Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 23:14

« Après le sabbat, à l’heure où commençait le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine et l’autre Marie vinrent faire leur visite au tombeau de Jésus. Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect de l’éclair et son vêtement était blanc comme la neige. Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, furent bouleversés et devinrent comme morts.

Or l’ange, s’adressant aux femmes, leur dit : «  Vous, soyez sans crainte !  Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car Il est ressuscité, comme Il l’avait dit. Venez voir l’endroit où Il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : «Il est ressuscité d’entre les morts ; Il vous précède en Galilée : là, vous Le verrez !’ Voilà ce que j’avais à vous dire. » Vite, elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples.

Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : «  Je vous salue.» Elles s’approchèrent et, Lui saisissant les pieds, elles se prosternèrent devant Lui. Alors Jésus leur dit : «  Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » ( Matthieu 28, 1-10)

 

Deux groupes de personnes assistent à cet événement.

D’un côté les femmes amoureuses font la démarche d’aller visiter le tombeau de Jésus. Dieu a remarqué cet acte d’amour et on peut se demander si Dieu n’attendait pas leur visite pour sortir du tombeau. Ce petit pas d’amour déclenche une série de bouleversements : le grand tremblement de terre, l’arrivée de l’ange éblouissant qui roule et s’assoit sur la pierre comme pour l’empêcher de rouler et refermer le tombeau.

De l’autre côté les gardes qui deviennent comme morts de peur.

Deux attitudes devant l’irruption de Dieu dans ma vie.

Soit à tout prix je cherche à garder le tombeau fermé, à répéter, à reproduire les attitudes que j’ai depuis toujours, défenses qui ont eu pour moi une utilité dans le passé mais qui n’ont plus lieu d’être  puisque le tombeau est vide, qu’il n’y a rien à garder et que c’est un chemin de mort.

Soit j’écoute l’ange qui sait que je cherche Jésus le Crucifié, qui m’encourage à aller voir à l’intérieur du tombeau l’endroit de ma blessure où je suis crucifiée. Il m’accompagne cet ange amical et pédagogue, il m’invite à m’asseoir avec lui sur la pierre pour l’empêcher de rouler et refermer le tombeau. Il m’aide dans le combat contre les forces de mort et m’apprend le chemin de la vie.

 Il me pousse : Vite, va dire aux autres, ne garde pas pour toi la bonne nouvelle que tu n’es pas enfermé(e) dans un tombeau, montre-le aux autres. Il y a une issue au tombeau et Jésus te précède, t’attire et t’invite à quitter ton tombeau comme l’étoile précédait les mages et  les conduisait à Jésus et au meilleur d’eux-mêmes.

«  Vite elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses et elles coururent porter la nouvelle aux disciples. » Joie de la peur surmontée qui donne dynamisme de vie et élan vers les autres et pendant qu’elles sont en chemin, obéissant à l’ange elles trouvent leur « Galilée ». Quelle joie pour Jésus de voir ces femmes obéissant à l’ange ! Quelle joie pour ces femmes amoureuses de recevoir le cadeau de Jésus venant à leur rencontre ! Quelle joie de l’entendre leur dire « je vous salue » ! Comme Marie à l’Annonciation elles expérimentent Jésus vivant en elles, elles sont sûres de Sa présence.

« Elles s’approchèrent et Lui saisissant les pieds elles se prosternèrent devant Lui » Comme les mages elles se prosternent, dans un geste d’adoration et de reconnaissance que Jésus reçoit. Moment de prière, de rencontre, d’intimité.

« Soyez sans crainte, allez dire à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée, c‘est là qu’ils me verront »

Jésus répète le message de l’ange, c’est dire son importance. C’est aussi un ordre : dire aux autres de trouver leur « Galilée », ce lieu de rencontre et d’intimité où Jésus les attend.

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invité-es
commenter cet article
19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 11:54

Voici un texte d'Adolphe Gesché dans son livre: Dieu pour penser le cosmos ( Cerf) p 22. Pour continuer à nous aider à sortir d'une anthropologie fixiste et fondamentaliste.

 

 

L'idée de création implique que la liberté est vue comme un don. Ce qui signifie, cette fois, que l'homme est appelé à l'invention, à la créativité. Comme on dit en allemand : « Jede Gabe ist eine Aufgabe », tout don est une tâche.

L'homme n'est pas simplement créé (comme le caillou ou le lézard), il est créé créateur. L'idée de créa­tion atteint toute sa signification dans l'homme. La liberté y devient créatrice.

 L'homme n'a pas devant lui un destin tout tracé, fût-ce par Dieu, et dont il ne serait que le scribe calquant sous dictée un texte divin.

Parler de l'homme créé créateur, c'est dire que la liberté lui a été donnée d'inventer du nouveau, de l'inconnu, voire de l'inouï; de faire de sa vie l'éclosion et l'invention de choses nouvelles, remises et confiées à ses choix et à ses initiatives.

Le don n'implique pas, lui non plus, une statique, mais une dynamique.

La liberté prend ici les contours d'une invention de notre être.

Adolphe Gesché

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invitation à lire
commenter cet article
15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 10:47

Prier avec un psaume, c’est s’exercer à parler. La bonne communication dans le couple passe par la capacité à parler, à oser exprimer ce que l’on vit, ressent, dans un langage qui soit à fois respectueux de l’autre et direct. Ne pas penser que l’autre devine ce qui se passe en nous.

Les psaumes sont de merveilleux pédagogues de la parole.

Il a 3 types de paroles dans le psaume :

 

1-Le psalmiste se parle à lui-même, il réfléchit, médite sur Dieu, le monde, sur lui-même :

Par exemple :

-heureux l’homme qui se plaît dans la loi du Seigneur ps 1

-le Seigneur est mon berger ps 22

-d’un grand espoir j’espérais le Seigneur ps 39

 

Se parler à soi-même est  important, cela veut dire se donner du temps pour la réflexion. Se poser, ne pas vivre à 200 à l’heure, réfléchir à sa vie, ses choix, prendre conscience de ses sentiments.

Le psalmiste le fait et donc le fréquenter peut être pour nous une bonne école.

 

2-Le psalmiste parle à d’autres :

Ce sont des invitations qu’il fait à d’autres :

par exemple :

-rendez grâce au Seigneur ps 135

-chantez au Seigneur un chant nouveau ps 149

-criez de joie pour le Seigneur ps 32

-venez mes fils, écoutez-moi ps 33

 

3-Mais la plus grande partie des psaumes est une parole directe à Dieu :

Par exemple :

-sauve-moi mon Dieu ps 3

-écoute mes paroles ps 5

-Seigneur, que fais-tu ? ps 6 ;

-pourquoi es-tu si loin ps 9

-Seigneur tu es mon refuge ps 7

-je ne t’ai pas caché mes torts ps 31

 

Le psalmiste peut nous apprendre à oser parler à Dieu, à oser Lui dire ce que l’on vit, ce que l’on ressent, oser être en vérité avec nos joies, nos souffrances, nos défauts, nos richesses, nos désirs, nos questions.

 

Faire cela, c’est sortir du flou, c’est ne pas se fuir mais accueillir ce que je vis pour en faire la matière de mon dialogue avec Dieu

Apprendre à vivre cette vérité devant Lui, est un bon apprentissage pour le vivre aussi avec son conjoint. Parler ainsi est une sortie de soi, une confiance. C’est quelque part consentir à me faire aider, sortir de ma suffisance pour les choses difficiles et pour ce qui me rend heureux, croire que l’autre sera heureux de ma joie.

 

Ces paroles adressées à Dieu peuvent prendre différentes formes :

 

Des demandes :

-Sauve-moi ps 3 

-Quand je crie, réponds-moi ps 4 

-Ecoute mes paroles ps 5

-Reprends –moi sans fureur 6

-Pourquoi es-tu si loin ? ps 9 

-Combien de temps vas-tu m’oublier ps 12

-Entends ma plainte ps 16 

-Prends pitié de moi, je suis en détresse ps 30

-Ne m’abandonne pas ps 37

-Ne retiens pas loin de moi Ta tendresse ps 39 

-Sois le rocher qui m’accueille ps 70

-Sois attentif ps 141

 

Des bénédictions ( au sens de dire du bien de l’autre) et des mercis :

-Grâce à Ton amour ps 5

-Pour Toi je danserai ps 9

-Je dirai Tes merveilles ps 9

-Tu entends ps 9 

-Je prends appui sur Ton amour ps 12

-J’ai fait de Toi mon refuge ps 15

-Je n’ai pas d’autre bonheur que Toi ps 15

-Je T’aime ps 17

-Tu prépares la table pour moi ps  22

-Je m’appuie sur Toi ps 24

-J’ai devant les yeux Ton amour ps 25

-Tu es beau ps 44

-Tu es là ps 101

-Je Te rends grâce ps 117

-Tu fais mon bonheur ps 118

 

Voilà que le psalmiste dit à Dieu

Cette liste prise au hasard de  ma lecture des psaumes m’a fait prendre conscience davantage que pour le psalmiste Dieu est vraiment l’intime de sa vie, son prochain le plus proche.

