Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 13:51

Dans son livre « Comprendre ce que l’on croit ». [1]Henri Bouillard part de la conviction que l’effort d’intelligence de la foi doit aujourd’hui se confronter aux raisons de ceux qui ne croient pas.

Cette conviction me semble fondamentale et c’est faute de cette démarche que les théologies des siècles précédents se sont sclérosées dans un langage répétitif.

Bouillard constate que face à une éthique autonome du monde sécularisé, la morale chrétienne se présente, malheureusement  comme venant d’ailleurs et visant ailleurs, selon une triple extériorité (hétéronomie).

*Extériorité d’un commandement divin.

*Extériorité d’un ailleurs eschatologique.

*Extériorité d’un pouvoir que s’attribue l’Eglise pour définir la morale et en préciser les applications.

 

1- Extériorité d’un commandement divin 

Cette extériorité subsiste malheureusement,  dans la manière de présenter les commandements de Dieu, aujourd’hui encore. Cela consiste à penser et faire croire que Dieu aurait comme dicté des commandements. Ce sont des restes de pensée archaïque où ce qui relève simplement de la coutume se donne comme exprimant l’ordre sacré du monde et confère indument  à la coutume son caractère absolu.

Alors que « ce qu’Israël recevait comme loi divine, c’était la loi que ses chefs, ses prophètes et ses scribes avaient  progressivement conçue et dégagée, sous la lumière que Dieu leur accordait ».

Il faut donc dire que cette loi qui va se purifier peu à peu, n’est pas diktat extérieur mais ce que chacun de nous cherche, désire pour un vivre ensemble.

Dieu ne commande donc pas de l’extérieur mais du fond de notre être-au monde par le fait qu’il en est le Créateur. Dieu ne commande pas, il fonde le commandement, comme une exigence de sens et de cohérence au sein des conduites humaines.

*La 2ème critique d’hétéronomie concerne l’orientation  eschatologique.

L’extériorité ici serait d’attendre seulement de Dieu et  reléguer dans le futur, l’instauration d’un Royaume de justice et de paix. Cette conception a justifié pendant des siècles la résignation.

Cela rejoint la critique de Marx. Critique justifiée à bien des égards et dont le christianisme moderne a essayé de relever le défi. La tâche théologique à réaliser est  donc de penser cette orientation eschatologique de manière à ne pas détourner des tâches à accomplir et ne pas justifier le désordre établi. La penser et la vivre comme un levier pour soulever les humains au-dessus de l’égoïsme et de le porter à des entreprises généreuses.

Pour cela, Bouillard ensuite fait une distinction entre inspiration et  détermination. La morale évangélique inspirée par l’amour de Dieu et l’attente de son règne, inaugurée par Jésus-Christ est de l’ordre de l’inspiration (Dieu inspire mais c’est à nous de concevoir comment le réaliser concrètement) et non de la détermination (la détermination de cette morale ne vient pas de Dieu, ce sont les règles de conduite, empruntées aux philosophies, fruit de la raison).

Dire cela  permet d’intégrer des valeurs nouvelles qui surgissent dans la conscience de l’humanité. Cette manière de voir permet d’intégrer de nouveaux progrès de la conscience humaine comme par exemple le développement des droits Humains.

*La 3ème critique vient du pouvoir que l’Eglise s’attribue : Bouillard critique la prétention du Magistère  à formuler des définitions et de donner des directives non seulement sur des grands principes mais aussi des directives plus précises, dans les sphères politique, économique, sociale, familiale, en s’estimant compétente pour apprécier les conduites humaines et pour juger la valeur éthique des comportements.

L’auteur pose cette question : comment l’intervention de l’Eglise peut-elle respecter l’autonomie morale d’un monde qui se considère comme adulte ? Quelle est la part d’infaillibilité de ces interventions ?  Sa réponse est d’une grande clarté : Cette infaillibilité porte sur la fidélité essentielle au message évangélique, sur la rectitude des définitions solennelles mais ne porte pas sur la perfection de chacun de ses jugements. Le passé est là pour nous rappeler les erreurs de jugement de l’Eglise dus à sa résistance à des valeurs nouvelles. Résistances qui ne procédaient pas de l’Evangile mais d’un attachement trop humain à un état de la culture ou un ordre social périmé.

 

Ceci amène Bouillard à voir de quelle manière et à quelle condition, il est possible de parler de « loi naturelle »

La loi morale ne réside pas, n’est pas déterminée, par l’ordre du cosmos, dans la nature biologique commune aux hommes et aux animaux. Elle ne peut qu’être anthropologique, dérivée du sens de l’Humain, du sens des relations inter-humaines.

