Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 12:23

Je crois en Toi, Esprit-Saint, Esprit d'Amour, Souffle de vie prophétique !

 

La Pentecôte :

  --Tous et toutes, ensemble, réuni(e)s en un même lieu. Par peur !

  --Véritable tornade, l'Esprit transporte les apôtres sur la place publique

  --Les apôtres, les disciples, hommes et femmes, ont l'audace de parler,

un langage d'Amour que chacun-e comprend en sa propre langue.

 

Ma Pentecôte :

   --Enfermée dans mon cénacle, silence garanti.

  --Un soir, dans mon simple geste d'oser donner un de mes premiers textes à un couple ami. Brusquement, comme les murailles de Jéricho au son des trompettes.

Les hautes murailles patiemment construites au fil des années, par mon silence tel qu'il m'est si souvent vanté au sein de mon Eglise, ces murailles qui m'emmuraient se sont écroulées.

  -- Tu me donnes des ailes. Tu me transportes au cœur du monde. Je me sens heureuse, légère, libérée, libre. Tu me donnes d'accepter, enfin, d'être femme. Tu me rends ma dignité humaine de Femme.  Tu me donnes confiance en moi. Tu me donnes l'audace de parler... et depuis, rien ne semble m'arrêter ! Mêmes pas les rebuffades !

Instant merveilleux qui me vivifie encore aujourd'hui !

 

Je crois en Toi, Esprit-Saint, Esprit d'Amour, Souffle de vie prophétique !

Tu me décentres, me pousses vers l'autre, vers les autres. Tu me donnes la joie de la rencontre. Tu m'invites à  vivre avec les autres, à partager, à m'habiller comme toutes les personnes qui m'entourent, à travailler, à manger, à dormir, à aimer, à vivre l'Esprit des Béatitudes,

Être pauvre avec les pauvres, les affligé-es, avoir faim et soif de justice, de  dignité, de liberté, de vérité, dans la Confiance, la Paix, l'Amour.

Tu m'invites à être levain dans la pâte, à m'engager avec d'autres sur le chemin de l'Amour, en œuvrant ensemble contre la misère, la famine, l'injustice, l'indignité, l'enfermement, la solitude,

pour le respect de la dignité humaine de chaque personne en luttant contre la servilité, la soumission-domination, l'asservissement, l'esclavage, le lavage de cerveaux (comme dernièrement celui fait à grand renfort d'un tapage médiatique au sujet du droit au mariage pour tous, lavage qui révèle aussi combien mon Eglise a eu, durant des siècles, l'emprise sur les consciences!!!) et même lutter contre le fait de demander de prononcer des vœux à une personne voulant se mettre au service du Dieu-Amour ! Jésus n'a posé qu'une seule question : « M'aimes-tu ? »

Tu me donnes aussi la force et l'énergie de m'engager avec d'autres pour lutter contre les injustices, toutes les formes de discrimination : hiérarchie, sexisme, homophobie, racisme, apartheid, xénophobie, exclusions, excommunications, interdits de parole...et même interdits de Vérité dans certains scandales que l'on veut couvrir d'un silence nocif.

 

Je crois en Toi, Esprit-Saint, Esprit d'Amour, Souffle de Vie prophétique.

Tu me donnes CONFIANCE en moi, en toute personne humaine et au creux de cette confiance, je découvre la Paix, la joie de Vivre, ICI et Maintenant.  

Alice Damay-Gouin               

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invité-es
commenter cet article
8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 22:13

Voici un travail de théologie pratique que j’ai rédigé pendant mon cursus de maitrise. J’avais pour objectif d’interroger la manière dont je transmets cette forme de prière, les raisons de son adaptation et les enjeux spirituels et humains de cette forme de prière.

 

Introduction :

Parmi les pratiques, celles qui sont les nôtres, ont l’avantage d’être bien connues.

C’est pourquoi, j’ai choisi d’interroger une de mes pratiques : l’enseignement d’une manière de prier, qu’on appelle l’Examen, tel que les Exercices d’Ignace de Loyola nous l’ont transmise. J’ai l’occasion de l’enseigner dans le cadre de mon ministère de prédication ou d’accompagnement de retraites spirituelles. Pratique donc bien connue par moi dont le risque, cependant, est d’y être trop impliquée pour prendre assez de distance et permettre une vraie interrogation.

Cette interrogation, je l’ai quand même tentée dans deux directions. La première : quels sont les enjeux humains et chrétiens d’une telle manière de prier ? La seconde : puisque la manière dont je la présente est différente du texte littéral écrit par Ignace, quelles sont les raisons de cette liberté prise par rapport au texte ignatien ? Ce double questionnement m’a paru intéressant pour réfléchir à ma pratique et, si nécessaire, la modifier.

Puisqu’il s’agit d’une pratique d’enseignement, je donnerai d’abord le texte lui-même de mon enseignement, ensuite, j’essaierai de dégager les enjeux humains et chrétiens de cette manière de prier et après je la questionnerai. Dans la deuxième partie de l’exposé, il y aura d’abord le texte  d’Ignace de Loyola tel qu’il l’a écrit dans ses Exercices et ensuite le questionnement sur les raisons de la liberté que je prends en le présentant différemment. Dans la troisième partie, j’essaierai de tirer les enseignements de ce travail du point de vue de ma pratique et du point de vue méthodologique.

 

I : Une manière parmi d’autres de présenter cette forme de prière.

A/ le texte de l’enseignement :

J’ai gardé à mon texte, son côté oral. Le voici :

« La première partie de cette prière, la plus importante, c’est le merci :

1-Un merci inconditionnel d’abord ;

Le psaume 139 nous fait dire: « Merveille que je suis ». Oui merci pour la merveille que je suis aux  yeux de Dieu, et si je ne le suis pas à mes propres yeux, faire cette demande de grâce : « Donne-moi d’échanger mon regard contre le tien »

2-Mais aussi merci pour tout ce dont j’ai été bénéficiaire aujourd’hui, ce que j’ai reçu des autres aujourd’hui. C’est fou ce qu’on peut trouver si on commence : merci pour celles qui ont fait la cuisine ce midi, merci pour les ouvriers qui ont construit cette maison, ceux qui l’ont améliorée, merci pour ceux qui me permettent d’avoir une Bible entre les mains, les ouvriers du livre mais aussi les chrétiens de toutes les générations qui m’ont transmis la foi, merci pour le conducteur du train qui me permet de me rendre tous les jours à mon travail etc…

Quand on commence, le merci est un petit filet d’eau, il peut devenir un grand fleuve.

L’avantage de ce merci, c’est de quitter une mentalité du « tout est dû » pour parvenir au « tout est don ».

3-Le merci porte aussi sur les bonnes choses que j’ai faites, ce que j’ai réalisé, ce qui construit le Royaume. Dieu a mis en nous une capacité de bonté, de vérité, de beauté, de justice.

C’est important de reconnaître cela : oui, en écoutant telle personne, le Royaume a grandi, oui, en accomplissant mon travail le Royaume a grandi. Et je dis merci à Dieu car la source de tout amour est en Dieu, c’est de Lui que nous recevons  cette capacité d’aimer.

 

La seconde partie est une prière de discernement :

A la fin d’une journée, on peut se rendre attentif à ce qui  habite notre cœur :

- Repérer ce qui a été source de vie, de paix, de foi, de charité, parce qu’il y a des chances que Dieu nous indique par là un chemin à prendre, un chemin à continuer, un appel à répondre, une attitude à garder précieusement.

- Repérer aussi ce qui a été source de tristesse, de découragement, d’amertume. Se demander pourquoi ce ressenti en moi ? Un peu comme les disciples d’Emmaüs qui confient  leur amertume à l’inconnu du chemin. Cela peut être l’occasion d’un appel au secours, d’une demande de guérison ou de pardon que je donne à celui qui m’a offensé,  un pardon que je demande à Dieu car je découvre que cette tristesse peut m’indiquer que ma relation d’amitié avec Lui est blessée.

 

La troisième partie, c’est l’offrande de demain :

Je peux, avec mon agenda ou ma seule mémoire,  confier à Dieu la journée de demain, en demandant son aide sur ce qui me fait souci, en me réjouissant à l’avance avec Lui de ce qui sera certainement heureux

Cette prière a pour effet d’inviter Dieu à être le compagnon de ma vie, à ne pas Le laisser sur le palier de ma vie, mais de L’inviter à y entrer pour qu’Il l’éclaire de Sa Lumière.

Cette prière a pour effet de me faire devenir un peu plus contemplatif de Dieu dans ce qui fait le plus concret de ma vie.

 

B/ Enjeux humains et spirituels de cette manière de présenter l’Examen :

1-L’enjeu du merci inconditionnel

Dire merci est un mot, une action connue de tous et pratiquée par tous. Le premier avantage de cette prière est donc d’enraciner une expérience de foi dans une expérience humaine courante.

Nous disons merci quand nous recevons quelque chose de bon et nous le disons à quelqu’un. Dire merci à Dieu pour ce que je suis, c’est reconnaître la bonté de mon être et mon origine en Lui. Le 2ème avantage est donc d’entrer dans un travail de reconnaissance positive de soi - ce que je suis est bon- et -je suis le sujet d’un don qui vient  de Dieu. Le fait de désigner l’auteur divin du don renforce la reconnaissance positive de soi. Ma pratique d’accompagnatrice spirituelle me montre que pour tous, ce travail d’accueil est important.

Dire merci à Dieu, c’est entrer dans une relation où je consens à venir d’un autre. Cette attitude se joue déjà dans la relation parentale : la vie m’a été donnée, je n’en suis pas la source. La vie spirituelle c’est entrer de plus en plus dans cette relation à Celui qui me précède, de qui je reçois la vie et la relation à Lui comme un cadeau : se vivre en fille ou fils de Dieu.