Cela nous invite à entrer dans cette même confiance, cette même proximité avec  Lui.

Le psautier est donc bien cette école de la proximité.

 

Mais cela m’a donné l’idée d’une question pour celles et ceux qui vivent en couple :

 

Dans votre vie de couple est-ce que vous vous dites aussi ces mots ?

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Boite à outils
commenter cet article
12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 12:23

Je crois en Toi, Esprit-Saint, Esprit d'Amour, Souffle de vie prophétique !

 

La Pentecôte :

  --Tous et toutes, ensemble, réuni(e)s en un même lieu. Par peur !

  --Véritable tornade, l'Esprit transporte les apôtres sur la place publique

  --Les apôtres, les disciples, hommes et femmes, ont l'audace de parler,

un langage d'Amour que chacun-e comprend en sa propre langue.

 

Ma Pentecôte :

   --Enfermée dans mon cénacle, silence garanti.

  --Un soir, dans mon simple geste d'oser donner un de mes premiers textes à un couple ami. Brusquement, comme les murailles de Jéricho au son des trompettes.

Les hautes murailles patiemment construites au fil des années, par mon silence tel qu'il m'est si souvent vanté au sein de mon Eglise, ces murailles qui m'emmuraient se sont écroulées.

  -- Tu me donnes des ailes. Tu me transportes au cœur du monde. Je me sens heureuse, légère, libérée, libre. Tu me donnes d'accepter, enfin, d'être femme. Tu me rends ma dignité humaine de Femme.  Tu me donnes confiance en moi. Tu me donnes l'audace de parler... et depuis, rien ne semble m'arrêter ! Mêmes pas les rebuffades !

Instant merveilleux qui me vivifie encore aujourd'hui !

 

Je crois en Toi, Esprit-Saint, Esprit d'Amour, Souffle de vie prophétique !

Tu me décentres, me pousses vers l'autre, vers les autres. Tu me donnes la joie de la rencontre. Tu m'invites à  vivre avec les autres, à partager, à m'habiller comme toutes les personnes qui m'entourent, à travailler, à manger, à dormir, à aimer, à vivre l'Esprit des Béatitudes,

Être pauvre avec les pauvres, les affligé-es, avoir faim et soif de justice, de  dignité, de liberté, de vérité, dans la Confiance, la Paix, l'Amour.

Tu m'invites à être levain dans la pâte, à m'engager avec d'autres sur le chemin de l'Amour, en œuvrant ensemble contre la misère, la famine, l'injustice, l'indignité, l'enfermement, la solitude,

pour le respect de la dignité humaine de chaque personne en luttant contre la servilité, la soumission-domination, l'asservissement, l'esclavage, le lavage de cerveaux (comme dernièrement celui fait à grand renfort d'un tapage médiatique au sujet du droit au mariage pour tous, lavage qui révèle aussi combien mon Eglise a eu, durant des siècles, l'emprise sur les consciences!!!) et même lutter contre le fait de demander de prononcer des vœux à une personne voulant se mettre au service du Dieu-Amour ! Jésus n'a posé qu'une seule question : « M'aimes-tu ? »

Tu me donnes aussi la force et l'énergie de m'engager avec d'autres pour lutter contre les injustices, toutes les formes de discrimination : hiérarchie, sexisme, homophobie, racisme, apartheid, xénophobie, exclusions, excommunications, interdits de parole...et même interdits de Vérité dans certains scandales que l'on veut couvrir d'un silence nocif.

 

Je crois en Toi, Esprit-Saint, Esprit d'Amour, Souffle de Vie prophétique.

Tu me donnes CONFIANCE en moi, en toute personne humaine et au creux de cette confiance, je découvre la Paix, la joie de Vivre, ICI et Maintenant.  

Alice Damay-Gouin               

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invité-es
commenter cet article
8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 22:13

Voici un travail de théologie pratique que j’ai rédigé pendant mon cursus de maitrise. J’avais pour objectif d’interroger la manière dont je transmets cette forme de prière, les raisons de son adaptation et les enjeux spirituels et humains de cette forme de prière.

 

Introduction :

Parmi les pratiques, celles qui sont les nôtres, ont l’avantage d’être bien connues.

C’est pourquoi, j’ai choisi d’interroger une de mes pratiques : l’enseignement d’une manière de prier, qu’on appelle l’Examen, tel que les Exercices d’Ignace de Loyola nous l’ont transmise. J’ai l’occasion de l’enseigner dans le cadre de mon ministère de prédication ou d’accompagnement de retraites spirituelles. Pratique donc bien connue par moi dont le risque, cependant, est d’y être trop impliquée pour prendre assez de distance et permettre une vraie interrogation.

Cette interrogation, je l’ai quand même tentée dans deux directions. La première : quels sont les enjeux humains et chrétiens d’une telle manière de prier ? La seconde : puisque la manière dont je la présente est différente du texte littéral écrit par Ignace, quelles sont les raisons de cette liberté prise par rapport au texte ignatien ? Ce double questionnement m’a paru intéressant pour réfléchir à ma pratique et, si nécessaire, la modifier.

Puisqu’il s’agit d’une pratique d’enseignement, je donnerai d’abord le texte lui-même de mon enseignement, ensuite, j’essaierai de dégager les enjeux humains et chrétiens de cette manière de prier et après je la questionnerai. Dans la deuxième partie de l’exposé, il y aura d’abord le texte  d’Ignace de Loyola tel qu’il l’a écrit dans ses Exercices et ensuite le questionnement sur les raisons de la liberté que je prends en le présentant différemment. Dans la troisième partie, j’essaierai de tirer les enseignements de ce travail du point de vue de ma pratique et du point de vue méthodologique.

 

I : Une manière parmi d’autres de présenter cette forme de prière.

A/ le texte de l’enseignement :

J’ai gardé à mon texte, son côté oral. Le voici :

« La première partie de cette prière, la plus importante, c’est le merci :

1-Un merci inconditionnel d’abord ;

Le psaume 139 nous fait dire: « Merveille que je suis ». Oui merci pour la merveille que je suis aux  yeux de Dieu, et si je ne le suis pas à mes propres yeux, faire cette demande de grâce : « Donne-moi d’échanger mon regard contre le tien »

2-Mais aussi merci pour tout ce dont j’ai été bénéficiaire aujourd’hui, ce que j’ai reçu des autres aujourd’hui. C’est fou ce qu’on peut trouver si on commence : merci pour celles qui ont fait la cuisine ce midi, merci pour les ouvriers qui ont construit cette maison, ceux qui l’ont améliorée, merci pour ceux qui me permettent d’avoir une Bible entre les mains, les ouvriers du livre mais aussi les chrétiens de toutes les générations qui m’ont transmis la foi, merci pour le conducteur du train qui me permet de me rendre tous les jours à mon travail etc…

Quand on commence, le merci est un petit filet d’eau, il peut devenir un grand fleuve.

L’avantage de ce merci, c’est de quitter une mentalité du « tout est dû » pour parvenir au « tout est don ».

3-Le merci porte aussi sur les bonnes choses que j’ai faites, ce que j’ai réalisé, ce qui construit le Royaume. Dieu a mis en nous une capacité de bonté, de vérité, de beauté, de justice.

C’est important de reconnaître cela : oui, en écoutant telle personne, le Royaume a grandi, oui, en accomplissant mon travail le Royaume a grandi. Et je dis merci à Dieu car la source de tout amour est en Dieu, c’est de Lui que nous recevons  cette capacité d’aimer.

 

La seconde partie est une prière de discernement :

A la fin d’une journée, on peut se rendre attentif à ce qui  habite notre cœur :

- Repérer ce qui a été source de vie, de paix, de foi, de charité, parce qu’il y a des chances que Dieu nous indique par là un chemin à prendre, un chemin à continuer, un appel à répondre, une attitude à garder précieusement.

- Repérer aussi ce qui a été source de tristesse, de découragement, d’amertume. Se demander pourquoi ce ressenti en moi ? Un peu comme les disciples d’Emmaüs qui confient  leur amertume à l’inconnu du chemin. Cela peut être l’occasion d’un appel au secours, d’une demande de guérison ou de pardon que je donne à celui qui m’a offensé,  un pardon que je demande à Dieu car je découvre que cette tristesse peut m’indiquer que ma relation d’amitié avec Lui est blessée.

