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19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 22:47
La Bible est-elle Parole de Dieu ? 1ère partie

Dans l’Eglise catholique romaine, un grand progrès s’est produit dans la compréhension de ce qu’est la Bible, quand le pape Pie XII a publié l’encyclique Divino afflante Spiritu qui demandait de tenir compte de l’auteur humain du texte biblique.[1]

 

Celui-ci n’était plus considéré comme un secrétaire qui écrirait sous la dictée de Dieu mais un vrai écrivain limité par les connaissances et les instruments culturel de son époque.

 

Cet enseignement a été repris lors du Concile Vatican II dans la constitution Dei Verbum. Elle prend acte qu’il faut parler d’auteurs bibliques comme de « vrais auteurs » [2] qui ont écrit selon des genres littéraires différents, « en des circonstances déterminées, dans les conditions de son temps, et l’état de sa culture » et selon « soit des manières natives de sentir, de parler…soit de celles que l’on utilisait çà et là à cette époque dans les rapports humains »[3]

 

Cela libérait d’une lecture littérale de la Bible qui voudrait trouver des vérités qu’on pourrait désigner du doigt, de l’ordre d’un dépôt. Cela libérait l’idée d’un Dieu qui aurait déposé dans un contenant qui serait la Bible, des vérités à croire et des normes à pratiquer. Cela libérait de l'idée de vérités et normes qu’il suffirait d’extraire de cette « carrière » biblique. Cela libérait de l'idée que la  Bible serait  une information correcte une fois pour toutes, et pour toutes les questions, dans tous les contextes. 

 

Cela permettait de lire la Bible en tenant compte des codes d’écriture que sont les genres littéraires.

Par exemple :

Le livre de Jonas est un conte qui a dit un sens mais qui n‘est pas un récit d’évènements réels.

La création en 7 jours donne une théologie et une anthropologie mais n’est pas une étude scientifique.

 

Cela permettait de comprendre pourquoi il y a des positions contradictoires et des divergences inconciliables. 

-Pour le Premier Testament, il suffit de rappeler la foi ou la non-foi en la vie éternelle. Deux théologies qui s’affrontaient encore au temps de Jésus et dont on a trace dans l’opposition entre pharisien et sadducéens[4].

-Également le conflit doctrinal sur la question de la rétribution. La richesse, la longue vie, la santé, le bonheur sont-ils des marques de bénédiction de Dieu en récompense d’une vie vertueuse ? Oui pour certains textes. Non pour d’autres[5]. Le refus le plus violent à cette conception étant la révolte de Job qui proclame son innocence au cœur même de sa souffrance morale et physique.

-Également le problème à la fois politique et religieux de la royauté. Est-ce une institution voulue par Dieu ou au contraire une offense à Dieu qui est le seul roi d’Israël ? Sur ce point les textes bibliques s’opposent entre monarchistes et antimonarchistes.[6] 

-Dans un registre moins conflictuel, les deux textes de la création en Genèse comportent deux anthropologies qui sont loin d’être conciliables.

 

Mais alors, si ce sont des hommes qui en sont les auteurs, que fait Dieu ?

 

Le concile parle du rôle de Dieu comme celle d’un pédagogue :

« Ces livres, bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du caduc, sont pourtant les témoins d’une véritable pédagogie divine »[7]

L’image du pédagogue suggère l’idée d’une éducation progressive : Dieu éduquant peu à peu vers une révélation de plus en plus juste de ce qu’est Dieu et de ce qui est vraiment humain et humanisant.

 

Cela introduit pour le lecteur, la lectrice d’aujourd’hui, la nécessité d’un discernement et d’une interprétation car en fait, dans ces livres de la première alliance, qu’est-ce qui est imparfait et caduc et au nom de quoi, le déclarer ainsi ?

Prenons l’exemple de ce texte du Lévitique 24/13-16

13 Le Seigneur parla à Moïse et dit :

14 Fais sortir hors du camp l’auteur de la malédiction. Tous ceux qui l’ont entendu poseront leurs mains sur sa tête, et toute la communauté le lapidera.

15 Puis tu parleras ainsi aux fils d’Israël : Quiconque maudit son Dieu portera le poids de son péché.

16 Qui blasphème le nom du Seigneur sera mis à mort ; toute la communauté le lapidera. Qu’il soit immigré ou israélite de souche, s’il blasphème le nom du Seigneur, il mourra.

