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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 15:37

 Dans l’Evangile de Matthieu au chapitre 20 verset 20 à 28

[20] Alors la mère des fils de Zébédée s'approcha de lui, avec ses fils, et se prosterna pour lui demander quelque chose.

[21] "Que veux-tu ?" Lui dit-il. Elle lui dit : "Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ton Royaume."

[22] Jésus répondit : "Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?" Ils lui disent : "Nous le pouvons" -

[23] "Soit, leur dit-il, vous boirez ma coupe ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, il ne m'appartient pas d'accorder cela, mais c'est pour ceux à qui mon Père l'a destiné."

[24] Les dix autres, qui avaient entendu, s'indignèrent contre les deux frères.

[25] Les ayant appelés près de lui, Jésus dit : "Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir.

[26] Il n'en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur,

[27] et celui qui voudra être le premier d'entre vous, sera votre esclave.

[28] C'est ainsi que le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude."

 

Vouloir être à la gauche et à la droite de quelqu’un est ambivalent.

Est-ce vouloir siéger à des places d’honneur ou un désir d’intimité, de proximité, être au plus près possible ?

 

Jésus d’ailleurs ne s’y trompe pas. Il sait discerner, je dirai faire du tri dans cette demande, il sait y voir ce qu’il y a de bon : ce désir de proximité et ce qui demande à être purifié car il n’y a pas de fauteuil dans le Royaume de l’amour. Fauteuil au sens de privilège, hiérarchie, préséance, place d’honneur. Et c’est pourquoi il ne leur fait pas de reproche. Il accueille leur désir et va le purifier. Pas de fauteuil mais une coupe à boire.

 

Sa réponse, on peut la comprendre ainsi:

Vous avez raison de vouloir être au plus proche de moi, votre désir de proximité d’intimité, ce désir de m’aimer, mais cela doit être un amour qui ne triche pas. Voulez-vous m’aimez dans tous les jours de votre vie, dans les bons moments et aussi quand ce sera plus difficile. Autrement dit pouvez-vous et voulez-vous être avec moi autant dans la souffrance que dans la joie ? Pouvez-vous me suivre autant aux jours de la Passion qu’aux jours de la Résurrection ?

Admirons comment Jésus aime dans la délicatesse de ce dialogue : accueillir le meilleur du désir et le purifier.

 

La réponse finale de Jean et de Jacques : « Oui, nous le pouvons ».

Personne n’est exclu de cette réponse. Nous aussi nous le pouvons.

Depuis notre baptême, nous sommes à la droite et à la gauche du Christ, nous sommes plongé-es en Lui, il a fait de nous sa demeure.

A chaque Eucharistie nous avons part à sa coupe.

 

Mais aussi nous le pouvons aussi en écoutant son enseignement sur le service.  Boire à la coupe, c’est aussi se faire serviteur, renoncer aux formes diverses de domination pour que chacun, chacune soit serviteur de tous.

Sentons l’ambition que le Christ a pour nous dans cet enseignement sur le service. Il s’agit, oui de devenir grand-e, oui d’être  premier-e.

Mais c’est l’ambition d’être premier-e dans le don. Il y a bien de l’ambition mais pas à la manière habituelle. 

Oui, nous pouvons boire à la coupe en vivant toute fonction, toute charge, tout travail, toute responsabilité comme un service.

 

Pour cela Il nous faut regarder le Christ. Il n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon.  

Ce mot peut nous arrêter et nous scandaliser ! Il ne faut pas le prendre au sens moderne du terme. Car alors on tombe dans une fausse image de Dieu. La racine hébraïque de ce mot c’est le verbe délier, libérer. Il faudrait mieux traduire : donner sa vie pour nous libérer. Jésus en donnant sa vie pour nous sur la croix nous libère, en particulier de toutes nos  fausses images de Dieu.

Sur la croix, Dieu se livre et veut nous désarmer de toute peur. Le don de sa vie sur la croix, c’est l’extrême du don.

C’est ce don que nous allons recevoir maintenant.

 



 

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 18:02

Juillet et aout au centre spirituel du Cénacle de Versailles est un temps privilégié pour les retraites.

On peut y venir pour 2 jours ou plus, c’est ce qu’on appelle des Espaces, des retraites «  à la carte » !

L’avantage de ces retraites, c’est d’être très personnalisées avec un accompagnement spirituel quotidien.

Il y a aussi des retraites prêchées de 5, 7 ou 8 jours. Cette année : Ouvrir l’oreille  avec M. Michel Corsi et Sr Vanessa Micoulaud ; Goûter et partager la Parole avec Srs Véronique Fabre et Jacqueline Guieu ; l’Evangile et les peintures d’Arcabas avec Sr Ghislaine Côté. En aout, il y aura une retraite avec les femmes de la Bible que je prêche avec Mme Bernadette Durand-Smet.

Nous devons faire appel à des prêtres pour l’Eucharistie. Et quelques fois, l’homélie est faite par l’une de nous. Je vais partager celles que j’ai pu faire pendant le mois de juillet.

 

Evangile de Matthieu chapitre 11 verset 28 à 30

 

[28] "Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai.

[29] Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes.

[30] Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger."

 

Pourquoi Jésus prend-il cette image du joug ?

Cela sonne mal à nos oreilles, c’est une image difficile qui évoque une servitude et cela n’a rien d’attirant. Au contraire, c’est plutôt repoussoir!

C’est par ce qu’il s’adresse à des gens qui subissent un joug pesant qui les accable et il veut les en libérer.  Pour leur proposer un autre qui n’a rien à voir avec ça.

 

Ce joug pesant c’est la loi religieuse qui régissait la vie des gens. Cette loi était comparée à un joug, et le livre du Siracide le dit pesant (Si 6/18-37).

Jésus critiquera ceux qui la font peser sur les autres : «  Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux gens ( Mt 23/3)

Tout au long de l’Evangile, on voit Jésus en opposition à ces lois religieuses pesantes, excluantes, enfermantes, ces lois qui emprisonnent la vie.

Mais on peut élargir et comprendre que cela peut être  nous-mêmes aussi qui nous imposons ces lourds fardeaux.

 

Jésus veut donc libérer celles et ceux qui peinent sous ces lois, ceux qui ploient sous ce fardeau.

 

Il leur propose un autre joug qui est tout à l’inverse : reposant, bienfaisant, aisé, léger.

