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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 22:18
Homélie de Sr Michèle: Pâques, du fermé à l'ouvert.

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; C’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.

Jn 20/1

 

Le tombeau était scellé. La mort semblait triompher. C’était à la fois la personne de Jésus mais aussi son message, le Royaume dont il témoignait qui étaient enterrés, celui qu’il avait commencé à instaurer par ses paroles et ses actes. Royaume fait de respect de toutes et de tous sans discrimination. Royaume de frères et sœurs dans l’égalité. Royaume de justice, de pardon, de partage, de joie. C’est tout cela qui se trouvait enfermé dans la nuit du tombeau.

Et l’inouï se produit : la tombe est ouverte et vide. Où est-il ? La vie a triomphé de la mort. Dieu a ouvert ce qui était fermé et c’est pour nous le gage de la victoire sur tout ce qui nous enferme, de tout ce qui est mortifère : Dieu est de notre côté dans l’Ouvert. Et c’est depuis toujours que Dieu a pris le parti de l’Ouvert : Créer, recréer, ressusciter, c’est ouvrir. Prendrons-nous le même parti ? Pour cela, une conversion est nécessaire : la résurrection du Christ n’est pas quelque chose à croire comme on récite une formule, c’est quelque chose à vivre. Vivre ce que l’on croit, c’est répondre à un appel à vivre autrement. La foi est un engagement, une prise de position, un combat pour faire gagner la vie, pour faire gagner le royaume inauguré par Jésus. C’est vivre dans l’ouvert.

Un des drames de l’histoire de l’Eglise, c’est de n’avoir pas su assez tirer les conséquences politiques et sociales de la résurrection. La résurrection donne raison à Jésus, donne raison à ce qu’il a fait contre ceux qui l’ont crucifié au nom de fausses conceptions de Dieu, parce que Jésus remettait en cause l’utilisation religieuse du pouvoir et qu’il voulait un royaume de justice. Au lieu d’en faire un formidable levier de résistance à l’injustice, elle a souvent servi à n’être qu’un article de foi qui renvoyait la justice à la vie après la mort, ne contestant aucun pouvoir, confortant la résignation. Rendant impossible une lecture sociale et politique de la résurrection.

Pourtant la résurrection est bien l’espérance que Dieu ne se résigne pas à l’injustice, qu’il la combat à côté de ceux qui la subissent et la combattent. Comment faire pour que l’orthodoxie d’un énoncé de foi ne reste pas inopérante dans nos vies et nos sociétés ?

Pour cela, voir le Christ humilié et crucifié en tout personne humaine qui souffre, dans toutes les déshumanisations de notre monde.

Pour cela, voir la résurrection à l’œuvre en tout lieu, en toute action, en toute personne, en tout ce qui humanise notre monde.

Croire en la résurrection, c’est sortir de ce qui est fermé pour ouvrir les chemins du possible…et de l’impossible.

 

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Homélies de Soeur Michèle
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LEVY 26/03/2016 01:43

"... (…) voir le Christ humilié et crucifié en tout personne humaine qui souffre, dans toutes les déshumanisations de notre monde. (...) voir la résurrection à l’œuvre en tout lieu, en toute action, en toute personne, en tout ce qui humanise notre monde’’.
On a en tête ce qui résume couramment les termes de la dichotomie de la Passion : mort et résurrection, humiliation et gloire (ce sont en quelque sorte les figures imposées du récit) ; mais ici, sous un regard d'aujourd'hui, s'inverse la perspective : c'est aussi l'humain et le monde qui sont suppliciés et mis à mort, c'est aussi l'humain et le monde qui triomphent de la mort, de toutes les formes de mort qu'ils s'infligent.
Si l’on considère tous les drames, toutes les violences, toutes les injustices qui forment le fil continu et désespérant du déroulement de notre histoire en tant qu'humanité, comment ne pas être frappé de ce que cette année, le moment de Pâques survient juste derrière leur toute dernière perpétration : les crimes commis à Bruxelles.
Déshumanisation extrême et exemplaire. Une fois encore une crucifixion de l'humain, une fois parmi d'innombrables dont il est vain de tenter de hiérarchiser l'horreur.
Mais cette concomitance avec Pâques souligne le dilemme posé, et posé en termes d'espérance, par cette homélie du jeudi saint : de la souffrance des victimes de ces derniers jours, de toutes les souffrances qui nous enferment dans la nuit du tombeau, du fanatisme qui surajoute du mal au mal et qui scelle la pierre de ce tombeau parce qu'il est la haine de l'esprit qui libère, de tout ce qui demeure ou est mis de mortifère dans la création, ferons-nous le seul horizon de notre temps, ou sortirons-nous par l'intime certitude que le royaume de justice est annoncé dans la Résurrection ?
En découvrant en lieu et place de ce qui oppresse et nous scandalise qu'effectivement, et à portée de mains, " la tombe est ouverte et vide " ? Et que cette ouverture nous donne une intuition, un signe et une intelligence du chemin que devant elle nous trace la Promesse, un chemin dans lequel il n’est pas nécessaire de s’encombrer d’autre bagage que de compassion solidaire.
Demeure l'inconnue, qui participe du mystère du mal et de la mort, du temps et du nombre de justes qui seront nécessaires avant que l'humanité atteigne son point ultime, le point de sa rencontre avec l'accomplissement du projet de la transcendance.
Didier LEVY