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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 18:09

Voici un autre article sur  la question de l’homoparentalité écrite par Michelle C.Drouault. Merci à elle de nous partager son analyse.

 

Homoparentalité: le troisième sexe n'existe pas

 

L’homoparentalité est un sujet qui s’invite régulièrement dans les campagnes électorales, et les périodes qui suivent les changements de gouvernement. C’est le cas aujourd’hui.
Il est difficile d‘affirmer que c’est une bonne ou une mauvaise idée.

Je pencherais vers un certain agacement devant les « kits idéologiques prémâchés » censés opérer le clivage droite/gauche. (en l’occurrence, si on est de droite, on est contre l’homoparentalité, si on est de gauche, on est pour).

Un fait me frappe cependant : toutes tendances confondues, les partis politiques et les media semblent croire qu’être homosexuel constitue un troisième sexe !!

Il n’en est rien, évidemment : il existe des femmes homosexuelles, et des hommes homosexuels.

Or, pour un enfant, il n’est pas indifférent du tout d’être élevé par deux hommes ou par deux femmes ; et les conditions de la parentalité sont très distinctes.

Dans un couple de femmes, l’une des deux peut être la mère biologique de l’enfant :

-soit l’enfant a été conçu auparavant dans le cadre d’un couple hétérosexuel, et a un père qu’il connaît,

-soit l’enfant est conçu avec ami volontaire, qui ne souhaite pas assumer un enfant au quotidien (son degré de présence varie alors),

-soit l’enfant est conçu dans le cadre d’une insémination artificielle avec donneur.

Dans ces trois cas, l’enfant a une mère ; et la compagne de la mère est le tiers qui indique à l’enfant que sa mère ne lui appartient pas ; situation psychiquement plus stable que celle d’un enfant élevé par une mère célibataire abandonnée par le père.

Certains couples de femmes se font inséminer alternativement, ou bien, c’est toujours la même qui est la mère de tous les enfants, qui portent son nom.

Dans l’adoption, l’une des femmes est la mère adoptante, l’autre sa compagne.

Il est faux de dire que l’enfant a « deux mamans ». Il ou elle a deux femmes qui s’occupent de lui  (d’elle) et lui servent de référence, dont une est sa mère.

Autrefois, il était périlleux d’être connu pour « ne pas avoir de papa » dans une cour d’école.

C’est une situation beaucoup plus banale aujourd’hui, de plus, dans les deux premiers cas de figure, il existe un père tangible. Ne pas avoir de père provoque, certes, certaines lacunes éducatives. Mais n’oublions pas que deux guerres mondiales ont laissé des millions de veuves, qui ont élevé, seules ou avec d’autres femmes (grand’mère, tante, sœur, parfois amante, mais c’était indicible !) des millions d’enfants, dont quelques-uns sont devenus des personnes célèbres : Albert Camus n’a jamais connu son père, François Mauriac non plus.

Par contre »ne pas avoir de maman » est perçu comme terrible.

Ce n’est pas tout à fait sans raison.

 

Examinons à présent le cas de l’enfant élevé par deux hommes :

-soit l’enfant a été conçu dans le cadre d’un couple hétérosexuel, et a une mère qu’il connaît.

Ces cas sont rares, mais ils existent.

-soit l’enfant a été conçu par une mère porteuse avec le sperme de l’un des deux hommes, qui est son père biologique,

-soit l’enfant est adopté par un des deux membres du couple.

Dans le premier cas, bien que peu fréquent, il s’agit d’une décision de garde lors d’un divorce, et l’enfant a au minimum deux ans. Un juge ne sépare pas, en principe ! (1) un jeune enfant de sa mère au quotidien que dans des cas très précis (maladie grave, toxicomanie, incapacité éducative, domicile instable) l’enfant a donc eu le temps de poursuivre la relation amorcée avec sa mère in utero, et d’établir un attachement maternel stable, qui construit sa personne.

Dans les deux autres cas, l’enfant a été arraché volontairement, ou involontairement par les circonstances, à celle qui l’a porté et lui a donné naissance.

C’est toujours un traumatisme, nul ne peut songer à le nier.

Si un père et une mère sont humainement égaux, si tous deux peuvent assurer des soins, ils ne peuvent les donner de la même manière.

Dans les deux cas, de gestation pour autrui (2), et d’adoption par deux hommes, un nourrisson de quelques jours ou quelques mois est privé de substitut maternel, et doit s’adapter à l’attachement à un  seul père.

Comment réagit- il ?
Une femme materne ; elle a comme ressources pour le faire sa relation avec sa propre mère, et l’expérience que celle- ci lui a transmise, même inconsciemment, en lien avec les autres femmes de sa famille. S’il s’agit d’une maternité naturelle, elle peut bien sûr allaiter.

Un père paterne ; il est inscrit  dans sa lignée paternelle, et même s’il biberonne et change les couches, ce qu’il est capable de faire très bien, il le fait comme un père. Il le fait avec ses manières, sa voix. Un enfant perçoit les différences sexuelles biologiques très vite.