Parce que ce n’est pas une loi qu’il propose mais c’est quelqu’un. Lui-même. Quelqu’un a aimé, une amitié, un lien d’amour à faire grandir avec lui qui est doux et humble de cœur.

 

Il y a 3 verbes à l’impératif :

Venez à moi

Prenez mon joug

Apprenez de moi (traduit aussi par : devenez mes disciples)

Comment les entendons-nous ?

Il y a l’objectivité des mots et la subjectivité de notre écoute.

Et il est bon de nous interroger : notre écoute, notre manière d’écouter  est-elle bonne nouvelle pour notre vie, libère-t-elle la vie en nous, nous humanise-t-elle ?

 

Si nous  entendons ces verbes comme des ordres, des obligations, nous sommes dans le registre du joug pesant qui emprisonne, et ce n’est pas une bonne nouvelle. Si nous entendons ces verbes comme une volonté précise de Dieu pour nous : tu dois faire ça, ce n’est pas non plus une bonne nouvelle.

 

Mais si nous les entendons comme un appel à vivre, comme une demande d’amitié, comme même une prière que Dieu nous fait, nous accédons à une relation de liberté. Là, c’est une bonne nouvelle. Si nous les entendons comme un appel à inventer notre vie à partir du désir le plus profond et vivant de notre cœur. Là c’est une bonne nouvelle.

 

Ces critères de discernement :

Est-ce humanisant ?

Est-ce une bonne nouvelle ?

que nous puissions les garder précieusement pour la suite de nos routes à l’écoute de la Parole.

 

Et que l’amitié de Jésus doux et humble de cœur, sois la boussole de nos vies.

 

C’est lui qui nous invite à sa table maintenant.

 

 

 

 

 

 

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 18:59

Dans l’Evangile de Marc au chapitre 10 verset 46 à 52

[46] Ils arrivent à Jéricho. Et comme il sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule considérable, le fils de Timée (Bartimée), un mendiant aveugle, était assis au bord du chemin.

[47] Quand il apprit que c'était Jésus le Nazarénien, il se mit à crier : "Fils de David, Jésus, aie pitié de moi !"

[48] Et beaucoup le rabrouaient pour lui imposer silence, mais lui criait de plus belle : "Fils de David, aie pitié de moi !"

[49] Jésus s'arrêta et dit : "Appelez-le." On appelle l'aveugle en lui disant : "Aie confiance ! lève-toi, il t'appelle."

[50] Et lui, rejetant son manteau, bondit et vint à Jésus.

[51] Alors Jésus lui adressa la parole : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?" L'aveugle lui répondit : "Rabbouni, que je recouvre la vue !"

[52] Jésus lui dit : "Va, ta foi t'a sauvé." Et aussitôt il recouvra la vue et il cheminait à sa suite.

1ère piste :

Regarder Bartimée : il est mendiant, aveugle, assis mais il n’est pas sourd ni muet. Il entend que Jésus passe sur le chemin où il est. Il n’est pas non plus résigné.  Plein d’espoir il crie vers Jésus.

Entendre par deux fois son cri : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ».

Et moi, quel est mon cri ? Quel est mon désir ?

J’exprime ce désir à Dieu.

 

2ème piste :

Regarder la foule qui fait obstacle au désir de Bartimée :

« Beaucoup le rabrouait pour lui imposer silence ».

J’essaie de voir ce qui dans ma vie est obstacle à la rencontre avec Jésus.

 

3ème piste :

Parce que Jésus s’arrête et appelle Bartimée, la foule change d’attitude, devient aidante. Entendre son encouragement pour moi. « Courage, lève-toi, il t’appelle ».

Laissez cette phrase descendre en moi pour faire ce qu’elle dit.

4ème piste

Regarder Bartimée, qui à cet appel,  se lève, rejette son manteau, bondit.

M’emplir les yeux de ce dynamisme.

Et m’interroger : pour moi, quel serait le manteau à rejeter pour aller vers Jésus ?

 

5ème piste

Regarder Jésus. Il a su entendre le cri de Bartimée.

Admirer son attention aux personnes.

Ecouter la question qu’il lui pose : « Que veux-tu que je fasse pour toi ?».

Il ne sait pas à la place de l’autre. Il est éveilleur de désir.

Entendre cette question pour moi et y répondre.

 

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 08:06

Suite de mon étude de la lettre encyclique Mulieris dignitatem.

Voici trois critères de discernement pour interpréter la Bible et tout ce que nous disons sur Dieu, sur l'humain.


Reprenons ce que fait l’encyclique au n°24 pour interpréter Ep 5. Il est dit d’abord que l’auteur de la lettre aux Ephésiens sait que la soumission de la femme à son mari est dépendante d’une attitude enracinée dans les mœurs et la tradition religieuse du temps, qu’elle relève de l’  « ancien », et donc doit être comprise et vécue de manière nouvelle, s’inspirant de la nouveauté évangélique. Ce qui amène à la conclusion suivante : « Tandis que dans la relation Christ-Eglise, la seule soumission est celle de l’Eglise, dans la relation mari-femme, la soumission n’est pas unilatérale mais bien réciproque ! ». La lettre encyclique poursuit en reconnaissant que des traits de l’  « ancien » subsistent à l’intérieur même des Ecrits néotestamentaires. (Cités à la note 49 de Mulieris dignitatem)Cependant, qu’est-ce qui nous permet de le faire ? Pourquoi déclarer certains textes comme relevant de la nouveauté et d’autres de l’  « ancien » ?

(Certaines Eglises chrétiennes ayant une lecture fondamentaliste, refusent cette position. Women in the Church : scriptural Principles and Ecclesial Practice. A report of the Commission on Theology and Churches Relations of the Lutheran Church, Missouri Synod, September 1985, III.B p 40-42.  Elisabeth  PARMENTIER cite ce document dans son livre, les filles prodigues, Labor et fides 1998, p 256.  En commentant ainsi: “l’Eglise du Synode de Missouri a publié en 1985 un texte interdisant catégoriquement aux femmes tout exercice d’autorité dans l’Eglise, position justifiée à partir de l’affirmation…que Dieu a établi un ordre de la création définitive qui implique la soumission de la femme à l’homme; cet ordre de la création…n’est pas aboli mais sanctifié par la rédemption en Christ…parce que le ministère pastoral représente l’autorité de Dieu sur son peuple, celui-ci ne peut être rempli que par l’homme qui a autorité sur la femme ») 

La question est d’autant plus importante que  la typologie allégorique, elle, n’est pas dite touchée par la nouveauté évangélique et n’est pas dite relevant de l’  « ancien » .

