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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 20:52
Homélie de Sr Michèle, 5ème dim. de Carême: femme libérée

Dans l'évangile de Jean au chapitre 8 verset 1 à 11

Quant à Jésus, il alla au mont des Oliviers. Mais, dès l'aurore, de nouveau il fut là dans le Temple, et tout le peuple venait à lui, et s'étant assis il les enseignait. Or les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu, ils disent à Jésus : "Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Or dans la Loi Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ?" Ils disaient cela pour le mettre à l'épreuve, afin d'avoir matière à l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol. Comme ils persistaient à l'interroger, il se redressa et leur dit : "Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre !" Et se baissant de nouveau, il écrivait sur le sol.

Mais eux, entendant cela, s'en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu. Alors, se redressant, Jésus lui dit : "Femme, où sont-ils ? Personne ne t'a condamnée ?" Elle dit : "Personne, Seigneur." Alors Jésus dit : "Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus."

 

Pour mieux comprendre ce récit, il est bon de commencer en amont, à partir du chapitre 7 verset 37 : « Celui qui a soif, qu’il vienne à moi. L’Ecriture l’a dit : des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur » Quel est ce fleuve ? La miséricorde inouïe de Dieu. Ensuite au verset 43, on nous dit qu’on veut l’arrêter. Les soldats venus pour le faire y renoncent car disent-ils personne n’a parlé comme cet homme. Nicodème prend sa défense en disant qu’on ne peut condamner quelqu’un sans l’entendre. En fait, le premier accusé, c’est Jésus, et à travers l’accusation de cette femme, c’est lui qu’on veut tuer. Lui et elle sont en danger de mort.

Cette femme, grâce à Jésus aura la vie sauve et Jésus mourra sur une croix. En disant cela je ne veux pas dire qu’il y a substitution. Non mais dire que c’est son attitude de liberté, sa prétention à la miséricorde, qui suscite l’opposition et qui va le conduire à la mort : en sauvant cette femme, il s’expose encore plus à l’hostilité de la haine qui se cache sous le zèle.

Regardons cette scène du côté de cette femme

Que s’est- il passé pour elle?

Elle aurait dû mourir, elle est vivante.

Elle aurait dû être condamnée, elle est graciée.

Elle était prisonnière, elle est libre.

Au lieu de la prison, de la condamnation et de la mort, elle a reçu la grâce, la liberté et la vie. Jésus l’a sauvée de la mort.

Essayons d’imaginer la chape de plomb qui pesait sur elle et l’immense délivrance qu’elle a vécue. Imaginer son soulagement, elle a vu la mort de près. Après l’angoisse, elle se retrouve vivante, libre et pardonnée. Elle est sauvée mais encore plus, elle sait qui l’a sauvée !

Ce qu’elle a vécu a dû enraciner en elle, un amour immense, une reconnaissance infinie pour celui qui l’avait sauvée de la mort.

Cette femme c’est chacun de nous. Cette femme est la figure de l’humanité tout entière.

Jésus est venu pour nous réaliser l’éternel projet de salut de notre Dieu : guérir nos intelligences et nos volontés blessées. Il est venu pour révéler le vrai visage de Dieu : Dieu de miséricorde. Dieu lui-même qui continue de croire en nous, Dieu lui-même qui continue de nous espérer, Dieu lui-même qui ne cesse pas de nous aimer.

Ecoutons ce silence de Jésus. Le silence de Jésus permet à chacun de s’interroger. Jésus ne se laisse pas prendre au piège. Se sortir de ce piège est divin. Il répond par le silence et par une parole qui fait confiance à la capacité des accusateurs à se reconnaître pécheurs !

Ecoutons sa parole qui renvoie chacun à lui-même. On comprend mieux alors que tous s’en vont l’un après l’autre.

Prenons conscience de la pédagogie de Dieu : aucune parole d’accusation pour personne, une attitude qui permet à chacun de faire un travail de vérité qui libère.

