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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 11:43

Voici une nouvelle rubrique de mon blog: Invitation à lire. j'y mettrai des extraits de livres que j'aime. Et si vous aimez aussi, vous aurez le désir de lire tout!

Je commence avec un extrait du livre de Adolphe Gesché: dieu pour penser la destinée (Ed itions du Cerf 2004 ISBN 2-204-05285-X)

 

"Une vérité anthropologique générale. Est-il si sûr que tout ce que nous pensons soit pleinement vérifiable et que tout ce que nous faisons repose sur des assurances ? Je ne le crois pas. Et j'ajouterais qu'il est heureux qu'il en soit ainsi. En tout cas, dès qu'il s'agit, non point du quotidien immédiat et matériel, où des assurances quasi absolues sont indispensables à notre sécurité et à notre survie, mais là où il s'agit de toutes ces choses grandes et importantes, et qui nous définissent vraiment comme hommes. Je pense à l'amour, à la fidélité, à la mise au monde d'un enfant, à l'éducation : qui parlera jamais ici de certitudes et de preuves ? On peut même penser qu'on n'en voudrait ici justement pas, pas trop en tout cas. L'amour aurait-il seulement sens s'il se fondait sur une assurance donnée d'avance, s'il ne comportait au contraire cette part d'aventure, d'énigme et de risque courus ensemble, ce pour quoi même l'amour a quelque goût ? Et des parents qui décident de mettre au monde un enfant ne savent-ils pas les risques qu'à tous égards ils prennent ?

La force de la vie est là pour nous assurer contre toutes les dénégations. La vie, en son sens même, comporte l'énigme et l'ignorance, et surtout là, précisément, où il s'agit des choses les plus importantes, celles en lesquelles nous mettons le sens le plus profond de notre être. On ne s'assure pas de l'amour ou de la fidélité de quelqu'un, d'une vocation ou des grands choix de vie, comme on s'assure de choses mesurables et quanti­fiables. On ne vérifie pas son enfant avant de le faire. Vérifie-t-on jamais un être ? Il y a même des recherches de garanties qui paralysent et condamnent d'avance toute expérience. La foi pourrait être cette assurance d'un tout autre genre : celle qui ouvre à la découverte (et à son désir). A une découverte qui, autrement, ne pourrait se faire.         

Seul un acte de foi, même au sens tout profane du mot, peut nous engager en certaines voies, qui sans lui seraient impossibles. Son absence nous ferait manquer les expériences les plus prégnantes de l'existence humaine. Aussi bien, avec ce mot de foi, voici prononcé un mot capital. Car peut-on imaginer quoi que ce soit d'un peu important sans un minimum de cette foi qui nous fait sauter par-dessus les zones d'ombre et d'inconnu ?

Le mot « foi » est un mot qui n'appartient pas uniquement au vocabulaire religieux. Mille expressions (« J'ai foi en lui », « Je t'en donne ma foi », etc.) scandent ainsi notre vie de tous les jours. Nous ne pouvons pas tout vérifier par nous-mêmes et à tout instant ; il nous est indispensable de croire à la parole et à la bonne foi des autres. Nous devons nous décentrer de nous-mêmes, renoncer à nos prétentions et illusions de pouvoir tout contrôler par nous-mêmes. Nous devons et, encore une fois : surtout dans les actes les plus existentiels – devant tant de choses en partie opaques et précisément invérifiables, jeter un pont de confiance en nous, dans les autres et dans la vie, non seulement pour surmonter l'incertitude paralysante, mais pour pouvoir réaliser quelque chose et nous réaliser nous-mêmes.

Très souvent même, c'est parce qu'elle passe outre à la véri­lication que la foi, en rendant l'acte possible, assure par là même la vérification que l'on attendait. La foi est vérifiante, il y a en elle un « caractère vérifiant » qui, comme dans l'amour, révèle et manifeste – véri-fie – le bien-fondé et la vérité d'une décision où la raison demeurait incertaine de ses choix . « Une telle transcendance à la vérification marque tous les aspects essentiels de l'existence humaine ". »

Certes, ceci ne prouve pas encore qu'existe ce salut que le soupçon qualifiait d'invérifiable. Mais tout ceci montre qu'il y a dans la réalité une part incontournable d'énigme, au-devant de laquelle nous devons comme forcer les limites de la simple raison si nous voulons entrer dans certaines expériences décisives. Celle du salut pour­rait être de celles-là. Nous n'aurions même pas dû, pour cela, quitter les chemins d'une anthropologie toute profane de l'acte de foi.

« Un être de foi » telle pourrait d'ailleurs être une des définitions de l'homme (comme on dit : « être de raison »). L'homme avance en raisonnant, mais il avance aussi en croyant, credendo. Les plus grandes aventures ont souvent été fondées sur le risque, « le beau risque » dont parle Platon. L'homme est là tout entier, lui qui, dans la création, est l'être qui ose, invente, transgresse l'évidence, met au monde, refuse de ne suivre que les évidences."

Adolphe Gesché, Dieu pour penser la destinée, p 62 et 63


 

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invitation à lire
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