Donc selon quel critère faire ce discernement ?

Pour Segundo, il s’agit de le faire selon les manières mêmes dont la Bible s’est peu à peu constituée et qui permet de comprendre pourquoi tels ou tels textes ont été retenus et sont rentrés dans ce qui forme notre Bible actuelle.  Il y a, nous l’avons, vu les traces de débats qu’on a laissés tels quels et qui montrent un cheminement de pensée par le passage par une crise. Mais il y a aussi des choix qui font du tri et qui sélectionnent. Selon quel critère ? Comment ?

 

1-Le critère de la libération

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

(Lc7/20) Cette question est une demande de discernement. Sur quel critère, reconnaître celui qui vient de Dieu ? La réponse de Jésus se situe au niveau de la libération : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu, les aveugles voient, les boîteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » (Lc 7/21-23)

La libération d’un homme est le signe digne de foi et suffisant pour discerner  la présence de Dieu. C’est un discernement qui est confié à la responsabilité humaine. Mais qui va pouvoir faire ce discernement selon ce critère de libération ? Ceux qui ont condamné Jésus n’ont pas été sensibles à ce critère. Seul l’homme  qui est déjà accordé aux priorités du cœur de Dieu saisira cette communication de Dieu. Le discernement de ce qui est présence ou révélation de Dieu dans l’histoire d’Israël ou de Jésus n’est donc pas le fait de Dieu, c’est aux hommes qu’est donnée  la responsabilité d’opérer un tel discernement en découvrant les priorités de Dieu.

Le peuple d’Israël a, quant à lui, expérimenté la présence salvifique de Dieu quand il le libérait de l’oppression. Moïse découvre la présence de Dieu dans le désir des hommes de se libérer de l’oppression. Il découvre l’écart entre cette oppression et la volonté de libération qui est en Dieu. L’auteur biblique a trouvé important de raconter cela, car dans les faits de ce  passé, il voyait une présence révélatrice de Dieu. Retenir cela et pas autre chose présuppose une foi anthropologique car s’il ne l’avait pas, ces faits seraient tombés dans l’oubli : Dieu ne peut accepter cette situation d’oppression, il veut la modifier. Qu’est-ce qu’une foi anthropologique pour Segundo ? C’est une foi en des valeurs qui déjà structurent la vie d’un homme. Pour  fonder une foi religieuse en  discernant, entre plusieurs voix, celle qui procède de l‘absolu, l’auteur biblique n’a d’autres valeurs que celles qui structurent sa vie. Pour faire cela, pour faire ce choix, c'est-à-dire,  ce discernement de raconter cela et pas autre chose, il n’a pas d’autres repères.  Il est sans Bible, sans parole de Dieu, sans signe, sans dépôt. Il choisit un absolu qui doit vouloir la libération du peuple. L’auteur biblique doit avoir la même foi anthropologique que Moïse et ses contemporains, la contagion d’un même enthousiasme, d’un engagement pour qu’il  tienne  pour inspiré tel récit et qu’il choisisse de l’écrire. Pour cela des choix ont été toujours été faits, que ce soit au niveau  de la tradition orale, des rédacteurs, du rédacteur final. Il y a cette même foi anthropologique chez le lecteur quand il tient pour inspiré l’auteur de l’Exode.

Ces choix se sont faits avant que la Bible existe et pour qu’elle existe. C’est ce discernement qui a formé la Bible.

 

Comment ce critère de discernement peut-il s’appliquer à ce que nous dit la Bible du rapport homme-femme ?

Privilégier la soumission réciproque et déclarer anciens les textes néotestamentaires défavorables aux femmes est discernement suivant ce critère de libération. Le Dieu de l’Exode, le Dieu libérateur de son peuple ne peut vouloir que la moitié de sa création, la moitié de son peuple reste dans la soumission. De ce point de vue, la lettre encyclique est conforme (sans le dire) à ce critère de discernement.

Par contre, fonder une anthropologie sur une typologie allégorique de l’épouse qui met le féminin uniquement du côté de la réponse humaine, ne pouvant pas, de ce fait, représenter l’initiative divine, n’est pas un discernement selon ce critère de libération car cela maintient le féminin en situation subalterne. De ce point de vue, la lettre encyclique n’applique pas ce critère de libération.

 

2-Le critère de la bonté de la nouvelle : Est-ce une bonne nouvelle ?

Le discernement doit se poursuivre dans l’interprétation. L’interprétation est-elle vraiment un Evangile, une bonne nouvelle ? Pour  expliciter cela, Segundo donne l’exemple de la mort du Christ. Jésus est mort sur la croix par amour pour obtenir le pardon. Cette donnée de la foi est une bonne nouvelle si on l’interprète comme l’amour que Dieu a pour l’homme, comme l’importance que l’homme  a aux yeux de Dieu. Mais cela a donné lieu au cours de l’histoire du christianisme  à d’autres conclusions : le péché de l’homme était tellement monstrueux qu’il ne pouvait être pardonné que par la mort du Fils. Ici il s’agit d’une double mauvaise nouvelle. Non seulement cela montre une liberté humaine qui conduit au désastre mais aussi un Dieu qui ne peut pardonner qu’au prix du sang de son Fils. « Un Dieu d’amour n’est pas compatible avec un être qui peut être offensé au point de devoir sacrifier son Fils pour rester en paix avec soi-même et se réconcilier avec l’offenseur sans manquer à la justice »

( Qu’est-ce qu’un dogme ? p 507)

Si nous appliquons ce critère de bonne nouvelle concernant notre question, il y a bonne nouvelle à privilégier Ga 3/27-29 et déclarer « ancien » par exemple 1Tm2/11-15 car le texte de Ga est un vrai « défi de l’éthos de la Révélation »( MD 25) , capable de libérer de tout sexisme. Mais c’est une mauvaise nouvelle de dire dans ce même numéro 25 que « le symbole de l’Epoux est de genre masculin », de ne rien dire de la configuration au Christ des femmes par le baptême»( «… par le baptême, en effet, nous sommes rendus semblables au Christ : ‘car nous avons tous été baptisés en un seul Esprit pour n’être qu’un seul corps’ ( 1 Co 12/13)…Tous les membres doivent se conformer à lui jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux (cf Ga 3/19). C’est pourquoi nous sommes assumés dans les mystères de sa vie, configurés à lui, associés à sa mort et à sa résurrection, en attendant de l’être à son règne »  Lumen gentium 7), ce qui a pour conséquence un empêchement pour les  femmes, en tant que telles,  d’exercer des charges de gouvernement, de sanctification, d’enseignement dans l’Eglise( Et dans la société , car cela justifie, par sa prétention ontologique, des législations qui privent les femmes ou leur rendent difficile  l’accès aux responsabilités politique, économiques, sociales.). Mauvaise nouvelle pour elles et pour tous car privant l’Eglise de la richesse de ce service.