Dire merci à Dieu, c’est faire l’expérience d’un Dieu bon. Il y a là également un enjeu théologique. L’auteur du don est bon, ce qui est donné est bon et le bénéficiaire est bon. Nous sommes ici dans le lieu biblique de Gn 1 : « Et Dieu vit que cela était bon…que cela était très bon »

Faire l’expérience renouvelée de ce merci peut faire vivre à long terme une transformation de manière de voir et d’agir : Cela peut délivrer de se prouver à soi et aux autres qu’on existe, de manière inquiète et jamais satisfait, délivré de l’inquiétude et de la mauvaise dépendance de l’estime des autres, d’un faire pour exister et paraître. Il n’y a plus à prouver sa valeur puisqu’on la tient d’un Autre. C’est donné, ce n’est ni à revendiquer ni à prendre. L’incidence peut être grande dans la manière de mener sa vie selon l’Esprit, c’est à dire en liberté.

 

2-Les enjeux du merci pour ce dont j’ai été bénéficiaire et ce dont j’ai été l’acteur

La personne ici fait mémoire de sa journée en y repérant ce qu’elle a reçu des autres et ce qu’elle a donné aux autres. En faisant cela, elle est invitée à contempler Dieu à l’œuvre dans ce monde, dans sa vie. Il y a ici un enjeu important de théologie : l’image présentée ainsi est celle d’un Dieu proche, à nos côtés et de notre côté. Il n’est pas le Dieu lointain qui se désintéresse de la vie de ce monde. C’est donc entrer dans l’expérience biblique fondamentale : relecture que le peuple juif a faite de son histoire pour y découvrir le Dieu sauveur et créateur. Dans la foulée, la personne découvre que sa propre histoire est elle aussi « histoire sainte ».

Dire merci permet de guérir d’une cécité qui ne voit pas tout ce qui est donné par la vie et par les autres. Dire merci, c’est signifier que cela n’est pas un dû mais un don. Dire merci fait entrer dans une attitude de gratitude.

Dire des mercis également à ce qu’on a fait peut paraître curieux.  Et pourtant c’est du même ordre que le précédent merci et permet de comprendre que ce merci s’adresse à Dieu. En effet cette présence et cette action de Dieu sont  médiatisées par ma vie et celle des autres. Dieu agit par la capacité de bonté, de vérité, de beauté, de justice qu’il a mise en nous.

 

3-Les enjeux de la prière de discernement

La journée vient d’être vécue et on peut en rester là sans en tirer profit. C’est un fait brut. Si j’accepte de la regarder, d’en faire mémoire, je vais y chercher du sens. Le sens proposé ici est la présence de Dieu, Son Action, Son Appel : contempler Dieu au cœur de notre vie.

La médiation qui va permettre de Le reconnaître est intérieure à nous-mêmes : la répercussion affective en nous de ce qui s’est passé. L’image biblique qui peut nous aider à comprendre l’enjeu de ce moment est sûrement celle des pèlerins d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant pendant qu’Il nous parlait en chemin ».(Lc 24/32.) Les deux disciples reconnaissent après coup la présence de Dieu dans leur vie à la répercussion de joie produite.

Il s’agit donc de repérer ce qui a été source de joie, de paix, de plus de foi, d’espérance, de charité, ce qui a produit en nous force et courage. Ces indices sont le signe d’un accord avec ce que Dieu est, avec Sa volonté, signe de Sa présence, de Son compagnonnage avec nous. Il nous confirme que telle décision, telle action, tel événement vont dans le sens du Royaume.

Ignace l’exprime de la manière suivante dans ses règles de discernement : « Le propre du bon esprit est de donner courage et force, consolations, larmes, inspiration et quiétude, en rendant les choses faciles et en écartant tous les obstacles, pour qu’on aille plus avant dans la pratique du bien. » Ou encore : « En définitive, j’appelle consolation, tout accroissement d’espérance, de foi, et de charité et toute allégresse intérieure qui appelle et attire aux choses célestes et au salut de l’âme, en l’apaisant et la pacifiant en son Créateur et Seigneur »

Les répercussions affectives inverses, tristesse, découragement, amertume etc… sont des appels à s’interroger. Ne seraient-elles pas signe de fausse route, de décision à revoir, d’attitude à remette en cause, de situations à combattre ?

« le propre du mauvais esprit est de mordre, d’attrister, de mettre des obstacles en inquiétant par de mauvaises raisons pour qu’on n’aille pas plus loin ». Ou encore : « J’appelle désolation…obscurité de l’âme, trouble intérieur, motions vers les choses basses et terrestres, absence de paix venant de diverses agitations et tentations, qui poussent à un manque de confiance ; sans espérance, sans amour, l’âme se trouvant toute paresseuse, tiède, et comme séparée de son Créateur et Seigneur ».

La reconnaissance d’un accord avec Dieu se fait donc par une médiation de répercussion affective. Affective au sens de ce qui m’affecte profondément. Revoir sa journée pour y discerner la présence de Dieu, Son œuvre et comment j’y ai collaboré, permet peu à peu de devenir « contemplatif dans la vie ». On y fait l’expérience que le lieu de Dieu est le lieu de nos vies. Et que les critères de discernement de Sa présence sont à chercher au plus intime de nous-mêmes.

 

4-Les enjeux de l’offrande de demain

Pour cette 3ème partie de l’Examen, les enjeux sont les mêmes, sauf que le regard est orienté vers l’avenir. Cette offrande ( ?) est acte de foi en l’alliance inconditionnelle de Dieu pour nous : « Je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28/20) et expression du désir de réponse positive à cette offre de Dieu. Mais il s’agit bien toujours de reconnaître à l’avance ma vie comme l’espace d’une rencontre avec Dieu qui Se donne, notre histoire comme espace de révélation petit problème ici… il manque qque chose.

 

C/Un questionnement sur cette manière de présenter l’Examen :

La dérive possible d’appel à la gratitude.

Une très bonne analyse de dérive possible se trouve dans un livre de Geneviève Comeau. La dérive, ce serait d’être dans une logique du donnant-donnant, ce qui enlève le caractère gratuit du don et fait entrer dans une logique de la dette qui peut enfermer le bénéficiaire.

S’inspirant de Maurice Bellet, elle écrit : « Dieu qui n’est qu’amour ne nous condamne pas, mais nous condamne à l’aimer. Le don de Dieu est alors perverti et les chrétiens sont pris dans les marécages d’une religion affective ».

Pour éviter cette dérive, il convient de tenir ensemble la tension de la proximité et de la distance pour qu’il puisse y avoir un accueil libre du don et une vraie gratitude.

Cela suppose de présenter ce merci comme un acte de liberté et non comme une obligation de réponse. La gratitude comme l’amour qui la motive ne se commande pas.

L’attitude du Christ dans les Evangiles peut nous aider à éviter le piège de la contrainte. Dans plusieurs passages nous l’entendons faire appel à une libre décision de ses interlocuteurs. « Que veux-tu que Je fasse pour toi » à l’aveugle en Mc 9/51. « Veux-tu guérir » au paralytique de la Belle Porte en Jn 5/6. Nous Le voyons Se retirer après la multiplication des pains en Jn 6/15. Il le fait pour éviter le piège d’un messianisme politique mais on peut aussi le comprendre  par une volonté de discrétion de celui qui s’efface et ne s’impose pas par un don qui peut étouffer le bénéficiaire.

Il est donc important, quand on parle de la gratitude envers Dieu de bien maintenir que Son don est gratuit et que notre réponse ne conditionne pas le don de Dieu. C’est Sa liberté de donner et de Se donner. C’est la nôtre d’y répondre ou pas.

 

II : Mise en parallèle du texte d’Ignace et de son adaptation

A/ le texte tel qu’il est écrit dans le livret des Exercices

Le premier point est de rendre grâce à Dieu notre Seigneur pour les bienfaits reçus.

Le deuxième point : demander la grâce de connaître ses péchés et de les rejeter.

Le troisième point : demander à mon âme qu’elle me rende compte, depuis l'heure du lever jusqu'au présent examen, heure par heure ou période par période,  d'abord des pensées, puis des paroles, puis des actions, selon le même ordre qui a été indiqué dans l'examen particulier.

Le quatrième point : demander pardon de ses fautes à Dieu notre Seigneur.

Le cinquième point : former le propos de s'amender avec sa grâce. Pater noster.

           

B/ Questionnement sur la liberté prise en le présentant autrement.

            1-Mise en parallèle : équivalence et différence

La méthode présentée est en trois points et elle ne fait intervenir la reconnaissance du péché que de manière allusive. Le texte d’Ignace propose 5 points qui, sauf le premier, ont tous trait à la recherche du péché, de la contrition et de l’amendement.

Les deux manières ont en commun le premier point.

Pourquoi cette adaptation ? Dans les Exercices, l’Examen est proposé durant la première semaine dont le fruit spirituel recherché est : la purification de ce qui peut nous empêcher de faire un choix ajusté, la conversion, l’action de grâce pour la miséricorde de Dieu, se vivre comme pécheur pardonné et sauvé.

Il ne peut être donné dans sa rigueur qu’à des personnes psychologiquement solides et dont la relation à Dieu se vit dans une grande confiance. Souvent ce n’est pas le cas. Et donc, dans ce cas et dans le cadre d’une retraite, je préfère insister sur le merci dans le but de fortifier la confiance et proposer la prière de discernement pour ouvrir à une compréhension du péché par le biais d’une découverte intérieure : l’amitié avec Dieu est source, chemin de vie en nous, notre refus de Dieu a des conséquences dont nous sommes les premiers à souffrir.

