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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 21:24
Invité-es, Katrin Agafia: Le désir du Vivant, Mt 28/1-10

« Oh Dieu, puissé-je être vivant quand je mourrai ! » Voilà ce qu’écrivait Donald Winnicott, un célèbre psychanalyste et pédiatre, peu de temps avant sa mort. Et s’il avait raison… si le problème n’était pas tant de savoir quelle sera notre vie après la mort, que de nous interroger sur notre façon d’être vivants dès ici-bas ! Etre vivant oui, mais comment ?

Dans ce texte, on rencontre d’un côté des femmes et de l’autre des gardes. Chacun est vivant, bien-sûr, vacant à ses occupations, mais le texte nous dit combien la peur s’est emparée des gardes. Les voilà tout tremblants, comme morts… Vivants, mais déjà morts, sans désir propre, obéissants aux ordres ; ils subissent les évènements, esclaves de leur propre peur !

Les femmes, elles, sont poussées par leur envie de « voir le tombeau ». Elles sont en marche. Leur ami a été arraché à la vie et la morsure du manque est immense ! Alors pour conjurer l’absence, il leur faut habiter ce lieu où repose l’être aimé ; il leur faut chercher Jésus le crucifié, jusque dans le néant de la mort, telles des sentinelles à l’affût de la moindre étincelle d’éternité.

« Ne craignez rien, vous. Je sais que vous cherchez Jésus le crucifié ». Ainsi le messager sait, il connaît ce désir qui les fait avancer.
Un désir pétri d’impatience qui
oblige à courir, à se hâter… parce que si on y regarde bien, l’Amour n’aime pas se laisser enfermer. Il est ailleurs, toujours ailleurs, jusqu’en Galilée. Et il faut donc se presser pour ne rien perdre de ce qui est dévoilé, pour ne rien amasser de ce qui est donné !

Un désir creusé par la faim: faim de réponses, faim de sens, faim de présence, faim de cette joie capable de tout faire trembler, de tout faire craquer, même la plus lourde de nos pierres où la mort s’est terrée . Une faim comme gage de justesse et de sincérité. Une faim si grande que Dieu, Lui-même, s’est approché. Et soudain, le temps d’un regard, deux mondes se sont trouvés : l’humain a caressé le divin, et le divin s’est laissé enlacer. Oui, juste le temps d’un regard, l’instant présent, suspendu à ce désir fou de vivre pour de vrai, a épousé l’éternité.

Certes, il est malheureusement possible de subir nos existences, prisonniers des exigences imposées par notre société. Il est possible d’être rassasiés de toutes ces choses qui nous donnent l’impression d’exister. Il est possible de faire semblant de vivre et laisser la mort tout emporter.

Mais à la lecture de ce texte, un autre chemin est envisageable ; un chemin où deux femmes nous ont précédés, où Jésus lui-même nous a guidés. Le chemin d’une bonne nouvelle où vivre, c’est faire le choix d’écouter son cœur en premier, ce cœur qui nous supplie de toujours nous relever ; un chemin où vivre, c’est aller au tombeau, et se tenir là, vidés, juste au bord du gouffre, sans jamais cesser de veiller ; un chemin où vivre, c’est accepter la faim, la soif, comme autant de sentiers qui nous mènent vers notre liberté ; un chemin où vivre, c’est tenir serrés là, tout contre son cœur, les quelques mots de tendresse qui nous ont été confiés ; et puis marcher, marcher, sans jamais s’arrêter jusqu’en ce lieu, où nous n’avons jamais osé mettre les pieds ; un chemin où vivre, ce n’est pas juste s’approcher, c’est tomber à genoux et enlacer les pieds de l’être aimé, ce n’est pas juste aimer, c’est s’empresser d’aimer, comme si ce jour allait être le dernier; un chemin où « vivre, c’est gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés. »[1]

Alors, si vivre c’est désirer, on peut comprendre que Jésus soit ressuscité car son plus grand rêve était de nous rendre aussi Vivant que Lui, ressuscités avec Lui, ressuscités en Lui. Et au matin de Pâques, ce désir s’est faufilé jusqu’au creux de notre humanité ; un désir brûlant et contagieux comme les flammes d’un grand feu pour nous rappeler que « vivre » et « se consumer » sont deux mots de la même lignée.

 

 

[1] Christian Bobin « Noireclaire »

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invité-es
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