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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 15:11

Aujourd’hui, je vous partage une intervention que j’ai faite lors d’un rassemblement à Lourdes. Cette rencontre avait pour but de montrer la vitalité d’un partenariat entre des ordres religieux et des laïcs. En effet, de plus en plus nombreux sont des laïcs qui font alliance avec des communautés religieuses pour un partage de spiritualité ou de mission. La famille spirituelle du Cénacle était présente à ce rassemblement car elle vit cette réalité : une famille spirituelle composée d’une fraternité de laïcs, d’un Institut séculier, d’une Communion Apostolique, d’un ordre religieux.

Il m’avait été demandé d’animer un forum avec la question suivante : dans une famille spirituelle où il y a des religieux-ses et des laïcs, qui est garant du charisme ? Comment les laïcs l’enrichissent-ils ?

Voici ma réponse :

 

Pour répondre à la double question qui est posée : Qui est garant du charisme et comment les laïcs l’enrichissent, il est nécessaire d’abord d’être au clair sur ce qu’est un charisme.

I : Qu’est-ce que le charisme d’un Institut religieux ?

Le mot charisme attribué à un Institut est une manière récente de parler. On le trouve pour  la première fois dans un document officiel de l’Eglise, l’exhortation apostolique de Paul VI Evangelica  Testificatio(PAUL VI, Exhortation apostolique « Evangelica testificatio », DC n°1590, année 1971, p.652-661) .Il sera ensuite repris fréquemment dans des documents traitant de la vie religieuse.

On parlera du charisme d’un Institut. Le père Dortel-Claudot définit le charisme d’un Institut comme « l’ensemble des éléments essentiels et non- contingents , qui constituent sa spécificité, son originalité , son côté un peu unique. »( M. DORTEL-CLAUDOT, Les laïcs associés. Participation de laïcs au charisme d’un Institut religieux,

Paris, Médiasèvres 2001, p. 62) Il le modélise sous forme la forme d’un triangle

Ce triangle lui-même en comporte 4 :

Le 1 est le cœur du charisme : la spiritualité.

Le 2 est le type de relation qu’il y a entre contemplation et action.

Le 3 est le type de service apostolique.

Le 4 est le type de relation qu’il y a entre pôle apostolique et pôle communautaire.

Etant au cœur du charisme,  la spiritualité va informer les 3 autres éléments.

Elle va informer le rapport contemplation/ action, le type de service apostolique et le rapport apostolat/ communauté.

Précisons donc ce qu’est une spiritualité puisqu’elle au cœur du charisme !

A : C’est d’abord une manière particulière d’être saisi par l’expérience du Christ.

C’est une saisie particulière de Son visage, une attirance sur tel ou tel aspect de Son être, de Ses paroles, de Ses options et  de Ses actions

Pour mieux saisir ce qu’est une spiritualité, voilà deux questions que Michel Dortel-Claudot  proposait un jour à des membres d’un Institut religieux, pour les aider à définir leur charisme. Il leur demandait :

« D’après vous quels gestes concrets du Christ, quelles attitudes face à son Père, face aux hommes vous sentez-vous invités à reproduire de préférence en raison de votre charisme… 

Quels gestes  du Christ, vers quels mystères de Sa vie votre instinct spirituel vous conduit-il naturellement » ?( M.DORTEL-CLAUDOT, « Réflexion sur le charisme d’une Congrégation », U.I.S.G.,n°48 (1978), p.28-29)

C’est donc une théologie ou plutôt une christologie.

Mais non pas sous forme d’un savoir, d’un contenu, « ce dont on parle », mais ce dont on fait l’expérience et une expérience qui touche au plus intime de soi.

B : Cette christologie vécue informe une anthropologie.

Une manière particulière de se vivre soi-même, d’être en relation avec les autres, de vivre au monde et de considérer le monde.

C : C’est aussi une pédagogie spirituelle.

Elle ouvre des chemins pour marcher avec Dieu et venir à Lui : des chemins de prière, des moyens de progrès, des vigilances particulières, des attitudes privilégiées.

D : Cette pédagogie spirituelle a été vécue et inaugurée par une fondatrice, un fondateur.

Elle ou il a donné goût à d’autres de suivre le Christ de cette manière-là. Leur expérience en a attiré d’autres qui se sont joints à elle ou à lui.

 

II : Ce charisme peut-il être partagé ?

Cette deuxième question est à poser avant de se demander  « qui est garant du charisme ? » dans le cadre d’un charisme donné en partage et dont peuvent vivre à la fois des laïcs et des religieux.