 

« Le Seigneur parla à Moïse et lui dit… »

Dieu a-t-il dit cela ? Pourquoi l’écrivain biblique a écrit cela ? L'écrivain n'avait pas de ligne directe avec Dieu.

Comment y-a-t-il une pédagogie divine là-dedans ?

Ne faut-il pas mieux comprendre que certains textes bibliques font dire à Dieu ce qui pouvait servir des intérêts humains, comme par exemple, pour ce texte, des intérêts de cohésion d’un peuple. On attribue à Dieu des paroles qui justifie une cohésion sociale par la peine de mort. 

La liturgie catholique n’a d’ailleurs pas retenu ce texte comme lecture de messe. En effet, difficile au lecteur de notre époque de dire : « Acclamons la parole de Dieu ». Au lecteur de notre époque…mais pas à l’époque où l’on brulait vif des hérétiques !

 

L’image d’un Dieu pédagogue et l’idée de pédagogie, dont parle Dei Verbum, peuvent être comprise ainsi : la Bible est une œuvre humaine dans laquelle, Dieu, peu à peu, éclaire, fait progresser, accompagne, mais ne dicte pas ! Et surtout pas des paroles comme celles du Lévitique.

 

L’épisode où Abraham va sacrifier son fils (Gn 22) peut aussi se voir ainsi. Dans ce récit, Dieu a des paroles qui nous révulse le cœur aujourd’hui : « Tu l’offriras en holocauste ». En fait ce récit existe pour rendre caduc ce genre de comportement qui se pratiquait à cette époque. Il montre qu'on peut se tromper sur ce que Dieu veut.

L’auteur biblique a fait l’expérience intime que Dieu n’est pas celui qui demande de tuer, c’est pourquoi l’enfant est remplacé par un animal. Il s’est laissé éduquer au point d’écrire ce récit pour nous montrer cela. Il a laissé le Pédagogue l’instruire.

 

Ce qui vient d’être dit de la Bible de la première alliance, peut aussi être dit du Nouveau Testament. La Pédagogie divine continue au cœur de ces livres dont les auteurs sont des hommes, eux aussi marqués par les faiblesses, des conditionnements, des préjugés. Jésus n’a rien écrit ! Ce qui nous reste de sa vie nous vient des 4 regards, certes inspirés, mais aussi partiels, partiaux. On peut cependant dire que la force de la révolution spirituelle inaugurée par Jésus était telle, qu’il y a de beaux restes de cela dans les Evangiles que nous avons.

 

Et la pédagogie a continué avec les autres livres du Nouveau Testament mais sûrement avec plus d’imperfections.

 

Cette pédagogie continue pour nous dans l’interprétation que nous faisons de ces textes bibliques. Laissons-nous le Pédagogue nous inspirer ou laissons nos intérêts, nos préjugés, nos conditionnements altérer notre lecture ?

 

Auteur et lecteur sont dans la même position d’écoute du cœur profond pour se laisser éduquer par Dieu…ou pas. Belle écoute de ce que Dieu murmure à nos cœurs et qui rejoint le meilleur de nous-même ou écoute faussée par nos intérêts, nos peurs, nos préjugés…

Cela vaut pour l’écrivain et pour le lecteur biblique.

Mais comment discerner que nous avons la bonne oreille ? Que nous écoutons selon le cœur de Dieu et le meilleur de nous-même ?

 

Ce sera l’objet du prochain article.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Divino afflante Spiritu de Pie XII en 1943. On peut trouver ce texte dans la compilation des documents romains : https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/1029/symboles-et-definitions-de-la-foi-catholique DZ 2294 . Ceci en rupture avec le concile de Trente : DZ 783

[2] Vatican II : Constitution Dei Verbum  11

[3] Dei Verbum  12

[4] Mt 22/23…34

[5] Si 1/13 s’oppose à la proclamation d’innocence de Job, Jb 13/18

[6] Par exemple 1S 8 et 2S 7

[7] DV 15

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M
Ouragan Florence tornade Ottawa punition d’ ALLAH.Pour éviter la mort des italiens et les européens par ces punitions d’ ALLAH les tornades fort séisme tsunami volcan typhon les inondations ouragan les foudres incendie météorite les virus crash d’avion pape François aux italiens aux européens de se convertir a l’islam le 25.9.2018.
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