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23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 17:34
La Bible est-elle Parole de Dieu ? 2ème partie

Dans la 1ère partie nous avons vu que la Bible n’est pas une « dictée » de Dieu, ce sont des hommes qui en sont les vrais auteurs et ils ont, dans le meilleur des cas, laissé Dieu peu à peu les éduquer, transformer leur mentalité pour s’ouvrir à son vrai visage, vrai visage de Dieu et vrai visage de notre humanité. Cependant, dans d’autres cas, ils se sont laissés enfermer dans leur ignorance et leurs préjugés.

 

Nous, lecteur-trices aujourd’hui, sommes dans la même position : sommes-nous dans une écoute de ce que Dieu murmure à nos cœurs et qui nous rejoint dans le meilleur de nous-même ou sommes-nous aveuglés dans notre manière d’interpréter ces textes ?

 

Mais comment discerner que nous avons la bonne oreille, que nous écoutons selon le cœur de Dieu et le meilleur de nous-même ?

 

On peut retenir 3 critères de bonne oreille

 

1-Le critère de la libération

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »[1]

Cette question est une demande de discernement. Sur quel critère, reconnaitre celui qui vient de Dieu ? La réponse de Jésus se situe au niveau de la libération :

« Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne nouvelle est annoncée aux pauvres » [2]

La libération de l’humain est le signe digne de foi et suffisant pour discerner la présence de Dieu. C’est un discernement qui est confié à la responsabilité humaine. Mais qui va pouvoir faire ce discernement selon ce critère de libération ? Ceux qui ont condamné Jésus n’ont pas été sensibles à ce critère. Seule la femme, seul l’homme qui est déjà accordé aux priorités du cœur de Dieu pourra y discerner la présence de Dieu. Le discernement de ce qui est présence ou révélation de Dieu dans l’histoire d’Israël ou de Jésus n’est donc pas le fait de Dieu, c’est à nous qu’est donnée   la responsabilité d’opérer un tel discernement en découvrant les priorités de Dieu.

 

2-Le critère de la bonté de la nouvelle : Est-ce une bonne nouvelle ?

Tel texte biblique, telle ou telle interprétation du texte biblique : est-ce vraiment un Evangile, une bonne nouvelle ?

Prenons l’exemple de la mort du Christ. Jésus est mort sur la croix par amour pour obtenir le pardon. Cette donnée de la foi est une bonne nouvelle si on l’interprète comme l’amour que Dieu a pour l’humain, l’importance que nous avons aux yeux de Dieu. Mais cela a donné lieu au cours de l’histoire du christianisme à d’autres conclusions : un péché  tellement monstrueux qu’il ne pourrait être pardonné que par la mort du Christ. Ici il s’agit d’une double mauvaise nouvelle. Non seulement cela montre une liberté humaine qui conduit au désastre mais aussi un Dieu qui ne peut pardonner qu’au prix du sang de son Fils.

« Un Dieu d’amour n’est pas compatible avec un être qui peut être offensé au point de devoir sacrifié son Fils pour rester en paix avec soi-même et se réconcilier avec l’offenseur sans manquer à la justice »[3]

 

3-Discernement existentiel : est-ce humanisant ?

Le discernement qui a fait la Bible et le discernement pour la lire, concerne aussi toutes les expressions de la foi.

Prenons l’exemple de cette oraison :

« Dieu éternel et tout puissant, qui régis l’univers du ciel et de la terre : exauce, en ta bonté, les prières de ton peuple et fais à notre temps la grâce de la paix »[4]

Cette oraison contient l’affirmation que Dieu règne sur le ciel et sur la terre. Cette affirmation est fausse : Il ne règne pas sur la terre. La terre telle qu’elle est actuellement ne reflète pas ce que Dieu veut mais plutôt ce qu’il déteste.[5] Ce qui est étonnant…c’est que cela ne nous choque pas. Cela ne choque pas celui, celle pour qui la foi n’est pas la joie, la raison, le sens de sa vie. Elle choque celui, celle que l’Evangile a rejoint, qui a fait de lui les critères de ses choix et qui est conscient de l’écart entre la réalité vécue et ce que Dieu veut. Cela choque celle, celui qui vit sérieusement l’aventure de Jésus percevant la contradiction que comporte cette oraison, donc en faire l’occasion d’une crise qui aboutit à une compréhension plus profonde, plus riche du message chrétien. Entrer en crise quand on se rend compte du caractère pré-chrétien de cette oraison selon laquelle Dieu gouvernerait la terre. Mais pour cela, il faut être convaincu que Dieu est loin de régner sur la terre, que bien des aspects de ce qui s’y passe est bien plutôt objet de sa colère que de son approbation. Pour cela encore, il est nécessaire d’être en accord avec cette critique de situations déshumanisantes qui règnent sur notre terre, sensible à leur caractère intolérable. Si l’on pense, pour ne prendre qu’un exemple parmi des millions d’autres, que l’avortement sélectif des filles en certains pays d’Asie est normal[6], on ne sera pas choqué par cette oraison.

Le discernement est donc partie prenante d’une conversion.

Pour cela il faut comprendre la bonne nouvelle de l’Evangile comme vitale, liée à l’expérience et inscrire dans notre monde des projets au service de l’amour et de l’humanisation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Lc7/20

[2] Lc 7/21-23

[3] Juan Luis SEGUNDO Qu’est-ce qu’un dogme ? Cerf, Cogitatio fidei 169, p 507

[4] Prière d’ouverture du missel romain au 2ème dimanche ordinaire

[5] Dans le texte du Notre Père, il s’agit, non d’une affirmation mais de la demande que sa volonté se fasse enfin sur la terre comme elle se fait déjà dans le ciel

[6] B.MANIER, Quand les femmes auront disparus. L’élimination des filles en Inde et en Asie, Ed La découverte, Paris, 2006

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