Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 21:00

Cet interview a été publié dans la revue Biblia n°7 de janvier-février 2011.

Biblia est une superbe revue que je vous conseille. Son but est de lire, comprendre de raconter la Bible.

 

Écouter, méditer et partager l’Évangile, telle est la proposition de la communauté qui anime le Centre spirituel du Cénacle de Versailles. Depuis son lancement,  il y a deux ans, elle attire une quarantaine de personnes. Suivons leur démarche.

 

Biblia magazine : Sœur Michèle Jeunet, comment vous est venue l’idée de ces rencontres, et comment ont-elles vu le jour ?

Sr M. J. : Les formations de notre centre spirituel sont souvent le fruit d’un mûrissement. Nous animons depuis plus de vingt ans une « retraite dans la vie », et des personnes qui l’ont faite demandaient une suite. La première interpellation est venue de là. Ensuite, nous faisons ce constat qui nous désole tout autant qu’il nous stimule à inventer : beaucoup de chrétiens n’ont pas encore découvert qu’on pouvait prier à partir d’un texte biblique. Enfin, nous nous sommes inspirées de la « messe qui prend son temps », célébrée chaque dimanche soir à l’église Saint-Ignace, à Paris. Elle propose, au cœur même de la célébration, une demi-heure de méditation silencieuse, précédée d’indications pour aider à méditer l’Évangile. Nous avons donc inventé une sorte de « liturgie de la Parole qui prend son temps » !

 

B. M. : Comment se déroule cette liturgie ?

Sr M. J. : Pour ceux qui le veulent, elle commence par le partage d’un pique-nique apporté par chacun-e. C’est déjà l’Évangile vécu, puisque Jésus est souvent à table et qu’il nous a donné le sens de sa vie un certain Jeudi saint, au cours d’un repas. C’est la joie de partager les mots et la nourriture de la vie qui nous rassemblent.

Ensuite, une autre nourriture nous attend, celle de la Parole. Cette Parole vient d’un ami qui nous dit notre dignité et nous appelle à la liberté. Un texte de l’Évangile est d’abord proclamé, puis une personne de l’équipe donne des pistes pour aider à le prier, à le relier à notre vie car il est d’abord une Bonne Nouvelle pour aujourd’hui.

Il ne s’agit donc pas seulement d’entendre, mais d’entrer dans une expérience personnelle de cette Parole ! Pour cela, est alors proposée une bonne demi-heure de contemplation silencieuse et personnelle. Vient ensuite le temps du partage car la Parole de Dieu donne la parole à tous et toutes. En petit groupe de quatre ou cinq, chacun-e partage les fruits de son écoute.

Pour conclure, nous écoutons une seconde fois l’Évangile et l’une de nous en fait un commentaire, une « parole forte » pour aller plus loin. Enfin, chacun-e repart avec un petit livret contenant l’essentiel de la proposition de cette soirée (pour pouvoir y revenir à loisir) et trois textes pour le mois qui suit (accompagnés aussi de pistes de prière).

 

B. M. : Quel objectif poursuivez-vous ?

Sr M. J. : Ce temps pour « goûter et partager la Parole » veut permettre à des chercheurs de Dieu de prier avec la Bible : c’est nouveau pour beaucoup, qui n’ont jamais « appris » à le faire. Pour ceux qui en ont déjà l’habitude, cela leur permet de nourrir leur foi et leur relation au Christ, de s’abreuver à cette source qu’est sa Bonne Nouvelle de liberté. La demi-heure de méditation personnelle est fondamentale. Combien de chrétiens la prennent ?

De ce fait, cette liturgie est une école d’oraison. Elle permet de découvrir que l’Évangile n’est pas un texte du passé mais que le Christ vivant, ressuscité, parle dans l’aujourd’hui de notre vie pour la transformer.

 

B. M. : Pour vous, personnellement, qu’est-ce que cela représente ?

Sr M. J. : C’est pour moi un lieu où des baptisés peuvent, du fait même de leur baptême, « donner la Parole ». L’animation est donc faite par des baptisé-es – laïcs et religieuses – qui se partagent à égalité ce service de la Parole : donner des pistes pour prier, commenter l’Évangile par une « parole forte ».

Les participant-es sont invités à accueillir la Parole pour pouvoir la partager ensuite. Cela offre une image d’Église où le baptême dit cette capacité à être prophète, à écouter la Parole et à la transmettre. Telle est la raison pour laquelle ce n’est pas une messe mais une liturgie de la Parole.

 

B. M. : N’est-ce pas nouveau de voir une communauté féminine accompagner la prière des fidèles du Christ ?

Sr M. J. : Oui et non ! Pour l’ordre religieux auquel j’appartiens, ce n’est pas nouveau. Depuis notre fondation en 1826, nous le faisons. Cela a pris des formes diverses selon les époques, mais notre mission a toujours été de donner accès à la Parole pour qu’elle transforme des vies. Ceci en accompagnant spirituellement, en donnant des retraites, et par toutes sortes de ministères d’éveil et d’approfondissement de la foi. D’autres congrégations religieuses le font aussi. Pas assez cependant. Pour preuve : les Centres spirituels vraiment animés par des femmes… se comptent sur les doigts d’une main !

 

B. M. : L’expérience pourrait être reprise ailleurs ? Vous l’a-t-on demandé ? Aideriez-vous ceux et celles qui voudraient se lancer ?

Sr M. J. : Ah oui, tout à fait ! Le défi dont je parlais – beaucoup de chrétiens ne prient pas avec la Bible – doit être relevé. C’est vital aujourd’hui pour la foi. Je pense proposer l’an prochain une formation de formateurs qui, ensuite, dans leurs communautés, leurs paroisses ou leurs mouvements pourraient initier cette formule et d’autres, comme par exemple la contemplation communautaire d’une scène évangélique. Mais, dès à présent, c’est avec joie que je suis prête à partager notre « méthode ». De plus, nous sommes en train de faire un nouveau site pour notre famille spirituelle. Les pistes de prière données lors de ces soirées seront mises en ligne.

Propos recueillis par Anne Soupa.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Projecteur sur...
commenter cet article

commentaires