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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 23:23

Mt 25/14-30

[14] "C'est comme un homme qui, partant en voyage, appela ses serviteurs et leur remit sa fortune.

[15] A l'un il donna cinq talents, deux à un autre, un seul à un troisième, à chacun selon ses capacités, et puis il partit. Aussitôt

[16] celui qui avait reçu les cinq talents alla les faire produire et en gagna cinq autres.

[17] De même celui qui en avait reçu deux en gagna deux autres.

[18] Mais celui qui n'en avait reçu qu'un s'en alla faire un trou en terre et enfouit l'argent de son maître.

[19] Après un long temps, le maître de ces serviteurs arrive et il règle ses comptes avec eux.

[20] Celui qui avait reçu les cinq talents s'avança et présenta cinq autres talents : Seigneur, dit-il, tu m'as remis cinq talents : voici cinq autres talents que j'ai gagnés. -

[21] C'est bien, serviteur bon et fidèle, lui dit son maître, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai ; entre dans la joie de ton seigneur.

[22] Vint ensuite celui qui avait reçu deux talents : Seigneur, dit-il, tu m'as remis deux talents : voici deux autres talents que j'ai gagnés. -

[23] C'est bien, serviteur bon et fidèle, lui dit son maître, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai ; entre dans la joie de ton seigneur.

[24] Vint enfin celui qui détenait un seul talent : Seigneur, dit-il, j'ai appris à te connaître pour un homme âpre au gain : tu moissonnes où tu n'as point semé, et tu ramasses où tu n'as rien répandu.

[25] Aussi, pris de peur, je suis allé enfouir ton talent dans la terre : le voici, tu as ton bien.

[26] Mais son maître lui répondit : Serviteur mauvais et paresseux ! tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que je ramasse où je n'ai rien répandu ?

[27] Eh bien ! tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon retour j'aurais recouvré mon bien avec un intérêt.

[28] Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui a les dix talents.

[29] Car à tout homme qui a, l'on donnera et il aura du surplus ; mais à celui qui n'a pas, on enlèvera ce qu'il a.

[30] Et ce propre-à-rien de serviteur, jetez-le dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents.

 

Petit précision de départ de notre recherche

1  talent  est l’équivalent de 100 pièces d'or,  un poids de 20 kg et 17 années de travail.

2 talents à  200 pièces  à 34 années de travail.

5 talents à  500 pièces d'or à 85 années de travail

C’est donc bien une fortune qui est confié à ces 3 hommes : 17+34+85=136 années de travail

Le texte le dit bien : « il leur confie sa fortune » Les 3 reçoivent une somme énorme, même celui qui n’en reçoit qu’un. 17 années de travail, ou 34 ou 85 cela nous donne déjà une indication : il s’agit de l‘œuvre d’une vie.

Comment entendre cela. Est-ce un don, est-ce un prêt ? Est-ce un dépôt ? En tout cas c’est une confiance qui leur est faite.

La différence entre les 2 premiers et le 3ème  se joue d’ailleurs là. Comment ont-ils entendu compris ce geste de cet homme qui confie sa fortune ? Comment ont-ils accueilli ce geste à leur égard ?

De manière complètement différente.

On le découvre dans la manière de réagir quand l’homme revient. Les deux premiers font d’abord un acte de reconnaissance : « tu m’as confié 5 talents, 2 talents ». Acte de reconnaissance, ils reconnaissent que ces 5 ou 2 talents c’est bien cet homme qui leur a donné, et donner pas n’importe comment, comme une confiance qui leur était faite. Ils n’auraient rien pu faire s’il n’y avait pas eu cet acte d’initiative de confier sa fortune. Un don premier dont ils ont été bénéficiaires. Mais il faut remarquer qu’il y a une 2ème reconnaissance. Ils ajoutent « voilà 5 autres, 2 autres que j’ai gagnés » ; Il y a la reconnaissance qu’à partir du don premier, il y a leur travail, c’est bien grâce à eux que la mise a été doublé. Aucune fausse humilité chez eux. Et ce travail qui a été le leur, est loué par l’homme qui avait confié sa fortune

Tout autre est la réaction du 3ème, il ne commence pas son discours comme les autres. Il ne dit pas : tu m’as confié, il dit « le voici, tu as ton bien ». Il reconnait bien que ce talent vient de cet homme mais il ne l’a pas entendu comme un bien donné, un bien qui devenait le sien, un bien confié, et à travers lui, la confiance qui lui était faite, un bien dont il devenait responsable. Il lui rend comme quelque chose dont il n’avait rien à faire et d’ailleurs dont il n’a rien fait.

