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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 16:10

 

Il y a quelques années, j’ai donné une intervention lors d’un colloque organisé par Femmes et Hommes dans l’Eglise. Je le donne ici sur mon blog. Si je le fais c’est pour être fidèle à ma conscience. Dans la grande Tradition de l’Eglise, aucune instance n’est supérieure à elle. Joseph Ratzinger l'a magnifiquement dit. Je remets ici la citation déjà parue.

« Au-dessus du pape en tant qu’expression de l’autorité ecclésiale, il y a la conscience à laquelle il faut d’abord obéir, au besoin même à l’encontre des demandes de l’autorité de l’Église. » ( Lexikon für Theologie und Kirche, vol III, Herder, Freiburg 1968, p. 328.)

 Citation trouvé dans le blog:

http://royannais.blogspot.fr/  

 

 

D’abord quelques mots de présentation et quelques précisions.

Je suis née il y a 55 ans dans une famille incroyante et par choix personnel, à l’âge adulte, j’ai demandé le baptême.

J’aime profondément l’Eglise catholique parce qu’elle m’a donné le Christ. Quand elle est accusée injustement, j’en souffre car je suis de cette Eglise. Dire mon désaccord sur certains points comme celui de l’exclusion des femmes des ministères ordonnés, c’est pour moi une manière de l’aimer et de la servir.

Cette question me rejoint personnellement puisque du jour même où j’ai découvert le Christ, j’ai entendu un appel à être prêtre. Et cet appel ne m’a pas quittée !

 

Une des grandes chances de ma vie a été de rentrer dans une Congrégation religieuse qui m’a permis de réaliser, pour une bonne part, ce que je portais en moi.

Je suis donc d’abord religieuse, heureuse de l’être, heureuse de ce célibat pour Dieu, de cette vie fraternelle et de la mission de ma Congrégation qui me permet déjà, pour une part, de vivre une  vie d’apôtre et de pasteur.

Cet appel ne se situe donc pas dans le cadre d’un ministère de prêtre diocésain mais dans celui qui peut associer vie religieuse et presbytérat. C’est le cas de la majeure partie des religieux apostoliques qui sont à la fois religieux et prêtres comme par exemple les Jésuites et les Dominicains. Prêtres, ils le sont pour le service de leur communauté et pour la mission confiée.

C’est dans ce cadre qu’il pourrait y avoir pour moi discernement et confirmation de mon appel. C’est pourquoi, le titre de mon témoignage comporte le mot disponible. J’ai tout à fait conscience que l’on ne peut que se proposer pour ce ministère et  que la confirmation doit venir de l’Eglise, quelle qu’en soit l’instance : aux premiers siècles, elle pouvait venir de la communauté rassemblée qui élisait ses pasteurs ; actuellement pour les prêtres diocésains, elle vient de l’équipe de discernement du séminaire ; pour les religieux, elle vient des Provinciaux qui appellent un certains nombre de leurs religieux.

Ce n’est donc en aucun cas un droit à revendiquer mais ce qui est légitime, et qui est requis, c’est l’offrande d’une disponibilité.

Un religieux dominicain, par exemple, au bout d’un certain temps de formation, se verra appelé à l’ordination par les responsables de l’Ordre. Ils auront au préalable discerné le bien- fondé de cette vocation : ce religieux est-il vraiment apte à ce service ? Son ordination sera-t-elle utile à la communauté, aux gens à qui il sera envoyé, en bref, à l’annonce de l’Evangile ?

 

Ce que je viens de décrire se fait dans les ordres apostoliques masculins. A ma connaissance peu de gens remettent en cause ce fonctionnement. Beaucoup sont heureux de bénéficier du ministère de ces religieux-prêtres qui annoncent l’Evangile avec beaucoup de liberté de mouvement, d’audace apostolique et diversité d’engagements.

Tout cela est possible si vous êtes religieux au masculin mais impossible si vous l’êtes au féminin !

