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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 13:58

J’ai été intéressée par un article d’Adolphe Gesché sur fond des questions soulevées par le mariage pour tous.

En effet une part importante (mais non unanime) des catholiques français et de l’Episcopat, fonde leur opposition sur une conception anthropologique qui serait le dessein de Dieu de toute éternité. Cela donne même l’impression que (oubliant ce que les sciences nous disent de la formation du cosmos, de la lente émergence de la vie, de l’évolution des espèces jusqu’à l’humain) nous revenions à une conception de l’homme et de la femme directement tiré-es des mains de Dieu !

J’ai lu cet article (que je vous recommande de lire en entier) sur fond de ces questions. L’anthropologie défendue par l’Episcopat me semble relevé du concept de fabrication et de dictée, de scénario figé, de réalité fixiste.

La cosmologie et l’anthropologie qui se dessinent dans cet article me semble être  d’une tout autre perspective et peut se résumer bien par ceci :

« Dieu, précisément, a voulu un cosmos qui ne soit pas puredictée, mais espace de possibilités internes et de liberté inventive. »

Voici donc des extraits de quelques pages écrites par Adolphe Gesché, dans son livre : Dieu pour penser le cosmos. Editions du Cerf 1994. Page 49 à 82

 

"Nous savons déjà que, en créant l'homme, c'est-à-dire une liberté, Dieu s'est interdit, là en tout cas, d'être le simple Moteur d'une dictée toute faite et réglée d'avance . La création de l'homme est la position, sans reste et sans retour, d'un être qui; de par la volonté même de son créateur, est appelé – c'est son acte de naissance à l'être –, à se construire dans -le droit et le devoir de l'invention et de la responsabilité. Il s'agit là d'un droit d'essence et d'un devoir d'existence. Avec l'homme, la création atteint à cet égard son véritable sens. Créer, c'est susciter quelque chose d'entièrement autre, de tout nouveau, et qui n'aura de signification, pour son créateur lui-même, que dans cette autonomie donnée et reconnue.

L'homme est là avec commandement et mandat, pour sa vraie grandeur comme pour celle de Dieu, de donner à son créateur la repartie. Celle, en somme, d'un co-créateur.

 

Mais en est-il de même, fût-ce avec des nuances, du cosmos ?

 

On comprend fort bien les réticences, et qu'on soit tenté de penser ici le contraire. Car si Dieu a créé l'homme tel que nous l'avons vu, n'est-ce pas précisément comme exception à l'ordre général, exception qui le définit dans sa singularité ? …

Ne devrions-nous donc pas plutôt nous demander s'il n'y a pas, dans l'univers où l'homme surgit, et donc dès le vœu créateur initial, un principe fondamental de créativité qui anime la création tout entière ? Il y aurait, et qui nous précède, un cosmos qui serait, lui déjà (et bien sûr à sa manière), instruit par un commandement d'invention…

L'homme manifesterait donc bien un saut de transcendance, mais non point aliéné de ce monde. La chose est pour nous capitale puisque, pour penser l'homme, nous croyons qu'il lui faut un cosmos qui soit véritablement son lieu, où il ne soit justement pas un étranger…

C'est en somme l'unité même de la création qui est ici en cause. Celle-ci, dans notre hypothèse, manifesterait tout entière, d'un bout à l'autre de la chaîne, une capacité fondamentale, « élémentale » de liberté, un devoir constitutif d'invention qui constituerait la charte même de toute la réalité. L'homme serait vraiment chez lui dans l'univers, comme celui-ci se retrouverait vraiment en l'homme…

il n'est donc pas indifférent que le cosmos où nous sommes nés (et parce que c'est là que nous sommes nés) soit ou ne soit pas une machine, mais qu'il présente au contraire une structure où ce qui est en jeu, dès le début, in principio, dès le départ, ce n'est pas la dictée mais l'invention, vœu de la réalité tout entière. Un monde où ce qui est attendu, où ce qui est en gestation comme sa raison d'être, c'est l'avènement plénier de la liberté, qui en est le sens et le couronnement. N'est-ce pas la signification de cette page souveraine de saint Paul, que « la création tout entière gémit [dans l'attente de] la liberté des enfants de Dieu » (voir Rm 8, 21-22) ?

L'homme alors n'est pas un Prométhée qui doit faire violence aux lois pour inventer et créer (et s'attirer du reste ainsi le courroux du dieu et de la nature elle-même). Il est celui qui bien plutôt accomplit, met au monde une potentialité qui s'y trouve inscrite… L'homme met au monde le monde. En connivence avec Dieu qui l'y a préposé. Mais en connivence aussi avec ce monde qui l'attend. Voilà pourquoi il n'est pas indifférent que ce cosmos, au lieu d'être une horloge déjà réglée, soit un monde où l'invention est la loi de son enfantement…

 

 

Dieu, si on veut bien nous passer l'expression, ne fait pas les choses «comme ça ». La création n'est pas la fabrication de choses toutes faites, comme le pense la conception naïve du créationnisme ou une idée toute mécanique de l'œuvre de Dieu…

Dans cette création, il y a des lois immanentes et des processus d'autorégulation, voire d'invention. Mais, dans le même temps aussi, on dit bien que c'est Dieu (créateur) qui «fait que » les choses se font ainsi. Dieu est affirmé « comme Cause », mais son geste est précisément de vouloir une autonomie interne. Saint Augustin voyait même très exactement en cela la véritable grandeur du créateur et l'essence même de l'idée de création. Créer, ce n'est pas tout dicter et disposer d'avance, mais ouvrir un champ et un espace d'autonomie. Fabriquer, c'est faire une chose toute déterminée et pour son utilité ; créer, c'est faire que l'autre soit pour lui-même.