Faisons une 1ère interprétation de cette parabole. En quoi dit-elle quelque chose qui nous concerne, qui concerne notre vie. Peut-être d’abord que notre vie est un don de Dieu. Et cela peut être une première question à se poser. Comment j’accueille ce don ?  Est-ce que je vis ma vie comme un cadeau qui me vient de Dieu. Un cadeau dont je suis responsable. Oui, responsable de ma vie. Comment j’entends le don qui m’est fait. Comme les 2 premiers ou comme le 3ème ? Ma vie comme quelque chose d’infiniment précieux, dont il faut prendre soin et qui n’est pas à gâcher. Un cadeau qui n’est pas à rester tel quel mais qui est là pour une œuvre à accomplir, un don à faire fructifier. Ensuite ces talents de pièces d’or, c’est aussi nos talents personnels. C’est le même mot en français. Les accueillir d’abord comme un don, c’est d’abord en prendre conscience, reconnaitre qu’il sont bien là, dans leur diversité, leur richesse, leur particularité, leur complémentarité (celui de l’un n’est pas celui de l’autre, mais tous sont nécessaires).  Ensuite les faire fructifier. Ils sont comme des grains semés pour prendre une comparaison d’’une autre parabole. Ils ont besoin de la bonne terre, c'est-à-dire des soins du jardinier de nos vies que nous sommes. Un talent d’artiste s’il n’est pas cultivé, ne fera pas de lui un pianiste renommé. Cela demande des heures de travail, de persévérance, de courage. Cela demande surtout de croire que ce monde nous est confié pour le bâtir selon le cœur de Dieu. Ce monde n’est pas donné tout fait, et où il n’y aurait plus rien à faire. Non, ce monde est à faire. Dieu nous fait co-créateur. Une création à continuer, à perfectionner. Cela se joue dans toutes les dimensions de l’existence. On pourrait résumer en disant : avoir une vie féconde pour ce monde. Il y a la fécondité de la parentalité mais aussi tant d’autres fécondités qui se vit dans le travail, les relations, la vie sociale etc… Pourquoi je dis une création à continuer ? Revenons au début de la parabole. L’homme confie sa fortune et s’en va. Il faut s’arrêter sue le sens de ce départ. Jésus dira aussi : il est bon que je m’en aille. Ce départ, c’est une manière de dire : «  A vous de jouer » à vous de continuer de construire, de bâtir, j’ai posé les fondements, c’est à vous maintenant de faire la maison. Laisser jaillir votre créativité. Je m’en vais pour que vous puissiez inventer, créer, innover dans le sens d’un monde plus juste et d’une vie toujours plus humaine. Pa d’autres repères que cela mais ils sont fondamentaux. C’est pourquoi, remarquons le, l’homme de la parabole ne donne aucune consigne, il ne dit pas faites ceci, ne faites pas cela, faites fructifier en faisant ceci ou cela. Non. Rien. Il confie sa fortune. Et c’est cet acte de confiance qu’il ya à recevoir, à comprendre comme une confiance sans limite. Une confiance qui est faites à chacun, à chacune. C’est à vous d’inventer votre réponse pour répondre à ma confiance. C’est un risque à prendre, des risques à poser.  Cela nous permet d’avancer dans notre recherche sur cette parabole car elle est révélation d’une image de Dieu. Dieu se révèle comme celui qui nous fait confiance. Il confie toute sa fortune, ce qu’il a, ce qu’il est. A travers ces talents, c’est lui-même aussi qui se remet  entre nos mains, ce qu’il est et son projet de vie pour le monde.  Alors, ce qu’il y a de superbe dans cette parabole c’est de voir les fruits que cela porte d’avoir cette belle image de Dieu. C’est celle qu’ont les 2 premiers. Sûr de la confiance qu’ils ont reçu de Dieu et qu’ils ont su entendre, ils peuvent tout oser, tout risquer, parce que même s’ils connaissent  des échecs, c’est l’acte même de s’engager pour Dieu qui est la réussite de leur vie.  Personnellement j’irai même jusqu’à dire : ils auraient pu tout perdre de l’argent confié, ils auraient gagné la joie d’avoir engagé leur vie pour Dieu. Et ils auraient entendu pareillement l’appel à entrer dans la joie de leur maître puisque déjà elle les habitait.