 

3-Discernement par l’engagement existentiel du lecteur : est-ce un engagement humanisant ?

Le discernement qui a fait la Bible et le discernement pour la lire, concerne aussi toutes les expressions de la foi, par exemple les textes liturgiques. Segundo donne l’exemple d’une oraison du Missel romain : « Dieu éternel et tout puissant, qui régis l’univers du ciel et de la terre : exauce, en ta bonté, les prières de ton peuple et fais à notre temps la grâce de la paix »( Prière d’ouverture du missel romain au 2ème dimanche ordinaire) Cette oraison contient une affirmation : Dieu règne sur le ciel et sur la terre alors que dans le texte du Notre Père, il s’agit, non d’une affirmation mais de la demande que sa volonté se fasse enfin sur la terre comme elle se fait déjà dans le ciel. L’affirmation de cette oraison est d’abord erronée : la terre telle qu’elle est actuellement ne reflète pas ce que Dieu veut mais plutôt ce qu’Il déteste. Segundo s’étonne qu’une  telle oraison existe mais surtout qu’elle ne choque pas. Cela ne choque pas celui pour qui la foi n’est pas la joie, la raison, le sens de sa vie. Elle choque celui que l’Evangile a rejoint, qui a fait de lui, les critères de ses choix et qui est conscient de l’écart entre la réalité vécue et ce que Dieu veut. Cela choque celui qui vit sérieusement l’aventure de Jésus. Car il peut percevoir la contradiction que comporte cette oraison, donc en faire l’occasion d’une crise qui aboutit à une compréhension plus profonde, plus riche du message chrétien. Il  entre en crise quand il se rend compte du caractère pré-chrétien de cette oraison selon laquelle Dieu gouverne la terre. Mais pour cela, il faut être convaincu que Dieu est loin de régner sur la terre, que bien des aspects de ce qui s’y passe est bien plutôt objet de sa colère que de son approbation. Pour cela encore, il est nécessaire d’être en accord avec cette critique de situations déshumanisantes qui règnent sur notre terre, sensible à leur caractère intolérable. Si l’on pense, pour ne prendre qu’un exemple, que l’avortement sélectif des filles en certains pays d’Asie est normal (B.MANIER, Quand les femmes auront disparu. L’élimination des filles en Inde et en Asie, Ed La découverte, Paris, 2006), on ne sera pas choqué par cette oraison.

Le discernement est donc partie prenante d’une conversion. Convertir en réflexion expérimentale sa recherche de la substance du message chrétien car la révélation continue de nous découvrir les secrets de notre expérience existentielle. La révélation a pris fin avec le Christ mais le Christ n’a pas pris fin. Il complète le Royaume en s’appuyant sur nous.

« La bonne nouvelle humanisante de la Résurrection de Jésus consiste en ce que, si Lui a été constitué Fils de Dieu avec pouvoir, nous autres, ses frères, nous sommes également constitués fils en Lui. Et en tant que fils, héritiers de l’univers, d’un univers incomplet que nous devons arracher à son inutilité grâce à la liberté créatrice qui nous a été donnée gratuitement » ( Qu’est-ce qu’un dogme ? p 509)

 

Pour cela il faut comprendre la bonne nouvelle de l’Evangile  comme vitale, liée à l’expérience et inscrire dans notre monde des projets au service de l’amour et de l’humanisation. De ce point de vue la lettre encyclique pose de vrais fondements pour un engagement au service de l’amour et de l’humanisation. Affirmer avec force l’égale dignité de l’homme et de la femme, image de Dieu, créés pour eux-mêmes, est en soi, une protestation contre toute forme de discrimination et donc, par exemple, une protestation contre les avortements sélectifs de filles.

Par contre, la typologie allégorique de l’encyclique, mettant les femmes dans l’impossibilité de représenter l’Epoux, conforte (sans le vouloir et le dire expressément) des mentalités, des pratiques, des institutions, des cultures qui empêchent les femmes d’accéder à tous les postes de responsabilité dans la société et dans l’Eglise, dans tout ce qui demande autorité, initiative.

 

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 16:10

 

Il y a quelques années, j’ai donné une intervention lors d’un colloque organisé par Femmes et Hommes dans l’Eglise. Je le donne ici sur mon blog. Si je le fais c’est pour être fidèle à ma conscience. Dans la grande Tradition de l’Eglise, aucune instance n’est supérieure à elle. Joseph Ratzinger l'a magnifiquement dit. Je remets ici la citation déjà parue.

« Au-dessus du pape en tant qu’expression de l’autorité ecclésiale, il y a la conscience à laquelle il faut d’abord obéir, au besoin même à l’encontre des demandes de l’autorité de l’Église. » ( Lexikon für Theologie und Kirche, vol III, Herder, Freiburg 1968, p. 328.)

 Citation trouvé dans le blog:

http://royannais.blogspot.fr/  

 

 

D’abord quelques mots de présentation et quelques précisions.

Je suis née il y a 55 ans dans une famille incroyante et par choix personnel, à l’âge adulte, j’ai demandé le baptême.

J’aime profondément l’Eglise catholique parce qu’elle m’a donné le Christ. Quand elle est accusée injustement, j’en souffre car je suis de cette Eglise. Dire mon désaccord sur certains points comme celui de l’exclusion des femmes des ministères ordonnés, c’est pour moi une manière de l’aimer et de la servir.

Cette question me rejoint personnellement puisque du jour même où j’ai découvert le Christ, j’ai entendu un appel à être prêtre. Et cet appel ne m’a pas quittée !

 

Une des grandes chances de ma vie a été de rentrer dans une Congrégation religieuse qui m’a permis de réaliser, pour une bonne part, ce que je portais en moi.