            2-l’adaptation : une liberté donnée par Ignace lui-même

Contrairement à certaines pratiques qui font de lui un texte rigide, le livre des Exercices est pour Ignace un outil dont il faut se servir en tenant compte du retraitant. « C’est en fonction des capacités de ceux qui veulent recevoir des Exercices spirituels, c’est à dire en fonction de leur âge, de leur culture ou de leurs dons, qu’il faut adapter ces Exercices. »

                       

 

III : Quelques profits à tirer de cette étude

A/ Le profit pour la transmission de cette manière de prier

Le profit est double. D’abord, cela m’a confirmée dans l’importance de cette forme de prière et dans son enjeu spirituel et théologique. Ensuite le questionnement sur la gratitude va me permettre d’être davantage attentive à la présenter comme une offre dans la liberté.

B/ Le profit pour la méthodologie en théologie pratique

Par manque de temps j’ai choisi ce que je connaissais bien, m’évitant le travail d’apprendre à « connaître » .Mais  j’ai pu me rendre compte de l’importance de bien connaître la pratique qu’on veut travailler.

La pratiquant moi-même, il m’était facile d’avoir un a priori positif sur cette pratique. Cependant, cet a priori doit nous habiter en toute circonstance et chercher auprès de ceux qui la pratiquent les raisons qui les font agir ainsi.

Nous avons étudié dans notre séminaire la méthode de corrélation. J’ai retenu les trois moments suivants : vécu- expérience- référence. En étudiant la pratique de l’Examen j’ai découvert que cette prière était un merveilleux moyen pour entrer dans l’esprit de cette théologie pratique. Le fait brut du vécu d’une journée devient expérience de Dieu par le sens qui y est donné et qui devient lieu de parole.

Nous disions qu’en théologie pratique, il ne faut pas en rester au registre du connaître mais parvenir au niveau de l’interprétation théologique pour à la fois justifier mais aussi questionner et remettre en cause si nécessaire. J’ai tenté de le faire en montrant quelle image de Dieu sous-tendait cette forme de prière et j’ai tenté de la questionner par le piège possible d’une mauvaise gratitude

 

Conclusion.

Une pratique de prière, fut-elle chrétienne, a besoin d’être interrogée. Est-elle vraiment évangélique ? A quelle condition ? Quelle image de Dieu induit-elle ? Quel rapport au monde favorise-elle ? Ces questions sont à poser pour toute pratique de prière et toute expérience spirituelle qui accepte d’être relue.

 

Bibliographie

-Dictionnaire de spiritualité tome 30 à 32, articles : Examen de conscience, Paris : Beauchesne 1961 pp 1789-1838 .

-Dictionnaire de la vie spirituelle dir : DE FIORES Stefano, article : Exercices Spirituels, Paris : Cerf 1984 pp 358-366.

-Revue Christus n°170 HS de mai 1996 : Pratiques ignatiennes. Donner et recevoir les Exercices spirituels , article : l’examen, prière d’alliance de Pierre GOUET , Assas Editions..

-Congrégation pour la doctrine de la foi: quelques aspects de la méditation chrétienne, Joseph Ratzinger dans la DC n)1997 de janvier 1999 tome 87.

 

 

 

 

Ignace de Loyola, Exercices spirituels n° 315 Paris : Desclée de Brouwer 1989

Idem n°316

idem n°315

idem n°317

Geneviève COMEAU, Grâce à l’autre, Paris :les Editions de l’Atelier, 2004.

Idem p.88

Exercices spirituels n°43

idem n°18

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Spiritualité ignatienne
commenter cet article
5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 22:27

Sainte Thérèse Couderc (1805-1885) fondatrice des Sœurs du Cénacle a écrit le 26 juin 1864 un texte où elle essaie de mettre des mots sur une expérience spirituelle fondamentale pour elle. Elle le résume par ces mots : « Se livrer ».


L’an prochain, le 26 juin 2014, les Sœurs du Cénacle vont fêter le 150ème anniversaire de la rédaction de ce texte. Voici quelques réflexions pour le comprendre. On peut le trouver sur le site : http://www.ndcenacle.org/page-1113.html

 

Ce texte est écrit au moment où elle entend les cloches qui invitent à la messe. Elle comprend la messe comme un geste qui sauve : contemplation du Christ qui Se livre. Elle désire entrer dans ce geste

Elle essaie de saisir sa profondeur en tâtonnant. Elle arrive à le définir comme : être toujours tournée vers Dieu.

 

L’erreur à commettre, serait de faire de cela une attitude consciente de tous les instants. Ce n’est pas possible. Elle-même le suggère quand elle dit que c’est facile, qu’il suffit de le décider une fois et tout est dit. Car ce n’est pas une attitude consciente de tous les instants mais une décision de fonder sa vie sur cela, d’en faire le critère de ses décisions.

 

Cette attitude spirituelle permet une certaine compréhension de l’Eucharistie en évitant de la concevoir  comme une « chose » mais plutôt comme une action, un acte.

L’Eucharistie  une action, un acte.

Quand le prêtre offre sa voix pour que le Christ dans l’aujourd’hui de notre histoire puisse dire « ceci est Mon Corps livré pour vous, Mon Sang versé pour vous », cela rend présent non une chose, mais cela rend présent l’action du Christ qui Se livre.

 

Donc communier, ce n’est pas recevoir une chose, une hostie, c’est par ce geste, entrer dans l’action du Christ qui Se livre, Le laisser Se livrer à nous, pour à notre tour, irrigués par ce don, pouvoir être donateurs-trices à notre tour, nous livrer à Lui, nous livrer pour donner la vie à notre tour. Communier, c’est donc donner sa vie.

 

Cette action du Christ donne le sens de l’ensemble de la liturgie :

 

Les chants de louange (chants, Gloria, Alléluia, Sanctus…), c’est se livrer à la joie du Christ pour, en réponse, être porteurs de joie.

 

Les moments pénitentiels (Kyrie, Agnus …), c’est se livrer à la miséricorde du Christ pour, en réponse, être artisans de la miséricorde.

 

Les moments de confession de foi (Credo, Amen…) c’est se livrer à la foi du Christ pour en réponse être porteurs de foi.

 

Le moment de l’Envoi, c’est se livrer à la mission du Christ pour en réponse, s’engager de  manière renouvelée dans la mission.

 

Cette action du Christ donne le sens de l’ensemble de notre vie.

Quand, dans le quotidien de nos vies, nous nous livrons à la joie, le pardon, la confiance, la mission, nous nous livrons au Christ. Nous somme livré-es et c’est toute notre vie qui est eucharistique.

 

Nous pouvons élargir cela à l’ensemble de l’humanité.

En effet, Dieu ne se livre pas seulement dans l’acte de la Croix. Cet acte de la Croix est bien l’acte humain de Dieu  le plus haut pour dire Son Amour. Mais Il s’est livré aussi dans Son Incarnation et aussi dans l’acte créateur et aussi dans sa résurrection.

 

La création est la sortie continuelle de soi de la part de Dieu. Il livre son être faisant de nous Son image et Sa ressemblance. Ce qui fait que chaque humain-e est con-figuré-e à Lui.

 

 

Se livrer, c’est pour nous, à ce niveau, accueillir la vie que je reçois, se livrer c’est accueillir la vie et ce monde comme un cadeau.

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans fondamentaux de la foi
commenter cet article
28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 13:58

J’ai été intéressée par un article d’Adolphe Gesché sur fond des questions soulevées par le mariage pour tous.

En effet une part importante (mais non unanime) des catholiques français et de l’Episcopat, fonde leur opposition sur une conception anthropologique qui serait le dessein de Dieu de toute éternité. Cela donne même l’impression que (oubliant ce que les sciences nous disent de la formation du cosmos, de la lente émergence de la vie, de l’évolution des espèces jusqu’à l’humain) nous revenions à une conception de l’homme et de la femme directement tiré-es des mains de Dieu !

J’ai lu cet article (que je vous recommande de lire en entier) sur fond de ces questions. L’anthropologie défendue par l’Episcopat me semble relevé du concept de fabrication et de dictée, de scénario figé, de réalité fixiste.

La cosmologie et l’anthropologie qui se dessinent dans cet article me semble être  d’une tout autre perspective et peut se résumer bien par ceci :

« Dieu, précisément, a voulu un cosmos qui ne soit pas puredictée, mais espace de possibilités internes et de liberté inventive. »

Voici donc des extraits de quelques pages écrites par Adolphe Gesché, dans son livre : Dieu pour penser le cosmos. Editions du Cerf 1994. Page 49 à 82

 

"Nous savons déjà que, en créant l'homme, c'est-à-dire une liberté, Dieu s'est interdit, là en tout cas, d'être le simple Moteur d'une dictée toute faite et réglée d'avance . La création de l'homme est la position, sans reste et sans retour, d'un être qui; de par la volonté même de son créateur, est appelé – c'est son acte de naissance à l'être –, à se construire dans -le droit et le devoir de l'invention et de la responsabilité. Il s'agit là d'un droit d'essence et d'un devoir d'existence. Avec l'homme, la création atteint à cet égard son véritable sens. Créer, c'est susciter quelque chose d'entièrement autre, de tout nouveau, et qui n'aura de signification, pour son créateur lui-même, que dans cette autonomie donnée et reconnue.

L'homme est là avec commandement et mandat, pour sa vraie grandeur comme pour celle de Dieu, de donner à son créateur la repartie. Celle, en somme, d'un co-créateur.

 

Mais en est-il de même, fût-ce avec des nuances, du cosmos ?

