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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 21:52
Invité-es: Katrin Agafia, Onction à Béthanie Mc 14/1-11, le parfum de l'amour.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc (14, 1-11)

A deux jours de la fête de Pâques, et des pains sans levain, les grands prêtres et les lettrés cherchaient une ruse pour l’arrêter et le tuer.

« Pendant la fête, au milieu de la foule, on ne peut pas, disaient-ils. Cela ferait trop de désordre ».

Lui, pendant ce temps, se trouvait à Béthanie, étendu pour le repas dans la maison de Simon le Lépreux. Une femme arriva, portant un flacon d’albâtre qui contenait un onguent parfumé de grand prix. Elle le brisa et répandit le parfum sur sa tête. Certains s’en indignèrent :

« Quelle idée de gaspiller cet onguent ! On aurait pu en tirer facilement trois cents deniers et les donner aux pauvres ! »

Ils étaient furieux contre elle. Mais Jésus dit : « Laissez-la donc ! Pourquoi lui faire de la peine ? C’est bien ce qu’elle a fait pour moi. Les pauvres, vous en aurez toujours sous la main, vous pourrez leur faire tout le bien que vous voudrez, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. En parfumant d’avance mon corps pour le tombeau, elle a fait tout ce qui était en son pouvoir. Je vous l’assure : partout, dans le monde entier, où sera proclamé l’Évangile, on gardera aussi la mémoire de ce qu’a fait cette femme»

Judas, l’homme au couteau qui était l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour proposer de le leur livrer. Ils l’écoutèrent, contents, et lui promirent de l’argent. Il se mit à chercher le moyen et le moment. »

Nouvelle traduction de la Bible Ed : Bayard

 

Que faut-il faire pour accomplir sa vie, pour accéder à cette vie en plénitude dont nous rêvons tous? Il existe tant de chemins qui mènent aux portes du Royaume ! Certains montent, d’autres descendent. Tous semblent se rendre au même endroit, mais le quel choisir ? Les randonneurs nous diront que la descente est infiniment plus difficile que la montée. Quand on monte, on maîtrise son souffle, ses pas, on acquiert un rythme, on se cale sur celui qui nous précède… quand on descend, les genoux tremblent, la pente nous entraîne, on ne maîtrise plus grand-chose, on s’évertue simplement à ne pas glisser, à ne pas tomber. Il est plus rassurant de monter que de descendre. Il est plus rassurant de partager ses biens avec les plus pauvres que de vider un flacon de parfum entier sur la tête d’un ami, lors d’un dîner; car dans le premier cas on devient quelqu’un et dans le second cas, on passe pour un fou, on prend le risque de n’être plus rien.

Chez Simon Le Lépreux, il y a ceux qui montent et celle qui descend. Drôle de façon de descendre, me direz-vous, en gaspillant tout son argent ! Pourtant, Jésus nous dit de cette femme qu’ : « elle a fait tout ce qui était en son pouvoir », c’est-à-dire, elle est allée au bout d’elle-même; et ce pouvoir, c’est celui d’aimer. Alors, elle aime. Elle aime un peu, beaucoup, passionnément… et emportée par son élan, elle finit par aimer à la folie ! A chaque goutte de parfum versé, elle dévale un peu plus ce sentier qui la conduit vers elle-même. Peu importe le « qu’en dira-t-on », peu importe de n’être plus rien aux yeux du monde, elle se risque à vivre son propre désir, les yeux rivés sur ce regard de tendresse qu’elle a, un jour, croisé. Parce que son geste fou est forcément le fruit d’une rencontre. Une rencontre où elle a pu faire l’expérience qu’il n’y a aucun danger à se laisser aimer, à se laisser porter. Une rencontre au cours de laquelle elle a osé accueillir l’implacable exigence de l’Amour qui pousse à aller au bout de soi. Sa liberté, elle l’a trouvée là, en brisant sa peur, pour se livrer totalement à l’Amour. Et cet Amour s’est répandu, comme un parfum, aussi léger qu’un baiser.

Pour ceux qui montent, le chemin est plus rassurant, on l’a dit ; plus simple aussi car il est entièrement balisé. Ils n’ont pas trop de questions à se poser parce qu’ils ont appris ce qu’il faut faire, ils savent par où passer ! Par exemple, ils savent que plutôt que de gaspiller, il est préférable de partager ! Ceux qui montent ne sont pas forcément de mauvais bougres ! Non ! Ce qui est compliqué pour eux, c’est de regarder vers le bas, vers celle qui dévale la pente ; parce que descendre est beaucoup trop dangereux à leurs yeux : c’est se risquer à être soi, se risquer à tomber, se risquer à être jugé à force de ne plus rien maîtriser…trop d’imprévus à assumer ! Et ce n’est pas tant contre cette femme qu’ils sont furieux que contre eux-mêmes et leur propre frilosité. Pourtant, Jésus ne les juge pas. Il les regarde avec la même intensité que cette femme qui se tient là, à Ses pieds. Il leur fait simplement cadeau d’un pourquoi (« Pourquoi lui faire de la peine ?) ; un pourquoi, comme une invitation à descendre, à se plonger en soi, pour mieux se retrouver et accueillir sa propre fragilité.

Alors que faut-il faire pour accomplir vraiment sa vie? Monter en observant la loi coûte que coûte ou bien descendre en brisant un flacon d’albâtre et se laisser entraîner vers plus grand que soi ? Longtemps, on nous a présenté le chemin de la sainteté comme ce chemin qui monte, long et ardu, entièrement balisé que nous devions gravir à la force de nos poignets. Pourtant, j’en suis persuadée, les Saints, ont tous, pris le chemin qui descend : c’est le plus périlleux, mais c’est aussi le plus direct pour aller vers Dieu. Ils ont emprunté ce chemin en renonçant à devenir quelqu’un, en acceptant d’être un simple Humain car l’urgence, pour eux, n’était pas de briller mais de brûler et de se consumer.

Et ce choix qu’ils faisaient, tenait à pas grand-chose : la force d’un regard, la puissance d’une tendresse qui s’invitait au voyage, la peur qui résistait ou bien qui cédait ; Mais au final, ils plongeaient !
Alors oui, c’était des Saints ! Mais ils étaient d’abord des Humains : nos frères et nos sœurs en humanité, avec ce même grain de folie que celui qui habite un coin de nos vies ; un grain de folie capable de confondre les sages ; un grain de folie traversé par nos désirs d’infini ; un grain de folie qui attend patiemment notre oui ! Oui pour se risquer à cette descente où s’accomplissent chacune de nos vies.

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invité-es
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commentaires

Rott 18/03/2016 08:59

Bonjour,
Il me semble que Ste Thérèse de Lisieux, prenait « l’ascenseur » pour monter/descendre (!) plus vite... dans l'abandon à Dieu.
Fraternellement

Rott