Je suis donc d’abord religieuse, heureuse de l’être, heureuse de ce célibat pour Dieu, de cette vie fraternelle et de la mission de ma Congrégation qui me permet déjà, pour une part, de vivre une  vie d’apôtre et de pasteur.

Cet appel ne se situe donc pas dans le cadre d’un ministère de prêtre diocésain mais dans celui qui peut associer vie religieuse et presbytérat. C’est le cas de la majeure partie des religieux apostoliques qui sont à la fois religieux et prêtres comme par exemple les Jésuites et les Dominicains. Prêtres, ils le sont pour le service de leur communauté et pour la mission confiée.

C’est dans ce cadre qu’il pourrait y avoir pour moi discernement et confirmation de mon appel. C’est pourquoi, le titre de mon témoignage comporte le mot disponible. J’ai tout à fait conscience que l’on ne peut que se proposer pour ce ministère et  que la confirmation doit venir de l’Eglise, quelle qu’en soit l’instance : aux premiers siècles, elle pouvait venir de la communauté rassemblée qui élisait ses pasteurs ; actuellement pour les prêtres diocésains, elle vient de l’équipe de discernement du séminaire ; pour les religieux, elle vient des Provinciaux qui appellent un certains nombre de leurs religieux.

Ce n’est donc en aucun cas un droit à revendiquer mais ce qui est légitime, et qui est requis, c’est l’offrande d’une disponibilité.

Un religieux dominicain, par exemple, au bout d’un certain temps de formation, se verra appelé à l’ordination par les responsables de l’Ordre. Ils auront au préalable discerné le bien- fondé de cette vocation : ce religieux est-il vraiment apte à ce service ? Son ordination sera-t-elle utile à la communauté, aux gens à qui il sera envoyé, en bref, à l’annonce de l’Evangile ?

 

Ce que je viens de décrire se fait dans les ordres apostoliques masculins. A ma connaissance peu de gens remettent en cause ce fonctionnement. Beaucoup sont heureux de bénéficier du ministère de ces religieux-prêtres qui annoncent l’Evangile avec beaucoup de liberté de mouvement, d’audace apostolique et diversité d’engagements.

Tout cela est possible si vous êtes religieux au masculin mais impossible si vous l’êtes au féminin !

Donnons un cas concret.

Un Centre spirituel, par exemple tenu par des religieux Carmes. Il y en a un en région parisienne bien connu. La plupart sont religieux-prêtres. Leur communauté célèbre l’Eucharistie avec tous ceux qui vivent des temps forts spirituels dans leur Centre.

Les retraitants qui le souhaitent peuvent aussi bénéficier auprès d’eux du sacrement de réconciliation.

Comparons-le avec un autre, celui où je suis, animé par ma communauté (de femmes !)

Pour notre Communauté, et pour l’expérience spirituelle que nous proposons à ceux qui viennent, nous tenons à cette Eucharistie quotidienne et à cette possibilité du sacrement de réconciliation. A la différence des Carmes, il nous faut chercher (avec beaucoup de difficultés souvent) des prêtres, évidemment extérieurs. C’est un handicap au cœur même de la mission qui nous est confiée.

Pour le reste, animation, accompagnement spirituel, prédication de retraite, formation spirituelle, c'est nous qui l'assumons et nous  le faisons au titre de notre baptême. Nous avons à cœur de partager cette mission avec des laïcs hommes et femmes. De cette manière nous travaillons aussi à décléricaliser ces activités.

Evidemment ce n'est pas la mission de toutes les congrégations féminines d'animer des Centres spirituels mais toutes pourraient avoir des prêtres parmi leurs membres pour le bien spirituel de leur communauté.

Les Frères de St Jean de Dieu sont hospitaliers. Leur vocation n’implique pas d’être prêtre. Cependant quelques-uns le sont le sont pour le service de la Communauté et des malades auxquels ils sont envoyés.

Ceci est possible pour des religieux, impossible pour des religieuses.

Et nous en connaissons la raison : les femmes, du fait qu’elles sont femmes, seraient incapables de recevoir une ordination !

Je tenais d’abord à dire cela pour bien situer le contexte de ma disponibilité.

Je suis également favorable à des prêtres mariés, hommes ou femmes ; mais pour moi, mon appel se situe dans le cadre mon engagement au célibat dans un ordre religieux et de sa mission.

 

Ensuite, vous dire pourquoi je suis là.

Le mot qui me vient au cœur, c’est celui de protestation. Oui, je veux protester publiquement contre cette situation d’exclusion des femmes des ministères ordonnés dans l’Eglise catholique romaine.

Et je remercie l’équipe organisatrice de ce colloque de m’en donner l’occasion.

Je me suis jusque là imposé le silence sur cette question et j’ai essayé loyalement de comprendre les raisons invoquées.

Aucune n’est arrivée à me convaincre.

Parler aujourd’hui pour moi c’est une façon publique d’exprimer mon objection de conscience.

Car la question de fond est celle de la vérité.

Est-ce vrai, comme le défend la position officielle, que cette exclusion est volonté explicite du Christ, ou n’est-ce pas vrai ?

Est-ce une loi divine ou une discrimination sexuelle héritée de préjugés culturels ?

Dans le premier cas, notre colloque n’a pas lieu d’être.

Dans le second, la vérité nous pousse alors à refuser de toutes nos forces ce qui est tout à la fois :

-une injustice et une discrimination faîtes aux femmes,

-une infidélité au Christ et à son Evangile,

-une privation de  forces vives et d’enrichissement dans la manière de vivre les ministères ordonnés.

- et un déficit de crédibilité de l’Eglise dans le monde d’aujourd’hui,

 

 

Les raisons invoquées contre l’ordination des femmes ont été analysées et réfutées par beaucoup de théologiens et de théologiennes.

Ils ont montré qu’aucun des arguments ne sont fondamentalement crédibles et déterminants.

Les réfuter ici n’est pas mon propos et je renvoie au dossier le plus complet sur la question qui se trouve maintenant dans le livre que vient d’écrire John Wijngaards. (l’ordination des femmes dans l’Eglise catholique, Association Chrétiens autrement)

 

Par contre je voudrais pointer deux  raisons pour l’ordination.

 

1-Ordonner des femmes prêtres, c’est aller jusqu’au bout d’une subversion, et d’une heureuse subversion, des modèles figés du masculin et du féminin.

