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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 16:02
Le devoir de désobéir à l'inacceptable dans le livre de l'Exode chapitre 1et 2

Livre de l’Exode 1/8 à 2/10

 

Un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte. Il n’avait pas connu Joseph. Il dit à son peuple : « Voici que le peuple des fils d’Israël est maintenant plus nombreux et plus puissant que nous.

10 Prenons donc les dispositions voulues pour l’empêcher de se multiplier. Car, s’il y avait une guerre, il se joindrait à nos ennemis, combattrait contre nous, et ensuite il sortirait du pays. » On imposa donc aux fils d’Israël des chefs de corvée pour les accabler de travaux pénibles. Ils durent bâtir pour Pharaon les villes d’entrepôts de Pithome et de Ramsès. Mais, plus on les accablait, plus ils se multipliaient et proliféraient, ce qui les fit détester. Les Égyptiens soumirent les fils d’Israël à un dur esclavage et leur rendirent la vie intenable à force de corvées : préparation de l’argile et des briques et toutes sortes de travaux à la campagne ; tous ces travaux étaient pour eux un dur esclavage. Alors le roi d’Égypte parla aux sages-femmes des Hébreux dont l’une s’appelait Shifra et l’autre Poua ; il leur dit : « Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux, regardez bien le sexe de l’enfant : si c’est un garçon, faites-le mourir ; si c’est une fille, laissez-la vivre. » Mais les sages-femmes craignirent Dieu et n’obéirent pas à l’ordre du roi : elles laissèrent vivre les garçons. Alors le roi d’Égypte les appela et leur dit : « Pourquoi avez-vous agi de la sorte, pourquoi avez-vous laissé vivre les garçons ? » Les sages-femmes répondirent à Pharaon : « Les femmes des Hébreux ne sont pas comme les Égyptiennes, elles sont pleines de vitalité ; avant l’arrivée de la sage-femme, elles ont déjà accouché. » Dieu accorda ses bienfaits aux sages-femmes ; le peuple devint très nombreux et très fort. Comme les sages-femmes avaient craint Dieu, il leur avait accordé une descendance. Pharaon donna cet ordre à tout son peuple : « Tous les fils qui naîtront aux Hébreux, jetez-les dans le Nil. Ne laissez vivre que les filles. » Un homme de la tribu de Lévi avait épousé une femme de la même tribu. Elle devint enceinte, et elle enfanta un fils. Voyant qu’il était beau, elle le cacha durant trois mois. Lorsqu’il lui fut impossible de le tenir caché plus longtemps, elle prit une corbeille de jonc, qu’elle enduisit de bitume et de goudron. Elle y plaça l’enfant, et déposa la corbeille au bord du Nil, au milieu des roseaux. La sœur de l’enfant se tenait à distance pour voir ce qui allait arriver. La fille de Pharaon descendit au fleuve pour s’y baigner, tandis que ses suivantes se promenaient sur la rive. Elle aperçut la corbeille parmi les roseaux et envoya sa servante pour la prendre. Elle l’ouvrit et elle vit l’enfant. C’était un petit garçon, il pleurait. Elle en eut pitié et dit : « C’est un enfant des Hébreux. » La sœur de l’enfant dit alors à la fille de Pharaon : « Veux-tu que j’aille te chercher, parmi les femmes des Hébreux, une nourrice qui, pour toi, nourrira l’enfant ? »

La fille de Pharaon lui répondit : « Va. » La jeune fille alla donc chercher la mère de l’enfant. La fille de Pharaon dit à celle-ci : « Emmène cet enfant et nourris-le pour moi. C’est moi qui te donnerai ton salaire. » Alors la femme emporta l’enfant et le nourrit. Lorsque l’enfant eut grandi, elle le ramena à la fille de Pharaon qui le traita comme son propre fils ; elle lui donna le nom de Moïse, en disant : « Je l’ai tiré des eaux. »

 

Aux USA, au 19ème siècle, la guerre de Sécession, mit fin à l'esclavage sans mettre fin aux préjugés raciaux. Dans les décennies qui suivirent, des Américains d'origine européenne promulguèrent des centaines de lois destinées à empêcher les Blancs et les Noirs de vivre, de travailler, voire de prendre les transports en commun, ensemble.

Au milieu du 20ème siècle, l'un des premiers gestes réussis de contestation à ces lois se produisit à Montgomery, dans l'Alabama :

En mars 1955, une adolescente du nom de Claudette Colvin fut arrêtée pour avoir refusé de céder sa place à une Blanche dans un bus et, pour la première fois dans les annales de l'histoire de la ville, elle porta l'affaire en justice et gagna le procès.