Elle peut tenir compte de la nature biologique mais elle doit la rapporter à l’accomplissement personnel et social de l’Humain.

Elle doit tenir compte de la condition historique de la loi naturelle : ses modes d’existence varient selon les temps et les lieux, donc l’expression de la loi naturelle est sujette à variations. Ce n’est donc pas un code uniformément inscrit en tout cœur humain. Ce ne sont pas des règles, préformées en lui dès l’éveil de sa raison.

En fait la loi naturelle est la raison elle-même comme pouvoir de discernement du sens des conduites, au sein de diverses situations. La loi naturelle est le sens même que l’Humain discerne plus ou moins clairement à partir de telle situation concrète et dans les limites de son conditionnement historique. La loi naturelle est sens discerné par la raison.

Ceci devrait amener l’Eglise à un positionnement de dialogue acceptant d’écouter le jugement critique de tous ceux qui se veulent raisonnables et moraux, et voulant bien s’engager dans un dialogue. Se voulant gardienne, l’Eglise ne peut se penser comme la source unique de la loi naturelle, sa mission doit se faire dans l’écoute des autres, en cherchant un accord avec eux.

L’enjeu, c’est de respecter  l’autonomie de l’Humain découvrant et réalisant lui-même le sens de ses activités terrestres.

 

 

 

H.BOUILLARD, Comprendre ce que l’on croit, Paris, Aubier-Montaigne, 1971

H.BOUILLARD,déjà cité p 75

Partager cet article

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans fondamentaux de la foi
commenter cet article

commentaires

Cathy 27/02/2014 15:29

Le Voyageur
Je vous propose de lire l'Exhortation apostolique du Pape François: "La Joie de l'Evangile": la réalité de vie de l'Eglise, domestique, dominicale, sociale...au raz des pâquerettes! aucune paroles
à la "sépulcres blanchis"!
Et bon rétablissement à vous.

le Voyageur 27/02/2014 10:40

@ MICHÈLE
J'ai oublié de dire combien j'avais apprécié votre billet et l'évocation de ce théologien que je ne connaissais pas. En revanche, il s'inscrit dans une époque (années 70) où quelques autres allant
dans le même sens m'avaient laissé espérer (vainement...) quelques changements.
Ils ne sont nullement venus....
Vos intentions sont louables, et même j'admire ce "travail sur les mentalités", mais pour ma part je ne puis demeurer éternellement au milieu des "sépulcres blanchis".... au risque d'y perdre mon
essence fondamentale et mon expérience spirituelle.
Je tente de témoigner de cela sur mon blog, un peu déserté ces temps-cis pour raison de santé...

aubonheurdedieu-soeurmichele 26/02/2014 22:43

Merci à vous pour vos commentaires. Je suis heureuse parce que ce blog permet de se parler.
Oui, le Voyageur a raison, les propos libérant de ce théologien n'ont pas encore libéré de nombreux catholiques d'une conception d'un dieu qui commande. Il y a encore pour beaucoup d'entre eux un
rapport fondamentaliste à la Bible.
D'autant que tous les exégètes et théologiens sérieux disent la même chose. Si j'ai présenté la pensée de Bouillard, c'est pour aider celles et ceux qui le liront, à se libérer de conceptions
infantiles comme le dit si bien le Voyageur.
la libération commence par chacun-e.Et c'est ce travail sur les mentalités qui peu à peu peut changer les choses
Michèle

le Voyageur 26/02/2014 18:09

@ CATHY
désolé de vous attrister, ce n'est pas dans mes intentions.
Je pense être plus réaliste qu'amer, en constatant les errements permanents d'une église qu'il m'a fallut quitter. Étant d'un naturel optimiste, (optimisme qui a quand même ses limites face au
principe de réalité), je peux former le voeu que les organes représentatifs d'un collectif nommé église/religion, changeront un jour… Dans les siècles des siècles… Probablement ! Mais vous et moi
serons partis ailleurs, si ailleurs il y a… Une église Sainte ? Je ne crois pas du tout à ce discours, uniquement formaté pour justifier l'injustifiable.
Seul Dieu est Saint.
Je connais mes mesquineries, mais je ne les inclus pas dans une prétendue église sainte. J'appartiens à l'humanité des hommes, par une confrérie quelle qu'elle soit. Je tente de faire le moins mal
possible dans ma vie et mes engagements, inspiré par l'Évangile, autant que je peux en comprendre.