Au début Jésus nous dit qu’il peut étancher toute soif et à la fin il nous dit qu’il est la lumière du monde, que celui qui le suit aura la lumière de la vie. Il faut aller jusqu’à ce verset 12 pour entrer dans l’intelligence de l’épisode de la femme adultère. Lui seul peut étancher notre soif de pardon et lui seul peut éclairer notre vie, nous faire passer des ténèbres à la lumière.

Offrons-nous à cette lumière pour qu’il vienne guérir ce qui a besoin d’être guéri en nous, convertir ce qui a besoin d’être converti.

Demandons l’eau que lui seul peut nous donner, la source qui jaillit de son cœur transpercé, l’eau vive de sa miséricorde.

Dans certains pays, la lapidation fait encore son œuvre de mort et des femmes meurent sous les pierres. Violences d’hommes murés dans leur sexisme et leur obscurantisme.

Malheureusement pour elles, il n’y a pas une voix qui leur dit : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ». Il n'y a pas de voix qui les libèrent et les sauvent.

 

 

 

 

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 14:26

Commentaire de cette video par Benjamin Bloch sur le site :

http://www.culturepub.fr/letonnante-pub-feministe-dariel-en-inde/


Le lessivier Ariel a adopté un discours audacieux, sinon courageux, dans un pays, l’Inde, assez peu réputé pour la qualité de sa condition féminine.

Alors certes, de nombreuses femmes indiennes occupent ou ont occupé des postes à responsabilité, notamment en politique, mais le pays reste l’un de ceux où les violences faites aux femmes sont les plus nombreuses. Une société encore très marquée par le patriarcat où le concept de « partage des tâches ménagères » n’est pas le plus populaire. Pour preuve, un sondage montrait l’année dernière que plus de la moitié des 15-19 ans scolarisés considéraient que la femme avait pour fonction principale d’exécuter les tâches ménagères et d’élever les enfants.

Depuis l’année dernière, Ariel a entrepris de changer les mentalités indiennes avec sa campagne #ShareTheLoad (#PartagezLeFardeau). Après un premier spot en janvier 2015, la marque a remis le couvert il y a deux semaines avec ce film au discours étonnamment progressiste. Un film qui a fait un carton sur les réseaux sociaux. 3 millions de vues sur Facebook en 4 jours pour la version indienne. 14 millions pour la version sous-titrée en anglais postée jeudi dernier. Et à l’heure où nous écrivons, 59 vues pour la version sous-titrée en français publiée hier sur notre site…

Bref, quand la pub passe les clichés de genre au détergent, on ne peut que louer l’initiative.

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 17:51
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS 15 février 2015

Basilique vaticane: dimanche 15 février 2015

Final de son homélie adressée aux nouveaux cardinaux :

"Je vous exhorte à servir Jésus crucifié en toute personne exclue, pour quelque motif que ce soit ; à voir le Seigneur en toute personne exclue qui a faim, qui a soif, qui est nue : le Seigneur qui est présent aussi en ceux qui ont perdu la foi, ou qui se sont éloignés de leur propre foi ou qui se déclarent athées; le Seigneur qui est en prison, qui est malade, qui n’a pas de travail, qui est persécuté ; le Seigneur qui est dans le lépreux – en son corps ou en son âme –, qui est discriminé ! Nous ne découvrons pas le Seigneur, si nous n’accueillons pas l’exclu de façon authentique ! Rappelons-nous toujours l’image de saint François qui n’a pas eu peur d’embrasser le lépreux et d’accueillir ceux qui souffrent toutes sortes de marginalisation. En réalité, chers frères, sur l’évangile des exclus, se joue, se découvre et se révèle notre crédibilité !"

 

Pour lire la totalité : http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2015/documents/papa-francesco_20150215_omelia-nuovi-cardinali.html

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 21:25
Homélie du 4ème dim. de Carême: Luc 15, Dieu à l'image d'un berger, d'une femme, d'un père.

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole :

« Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !” Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.

Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !” Ainsi je vous le dis : Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »

Jésus dit encore :

« Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.” Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.” Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer. Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.” Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !” Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” »

 

 

Il est dommage en ce 4ème dimanche de Carême de l’année C de ne pas avoir mis ensemble les 3 paraboles de la miséricorde et de n’avoir retenu que la 3ème. Ce découpage focalise l’image de Dieu uniquement sur la figure d’un père, alors que Jésus présente une triple image : Dieu comme un berger, Dieu comme une femme, Dieu comme un père. Ces 3 paraboles mises ensemble ont l’avantage aussi de montrer combien nous sommes précieux-ses aux yeux de Dieu : précieux-ses comme une brebis, précieux-ses comme une pièce d’argent, précieux-ses comme un-e enfant.

Elles nous permettent aussi de voir, sous la forme d’image, ce que Dieu fait :

Comme un berger :

Courir jusqu'à ce qu’il retrouve la brebis

La mettre sur ses épaules

Rassembler amis et voisins et se réjouir

Comme une femme

Allumer une lampe

Chercher soigneusement jusqu’à ce qu’elle retrouve la pièce

Rassembler amis et voisins et se réjouir

Comme un père

Confier son héritage

Attendre son retour

Courir à sa rencontre

Le couvrir de baisers

Le revêtir des plus beaux habits

Festoyer

Sortir à la rencontre de son autre fils.

 

Ces paraboles sont pour nous, mais pour cela, il nous faut nous reconnaitre dans les auditeurs « publicains et pécheurs » qui s’approchaient de lui pour l’entendre.

Et même, il nous faut choisir notre camp et nous détourner des pharisiens et des scribes qui murmurent leur opposition à Jésus.

Regardons Jésus qui fait bon accueil sans condition préalable : s’approcher et vouloir écouter suffit.

Regardons Jésus qui prend un repas avec les publicains et les pécheurs. Dans la culture religieuse du temps de Jésus, le repas était un signe fort de solidarité et de communion. C’est cela qui scandalise les pharisiens. Mais Jésus est venu pour cela, rendre possible un libre accès à Dieu pour tous ceux et celles qui sont exclu-es d’un système religieux, pour tous ceux et celles qui ont au cœur un vrai désir, qui sont en attente d’un changement en leur vie, et qui ont soif d’entendre une parole de délivrance, ouvert-es qu’ils et elles sont à l’inattendu de Dieu.

 

 

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 15:58
Credo: un essai pour dire la foi autrement

Je crois en Dieu Source de vie et d’amour.

 

 

Je crois en Dieu Parole de vie et d’amour qui est devenu un jour du temps, un humain comme nous, Jésus, pour nous rejoindre et rendre visible son amitié pour nous. Il nous révèle que nous sommes faits pour aimer et pour bâtir un monde de justice et de paix. Il s’est heurté aux forces de mort qui minent notre humanité et il nous a aimé jusqu’à en mourir. Il a été vainqueur de la mort et entraine chacun-e de nous dans sa résurrection

 

Je crois en Dieu Action de vie et d’amour au cœur de ce monde, soufflant en nous la capacité et la force de bonté, de vérité pour que nous puissions la répandre autour de nous.

 

Je crois en l’Eglise, communauté de celles et ceux qui misent leur vie sur l’Evangile de Jésus, Parole de vie et d’amour. Communauté d’égaux-d’égales qui se savent aimé-es de Dieu et qui veulent partager cette Bonne Nouvelle.

 

 

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 14:56

La paroisse qui publie la photo sur son site, s'est reconnue et à demander son retrait au nom du droit à l'image. Mais, malheureusement, ce n'est pas en enlevant une photo qu'on fera disparître cette pratique indigne. 

Depuis quelques temps, dans certaines paroisses de France, se répand une pratique qui n’est pas tolérable et qui ne se justifie en aucune manière.

Dans ces paroisses, non seulement les filles ne peuvent pas être « servants d’autel », mission que ces paroisses réserve aux garçons, mais on leur assigne à être "servantes de l’Assemblée".

Elles ont un fichu sur la tête ou sur les épaules ou encore une cape blanche ou pire d’une autre couleur (mais en aucun cas l’aube des garçons qui pourtant est le vêtement du baptême !).

Elles se placent à la porte de l’église et distribuent la feuille de chant. Dans le meilleur des cas elles apportent les oblats au moment de l’offertoire.

