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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 00:07

 

Voici un enseignement que j’ai donné lors d’une journée de méditation.

Nous en en avons une chaque année où, ensemble communauté et laïcs associés à la mission de notre centre spirituel, nous méditons la parole de Dieu et approfondissons notre foi.

Cette fois-là, nous avons voulu mieux éclairer quelques aspects de la spiritualité ignatienne telle que les Sœurs du Cénacle  la vivent. Car la spiritualité ignatienne que nous vivons est « colorée » fortement par le mystère du Cénacle et l’expérience d’une femme qui a nom Thérèse Couderc.

 

Cette spiritualité prend sa source dans le mystère de Dieu fait chair. C’est à dire embrassent à bras le corps la chair, le monde, le temps et de ce fait faisant de la chair, du monde, du temps, le lieu de Dieu, le lieu où nous pouvons Le trouver.

Il faut peser avec sérieux tout l’inouï de cela. Cela bouleverse toutes les perspectives spontanées de l’attitude religieuse qui se dit plutôt dans la fuite du monde.

Suivre le Christ ne va pas donc être le chemin inverse qu’Il a choisi mais son chemin à Lui : après Lui, avec Lui prendre à bras le corps notre humanité, ce monde, ce temps comme lieu pour L’aimer et faire Son œuvre à Sa manière, selon Son esprit.

Pour cela continuer une quête : la quête d’un visage, celui de Jésus qui est visage de Dieu. Depuis le jour de Noël, Dieu a un visage. Visage à contempler.

 

I : Spiritualité d’une Présence de bonté et de la reconnaissance.

Et que nous dit ce visage ?

Il nous dit une présence de bonté. « Dieu est bon, Il est plus que bon, Il est la Bonté. » ( Ste Thérèse Couderc)

Bonté de l’enfant de la crèche. Bonté de cet homme Jésus dont tous les actes, toutes  les paroles nous disent un Dieu pour nous, en notre faveur et jamais contre nous. Bonté de ce visage défiguré sur la Croix qui continue de nous aimer, de nous espérer, de croire en nous.

Présence de bonté qui a un visage pour nous révéler notre vrai visage. Bonté semée en nous par Dieu pour tous les humains de tous les temps et de tous les lieux.

Bonté communiquée par Dieu comme notre marque de fabrique, la Bible le dit plus joliment en parlant d’humain créé à l’image de Dieu. Bonté à reconnaître et à faire grandir comme le bon grain de la parabole.

Bonté à reconnaître et à faire grandir en soi et en chacun-e.

Bonté à reconnaître en tout ce qui est pour nous, avec nous, de notre côté comme la chaise sur laquelle nous sommes assis.

Ainsi le créé est signe d’une présence de bonté.

Spiritualité qui ne va donc pas s’éloigner du monde mais reconnaître en ce monde la source de la bonté des choses, des personnes. Cette source qui est Dieu, amour qui se communique, se livrant dans ce dont Il est la source.

On y reconnaît bien là la raison de cette première partie de la prière d’alliance qui est le merci.

Merci des signes de cette bonté dans ce que j’ai reçu des autres, des choses, merci de ce que j’ai pu donner aux autres. Spiritualité de la gratitude pour ce qui est donné à fleur de peau, dans le plus banal et le plus concret.

 

II : Spiritualité de l’histoire,  de la responsabilité et du choix.

L’entrée de Dieu dans notre histoire fait de chacune de nos vies des histoires saintes, donnant à nos gestes valeur de louange.  Agir, c’est faire circuler ce que nous tenons de Dieu. Pour cela, l’exigence est dans l’écoute de l’Esprit qui nous rend familier de  Dieu et passionné d’une inépuisable parole à écouter et à dire.

Cet esprit féconde la terre de notre cœur pour que nos vies donnent la vie et soient mobilisées, soient instrument vivant, actif, accordé au cœur de Dieu.

Dieu a besoin de nos vies pour se rendre visible dans l’aujourd’hui de notre histoire.

Il s’agit donc de collaborer au travail même de Dieu qui crée, libère, sanctifie dans un style de vie qui promeut la responsabilité et le choix.

Dieu appelle à un service créateur qui ne se satisfait pas de réponses préfabriquées, annulant les questions, mais qui cherche des chemins de vie. Je pense spécialement à la parabole des talents où le maître confie toute sa fortune en ne donnant aucune instruction, laissant tout à l’initiative amoureuse de ceux et celles à qui il confie tout.

Dieu ne résout pas à notre place mais il nous soutient pour assumer la responsabilité qui est la nôtre dans son œuvre de recréation. Recherche qui n’a pas peur du risque, et consentement aux lentes recherches humaines.

Déceler les besoins les plus profonds, les réalisations les plus ouvertes à l’avenir. Vivre le plein emploi des dons .Vérifier la pertinence des engagements, des intuitions, des analyses. Donc habiter le temps,  favoriser l’être-avec, la rencontre. Chercher le désirable et le possible aujourd’hui. Faire des choix selon le cœur de Dieu.

 

III : Spiritualité du corps et vie mariale.

Ainsi donc comme les  réalités de ce monde sont des matières nobles de l’œuvre de Dieu à poursuivre, creuset d’une transfiguration, le Monde est corps de Dieu, le Corps de l’humain et du monde sont infiniment précieux. Corps du monde qui est corps de Dieu. Et Marie a tissé ce corps.

Elle a offert notre terre à Dieu.

Marie est cénacle de la rencontre, chambre haute de l’Esprit. Lieu et milieu où s’opère toujours dans l’aujourd’hui le  don de l’Esprit, l’enfantement à la vie de Jésus-Christ. Marie nous invite donc à un service amoureux de la terre, à l’audace d’entrer dans le charnel. Etre comme elle et avec elle,  partenaire de Dieu. Elle nous stimule dans le courage des commencements, des incarnations minimes mais réelles portées par un souffle immense. Parce que Dieu naît toujours comme un germe enfoui dans notre monde.

Ce monde fait pour devenir Christ. Ce monde qui est déjà  pain  et vin a déjà été saisi par Lui.

Ce pain de nos vies déjà saisi par Lui pour en faire Son corps. « Ceci est mon corps »

Notre parole, notre agir, notre être pour offrir un corps au Christ.

Vivre joyeusement le don et la tache de laisser Son visage, Son corps devenir en nous.

Nous ne sommes que pour Lui. Il ne sera pas sans nous.

 

Sr Michèle Jeunet, rc

En s’inspirant librement du livre de :

Sr Ghislaine Côté, rc Le Cénacle. Fondements christologiques et spiritualité Editions Beauchesne Paris 1991 p399 à 411

 

 

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