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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 16:46
Détail d'un vitrail de Chagall, chapelle des Cordeliers, à Mulhouse, France

Détail d'un vitrail de Chagall, chapelle des Cordeliers, à Mulhouse, France

Le fait d’avoir toujours interprété la figure d’Adam uniquement de manière masculine a été désastreux pour les femmes.

A. Wenin, bibliste catholique, traduit Adam par : « l’humain » et cela permet une toute autre lecture qui n’est plus discriminatoire pour les femmes.

Humain, c’est actuellement, dans la langue française, ce que nous avons trouvé de mieux pour inclure féminin et masculin dans un même mot.

Si on adopte cette traduction pour Gn 2-3, cela permet, de décrire l’homme et la femme comme formé-es de la glèbe, recevant une haleine de vie, posé-es dans le jardin, entendant ensemble la parole d’ouverture à tous les arbres et celle de l’interdiction de l’arbre à connaître le bien et le mal.

Si nous suivons la lecture inclusive d’A.Wenin, le verset 18 du chapitre 2 peut cependant nous arrêter et rendre difficile l’inclusion du féminin et du masculin dans cet-te Adam

Même si on traduit par : "Le Seigneur dit: il n’est pas bon que l’humain soit seul", on peut se demander qui était-il cet humain seul ? La réponse de l’auteur est de considérer Adam comme l’Humain dont l’être n’est pas encore différencié sexuellement.

L’interpréter ainsi (et non comme un Adam masculin) comporte un enjeu important. Parce que Dieu s’adresse à lui-elle, fait de lui-elle un-e interlocuteur-trice, lui donne un pouvoir de nomination. Dieu l’associe donc à son pouvoir. En donnant un nom, il-elle en devient maître-maîtresse.

Si Adam est toujours cet-te humain indifférencié-e sexuellement, ce pouvoir est celui des deux sexes.

Si c’est l’Adam uniquement masculin, une lecture fondamentaliste s'est servie et se sert encore de lui, pour introduire une image du masculin différente du féminin, dans le sens d’un pouvoir de gouvernement qui n’est donné qu’à l’Adam masculin.

C'est en tout cas une lecture non avertie des exigences critiques d'une éthique de l'égalité homme-femme. Cette interprétation a prévalu pendant des siècles au point d’oublier ou d’occulter l’Adam mâle et femelle de Gn 1.

Telle n’est pas l’interprétation que suggère la traduction d’ A.Wenin.

« Dans le récit, il n’est ni homme ni femme. Ou les deux à la fois. Mais pour le Seigneur Dieu, un tel isolement n’est pas bon. C’est la relation qui fait vivre. »

Très beau commentaire qui dit bien l’enjeu et le bienfait de cette différenciation voulue par Dieu et qu’il va opérer. La suite de son commentaire est encore plus novatrice :

« La torpeur fait perdre connaissance à l’humain. C’est la manière de dire que ce qui constitue un être dans sa singularité échappe forcément…Dieu prend un côté de l’humain puis ferme la chair à sa place. Cette opération signifie que seul un manque, une perte ouvre un être à l’altérité et qu’une relation authentique n’est possible que si le moi accepte d’être blessé, altéré. »

Dans une Bible traduite et commentée comme cela, nous pourrions avoir comme titre à partir du v.27 : « Le premier péché ». Il aurait pour premier auteur l’Adam masculin.

En effet ce qui est dit au v.23, à côté de son aspect positif, peut être questionné. Ce n’est pas une parole de dialogue, Adam ne dit pas : « Tu es os de mes os et chair de ma chair ». Il se parle à lui-même. La communication commence mal ! « Il en fait l’objet de son discours ». dit A.Wénin. Mais peut-être encore plus grave, il se donne comme l’origine de « issah » : « Car de ys a été prise celle –ci ». Il croit qu’elle vient de lui.