 

Ce type de pratique est une violence faite aux femmes. Bien sûr, il y a des violences plus graves comme le fait que 3 femmes perdent la vie chaque semaine en France, tuées par leur conjoint. Mais il n’en demeure pas moins qu’une violence est une violence et que les petites sont le terreau des grandes.

 

La pratique des servantes de l’assemblée est une violence symbolique. En effet elle assigne des rôles sexuées ( genrées) qui induisent que le masculin est en proximité avec le sacrement : l’autel, le prêtre, les objets du culte ( calice et patène que les servants apportent à l’autel, lavabo, linges d’autel). Les servants portent la croix pendant la procession, ils peuvent encenser le prêtre et l’assemblée, ils se tiennent de part et d’autre du prêtre pendant la lecture de l’Evangile...

Si ce ne sont que des garçons qui le font, cela montre que le féminin n’est pas admis à cette proximité.

C’est une violence symbolique car les garçons vont, de fait, concevoir leur sexe comme la raison de cette proximité qu’on leur permet de vivre et concevoir le sexe féminin comme non capable de cette proximité ou non admis à cette proximité. Et les filles vont intérioriser cette exclusion en concevant leur sexe comme la raison de cet éloignement. Garçons et filles, baptisé-es mais les filles moins que les garçons !

Les mettre servantes de l’assemblée se révèlent être une violence symbolique supplémentaire car, en leur donnant malgré tout quelque chose à faire, cela entérine définitivement leur exclusion de la proximité avec l’autel.

L’exclusion des filles du service de l’autel et cette innovation des servantes de l’assemblé sont d’autant plus étonnantes que le pape Benoit XVI en août 2010, en recevant à Rome 50 000 servants d’autel du monde entier, filles et garçons, leur a adressé ce message :

« Chers servants et servantes d’autel…Chaque fois que vous vous approchez de l'autel, vous avez la chance d'assister au grand geste d'amour de Dieu, qui continue à vouloir se donner à chacun de nous, à être proche de nous, à nous aider, à nous donner la force pour vivre bien. Avec la consécration - vous le savez- ce petit morceau de pain devient Corps du Christ, ce vin devient Sang du Christ. Vous avez la chance de pouvoir vivre de près cet indicible mystère! »

Il est intéressant de pointer le sens de ce service de l‘autel tel que Benoît XVI le dégageait. Il s’agit pour le Pape de permettre, par ce service, à ces filles et ces garçons « d’être proches du Seigneur et de croître dans une amitié vraie et profonde avec Lui ».

En approchant de l’autel ils et elles ont ainsi la chance d’assister au grand geste d’amour de Dieu, de « pouvoir vivre de près cet indicible mystère. »

La conclusion qu’on peut tirer de ces paroles fortes de Benoît XVI, c’est que, priver les filles de ce service, c’est donc les priver de cette proximité du Christ, les empêcher d’être proche de lui, de croitre en amitié avec lui, de vivre de près le mystère. Cette exclusion n’est pas d’après lui légitime puisqu’il a bien pris soin tout au long de son discours de s’adresser aux filles comme aux garçons.1

Ainsi, après la violence symbolique, il s’agit ici de violence spirituelle, on prive les filles de cette proximité avec le Christ, si on les empêche d’être proche de lui, de croitre en amitié avec lui, pour reprendre les paroles de Benoît XVI, quand on les exclut de ce service.

 

Ce discours du Pape aux servantes et servants d’autel a été relayé de manière très positive par l’Osservatore Romano. En précisant que le beau mot latin ministrare (servir) se conjugue maintenant au féminin puisque il est ouvert à présent sans distinction aux enfants, filles et garçons2 .

 

De plus dans son édition du 15 août 2010, le journal se félicite de la présence de filles servantes d’autel en déclarant que « cette autorisation a mis fin à une forme d’inégalité au sein de l’Eglise et a permis aux filles de vivre de près la force du sacrement de l’Eucharistie. »

Pour l’Osservatore Romano « l’exclusion des filles, simplement parce qu’elles étaient des femmes, était un lourd fardeau et constituait une profonde inégalité au sein de l’éducation

chrétienne. »

Le texte est au passé. Malheureusement, dans les faits en de nombreuses paroisses en France,( cf la photo), c’est toujours au présent et on peut dire que l’exclusion des filles est une inégalité qui demeure et elle est toujours un lourd fardeau !