 

La troisième partie, c’est l’offrande de demain :

Je peux, avec mon agenda ou ma seule mémoire,  confier à Dieu la journée de demain, en demandant son aide sur ce qui me fait souci, en me réjouissant à l’avance avec Lui de ce qui sera certainement heureux

Cette prière a pour effet d’inviter Dieu à être le compagnon de ma vie, à ne pas Le laisser sur le palier de ma vie, mais de L’inviter à y entrer pour qu’Il l’éclaire de Sa Lumière.

Cette prière a pour effet de me faire devenir un peu plus contemplatif de Dieu dans ce qui fait le plus concret de ma vie.

 

B/ Enjeux humains et spirituels de cette manière de présenter l’Examen :

1-L’enjeu du merci inconditionnel

Dire merci est un mot, une action connue de tous et pratiquée par tous. Le premier avantage de cette prière est donc d’enraciner une expérience de foi dans une expérience humaine courante.

Nous disons merci quand nous recevons quelque chose de bon et nous le disons à quelqu’un. Dire merci à Dieu pour ce que je suis, c’est reconnaître la bonté de mon être et mon origine en Lui. Le 2ème avantage est donc d’entrer dans un travail de reconnaissance positive de soi - ce que je suis est bon- et -je suis le sujet d’un don qui vient  de Dieu. Le fait de désigner l’auteur divin du don renforce la reconnaissance positive de soi. Ma pratique d’accompagnatrice spirituelle me montre que pour tous, ce travail d’accueil est important.

Dire merci à Dieu, c’est entrer dans une relation où je consens à venir d’un autre. Cette attitude se joue déjà dans la relation parentale : la vie m’a été donnée, je n’en suis pas la source. La vie spirituelle c’est entrer de plus en plus dans cette relation à Celui qui me précède, de qui je reçois la vie et la relation à Lui comme un cadeau : se vivre en fille ou fils de Dieu.

Dire merci à Dieu, c’est faire l’expérience d’un Dieu bon. Il y a là également un enjeu théologique. L’auteur du don est bon, ce qui est donné est bon et le bénéficiaire est bon. Nous sommes ici dans le lieu biblique de Gn 1 : « Et Dieu vit que cela était bon…que cela était très bon »

Faire l’expérience renouvelée de ce merci peut faire vivre à long terme une transformation de manière de voir et d’agir : Cela peut délivrer de se prouver à soi et aux autres qu’on existe, de manière inquiète et jamais satisfait, délivré de l’inquiétude et de la mauvaise dépendance de l’estime des autres, d’un faire pour exister et paraître. Il n’y a plus à prouver sa valeur puisqu’on la tient d’un Autre. C’est donné, ce n’est ni à revendiquer ni à prendre. L’incidence peut être grande dans la manière de mener sa vie selon l’Esprit, c’est à dire en liberté.

 

2-Les enjeux du merci pour ce dont j’ai été bénéficiaire et ce dont j’ai été l’acteur

La personne ici fait mémoire de sa journée en y repérant ce qu’elle a reçu des autres et ce qu’elle a donné aux autres. En faisant cela, elle est invitée à contempler Dieu à l’œuvre dans ce monde, dans sa vie. Il y a ici un enjeu important de théologie : l’image présentée ainsi est celle d’un Dieu proche, à nos côtés et de notre côté. Il n’est pas le Dieu lointain qui se désintéresse de la vie de ce monde. C’est donc entrer dans l’expérience biblique fondamentale : relecture que le peuple juif a faite de son histoire pour y découvrir le Dieu sauveur et créateur. Dans la foulée, la personne découvre que sa propre histoire est elle aussi « histoire sainte ».

Dire merci permet de guérir d’une cécité qui ne voit pas tout ce qui est donné par la vie et par les autres. Dire merci, c’est signifier que cela n’est pas un dû mais un don. Dire merci fait entrer dans une attitude de gratitude.

Dire des mercis également à ce qu’on a fait peut paraître curieux.  Et pourtant c’est du même ordre que le précédent merci et permet de comprendre que ce merci s’adresse à Dieu. En effet cette présence et cette action de Dieu sont  médiatisées par ma vie et celle des autres. Dieu agit par la capacité de bonté, de vérité, de beauté, de justice qu’il a mise en nous.

 

3-Les enjeux de la prière de discernement

La journée vient d’être vécue et on peut en rester là sans en tirer profit. C’est un fait brut. Si j’accepte de la regarder, d’en faire mémoire, je vais y chercher du sens. Le sens proposé ici est la présence de Dieu, Son Action, Son Appel : contempler Dieu au cœur de notre vie.

La médiation qui va permettre de Le reconnaître est intérieure à nous-mêmes : la répercussion affective en nous de ce qui s’est passé. L’image biblique qui peut nous aider à comprendre l’enjeu de ce moment est sûrement celle des pèlerins d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant pendant qu’Il nous parlait en chemin ».(Lc 24/32.) Les deux disciples reconnaissent après coup la présence de Dieu dans leur vie à la répercussion de joie produite.

Il s’agit donc de repérer ce qui a été source de joie, de paix, de plus de foi, d’espérance, de charité, ce qui a produit en nous force et courage. Ces indices sont le signe d’un accord avec ce que Dieu est, avec Sa volonté, signe de Sa présence, de Son compagnonnage avec nous. Il nous confirme que telle décision, telle action, tel événement vont dans le sens du Royaume.

Ignace l’exprime de la manière suivante dans ses règles de discernement : « Le propre du bon esprit est de donner courage et force, consolations, larmes, inspiration et quiétude, en rendant les choses faciles et en écartant tous les obstacles, pour qu’on aille plus avant dans la pratique du bien. » Ou encore : « En définitive, j’appelle consolation, tout accroissement d’espérance, de foi, et de charité et toute allégresse intérieure qui appelle et attire aux choses célestes et au salut de l’âme, en l’apaisant et la pacifiant en son Créateur et Seigneur »

Les répercussions affectives inverses, tristesse, découragement, amertume etc… sont des appels à s’interroger. Ne seraient-elles pas signe de fausse route, de décision à revoir, d’attitude à remette en cause, de situations à combattre ?

« le propre du mauvais esprit est de mordre, d’attrister, de mettre des obstacles en inquiétant par de mauvaises raisons pour qu’on n’aille pas plus loin ». Ou encore : « J’appelle désolation…obscurité de l’âme, trouble intérieur, motions vers les choses basses et terrestres, absence de paix venant de diverses agitations et tentations, qui poussent à un manque de confiance ; sans espérance, sans amour, l’âme se trouvant toute paresseuse, tiède, et comme séparée de son Créateur et Seigneur ».

La reconnaissance d’un accord avec Dieu se fait donc par une médiation de répercussion affective. Affective au sens de ce qui m’affecte profondément. Revoir sa journée pour y discerner la présence de Dieu, Son œuvre et comment j’y ai collaboré, permet peu à peu de devenir « contemplatif dans la vie ». On y fait l’expérience que le lieu de Dieu est le lieu de nos vies. Et que les critères de discernement de Sa présence sont à chercher au plus intime de nous-mêmes.

 

4-Les enjeux de l’offrande de demain

Pour cette 3ème partie de l’Examen, les enjeux sont les mêmes, sauf que le regard est orienté vers l’avenir. Cette offrande ( ?) est acte de foi en l’alliance inconditionnelle de Dieu pour nous : « Je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28/20) et expression du désir de réponse positive à cette offre de Dieu. Mais il s’agit bien toujours de reconnaître à l’avance ma vie comme l’espace d’une rencontre avec Dieu qui Se donne, notre histoire comme espace de révélation petit problème ici… il manque qque chose.

 

C/Un questionnement sur cette manière de présenter l’Examen :

La dérive possible d’appel à la gratitude.

Une très bonne analyse de dérive possible se trouve dans un livre de Geneviève Comeau. La dérive, ce serait d’être dans une logique du donnant-donnant, ce qui enlève le caractère gratuit du don et fait entrer dans une logique de la dette qui peut enfermer le bénéficiaire.

S’inspirant de Maurice Bellet, elle écrit : « Dieu qui n’est qu’amour ne nous condamne pas, mais nous condamne à l’aimer. Le don de Dieu est alors perverti et les chrétiens sont pris dans les marécages d’une religion affective ».

Pour éviter cette dérive, il convient de tenir ensemble la tension de la proximité et de la distance pour qu’il puisse y avoir un accueil libre du don et une vraie gratitude.

Cela suppose de présenter ce merci comme un acte de liberté et non comme une obligation de réponse. La gratitude comme l’amour qui la motive ne se commande pas.