Cette déclaration se veut parole de savoir. Il croit savoir comment cela s’est passé et qu’elle vient de lui alors que le texte nous a bien dit que c’est Dieu qui est l’auteur de cette différenciation, que l’humain féminin comme l’humain masculin a été tiré comme lui de l’humain par séparation : lui, un côté, elle l’autre. Il croit savoir alors qu’il ignore tout puisque tout s’est passé dans un sommeil.

Quelle aurait dû être la parole juste ? Peut-être interroger Dieu sur ce qui vient de se passer, sur le mystère accompli, et s’adresser à cette autre maintenant devant lui ?

Au contraire, poursuit A.Wénin :

« On le voit ainsi reprendre connaissance en gommant ce qu’il ignore, à savoir l’action divine qui a fait de la femme un être singulier, différent de lui. On le voit aussi prendre sur elle un pouvoir que Dieu avait donné à l’humain sur les animaux, le pouvoir de nommer. »

Si cette remarque est juste, elle devient un bon exemple de la manière dont une lecture biblique est toujours voilée par des présupposés. On va pointer le péché de la femme en Gn 3/6 et ne pas remarquer cet autre peut-être encore plus grave et qui n’a pas même besoin d’un tentateur extérieur !

Premier péché donc mais qui est aussi celui de la femme. Celui-là aussi a été voilé et combien il est nécessaire qu’il soit dévoilé. Le péché, ici, au féminin, est le silence. Elle ne dit rien, se laisse dire. Se laisse prendre dans ce refus d’une vraie altérité, au profit du même. Elle se laisse nommer par un autre. Ce mutisme est autant refus de dialogue que le « parler à soi même » de l’humain masculin. Il dit un péché de soumission à l’injustice dont on est victime et donc une possible complicité avec son propre malheur. La femme ici le commet : par son silence elle accrédite la parole qui fait d’elle un objet dont on parle, au lieu d’être sujet parlant.

Le texte même à partir du verset 25 à l’air d’entériner cette situation. En effet pour parler de l’humain masculin, le texte va simplement dire l’humain (l’Adam ou le Glébeux, ou l’homme selon les traductions). Comme si le masculin était simplement l’humain à lui tout seul. Simplement et c’est bien là la faute. Au lieu d’accueillir l’altérité comme un don, le manque comme l’espace d’une vraie rencontre, l’Adam masculin va se vivre comme le sexe premier, parfait, exemplaire et le féminin comme dérivé de lui.

Ceci est au fondement de toute l’anthropologie classique discriminante qui va s’élaborer à partir d’une interprétation de l’Adam au masculin et qui sévit encore maintenant dans les esprits et les pratiques ecclésiales.

 

Les citations sont tirées de l’article suivant :

A.WENIN, « Une rencontre manquée », Croire aujourd’hui, n°159 du 1er septembre 2003

A.WENIN a développé davantage cette perspective dans :

D’Adam à Abraham, ou les errances de l’humain, Cerf février 2007

 

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 22:07
Contestation d'une exclusion: Marthe et Marie en Luc 10/38-42

Evangile de Luc au chapitre 10 verset 38 à 42

 

[38] Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison.

[39] Celle-ci avait une sœur appelée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.

[40] Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : "Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider."

[41] Mais le Seigneur lui répondit : "Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ;

[42] pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée."

 

Cet épisode de Marthe et Marie a été « lu » comme symbolique de la vie contemplative (Marie) et de la vie active (Marthe). C’était une lecture justificatrice de la supériorité de l’une sur l’autre. C’est un bon exemple d’interprétation qui se fourvoie faute de connaissance du contexte historique mais aussi d’aveuglement plus ou moins conscient qui favorise des intérêts de certains au détriment d’autres.

Comment se fait-il que dans la situation discriminatoire de la société où Jésus vivait, la parole scandaleuse de Jésus n’ait pas été perçue comme telle ? 