Au reste, si nous voulons étayer notre proposition, remarquons que le texte scripturaire ne parle pas d'une causalité fabricatrice, ponctuelle, immédiate, mais d'un surgissement et d'un événement : les choses sont deve­nues (« egeneto »), écrit la Septante, en une version qui rend tout à fait compte de l'hébreu (ha.yah, advenir, surgir), alors que le latin («factum est ») est formellement déficient. Le verbe gignomaï (à rapprocher de l'anglais become : to coure to be) n'est pas le verbe eînaï, lequel pourrait insinuer ici comme une fixité.

Par Dieu (ou par sa parole, ou par son Verbe), « toutes choses sont devenues ». Elles ont été posées dans le devenir, dans leur devenir. A cet égard, rien n'est peut-être plus instructif que la formule de notre Credo, au reste directement inspirée de l'Écriture : di'hoû ta pansa egeneto 12. « Par qui tout a été fait », traduisons-nous très maladroitement à la suite du latin. « Par qui tout est devenu », devrions-nous dire. Traduction plus adéquate, exprimant mieux le caractère 3 précisément dynamique, « non achevé » du geste divin’. Sans compter que dans ce di'hoû ou ce per Quem est littéralement inscrit que la création n'est justement pas un acte d'immédiateté toute faite, mais qu'elle recourt, dès son principe, au ministère d'une médiation. Il n'y a pas, entre le créateur et le créé, cette absence d'écart, cette immédiateté qui laisserait tout dans les mains crispées d'un Dieu gardant en lui toute la causalité. N'y a-t-il pas quelque chose de barbare en cette idée de Dieu, et qui ruinerait l'intuition chrétienne"?...

Il est celui qui fait que les choses se font comme elles se font (et en cela il est Cause), mais, rigoureusement, il ne les fait pas, il ne les fabrique pas. Il ne les cause pas, il les crée. C'est-à-dire les provoque au devenir, il leur donne ordre d'advenir. N'est-ce pas pourquoi le récit de la création tout entier s'ordonne autour de mots de commandements et de verbes à l'optatif et à l'impératif ?

En n'identifiant pas purement et simplement Dieu créateur au rôle d'une cause, nous pouvons - car c'est une autre vérité de la création - identifier et respecter les causalités séculières et autonomes qui jouent dans la création. Qu'il s'agisse des lois, qu'il s'agisse du

hasard,, qu'il s'agisse des intentionnalités des êtres libres, ces causes, qui ont leur consistance et contribuent à la figure de ce monde, sont reconnues pour elles-mêmes et Dieu ne leur est pas substitué. L'autonomie des réalités terrestres s'en trouve garantie, contre tout créationnisme naïf ou intégriste, où le monde se trouve réduit à une, copie toute faite. Dieu, précisément, a voulu un cosmos qui ne soit pas pure dictée, mais espace de possibilités internes et de liberté inventive. Il y va de la consistance du cosmos reconnu pour lui-même

Dieu a créé un devenir créateur où, par le jeu et la médiation de causalités  internes, des choses vont advenir. Il a créé un processus, des virtualités, non des choses ou des objets, même si ceux-ci répondent à un vœu qui ne vient que de lui (« Qu'il y ait de la lumière »). Il a créé le monde, oui, mais ce monde est un champ ouvert. Ainsi se trouvent réconciliées notre foi chrétienne en Dieu créateur et notre observation de la réalité du monde telle que la science la découvre. Dieu a fait ce qui fait qu'il y ait cette création, ce cosmos que nous observons dynamique et inventif. Dieu est alors vraiment Créateur, vrai Créateur, c'est-à-dire créateur de création (sens actif), le créateur, non tant de choses créées, que bien plutôt de la création…

C'est bien de Dieu que le monde tient son être et son principe, mais ses « décisions internes » lui ont été laissées et confiées par Dieu. À quoi l'on reconnaît un créateur. Dieu n'est plus alors cet horloger ou ce géomètre, auteur d'une mécanique il est un créateur. Il, ne dicte rien, il pose «simplement » un-geste inaugural, le geste qui déclenche, permet et rend possible ce cosmos, en lui octroyant précisément de se faire comme il se fera…

Adolphe Gesché

 

 

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invitation à lire
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commentaires

Catherine Debay 08/06/2013 20:44

cet article me fait penser à un mot de Marie Balmary (psychiatre)quand elle parle de l'amour de Dieu: infini mais aussi "in-fini: non-fini" pour nous permettre d'inventer, de créer en toute
liberté, à notre manière, aux travers nos relations parfois tordues, quelque chose de saint.