L’attitude du Christ dans les Evangiles peut nous aider à éviter le piège de la contrainte. Dans plusieurs passages nous l’entendons faire appel à une libre décision de ses interlocuteurs. « Que veux-tu que Je fasse pour toi » à l’aveugle en Mc 9/51. « Veux-tu guérir » au paralytique de la Belle Porte en Jn 5/6. Nous Le voyons Se retirer après la multiplication des pains en Jn 6/15. Il le fait pour éviter le piège d’un messianisme politique mais on peut aussi le comprendre  par une volonté de discrétion de celui qui s’efface et ne s’impose pas par un don qui peut étouffer le bénéficiaire.

Il est donc important, quand on parle de la gratitude envers Dieu de bien maintenir que Son don est gratuit et que notre réponse ne conditionne pas le don de Dieu. C’est Sa liberté de donner et de Se donner. C’est la nôtre d’y répondre ou pas.

 

II : Mise en parallèle du texte d’Ignace et de son adaptation

A/ le texte tel qu’il est écrit dans le livret des Exercices

Le premier point est de rendre grâce à Dieu notre Seigneur pour les bienfaits reçus.

Le deuxième point : demander la grâce de connaître ses péchés et de les rejeter.

Le troisième point : demander à mon âme qu’elle me rende compte, depuis l'heure du lever jusqu'au présent examen, heure par heure ou période par période,  d'abord des pensées, puis des paroles, puis des actions, selon le même ordre qui a été indiqué dans l'examen particulier.

Le quatrième point : demander pardon de ses fautes à Dieu notre Seigneur.

Le cinquième point : former le propos de s'amender avec sa grâce. Pater noster.

           

B/ Questionnement sur la liberté prise en le présentant autrement.

            1-Mise en parallèle : équivalence et différence

La méthode présentée est en trois points et elle ne fait intervenir la reconnaissance du péché que de manière allusive. Le texte d’Ignace propose 5 points qui, sauf le premier, ont tous trait à la recherche du péché, de la contrition et de l’amendement.

Les deux manières ont en commun le premier point.

Pourquoi cette adaptation ? Dans les Exercices, l’Examen est proposé durant la première semaine dont le fruit spirituel recherché est : la purification de ce qui peut nous empêcher de faire un choix ajusté, la conversion, l’action de grâce pour la miséricorde de Dieu, se vivre comme pécheur pardonné et sauvé.

Il ne peut être donné dans sa rigueur qu’à des personnes psychologiquement solides et dont la relation à Dieu se vit dans une grande confiance. Souvent ce n’est pas le cas. Et donc, dans ce cas et dans le cadre d’une retraite, je préfère insister sur le merci dans le but de fortifier la confiance et proposer la prière de discernement pour ouvrir à une compréhension du péché par le biais d’une découverte intérieure : l’amitié avec Dieu est source, chemin de vie en nous, notre refus de Dieu a des conséquences dont nous sommes les premiers à souffrir.

            2-l’adaptation : une liberté donnée par Ignace lui-même

Contrairement à certaines pratiques qui font de lui un texte rigide, le livre des Exercices est pour Ignace un outil dont il faut se servir en tenant compte du retraitant. « C’est en fonction des capacités de ceux qui veulent recevoir des Exercices spirituels, c’est à dire en fonction de leur âge, de leur culture ou de leurs dons, qu’il faut adapter ces Exercices. »

                       

 

III : Quelques profits à tirer de cette étude

A/ Le profit pour la transmission de cette manière de prier

Le profit est double. D’abord, cela m’a confirmée dans l’importance de cette forme de prière et dans son enjeu spirituel et théologique. Ensuite le questionnement sur la gratitude va me permettre d’être davantage attentive à la présenter comme une offre dans la liberté.

B/ Le profit pour la méthodologie en théologie pratique

Par manque de temps j’ai choisi ce que je connaissais bien, m’évitant le travail d’apprendre à « connaître » .Mais  j’ai pu me rendre compte de l’importance de bien connaître la pratique qu’on veut travailler.

La pratiquant moi-même, il m’était facile d’avoir un a priori positif sur cette pratique. Cependant, cet a priori doit nous habiter en toute circonstance et chercher auprès de ceux qui la pratiquent les raisons qui les font agir ainsi.

Nous avons étudié dans notre séminaire la méthode de corrélation. J’ai retenu les trois moments suivants : vécu- expérience- référence. En étudiant la pratique de l’Examen j’ai découvert que cette prière était un merveilleux moyen pour entrer dans l’esprit de cette théologie pratique. Le fait brut du vécu d’une journée devient expérience de Dieu par le sens qui y est donné et qui devient lieu de parole.

Nous disions qu’en théologie pratique, il ne faut pas en rester au registre du connaître mais parvenir au niveau de l’interprétation théologique pour à la fois justifier mais aussi questionner et remettre en cause si nécessaire. J’ai tenté de le faire en montrant quelle image de Dieu sous-tendait cette forme de prière et j’ai tenté de la questionner par le piège possible d’une mauvaise gratitude

 

Conclusion.

Une pratique de prière, fut-elle chrétienne, a besoin d’être interrogée. Est-elle vraiment évangélique ? A quelle condition ? Quelle image de Dieu induit-elle ? Quel rapport au monde favorise-elle ? Ces questions sont à poser pour toute pratique de prière et toute expérience spirituelle qui accepte d’être relue.

 

Bibliographie

-Dictionnaire de spiritualité tome 30 à 32, articles : Examen de conscience, Paris : Beauchesne 1961 pp 1789-1838 .

-Dictionnaire de la vie spirituelle dir : DE FIORES Stefano, article : Exercices Spirituels, Paris : Cerf 1984 pp 358-366.

-Revue Christus n°170 HS de mai 1996 : Pratiques ignatiennes. Donner et recevoir les Exercices spirituels , article : l’examen, prière d’alliance de Pierre GOUET , Assas Editions..

-Congrégation pour la doctrine de la foi: quelques aspects de la méditation chrétienne, Joseph Ratzinger dans la DC n)1997 de janvier 1999 tome 87.

 

 

 

 

Ignace de Loyola, Exercices spirituels n° 315 Paris : Desclée de Brouwer 1989

Idem n°316

idem n°315

idem n°317

Geneviève COMEAU, Grâce à l’autre, Paris :les Editions de l’Atelier, 2004.

Idem p.88

Exercices spirituels n°43

idem n°18

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Spiritualité ignatienne
commenter cet article
5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 22:27

Sainte Thérèse Couderc (1805-1885) fondatrice des Sœurs du Cénacle a écrit le 26 juin 1864 un texte où elle essaie de mettre des mots sur une expérience spirituelle fondamentale pour elle. Elle le résume par ces mots : « Se livrer ».


L’an prochain, le 26 juin 2014, les Sœurs du Cénacle vont fêter le 150ème anniversaire de la rédaction de ce texte. Voici quelques réflexions pour le comprendre. On peut le trouver sur le site : http://www.ndcenacle.org/page-1113.html

 

Ce texte est écrit au moment où elle entend les cloches qui invitent à la messe. Elle comprend la messe comme un geste qui sauve : contemplation du Christ qui Se livre. Elle désire entrer dans ce geste

Elle essaie de saisir sa profondeur en tâtonnant. Elle arrive à le définir comme : être toujours tournée vers Dieu.

 

L’erreur à commettre, serait de faire de cela une attitude consciente de tous les instants. Ce n’est pas possible. Elle-même le suggère quand elle dit que c’est facile, qu’il suffit de le décider une fois et tout est dit. Car ce n’est pas une attitude consciente de tous les instants mais une décision de fonder sa vie sur cela, d’en faire le critère de ses décisions.

 

Cette attitude spirituelle permet une certaine compréhension de l’Eucharistie en évitant de la concevoir  comme une « chose » mais plutôt comme une action, un acte.

L’Eucharistie  une action, un acte.

Quand le prêtre offre sa voix pour que le Christ dans l’aujourd’hui de notre histoire puisse dire « ceci est Mon Corps livré pour vous, Mon Sang versé pour vous », cela rend présent non une chose, mais cela rend présent l’action du Christ qui Se livre.

 

Donc communier, ce n’est pas recevoir une chose, une hostie, c’est par ce geste, entrer dans l’action du Christ qui Se livre, Le laisser Se livrer à nous, pour à notre tour, irrigués par ce don, pouvoir être donateurs-trices à notre tour, nous livrer à Lui, nous livrer pour donner la vie à notre tour. Communier, c’est donc donner sa vie.

 

Cette action du Christ donne le sens de l’ensemble de la liturgie :

 

Les chants de louange (chants, Gloria, Alléluia, Sanctus…), c’est se livrer à la joie du Christ pour, en réponse, être porteurs de joie.