Donnons un cas concret.

Un Centre spirituel, par exemple tenu par des religieux Carmes. Il y en a un en région parisienne bien connu. La plupart sont religieux-prêtres. Leur communauté célèbre l’Eucharistie avec tous ceux qui vivent des temps forts spirituels dans leur Centre.

Les retraitants qui le souhaitent peuvent aussi bénéficier auprès d’eux du sacrement de réconciliation.

Comparons-le avec un autre, celui où je suis, animé par ma communauté (de femmes !)

Pour notre Communauté, et pour l’expérience spirituelle que nous proposons à ceux qui viennent, nous tenons à cette Eucharistie quotidienne et à cette possibilité du sacrement de réconciliation. A la différence des Carmes, il nous faut chercher (avec beaucoup de difficultés souvent) des prêtres, évidemment extérieurs. C’est un handicap au cœur même de la mission qui nous est confiée.

Pour le reste, animation, accompagnement spirituel, prédication de retraite, formation spirituelle, c'est nous qui l'assumons et nous  le faisons au titre de notre baptême. Nous avons à cœur de partager cette mission avec des laïcs hommes et femmes. De cette manière nous travaillons aussi à décléricaliser ces activités.

Evidemment ce n'est pas la mission de toutes les congrégations féminines d'animer des Centres spirituels mais toutes pourraient avoir des prêtres parmi leurs membres pour le bien spirituel de leur communauté.

Les Frères de St Jean de Dieu sont hospitaliers. Leur vocation n’implique pas d’être prêtre. Cependant quelques-uns le sont le sont pour le service de la Communauté et des malades auxquels ils sont envoyés.

Ceci est possible pour des religieux, impossible pour des religieuses.

Et nous en connaissons la raison : les femmes, du fait qu’elles sont femmes, seraient incapables de recevoir une ordination !

Je tenais d’abord à dire cela pour bien situer le contexte de ma disponibilité.

Je suis également favorable à des prêtres mariés, hommes ou femmes ; mais pour moi, mon appel se situe dans le cadre mon engagement au célibat dans un ordre religieux et de sa mission.

 

Ensuite, vous dire pourquoi je suis là.

Le mot qui me vient au cœur, c’est celui de protestation. Oui, je veux protester publiquement contre cette situation d’exclusion des femmes des ministères ordonnés dans l’Eglise catholique romaine.

Et je remercie l’équipe organisatrice de ce colloque de m’en donner l’occasion.

Je me suis jusque là imposé le silence sur cette question et j’ai essayé loyalement de comprendre les raisons invoquées.

Aucune n’est arrivée à me convaincre.

Parler aujourd’hui pour moi c’est une façon publique d’exprimer mon objection de conscience.

Car la question de fond est celle de la vérité.

Est-ce vrai, comme le défend la position officielle, que cette exclusion est volonté explicite du Christ, ou n’est-ce pas vrai ?

Est-ce une loi divine ou une discrimination sexuelle héritée de préjugés culturels ?

Dans le premier cas, notre colloque n’a pas lieu d’être.

Dans le second, la vérité nous pousse alors à refuser de toutes nos forces ce qui est tout à la fois :

-une injustice et une discrimination faîtes aux femmes,

-une infidélité au Christ et à son Evangile,

-une privation de  forces vives et d’enrichissement dans la manière de vivre les ministères ordonnés.

- et un déficit de crédibilité de l’Eglise dans le monde d’aujourd’hui,

 

 

Les raisons invoquées contre l’ordination des femmes ont été analysées et réfutées par beaucoup de théologiens et de théologiennes.

Ils ont montré qu’aucun des arguments ne sont fondamentalement crédibles et déterminants.

Les réfuter ici n’est pas mon propos et je renvoie au dossier le plus complet sur la question qui se trouve maintenant dans le livre que vient d’écrire John Wijngaards. (l’ordination des femmes dans l’Eglise catholique, Association Chrétiens autrement)

 

Par contre je voudrais pointer deux  raisons pour l’ordination.