Qu’est-ce qui dans la configuration (donnée plus haut) du charisme d’un Institut Religieux peut être partagé ?

La spiritualité ?

Oui complètement. C’est de l’ordre d’un appel, d’une vocation. Une figure spirituelle fondatrice attire des chrétiens parce qu’elle est déjà au plus intime d’eux-mêmes. En lisant ses écrits, en découvrant sa vie, en rencontrant une  famille dont cette figure est à l’origine, ces chrétiens reconnaissent un chemin spirituel qui est déjà en eux en germe ou en croissance. Cela vaut pour tous les membres d’une famille spirituelle, laïcs et religieux-ses.

Le rapport contemplation/action ?

Oui, aussi, car comment vivre d’une vie chrétienne authentique s’il n’y a pas un enracinement profond dans la prière quelle que soit sa forme ? Comment vivre ce visage préférentiel du Christ si on ne Le contemple pas dans Son Evangile, si on ne prend pas du temps dans le silence et le recueillement pour Le regarder, L’écouter, L’aimer ? Et L’aimer à notre tour dans le service de ce monde ?

Ce sera vécu avec des différences selon les situations particulières de chacun-e ou selon l’état de vie. Mais cela doit rester une exigence forte

Le type de mission apostolique ?

Ici, des nuances sont à apporter.

*Le partage du service apostolique au sens strict :

Des laïcs n’ont pas forcément à travailler dans les même œuvres que les religieux.

Pas forcément, mais cela peut se faire et se fait quelquefois.

*Le partage du service apostolique au sens large :

Oui dans un certain sens car si le charisme est une certaine sensibilité au visage du Christ, leur service apostolique que les laïcs tiennent de leur baptême aura forcément une coloration dûe à la famille spirituelle à laquelle ils appartiennent. Ici le mot partage veut dire «  souci d’un même service »  et pas « service vécu ensemble ».

D- Rapport pôle apostolique et vie communautaire ?

*Si l’on prend vie communautaire au sens de vie sous un même toit

2 cas sont possibles :

-oui : à l’exemple de certaines communautés nouvelles où cohabitent des laïcs et des religieux :

dans ce cas, le partage va jusque là.

-non : il n’est pas nécessaire ,ni même souhaitable que le partage aille jusque là.

*Mais la dimension « communautaire » au sens large peut être vécue très fortement sous forme d’un esprit fraternel fort, fait de soutien, de solidarité, de relations de toute sorte. Le  « voyez comme ils s’aiment » d’une fraternité laïque  a aussi à être vécu sans qu’il y ait pour cela vie commune. Et elle peut s’exprimer aussi dans des actions communes.

 

III : Qui est garant ? A quelles conditions ?

Après avoir clarifié la notion de charisme d’un Institut Religieux et vu comment il peut être partagé, selon des modalités variées et différentes, il est possible maintenant de répondre à la question posée : qui en est le garant ?

Il me semble que la réponse s’impose : tous et toutes, laïcs comme religieux. Quel que soit le type de liens entre un Institut Religieux et des laïcs, le charisme d’une famille spirituelle, étant le bien de tous, tous en sont responsables.

Il est de la mission de tous de le vivre le plus intensément possible, d’y être fidèles en inventant pour aujourd’hui les chemins nouveaux nécessaires pour l’actualiser pour qu’il continue d’être pertinent pour le monde d’aujourd’hui et adapté aux besoins nouveaux.

Mais pour cela deux conditions sont à réaliser :

A : un changement de mentalité

Il est nécessaire que l’Institut Religieux ne se considère pas comme « propriétaire » du charisme ou encore son lieu  privilégié, ne se  considère pas comme le centre autour duquel graviteraient des groupes de laïcs. Parce que ce qui est au centre, c’est le Christ dont le fondateur ou la fondatrice a fait l’expérience et qui a inauguré une manière particulière de le vivre. Voilà le centre auquel tous et toutes nous sommes  arrimés, laïcs et religieux-ses, et dont laïcs et religieux-ses sont les héritiers à égalité, à part égale.

Dans son livre Bernadette Delizy(B.DELIZY, Vers des  «  familles évangéliques » : le renouveau des relations entre chrétiens et congrégations, Paris, Editions de l’Atelier et editions ouvrières, 2004, p. 481) suggère une image qui me semble parlante :

Dans une famille il y a l’aîné qui est né en premier puis sont venus  les suivants.