 

On comprend fort bien les réticences, et qu'on soit tenté de penser ici le contraire. Car si Dieu a créé l'homme tel que nous l'avons vu, n'est-ce pas précisément comme exception à l'ordre général, exception qui le définit dans sa singularité ? …

Ne devrions-nous donc pas plutôt nous demander s'il n'y a pas, dans l'univers où l'homme surgit, et donc dès le vœu créateur initial, un principe fondamental de créativité qui anime la création tout entière ? Il y aurait, et qui nous précède, un cosmos qui serait, lui déjà (et bien sûr à sa manière), instruit par un commandement d'invention…

L'homme manifesterait donc bien un saut de transcendance, mais non point aliéné de ce monde. La chose est pour nous capitale puisque, pour penser l'homme, nous croyons qu'il lui faut un cosmos qui soit véritablement son lieu, où il ne soit justement pas un étranger…

C'est en somme l'unité même de la création qui est ici en cause. Celle-ci, dans notre hypothèse, manifesterait tout entière, d'un bout à l'autre de la chaîne, une capacité fondamentale, « élémentale » de liberté, un devoir constitutif d'invention qui constituerait la charte même de toute la réalité. L'homme serait vraiment chez lui dans l'univers, comme celui-ci se retrouverait vraiment en l'homme…

il n'est donc pas indifférent que le cosmos où nous sommes nés (et parce que c'est là que nous sommes nés) soit ou ne soit pas une machine, mais qu'il présente au contraire une structure où ce qui est en jeu, dès le début, in principio, dès le départ, ce n'est pas la dictée mais l'invention, vœu de la réalité tout entière. Un monde où ce qui est attendu, où ce qui est en gestation comme sa raison d'être, c'est l'avènement plénier de la liberté, qui en est le sens et le couronnement. N'est-ce pas la signification de cette page souveraine de saint Paul, que « la création tout entière gémit [dans l'attente de] la liberté des enfants de Dieu » (voir Rm 8, 21-22) ?

L'homme alors n'est pas un Prométhée qui doit faire violence aux lois pour inventer et créer (et s'attirer du reste ainsi le courroux du dieu et de la nature elle-même). Il est celui qui bien plutôt accomplit, met au monde une potentialité qui s'y trouve inscrite… L'homme met au monde le monde. En connivence avec Dieu qui l'y a préposé. Mais en connivence aussi avec ce monde qui l'attend. Voilà pourquoi il n'est pas indifférent que ce cosmos, au lieu d'être une horloge déjà réglée, soit un monde où l'invention est la loi de son enfantement…

 

 

Dieu, si on veut bien nous passer l'expression, ne fait pas les choses «comme ça ». La création n'est pas la fabrication de choses toutes faites, comme le pense la conception naïve du créationnisme ou une idée toute mécanique de l'œuvre de Dieu…

Dans cette création, il y a des lois immanentes et des processus d'autorégulation, voire d'invention. Mais, dans le même temps aussi, on dit bien que c'est Dieu (créateur) qui «fait que » les choses se font ainsi. Dieu est affirmé « comme Cause », mais son geste est précisément de vouloir une autonomie interne. Saint Augustin voyait même très exactement en cela la véritable grandeur du créateur et l'essence même de l'idée de création. Créer, ce n'est pas tout dicter et disposer d'avance, mais ouvrir un champ et un espace d'autonomie. Fabriquer, c'est faire une chose toute déterminée et pour son utilité ; créer, c'est faire que l'autre soit pour lui-même.

Au reste, si nous voulons étayer notre proposition, remarquons que le texte scripturaire ne parle pas d'une causalité fabricatrice, ponctuelle, immédiate, mais d'un surgissement et d'un événement : les choses sont deve­nues (« egeneto »), écrit la Septante, en une version qui rend tout à fait compte de l'hébreu (ha.yah, advenir, surgir), alors que le latin («factum est ») est formellement déficient. Le verbe gignomaï (à rapprocher de l'anglais become : to coure to be) n'est pas le verbe eînaï, lequel pourrait insinuer ici comme une fixité.

Par Dieu (ou par sa parole, ou par son Verbe), « toutes choses sont devenues ». Elles ont été posées dans le devenir, dans leur devenir. A cet égard, rien n'est peut-être plus instructif que la formule de notre Credo, au reste directement inspirée de l'Écriture : di'hoû ta pansa egeneto 12. « Par qui tout a été fait », traduisons-nous très maladroitement à la suite du latin. « Par qui tout est devenu », devrions-nous dire. Traduction plus adéquate, exprimant mieux le caractère 3 précisément dynamique, « non achevé » du geste divin’. Sans compter que dans ce di'hoû ou ce per Quem est littéralement inscrit que la création n'est justement pas un acte d'immédiateté toute faite, mais qu'elle recourt, dès son principe, au ministère d'une médiation. Il n'y a pas, entre le créateur et le créé, cette absence d'écart, cette immédiateté qui laisserait tout dans les mains crispées d'un Dieu gardant en lui toute la causalité. N'y a-t-il pas quelque chose de barbare en cette idée de Dieu, et qui ruinerait l'intuition chrétienne"?...

Il est celui qui fait que les choses se font comme elles se font (et en cela il est Cause), mais, rigoureusement, il ne les fait pas, il ne les fabrique pas. Il ne les cause pas, il les crée. C'est-à-dire les provoque au devenir, il leur donne ordre d'advenir. N'est-ce pas pourquoi le récit de la création tout entier s'ordonne autour de mots de commandements et de verbes à l'optatif et à l'impératif ?

En n'identifiant pas purement et simplement Dieu créateur au rôle d'une cause, nous pouvons - car c'est une autre vérité de la création - identifier et respecter les causalités séculières et autonomes qui jouent dans la création. Qu'il s'agisse des lois, qu'il s'agisse du

hasard,, qu'il s'agisse des intentionnalités des êtres libres, ces causes, qui ont leur consistance et contribuent à la figure de ce monde, sont reconnues pour elles-mêmes et Dieu ne leur est pas substitué. L'autonomie des réalités terrestres s'en trouve garantie, contre tout créationnisme naïf ou intégriste, où le monde se trouve réduit à une, copie toute faite. Dieu, précisément, a voulu un cosmos qui ne soit pas pure dictée, mais espace de possibilités internes et de liberté inventive. Il y va de la consistance du cosmos reconnu pour lui-même

Dieu a créé un devenir créateur où, par le jeu et la médiation de causalités  internes, des choses vont advenir. Il a créé un processus, des virtualités, non des choses ou des objets, même si ceux-ci répondent à un vœu qui ne vient que de lui (« Qu'il y ait de la lumière »). Il a créé le monde, oui, mais ce monde est un champ ouvert. Ainsi se trouvent réconciliées notre foi chrétienne en Dieu créateur et notre observation de la réalité du monde telle que la science la découvre. Dieu a fait ce qui fait qu'il y ait cette création, ce cosmos que nous observons dynamique et inventif. Dieu est alors vraiment Créateur, vrai Créateur, c'est-à-dire créateur de création (sens actif), le créateur, non tant de choses créées, que bien plutôt de la création…

C'est bien de Dieu que le monde tient son être et son principe, mais ses « décisions internes » lui ont été laissées et confiées par Dieu. À quoi l'on reconnaît un créateur. Dieu n'est plus alors cet horloger ou ce géomètre, auteur d'une mécanique il est un créateur. Il, ne dicte rien, il pose «simplement » un-geste inaugural, le geste qui déclenche, permet et rend possible ce cosmos, en lui octroyant précisément de se faire comme il se fera…

Adolphe Gesché

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invitation à lire
commenter cet article
19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 14:37

trinite.jpg


« Ce qui correspond au Dieu trinitaire, ce n’est pas la monarchie d’un souverain mais la communauté des hommes sans privilèges ni servitudes »( J. MOLTMANN, Trinité et Royaume de Dieu, cerf, 1984, Collection Cogitatio fidei 123,  p 249.

Dans ce livre, (abrégé en TRD), Moltmann établit un lien fort entre théologie et rapports humains. La doctrine trinitaire de Moltmann, doctrine sociale de la Trinité, est pertinente pour penser l’anthropologie de l’humain, femme et homme.

De même que la femme et l’homme sont un dans leur commune nature humaine au sein d’une différence, de même la Trinité est une dans la commune nature divine et la différence des personnes. 

Pour cela des conditions sont à remplir : penser d’une part la Trinité des personnes divines et d’autre part la relation homme-femme dans une parfaite égalité. Ne pas penser Dieu comme un souverain au trait masculin car si on le pense ainsi nous avons une monarchie divine au ciel qui fonde la souveraineté terrestre de tout pouvoir d’un seul sur l’autre. Nous avons l’idée d’un tout puissant souverain du monde qui exige une servitude, une dépendance et qui fonde la souveraineté terrestre, religieuse, morale, patriarcale.

L’enjeu est aussi une question de crédibilité de la foi. Les fausses images d’un Dieu qui aliène l’homme dans sa liberté, ne peuvent qu’être rejetées par nos contemporains.

1-Critique du  monothéisme politique

Il y a un  rapport entre les représentations religieuses d’une époque et les constitutions politiques des sociétés, des conditionnements réciproques des alliances entre représentations religieuses et politiques. 

Le Dieu un, créateur, maitre, propriétaire du monde dont la volonté fait loi, qui peut  disposer de tout, et de la volonté duquel tout dépend, a les traits d’un monarque conçu de manière absolutiste.  Il est un, indivisible, parfait car impassible, il  gouverne et tout dépend de lui.

Ce monothéisme a apporté son soutien au principe de souveraineté impériale. La politique qui correspond à la croyance au Dieu unique, c’est l’empire de paix de l’empereur romain. Ce qui a conduit à Constantin et qui a fait passer le christianisme de religion persécutée à une religion autorisée, soutien de l’état.

Le soutien apporté par le monothéisme était  plus absolu que le soutien d’une philosophie. L’Unique empereur tout-puissant, était image visible du Dieu invisible car lui aussi est maitre, propriétaire et sa  volonté fait loi. « A l’unique roi sur la terre correspond le Dieu unique au ciel»( E.PETERSON, Monotheismus als politisches Problem, in Theologische Traktate, München, 1951, p 91. (Cité dans TRD p 241) Mais faire de la souveraineté divine l’archétype de la souveraineté étatique, cela ouvre la voie à un absolutisme au plus haut degré dans l’absence de l’obligation de rendre des comptes, et le met en dehors du droit. Aujourd’hui l’idée absolutiste ne subsiste que dans l’idéologie de la dictature. Mais celle-ci, maintenant, n’a plus besoin de la légitimité religieuse pour s’imposer, elle a à sa disposition la terreur de la force.