Le scandale, c’était qu’une femme, dans cette société patriarcale, ne pouvait pas prétendre à être disciple d’un maître, c'est-à-dire ne pouvait pas étudier, scruter les Ecritures, réfléchir sur la foi. Sa place traditionnelle était à la cuisine ! Marie transgresse ce positionnement. Elle veut être assise au pied d’un maitre et l’écouter, en position du disciple. Marie la prend et Jésus approuve son choix qui était une transgression du rôle dévolu aux femmes.

La meilleure part est donc, pour les femmes, et dans l’optique de Jésus, d’être disciple, une part à laquelle il les autorise, les appelle, auquel il leur reconnaît le droit d’aspirer. Il ne s’agit donc pas dans ce texte d’opposer la vie contemplative à la vie active mais c’est un texte fort pour dire que les femmes de la même manière que les hommes, peuvent être disciples.

Jésus prend position ainsi contre les discriminations dont étaient victimes les femmes sur ce point à son époque et de celles dont elles le sont encore aujourd'hui.

Contemplons donc cette scène en nous attachant à cette relation étonnante entre Jésus et Marie. Regardons-la désirant cette place de disciple que seul Jésus à l’audace de lui accorder. Regardons-la briser les limites qu’on lui impose.

Laissons-nous étonner par la transgression que Jésus opère, similaire à tant d’autres qu’il a accomplies pour faire éclater tout ce qui limite, tout ce qui enferme, tout ce qui exclut.

Laissons-nous transformer pour, à sa suite, faire éclater les exclusions qui sont encore imposées.

 

Article déjà paru sur le blog :

http://christine-amina-esther-andco.eklablog.com/evangile-transgression-approuvee-d-une-femme-a60948031

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 23:14
Judge and Prophetess Deborah - Adriene Cruz

Judge and Prophetess Deborah - Adriene Cruz

Dans l’Eglise catholique romaine, des textes de la Bible sont lus durant des célébrations liturgiques. Pour tous les jours de l’année et pour les messes des dimanches.

Depuis le Concile Vatican II, un nombre plus important de textes sont entrés dans la Liturgie.

Mais pas tous.

Les catholiques romains n’entendent jamais le chapitre 4 du Livre des Juges.

Cet « oubli » de l’un d’entre eux me semble significatif. Parce que c’est un texte de la Bible où l’on voit une femme, Débora, en position d’autorité civile et religieuse.

La Bible en parle non pas en tant que mère, non pas en tant qu’épouse.

Non, elle en parle en tant que personne ayant exercé un gouvernement efficace, reconnu par le siens.

Nous avons donc dans la Bible, un exemple de la réalité d'un gouvernement exercé par une femme, de sa capacité à le faire et de sa réussite. Cas unique retenu mais qui peut faire penser qu’il n’a pas été le seul.

Pourquoi est-il occulté dans la liturgie catholique-romaine ?

Parce qu’il donnerait à penser que des femmes pourraient très bien, dans l’Eglise, avoir des charges de gouvernement au plus haut niveau !

Article déjà paru sur le blog :

http://christine-amina-esther-andco.eklablog.com/un-texte-de-la-bible-occulte-et-obture-a60947207

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 16:15
Un livre à lire et à offrir: Jésus de J.A. Pagola