 

1-Ordonner des femmes prêtres, c’est aller jusqu’au bout d’une subversion, et d’une heureuse subversion, des modèles figés du masculin et du féminin.

 

Il y a 20 siècles, au début de l’aventure évangélique, il y avait tout, grâce à la nouveauté du Christ,  pour briser le concept inégalitaire et figé  du rapport hommes / femmes, comme par ailleurs, il y avait tout pour rendre illégitime la pratique de l’esclavage.

St Paul l’avait bien compris en déclarant qu’en Christ, il n’y a plus de distinctions entre Juifs et Grecs, entre esclaves et hommes libres, entre hommes et femmes car tous sont un dans le Christ Ga 3/28.

Mais peu à peu les communautés chrétiennes, par désir d’intégration, besoin de se faire accepter par la société païenne, n’ont pas complètement tiré parti de cet aspect libérateur de  l’Evangile.

Je dis bien « pas complètement tiré parti » car ce ferment de libération contenu dans l’Evangile a toutefois, malgré tout, travaillé les consciences en profondeur.

En ce qui concerne l’esclavage, il y avait encore au 19ème siècle un texte du Magistère romain pour le légitimer. (Instruction du Saint Office du 20 juin 1866, signée par Pie IX). Et il a fallu attendre le concile Vatican II pour lire une déclaration ferme et définitive de condamnation de l’esclavage.

Egalement, en ce qui concerne les femmes, la nouveauté de l’Evangile n’a pas réussi à vaincre les préjugés, les stéréotypes, les fonctions sociales, différenciés selon les sexes pour les mêmes raisons : se conformer à la culture dominante pour s’y faire accepter, ceci au plus grand désavantage des femmes. Cela rendait donc inconcevable leur accès à des postes de responsabilités dans la société et dans l’Eglise.

Il a fallu donc fallu attendre les progrès réalisés par la société dans l’Occident contemporain  pour que ces modèles figés commencent vraiment à éclater!

Je suis de celles qui se réjouissent de cette évolution qui peut permettre à chacun et à chacune de nous d’inventer sa féminité ou sa masculinité dans une unique nature humaine qui n’est pas enfermée dans le carcan d’une définition.

Cette manière ouverte et créative de concevoir la différence des sexes est en opposition avec l’anthropologie exposée, par exemple, dans la lettre apostolique Mulieris dignitatem  (Jean-Paul II,1988.)

Dans ce texte, la féminité est réduite de toute éternité et de volonté divine par la vocation à la virginité ou au mariage et la maternité. C’est une conception figée du féminin réduite à ces trois dimensions. Il est intéressant de remarquer qu’elles sont en cohérence avec le schéma classique du féminin toujours référé au masculin : une femme c’est soit : une vierge, c’est à dire une femme sans homme ou c’est l’épouse d’un homme et c’est la mère des enfants de l’homme. Cette vocation serait tellement sublime que rien d’autre ne doit l’en détourner et surtout pas un ministère presbytéral qui est dit contraire à sa nature.

La femme que je suis, et plein d’autres avec moi, ne se retrouvent pas dans ce modèle étriqué et préfabriqué. Il s’agit pour nous d’habiter l’espace social et ecclésial, sans exclusive,  en y donnant  le meilleur de nous-mêmes et à tous les niveaux de services, en inventant notre vie selon les appels de l’Esprit qui s’expriment au plus profond de l’être.

Ordonner des femmes prêtres serait une forte contribution de l’Eglise à cette libération d’images réductrices  du féminin et du masculin.

 

2-Ordonner des femmes prêtres, c’est aller jusqu’au bout d’une subversion, et d’une heureuse subversion d’une image de Dieu.

 

Avons-nous pris conscience que nous pensons toujours Dieu au masculin ? Ne serait-ce que par le langage. Nous disons : Il.

