra pas à l’écoute de l’Evangile en se soumettant à une institution. Il faut donc lui faire redécouvrir l’Evangile en dehors d’une institution, lui faire découvrir un visage de Dieu dont il n’a pas idée. Ce qui l’empêche de le découvrir c’est tout appareil autoritaire des religions instituées. Lui faire redécouvrir un Dieu qui appelle à la liberté, qui s’intéresse à la vie des humains, qui compatit, qui confie la création à partager pour le bien de tous».

Pris dans sa globalité, et à travers l’affranchissement des rapports de pensée et de pouvoir qu’il ouvre entre le peuple et l’Eglise, le compte rendu de la conférence propose à celle-ci - plus à l’Eglise vivante qu’à l’Eglise-institution ? - « un nouvel ordre à instaurer fait de guérison, de libération, de pardon d’amour jusqu'au bout ». Un ordre qui bannit l’exclusion (du croyant ou du non croyant), et qui, sur les mêmes valeurs de liberté, offre à notre temps, qui n’a probablement de rien d’autre davantage besoin, la possibilité « d’un universalisme au-delà des clivages religieux ».
Didier LEVY