Dans la plupart des cas (mais pas toujours), ce qui est né en premier du charisme d’un fondateur, d’une fondatrice, c’est l’Institut Religieux et ensuite les groupes de laïcs (c’est pourquoi on les a appelés souvent tiers- ordre, c’est à dire qu’après l’ordre masculin et l’ordre féminin, une troisième règle de vie pour laïcs était écrite.) Mais venir en premier fait-il de l’aîné quelqu’un qui aurait une supériorité spirituelle ? L’image au contraire induit que l’aîné ou les cadets ont en héritage une unique filialité, en partage un unique héritage et une commune fraternité.

Il nous faut donc pour cela un changement de mentalité.

Quitter un modèle hiérarchique qu’on peut modéliser par des flèches descendantes   :

Charisme

 

Institut religieux

 

Groupes de laïcs

Que nous montre cette modélisation ? Elle montre que les laïcs n’ont accès au charisme que par la médiation de l’Institut Religieux. Celui-ci, dans ce schéma, au lieu d’être le frère et la sœur premier né-e, se considère comme « parent », ce qui fait rester les laïcs dans la posture de l’ « enfant ».

Par contre, on peut vouloir vivre et vivre déjà selon un autre modèle

Je l’ai trouvé dans une fraternité de laïcs(M.ETHIER, Au cœur de nos arrimages, laïques et personnes consacrées sur des chemins d’alliance, dans Cahiers de Spiritualité Ignatienne, Québec, mai-aout 2005, n°113, p.51) : on peut l’appeler la modélisation en marguerite.

Le cœur de la fleur, c’est le charisme : ce visage particulier du Christ à expérimenter, à aimer et communiquer à d’autres, ce qui colore une manière d’être au monde, de prier, de servir, de faire communion.

Les pétales, ce sont les différentes branches qui vivent de ce charisme, s’en nourrissant et le rendant fécond pour l’Eglise et le monde : l’Institut Religieux est un pétale parmi les autres : aîné oui, peut-être selon les cas, mais tout autant fils comme les autres et frères avec les autres.

Changement de mentalité  qui va produire une certaine façon de transmettre l’héritage de la part de l’Institut religieux.

B : Une certaine manière de transmettre.

Il y a deux manières de transmettre. La première va maintenir l’autre dans une attitude de dépendance. On ouvrira les trésors de la tradition de l’Institut, mais ce sera toujours les religieux qui dispenseront l’enseignement. Ou alors, la formation sera telle qu’elle permettra aux laïcs de se l’approprier pour pouvoir la transmettre à leur tour.

C : Une ecclésiologie.

Cette modélisation n’est possible, souhaitable et souhaitée que si l’on se situe résolument dans la perspective ecclésiologique inaugurée par le concile Vatican II.

Le concile a inauguré une rupture avec un modèle compartimenté et hiérarchique.

Je vais caricaturer ce modèle. Une caricature a l’avantage du choc et de l’humour. De plus cette caricature est encore présente dans les esprits.

1-Quitter une ecclésiologie compartimentée et hiérarchisée :

- Compartimentée :

L’Eglise serait le domaine des prêtres. Les médias en sont encore là, et peut-être encore nous, quand nous disons « Qu’en pense l’Eglise ? » Nous mettons-nous dans cette Eglise qui pense, ou désignons-nous les évêques ou le pape ?

La spiritualité et la voie plus parfaite seraient le domaine des religieux-ses. Dans nos têtes traîne encore que cette vocation est une suite du Christ de plus près, plus parfaite, toujours de l’ordre du plus, sous le signe d’un « hors monde »

Le monde serait le domaine des laïcs. Mais comme le monde n’est pas forcément vu positivement, lieu de tous les dangers, ce qui leur échoit n’est pas le meilleur !

-Hiérarchisée :

Selon les cas, avec la vie religieuse comme médaille d’or ou le clergé ! Mais de toute manière la médaille de bronze pour les laïcs !