1 Audience générale de Benoit XVI : St Tarcisius 10.08.10

2 Observatore Romano du 15 aout article de Gian Maria Vian

 

 

 

 

 

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 11:47
Homélie du 3ème dimanche de carême: Quelle conversion? Luc 13/1-9

À ce moment, des gens qui se trouvaient là rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient. Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Jésus disait encore cette parabole : « Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?” Mais le vigneron lui répondit : “Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.” »

Luc 13/1-9

 

Quelle conversion ?

Pour bien comprendre ce passage de l’évangile de Luc, la précision suivante est nécessaire :

Pour la culture religieuse au temps de Jésus, mourir de mort violente était considérée comme une punition de Dieu. Donc ces galiléens et ceux de la tour de Siloë avait mérité de mourir !

Jésus oppose à cela un non catégorique. La mort n’est pas une punition de Dieu. Il se positionnera de la même manière en Jean 9 en refusant le lien entre cécité de naissance et péché.

La position de Jésus est une rupture radicale vis à vis de la culture de son temps, rupture vis-à-vis d’une religion qui fait de Dieu un juge qui condamne et un bourreau qui exécute des sentences de mort.

Mais n’est-ce pas encore ce qui traine dans nos têtes quand on dit : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour qu’il m’arrive ce malheur ? »

Ce NON de Jésus a donc encore besoin de nous rejoindre pour nous libérer de ces fausses images de Dieu.

Mais alors comment comprendre la 2ème partie de la réponse de Jésus, lorsqu’il dit : « mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière ».

Jésus menacerait-il de mort les non-croyants, ceux qui refuseraient de se convertir ?

Après avoir nous avoir libéré d’un lien, il en réintroduirait un autre ?

Impossible, il nous faut donc comprendre autrement.

Pour cela, bien entendre ce que signifie la conversion : c’est un changement de regard sur Dieu, Jésus ne nous menace pas mais il nous supplie de changez notre regard sur Dieu pour ne pas mourir dans la terreur d’un Dieu bourreau et pour qu’on vive dans la joie d’un Dieu ami de notre humanité.

Cela permet de comprendre la parabole qui suit. Dieu est-il le propriétaire qui veut abattre le figuier ou Dieu est-il le vigneron qui veut continuer à apporter tout le soin possible au figuier ?

La conversion est théologale, il s’agit de quitter l’image d’un Dieu intolérant pour accueillir l’image d’un Dieu compatissant.

 

 

 

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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 10:45
A la rescousse des migrants naufragés en pleine Méditerranée, l'Aquarius lève l'ancre.

Un article paru sur le site de France24:

 

"L'équipage de l'Aquarius, un navire affrété par des humanitaires, à Marseille le 19 février 2016

Bouteilles d'eau, couvertures, médicaments: l'équipage de l'Aquarius, un navire affrété par des humanitaires, s'apprête à quitter le port de Marseille samedi pour sa première mission au large des côtes libyennes à la rescousse des migrants naufragés.

Avec sa coque peinte en orange fluo et siglée des logos des deux associations qui l'ont affrétée, Médecins du Monde et SOS Méditerranée, cette "ambulance des mers" de 77 mètres de long sera la seul navire uniquement dédié au secours à croiser en pleine mer.

Depuis les étroites coursives jusqu'au modeste mess, l'équipage, qui a accueilli vendredi la presse avant son départ, échange en allemand, français, anglais ou espagnol. L'un des infirmiers parle tigrigna, la langue érythréenne de nombreux migrants, un médecin parle arabe.

"Nous faisons notre devoir en tant que société civile européenne", clame en français Klaus Vogel, un capitaine allemand au long cours, qui, il y a un an, en a eu assez d'entendre, impuissant, parler des milliers de migrants qui se noient en Méditerranée.

