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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 22:23
Etre disciple du Christ et se dire catholique : pas forcément équivalent !

Des catholiques ont largement voté, ce dimanche, pour Marine Le Pen : à 38%, soit 4% de plus que la moyenne nationale, 29% pour les pratiquants réguliers. Au premier tour, 15% des pratiquants réguliers avaient porté leurs suffrages sur la candidate de l’extrême droite. Celle-ci obtient son meilleur score parmi les pratiquants occasionnels où elle atteint 46% des voix

Ce type de positionnement rejoint, aux USA, les 83 % des blancs évangélistes et plus de 50% des catholiques qui ont voté Trump.

On ne doit pas lire le même Évangile ! Que font-ils à la messe puisque, pratiquants, ils y vont tous les dimanches ? Comment entendent-ils les lectures de la Bible ? Que célèbrent-ils dans l’Eucharistie ? De qui sont-ils disciples ?

Il faut remonter même au tout début du christianisme pour répondre à ces questions. Pierre, à la Pentecôte a prêché un Evangile de salut : « faites-vous baptisés et vous serez sauvé » (Ac 2/40). Salut comme vie après la mort et non comme changement de manière de vivre entre nous. On avait déjà, en germe, une religion sans incidence sur la manière de vivre en société et n'informant pas le réel des relations humaines dans le sens de l'amour, de la justice, du partage.

Ensuite dans le cours de l’histoire, la dérive n’a fait que s’accentuer : dérive d’une religion personnelle de salut comme vie éternelle après la mort ; dérive de la chrétienté où la foi chrétienne devenait religion d’état ; dérive d’une religion sociologique où la foi n’était plus un acte libre mais un conformisme social et une obligation ; dérive d’avoir bradé la liberté évangélique pour les femmes pour se conformer aux habitudes patriarcales des sociétés ; dérive de la justification des pouvoirs en place par une conception de Dieu, monarque tout puissant; dérive de la justification de tous les conservatismes par une conception fixiste du monde et de l’humain ; dérive de la priorité d’un croire formel au lieu de privilégier un agir animé par l’Esprit ; dérive d’avoir concentré toute la foi sur l’identité de Jésus et d’oublier la nouveauté de son agir, le Royaume qu’il a inauguré et qu’il nous revient de bâtir.

Oui, on peut être catholiques pratiquants et voter FN si on n’a pas été saisi par la nouveauté évangélique, la révolution humaine, spirituelle et politique que Jésus apporte.

Vous connaissez des catholiques pratiquants qui ont voté Le Pen ? Un livre pourra peut-être ouvrir un chemin qui montre que l’attachement à Jésus rend impossible une adhésion aux thèses frontistes : José Antonio Pagola, Jésus, approche historique, Ed du Cerf. Ils y découvriront la nouveauté évangélique : Jésus passionné pour un Royaume à bâtir dès maintenant, défenseur des exclus, libérateur des femmes, dangereux pour les puissants. Sauront- ils écouter ? Jésus a été rejeté par ceux pour qui sa vie, son action, sa parole étaient dangereuses et mettaient en danger les positions acquises, les pouvoirs. Il ne peut pas être mieux écouté aujourd’hui !

La nouveauté de Jésus est encore à venir !

Mais elle a toujours été vivante chez des gens chrétiens ou pas, par des inconnus de l’histoire.

Elle l'est, encore aujourd’hui, vivante, chez beaucoup de gens qui ne feront jamais la « une » des journaux, comme par exemple tous les gens qui cherchent des alternatives pour mieux vivre ensemble.

La nouveauté de Jésus...une vraie conversion personnelle et collective.

 

 

 

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans fondamentaux de la foi
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levy 13/05/2017 00:34