@ ALICE
Essayer d'aimer fait partie des quelques exigences que je tente d'avoir dans l'ordinaire de ma vie. Concerne les sujets abordés ici, J'ai mes limites, (mes raisons aussi) . Mais ne dit-on pas : qui
aime bien châtie bien !
Quant aux évêques, le document de synthèse sur l'enquête sur la famille demandée par le pape, que j'ai pu consulter sur un autre site, démontre à l'évidence que les évêques français, non seulement
ne sont pas prêts à un quelconque changement, mais manifestement ne le désire nullement. Ne touchons à rien ! Soit peut-être quelques broutilles marginales…

Cet immobilisme est contraire à toute dynamique du Vivant.
Elle m'apparaît même totalement contraire au message de l'Évangile.
Je peux bien évidemment me tromper, mais j'ai quitté l'église par respect de ma conscience la plus profonde. Je crois être loin d'être le seul…
Merci d'accorder un peu d'intérêt à mes propos……

Alice Damay-Gouin 26/02/2014 14:24

Bonjour, en ce moment, je suis fatiguée. Je reviens d'un long voyage , retour aux sources familiales, nombreuses rencontres avec mes proches. J'ai souvent l'impression d'être le vilain petit canard
et pourtant, j'ai été merveilleusement accueillie par toute la fratrie-sororité (?, mot peut-être invité?). François a changé peu de choses, uniquement sa manière d'être... Je peux me décourager...
surtout par ce discours qui , lui, reste intact, comme avant...D'autant plus qu'en lisant mon journal Le Monde de vendredi dernier, je vois que les évêques, eux , ne sont peut-être pas prêts pour
le changement. Participation des fidèles mais la synthèse des évêques reste top-secret!!! Mais cela a au moins eu le mérite de pouvoir moi-même avancer sur le chemin de la vérité, de l'amour...La
religion est sans doute comme toute chose ''bon grain et ivraie intimement mêlés'' et c'est à nous de voir comment nous voulons nous en servir. Pour ma part, mes parents m'ont élevée dans la
religion catholique, m'ont transmis leur foi mais je ne la vis pas comme eux. 'Nous ne faisons pas la même lecture de l'évangile ' mais ce qui importe le plus, pour moi, c'est de m'être toujours
sentie profondément aimée ! Religion ou pas, essayons d'aimer et ... Peut-être trouverez-vous, cher voyageur, un chemin? Je vous le souhaite.

Cathy 25/02/2014 20:48

Vous êtes bien amer Le Voyageur.....et cela m'attriste!
Il est 20h40, je projette de prendre un temps pour prier avec l'Eglise,je le ferai aussi pour vous.
L'Eglise est sainte et....mesquine à ses heures car l'Eglise...c'est nous!

le Voyageur 25/02/2014 17:47

La morale qui vient d'ailleurs est une morale infantile. Elle est nécessaire à l'éducation des enfants, jusqu'à ce qu'ils fassent la découverte de leur conscience profonde comme guide de vie.
La morale évangélique démontre la totale inutilité des religions, lesquelles ne peuvent fonctionner qu'à base d'un embrigadement qui oblige de l'extérieur.
Or, ce que l'on pourrait appeler « la loi de Dieu » n'est qu'une loi de l'intériorité s'exprimant par la voix de la conscience individuelle, qui a toujours primauté sur le groupe quel qu'il soit.
(Jésus "obéissait" à son père, pas aux curés de l'époque, ni à ses apôtres et/ou disciples)

Les progrès de la conscience humaine, tels qu'ils sont évoqués dans le billet, ne sont jamais venus de la religion, mais de la collectivité des hommes qui se pensent par eux-mêmes, ainsi que le fit
Jésus.

Il est piquant de constater que ce texte, qui semble d'actualité, en réalité a été publié il y a plus de 40 ans. Depuis… Rien de changé dans la Sainte Église Catholique… Diriger, commander,
condamner, juger, jeter l'anathème, excommunier, exclure… demeure le pain quotidien de ladite église…
Désespérant ! Excessivement désespérant !
Qu'y a-t-il de changé depuis le nouveau pape ?
On gardera les mêmes verbes cités plus haut… Mais on condamnera les divorcés remariés, les couples homos, la contraception, etc … Avec compassion…
La belle affaire !

Alice Damay-Gouin 24/02/2014 11:01

Magnifique, même si le langage utilisé n'est pas simple... Je crois qu'il va m'aider à alimenter ma réflexion... Merci