 

Il y a 20 siècles, au début de l’aventure évangélique, il y avait tout, grâce à la nouveauté du Christ,  pour briser le concept inégalitaire et figé  du rapport hommes / femmes, comme par ailleurs, il y avait tout pour rendre illégitime la pratique de l’esclavage.

St Paul l’avait bien compris en déclarant qu’en Christ, il n’y a plus de distinctions entre Juifs et Grecs, entre esclaves et hommes libres, entre hommes et femmes car tous sont un dans le Christ Ga 3/28.

Mais peu à peu les communautés chrétiennes, par désir d’intégration, besoin de se faire accepter par la société païenne, n’ont pas complètement tiré parti de cet aspect libérateur de  l’Evangile.

Je dis bien « pas complètement tiré parti » car ce ferment de libération contenu dans l’Evangile a toutefois, malgré tout, travaillé les consciences en profondeur.

En ce qui concerne l’esclavage, il y avait encore au 19ème siècle un texte du Magistère romain pour le légitimer. (Instruction du Saint Office du 20 juin 1866, signée par Pie IX). Et il a fallu attendre le concile Vatican II pour lire une déclaration ferme et définitive de condamnation de l’esclavage.

Egalement, en ce qui concerne les femmes, la nouveauté de l’Evangile n’a pas réussi à vaincre les préjugés, les stéréotypes, les fonctions sociales, différenciés selon les sexes pour les mêmes raisons : se conformer à la culture dominante pour s’y faire accepter, ceci au plus grand désavantage des femmes. Cela rendait donc inconcevable leur accès à des postes de responsabilités dans la société et dans l’Eglise.

Il a fallu donc fallu attendre les progrès réalisés par la société dans l’Occident contemporain  pour que ces modèles figés commencent vraiment à éclater!

Je suis de celles qui se réjouissent de cette évolution qui peut permettre à chacun et à chacune de nous d’inventer sa féminité ou sa masculinité dans une unique nature humaine qui n’est pas enfermée dans le carcan d’une définition.

Cette manière ouverte et créative de concevoir la différence des sexes est en opposition avec l’anthropologie exposée, par exemple, dans la lettre apostolique Mulieris dignitatem  (Jean-Paul II,1988.)

Dans ce texte, la féminité est réduite de toute éternité et de volonté divine par la vocation à la virginité ou au mariage et la maternité. C’est une conception figée du féminin réduite à ces trois dimensions. Il est intéressant de remarquer qu’elles sont en cohérence avec le schéma classique du féminin toujours référé au masculin : une femme c’est soit : une vierge, c’est à dire une femme sans homme ou c’est l’épouse d’un homme et c’est la mère des enfants de l’homme. Cette vocation serait tellement sublime que rien d’autre ne doit l’en détourner et surtout pas un ministère presbytéral qui est dit contraire à sa nature.

La femme que je suis, et plein d’autres avec moi, ne se retrouvent pas dans ce modèle étriqué et préfabriqué. Il s’agit pour nous d’habiter l’espace social et ecclésial, sans exclusive,  en y donnant  le meilleur de nous-mêmes et à tous les niveaux de services, en inventant notre vie selon les appels de l’Esprit qui s’expriment au plus profond de l’être.

Ordonner des femmes prêtres serait une forte contribution de l’Eglise à cette libération d’images réductrices  du féminin et du masculin.

 

2-Ordonner des femmes prêtres, c’est aller jusqu’au bout d’une subversion, et d’une heureuse subversion d’une image de Dieu.

 

Avons-nous pris conscience que nous pensons toujours Dieu au masculin ? Ne serait-ce que par le langage. Nous disons : Il.

Les opposants à l’ordination parlent de symbolique : le masculin symbolisant le divin et le féminin l’humanité. Il est vrai que beaucoup d’images bibliques vont dans ce sens : l’époux, le roi, le berger etc…

Mais d’abord, il y a d’autres images que l’on n’a pas valorisées mais qui disent aussi Dieu par des images au féminin :

la femme qui enfante Is42/14 ; la mère qui n’oublie jamais ses enfants et qui les nourritIs49/15 ; Celle qui en prend soin  et leur apprend à marcher Os11 /1-4 ; la femme qui console Is66/13-14 ; l’ ourse qui défend ses petits Os13/8 ; la femme qui cherche sa pièce d’argent perdue Lc15 ; la boulangère qui fait du pain Mt 13/33 ; la mère-aigle qui apprend à voler Dt32/10-11 ; la mère poule à laquelle Jésus s‘identifie en Lc13/34

 

Et ensuite cette symbolique est dangereuse. La formule la plus percutante pour en dire le danger c’est celle bien connue de Mary Daly : « Si Dieu est mâle alors le mâle est Dieu ».

On parle aussi de vérité de représentation du Christ : masculinité du prêtre  pour représenter le Christ qui était un homme masculin.

Dans ces deux arguments, il y a une conception du sacerdoce ministériel qui en fait le représentant du sacré.

Avoir des femmes prêtres ce serait aider à casser cet imaginaire : Dieu est au-delà du masculin ou du féminin. Et surtout la féminité d’une femme prêtre dirait avec encore plus de vérité que nul ne représente le Christ et qu’il est l’unique Prêtre que l’auteur de l’Epître aux Hébreux a si bien su montrer.

Ordonner des femmes prêtres serait une forte contribution de l’Eglise à cette libération d’images réductrices  de Dieu.

 

 

 Il se trouve que cette exclusion me concerne personnellement, mais là n’est pas la question essentielle. Qu’importe que je ne sois pas prêtre ! Mais par contre il importe que toutes les Eglises chrétiennes aient des femmes exerçant des ministères au service des communautés et de l’Evangile. Certaines Eglises ont fait le pas. Personnellement je serais également heureuse de bénéficier du ministère presbytéral de femmes ! Des hommes, des femmes le seraient ! Je le vois déjà dans ma pratique d’accompagnement spirituel, certaines et certains  préfèrent être accompagnés par une femme. Dans le cas du ministère presbytéral, actuellement, il n’y a pas ce choix.

 

Je ne veux pas m'exclure de l'Eglise catholique romaine.

Mon choix  est d'abord de refuser cet interdit de parole qui s'est abattu sur cette question depuis la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis. (1994)

Ce refus de me taire, c'est une manière pour moi de témoigner de la liberté de l'Evangile et d'œuvrer, pour ma petite part, à la liberté de penser dans l'Eglise. 