Et ainsi, Claudette Colvin contribua à la fin de la ségrégation raciale dans les transports publics de l'État.

Claudette, qui a maintenant 76 ans peut être fière d'avoir pu, alors qu’elle avait 15 ans, préparer la voie à la première grande victoire du mouvement des droits civiques aux États-Unis.

« Quand il s'agit de justice, déclare Claudette, il n'y a pas de moyen facile de l'obtenir. On ne peut pas l'édulcorer. Il faut prendre position et dire : « Ce n'est pas juste. » Et je l'ai fait. »

Dans ce texte de l’Exode, nous avons des femmes qui elles aussi ont refusé l’inacceptable.

Elles nous montrent l’exemple d’une désobéissance légitime quand il s’agit de résister au mal.

Comment ont-elles désobéi ?

Comment sont-elles rentrées en résistance ?

En prenant les moyens qu’il fallait :

- des sages-femmes ont laissé vivre les garçons (1, 17)

- elles ont inventé un mensonge légitime pour ne pas subir la répression : « nous arrivons trop tard »(1,19)

- une mère a refusé qu’on tue son enfant.

- elle l’ a aimé en acceptant de le perdre pour qu’il ait une chance de vivre (2, 1-3)

- une princesse a désobéi aux ordres de son pharaon de père en recueillant l’enfant (2, 5-10)

Pour cela, encore faut-il avoir une idée claire de ce qu’est le mal.

Dans ce texte, le mal c’est :

- L’ignorance de l’histoire : Pharaon n’avait pas connu Joseph et ne savait pas que le juif joseph avait sauvé son peuple

Son ignorance de l’histoire l’empêche de considérer positivement le peuple juif.

- Une peur sans fondement, qui se nourrit d’imaginaire : « En cas de guerre, ils pourraient bien se joindre à nos ennemis » (1, 10).

- L’exploitation, l’esclavage, la violence, le génocide (1,11.14 et 1, 22).

 

 

Dire non, résister, désobéir, sont donc des chemins de foi, de salut.

Jésus a dit non à des lois sociales et religieuses qui étaient injustes.

Le suivre aujourd’hui, cela peut être aussi de résister, de dire non, de désobéir à ce que, en conscience, on juge injuste.

 

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Homélies de Soeur Michèle
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commentaires

LEVY 20/02/2017 11:50

Oui, un texte capital. Foisonnant de contenus symboliques, d'ouvertures sur toutes les significations - sans doute inépuisables - qui peuvent lui y être trouvées, sur toutes les intellections que chacune de ses phrases peut faire surgir. La référence initiale qu'il fait à l'histoire, à l'histoire perdue, lui confère - et ce n'est pas un paradoxe - une dimension extraordinairement intemporelle. La connexion Moïse/Jésus peut en outre y être approfondie quasiment à l'infini. Au tout premier degré, et au regard de l'éthique universelle, il affirme répétitivement et consacre la légitimité irréductible de l'objection de conscience. Il la consacre comme le socle d'une liberté de conscience inséparable du libre choix qui préside au jugement moral. Au total, un texte qui ne se donne pas simplement à lire, mais qui appelle des lectures et des relectures tout au long d'une vie, à la lumière de la progression que chacun peut accomplir pour lui-même et dans l'intelligence du Bien. Merci à Michèle de nous l'avoir remis sous les yeux, de l'avoir éclairé de son commentaire. Et de nous rappeler la gratitude que par delà les millénaires écoulés, nous devons aux rédacteurs hébraïques qui ont mis dans la forme et la construction de ce récit ce que nous pouvons percevoir comme étant leur transmission de l'inspiration qu'ils ont reçue de la transcendance à l'intention des Justes parmi les nations.

Tellou 20/02/2017 09:08

C'est la aussi ou l'on voit l'importance de la transmission de l'histoire. Pharaon a oublie pourquoi et comment les Hebreux sont evnus chez lui... Oui il en faut de la desobeissance si la justice est a ce prix. Merci Michele!

Agnès ROBERT 18/02/2017 18:37

Merveille d'homélie ! Encore ! Et aujourd'hui, comment pouvons-nous comprendre la situation : conditions de l'avortement, comment voter social sans accepter un avortement sans conditions? C'est le dilemme que je vis depuis bien longtemps ! Ce texte est terriblement actuel, et votre homélie le montre ! Merci encore mille vois, Soeur Michèle !

Michelle 18/02/2017 18:23

Merci, Michèle! la désobéissance à des ordres injustes comporte des risques dans la vie concrète, mais il faut savoir les prendre en se sachant soutenu(e) par le Seigneur. Hommage à tous ceux qui, en ce moment, secourent leurs frères en dépit de lois parfois inhumaines.