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10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 15:06
Lire la Bible selon Juan Luis Segundo ( 1ère partie)

Dans son livre, Qu'est-ce qu'un dogme ?, Juan Luis Segundo, sj, distingue deux modèles différent pour penser la Bible

 

D’abord le modèle iconique qui expose en récits, en image, renvoyant à des questions existentielles, donnant à penser, est un processus de recherche.

Le second est digital. Digital au sens d’une vérité que l’on peut désigner du doigt, de l’ordre d’un dépôt. Il supposerait que Dieu aurait déposé dans un contenant qui serait la Bible des vérités à croire et des normes à pratiquer. Vérités et normes qu’il suffirait d’extraire de cette « carrière » biblique. Ce travail d’extraction étant le fait de la Tradition qui au long de 20 siècles aurait peu à peu mis à découvert ce qui y était contenu, c'est-à-dire une information correcte une fois pour toutes, et pour toutes les questions, dans tous les contextes.

Ce modèle digital se heurte à une difficulté majeure : la divergence dans la Bible de théologies, leurs variétés qui n’est pas toujours conciliables, leurs diversités qui évitent d’enclore dans une seule perspective, dans le domaine de la foi comme dans celui de la morale.

 

Pour le premier Testament. Il suffit de rappeler la foi ou la non-foi en la vie éternelle. Deux théologies qui s’affrontaient encore au temps de Jésus et dont on a trace dans l’opposition entre pharisien et sadducéens (Matthieu 22/23-33) 

Egalement le conflit doctrinal sur la question de la rétribution. La richesse, la longue vie, la santé, le bonheur sont-ils des marques de bénédiction de Dieu en récompense d’une vie vertueuse ? Oui pour certains textes. Non pour d’autres (Si1/13 s’oppose à la proclamation d’innocence de Job, Jb13/18). Le non le plus violent étant la révolte de Job qui proclame son innocence au cœur même de sa souffrance morale et physique. )

Egalement le problème à la fois politique et religieux de la royauté. Est-ce une institution voulue par Dieu ou au contraire une offense à Dieu qui est le seul roi d’Israël ? Sur ce point les textes bibliques s’opposent entre monarchistes et antimonarchistes. (1S 8 et 2S 7

Dans un registre moins conflictuel, les deux textes de la création en Genèse comportent, deux anthropologies qui sont loin d’être conciliables.

 

Devant ce constat de divergences, de théologies différentes, une question se pose. Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est parole de Dieu, inspiré par lui ? Mais surtout pourquoi dans cette Bible, y-a-t-il cette juxtaposition de position inconciliables. Pourquoi, in fine, les rédacteurs n’ont-ils pas pris position en ne gardant qu’une des positions ? On peut répondre par le respect de récits plus anciens mais un respect qui n’empêche pas d’en ajouter d’autres qui les corrigent ou même les contestent.

Mais surtout, nous avons là le signe d’une conception particulière de la vérité pour les auteurs de la Bible: non pas une vérité éternelle, anhistorique, monolithe, absolutisée, mais une vérité qui se cherche dans les méandres de l’histoire humaine, qui s’approfondit grâce à des crises, quand les réponses anciennes ne sont plus audibles, quand l’expérience vient les contredire de telle sorte qu’elles ne sont plus satisfaisantes. Une vérité qui se cherche et qui ne s’arrête pas à un moment donné. Les réponses anciennes et nouvelles sont gardées comme mémoire d’un cheminement de pensée, comme anamnèse d’une résolution d’une crise. Elles sont là toutes deux pour « apprendre à penser ». Apprendre à penser est un des concepts- clé de la théologie de la révélation que développe Segundo.

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commentaires

D
Magnifique exposé DU problème de la Bible - "des" Bibles - et de notre identifications de ce que serait LA parole de D.ieu. Le littéralisme et le dogmatisme - et le fanatisme, sous toutes ces formes, qui en est tôt ou tard le produit - n'y voient ni encombres, ni matière à interrogations et encore infiniment moins des champs ouverts au doute. parce que leur point de départ tient dans la certitude que cette parole est unique, univoque, absolue en elle-même..Une parole achevée parce qu'elle aurait été écrite, et qu'il est si facile et si tentant de lire dans la banalité de l'accessible et de l'intangible en occultant les siècles des siècles sur lesquels ont œuvré traducteurs et copistes, <br /> Qu'est-ce pourtant qu'une foi qui se sépare du questionnement et du doute sinon la foi des sépulcres, blanchis ou non, des sépulcres dont on ne sort ni ne se libère jamais. Quand le texte est lu comme une histoire de D.ieu, quand l'Alliance est figée dans des historicités invalides, et au demeurant aussi impénétrables que fluctuantes, alors, oui, cette "lettre" là tue ce que l'l'esprit a pour vocation de vivifier. <br /> Que le questionnement et le doute soient porteurs pour le "croire" d'une résurrection continue, peut-il s'en présenter une plus probante attestation que celle que contient cet extrait de l'article décrivant l'itinéraire de cette résurrection en mouvement : " ... une vérité qui se cherche dans les méandres de l’histoire humaine, qui s’approfondit grâce à des crises, quand les réponses anciennes ne sont plus audibles, quand l’expérience vient les contredire de telle sorte qu’elles ne sont plus satisfaisantes. Une vérité qui se cherche et qui ne s’arrête pas à un moment donné. Les réponses anciennes et nouvelles sont gardées comme mémoire d’un cheminement de pensée, comme anamnèse d’une résolution d’une crise". <br /> Un mot encore pour exprimer la gratitude sans bornes d'un lecteur du blog qui, quelques années en arrière, découvrit Juan Luis Segundo et "Qu'est-ce qu'un dogme ?" grâce à sr Michèle - pourvoyeuse en la circonstance d'un livre bien plus que de chevet qui accompagnera ce lecteur jusqu'à la fin de son parcours.
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