Jésus – Approche historique

de José Antonio Pagola

Collection Lire la Bible - N° 174

544 pages - nov. 2012

"Un nouveau livre sur Jésus ! Est-ce bien utile ? Quel personnage l’auteur va-t-il nous donner à voir : un sage ? un prophète ? un réformateur social ? un religieux ? un « sauveur » ? le « fils de Dieu » ? Les évangiles ne suffisent-ils pas à notre information et faut-il toujours de nouveaux livres ? Déjà les évangiles sont quatre, signe que oui, il est utile et sera toujours légitime d’écrire sur Jésus. Mais il y faut beaucoup de science et d’humilité. Ces deux qualités, l’auteur les possède et les met en œuvre ici en y joignant un rare sens pédagogique. Croyant, son but n’est cependant pas apologétique : il ne cherche à convertir personne. J. A. Pagola veut mettre à la portée de n’importe quel lecteur ce que la recherche contemporaine peut dire avec certitude sur Jésus, de sa naissance à sa mort. Il en fait un exposé clair, qui fait la part entre ce que l’on peut savoir et ce qui est à jamais hors du champ de la connaissance. Le style très sûr de l’auteur, non dépourvu de lyrisme et de manifeste empathie, et son ton chaleureux, loin de nuire au sérieux de l’austère « approche historique », servent à merveille son propos. Chacun lira sans difficulté ce texte fluide qui fait oublier l’énorme quantité d’informations qui en est la matière et la technicité qu’il a fallu déployer pour l’exploiter. Le souhait de J. A. Pagola : que son lecteur, muni maintenant des outils adéquats, poursuive une recherche personnelle et soit à même de faire ses choix de vie en toute connaissance de cause."

(Présentation du livre par les Editions du Cerf)

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 20:50
Le savoir faire d’une femme à la COP 21

Le savoir faire d’une femme à la COP 21
Voici ce qu’écrit Emmanuelle Réju dans la Journal la Croix du 14 décembre 2015
« Laurence Tubiana, nommée en mai 2014 ambassadrice pour les négociations climatiques. Universitaire, connues de tous les délégués, Laurence Tubiana a participé à un titre ou à un autre à tous les sommets sur le climat depuis plus de vingt ans. Elle détient une connaissance parfaite des arcanes de la négociation onusienne, mais aussi pour y avoir travaillé, de pays clés dans la négociation que sont la Chine, l’Inde ou les Etats-Unis. »

Cette lecture a ravivé en moi une tristesse doublée d’une colère :
Quel gachis, quelle perte de vitalité, quel manque pour l’Evangile que l’Eglise catholique romaine s’obstine dans son refus de femmes prêtres !
Il y a des femmes de la carrure de Laurence Tubiana qui feraient des diacres, des prêtres, des évêques super !
Quelle perte de crédibilité d’une Eglise dont les hautes instances de décisions sont des monopoles masculins !
Quels empêchements aussi à lutter franchement contre les discriminations dont les femmes sont encore victimes dans le monde…car on peut lui répliquer que l’Eglise devrait d'abord « balayer  devant sa porte » !

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 14:34
Lytta Basset: Cessons de culpabiliser, devenons responsables.

Cessons de culpabiliser, devenons responsables.

Un article sur le livre de Lytta Basset : Oser la bienveillance qu’on pout trouver sur le site Le Temps

http://www.letemps.ch/culture/2014/04/25/2014-faut-cesser-battre-coulpe-devenir-responsable

On le croyait relégué au rayon des vieilleries, mais non, il hante encore nos sociétés: le péché originel nous a légué une vision pessimiste de l’humanité. La théologienne suisse et essayiste à succès Lytta Basset plaide pour une réhabilitation de l’homme

Le mal, Lytta Basset en sait quelque chose. La théologienne, qui a été pasteure à Genève pendant près de 20 ans, l’a vécu dans sa chair, et y a consacré plusieurs livres. Que faire face au mal subi dans l’enfance? Comment vivre après la disparition de l’être le plus cher au monde? Hier encore, l’Eglise – tant catholique que protestante – enseignait que tout, en gros, était de notre faute. La nature humaine portait le péché d’Adam ad aeternam. Cette idée, qui perdure aujourd’hui sous une forme laïque – l’homme est «mauvais», croit-on savoir –, Lytta Basset la récuse avec force. Et la doyenne de la Faculté de théologie de Neuchâtel est convaincue que l’Evangile même, dans son message libérateur, prouve le contraire. Au mensonge du «péché originel» générateur d’angoisse et d’enfermement sur soi, Lytta Basset oppose la bienveillance, d’essence relationnelle, qui traverse les humains comme un souffle agréable. Rencontre avec une théologienne et philosophe superstar qui parle sans détour et touche les cœurs, même incroyants.

