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6 juillet 2018 5 06 /07 /juillet /2018 19:41
Méditer avec Luc 7/36-50: une femme qui aime parce que pardonnée.

Lc 7/36-50

Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien, elle avait apporté un flacon d’albâtre contenant un parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum. En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse. » Jésus, prenant la parole, lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Parle, Maître. » Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante. Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’aimera davantage ? »

Simon répondit : « Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. – Tu as raison », lui dit Jésus. Il se tourna vers la femme et dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé d’embrasser mes pieds. Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » Il dit alors à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. » Les convives se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ? » Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »

 

Pécheresse, cette femme ? Que recouvre ce mot ? Qui était pécheur-pécheresse dans la société où Jésus vivait ? On pouvait l’être de diverses façons : tout ce qui empêchait de pratiquer les prescriptions religieuses, par exemple certains métiers par leur exercice même vous rendait pécheur, des maladies dont on pensait qu’elle résultait d’un péché commis et vous rendait impur-e, des comportements considérés comme immoraux…

Et cette femme dans quelle catégorie de péché est-elle ? Pourquoi la tradition chrétienne en a-t-elle fait une prostituée ? Une autre femme dans l’Evangile fait presque les mêmes gestes sans qu’on la désigne comme telle. Mais l’assimilation de femme à une prostituée, relève d’une projection misogyne.

En tout cas, quelque soit la nature de son péché, cette femme se sait pardonnée. Jésus lui a-t-il dit ? A-t-elle eu la certitude de ce pardon sans même avoir besoin d’une parole qui le lui signifie ? Si oui, cela veut dire que des gens comme elle ont pu se sentir pardonnés sans parole explicite à leur égard mais simplement par la miséricorde qui émanait de Jésus, par son enseignement libérateur.

Elle est donc bien cette débitrice qui devait 1500 deniers, qui aime beaucoup parce qu’il lui a été beaucoup pardonné.

Car cette parabole racontée par Jésus montre  que l’amour est fruit du pardon reçu et non l’inverse. Si elle fait ces gestes d’amour, si elle aime, c’est pour signifier la gratitude du pardon reçu : pardonné, nous sommes en capacité d’aimer. Le pardon n’est pas une récompense, il est un don gratuit.

L’inverse, c’est-à-dire que Dieu attendrait qu’on l’aime pour pardonner est en contradiction avec la révolution spirituelle qu’apporte Jésus. C’est pourtant, ce qui, malheureusement, nous pensons spontanément car nous préférons « mériter » plutôt que d’être sujet d’une prévenance gratuite.

Deux versets de ce récit semble contredire ce que je viens de dire :

* « ses nombreux péchés lui sont remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour » dit Jésus. Cela semble en contradiction avec la parabole qu’il a raconté. C’est à cause de l’ambiguïté du mot « parce que ». Il vaudrait mieux traduire : ses péchés sont remis, c’est pourquoi elle a beaucoup aimé.

* « Tes péchés sont pardonnés » Déclaration que Jésus fait à la fin du texte. Déjà pardonné puisqu’elle montre beaucoup d’amour ou seulement pardonné au moment où Jésus lui signifie ce pardon ? Toujours pour être cohérent avec la parabole, il faut tenir que déjà pardonnée avant d’arriver au repas, Jésus la gratifie d’une parole officielle devant tout le monde, qui la libère des regards accusateurs.

Ceci étant, quelques pistes pour méditer ce texte

1ère piste

Considérer que Simon est aussi un pécheur.

Mais de quoi ? Certainement pas d’une infidélité à la loi religieuse mais d’une « dette de 50 deniers » dette dont il ne semble pas avoir conscience et qui l’empêche de faire les gestes les plus simples de l’accueil qui dirait un peu d’amour. Mais lui aussi est pardonné, gracié. Pour aimer, il lui manque la révélation de sa dette. Jésus va lui révéler : son péché, c’est son regard de mépris. Le péché ici n’est pas de l’ordre d’une loi religieuse mais de l’ordre d’une qualité de relation à l’autre.

2ème piste

Regarder les gestes d’amour de cette femme :

Apporter un flacon de grande valeur,

Arroser les pieds de ses larmes

Les essuyer avec ses cheveux

Les couvrir de baisers

Les oindre de parfum

Mettre ces gestes en parallèles avec Lc 10/34 ; Jn 12/3 ; Jn 13/4-5

 

3ème piste

Prendre conscience de la liberté de Jésus qui accepte ses gestes qui le discrédite aux yeux de Simon et de tous les invités.

4ème piste

Sentir la délicatesse de Jésus envers Simon. Il ne s’oppose pas à lui de front mais lui raconte une histoire pour que lui-même il puisse entrer dans la logique de Jésus. Il lui permet de trouver par lui-même le chemin pour sortir de son regard de mépris et s’ouvrir à un autre regard.

 

 

 

Méditer avec Luc 7/36-50: une femme qui aime parce que pardonnée.
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commentaires

C
Merci pour se rappel, merci de dire encore que le péché, le raté, la faute ou l'erreur sont autant de chemins vers le pardon et la reconnaissance qui est ici un nom de l'amour
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