Parmi les volontaires qui se sont ralliés à son idée, des gens de mer, mus par un principe marin ancestral, le sauvetage inconditionnel de toute personne en péril en mer.

Parmi eux, Jean Passot, 27 ans. Il sera de ceux qui sauteront dans les canots de sauvetage pour aider au transbordement des migrants.

Bottes aux pieds, lunettes de soleil, cet officier de marine marchande, qui a travaillé au large de l'Afrique autour des plate-formes pétrolières est fier : "Ça colle à mes principes", dit-il, avouant appréhender "la confrontation à la détresse et à la mort" qui l'attend dans le canal de Sicile.

-Gérer un accouchement-

Dans une cabine, transformée en cabinet médical, deux couchettes superposées pour offrir un peu de repos à ceux qui arriveront le plus éprouvé: déshydratés, dénutris ou en hypothermie.

Les deux médecins et les deux infirmières de Médecins du Monde peuvent même gérer un accouchement. "C'est comme un hôpital de campagne, on utilise les moyens du bord", explique le Dr Stéphanie Spindola, qui a déjà travaillé au Kurdistan et en Colombie.

Au total, ce sont 250 migrants, voire 500 en cas d'extrême urgence, qui pourront être recueillis à bord de cet ancien garde-côte allemand.

Contrairement aux gardes-côtes italiens, aux navires militaires ou commerciaux qui sont régulièrement déroutés pour des sauvetages, l'Aquarius sera en permanence en mer, loin des côtes européennes, là où les noyades sont les plus nombreuses.

Dans un premier temps, le bateau doit mettre le cap vers la Sicile puis l'île italienne de Lampedusa, avant de prendre le large pour se positionner en haute mer, à proximité des eaux territoriales libyennes.

Le navire sera notamment aiguillé par le centre de coordination maritime (MRCC) basé à Rome, qui coordonne les secours en Méditerranée. "Nous avons rencontré les autorités, qui nous ont reçus très respectueusement", souligne M. Vogel, qui défend toutefois farouchement l'indépendance de son association, dans un contexte politique tendu sur le sujet des migrants.

Barbe blanche soigneusement taillée, carrure solide de marin, c'est en apprenant fin 2014 que l'Italie mettait fin à l'opération Mare Nostrum destinée à sauver les migrants en mer, partiellement remplacée par le dispositif européen Triton, que Klaus Vogel a décidé de lancer son projet.

A 59 ans, ce père de quatre enfants connaît bien la mer et ses colères: il navigue depuis ses 18 ans.

En moins d'un an, l'association qu'il a créé a réuni un million d'euros, quasiment uniquement grâce à des dons privés. Avec cette somme, elle peut naviguer jusqu'à la fin avril.

SOS Méditerranée cherche toujours des fonds pour que l'Aquarius ne soit pas ensuite contraint de rentrer au port, à l'arrivée de la belle saison, lorsque les migrants sont les plus nombreux à risque leur vie en Méditerranée."

Par Francois BECKER

19 février 2016

Article paru dans :

http://www.france24.com/fr/20160219-a-rescousse-migrants-naufrages-pleine-mediterranee-laquarius-leve-lancre

 

 

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 20:05
Homélie de Sr Michèle: Transfiguration 2ème dim de Carême

Lc 9/28-36

Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

 

Le sens de cet Evangile est bien connu. Jésus vient d’annoncer à ces disciples, sa mort prochaine. Par la transfiguration, il leur annonce sa Résurrection. Il leur révèle aussi la gloire de sa divinité.

Cet Evangile doit être lu avec tout son arrière-fond biblique.

- le sommeil des apôtres.

On nous dit : « Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. »

Ce n’est pas de la fatigue, ni du sommeil de la nuit : c’est une expérience de Dieu.

Rappelez-vous, Dieu plonge Adam dans un profond sommeil en Genèse 2/21. Rappelez-vous le sommeil mystérieux qui s’empare d’Abraham en Genèse 15/12.