 

Les moments pénitentiels (Kyrie, Agnus …), c’est se livrer à la miséricorde du Christ pour, en réponse, être artisans de la miséricorde.

 

Les moments de confession de foi (Credo, Amen…) c’est se livrer à la foi du Christ pour en réponse être porteurs de foi.

 

Le moment de l’Envoi, c’est se livrer à la mission du Christ pour en réponse, s’engager de  manière renouvelée dans la mission.

 

Cette action du Christ donne le sens de l’ensemble de notre vie.

Quand, dans le quotidien de nos vies, nous nous livrons à la joie, le pardon, la confiance, la mission, nous nous livrons au Christ. Nous somme livré-es et c’est toute notre vie qui est eucharistique.

 

Nous pouvons élargir cela à l’ensemble de l’humanité.

En effet, Dieu ne se livre pas seulement dans l’acte de la Croix. Cet acte de la Croix est bien l’acte humain de Dieu  le plus haut pour dire Son Amour. Mais Il s’est livré aussi dans Son Incarnation et aussi dans l’acte créateur et aussi dans sa résurrection.

 

La création est la sortie continuelle de soi de la part de Dieu. Il livre son être faisant de nous Son image et Sa ressemblance. Ce qui fait que chaque humain-e est con-figuré-e à Lui.

 

 

Se livrer, c’est pour nous, à ce niveau, accueillir la vie que je reçois, se livrer c’est accueillir la vie et ce monde comme un cadeau.

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans fondamentaux de la foi
commenter cet article
28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 13:58

J’ai été intéressée par un article d’Adolphe Gesché sur fond des questions soulevées par le mariage pour tous.

En effet une part importante (mais non unanime) des catholiques français et de l’Episcopat, fonde leur opposition sur une conception anthropologique qui serait le dessein de Dieu de toute éternité. Cela donne même l’impression que (oubliant ce que les sciences nous disent de la formation du cosmos, de la lente émergence de la vie, de l’évolution des espèces jusqu’à l’humain) nous revenions à une conception de l’homme et de la femme directement tiré-es des mains de Dieu !

J’ai lu cet article (que je vous recommande de lire en entier) sur fond de ces questions. L’anthropologie défendue par l’Episcopat me semble relevé du concept de fabrication et de dictée, de scénario figé, de réalité fixiste.

La cosmologie et l’anthropologie qui se dessinent dans cet article me semble être  d’une tout autre perspective et peut se résumer bien par ceci :

« Dieu, précisément, a voulu un cosmos qui ne soit pas puredictée, mais espace de possibilités internes et de liberté inventive. »

Voici donc des extraits de quelques pages écrites par Adolphe Gesché, dans son livre : Dieu pour penser le cosmos. Editions du Cerf 1994. Page 49 à 82

 

"Nous savons déjà que, en créant l'homme, c'est-à-dire une liberté, Dieu s'est interdit, là en tout cas, d'être le simple Moteur d'une dictée toute faite et réglée d'avance . La création de l'homme est la position, sans reste et sans retour, d'un être qui; de par la volonté même de son créateur, est appelé – c'est son acte de naissance à l'être –, à se construire dans -le droit et le devoir de l'invention et de la responsabilité. Il s'agit là d'un droit d'essence et d'un devoir d'existence. Avec l'homme, la création atteint à cet égard son véritable sens. Créer, c'est susciter quelque chose d'entièrement autre, de tout nouveau, et qui n'aura de signification, pour son créateur lui-même, que dans cette autonomie donnée et reconnue.

L'homme est là avec commandement et mandat, pour sa vraie grandeur comme pour celle de Dieu, de donner à son créateur la repartie. Celle, en somme, d'un co-créateur.

 

Mais en est-il de même, fût-ce avec des nuances, du cosmos ?

 

On comprend fort bien les réticences, et qu'on soit tenté de penser ici le contraire. Car si Dieu a créé l'homme tel que nous l'avons vu, n'est-ce pas précisément comme exception à l'ordre général, exception qui le définit dans sa singularité ? …

Ne devrions-nous donc pas plutôt nous demander s'il n'y a pas, dans l'univers où l'homme surgit, et donc dès le vœu créateur initial, un principe fondamental de créativité qui anime la création tout entière ? Il y aurait, et qui nous précède, un cosmos qui serait, lui déjà (et bien sûr à sa manière), instruit par un commandement d'invention…

L'homme manifesterait donc bien un saut de transcendance, mais non point aliéné de ce monde. La chose est pour nous capitale puisque, pour penser l'homme, nous croyons qu'il lui faut un cosmos qui soit véritablement son lieu, où il ne soit justement pas un étranger…

C'est en somme l'unité même de la création qui est ici en cause. Celle-ci, dans notre hypothèse, manifesterait tout entière, d'un bout à l'autre de la chaîne, une capacité fondamentale, « élémentale » de liberté, un devoir constitutif d'invention qui constituerait la charte même de toute la réalité. L'homme serait vraiment chez lui dans l'univers, comme celui-ci se retrouverait vraiment en l'homme…

il n'est donc pas indifférent que le cosmos où nous sommes nés (et parce que c'est là que nous sommes nés) soit ou ne soit pas une machine, mais qu'il présente au contraire une structure où ce qui est en jeu, dès le début, in principio, dès le départ, ce n'est pas la dictée mais l'invention, vœu de la réalité tout entière. Un monde où ce qui est attendu, où ce qui est en gestation comme sa raison d'être, c'est l'avènement plénier de la liberté, qui en est le sens et le couronnement. N'est-ce pas la signification de cette page souveraine de saint Paul, que « la création tout entière gémit [dans l'attente de] la liberté des enfants de Dieu » (voir Rm 8, 21-22) ?

L'homme alors n'est pas un Prométhée qui doit faire violence aux lois pour inventer et créer (et s'attirer du reste ainsi le courroux du dieu et de la nature elle-même). Il est celui qui bien plutôt accomplit, met au monde une potentialité qui s'y trouve inscrite… L'homme met au monde le monde. En connivence avec Dieu qui l'y a préposé. Mais en connivence aussi avec ce monde qui l'attend. Voilà pourquoi il n'est pas indifférent que ce cosmos, au lieu d'être une horloge déjà réglée, soit un monde où l'invention est la loi de son enfantement…

 

 

Dieu, si on veut bien nous passer l'expression, ne fait pas les choses «comme ça ». La création n'est pas la fabrication de choses toutes faites, comme le pense la conception naïve du créationnisme ou une idée toute mécanique de l'œuvre de Dieu…

Dans cette création, il y a des lois immanentes et des processus d'autorégulation, voire d'invention. Mais, dans le même temps aussi, on dit bien que c'est Dieu (créateur) qui «fait que » les choses se font ainsi. Dieu est affirmé « comme Cause », mais son geste est précisément de vouloir une autonomie interne. Saint Augustin voyait même très exactement en cela la véritable grandeur du créateur et l'essence même de l'idée de création. Créer, ce n'est pas tout dicter et disposer d'avance, mais ouvrir un champ et un espace d'autonomie. Fabriquer, c'est faire une chose toute déterminée et pour son utilité ; créer, c'est faire que l'autre soit pour lui-même.

Au reste, si nous voulons étayer notre proposition, remarquons que le texte scripturaire ne parle pas d'une causalité fabricatrice, ponctuelle, immédiate, mais d'un surgissement et d'un événement : les choses sont deve­nues (« egeneto »), écrit la Septante, en une version qui rend tout à fait compte de l'hébreu (ha.yah, advenir, surgir), alors que le latin («factum est ») est formellement déficient. Le verbe gignomaï (à rapprocher de l'anglais become : to coure to be) n'est pas le verbe eînaï, lequel pourrait insinuer ici comme une fixité.

Par Dieu (ou par sa parole, ou par son Verbe), « toutes choses sont devenues ». Elles ont été posées dans le devenir, dans leur devenir. A cet égard, rien n'est peut-être plus instructif que la formule de notre Credo, au reste directement inspirée de l'Écriture : di'hoû ta pansa egeneto 12. « Par qui tout a été fait », traduisons-nous très maladroitement à la suite du latin. « Par qui tout est devenu », devrions-nous dire. Traduction plus adéquate, exprimant mieux le caractère 3 précisément dynamique, « non achevé » du geste divin’. Sans compter que dans ce di'hoû ou ce per Quem est littéralement inscrit que la création n'est justement pas un acte d'immédiateté toute faite, mais qu'elle recourt, dès son principe, au ministère d'une médiation. Il n'y a pas, entre le créateur et le créé, cette absence d'écart, cette immédiateté qui laisserait tout dans les mains crispées d'un Dieu gardant en lui toute la causalité. N'y a-t-il pas quelque chose de barbare en cette idée de Dieu, et qui ruinerait l'intuition chrétienne"?...