Tout cela n’empêche pas le papa d’être amoureux d’un autre homme, et c’est tout à fait respectable. Mais ils ne peuvent être le père et la mère de cet enfant, qui est donc privé de mère. Quelles sont les conséquences de cela, nous ne le savons pas bien.

Les enfants placés en institution et privés de mère, développent des carences cognitives parfois très graves ; certains n’ont plus envie de vivre, ou deviennent autistes. Cependant, il faut reconnaître honnêtement qu’ils n’ont pas d’attachement stable avec une personne nourricière, toujours la même.

Un homme ne peut être complètement un substitut de mère, mais il va être un objet d’attachement à un adulte protecteur, bien meilleur que le placement ou l’institution.

Avons nous le droit de nous dire « essayons toujours, on verra bien,» ?

Et comment se sentira une jeune fille élevée par deux hommes ?  Ils auront eu soin, bien sûr, qu’elle ait une tante, une marraine, à qui parler lors de sa puberté, mais a-t-on le temps de prendre son téléphone lorsqu’on a ses premières règles ? Est ce que la présence de ces deux hommes va être vaguement menaçante, ou non, pour son éveil à la sexualité ?

On peut avoir le même questionnement pour un garçon élevé par deux femmes, mais les manifestations de la puberté d’une fille sont beaucoup plus visibles, violentes, et en rapport direct avec la reproduction, ce qui est angoissant si une femme proche n’est pas en mesure de rassurer tout de suite la jeune fille. 

Si jadis les veufs  avec enfants se remariaient si vite, était-ce en partie parce qu’ils ressentaient confusément ce besoin d’une mère ou d’un personnage maternel de tout être humain ?

Toutes ces questions sont à poser sans fard. Nous avons tous des fantasmes, mais ils ne sont pas forcément réalisables. Les adultes sont- ils encore capables de s’identifier à l’enfant pour respecter ses besoins ?

Une femme ne peut être le père d’un enfant ; un homme ne peut être sa mère.

Ils peuvent être « son parent ». Comment le nommer ? Quels droits lui donner ?

Ce sont, à mon sens, des réflexions que nous avons à mener, en dehors de toute pression idéologique. Elles engagent l’avenir de l’Humanité.

 

 

(1)-Pr Berger : « le père et la mère sont égaux devant la loi, mais ils ne sont pas égaux dans le psychisme de l’enfant » Cela ne veut pas dire que l’enfant aime moins son père, mais qu’il a plus BESOIN de sa mère : Jusqu’à deux ans, l’enfant n’est pas capable  de se représenter la figure d’attachement stable si elle disparaît longtemps de son champ de vision, il se croit abandonné.( voir la théorie de l’attachement de Bowlby, qui a été bien souvent, hélas déformé à des fins politiques : faire rester les mères à la maison)

 

(2)-La gestation pour autrui est à mon sens une barbarie, qui considère une femme comme un ventre de louage, et nie les échanges mère/enfant in utero. C’est aussi l’avis de Sylviane Agaszinski, par exemple, dans« Le Corps en miettes 

 

 

 

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invité-es
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commentaires

Paul Durand 17/05/2013 17:52

Ces excellentes analyses de situations réelles ne disent rien de l'adoption. Voici mmon témoignage sur ce point:

Père et mère de quatre enfants dont trois venus d’adoptions plénières et un de nos gènes, grand-père et grand-mère de dix petits enfants, dont deux adoptés et un trisomique, nous pouvons prétendre
à une certaine expérience de ce que sont la parentalité et la filiation pour une famille qui rassemble chaque année à Noël plus de vingt quatre frères et sœurs, cousins et cousines, époux et
épouses, copains et copines...
De cette expérience multiple et diverse nous tirons deux enseignements:

1°: il n'y a aucun droit à l'enfant. L'adoption d'enfants étrangers au patrimoine génétique des candidats à l'adoption n'est possible que si ces candidats ont accepté leur stérilité.
C'est la condition première. Il ne peut y avoir d'adoption par un couple stérile si l'être accueilli a une fonction réparatrice ou normative. Comment des parents feraient-ils un homme d'un enfant
"médicament", d’un agent intégrant ?
Méfiance, aussi, pour l'enfant "compassion" qu’on adopterait pour soulager son malheur.
Un enfant ne peut nous faire père ou mère que par la relation gratuite* que nous lui offrons. L’échec de l'enfant "médicament" est hélas très souvent observé dans des couples qui se reproduisent
pour tenter de ressouder leur union...
L'enfant "ordinaire", issu de la pulsion sexuelle, passe, lui aµussi, par le sas "gratuité". Il gène le couple dans sa relation intime et dans son évolution. Dans l'une et l'autre il introduit un
étranger, voire un inconnu, parfois plus difficilement accepté qu'on ne l'avoue. Et lorsque l'enfant "paraît dans le cercle de famille qui applaudit à grand cris", comme l'écrit le poète, la nature
du bonheur elle-même change, un nouveau partage s'instaure, l'adoption s'impose.
Dans le couple conçu pour la reproduction de lignées patriarcales l’enfant était un fruit, un aboutissement. Son intrusion en tiers dans le couple constitué pour lui-même est donc un phénomène
nouveau qui donne à la filiation sa spécificité humaine.