Le sommeil ici est expérience de l’humain que Dieu fait entrer dans son mystère. Le sommeil qui est arrachement à soi-même, oubli de soi, abandon confiant. Sommeil, là où Dieu agit secrètement et où nous nous laissons faire par Dieu. C’est l’expérience de la nuit, ces nuits que nous connaissons tous et toutes, nuit de la foi, nuit où Dieu semble absent mais nuit où Dieu travaille en nous sans que nous en ayons conscience, nuit de purification pour habituer nos yeux à la lumière.

Passage par la nuit. Mais pour un réveil…comme les apôtres dont on nous dit que « se réveillant, ils virent la gloire de Jésus »

 

- une histoire de tentes, de la demande de Pierre d’en planter 3, le texte nous disant qu’il ne savait pas ce qu’il disait.

Cette tente, ce n’est une simple question de camping !

C’est la tente de la Rencontre. Quand le peuple était dans le désert, il allait à la tente de la Rencontre, lieu de la présence de Dieu.

Mais pourquoi donc Pierre ne sait pas ce qu’il dit ?

La réponse est dans la suite du texte. On nous dit :

La nuée les couve de son ombre (la même expression utilisée pour l’Annonciation en Luc 1/35)

Une voie leur demande d’écouter Jésus, le Fils.

Ils ne voient plus que Jésus seul.

Il n’est pas question de planter 3 tentes car il n’y a qu’une seule tente qui est la personne même de Jésus. La seule et unique tente, c’est le Christ dans la vérité de son humanité et de sa divinité.

Jésus seul : unique chemin, unique demeure, unique salut, unique lumière pour tous les temps et tous les peuples, unique pâque, unique passage de la mort à la plénitude de la vie.

Jésus, nouveau Moïse, nouvel Elie, nouvel Israël qui va accomplir un nouvel Exode, celui du passage de la mort à la résurrection.

1er né d’une multitude de frères et de sœurs, celui qui ouvre le passage pour que, à sa suite, nous entrions dans la vie éternelle.

Avec le récit des tentations, nous savons que sa victoire est notre victoire.

Avec la transfiguration, nous savons que sa résurrection est notre résurrection. Le Christ transformera, transfigurera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux (Ph 3/20)

Une victoire pour nous encore en germe, une résurrection encore en gestation mais bien réelle, déjà commencée et qui s’épanouira en vie éternelle. Nous sommes déjà citoyen-nes des cieux. Nous sommes déjà ressuscité-es.

 

Nous sommes dans St Luc, et St Luc, c’est l’Evangile de la prière. Matthieu et Marc ont aussi un récit de la transfiguration. Luc est le seul à dire :

« Il alla sur la montagne pour prier.

Et pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre »

La prière, pour nous à la suite du Christ est une rencontre transfigurante.

C’est le lieu par excellence de la foi, puisqu’elle n’a de sens qu’en Dieu ; elle le lieu de notre identité profonde, là on s’affirme fils, fille du Père.

Prière de l’oreille, puisqu’il s’agit d’écouter Jésus comme le Père nous le demande : « écoutez –le » Et j’entends cette demande de Dieu, non comme un ordre mais comme une supplication, une prière de Dieu : « Je vous en prie, écoutez-le ! » écoutez-le pour vivre vraiment et pas à moitié !

Prière du regard aussi, qui est souvent une prière sans parole comme le paroissien du Curé d’Ars : « Dieu m’avise et je l’avise », prière d’admiration, d’étonnement, de gratitude, prière de simple présence dans la sécheresse mais qui attend le jour de voir Dieu, prière du veilleur, de la veilleuse, qui est sûr que se lèvera l’aurore où je connaîtrai comme je suis connu-e, où j’aimerai comme je suis aimé-e.

Le jour où la résurrection de Jésus, deviendra la nôtre en plénitude.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 10:16
Trinité et rapports sociaux (3)

Le monothéisme monarchique a aussi influencé l’organisation de l’Eglise par une déduction représentative de l’autorité divine : un Dieu, un Christ, un évêque, une communauté.