Pour surmonter la transposition du monothéisme religieux en monothéisme politique, il faut surmonter l’idée de la monarchie du Dieu unique sur un monde unique. Le regret  qu’exprime Moltmann, c’est qu’historiquement, le dogme trinitaire n’a pas fait échouer cette idée de monarchie divine :

« Aussi longtemps que l’unité du Dieu trine n’est pas conçue trinitairement, mais comme celle d’une monade ou d’un sujet, elle demeure liée à la légitimation religieuse de la souveraineté politique. C’est seulement quand la doctrine de la Trinité surmontera la conception monothéiste du grand Monarque universel au ciel et du Grand patriarche divin du monde que les souverains dictateurs et tyrans de la terre, ne trouveront plus d’archétypes religieux pour se justifier » (TRD  p 247)

Moltmann cite Whitehead : « l’Eglise a donné à Dieu des attributs qui appartiennent exclusivement à  l’empereur. La naissance de la philosophie théistique qui s’est achevé avec l’apparition de l’Islam,  a conduit à la représentation de Dieu selon l’image du souverain impérial, selon l’image de l’énergie morale personnifiée et selon l’image du principe dernier de la philosophie. Il est permis d’ajouter que cette philotheistique représente une philosophie patriarcale à un très haut degré »( A.N. Whitehead,  Process and Reality. An essay in Cosmology, New- York 1960 p 520 cité dans TRD p 247)

2-Comment  sortir de cette représentation ?

Par la doctrine de la Trinité qui, à l’opposé,  est doctrine théologique de la liberté et renvoie à une communauté humaine « sans domination autoritaire et sans contrainte servile » (TRD p 240). La Trinité dit l’union du Père avec le Fils livré crucifié et l’Esprit vivifiant qui crée du neuf. De cette unité, on ne peut pas forger la figure d’un monarque omnipotent du monde dont les potentats terrestres sont les reflets.

Car c’est en tant que père de Jésus crucifié et ressuscité qu’il est tout puissant et qu’il s’expose ainsi à l’expérience de la souffrance, de la douleur, de l’impuissance et de la mort .Il n’est pas toute-puissance. Il est amour. « C’est son amour passionné, passible, et rien d’autre qui est tout-puissant » (TRD p 248)

Dans le Fils,  la gloire de Dieu trinitaire ne se reflète pas sur les couronnes des rois et dans les triomphes des vainqueurs mais sur le visage du crucifié et sur le visage des opprimés dont il est le frère. Jésus crucifié est l’unique image du Dieu invisible. Cette gloire se reflète dans la communauté des croyants et des pauvres.

L’Esprit vivifiant procède du Père de Jésus crucifié et ressuscité. C’est dans l’ombre de la mort que l’on expérimente la résurrection par la force vivifiante de l’Esprit. Il nous procure avenir et espérance. Il ne procède pas de l’accumulation de puissance ni de l’usage absolutiste de la souveraineté

Une théologie politique qui se veut chrétienne doit donc critiquer le monothéisme politique en refusant une unité entre religion et politique mais aussi en recherchant des options politiques qui correspondent aux convictions de la foi chrétienne et qui ne la contredisent pas.

Donc un non à la monarchie d’un souverain, non à  un  maitre du monde, non à un père tout puissant patriarcal qui se définit par le pouvoir de disposition sur ce qui lui appartient.

Et un  oui à la communauté des hommes sans privilèges ni servitudes, communauté où les personnes sont définies par leur relation les unes avec les autres et leur importance les unes pour les autres, définies par la personnalité et par des relations personnelles. Ce faisant, cette communauté est à l’image de la Trinité qui est « une vie inépuisable que les trois personnes ont en commun et dans laquelle elles sont les unes avec les autres, les unes pour les autres, les unes dans les autres » (p 249)

Le monothéisme monarchique a aussi influencé l’organisation de l’Eglise par une déduction représentative de l’autorité divine : un Dieu, un Christ, un évêque, une communauté. Cette déduction se fonde sur le monothéisme monarchique.( Cf sur cette question G.LAFONT, Histoire théologique de l’Eglise catholique, Cerf 1994, Collection Cogitatio fidei 179. En particulier les pages 28 à 32. « Avec les grands courants intellectuels de la période pré-nicéenne…le christianisme est entré dans le cadre de la culture hellénistique…où prévalait la symbolique de l’Un. La pensée chrétienne a fait sienne l’orientation à la fois apophatique et intellectualiste de cette culture. Apophatique en ce sens que ce qui était visé, en dernière analyse, c’était bien l’union mystique avec l’Un au-dessus de tout, identifié au Dieu Père de l’Ecriture biblique » p 28) Elle va jouer aussi en défaveur des femmes. « Une déduction correspondante de la primauté de l’homme sur la femme apparait dans la théologie paulinienne de la Képhalé, 1Co11/13 : ‘le chef de tout homme, c’est le Christ, le chef de la femme, c’est l’homme, et le chef du Christ, c’est Dieu’ ; Ep5/22 : ‘le mari est chef de sa femme comme le Christ est chef de l’Eglise’ (TRD p 251 note 24.

Moltmann ajoute que K. Barth (Cf. Barth, Dogmatique, III/4,54) a développé à partir de cela une théologie de la subordination pour la femme. Théologie qui a suscité à juste titre étonnement et contradiction (voir par exemple Cl. Green, Karl Barth on Women ans Men, in Union Theol.Quarterly rewiev, ¾, 1974). Cette déduction fonde une  hiérarchie ecclésiastique masculine correspondant à la monarchie divine et représentant celle-ci. Le Moyen-âge a consolidé cette conception par une cascade de primautés de l’Un : une Eglise, un pape, un Christ, un Dieu, dans une cascade de délégation graduée, ceci fondé sur le mode de pensée du monothéisme monarchique.

Il peut y avoir une autre ligne de pensée que la pensée de l’Un, c’est le  fondement trinitaire de l’unité de l’Eglise. Qu’il soit « un » au sens  de Jn 17/20 : une unité de la communauté qui soit unité trinitaire. Ce fondement trinitaire est plus profond mais surtout il détermine autrement l’unité. Non pas un monothéisme monarchique qui dit Dieu comme puissance représentée par  l’autorité universelle  et infaillible du seul mais monothéisme trinitaire qui dit Dieu comme communion d’amour.

« Dieu comme amour… est représenté dans la communauté et … est expérimenté dans l’acceptation de l’autre, comme tous ensemble sont acceptés par le Christ. Le monothéisme monarchique fonde l’Eglise comme hiérarchie, comme souveraineté sainte. La doctrine de la Trinité constitue l’Eglise comme communauté libre de toute domination » (TRD p 254. « Communauté libre de toute domination » est une citation tirée du livre de G.Hasenhüttl, Herrschaftsfree Kirche, Sozio-theologische grundlegung, Dusseldorf, 1974)

Moltmann s’appuie également sur des auteurs orthodoxes comme P.Evdokimov pour qui « le principe trinitaire remplace le principe de la puissance par le principe du consensus » (P.EVDOKIMOV, L’Orthodoxie, Paris, 1965 p 131). Il résume cette pensée en écrivant : « A la place de l’autorité et l’obéissance, nous trouvons le dialogue, le consensus, l’accord. Ce n’est pas la croyance en la révélation divine à cause de l’autorité de l’Eglise qui se trouve au premier plan, mais la foi en la raison d’une perception personnelle de la vérité de la révélation. A la place de la hiérarchie qui maintient et qui impose l’unité, nous trouvons la fraternité et la sororité de la communauté du Christ ».( TRD p 254)

D’autre part, pour remplacer le monothéisme politique et clérical, il faut une doctrine théologique positive de la liberté. Le fondement de l’athéisme moderne, c’est la conviction qu’un Dieu régnant par sa toute-puissance et son omniscience rend impossible la liberté humaine. En s’inspirant de Joachin de Flore, mais en le dépassant et  sans reprendre l’aspect modaliste et sa division chronologique,  Moltmann développe cette doctrine théologique positive de la liberté qui se fonde sur le principe trinitaire. Il s’agit de comprendre l’histoire du royaume de façon trinitaire : les règnes du Père, du Fils, de l’Esprit sont des strates et transitions constamment présentes dans l’histoire. 

Le règne du Père :

« Le règne du Père. C’est précisément quand nous comprenons la création du monde de façon trinitaire, comme une action qui se limite elle-même, du Père par le Fils dans la force de l’Esprit, qu’elle est la 1ère étape sur le chemin de la liberté. Là où règne non pas le grand Seigneur du monde mais le Père de Jésus-Christ, un espace est donné à la liberté des créatures. Là où ce n’est pas le grand Seigneur  du monde mais le Père de Jésus-Christ  qui conserve dans sa patience le monde, de l’espace et du temps sont laissés à la liberté des créatures, au sein même de l’esclavage dont elles sont elles-mêmes responsables ; le Père règne par la création de l’être et l’ouverture du temps » (TRD p 263)

Le règne du Fils

« Consiste  dans la souveraineté libératrice du crucifié et dans la communauté avec le 1er né d’une multitude de frères et sœurs… Il introduit les hommes dans la glorieuse liberté des enfants de Dieu en les configurant à lui-même dans sa propre communauté… Quand il se détourne du créateur …la délivrance de cette mort vers l’ouverture originelle ne peut avoir lieu par la domination et par la contrainte mais par une souffrance suppléante et par l’appel à cette liberté qui est maintenue ouverte par la souffrance suppléante » Le Règne du Fils est en forme de serviteur. Il règne par la libération pour la liberté.( TRD p 264)

Le règne de l’Esprit.