Les opposants à l’ordination parlent de symbolique : le masculin symbolisant le divin et le féminin l’humanité. Il est vrai que beaucoup d’images bibliques vont dans ce sens : l’époux, le roi, le berger etc…

Mais d’abord, il y a d’autres images que l’on n’a pas valorisées mais qui disent aussi Dieu par des images au féminin :

la femme qui enfante Is42/14 ; la mère qui n’oublie jamais ses enfants et qui les nourritIs49/15 ; Celle qui en prend soin  et leur apprend à marcher Os11 /1-4 ; la femme qui console Is66/13-14 ; l’ ourse qui défend ses petits Os13/8 ; la femme qui cherche sa pièce d’argent perdue Lc15 ; la boulangère qui fait du pain Mt 13/33 ; la mère-aigle qui apprend à voler Dt32/10-11 ; la mère poule à laquelle Jésus s‘identifie en Lc13/34

 

Et ensuite cette symbolique est dangereuse. La formule la plus percutante pour en dire le danger c’est celle bien connue de Mary Daly : « Si Dieu est mâle alors le mâle est Dieu ».

On parle aussi de vérité de représentation du Christ : masculinité du prêtre  pour représenter le Christ qui était un homme masculin.

Dans ces deux arguments, il y a une conception du sacerdoce ministériel qui en fait le représentant du sacré.

Avoir des femmes prêtres ce serait aider à casser cet imaginaire : Dieu est au-delà du masculin ou du féminin. Et surtout la féminité d’une femme prêtre dirait avec encore plus de vérité que nul ne représente le Christ et qu’il est l’unique Prêtre que l’auteur de l’Epître aux Hébreux a si bien su montrer.

Ordonner des femmes prêtres serait une forte contribution de l’Eglise à cette libération d’images réductrices  de Dieu.

 

 

 Il se trouve que cette exclusion me concerne personnellement, mais là n’est pas la question essentielle. Qu’importe que je ne sois pas prêtre ! Mais par contre il importe que toutes les Eglises chrétiennes aient des femmes exerçant des ministères au service des communautés et de l’Evangile. Certaines Eglises ont fait le pas. Personnellement je serais également heureuse de bénéficier du ministère presbytéral de femmes ! Des hommes, des femmes le seraient ! Je le vois déjà dans ma pratique d’accompagnement spirituel, certaines et certains  préfèrent être accompagnés par une femme. Dans le cas du ministère presbytéral, actuellement, il n’y a pas ce choix.

 

Je ne veux pas m'exclure de l'Eglise catholique romaine.

Mon choix  est d'abord de refuser cet interdit de parole qui s'est abattu sur cette question depuis la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis. (1994)

Ce refus de me taire, c'est une manière pour moi de témoigner de la liberté de l'Evangile et d'œuvrer, pour ma petite part, à la liberté de penser dans l'Eglise. 

J'aimerais que nous soyons nombreuses, religieuses ou laïques, à dire publiquement notre opposition à cette situation, à dire aussi, si c'est le cas, notre disponibilité au presbytérat, pour montrer que l'Esprit Saint appelle aussi des femmes, et qu’il ne s’agit pas de cas isolés.

 

Avant de terminer: une précision pour éviter toute ambiguïté.

J'appartiens donc à un ordre religieux. Les responsables pour la France (dans le jargon des religieux, cela s'appelle une Provinciale et son conseil!) m'ont donné le feu vert pour intervenir dans ce colloque et pouvoir dire la position qui est la mienne.

Cela ne veut en aucun cas dire que ma Congrégation, en tant que telle, prend position sur cette question, ni que toutes les Sœurs sont pour l'ordination des femmes. Certaines le sont, d'autres pas. Cela doit être bien clair. Ma position n’engage pas ma Congrégation.