Cette déduction se fonde sur le monothéisme monarchique.[1]

Elle va jouer aussi en défaveur des femmes. « Une déduction correspondante de la primauté de l’homme sur la femme apparaîit dans la théologie paulinienne de la Képhalé : le chef de tout homme, c’est le Christ, le chef de la femme, c’est l’homme, et le chef du Christ, c’est Dieu (1Co11/13)  ; le mari est chef de sa femme comme le Christ est chef de l’Eglise (Ep5/22)  [2].

Cette déduction fonde une  hiérarchie ecclésiastique masculine correspondant à la monarchie divine et représentant celle-ci.

Le Moyen-âge a consolidé cette conception par une cascade de primautés de l’Un : une Eglise, un pape, un Christ, un Dieu, dans une cascade de délégation graduée, ceci fondé sur le mode de pensée du monothéisme monarchique.

 

Mais Il peut y avoir une autre ligne de pensée que la pensée de l’Un, c’est le  fondement trinitaire de l’unité de l’Eglise. Qu’il soit un au sens  de Jn 17/20 : une unité de la communauté qui soit unité trinitaire. Ce fondement trinitaire est plus profond mais surtout il détermine autrement l’unité. Non pas un monothéisme monarchique qui dit Dieu comme puissance représentée par  l’autorité universelle  et infaillible du seul mais monothéisme trinitaire qui dit Dieu comme communion d’amour.

« Dieu comme amour… est représenté dans la communauté et … est expérimenté dans l’acceptation de l’autre, comme tous ensemble sont acceptés par le Christ.

Le monothéisme monarchique fonde l’Eglise comme hiérarchie, comme souveraineté sainte.

La doctrine de la Trinité constitue l’Eglise comme communauté libre de toute domination ».[3]

Moltmann s’appuie également sur des auteurs orthodoxes comme P.Evdokimov pour qui « le principe trinitaire remplace le principe de la puissance par le principe du consensus ».[4]

Il résume cette pensée en écrivant :

« A la place de l’autorité et l’obéissance, nous trouvons le dialogue, le consensus, l’accord. Ce n’est pas la croyance en la Révélation divine à cause de l’autorité de l’Eglise qui se trouve au premier plan, mais la foi en la raison d’une perception personnelle de la vérité de la Révélation. A la place de la hiérarchie qui maintient et qui impose l’unité, nous trouvons la fraternité et la sororité de la communauté du Christ ».[5]

D’autre part, pour remplacer le monothéisme politique et clérical, il faut une doctrine théologique positive de la liberté. Le fondement de l’athéisme moderne, c’est la conviction qu’un Dieu régnant par sa toute-puissance et son omniscience rend impossible la liberté humaine.

 

[1] Cf sur cette question G.LAFONT, Histoire théologique de l’Eglise catholique, Cerf 1994, Collection Cogitatio fidei 179. En particulier les pages 28 à 32. « Avec les grands courants intellectuels de la période pré-nicéenne…le christianisme est entré dans le cadre de la culture hellénistique…où prévalait la symbolique de l’Un. La pensée chrétienne a fait sienne l’orientation à la fois apophatique et intellectualiste de cette culture. Apophatique en ce sens que ce qui était visé, en dernière analyse, c’était bien l’union mystique avec l’Un au-dessus de tout, identifié au Dieu Père de l’Ecriture biblique » p 28

[2] Trinité et Royaume de Dieu p 251 note 24. Moltmann ajoute que K. Barth (Cf Barth, Dogmatique, III/4,54) a développé à partir de cela une théologie de la subordination pour la femme. Théologie qui a suscité à juste titre étonnement et contradiction (voir par exemple Cl. Green, Karl Barth on Women ans Men, in Union Theol.Quarterly rewiev, ¾, 1974

[3] Trinité et Royaume de Dieu p 254. « Communauté libre de toute domination » est une citation tirée du livre de G.Hasenhüttl, Herrschaftsfree Kirche, Sozio-theologische grundlegung, Dusseldorf, 1974

[4] P.EVDOKIMOV, L’Orthodoxie, Paris, 1965 p 131

[5] Trinité et Royaume de Dieu p 254

 

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