 

Samedi Culturel:

Vous écrivez que vous avez été longtemps hantée par l’idée du péché, de la culpabilité, pour finalement découvrir que vous vous accabliez en vain. Comment vous êtes-vous débarrassée de ce fardeau?

 

Lytta Basset:

Cela fait 25 ans que je fais de l’accompagnement spirituel. J’ai pu constater que les gens s’accablent, se noient dans leur culpabilité sans se douter des traumatismes qui sont à l’origine de leur souffrance. Mais l’élément déclencheur a été la prise de conscience de mes propres blessures. Cette affaire de péché originel, que je croyais lointaine, me concernait de près en réalité. Avec ce livre j’ai voulu montrer l’influence néfaste de cette idée, et comment s’en libérer.

 

Samedi Culturel:

Pourtant, de nos jours, peu de monde croit au péché originel!

 

Lytta Basset:

C’est bien là le piège. Ce sont des vieilles histoires, c’est vrai, mais nous sommes concernés par leurs séquelles. Notre civilisation est, aujourd’hui encore, plongée dans une conception extrêmement négative et dénigrante de l’être humain. Tous les jours, dans la presse, au café, dans certaines églises et dans la littérature en sciences humaines, on entend dire que l’être humain est cruel, destructeur, violent, égoïste… Comme si l’affaire était entendue! Pour moi il y a un inconscient collectif à l’œuvre, un legs de quinze siècles de culpabilisation de l’Eglise qui trotte encore dans nos esprits. Cette culture de la faute, qui fait désormais partie de notre culture occidentale, a généré un incroyable défaitisme, un désespoir latent.

 

Samedi Culturel:

Comment expliquer que l’Eglise se soit pareillement fourvoyée?

 

Lytta Basset:

Dire que tout le mal venait des hommes eux-mêmes était une façon toute trouvée d’expliquer le malheur pendant des siècles où prévalaient les guerres, les famines, les maladies… C’était aussi un puissant instrument de pouvoir dans les mains de l’Eglise et de l’Etat: le peuple ne risquait pas de se rebeller puisqu’il était menacé d’aller griller en enfer…

 

Samedi Culturel:

A quoi sert Jésus s’il n’y a pas de péché?

 

Lytta Basset:

On confond souvent le péché originel et le péché biblique. Le premier est une grossière erreur qui a plongé l’Occident dans le désespoir. Le second existe bel et bien dans la Bible: il ne signifie pas la «faute» mais la «non-relation à l’autre.» Le péché, c’est se couper de la divinité ou des autres hommes, et se replier sur soi. Il n’est pas question de moralisation. On sait de nos jours que la Genèse est un récit mythologique à portée symbolique. Il ne raconte pas un événement passé mais une situation quotidienne. Le jardin d’Eden peut ainsi être vu comme le «paradis» utérin que nous avons tous connu et quitté pour le monde des vivants, avec ses ronces et ses épines.

 

Samedi Culturel:

Pas de faute, donc? Et Caïn alors, il n’est même pas coupable?

 

Lytta Basset:

C’est vrai, Caïn est responsable d’avoir tué son frère Abel. C’est à force de se replier sur lui, de couper tout contact avec sa famille et avec le Tout-Autre qu’il en est venu à commettre ce crime. Or si vous lisez bien ce passage, Dieu ne lui demande pas tant de battre la coulpe que d’assumer ses actes. C’est un message qui vaut pour notre temps: cessons de culpabiliser et devenons responsables!

 

Samedi Culturel:

Qu’est-ce que c’est, la responsabilité, pour vous?

 

Lytta Basset:

C’est le moment où j’arrête de penser que notre nature est mauvaise ou corrompue, que j’essaie de la prendre telle qu’elle est. C’est accepter de donner sa réponse, de dire «je» et d’assumer ses actes. De là nous commencerons à améliorer notre vivre-ensemble. Sinon chacun se noie dans sa propre marmite.