2°: Chez l'être humain doué de conscience il n'y a de filiation qu'adoptive. L'interdit de l'inceste n'est pas une loi de la nature. Il n'existe pas chez les mammifères, même pas chez les primates.
La relation affective des géniteurs avec leur progéniture est amorcée par l’allaitement, la becquée chez les oiseaux. Elle ne dure que temps des apprentissages nécessaires à l’autonomie de la
nouvelle génération.
Dans l’espèce humaine le destin des enfants nés dans les lebensborn nazis est mal connu mais le silence des historiens montre à lui seul qu'il fut douloureux. Celui du "Sauvage de l'Aveyron" ou de
l'enfant-loup de Wetteravie montrent que le nourrisson vagissant ne devient un homme que s'il est élevé par des humains. Notre expérience d'adoptants stériles devenus parents "génitaux" nous
conduit à affirmer aussi que c’est la relation plus que la génération qui fait l’être humain.
Un de nos amis psychiatre aujourd’hui disparu nous disait : « si l’on pouvait mettre en images le fonctionnement du cerveau d’un nourrisson de 0 à 3 ans on aurait quelque chose qui ressemblerait à
un tombereau d’asticots. » Il ébauchait ainsi une image de la connexion des milliards de neurones et synapses qui se nouent dès le moment où l’être humain amorce son autonomie en accédant à la
respiration, à la nutrition, à la lumière et à la relation.
Pour nous, adoptants et géniteurs, ce moment est celui où le géniteur abandonne ses prétentions génitales pour instaurer la relation de deux autonomies. Cette relation s’instaure communément de
manière instinctive et inconsciente dans les couples reproducteurs. Cette inconscience les prive de l’expérience offerte aux adoptants quand ils sont ou deviennent aussi géniteurs : le constat que,
quel que soit le potentiel et les variables de l’enfant en dépendance, en attente de relation, c’est celle-ci qui le « crée », en tout cas le révèle. C’est ce qui nous conduit à affirmer qu’il y a
toujours une adoption parce que c’est elle qui convertit les géniteurs hasardeux d'organes et fonctions en pères et mères instituteurs de l’amour et garants de l'esprit.
Bien sur il faudrait faire valider ces affirmations expérimentales par des psychologues, ethnologues, sociologues, psychiatres. Le seul que nous ayons connu de manière approfondie n’est plus de ce
monde.
Reste que les théologiens peuvent, dans leur discipline, explorer le lien que noue Dieu avec l’homme par l’Incarnation de Jésus en Marie, son escapade au Temple, sa mise en route à Cana, ses
consignes pendu au bois de la croix...On retrouverait probablement l’adoption selon St Paul (Romains 8) ou St Jean au douzième verset de son prologue...
*cet adjectif peut-il évoquer l’amour de Dieu, unique par sa nature ????

Alice Damay-Gouin 14/10/2012 11:05

Il semblerait qu'il n'y ait jamais de problèmes pour les enfants dans les familles "normales", avec une femme dite "mère" et un homme dit"père"!!! les drames d'enfants, dans ces familles n'ont
jamais lieu? Une femme donnant naissance à un enfant n'a pas obligatoirement l'instinct maternel. (de même pour le père) C'est le temps passé avec l'enfant qui fait que l'on s'apprivoise et que
l'on peut "devenir mère". Quant à Mme Agaszinski, elle s'est trompée et m'avait alors trompée sur 2 ponits: une Femme porteuse ne se fait pas obligatoirement payer même si cela arrive. Le fait
d'être "Femme porteuse" n'est pas une aliénation, cela peut ausi être un acte de générosité, de soutien mutuel. C'est la misère qui pousse certaines femmes à devenir" Femme porteuse", qui est une
aliénation. Permettez-moi de réagir car certain(e)s expert(e)s sur le sujet ont oublié de s'informer. Au début des "mères porteuses, il y a eu des erreurs graves, celles-ci ont été débusquées et
donc,il y a eu évolution dans les démarches à suivre et , avant de parler ,de condamner, il faut commencer par mieux s'informer.
Et avant de prédire tous les maux possibles pour l'enfant dans telle situation, regardons d'abord si ces maux n'existent pas dans le cas de nos mariages actuels;
Il a fallu attendre plusieurs siècles pour réhabliter Galilé, cela ne fait pas changer l'Eglise catholique pour autant. Quand l'Eglise comprendra -t-elle qu'un progrès scientifique est toujours la
meilleure et la pire des choses, que le bon grain est toujours mélangé avec l'ivraie! L'Eglise en disant non, donne l'impression de ne plus vouloir semer le bon grain mais elle ne se rend pas
compte qu'en laissant le terrain en jachère, c'est laisser toute la place pour l'ivraie.
Alice

Cathy 11/10/2012 21:49

Un profond merci pour votre analyse.