La contre-épreuve, c’est justement le comportement du 3ème. C’est sa mauvaise image de Dieu qui l’a conduit à un tout autre comportement. Il n’a pas entendu, compris, la confiance qui lui était faite. Nous l’avons déjà noté. Le talent reçu, il ne l’a pas reçu comme sien, il est resté celui de l’autre « tu as ton bien » qui n’est pas devenu le sien. Il n’a pas pu entendre la confiance car il a une idée de Dieu qui n’est pas celle que Jésus révèle mais celle d’un Dieu sévère, exigent, dur. Le pire peut-être est de croire que l’on sait : « J’ai appris à te connaître ainsi… » Cette mauvaise image produit un comportement où il va s’agir seulement de conserver intact, enfouir pour protéger. Ce comportement est en cohérence avec sa fausse image. Sévère, exigent, dur, cette fausse image ne peut que susciter la peur. Il le dit : « Pris de peur ». Cette fausse image, c’est celle du fond religieux humain.

Ne pensons pas trop vite que nous sommes indemnes de cela.

Jésus déclare au début de l’Evangile de Marc : « Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle » Cette conversion n’est pas de l’ordre moral mais de l’ordre théologale. C'est-à-dire concerne l’idée qu’on se fait de Dieu. Convertissez-vous, c’est dire échanger vos fausses images contre la véritable image, véritable icône de Dieu qu’est Jésus. Et c’est cela qui aura des conséquences dans votre manière de mener votre vie.

Nous le voyons bien dans cette parabole. Cela a une importance primordiale  d’accueillir les bonnes images et de démasquer les autres. Nous voyons bien ici qu’une bonne image de Dieu ou une fausse  produit des comportements radicalement différents.  Les paraboles sont là pour nous indiquer des chemins de vie et nous alerter sur ceux qui ne mènent qu’à des impasses. Alors entrons dans la joie de ceux et celles qui réalisent qu’il y a bien un don, que ce don est bien pour eux, pour elles, un don à vivre à faire fructifier,

 

Reprise du topo sous forme de pistes pour la prière

Mt 25/14-30  des talents à faire fructifier

Nous le savons, il y a des images vraies de Dieu et il y a des défigurations, de fausses images. Cet Evangile en est un bon exemple. Ne pensons pas trop vite que cela n’a pas trop d’importance d’accueillir les bonnes images et de démasquer les autres. Nous voyons bien ici qu’une bonne image de Dieu ou une fausse  produit des comportements radicalement différents.

1er point : Regarder l’image de Dieu que nous donne cette parabole. C’est celle d’un Dieu qui confie toute sa fortune, ce qu’il a, ce qu’il est. Dans les Exercices, Ignace dit que l’amour consiste en une communication mutuelle où chacun donne ce qu’il a et ce qu’il est ( Exercices n°230) . Un Dieu qui se remet entre nos mains, ce qu’il est et son projet de vie pour le monde. Aucune consigne, pas de : « faites ceci, ne faites pas cela » Non. Confiance qui  laisse  à notre créativité d’inventer les moyens pour que cette richesse qui est Dieu même soit communiquée.

2ème point : Regarder ce que cette vraie et bonne image de Dieu provoque chez les 2 premiers serviteurs

Ils peuvent tout oser, tout risquer, parce que même s’ils connaissent  des échecs, c’est l’acte même de s’engager pour Dieu qui est la réussite de notre vie. Les deux premiers serviteurs auraient pu tout perdre de l’argent confié, ils auraient gagné la joie d’avoir engagé leur vie pour Dieu. Et ils auraient entendu pareillement l’appel à entrer dans la joie de leur maître puisque déjà elle les habitait.

3ème point :Ecoutez le dialogue entre le maître et ces 2 serviteurs

Ils ont la conscience aigüe  du don qui leur est fait : « tu m’as confié » disent-ils et voilà ce que j’ai gagné. Quelle alliance ! Alliance du don de Dieu et de notre réponse, de notre travail qui est bien le nôtre ! « Ce que j’ai gagné »

4ème point :Regarder la fausse image qui habite le troisième serviteur et qui est en complet contraste : celle d’un Dieu sévère, exigent, dur. Le pire peut-être est de croire que l’on sait : « J’ai appris à te connaître ainsi… » Et du coup, le don de ce talent n’a pas été reconnu comme donné : « Je suis allé enfouir ton talent : le voici tu as ton bien. Il n’a pas réalisé qu’il était bénéficiaire d’un cadeau, que c’était bien pour lui.