J'aimerais que nous soyons nombreuses, religieuses ou laïques, à dire publiquement notre opposition à cette situation, à dire aussi, si c'est le cas, notre disponibilité au presbytérat, pour montrer que l'Esprit Saint appelle aussi des femmes, et qu’il ne s’agit pas de cas isolés.

 

Avant de terminer: une précision pour éviter toute ambiguïté.

J'appartiens donc à un ordre religieux. Les responsables pour la France (dans le jargon des religieux, cela s'appelle une Provinciale et son conseil!) m'ont donné le feu vert pour intervenir dans ce colloque et pouvoir dire la position qui est la mienne.

Cela ne veut en aucun cas dire que ma Congrégation, en tant que telle, prend position sur cette question, ni que toutes les Sœurs sont pour l'ordination des femmes. Certaines le sont, d'autres pas. Cela doit être bien clair. Ma position n’engage pas ma Congrégation.

Mais cela veut dire qu'une Congrégation religieuse a accepté qu'une de ses membres puisse exprimer librement sa position. Je souhaite vraiment que cette liberté s'étende à d'autres Instituts religieux et sur d'autres sujets,  car il me semble qu'un des déficits majeurs de l'Eglise catholique romaine est son manque de débat interne en toute liberté. Le prophétisme de la vie religieuse rendrait un grand service à l'Eglise en la stimulant sur ce point.

Je me réjouis, par exemple, de la déclaration du P. Timothy Radcliffe (ancien maître général des Dominicains) dans la revue Pèlerin (20 oct 2005) qui déclare tranquillement qu’aucun argument contre l’ordination des femmes n’arrive à le convaincre !

Cette même liberté, ce même courage sur ce sujet et sur d’autres, je l’espère pour beaucoup d’entre nous.

 

Enfin pour terminer et avec un brin de malice, j'aimerais vous lire deux confidences exprimant un désir d’être prêtre.

-Voici le premier :

«J’avais le sentiment clair que ce que j’entendais dans mon cœur, n’était pas une voix humaine, ni une idée venant de moi. Le Christ m’appelait à Le servir comme prêtre » (Interview donné au Los Angeles Time du 14 septembre 1987)

-Et le deuxième:

« Je sens en moi la vocation de prêtre,… avec quel amour, ô Jésus, je te donnerais aux âmes ». (Manuscrit autobiographique dans Oeuvres complètes, Cerf/DDB 1996, p 244)

Le Christ leur parlait au cœur à tous les deux et éveillait en eux le désir de Le servir de cette manière.

Le premier désir s’est  réalisé, le second non.

La raison ? Vous la devinez !

Le premier était un homme, il s’agit de Jean-Paul II et la seconde était une femme !

Elle s’appelait Thérèse de Lisieux . Elle a été déclarée docteur de l’Eglise par ce même Jean-Paul II.

 

 

 

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 23:31

 

Dans l'Evangile selon St Matthieu chapitre 9 verset 10 à 13


[9] Etant sorti, Jésus vit, en passant, un homme assis au bureau de la douane, appelé Matthieu, et il lui dit : "Suis-moi !" Et, se levant, il le suivit.

[10] Comme il était à table dans la maison, voici que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent se mettre à table avec Jésus et ses disciples.

[11] Ce qu'ayant vu, les Pharisiens disaient à ses disciples : "Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ?"

[12] Mais lui, qui avait entendu, dit : "Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades.

[13] Allez donc apprendre ce que signifie : C'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs."

Suis-moi dit Jésus à Matthieu

Il se lève et le suit

A la suite de quoi, beaucoup de publicains viennent pour partager le repas avec Jésus.

 

Suis-moi dit Jésus à Matthieu

Il se lève et le suit.

A la suite de quoi, beaucoup de publicains viennent pour partager le repas avec Jésus.

 

Deux questions :

Pourquoi cette immédiateté de la réponse de Matthieu ?

Pourquoi cette attirance vers Jésus de ces publicains ?

 

Questions qui peuvent être aussi les nôtres.

Pour quoi, nous aussi le suivre ?

Pourquoi venir à la table de son repas ce soir ?

Pourquoi l’attirance que nous avons pour Lui ? 

 

Mais aussi, comme en contraste, pourquoi la méfiance des pharisiens, leur suspicion, leur refus qui va aller jusqu’à vouloir le faire mourir. ?

 

On sent bien avec ce texte et tout l’Evangile même qu’il y a une décision à prendre.

Dire un oui ou un non à la nouveauté que Jésus apporte.

Oui, une nouveauté, une rupture.

 

Nouveauté et rupture que constitue cet accès à Dieu auquel Jésus nous introduit :

 

-Un accès à Dieu ouvert à toutes et toutes sans exclusive et qui est bien montré dans l’Evangile d’aujourd’hui : un appel et un repas pour des publicains et des pécheurs.

-Un accès à Dieu qui rend possible à des hommes et des femmes un avenir différent.

-Un accès à Dieu qui rend la parole à ceux qui en étaient dépossédés et leur redonne leur dignité.

-Un accès à  Dieu qui s’invite à notre table en ami, pour échanger avec nous à égalité, recevant de nous comme nous recevons de Lui.

-Un accès à Dieu qui nous invite au même type de relation les uns avec les autres, à égalité, recevant de nous comme nous recevons des autres.

-Un accès à Dieu parce qu’il  dit un oui inconditionnel sur nos vies.

Inconditionnel c'est-à-dire sans condition préalable.

 

 

Et s’il y en a quand même une, de condition, ce serait un renoncement. Le renoncement au jugement de soi par soi qui peut tellement pourrir nos vies.

Renoncement à ce jugement pour accueillir le «  je t’aime » de Dieu. Je t’aime tel que tu es, comme tu es.

C’est ce qu’il fait en nous à chaque Eucharistie quand il nous fait hôte de Sa vie.

 

 

 

 

 

 

 

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 15:35

Voici une 3ème invitée de mon blog. Merci à Cathy de nous partager le fruit de sa méditation sur Jésus perdu et retrouvé au Temple parmi les docteurs. Elle nous offre une manière originale de contempler une scène évangélique. Elle entre dans le texte, elle y est, contemporaine de ce qui se passe, à tel point qu’elle devient un des personnages qu’elle appelle « le petit serviteur indigne ».

 

Méditation sur les premières paroles de Jésus au Temple : Lc. 2, 41-52.