 

Samedi Culturel:

Il faut donc renoncer à connaître la nature de l’homme?

 

Lytta Basset:

La nature de l’homme restera un mystère insondable. En revanche si on abandonne cette question, on s’ouvre à la relation. Je ne cherche pas à savoir quelle est votre nature, je vais chercher à entrer en relation avec vous. Et c’est à l’intérieur de cette relation que le meilleur de vous et de moi peut surgir.

 

Samedi Culturel:

Dans le Nouveau Testament, un personnage en particulier illustre ce que la relation peut apporter…

 

Lytta Basset:

En effet, Zachée, dans l’Evangile de Luc, est ce collecteur d’impôts détesté par tout le monde et qui est touché, renversé par la bienveillance de Jésus. Quand ce dernier l’aperçoit sur son arbre, il ne lui dit pas: «Zachée, tu devrais tout de même cesser de t’enrichir sur le dos des autres», mais simplement: «Il me faut demeurer dans ta maison aujourd’hui.» Jésus a tellement soif de relation que c’est lui qui désire entrer en contact. Zachée perçoit cette bienveillance immense et change de vie instantanément.

 

Samedi Culturel:

Tout le monde peut-il bénéficier de la bienveillance?

 

Lytta Basset:

Bien sûr, même le pire des criminels, et d’autant plus de nos jours où l’on ne cesse d’entendre qu’une personne est un «monstre», qu’elle ne «mérite pas de vivre»… Jadis on enseignait que certains sont «damnés» et iraient en enfer. Aujourd’hui on a l’équivalent laïc avec les pédophiles. Je note aussi qu’un certain discours psychanalytique se prête à la stigmatisation de manière effarante.

 

Samedi Culturel:

La bienveillance peut-elle faire office de morale laïque?

 

Lytta Basset:

Absolument. Simplement elle est traversée par un souffle que certains appelleront divin. On ne la possède pas, elle nous traverse, elle circule entre les humains. Nous ne l’accueillons d’ailleurs pas toujours avec plaisir. Quand cela m’arrive, j’essaie de ne pas la bloquer, mais je la laisse me traverser.

 

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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 11:44
Brève: des communautés d'Evangile

« Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur.
Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ; ils ne diront plus de mensonge ; dans leur bouche, plus de langage trompeur. Mais ils pourront paître et se reposer, nul ne viendra les effrayer. »

Bible: livre du prophète Sophonie chapitre 3 verset 12 et 13


Ce texte est au futur et c’est le futur de nos Eglises. Grâce à la sécularisation ( !) elles vont redevenir ce qu’elles étaient au début du christianisme : des petites communautés de partage, de soutien, de prière. Des petites communautés sans « pompe ni faste », avec pour unique force l’Evangile et la charité, avec pour unique témoignage la vie de leur membres.
On tournera définitivement la page de l’erreur du 4ème siècle quand le christianisme est devenue religion d’état ce qui a produit la catastrophe de devenir une religion imposée de force alors qu’elle ne peut être qu’une foi de conviction.
Là où nous sommes, commençons à les bâtir, comme Joseph Moingt, jésuite, nous y appelle.

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 19:25
Un cadeau pour Noël

Les moniales de l’abbaye de Chambarand se lancent dans le numérique !

 Parmi notre collection de 35 livrets
« Le Rosaire, méditer les mystères du Christ »,
nous mettons en ligne nos 4 premiers titres
(Thérèse de Lisieux, Le pape François, Les malades, et Jean-Paul II).
Ils sont disponibles en formats pdf, epub et mobi, au prix de 4,20 €.


 

Téléchargement et paiement à partir de notre site :

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter

Utilisez maintenant les différents supports de lecture
pour découvrir la richesse de nos livrets.
Chez vous ou en mobilité, les courtes citations
pour entrer dans la méditation et la prière,
à travers l’expérience d’un auteur spirituel,
peuvent rejoindre votre attente ou celle de vos proches.