5ème point : Les paraboles sont là pour nous indiquer des chemins de vie et nous alerter sur ceux qui ne mènent qu’à des impasses. Alors entrons dans la joie de ceux et celles qui réalisent qu’il y a bien un don, que ce don est bien pour eux, pour elles, un don à vivre.                                                                              

 

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans commentaire biblique
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Anne-Marie Auger 25/07/2011 01:12


4ème point et commentaire sur l'attitude du 3ème serviteur : m'a fait penser au fils aîné de Luc 15 : "Tu ne m'as même pas donné un chevreau pour festoyer avec mes amis"..."mais tout ce qui est à
moi et à toi !..." : décalage entre l'idée du père et le ressenti du fils aîné qui n'est pas entré en fait dans cette communion de destin et de vie que sa présence au foyer paternel aurait pu
laisser croire... ceci rejoint pour moi ce que tu dis sur la conversion théologale de notre vision religieuse "païenne" d'un dieu en concurrence avec notre bonheur. Cela me fait penser aussi au
"pourquoi ton oeil est-il mauvais parce que je suis bon ?" de la parabole des ouvriers de la 11ème heure où les ouvriers matinaux "râlent" de la générosité du maître qui n'est pas "rationnelle" à
leurs yeux...
On a, j'ai, vraiment du mal en profondeur (à un plan huma, in, psychologique et spirituel) à accepter cette Bonne Nouvelle d'un Dieu proche et "riche en miséricorde" qui nous fait confiance (ce
qui, franchement, est tout sauf raisonnable...) : y faudra-t-il toute notre vie ? oui, sauf si l'Esprit nous apprend cette relation nouvelle à Dieu, mais l'Esprit aime bien respecter nos lenteurs
et notre liberté, et c'est bien là que le bât blesse... L'amour ne s'impose jamais, n'importe quel amoureux, n'importe quel parent ou ami intime en a fait l'expérience... S'il n'y a que Dieu, en la
personne de l'Esprit, pour nous apprendre le vrai visage de Dieu, il n'y a que nous pour lui faire connaître notre désir, et pour qu'il soit vrai il en faut des...euh,je cherche le mot adéquat...
les spirituels diraient des "purifications", je n'aime pas ce mot qui rejoint trop d'idéalisme de pureté atteinte à la force du poignet, je dirais moi : il faut quitter de nos vêtements-écrans ou
-protections pour arriver à une certaine nudité devant Dieu, sans avoir peur de son regard sur notre vérité (ce regard qu'Adam et Eve craignent quand ils ont écouté le serpent mettre le doute dans
leur relation de confiance en leur Créateur): cela demande du temps et quelques souffrances intérieures : on est tellement attaché à nos "parures" et à la nécessité de masquer jusqu'à notre
identité fondamentale et incontournable de pécheur, de "peureux" devant l'infini de l'amour de Dieu (qui s'est pourtant révélé comme le Tout-Miséricordieux, celui qui fait et refait confiance, qui
crée et recrée sans cesse du neuf et nous sort de nos impasses sans les nier)....


aubonheurdedieu-soeurmichele 25/07/2011 14:33



Chère Anne-Marie


Vraiment, grand merci pour ce commentaire. J'espère que beaucoup de visiteurs de ce blog le liront du fait de sa qualité spirituelle. 


Il y a un mot que j'aime bien, c'est "consentir à Dieu". pas à n'importe lequel, celui qui se révèle en Jésus. Mais c'est vrai, c'est le travail de toute une vie. Ce qui peut aider c'est de ne
pas se désoler, ne pas se focaliser,  de la faiblesse de notre réponse pour n'avoir d'yeux que sur l'immensité du don: "si tu savais le don de Dieu" dit Jésus à la samaritaine (
Evangile de Jean, chapitre 4, verset 10)


Purification...oui, on peut remplacer ce mot par nudité, cela dit la vulnérabilité de celui, celle qui se laisse approcher par Dieu, en ayant les mains vides.