L’expérience de l’Esprit, c’est être saisi par la liberté pour laquelle le Fils nous a libérés. Il donne accès à l’immédiateté avec Dieu. Il est Dieu en nous. Par la foi  et l’écoute de sa conscience, l’homme devient ami de Dieu. Par l’Esprit, l’homme fait l’expérience des énergies de la nouvelle création. Il est à la naissance de la communauté nouvelle  sans privilège, sans subordination : communauté d’hommes et de femmes libres.

En cohérence aussi avec son principe eschatologique,  Moltmann  précise que ce règne de l’Esprit est orienté vers le règne de la gloire mais qu’il n’en est pas encore l’accomplissement. L’expérience de l’Esprit qui rend l’homme temple de Dieu (1co 6/13) est anticipation de la gloire où le monde sera temple du Dieu trinitaire (Ap 21/3) Ce règne de gloire sera accomplissement de la création du Père, application universelle de la rédemption du Fils, achèvement de l’inhabitation de l’Esprit.

 

 Cette doctrine trinitaire de la liberté est histoire progressive et croissante de la liberté. Le Père est liberté des créatures qui maintient l’espace vital nécessaire ; le Fils est libération des hommes de leur enfermement grâce à l’amour souffrant qui restaure la liberté. L’Esprit est force et énergie de la nouvelle création.

Confesser Dieu ainsi n’est donc pas négation de la liberté humaine mais au contraire elle l’oriente pour une espérance infinie. A condition de ne pas se tromper de liberté.

Il y a la liberté comme domination, c’est celle qui gagne et domine et celle du maitre seul soumettant et exploitant ceux qui perdent, les   non-libres que sont les femmes, les enfants, les esclaves sur lesquels règne le maître. La liberté comme domination est une liberté qui est aux dépens des autres. Liberté pour l’un qui est oppression pour l’autre, richesse qui rend pauvres les autres. La liberté comme domination ne connait  que soi. « Cette manière d’entendre la liberté comme domination s’enracine dans une société typiquement masculine comme le signale en allemand le mot Herrschaft »( TRD 269). C’est celle du libéralisme bourgeois qui a remplacé l’absolutisme royal et la féodalité, liberté où tout homme est un concurrent dans la lutte pour le pouvoir et la propriété, où tout homme n’est pour l’autre homme que la limite de sa liberté.

Elle s’oppose à la liberté comme communauté « C’est seulement dans l’amour que la liberté humaine acquiert sa vérité : je suis libre et je me sens libre quand je suis respecté et reconnu par les autres et quand de mon côté je  respecte et reconnait les autres. Je deviens réellement libre quand j’ouvre ma vie aux autres et que je la partage avec eux et quand d’autres m’ouvrent leur vie et la partagent avec moi » (TRD p 270)

Cette liberté comme communauté doit se compléter par la liberté des sujets à un projet : « Celui qui transcende le présent vers l’avenir, en pensées paroles, et œuvres, celui-là est libre. Du point de vue théologique, ceci est la dimension particulière de l’expérience de l’Esprit : dans l’Esprit nous transcendons le présent vers l’avenir de Dieu car l’Esprit est la caution de la gloire. La liberté dans la lumière de l’espérance est la passion créatrice pour le possible... l’avenir est le règne des possibilités non encore définies, alors que le passé représente le règne limité de la réalité » ( TRD p271) Cette dimension future de la liberté longtemps ignorée par la théologie « parce qu’on n’a pas compris la liberté de la foi chrétienne comme une participation à l’Esprit créateur de Dieu »(TRD p 272

La pensée de Moltmann permet d’introduire la différence au cœur même de l’unité, de fonder le respect de la différence puisqu’elle est au cœur même de Dieu, une différence sans hiérarchie de l’un sur l’autre.  Elle dédouane la Trinité du patriarcat car celui-ci est le fait d’un monothéisme monarchique.

 Cependant, reste entier, le caractère masculin de la nomination des trois : « L’emploi exclusif d’images masculines est la première difficulté qui ressort d’une réflexion sur la Trinité dans une perspective féministe. La profession de foi en la Trinité présente au moins deux figures masculines, soit un père et le fils qu’il engendre, ainsi qu’une troisième figure exhalée par les deux autres,  celle-là plus informe, mais qui se voit néanmoins attribuer ( dans certaines langues comme le français)  le genre masculin. La puissance évocatrice du symbole profondément masculinisé de la Trinité signifie implicitement une masculinité essentielle chez Dieu au détriment d’une reconnaissance de la qualité d’imago Dei chez les femmes dans leur féminitude même » ( E.A. JOHNSON, Dieu au-delà du masculin et du féminin. Celui/Celle qui est, Paris, Editions du Cerf 1999, p 304).

La question est cruciale. Il faut pouvoir dire « Elle » comme nous disons « Il » pour parler de Dieu.

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans fondamentaux de la foi
commenter cet article
15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 22:10

 

Dans l’Evangile selon  Luc au chapitre 14 verset 15 à 24

 

En entendant ces mots, un des convives dit à Jésus : « Heureux qui prendra part au repas dans le Royaume de Dieu ! » Il lui dit : « Un homme allait donner un grand dîner, et il invita beaucoup de monde. A l'heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : “Venez, maintenant c'est prêt.”

« Alors ils se mirent à s'excuser tous de la même façon. Le premier lui dit : “Je viens d'acheter un champ, et il faut que j'aille le voir ; je t'en prie, excuse-moi.” Un autre dit : “Je viens d'acheter cinq paires de bœufs et je pars pour les essayer ; je t'en prie, excuse-moi.” Un autre dit : “Je viens de me marier, et c'est pour cela que je ne puis venir.” A son retour, le serviteur rapporta ces réponses à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : “Va-t'en vite par les places et les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux.” Puis le serviteur vint dire : “Maître, on a fait ce que tu as ordonné, et il y a encore de la place.” Le maître dit alors au serviteur : “Va-t'en par les routes et les jardins, et force les gens à entrer, afin que ma maison soit remplie. Car, je vous le dis, aucun de ceux qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner.”  »

 

 

Cette parabole demande une explication pour sortir des sentiers battus de l’interprétation courante.

On peut d’abord s’imprégner de ce qui tient au cœur de l’homme de la parabole : inviter le plus grand nombre à son repas, lieu de partage et de joie. Belle image de Dieu qui invite en abondance.

Il faut ensuite bien comprendre les trois excuses qui sont données pour ne pas y aller.

Que disent-ils pour s’excuser de ne pas venir et qui les empêchent de venir : l’achat d’un champ, l’achat de bœufs et le fait de s’être marié. Ces excuses sont-elles valables ? Ont-elles du poids ? Non. En aucun cas le fait d’avoir fait ces achats et le fait de s’être marié empêchent de venir à un repas.

On a souvent interprété cette parabole en disant que la possession des richesses et le mariage peuvent rendre difficile  la réponse à l’appel de Dieu.

Je risque une autre interprétation.

Cet homme, en les invitant à son festin savait bien qu’ils étaient propriétaires, qu’il venait de se marier. Cela ne l’a pas empêché de les inviter. Donc, de son point de vue, la possession et le mariage ne sont pas un empêchement à venir au festin.

L’empêchement, il est dans leur tête. Ils croient que posséder et se marier, cela n’est pas compatible avec leur venue au festin.

N’est-ce pas ce qui a été dit pendant des siècles (posséder et se marier seraient des difficultés à une radicale suite du Christ) et qui traîne encore dans nos têtes ?

Alors comment comprendre la suite de la parabole ?

Le maitre du repas est courroucé  et veut montrer qu’aucune situation humaine n’est obstacle à son repas, tous les humains sont appelés. Il va chercher tous ceux qui se sentent indignes, pauvres, estropiés, aveugles, boiteux. Pour bien montrer que personne ne peut se sentir exclu de son appel. Y compris avec une certaine persuasion (de force dit le texte) tellement une intériorisation de se sentir exclu peut être forte.

Avec cette interprétation, comment comprendre la dernière phrase : « Aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner » ?

Comment l’entendons-nous ? Comme une condamnation ?

Ou simplement comme un constat qui peut rendre triste cet homme généreux ? C’est intéressant de prendre conscience de la manière dont nous l’entendons.

Il me semble qu’on peut l’entendre comme un constat mais aussi comme un appel : cessez de considérez la juste possession des choses et le mariage comme  des empêchements à la suite du Christ.

En quoi cette originale interprétation de la parabole, ouvre-t-elle un nouveau chemin pour moi ?

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Homélies de Soeur Michèle
commenter cet article
11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 15:22

 

De ma conversion au Christ à 18 ans jusqu’à mon entrée chez les Sœurs du Cénacle, Marie n’avait pas beaucoup de place dans ma vie de foi.

Je n’aimais pas l’image de femme qui était véhiculée sur elle : femme silencieuse, effacée, présentée comme modèle aux femmes pour les cantonner dans des positions secondes.

 

Et puis à peu, une relation s’est établie avec elle et ma vision sur elle a changé grâce à la contemplation de l’Evangile.


Je l’ai vue à l’Annonciation comme une femme qui ose questionner, qui ne prend pas pour « argent comptant »  ce qu’elle entend. Une femme qui discerne si cela vient bien de Dieu et y acquiesce par les signes de la joie, de la paix, de la force qu’elle perçoit dans son cœur à cette annonce.

 

Je l’ai vue à la Visitation qui prend l’initiative de partir, qui sait prendre des décisions. J’ai écouté son Magnificat qui est un chant de libération pour tous les opprimé-es du monde.

 

Je l’ai vue à la Nativité sachant réfléchir à son existence, conservant dans son cœur les événements de sa vie pour mieux être actrice de sa vie.

