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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 00:10

Je  me suis passionnée par cette philosophe. De ce que j’ai lu, il me semble que je peux résumer son œuvre par ces mots : l’absolue nécessité de penser pour que le monde vive.

 

Penser comme antidote du mal.

En effet, une des grandes interrogations d’Arendt est de comprendre comment on peut arriver au totalitarisme communiste ou nazi. En particulier,  en ce qui concerne le nazisme, elle écrit que sa barbarie n’est comparable à aucune autre forme de dictature, de tyrannie, de despotisme, de mal que des humains peuvent infliger à d’autres.

Les analyses que l’on peut faire de la barbarie, ne s’appliquent pas au nazisme. Il y a là quelque chose d’inédit, de radicale singularité. Comment comprendre qu’un régime politique soit passé  du « tu ne tueras pas » biblique à un «  tu tueras » généralisé ?

Pour le comprendre, il faut un concept nouveau pour un système de domination inédit car il y a entre le totalitarisme et d’autres formes de domination une distinction de nature et non de degré dans l’oppression : Le totalitarisme n’est pas un régime politique mais la suppression du politique. Il ne vise pas une manière d’organiser des rapports humains mais la destruction des rapports humains.

 

Son analyse part d’un constat fait à partir du procès d’Eichmann qu’elle a suivi en tant que reporter de journal. Eichmann est un homme ordinaire, bon père de famille. Comment peut-on en même temps être responsable de millions de morts ? Parce qu’il est médiocre et ambitieux, il fait ce qu’on lui dit de faire, en essayant de se hisser dans la hiérarchie. Il ne pense pas. C’est un homme vide. C’est cet oubli de penser qui a permis le nazisme. Eichmann a cessé de penser et perdu toute capacité de juger : il suffit d’obéir aux ordres, d’être un serviteur modèle et croire ainsi qu’on fait son devoir. C’est un conformisme qui est irresponsabilité. C’est ce déficit de penser qui rend le mal invisible, banal et banalisé. Ensuite l’endoctrinement parvient à généraliser la non-pensée.

Arendt  s’oppose à la notion de mal radical car cela voudrait dire que ce mal est à la racine de l’humain. Et que donc, il a un caractère inéluctable. D’une certaine manière, qu’on ne peut rien contre lui.

Non. Pour Arendt, c’est dû à des conditions particulières qui se sont cristallisées dans la société allemande du 19ème siècle et qui ont peu à peu rendu possible une élection démocratique mettant Hitler au pouvoir.

 Pour elle, ce n’est donc pas un mal radical mais une radicale banalité dont aucune société n’est à l’abri. La réflexion d’Arendt a pour but de comprendre pour que cela ne se reproduise plus. C’est pourquoi, c’est une philosophie du politique.

 

L’antidote à cette banalité du mal est l’exercice de la pensée.

Le fait d’aider les gens à penser, est le rempart contre cette barbarie-là et contre tout totalitarisme. Pour elle, penser, c’est s’arracher à la confusion, faire surgir du sens, singulariser notre rapport aux choses. Procéder par distinction conceptuelle, sortir des amalgames. Cela dépend de la pensée qu’il y ait du sens, que le monde soit sensé ou  non, que persiste un sens commun qui empêche le pire.

 

Procéder par distinction conceptuelle, elle le fait dans son livre sur la condition humaine, en distinguant le travail ( animal laborens : domaine de la vie, de l’économique, produire ce qui ne dure pas), l’ œuvre (homo faber :domaine de la culture, du social, produire ce qui va durer) et l’action ( domaine de la révélation de soi, de l’activité politique qui développe un espace d’apparition pour la liberté, un espace public pour un peuple d’acteurs).

Travail et œuvre sont indispensables mais on perçoit dans cette distinction que seule l’action peut permettre une société où le totalitarisme ne peut pas naître. Car l’action politique, c’est le souci du monde ; parce que la liberté, c’est le caractère de l’action. L’action nous confronte à une pluralité d’acteurs qui créent un lien humain entre eux.

Agir, c’est quelque chose qui commence, c’est une action singulière qui fait du neuf, c’est nouer une communauté avec d’autres, c’est pouvoir donner naissance à un monde.

 

D’où sa réflexion sur la natalité, et la surprise pour moi, de trouver l’évocation de la naissance du Christ comme exemple de natalité qui fait du neuf dans l’histoire. : « Le miracle qui sauve le monde…c’est finalement le fait de la natalité, dans laquelle s’enracine ontologiquement la faculté d’agir. En d’autres termes, c’est la naissance d’hommes nouveaux, le fait qu’ils commencent à nouveau, l’action dont ils sont capables par droit de naissance. Seule l’expérience totale de cette capacité peut octroyer aux affaires humaines la foi et l’espérance…C’est cette espérance et cette foi dans le monde qui ont trouvé sans doute leur expression la plus succincte , la plus glorieuse dans la petite phrase des Evangiles annonçant leur bonne nouvelle : Un enfant nous est né »

 

Ce livre sur la condition de l’homme moderne, elle voulait l’appeler l’amor mundi. Oui, c’est bien cela, aimer le monde, en prendre soin, et pour cela ne pas déserter le politique, agir, ne pas délaisser cette force d’action qui est notre plus haute faculté. Faire confiance à ce qui naît, aux ressources citoyennes, à la pluralité. Faire droit à la différence, au fait de la pluralité. Ce qui est la condition du vivre ensemble.

Le fait de lire Arendt, m’a ouvert à l’intérêt pour la philosophie. Justement dans le sens d’Arendt : invitation à penser pour agir.

 

 

H.ARENDT, Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal, Folio Histoire, 1997

A.ARENDT, Condition de l’homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, Pocket 24, 1983, p 314

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invitation à lire
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