Mais cela veut dire qu'une Congrégation religieuse a accepté qu'une de ses membres puisse exprimer librement sa position. Je souhaite vraiment que cette liberté s'étende à d'autres Instituts religieux et sur d'autres sujets,  car il me semble qu'un des déficits majeurs de l'Eglise catholique romaine est son manque de débat interne en toute liberté. Le prophétisme de la vie religieuse rendrait un grand service à l'Eglise en la stimulant sur ce point.

Je me réjouis, par exemple, de la déclaration du P. Timothy Radcliffe (ancien maître général des Dominicains) dans la revue Pèlerin (20 oct 2005) qui déclare tranquillement qu’aucun argument contre l’ordination des femmes n’arrive à le convaincre !

Cette même liberté, ce même courage sur ce sujet et sur d’autres, je l’espère pour beaucoup d’entre nous.

 

Enfin pour terminer et avec un brin de malice, j'aimerais vous lire deux confidences exprimant un désir d’être prêtre.

-Voici le premier :

«J’avais le sentiment clair que ce que j’entendais dans mon cœur, n’était pas une voix humaine, ni une idée venant de moi. Le Christ m’appelait à Le servir comme prêtre » (Interview donné au Los Angeles Time du 14 septembre 1987)

-Et le deuxième:

« Je sens en moi la vocation de prêtre,… avec quel amour, ô Jésus, je te donnerais aux âmes ». (Manuscrit autobiographique dans Oeuvres complètes, Cerf/DDB 1996, p 244)

Le Christ leur parlait au cœur à tous les deux et éveillait en eux le désir de Le servir de cette manière.

Le premier désir s’est  réalisé, le second non.

La raison ? Vous la devinez !

Le premier était un homme, il s’agit de Jean-Paul II et la seconde était une femme !

Elle s’appelait Thérèse de Lisieux . Elle a été déclarée docteur de l’Eglise par ce même Jean-Paul II.

 

 

 

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commentaires

Alice Damay-Gouin 05/08/2012 08:56

Magnifique témoignage de Paul!
Comment le mettre en valeur?

Joie et merci
Alice

Paul Durand 15/07/2012 18:31

Mon expérience est bien différente de la vôtre. Je suis né entouré de deux grands oncles prêtres, d'une grand tante carmélite, de deux oncles prêtres. J'ai tété l'Évangile dès le sein de ma mère.
J'ai appris à nager dans une piscine d'eau bénite. J'ai appris à penser dans les canons de la rhétorique latine. Ma grand-tante carmélite m'avait offert un autel miniature confectionné de ses
mains!...

Après cinq ans de petit séminaire j'ai renoncé à être prêtre parce que je voyais mes oncles jouir d'un statut social et d'avantages tant matériels que spirituels auxquels mon père, en charge de six
enfants, ne pouvait prétendre. J'ai donc renoncé à devenir prêtre parce que je voulais être un homme comme les autres, époux et père.

J'avais appris de mon Père et de ma Mère, membres fidèles d'une Église qui faisait des laïcs un troupeau conduit par des pasteurs zélés, que Jésus est le trésor des humbles. C'est ce qui a guidé
mon choix, hésitant comme on l'est dans l'adolescence. À seize ans il n’est pas facile de discerner la furie des hormones de la vérité de la raison

Plus tard j'ai rencontré des personnes qui m'ont permis de valider ma conviction. En quittant le séminaire je n'étais pas sur que mon choix du troupeau était bien celui de l'Évangile. Celle qui
devait devenir mon épouse m'a d'abord permis de constater que l'on peut vivre l'Évangile au jour le jour sans rien savoir de la Tradition ni de l'exégèse. Quinze ans plus tard, entre trente et
quarante ans, deux prêtres "qui parlaient avec autorité" m'ont permis de confirmer mon choix d'être prêtre, prophète et roi sans me distinguer du peuple de Dieu.

Nous nous sommes embarqués en 1952 avec ce bagage.