2-Entrer dans une ecclésiologie du Peuple de Dieu :

Pour apporter un démenti à ce cloisonnement et à cette hiérarchisation il y a d’abord une réalité autre en accord avec l’ecclésiologie de Vatican II

-La réalité :

Des laïcs sont acteurs dans la vie interne de l’Eglise (que serait l’Eglise, par exemple,  sans les milliers de catéchistes laïcs ?) ; des religieux sont à même la pâte humaine dans leurs lieux d’insertions sociales, professionnelles, humanitaires ; même un curé de paroisse est au cœur du monde par tout ce que suppose l’animation d’une paroisse, etc…

Tous et toutes sont à l’œuvre dans ce monde car l’Evangile dont nous sommes tous responsables est fait pour la pâte de la vie de ce monde. Faire vivre des communautés vivantes et qui donnent goût à croire, est la mission de tous et de toutes. Et pour cela toutes et tous sont appelés à vivre de l’Evangile de la manière la plus radicale qui soit, enracinés dans une vie spirituelle forte.

-La rupture ecclésiologique inaugurée par Vatican II :

Pour la  constitution dogmatique sur l’Eglise, Lumen Gentium, ce qui est premier, ce qui caractérise l’Eglise, c’est d’être peuple de Dieu. La constitution met en premier ce qui est commun à toutes et tous. Par le baptême nous

«sommes rendus semblables au Christ…élevés à la communion avec Lui et entre nous ». n°7

« Consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint…porter témoignage du Christ sur toute la surface de la terre » n°10

 « Délégués pour le culte chrétien » n°10

-    «  Commune est la dignité du fait de leur régénération dans le Christ…commune la vocation à la perfection…il n’y a donc dans le Christ et dans l’Eglise, aucune inégalité qui viendrait de la race ou de la nation, de la condition sociale ou du sexe » n°32

-Apostolat auquel « tous sont députés par le Seigneur Lui-même en vertu du baptême et de la confirmation » n°33

-« Tous ceux qui croient au Christ, quelque soit leur condition ou leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père. » n°11

 

Cette ecclésiologie inaugurée par le Concile (mais qui est encore loin d’avoir donné tous ses fruits et qui peut être aussi mise en danger par des retours en arrière,) rejoint donc le vécu.

C’est sur ce fondement, qu’il me semble possible de répondre clairement à la question posée. Qui est garant du charisme ?

De même que tous et toutes  laïcs et religieux d’une même famille spirituelle) sont baptisés, consacrés, envoyés, apôtres, liturges de Dieu, vivant d’un charisme reçu d’un fondateur, ils et elles sont toutes et tous garants du charisme.

C’est leur propre fidélité créatrice à ce charisme qui fera que les uns et les autres, les laïcs comme les   religieux,  garderont ensemble la fécondité d’un charisme et l’enrichiront mutuellement.

Cela demandera peu à peu à l’inscrire de manière institutionnelle. On peut imaginer que chaque branche d’une famille spirituelle ait un chapitre et envoie des délégués à un chapitre qui représenterait les diverses branches.

 

Je veux terminer en faisant écho au livre de Bernadette Delizy « Vers des familles évangéliques »

Sa recherche l’a conduite (et je la cite) : « à dépasser le terme même de charisme pour le remplacer par celui de famille évangélique, à délaisser le clivage religieux/laïcs pour se situer dans la perspective d’une communion de communautés ecclésiales. Chacune étant fondée par une figure évangélique et se différenciant des autres par un projet ecclésial et social typé, toutes étant reliées par cette même figure »

Son interprétation « invite à revenir à Jésus-Christ, à repartir de Lui, à Le situer au centre de toutes ces relations. Il est l’unique force centripète et centrifuge. Voilà la source ! D’elle et d’elle seule découle tout le reste. Les relations mutuelles sont bâties sur un visage référentiel et préférentiel de Jésus-Christ : L’accueillir sans cesse Lui-même comme un don et Le traduire solidairement et différemment dans la société. A ce visage particulier de Jésus Christ, à cette manière typique de L’accueillir et de Lui donner chair, nous avons donné le nom de Figure évangélique »

 

Eléments de bibliographie :

CONCILE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l’Eglise, Lumen Gentium, Editions du centurion, 1967

B.DELIZY, Vers des familles évangéliques. Le renouveau des relations entre chrétiens et congrégations, Paris, Editions de l’Atelier, Editions ouvrières, 2004

M.DORTEL-CLAUDOT, Les Laïcs Associés. Participation de laïcs au charisme d’un Institut Religieux, Paris , Médiasèvres, 2001

ACTE DU COLLOQUE, Laïques et personnes consacrées. Quel arrimage ? Cahiers de spiritualité ignatienne, Québec, Canada, 2005

 

 

B.DELIZY, Vers des  «  familles évangéliques » : le renouveau des relations entre chrétiens et congrégations, Paris, Editions de l’Atelier et Editions ouvrières, 2004, p. 486

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