Il est celui qui fait que les choses se font comme elles se font (et en cela il est Cause), mais, rigoureusement, il ne les fait pas, il ne les fabrique pas. Il ne les cause pas, il les crée. C'est-à-dire les provoque au devenir, il leur donne ordre d'advenir. N'est-ce pas pourquoi le récit de la création tout entier s'ordonne autour de mots de commandements et de verbes à l'optatif et à l'impératif ?

En n'identifiant pas purement et simplement Dieu créateur au rôle d'une cause, nous pouvons - car c'est une autre vérité de la création - identifier et respecter les causalités séculières et autonomes qui jouent dans la création. Qu'il s'agisse des lois, qu'il s'agisse du

hasard,, qu'il s'agisse des intentionnalités des êtres libres, ces causes, qui ont leur consistance et contribuent à la figure de ce monde, sont reconnues pour elles-mêmes et Dieu ne leur est pas substitué. L'autonomie des réalités terrestres s'en trouve garantie, contre tout créationnisme naïf ou intégriste, où le monde se trouve réduit à une, copie toute faite. Dieu, précisément, a voulu un cosmos qui ne soit pas pure dictée, mais espace de possibilités internes et de liberté inventive. Il y va de la consistance du cosmos reconnu pour lui-même

Dieu a créé un devenir créateur où, par le jeu et la médiation de causalités  internes, des choses vont advenir. Il a créé un processus, des virtualités, non des choses ou des objets, même si ceux-ci répondent à un vœu qui ne vient que de lui (« Qu'il y ait de la lumière »). Il a créé le monde, oui, mais ce monde est un champ ouvert. Ainsi se trouvent réconciliées notre foi chrétienne en Dieu créateur et notre observation de la réalité du monde telle que la science la découvre. Dieu a fait ce qui fait qu'il y ait cette création, ce cosmos que nous observons dynamique et inventif. Dieu est alors vraiment Créateur, vrai Créateur, c'est-à-dire créateur de création (sens actif), le créateur, non tant de choses créées, que bien plutôt de la création…

C'est bien de Dieu que le monde tient son être et son principe, mais ses « décisions internes » lui ont été laissées et confiées par Dieu. À quoi l'on reconnaît un créateur. Dieu n'est plus alors cet horloger ou ce géomètre, auteur d'une mécanique il est un créateur. Il, ne dicte rien, il pose «simplement » un-geste inaugural, le geste qui déclenche, permet et rend possible ce cosmos, en lui octroyant précisément de se faire comme il se fera…

Adolphe Gesché

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Invitation à lire
commenter cet article
19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 14:37

trinite.jpg


« Ce qui correspond au Dieu trinitaire, ce n’est pas la monarchie d’un souverain mais la communauté des hommes sans privilèges ni servitudes »( J. MOLTMANN, Trinité et Royaume de Dieu, cerf, 1984, Collection Cogitatio fidei 123,  p 249.

Dans ce livre, (abrégé en TRD), Moltmann établit un lien fort entre théologie et rapports humains. La doctrine trinitaire de Moltmann, doctrine sociale de la Trinité, est pertinente pour penser l’anthropologie de l’humain, femme et homme.

De même que la femme et l’homme sont un dans leur commune nature humaine au sein d’une différence, de même la Trinité est une dans la commune nature divine et la différence des personnes. 

Pour cela des conditions sont à remplir : penser d’une part la Trinité des personnes divines et d’autre part la relation homme-femme dans une parfaite égalité. Ne pas penser Dieu comme un souverain au trait masculin car si on le pense ainsi nous avons une monarchie divine au ciel qui fonde la souveraineté terrestre de tout pouvoir d’un seul sur l’autre. Nous avons l’idée d’un tout puissant souverain du monde qui exige une servitude, une dépendance et qui fonde la souveraineté terrestre, religieuse, morale, patriarcale.

L’enjeu est aussi une question de crédibilité de la foi. Les fausses images d’un Dieu qui aliène l’homme dans sa liberté, ne peuvent qu’être rejetées par nos contemporains.

1-Critique du  monothéisme politique

Il y a un  rapport entre les représentations religieuses d’une époque et les constitutions politiques des sociétés, des conditionnements réciproques des alliances entre représentations religieuses et politiques. 

Le Dieu un, créateur, maitre, propriétaire du monde dont la volonté fait loi, qui peut  disposer de tout, et de la volonté duquel tout dépend, a les traits d’un monarque conçu de manière absolutiste.  Il est un, indivisible, parfait car impassible, il  gouverne et tout dépend de lui.

Ce monothéisme a apporté son soutien au principe de souveraineté impériale. La politique qui correspond à la croyance au Dieu unique, c’est l’empire de paix de l’empereur romain. Ce qui a conduit à Constantin et qui a fait passer le christianisme de religion persécutée à une religion autorisée, soutien de l’état.

Le soutien apporté par le monothéisme était  plus absolu que le soutien d’une philosophie. L’Unique empereur tout-puissant, était image visible du Dieu invisible car lui aussi est maitre, propriétaire et sa  volonté fait loi. « A l’unique roi sur la terre correspond le Dieu unique au ciel»( E.PETERSON, Monotheismus als politisches Problem, in Theologische Traktate, München, 1951, p 91. (Cité dans TRD p 241) Mais faire de la souveraineté divine l’archétype de la souveraineté étatique, cela ouvre la voie à un absolutisme au plus haut degré dans l’absence de l’obligation de rendre des comptes, et le met en dehors du droit. Aujourd’hui l’idée absolutiste ne subsiste que dans l’idéologie de la dictature. Mais celle-ci, maintenant, n’a plus besoin de la légitimité religieuse pour s’imposer, elle a à sa disposition la terreur de la force.

Pour surmonter la transposition du monothéisme religieux en monothéisme politique, il faut surmonter l’idée de la monarchie du Dieu unique sur un monde unique. Le regret  qu’exprime Moltmann, c’est qu’historiquement, le dogme trinitaire n’a pas fait échouer cette idée de monarchie divine :

« Aussi longtemps que l’unité du Dieu trine n’est pas conçue trinitairement, mais comme celle d’une monade ou d’un sujet, elle demeure liée à la légitimation religieuse de la souveraineté politique. C’est seulement quand la doctrine de la Trinité surmontera la conception monothéiste du grand Monarque universel au ciel et du Grand patriarche divin du monde que les souverains dictateurs et tyrans de la terre, ne trouveront plus d’archétypes religieux pour se justifier » (TRD  p 247)

Moltmann cite Whitehead : « l’Eglise a donné à Dieu des attributs qui appartiennent exclusivement à  l’empereur. La naissance de la philosophie théistique qui s’est achevé avec l’apparition de l’Islam,  a conduit à la représentation de Dieu selon l’image du souverain impérial, selon l’image de l’énergie morale personnifiée et selon l’image du principe dernier de la philosophie. Il est permis d’ajouter que cette philotheistique représente une philosophie patriarcale à un très haut degré »( A.N. Whitehead,  Process and Reality. An essay in Cosmology, New- York 1960 p 520 cité dans TRD p 247)

2-Comment  sortir de cette représentation ?

Par la doctrine de la Trinité qui, à l’opposé,  est doctrine théologique de la liberté et renvoie à une communauté humaine « sans domination autoritaire et sans contrainte servile » (TRD p 240). La Trinité dit l’union du Père avec le Fils livré crucifié et l’Esprit vivifiant qui crée du neuf. De cette unité, on ne peut pas forger la figure d’un monarque omnipotent du monde dont les potentats terrestres sont les reflets.

Car c’est en tant que père de Jésus crucifié et ressuscité qu’il est tout puissant et qu’il s’expose ainsi à l’expérience de la souffrance, de la douleur, de l’impuissance et de la mort .Il n’est pas toute-puissance. Il est amour. « C’est son amour passionné, passible, et rien d’autre qui est tout-puissant » (TRD p 248)

Dans le Fils,  la gloire de Dieu trinitaire ne se reflète pas sur les couronnes des rois et dans les triomphes des vainqueurs mais sur le visage du crucifié et sur le visage des opprimés dont il est le frère. Jésus crucifié est l’unique image du Dieu invisible. Cette gloire se reflète dans la communauté des croyants et des pauvres.

L’Esprit vivifiant procède du Père de Jésus crucifié et ressuscité. C’est dans l’ombre de la mort que l’on expérimente la résurrection par la force vivifiante de l’Esprit. Il nous procure avenir et espérance. Il ne procède pas de l’accumulation de puissance ni de l’usage absolutiste de la souveraineté

Une théologie politique qui se veut chrétienne doit donc critiquer le monothéisme politique en refusant une unité entre religion et politique mais aussi en recherchant des options politiques qui correspondent aux convictions de la foi chrétienne et qui ne la contredisent pas.