Nous allons célébrer nos soixante ans de vie commune et notre fonction prophétique tire de la foule des acquis de cette vie conjugale, de "grâces" aurait dit mon père, trois convictions
solides:



*Le sacré et un subterfuge de mâles pour justifier leur pouvoir

Jamais dans l'histoire, dans aucune civilisation ou culture, les femmes ne se sont prévalues du sacré.

Les hommes ont inventé un domaine réservé pour régir la femme d'abord, puis la société à travers elle. Car l'homme, quand il s'agit de la vie, ne sait ni ne domine rien. Menstrues et gestation,
allaitement et éveil de l'humain dans le nourrisson sont autant de mystères propres au mâle. Il craint que la femme, d’où vient la vie, sache aussi où elle va. Celle qui lui donne l’extase ne peut
qu’avoir ses accointances avec les forces qui lient la terre et le ciel. Elle n’en dit rien. Elle en vit. Le mâle détenteur de la force va donc se prémunir contre les détentrices des secrets
vitaux. Que seraient les mâles s’ils devaient révérer le divin dans leurs conquêtes soumises ? Comment les hommes pourraient-ils accepter que les mères qui savent d'où ils viennent sachent aussi où
ils vont? Parce qu’ils ne vivent pas dans leur corps la force de l’amour ils ont recouru à l’amour de la force.

Les Chamanes ont certes leur place dans les religions des origines. C'est parce qu'elles sont un culte rendu à la vie des chasseurs, pêcheurs et cueilleurs. Mais les femmes, avant et depuis Jésus,
ont fait de la personne et de l'activité humaine leur réalité prioritaire, précieuse et inaltérable. Elles n'ont jamais revendiqué une capacité particulière de relation à Dieu hors de la vie et des
réalités du quotidien. Les hommes, au contraire, se sont arrogé le pouvoir de médiation entre ces réalités et le mystère dont les femmes ont une expérience exclusive

Thérese d'Avila a fondé des couvents et réforme des pratiques. Thérèse de Lisieux invente la théologie de la petite voie, Catherine de Sienne accompagne l'aumônier des dominicains auprès du pape à
Avignon, en tant qu'ambassadrice de Florence, ville alors en guerre contre le pape. Elle fut cependant la première femme "Docteur de l'Église". Rose de Lima ressentait la douleur des hommes de
toute origine et de toute confession et priait pour leur conversion. Mère Théresa agissait pour eux, avec eux, chez eux. Ce ne sont que des exemples. L'inventaire exhaustif des femmes-modèle ne
modifierait rien au constat de la priorité qu'elles donnent à la vie dans ses réalités personnelles et social.

L’invention du sacré n’est donc qu’un subterfuge des mâles. Pour régir la femme ils l'on aliénée. L’aliénation première fut sans conteste celle de la reproductrice. La force des mâles, dans leur
compétition pour les accouplements, s’exerce en deux temps. Elle exclut les rivaux puis enclave les conquêtes. Car il faut des femmes pour assurer la prospérité des familles et des hordes. À partir
de cette origine quasi biologique l'évolution a "consacré" des pratique culturelles. Depuis toujours l’homme sacralise ainsi ce qu’il ne peut dominer. Il l’emberlificote dans les pratiques dont il
s’arroge le monopole en y instituant le sacré, défini comme l’intouchable. Il en exclut la femme et la confine dans une aire qu’il délimite par les rites d’approche qu’il précise. Il en amadoue la
puissance par le tragique des sacrifices. Très magistralement, de Carthage à Cuzco, c’est la femme et l’enfant qu’il a privilégié pour l’holocauste.



*Nous sommes tous enfants et parents adoptifs.

À 80 et 82 ans, nous pouvons témoigner du vécu d’une mère et père de trois enfants adoptifs et d’une fille « par le sang », née après l’adoption de ses aînés. Nous sommes aussi grands-parents de
dix petits enfants, dont deux on été adoptés par leurs parents, émerveillés par trois arrière petits enfants.