 

Je l’ai vue sur les routes comme tous ceux et celles que des pouvoirs injustes forcent à l’exil.

 

Je l’ai vue à Cana, véritable maîtresse du repas de noces, prenant l’initiative pour sa réussite et disant aux servants ce qui résonne toujours dans mon cœur : «Tout ce qu’Il vous dira de faire, faites-le»

Je l’ai vue enfin au Cénacle, la Chambre haute, où sur ordre de Jésus, Marie, les apôtres mais aussi les disciples, femmes et hommes, sont réuni-es dans l’attente de la venue de l’Esprit Saint. Et je l’ai vue, non pas seulement silencieuse,  mais aussi enseignant à toutes et tous les chemins nouveaux d’accès à Dieu inaugurés par Jésus. Qui donc, mieux qu’elle, pouvait le faire ?

 

Marie n’est pas le modèle exclusif des femmes, elle est une maîtresse de spiritualité et de vie chrétienne pour tout homme, toute femme saisi-e par Jésus.

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Journal
commenter cet article
8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 23:58

Sens de ma vie

Ma foi, dans ma vie de tous les jours

Jésus, qui es-tu pour moi ?

Ma foi, à l'épreuve de ma mort

 

Ma foi, dans ma vie de tous les jours.

Je ne sais pas si la vie a un sens. Alors, je me suis persuadée que ma vie avait le sens que je lui donne : aimer.

Je suis aimée et j'aime;

Jésus, Tu as suscité en moi ce désir d'aimer. J'ai confiance en Toi car Ta vie est cohérente avec Ton message d'amour. Tu es né, Tu t'es incarné dans notre vie sur Terre. Tu as vécu, aimé durant 30 ans avant de commencer à parler, à attirer les foules. Ton message d'amour a tellement irrité les autorités religieuses de ton pays qu'elles se sont arrangées pour te faire condamner à mort.

Tu nous invites à Te suivre sans rien imposer. Tu ne nous demandes même pas de prononcer des vœux devant un autre, qui devient alors notre supérieur. Tu nous poses une seule question : celle que tu as posée à Pierre : « M'aimes-tu ? » Tu m'invites sur le chemin de l'Amour à aimer les autres comme tu nous as aimé(e)s. Tu as suscité en moi un tel désir d'amour ! Une telle soif d'être aimée et d'aimer !

Jésus, Tu as suscité en moi le désir de Te voir ! Comme l'aveugle de Jéricho, je criais : « Seigneur, fais que je voie » Les disciples cherchaient à me faire taire en me répétant sans cesse la réponse que tu as faite à Thomas « Bienheureux ceux qui ont cru sans avoir vu »

« Bienheureuses celles qui ont cru sans avoir vu »

J'ai aussi essayé de vivre, d'aimer en me répétant cette phrase tirée de Ta parabole du jugement dernier « tout ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait ». Mais j'étais tranquille car, dans cette parabole aussi, « les béni(e)s du Père ne t'avaient pas reconnu »

Jésus fais que je voie, fais que je Te voie !

Le Père Duval m'a aidée en chantant : « Vous qui cherchez Dieu dans les nuages, vous raterez Son dernier passage. Rue des longues haies, l'étranger passait, rue des longues haies, le Seigneur passait... Mon Dieu comme tu es pâle » Et je pouvais ajouter, « Rue des longues haies, l'inconnu passait, l'ouvrier passait, le chômeur passait, le pauvre passait, le malheureux passait, l'immigré passait, le ROM passait... C'est dans le monde des petits, des humbles, des humilié(e)s que je peux Te reconnaître, vivre avec Toi.

 

Jésus, Tu as suscité en moi, une telle faim et soif de justice, de dignité humaine, de respect pour toute personne et aussi pour la Terre, de libération et de liberté … Tu as alors suscité en moi la démarche de l'engagement avec d'autres, pour lutter contre les humiliations, les discriminations, le rejet, l'indifférence, l'exclusion, l'excommunication, l'enfermement... J'ai lutté aussi avec d'autres contre les lourds fardeaux posés sur nos épaules. Je criais ma révolte mes souffrances et celles que je percevais autour de moi. Je n'étais plus qu'un cri ! Je criais devant des personnes aveuglées par le pouvoir, au point de ne pas croire que ces injustices, ces discriminations, ces asservissements existent.

Des samaritain(e)s m'ont relevée, ont pansé mes blessures, m'ont fait confiance, m'ont remise sur le chemin et je leur en suis reconnaissante.

Dans mon engagement avec d'autres j'ai découvert la joie et la force de l'union afin de donner ou de redonner à chacun(e) sa dignité humaine. Un flocon de neige tout seul ne pèse rien mais, lors d'une belle tempête de neige, une masse de flocons accumulés sur une branche peut réussir à casser cette branche. Et je dis comme Stéphane Hessel « Indignons-nous et agissons ensemble dans une action non-violente. » Je crois que c'est à la mesure de nos actions agissantes que nous mesurons nos propres valeurs.

 

Ce cheminement avec d'autres m'a appris à vivre dans ce monde, à aimer ce monde dans lequel nous vivons tous et toutes, au point de ne plus pouvoir supporter les discours négatifs sur le monde venant de ceux qui se croient hors du monde. Ils se croient bons dans un monde mauvais. Nous sommes tous et toutes dans le même bain, dans ce monde ! Nous sommes un seul peuple, toute l'humanité en marche. Je rejette tout discours négatif car, en éducation, il vaut peut être mieux encourager l'enfant par ce qu'il fait de bien plutôt que de l'enfoncer continuellement dans ce qu'il fait de mal.

 

Jésus, Tu nous as donné la belle parabole du bon grain et de l'ivraie : « Décidément rien n'est parfait dans ce monde » disait le petit Prince. Mais j'ajoute, rien n'est foncièrement mauvais. Il y a du bon et du mauvais, en toute chose, en toute personne. J'ai les qualités de mes défauts, je suis tenace et têtue. Il me revient en mémoire un conte oriental : un homme a un garçon, est-ce bon ou mauvais je ne sais pas. On offre un cheval à ce garçon est-ce bon ou mauvais, je ne sais pas. Le jeune homme monte sur le cheval qui rue et il se casse une jambe, est-ce bon ou mauvais, je ne sais pas. Puis, la guerre éclate mais le jeune homme, la jambe cassée, ne peut pas se rendre au front. Est-ce bon ou mauvais je ne sais pas …

 

Je crois en la beauté de ce monde où Tu es présent. Je crois en toute personne, même et surtout en celle qui me paraît la plus misérable. Il y a en chaque personne un trésor d'amour qui est plus ou moins caché. A nous de savoir le voir, le découvrir. A nous d'aller vers l'autre, vivre avec lui pour apprendre à le connaître, à l'aimer. A nous de savoir lui demander à boire comme tu l'as fait avec la Samaritaine.

Comme l'aveugle de Jéricho, je criais, « Jésus, fais que je voie, fais que je Te voie »

Et joie, merci ! Je T'ai vu.

Magnifique instant.

Magnifique tremplin pour aimer.

Jésus, donne-moi Tes yeux, Ton regard, pour voir l'autre.

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invité-es
commenter cet article
4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 20:07

Masculin-féminin : une différence non définissable comme Dieu est non-représentable. 

C’est ainsi que Christian Duquoc définit le rapport masculin-féminin. Cette position permet à la fois de garder l’heureuse différence des sexes sans les figer dans des rôles qui relève de l’idéologie.

Un texte majeur de la Bible nous parle d’image de Dieu :

« Dieu créa l’Homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ».

Christian Duquoc interroge ce mot car pour lui, il devrait nous surprendre. Car, majeur est,  dans la tradition biblique,  l’interdit de la représentation de Dieu  ( Ex20/4 et Dt 27/15).

Il semble donc y avoir une contradiction : Dieu crée une image de lui et interdit à l’homme de le représenter.

Il s’agit donc de bien comprendre le sens du mot image. Puisqu’il y a interdit de représentation, le mot image ne dit pas une représentation. De même quand Dieu révèle son nom, c’est un nom qui écarte toute image, toute représentation car on ne peut enclore Dieu.

Il ne peut que se dérober à toute définition (Ex 3/14).

Ce premier aspect du texte de Duquoc,  permet de faire une première remarque.

L’homme est à l’image de celui qui n’a pas d’image, de celui qui ne peut être représenté, de celui qui ne peut être défini.

Cela voudrait-il dire que, de même qu’on ne définit pas Dieu, car l’enclore dans une définition ne peut produire qu’une idole, de même, on ne peut définit l’human car l’enclore dans une définition ne peut que le défigurer, en faire aussi une idole au sens d’une fausse image de lui. Dieu se dérobe à toute définition, l’humain également.

Alors quel sens donné à l’image ? Non pas une représentation mais une fonction. En effet pour Gn 2 l’idée d’image est suivi immédiatement d’une  mission : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez la » (Gn 2/28). L’image est associée à une fonction de création et de gestion du monde, une responsabilité qui implique des actions. C’est en ce sens que l’humain est image de Dieu. Au sens d’une fonction, créateur à l’image du Créateur.

Ce thème de l’image a produit un nombre important de commentaires. Duquoc en privilégie un qui illustre bien l’image comme fonction. C’est l’interprétation de Grégoire de Nysse qui définit l’image comme capacité de l’humain d’être son propre créateur, condition pour  acquérir une autonomie similaire à celle de Dieu, accéder à une liberté qui constitue l’humain partenaire de Dieu. Image ici comme capacité d’agir en créateur, en autonomie et en liberté.

On peut se demander si, dans l’esprit de Grégoire de Nysse, cette magnifique conception dynamique de l’humain concerne également les femmes ! En tout cas, note Duquoc, aucune des interprétions classiques n’ont remarqué que cette image dans le texte biblique est une image différenciée : « …à l’image de Dieu, il le créa ; mâle et femelle, il les créa » (Gn 1/27). La différence entre l’homme et la femme est structure de l’image. L’essence de cette image est relation. Cette essence de l’image n’est ni le masculin seul, ni le féminin seul. Cette image est de soi habité par l’altérité, il y a de soi, de l’autre dans l’image.