Donc un non à la monarchie d’un souverain, non à  un  maitre du monde, non à un père tout puissant patriarcal qui se définit par le pouvoir de disposition sur ce qui lui appartient.

Et un  oui à la communauté des hommes sans privilèges ni servitudes, communauté où les personnes sont définies par leur relation les unes avec les autres et leur importance les unes pour les autres, définies par la personnalité et par des relations personnelles. Ce faisant, cette communauté est à l’image de la Trinité qui est « une vie inépuisable que les trois personnes ont en commun et dans laquelle elles sont les unes avec les autres, les unes pour les autres, les unes dans les autres » (p 249)

Le monothéisme monarchique a aussi influencé l’organisation de l’Eglise par une déduction représentative de l’autorité divine : un Dieu, un Christ, un évêque, une communauté. Cette déduction se fonde sur le monothéisme monarchique.( Cf sur cette question G.LAFONT, Histoire théologique de l’Eglise catholique, Cerf 1994, Collection Cogitatio fidei 179. En particulier les pages 28 à 32. « Avec les grands courants intellectuels de la période pré-nicéenne…le christianisme est entré dans le cadre de la culture hellénistique…où prévalait la symbolique de l’Un. La pensée chrétienne a fait sienne l’orientation à la fois apophatique et intellectualiste de cette culture. Apophatique en ce sens que ce qui était visé, en dernière analyse, c’était bien l’union mystique avec l’Un au-dessus de tout, identifié au Dieu Père de l’Ecriture biblique » p 28) Elle va jouer aussi en défaveur des femmes. « Une déduction correspondante de la primauté de l’homme sur la femme apparait dans la théologie paulinienne de la Képhalé, 1Co11/13 : ‘le chef de tout homme, c’est le Christ, le chef de la femme, c’est l’homme, et le chef du Christ, c’est Dieu’ ; Ep5/22 : ‘le mari est chef de sa femme comme le Christ est chef de l’Eglise’ (TRD p 251 note 24.

Moltmann ajoute que K. Barth (Cf. Barth, Dogmatique, III/4,54) a développé à partir de cela une théologie de la subordination pour la femme. Théologie qui a suscité à juste titre étonnement et contradiction (voir par exemple Cl. Green, Karl Barth on Women ans Men, in Union Theol.Quarterly rewiev, ¾, 1974). Cette déduction fonde une  hiérarchie ecclésiastique masculine correspondant à la monarchie divine et représentant celle-ci. Le Moyen-âge a consolidé cette conception par une cascade de primautés de l’Un : une Eglise, un pape, un Christ, un Dieu, dans une cascade de délégation graduée, ceci fondé sur le mode de pensée du monothéisme monarchique.

Il peut y avoir une autre ligne de pensée que la pensée de l’Un, c’est le  fondement trinitaire de l’unité de l’Eglise. Qu’il soit « un » au sens  de Jn 17/20 : une unité de la communauté qui soit unité trinitaire. Ce fondement trinitaire est plus profond mais surtout il détermine autrement l’unité. Non pas un monothéisme monarchique qui dit Dieu comme puissance représentée par  l’autorité universelle  et infaillible du seul mais monothéisme trinitaire qui dit Dieu comme communion d’amour.

« Dieu comme amour… est représenté dans la communauté et … est expérimenté dans l’acceptation de l’autre, comme tous ensemble sont acceptés par le Christ. Le monothéisme monarchique fonde l’Eglise comme hiérarchie, comme souveraineté sainte. La doctrine de la Trinité constitue l’Eglise comme communauté libre de toute domination » (TRD p 254. « Communauté libre de toute domination » est une citation tirée du livre de G.Hasenhüttl, Herrschaftsfree Kirche, Sozio-theologische grundlegung, Dusseldorf, 1974)

Moltmann s’appuie également sur des auteurs orthodoxes comme P.Evdokimov pour qui « le principe trinitaire remplace le principe de la puissance par le principe du consensus » (P.EVDOKIMOV, L’Orthodoxie, Paris, 1965 p 131). Il résume cette pensée en écrivant : « A la place de l’autorité et l’obéissance, nous trouvons le dialogue, le consensus, l’accord. Ce n’est pas la croyance en la révélation divine à cause de l’autorité de l’Eglise qui se trouve au premier plan, mais la foi en la raison d’une perception personnelle de la vérité de la révélation. A la place de la hiérarchie qui maintient et qui impose l’unité, nous trouvons la fraternité et la sororité de la communauté du Christ ».( TRD p 254)

D’autre part, pour remplacer le monothéisme politique et clérical, il faut une doctrine théologique positive de la liberté. Le fondement de l’athéisme moderne, c’est la conviction qu’un Dieu régnant par sa toute-puissance et son omniscience rend impossible la liberté humaine. En s’inspirant de Joachin de Flore, mais en le dépassant et  sans reprendre l’aspect modaliste et sa division chronologique,  Moltmann développe cette doctrine théologique positive de la liberté qui se fonde sur le principe trinitaire. Il s’agit de comprendre l’histoire du royaume de façon trinitaire : les règnes du Père, du Fils, de l’Esprit sont des strates et transitions constamment présentes dans l’histoire. 

Le règne du Père :

« Le règne du Père. C’est précisément quand nous comprenons la création du monde de façon trinitaire, comme une action qui se limite elle-même, du Père par le Fils dans la force de l’Esprit, qu’elle est la 1ère étape sur le chemin de la liberté. Là où règne non pas le grand Seigneur du monde mais le Père de Jésus-Christ, un espace est donné à la liberté des créatures. Là où ce n’est pas le grand Seigneur  du monde mais le Père de Jésus-Christ  qui conserve dans sa patience le monde, de l’espace et du temps sont laissés à la liberté des créatures, au sein même de l’esclavage dont elles sont elles-mêmes responsables ; le Père règne par la création de l’être et l’ouverture du temps » (TRD p 263)

Le règne du Fils

« Consiste  dans la souveraineté libératrice du crucifié et dans la communauté avec le 1er né d’une multitude de frères et sœurs… Il introduit les hommes dans la glorieuse liberté des enfants de Dieu en les configurant à lui-même dans sa propre communauté… Quand il se détourne du créateur …la délivrance de cette mort vers l’ouverture originelle ne peut avoir lieu par la domination et par la contrainte mais par une souffrance suppléante et par l’appel à cette liberté qui est maintenue ouverte par la souffrance suppléante » Le Règne du Fils est en forme de serviteur. Il règne par la libération pour la liberté.( TRD p 264)

Le règne de l’Esprit.

L’expérience de l’Esprit, c’est être saisi par la liberté pour laquelle le Fils nous a libérés. Il donne accès à l’immédiateté avec Dieu. Il est Dieu en nous. Par la foi  et l’écoute de sa conscience, l’homme devient ami de Dieu. Par l’Esprit, l’homme fait l’expérience des énergies de la nouvelle création. Il est à la naissance de la communauté nouvelle  sans privilège, sans subordination : communauté d’hommes et de femmes libres.

En cohérence aussi avec son principe eschatologique,  Moltmann  précise que ce règne de l’Esprit est orienté vers le règne de la gloire mais qu’il n’en est pas encore l’accomplissement. L’expérience de l’Esprit qui rend l’homme temple de Dieu (1co 6/13) est anticipation de la gloire où le monde sera temple du Dieu trinitaire (Ap 21/3) Ce règne de gloire sera accomplissement de la création du Père, application universelle de la rédemption du Fils, achèvement de l’inhabitation de l’Esprit.

 

 Cette doctrine trinitaire de la liberté est histoire progressive et croissante de la liberté. Le Père est liberté des créatures qui maintient l’espace vital nécessaire ; le Fils est libération des hommes de leur enfermement grâce à l’amour souffrant qui restaure la liberté. L’Esprit est force et énergie de la nouvelle création.

Confesser Dieu ainsi n’est donc pas négation de la liberté humaine mais au contraire elle l’oriente pour une espérance infinie. A condition de ne pas se tromper de liberté.

Il y a la liberté comme domination, c’est celle qui gagne et domine et celle du maitre seul soumettant et exploitant ceux qui perdent, les   non-libres que sont les femmes, les enfants, les esclaves sur lesquels règne le maître. La liberté comme domination est une liberté qui est aux dépens des autres. Liberté pour l’un qui est oppression pour l’autre, richesse qui rend pauvres les autres. La liberté comme domination ne connait  que soi. « Cette manière d’entendre la liberté comme domination s’enracine dans une société typiquement masculine comme le signale en allemand le mot Herrschaft »( TRD 269). C’est celle du libéralisme bourgeois qui a remplacé l’absolutisme royal et la féodalité, liberté où tout homme est un concurrent dans la lutte pour le pouvoir et la propriété, où tout homme n’est pour l’autre homme que la limite de sa liberté.

