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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 22:52
la rencontre interreligieuse d'Assise: la violence occultée

A Assise, du 18 au 20 septembre 2016, s’est déroulée la rencontre interreligieuse pour la paix, à l’initiative du Pape François. L’objectif était de « désolidariser les religions et la violence ». Le Pape François a eu des paroles fortes comme celles-ci : « Ne nous lassons pas de répéter que jamais le nom de Dieu ne peut justifier la violence »

On ne peut que saluer cette initiative et se réjouir qu’elle ait eu lieu.

Cependant, cette rencontre n’a abordé qu’une partie de la question : la violence des religions les unes contre les autres.

Il en existe une autre, complètement passée sous silence, comme un angle mort et qui crèvent les yeux : la violence exercée sur les femmes à l’intérieur des religions elles-mêmes. A commencer par le fait que les 500 « dignitaires » des 9 religions représentées, étaient à quelques exceptions, tous des hommes. Avaient-ils conscience de la violence symbolique de cette situation? La violence d’une exclusion des femmes, qui de fait, disait que ces religions ne considèrent pas les femmes comme pouvant les représenter.

Cette violence est en elle-même énorme et à ma connaissance aucun média ne l’a souligné. Aucun représentant de ces religions n’a fait son mea culpa tellement cette violence est occultée.

Mais la conversion des religions devaient aussi porter sur leur comportement vis-à-vis des femmes.

Je rêve d’un Assise où chacune de ces 9 religions arriveraient avec un nombre égal de femmes et d’hommes pour réfléchir comment éradiquer la violence dont sont victimes les femmes dans leur religion respective.

« Le nom de Dieu ne peut justifier la violence » dit fort justement le Pape François. Et pourtant c’est bien une certaine conception de Dieu qui discrimine les femmes dans presque toutes les religions.

Quelques exemples parmi des centaines :

Si vous êtes bouddhiste, vous croyez que le progrès dans votre prochaine réincarnation sera de devenir un homme si vous êtes femme. Les nonnes bouddhistes sont considérées inférieures aux moines. Cela dit une hiérarchie qui place le masculin au sommet…

Si vous êtes musulmane dans des pays où la charia tient lieu de loi, vous pouvez être lapidée, fouettée, vous êtes relayées dans un coin de la mosquée derrière un rideau et légalement vous avez un statut inférieur…

Si vous êtes juive dans le judaïsme orthodoxe vous êtes relayée à l’étage de la synagogue sans participation active à la liturgie et des femmes se battent actuellement pour pouvoir prier comme les hommes au mur des lamentations, huées par des religieux intégristes.

Si vous êtes catholiques romaines…vous êtes exclues des ministères qui seuls habilitent aux fonctions de gouvernement d’enseignement et de sanctification (= donner les sacrements)

Sans parler de la violence domestique qui n’a pas besoin de religion pour s’exercer mais dont les religions peuvent justifier les pratiques ou en tout cas ne les condamnent pas.

Des choses bougent…lentement. On peut s’en féliciter. Il y a des femmes rabbins dans le judaïsme libéral ( Deux en France : ont-elles été invitées à Assise ?) des femmes imams qui animent des prières où hommes et femmes sont ensembles ( Ont-elles été invitées à Assise ?), des femmes pasteurs, évêques dans le protestantisme et dans l’Eglise vieille-catholique de l’Union d’Utrecht…(ont-elles été invitées à Assise ?) La photo ne donne pas beaucoup d’espoir en ce sens.

I have a dream déclarait Martin Luther King. Le combat contre le racisme n’est pas fini, celui contre le sexisme dans les religions ne fait que commencer !

Il y a là un enjeu pour la crédibilité des religions. Elles sont actuellement de plus en plus critiquées pour les discriminations qu’elles maintiennent envers les femmes. Car enfin, comment éradiquer la violence intercommunautaire si on ne balaie pas devant sa porte !

La catholique que je suis en est particulièrement touchée en sachant à quelle source la foi chrétienne peut puiser pour être libératrice: l’Evangile de liberté, de justice, d’égalité de Jésus.

 

 

 

 

 

 

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans société
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commentaires

Agnès 24/09/2016 14:18

Il y a en tout cas un ilot orthodoxe où les femmes peuvent être consacrées. Seul la fonction de patriarche ne leur est pas ouverte, pour le moment. Cela changera peut-être. Ce patriarcat est actif actuellement et j'y suis rattachée, comme vous le savez, Michelle. Pour respecter le comportement qui nous est demandé pour le moment, nous restons discrets et discrètes, mais nous existons. Que chacun sache qu'il y a des endroit où les femmes peuvent célébrer la messe ! Merveille des merveilles ! Merci Michelle pour cette publications très instructive et pour votre engagement.

THERESE HILLION 24/09/2016 11:09

OUI Michèle, ce machisme est tellement habituel que mon attention n'avait pas été plus attirée cette fois-ci plus que toutes les autres (Ah ! les défilés masculins crosses-mitres-soutanes-cols romains-surplis...) et les petites filles avec fichu sur la tête qui oeuvrent dans l'église mais ne montent pas à l'autel (pour cause de quelle impureté ?)
Je me pose une question : pourquoi les femmes tolèrent-elles, quand elles ne le cautionnent pas, cet état de chose ? C'est le poids de la tradition ? Celui qui fait que les femmes excisées font exciser leurs filles ?
Si, dans toutes les religions, les FEMMES SE MOBILISAIENT de toutes les manières contre le sexisme, les hommes seraient bien obligés de revoir leur mode de fonctionnement. A quand la REVOLTE DES FEMMES ?
Avec toute mon amitié et merci pour ce que tu es et ce que tu fais.

Michelle 23/09/2016 16:04

Bravo, et merci, Michèle, car on ne le dira jamais assez: ce point d'aveuglement et de surdité vis à vis des femmes est une honte, simplement due au fait que les hommes ne parviennent pas à éteindre leur soif de pouvoir: une soif pourtant énoncée comme conduisant au Mal dans les 3 monothéismes. Je diffuse ce texte largement. merci encore!