Un petit cadeau original pour Noël !

Bien cordialement.

Les sœurs de Chambarand

 :

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 16:42
He Qi

He Qi

S'étonner...Le mot est trop faible. Y-a-t-il un mot pour dire l’inouï ?

Quoi ! Dieu qui se fait enfant !

Sortir du trop connu pour retrouver l’étonnement.

Pourquoi ce choix de Dieu, cette décision de la faiblesse, de la petitesse, de la vulnérabilité ?

Poser cette question à Dieu dans la prière.

Et pour cela regarder longuement l’enfant de nos crèches :

la Parole créatrice, le Verbe du Père devenu un enfant qui crie, qui a faim, qui a besoin de tendresse…

Une des réponses possible :

Il est devenu un enfant pour que nous cessions d’avoir peur de lui.

Noël est une subversion de Dieu qui nous dit qu’il n’est pas l’idole toute puissante que nous imaginons.

Il est Vrai Dieu, celui qui veut simplement nouer amitié avec nous.

Et pour cela il prend les chemins de la rencontre qui est faite de partage et d’humilité.

Dieu a pris nos chemins. Saurons-nous prendre les siens ?

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 16:11

Ai-je été distraite lorsque j’ai entendu que ce geste trouverait sa justification dans « le sermon sur la montagne » ? Dans ce que j’appelle le merveilleux texte des

Béatitudes !

Faire l’aumône !

Dans ce geste, il y a un problème : la main de la personne qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit !

Faire l’aumône ! Mais il faut beaucoup d’amour envers la personne que l’on veut aider pour qu’elle puisse accepter ce don sans être humiliée.

N’oublions pas ce que certaines personnes appellent « le contre-don »: savoir demander de l’aide. Et alors pourrions-nous parler de Partage, ou d’Entraide Mutuelle.

 

Béatitudes

Je ne peux pas attribuer ce geste aux Béatitudes car, dans ce texte, Jésus nous parle de plusieurs « inclinaisons » d’un cœur aimant. Jésus se place dans « l’Être » et non dans « le Faire », dans « l’Agir ».

Il dit comment nous devons être !

Il ne dit pas ce que nous devons faire.

Bienheureuses les personnes qui aiment, elles ont une âme de pauvre, ont faim et soif de Justice, … elles sont artisans de paix.

Mais peut-on être artisan de paix si on n’est pas en paix soi-même ? Donc :

Bienheureuses les personnes artisan de Paix car elles sont, elles-mêmes, en Paix et donc remplies de Bienveillance, de Miséricorde, de Patience…

Bienheureuses les personnes ayant une âme de pauvre, qui respectent les autres, qui vivent dans l’esprit de pauvreté, qui ne sont pas attachées à leur richesse, qui savent aussi et surtout avoir besoin des autres, tendre la main.

Savoir demander un service comme Jésus a osé se montrer fatigué devant la Samaritaine et qui, alors, lui a demandé à boire.

J’ai déjà dit ma joie lorsque j’ai osé demander un service à telle ou telle personne. Il en a résulté des moments merveilleux qui restent marqués dans ma mémoire, dans mon cœur.

Aujourd’hui, je vis l’un de ces moments ! Une amie avec qui je ne parle plus depuis un bon moment. Nous sommes bien fâchées, au point de ne plus nous saluer !!! Elle arrive hier, me dit bonjour et me dit : « Alice, il semble que tu ais mis ton pull à l’envers ! » Je regarde, je vais me réfugier et je reviens aussitôt en disant : « Voilà, je l’ai remis à l’endroit ». En ce matin, mon amie commence à me parler… Je pense : « bienheureuse distraction, Alice, qui a donné l’occasion à cette amie de pouvoir renouer le dialogue ! »

Joie ! Paix !

Alice Damay-Gouin

 

 

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