Ainsi donc si l’image n’est pas une représentation ni de Dieu, ni de l’humain, si, comme le nom de Dieu, elle échappe à toute définition, elle ne va pas être non plus être représentation et définition de ce qu’est le féminin ou le masculin. Mais l’image dit une fonction, qui est celle du respect de l’altérité.

Elle est le paradigme du manque qui peut ouvrir à la communication. Il y a un manque à être de chaque pôle de l’image. L’une ne va pas sans l’autre, l’un ne va pas sans l’autre. Chacun-e n’existe que dans la communication. Cette relation différenciée est sans représentation. On ne peut l’enclore, mettre la main dessus, elle se dérobe à toute définition. Et comme elle est humaine, elle est dans l’histoire, une tâche à réaliser. Elle n’est pas reproduction d’une forme apriori, anhistorique, figée et constante :

« Pas plus que Dieu n’est le référent visible de l’image puisqu’il est un Nom sans représentation, pas davantage l’image différenciée n’impose un modèle constant. Elle exprime la condition d’un avenir : assumer l’autre dans une différence indépassable et irréductible, comme la nécessité de sa propre réalisation…Patient labeur d’une histoire qui lutte contre un stéréotype de l’enfermement en des essences séparés, masculine et féminine »

Cette image différenciée a une fonction, une tâche, celle du respect de toutes les différences. Elle est paradigmatique de la différence pour introduire une exigence éthique : une volonté de communication dans le respect de toutes les différences.

La pensée de Duquoc, avec cette réflexion sur l’image, se démarque de deux options. Ils se positionnent contre le nivellement de la différence masculin/féminin mais également contre l’enfermement en essences séparées de cette différence. Il y a bien une différence mais la forme qu’elle peut prendre est à inventer dans la communication, une réalisation qui se fait dans l’histoire et qui ne découle pas d’un modèle statique.

 

Gn 1/27, traduction de la TOB

Christian DUQUOC, « Homme/Image de Dieu », Nouveau dictionnaire de théologie, Cerf 1996, pp 418-423

« la naissance spirituelle est le résultat d’un choix libre, et nous sommes ainsi, en un sens , nos propres parent, nous créant nous-mêmes tel que nous voulons être, et nous façonnant , par notre volonté, selon le modèle que nous choisissons » Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, PG 44, 328 B. Cité par C.DUQUOC p 420

Idem p 422

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans fondamentaux de la foi
commenter cet article
30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 11:50

 

1-Le critère de la libération

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

(Lc7/20) Cette question est une demande de discernement. Sur quel critère, reconnaître celui qui vient de Dieu ? La réponse de Jésus se situe au niveau de la libération : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » (Lc 7/21-23)

La libération d’un homme, d’une femme, est le signe digne de foi et suffisant pour discerner  la présence de Dieu. C’est un discernement qui est confié à la responsabilité humaine.

Mais qui va pouvoir faire ce discernement selon ce critère de libération ? Ceux qui ont condamné Jésus n’ont pas été sensibles à ce critère. Seul l’homme  qui est déjà accordé aux priorités du cœur de Dieu saisira cette communication de Dieu. Le discernement de ce qui est présence ou révélation de Dieu dans l’histoire d’Israël ou de Jésus n’est donc pas le fait de Dieu, c’est aux hommes qu’est donnée  la responsabilité d’opérer un tel discernement en découvrant les priorités de Dieu.

Le peuple d’Israël a, quant à lui, expérimenté la présence salvifique de Dieu quand il le libérait de l’oppression. Moïse découvre la présence de Dieu dans le désir de femmes et d’ hommes de se libérer de l’oppression. Il découvre l’écart entre cette oppression et la volonté de libération qui est en Dieu. L’auteur biblique a trouvé important de raconter cela, car dans les faits de ce  passé, il voyait une présence révélatrice de Dieu.

Retenir cela et pas autre chose présuppose une foi anthropologique car s’il ne l’avait pas, ces faits seraient tombés dans l’oubli : Dieu ne peut accepter cette situation d’oppression, il veut la modifier.

Qu’est-ce qu’une foi anthropologique pour Segundo ? C’est une foi en des valeurs qui déjà structurent la vie de quelqu’un. Pour  fonder une foi religieuse en  discernant, entre plusieurs voix, celle qui procède de l‘absolu, l’auteur biblique n’a d’autres valeurs que celles qui structurent sa vie. Pour faire cela, pour faire ce choix, c'est-à-dire,  ce discernement de raconter cela et pas autre chose, il n’a pas d’autres repères.  Il est sans Bible, sans parole de Dieu, sans signe, sans dépôt. Il choisit un absolu qui doit vouloir la libération du peuple. L’auteur biblique doit avoir la même foi anthropologique que Moïse et ses contemporains, la contagion d’un même enthousiasme, d’un engagement pour qu’il  tienne  pour inspiré tel récit et qu’il choisisse de l’écrire. Pour cela des choix ont été toujours été faits, que ce soit au niveau  de la tradition orale, des rédacteurs, du rédacteur final. Il y a cette même foi anthropologique chez le lecteur quand il tient pour inspiré l’auteur de l’Exode.

Ces choix se sont faits avant que la Bible existe et pour qu’elle existe. C’est ce discernement qui a formé la Bible.

 

 

2-Le critère de la bonté de la nouvelle : Est-ce une bonne nouvelle ?

Le discernement doit se poursuivre dans l’interprétation. L’interprétation est-elle vraiment un Evangile, une bonne nouvelle ? Pour  expliciter cela, Segundo donne l’exemple de la mort du Christ. Jésus est mort sur la croix par amour pour obtenir le pardon. Cette donnée de la foi est une bonne nouvelle si on l’interprète comme l’amour que Dieu a pour l’homme, comme l’importance que l’homme  a aux yeux de Dieu. Mais cela a donné lieu au cours de l’histoire du christianisme  à d’autres conclusions : le péché de l’homme serait tellement monstrueux qu’il ne pourrait être pardonné que par la mort du Fils.

Ici il s’agit d’une double mauvaise nouvelle. Non seulement cela montre une liberté humaine qui conduit au désastre mais aussi un Dieu qui ne pourrait pardonner qu’au prix du sang de son Fils. « Un Dieu d’amour n’est pas compatible avec un être qui peut être offensé au point de devoir sacrifier son Fils pour rester en paix avec soi-même et se réconcilier avec l’offenseur sans manquer à la justice »

( Qu’est-ce qu’un dogme ? p 507)

 

3-Discernement par l’engagement existentiel du lecteur : est-ce un engagement humanisant ?

Le discernement qui a fait la Bible et le discernement pour la lire, concernent aussi toutes les expressions de la foi, par exemple les textes liturgiques. Segundo donne l’exemple d’une oraison du Missel romain : « Dieu éternel et tout puissant, qui régis l’univers du ciel et de la terre : exauce, en ta bonté, les prières de ton peuple et fais à notre temps la grâce de la paix »( Prière d’ouverture du missel romain au 2ème dimanche ordinaire) Cette oraison contient une affirmation : Dieu règne sur le ciel et sur la terre alors que dans le texte du Notre Père, il s’agit, non d’une affirmation mais de la demande que sa volonté se fasse enfin sur la terre comme elle se fait déjà dans le ciel. L’affirmation de cette oraison est d’abord erronée : la terre telle qu’elle est actuellement ne reflète pas ce que Dieu veut mais plutôt ce qu’Il déteste. Segundo s’étonne qu’une  telle oraison existe mais surtout qu’elle ne choque pas. Cela ne choque pas celui pour qui la foi n’est pas la joie, la raison, le sens de sa vie. Elle choque celui que l’Evangile a rejoint, qui a fait de lui, les critères de ses choix et qui est conscient de l’écart entre la réalité vécue et ce que Dieu veut. Cela choque celui qui vit sérieusement l’aventure de Jésus. Car il peut percevoir la contradiction que comporte cette oraison, donc en faire l’occasion d’une crise qui aboutit à une compréhension plus profonde, plus riche du message chrétien. Il  entre en crise quand il se rend compte du caractère pré-chrétien de cette oraison selon laquelle Dieu gouverne la terre. Mais pour cela, il faut être convaincu que Dieu est loin de régner sur la terre, que bien des aspects de ce qui s’y passe est bien plutôt objet de sa colère que de son approbation. Pour cela encore, il est nécessaire d’être en accord avec cette critique de situations déshumanisantes qui règnent sur notre terre, sensible à leur caractère intolérable. Si l’on pense, pour ne prendre qu’un exemple, que l’avortement sélectif des filles en certains pays d’Asie est normal (B.MANIER, Quand les femmes auront disparu. L’élimination des filles en Inde et en Asie, Ed La découverte, Paris, 2006), on ne sera pas choqué par cette oraison.

Le discernement est donc partie prenante d’une conversion. Convertir en réflexion expérimentale sa recherche de la substance du message chrétien car la révélation continue de nous découvrir les secrets de notre expérience existentielle. La révélation a pris fin avec le Christ mais le Christ n’a pas pris fin. Il complète le Royaume en s’appuyant sur nous.

« La bonne nouvelle humanisante de la Résurrection de Jésus consiste en ce que, si Lui a été constitué Fils de Dieu avec pouvoir, nous autres, ses frères, nous sommes également constitués fils en Lui. Et en tant que fils, héritiers de l’univers, d’un univers incomplet que nous devons arracher à son inutilité grâce à la liberté créatrice qui nous a été donnée gratuitement » ( Qu’est-ce qu’un dogme ? p 509)

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans fondamentaux de la foi
commenter cet article