À partir de notre double expérience de géniteurs et d’adoptants il nous paraît très fondamental d’affirmer d’abord que l’adoption ne peut se vivre que si le regret de ne pas avoir porté d’enfant
est dépassé et accepté. Il s’agit d’un deuil...Qui peut devenir expérience de résurrection ! Ce point est essentiel.

Mais, étendue à deux générations, l’expérience des deux modes d’accès à la filiation nous engage à proférer une autre affirmation tout aussi méconnue et pourtant primordiale : nous sommes tous
enfants et parents adoptifs.

Les amorces relationnelles de la grossesse, l’émotion de l’accouchement, les similitudes de traits obscurcissent l’essentiel : l’être humain qui se reproduit en éprouve la satisfaction de
l’accomplissement. Mais cette première phase de la reproduction n’en fait qu’un géniteur. Pour devenir mère ou père il faudra accueillir et aimer l’être unique et singulier issu des milliards de
possibles né de la rencontre des gamètes. L’enfant est toujours autre que le désir d’enfant, le rêve d’enfant, l’utopie d’enfant. Comme le couple, l’enfant n’est pas la loi qu’on subit. Il est
l’être qu’on aime.

Les géniteurs font des chevaux de course, des chiens de chasse et des vaches laitières. Les enfants des hommes naissent du maternage et du « paternage » comme on pourrait nommer son pendant
masculin. C’est parce qu’il devient une personne autonome dans le regard, les bras, la voix, l’amour, l’autorité, la protection d’adultes en charge de son devenir que le vagissant développe son
potentiel ontologique.

Les tragiques expériences d’enfants-loups ou du programme « lebensborn » des nazis ont hélas apporté la preuve que l’homme n’est pas que le produit de ses gènes.

À l’inverse de ces échecs désastreux, que de fécondités épanouies offertes par des religieuses, des prêtres, des voisins suppléants de parents défaillants, des « familles d’accueil », des parents
légalement adoptifs physiquement stériles !

L’évocation de l’adoption par le Père que nous donne Jésus est certes utile pour affirmer l’effet de l’amour. Mais c’est de la théologie. La théologie ne nous fait pas père et mère. Elle ne créée
pas les liens filiaux. Pas plus que la « parentalité » inventée par des politiques défaillants envers les familles. Ce qui fait les parents et les enfants c’est l’amour maternel et paternel ajusté
au jour le jour à la personne en devenir avec nous. Qu’elle soit ou non issue de nos gamètes ne change rien à l’affaire !

La prise de conscience de cette réalité sera longue à se généraliser. Elle sera pourtant essentielle pour mettre fin à la souffrance des couples matériellement stériles et plus encore pour rendre à
l’homme la pleine conscience de sa nature.



*Les femmes sont les agents majeurs de l’aggiornamento.

L’amour gratuit offert par Dieu devient chaque jour plus étrange, voire ridicule, dans la modernité cupide qui ronge le présent et obscurcit l’avenir. Prisonnière de traditions figées notre Église
ne sait plus apporter la lumière de l’Évangile dans cette modernité livrée à Mammon. C’est donc l’heure des femmes parce qu’elles sont les plus pauvres des pauvres.

Tous les jours elles sont plus nombreuses à mourir de faim ou de maltraitances que les guerriers en armes et en guerre.

Exclues du sacré masculin intolérant, elles entreprennent de conquérir le pouvoir par le partage. En France deux femmes mettent « les pieds dans le plat » et le « Comité de la jupe »fédère les
initiatives contestataires, voire transgressives. Avec Bernadette de Lourdes elles disent à nos cardinaux et Épiscopes : « Elle m’a dit de vous le dire. Elle ne m’a pas dit de vous le fa