Combien il a été utile que des voix catholiques s’élèvent entre les deux tours et affirment –unies aux autres familles chrétiennes, aux autres spiritualités et aux héritiers de toutes le Lumières - l’incompatibilité entre la foi chrétienne et le discours de haine du Front National. Pour réparer la complaisance qui au sein de l’Institution, et à son plus haut niveau, se refusait à dire à qui voulait l’entendre, quel était, en justice, ‘’le bon choix’’. Parce qu’à cet étage, au regard de l’esprit de libre examen que le candidat républicain manifestait sur des questions attachées aux positionnements bioéthiques les plus verrouillés de l’Eglise romaine, l’enracinement historique de l’extrême-droite et l’exhortation à toujours exclure et rejeter davantage – l’autre, le plus démuni - de la candidate frontiste, inébranlablement calée sur des enfermements nationalistes, identitaires et xénophobes, ne pesait finalement pas plus lourd.
Et combien, il est éclairant de revenir grâce à cet article sur la succession des dérives qui, additionnant au fil des temps leurs écarts par rapport au message messianique, ont construit la préoccupation hégémonique de l’ordre sous toutes ses formes, avec en parallèle « une conception fixiste du monde et de l’humain ». Et imposé la primauté de l’autorité sur la libre « conversion personnelle et collective » mise au service de ce Royaume que « dans le sens de l'amour, de la justice, du partage (…), il nous revient de bâtir ».
Le croire n’unit pas. Le croire divise quand il ne fait pas haïr.
Sans doute est-ce d’une certaine façon le prix à payer, dans le temps long de la création où nous sommes depuis la sortie du mythique Eden, pour que l’image du Juste se dégage au milieu de l’aventure que traverse l’humanité. Dans la durée de son cheminement.
Ce juste auquel les 7 commandements de Noé sont venus dessiner un balisage incertain et toujours exposé à s’effacer.
Evoquer la figure du juste à propos du péril que la progression des suffrages lepéniste a mis devant nos pas, ne peut que nous renvoyer aux années où cette figure a repris vie et gagné ou regagné un sens.
Où était en effet la chrétienté (s’entend ici le fait d’être chrétien) pendant les années d’Occupation – puisque s’agissant de l’extrême-droite, c’est inéluctablement à celles-ci que nous sommes renvoyés.
Est-elle sous les pas du Chef de l’Etat français quand celui-ci franchissait le parvis des cathédrales où le clergé du lieu, mitre en tête, l’accueillait en grand pompe ? Tout à sa béatitude devant le ‘’Sauveur de la France’’ qui refermait la page ouverte par la Révolution française, si impie et si honnie. Est-elle dans les discours radiophoniques de Philippe Henriot, ci-devant député ultra catholique et orateur déchaîné contre la Résistance et les Alliés ? Est-elle sous l’uniforme de Mgr Mayol de Lupé, aumônier militaire de la Légion des volontaires français puis de la Division SS Charlemagne ?
Ou bien est-elle, comme tout nous en forge l’intime et pénétrante conviction, dans les prises de position publiques des évêques Saliège et Théas dressés contre le déchaînement des persécutions antisémites ? Et au Chambon-sur-Lignon, autour du Collège Cévenol, parmi les enfants juifs qui y étaient cachés ? Et dans ces villages des Cévennes où protestants et catholiques, qui ne se parlaient plus depuis les Dragonnades, retrouvaient un ‘’vivre-ensemble’’ en se répartissant les familles juives à sauver ? Et dans ces communautés religieuses et ces presbytères qui prenaient leur part de ce sauvetage, ainsi que dans ces écoles où s’est joué ‘’pour de vrai’,’ pendant des mois ou des années, la version originale de ’’Au revoir les enfants’’ ?
Et dans les engagements des chrétiens – professeurs de droit, journalistes, prêtres, pasteurs et fidèles sans grade – qui ont voulu se reconnaître dans le si beau mot de ‘’Témoignage’’. Et qui dans les mouvements et les réseaux, puis dans les maquis se sont réunis pour la même Résistance aux autres croyants, aux athées, aux ‘’bouffeurs de curés’’ d’avant-guerre, aux héritiers patriotes de familles de vieille noblesse ou de bonne bourgeoisie et aux militants communistes qui chantaient avec eux la même Marseille.
Tous ont couru les mêmes dangers devant la barbarie nazie. Tous ont consenti au sacrifice de leur vie qu’en grand nombre ils ont rencontré au bout de leur chemin.
Tous, c’est à dire ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n’y croyaient pas.
C’est là le legs, mais aussi l’avertissement, que le poète nous alors laissés en un vers inoubliable. Pour distinguer et pour désigner ceux qui se retrouvent dans ‘’le bon choix’’, et pour dire de quoi celui-ci est fait.
Didier LEVY – 12 05 2017