Elle s’oppose à la liberté comme communauté « C’est seulement dans l’amour que la liberté humaine acquiert sa vérité : je suis libre et je me sens libre quand je suis respecté et reconnu par les autres et quand de mon côté je  respecte et reconnait les autres. Je deviens réellement libre quand j’ouvre ma vie aux autres et que je la partage avec eux et quand d’autres m’ouvrent leur vie et la partagent avec moi » (TRD p 270)

Cette liberté comme communauté doit se compléter par la liberté des sujets à un projet : « Celui qui transcende le présent vers l’avenir, en pensées paroles, et œuvres, celui-là est libre. Du point de vue théologique, ceci est la dimension particulière de l’expérience de l’Esprit : dans l’Esprit nous transcendons le présent vers l’avenir de Dieu car l’Esprit est la caution de la gloire. La liberté dans la lumière de l’espérance est la passion créatrice pour le possible... l’avenir est le règne des possibilités non encore définies, alors que le passé représente le règne limité de la réalité » ( TRD p271) Cette dimension future de la liberté longtemps ignorée par la théologie « parce qu’on n’a pas compris la liberté de la foi chrétienne comme une participation à l’Esprit créateur de Dieu »(TRD p 272

La pensée de Moltmann permet d’introduire la différence au cœur même de l’unité, de fonder le respect de la différence puisqu’elle est au cœur même de Dieu, une différence sans hiérarchie de l’un sur l’autre.  Elle dédouane la Trinité du patriarcat car celui-ci est le fait d’un monothéisme monarchique.

 Cependant, reste entier, le caractère masculin de la nomination des trois : « L’emploi exclusif d’images masculines est la première difficulté qui ressort d’une réflexion sur la Trinité dans une perspective féministe. La profession de foi en la Trinité présente au moins deux figures masculines, soit un père et le fils qu’il engendre, ainsi qu’une troisième figure exhalée par les deux autres,  celle-là plus informe, mais qui se voit néanmoins attribuer ( dans certaines langues comme le français)  le genre masculin. La puissance évocatrice du symbole profondément masculinisé de la Trinité signifie implicitement une masculinité essentielle chez Dieu au détriment d’une reconnaissance de la qualité d’imago Dei chez les femmes dans leur féminitude même » ( E.A. JOHNSON, Dieu au-delà du masculin et du féminin. Celui/Celle qui est, Paris, Editions du Cerf 1999, p 304).

La question est cruciale. Il faut pouvoir dire « Elle » comme nous disons « Il » pour parler de Dieu.

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans fondamentaux de la foi
commenter cet article
15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 22:10

 

Dans l’Evangile selon  Luc au chapitre 14 verset 15 à 24

 

En entendant ces mots, un des convives dit à Jésus : « Heureux qui prendra part au repas dans le Royaume de Dieu ! » Il lui dit : « Un homme allait donner un grand dîner, et il invita beaucoup de monde. A l'heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : “Venez, maintenant c'est prêt.”

« Alors ils se mirent à s'excuser tous de la même façon. Le premier lui dit : “Je viens d'acheter un champ, et il faut que j'aille le voir ; je t'en prie, excuse-moi.” Un autre dit : “Je viens d'acheter cinq paires de bœufs et je pars pour les essayer ; je t'en prie, excuse-moi.” Un autre dit : “Je viens de me marier, et c'est pour cela que je ne puis venir.” A son retour, le serviteur rapporta ces réponses à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : “Va-t'en vite par les places et les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux.” Puis le serviteur vint dire : “Maître, on a fait ce que tu as ordonné, et il y a encore de la place.” Le maître dit alors au serviteur : “Va-t'en par les routes et les jardins, et force les gens à entrer, afin que ma maison soit remplie. Car, je vous le dis, aucun de ceux qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner.”  »

 

 

Cette parabole demande une explication pour sortir des sentiers battus de l’interprétation courante.

On peut d’abord s’imprégner de ce qui tient au cœur de l’homme de la parabole : inviter le plus grand nombre à son repas, lieu de partage et de joie. Belle image de Dieu qui invite en abondance.

Il faut ensuite bien comprendre les trois excuses qui sont données pour ne pas y aller.

Que disent-ils pour s’excuser de ne pas venir et qui les empêchent de venir : l’achat d’un champ, l’achat de bœufs et le fait de s’être marié. Ces excuses sont-elles valables ? Ont-elles du poids ? Non. En aucun cas le fait d’avoir fait ces achats et le fait de s’être marié empêchent de venir à un repas.

On a souvent interprété cette parabole en disant que la possession des richesses et le mariage peuvent rendre difficile  la réponse à l’appel de Dieu.

Je risque une autre interprétation.

Cet homme, en les invitant à son festin savait bien qu’ils étaient propriétaires, qu’il venait de se marier. Cela ne l’a pas empêché de les inviter. Donc, de son point de vue, la possession et le mariage ne sont pas un empêchement à venir au festin.

L’empêchement, il est dans leur tête. Ils croient que posséder et se marier, cela n’est pas compatible avec leur venue au festin.

N’est-ce pas ce qui a été dit pendant des siècles (posséder et se marier seraient des difficultés à une radicale suite du Christ) et qui traîne encore dans nos têtes ?

Alors comment comprendre la suite de la parabole ?

Le maitre du repas est courroucé  et veut montrer qu’aucune situation humaine n’est obstacle à son repas, tous les humains sont appelés. Il va chercher tous ceux qui se sentent indignes, pauvres, estropiés, aveugles, boiteux. Pour bien montrer que personne ne peut se sentir exclu de son appel. Y compris avec une certaine persuasion (de force dit le texte) tellement une intériorisation de se sentir exclu peut être forte.

Avec cette interprétation, comment comprendre la dernière phrase : « Aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner » ?

Comment l’entendons-nous ? Comme une condamnation ?

Ou simplement comme un constat qui peut rendre triste cet homme généreux ? C’est intéressant de prendre conscience de la manière dont nous l’entendons.

Il me semble qu’on peut l’entendre comme un constat mais aussi comme un appel : cessez de considérez la juste possession des choses et le mariage comme  des empêchements à la suite du Christ.

En quoi cette originale interprétation de la parabole, ouvre-t-elle un nouveau chemin pour moi ?

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Homélies de Soeur Michèle
commenter cet article
11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 15:22

 

De ma conversion au Christ à 18 ans jusqu’à mon entrée chez les Sœurs du Cénacle, Marie n’avait pas beaucoup de place dans ma vie de foi.

Je n’aimais pas l’image de femme qui était véhiculée sur elle : femme silencieuse, effacée, présentée comme modèle aux femmes pour les cantonner dans des positions secondes.

 

Et puis à peu, une relation s’est établie avec elle et ma vision sur elle a changé grâce à la contemplation de l’Evangile.


Je l’ai vue à l’Annonciation comme une femme qui ose questionner, qui ne prend pas pour « argent comptant »  ce qu’elle entend. Une femme qui discerne si cela vient bien de Dieu et y acquiesce par les signes de la joie, de la paix, de la force qu’elle perçoit dans son cœur à cette annonce.

 

Je l’ai vue à la Visitation qui prend l’initiative de partir, qui sait prendre des décisions. J’ai écouté son Magnificat qui est un chant de libération pour tous les opprimé-es du monde.

 

Je l’ai vue à la Nativité sachant réfléchir à son existence, conservant dans son cœur les événements de sa vie pour mieux être actrice de sa vie.

 

Je l’ai vue sur les routes comme tous ceux et celles que des pouvoirs injustes forcent à l’exil.

 

Je l’ai vue à Cana, véritable maîtresse du repas de noces, prenant l’initiative pour sa réussite et disant aux servants ce qui résonne toujours dans mon cœur : «Tout ce qu’Il vous dira de faire, faites-le»

Je l’ai vue enfin au Cénacle, la Chambre haute, où sur ordre de Jésus, Marie, les apôtres mais aussi les disciples, femmes et hommes, sont réuni-es dans l’attente de la venue de l’Esprit Saint. Et je l’ai vue, non pas seulement silencieuse,  mais aussi enseignant à toutes et tous les chemins nouveaux d’accès à Dieu inaugurés par Jésus. Qui donc, mieux qu’elle, pouvait le faire ?

 

Marie n’est pas le modèle exclusif des femmes, elle est une maîtresse de spiritualité et de vie chrétienne pour tout homme, toute femme saisi-e par Jésus.

 

 

Repost 0
Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Journal
commenter cet article