Alice Damay-Gouin 15/07/2012 10:19

Je découvre votre site et votre texte qui m'a été indiqué par une amie. Merci et Joie.
Le Christ est subversif, dit-on et vous remettez la subversité à l'honneur dans cette révolution des idées. Superbe.
Vous avez trouvé un chemin dans votre vie pour vous approcher de votre vocation, vous être entré(e)r dans une congrégation religieuse, espérant qu'un jour, vous arriverez à être ordonné(e) prêtre.
J'avoue que, du tant de ma jeunesse, "j'ai choisi librement le célibat pour devenir religieuse" Oui, je pensais que je faisais un acte libre alors que j'avais été formatée en ce sens."Pour donner
totalement sa vie à Dieu, il faut être religieuse" (Au bout de 8 jours au noviciat, la maîtresse des novices m'a conseillée de ne pas poursuivre car "je tombe trop facilement amoureuse!!!") Arrivée
à l'âge de la retraite, j'ai découvert que je donnais chaque jour, totalement ma vie à Dieu dans ma vie de femme, d'épouse, de maman, de mamie, de femme engagée dans la société. Comme je heureuse
d'avoir su ouvrir chaque mon coeur à l'amour et à l'amitié!!! Mais pourquoi ai-je découvert cela aussi tardivement dans ma vie? Voilà pourquoi je dis que j'avais été formatée.
Mais je voudrais aller plus loin sur l'ordination des femmes. L'Eglise nous fait vivre dans un régime d'apartheid pas uniquement pour les femmes mais pour les divocé(e)s-remarié(e)s, les
homosexuel(le)s... les athée(e)s considéré(e)s comme des sous- hommes ou des sous-femmes! Il faut reconnaître aux femmes la dignité d'homme.
Mais je crois aussi qu'être prêtre n'a rien à voir avec le sexe, la vie religieuse ou monastique,le célibat ou la vie maritale. Donc je pense qu'homme ou femme, célibataire ou marié(e), on peut
être ordonné()e prêtre. Je pense qu'un(e) prêtre célibataire peut aussi recevoir le sacrement de mariage après son ordination tout en restant prêtre en activité. Je pense même que le Christ n'a pas
ordonné de prêtres, c'est une création d'Eglise. Alice

aubonheurdedieu-soeurmichele 15/07/2012 14:52



Bonjour Alice


Un super merci pour votre commentaire que je peux signer.


Surtout tou à fait d'accord avec vous: "se donner à Dieu" est pour tous et toutes, et pas réservé à une vocation. 


Pour l'ordination...pour l'instant c'est bloqué! la seule chose à faire c'est de continuer à exprimer son désaccord


et surtout vivre son baptême à fond, il fait de nous des prêtres, des prophètes et des rois-reines!


Michèle



cécile de broissia 12/07/2012 13:54

entièrement d'accord avec toi, michèle
Cécile

Pertusier Michel 11/07/2012 21:46

Soeur Michèle, Combien je partage vos idées et vos suggestions. L'Eglise aurait tout à gagner d'avoir des femmes prêtres, il y aurait une meilleur compréhention de ses baptisés et du monde. Nous
pourrions être témoins dans le monde d'aujourd'hui, que la femme est l'égale de l'homme; Il est urgent que l'Eglise sorte du Vatican et accepte une remise en cause !!

Cathy Debay 11/07/2012 21:20

homme et femme Il les fit....aussi pour être prêtres
oui, je suis d'accord avec toi, Michèle

Recchia 11/07/2012 17:03

Oui je suis d'accord avec toi Michèle, l'Eglise grandirait si elle ordonnait des femmes prêtres. Il n'y a que dans l'Eglise que les femmes sont exclues à ce point. Pourtant Jésus aimait les femmes
car beaucoup d'entre elles le suivait. Il n'a jamais exclu personne.
Oui Dieu ne fait pas de différence entre les sexes il nous aime hommes et femmes pareillement....La hiérarchie ecclésiale a peur des femmes peut-être à cause d'Eve car c'est bien connu le mal vient
des femmes !
Et puis au sujet de Dieu qui serait un homme j'ai une petite blague très mignonne...Amstrong quand il est revenu de son voyage sur la lune à la question "as-tu vu Dieu" il a répondu "yes, she's
black !"