 

La joyeuse fête de la Pâque est terminée. Chacun retourne chez soi, Marie est Joseph aussi mais...Jésus reste. Le petit serviteur indigne est perplexe. Comme il a décidé de suivre Jésus le plus près possible il reste aussi, mais il n'est pas très d'accord avec ces cachotteries vis à vis des parents ! Rentrant en lui-même il rétablit le calme et fait confiance. Il comprendra plus tard. Le regardant, Jésus devine ses pensées, il lui explique qu'il a besoin de savoir des choses sur Dieu, le prend affectueusement par la main et le mène au Temple pour parler avec les maîtres de la loi. Le petit serviteur comprend que Jésus s'interroge sur lui-même, cherche à comprendre le sens profond de sa propre vie, ce que Dieu attend de lui. Il le suit, consentant.

 

Jésus et le petit serviteur marchent jusqu'au Temple. L'adolescent s'assit au milieu des rabbins pour parler avec eux. Le serviteur indigne reste en retrait, écoute avec les oreilles de son cœur. Il voit et sent que Jésus est tout entier dans ce qu'il est : écoutant, le petit serviteur contemple avec ravissement ce bel adolescent assoiffé de connaissance, de compréhension. Il pense aussi à l'inquiétude des parents, le voilà depuis trois jours à dialoguer avec les rabbins ! Trois jours d'enfouissement. Mais il fait confiance.

 

Marie et Joseph arrivent au Temple et voient leur enfant parmi les docteurs de la loi. Marie lui dit leur inquiétude à tous deux. Le petit serviteur indigne trouve que la réponse de Jésus est osée. Rentrant en lui-même, il réalise soudain que Jésus, durant ces trois jours d'immersion dans les Ecritures, a comprit qu'Il EST le Fils de Dieu ! Oh, le petit serviteur en est tout bouleversé ! Quelle grâce immense d'être avec lui, d'avoir entendu et vu cela ! D'être son ami intime puisqu'il est aussi dans le secret. Jésus tente de dire à Marie et à Joseph ce qu'Il a senti, touché au plus profond de son cœur d'adolescent. Spontanément il leur confie son secret : « être aux affaires de mon Père ». Les parents ne comprennent pas bien cet adolescent si mûr pour son âge. Le petit serviteur indigne voit à leur attitude qu'ils ont perçu quelque chose de ce mystère de cette filiation divine. Les parents respectent le cheminement intérieur de leur fils. Marie comprend intérieurement qu'il doit trouver lui-même son chemin. Elle l'aide par sa présence vigilante, aimante, humble, forte.  Il sait qu'il peut compter sur elle à tout moment. Le petit serviteur voit que Jésus prend modèle sur elle et sur Joseph : tout Fils de Dieu qu'il est, adolescent puis jeune adulte, Il reste humble et obéissant dans l'amour filial.

 

Comment puis-je suivre le Christ « le plus près possible » dans ma vie quotidienne ?

Quand j’entends : « être aux affaires de mon Père », ce Père qui est aussi le nôtre : quelle résonance en moi ?

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:48

Une autre conception de la Révélation

 

La lettre encyclique Mulieris dignitatem est traversée par deux manières d’interpréter la Bible. La première est herméneutique. On la voit à l’œuvre dans son commentaire d’Ep5 au numéro 24. D’abord elle rompt avec un commentaire littéral de la soumission féminine au mari pour y substituer une soumission réciproque et  prend acte que cette soumission féminine

« si profondément enracinée dans les mœurs et la tradition religieuse du temps, doit être comprise et vécue de manière nouvelle, comme une soumission mutuelle dans la crainte du Christ »( MD 24)

Ensuite, elle reconnait que ce qui relève de l’ordre de la révélation, est la soumission de l’Eglise au Christ, mais que la soumission unilatérale de la femme à son  mari n’est pas de l’ordre de la révélation.

Il y a aussi, plus étonnant, dans ce numéro 24, la reconnaissance que dans les écrits apostoliques, il y a à la fois du nouveau et de la persistance de l’ancien.

« Par rapport à l’  ‘ancien’, c’est là évidemment une  ‘nouveauté’ ; c’est la nouveauté évangélique. Nous rencontrons plusieurs textes où les écrits apostoliques expriment cette nouveauté, même si l’on y entend aussi ce qui est  ‘ancien’, ce qui s’enracine dans la tradition religieuse d’Israël, dans sa façon de comprendre et d’expliquer les textes sacrés comme par exemple le chapitre 2 de la Genèse »( MD 24)

Parmi ces textes du Nouveau testament marqués par l’ ‘ancien’ et donc qui n’ont pas été rejoints par la nouveauté évangélique, l’encyclique donne dans sa note 49, les références de textes défavorables aux femmes comme 1Tm2/11-15 qui prône leur silence en toute soumission pendant l’instruction, leur incapacité à enseigner, fondée sur la primauté d’Adam créé en premier, sur la faute qui revient à Eve seule, et leur salut acquis par sa maternité. Egalement 1Co11 /3 qui affirme que le chef de la femme, c’est l’homme ; en 1Co11/7 où il est dit que seul l’homme est image de Dieu, la femme étant seulement le reflet de l’homme , toujours avec la même raison d’une création d’Adam en premier, Eve tirée de lui. La femme créée pour l’homme et non « bien sûr » l’homme pour la femme.

On ne peut que se réjouir que ces textes néo-testamentaires qui ont fait tant de mal aux femmes, soit considérés comme « anciens et non rejoints par la nouveauté évangéliques » dans cette note 49. Cela s’explique par la difficile émergence de la nouveauté évangélique, son long travail dans les consciences et cela situe bien l’accueil de la révélation dans une histoire.

La Constitution dogmatique sur la révélation divine, Dei Verbum, du Concile Vatican II avait déjà admis que dans les textes de l’Ancien testament, il y avait des choses provisoires et imparfaites(« Ces livres, bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du caduc, sont pourtant les témoins d’une véritable pédagogie divine » CONCILE VATICAN II, Constitution dogmatique sur la révélation divine  n°15, Cerf, 1967) Ici, dans cette Lettre encyclique, l’auteur admet que dans le Nouveau Testament aussi peuvent subsister des traces de ce qui est « ancien », non encore transformé par la nouveauté évangélique.

 

 C’est une interprétation de l’Ecriture, qui, comme le montre J.L Segundo, dont je vais présenter la pensée(J.L. SEGUNDO, Qu’est-ce qu’un dogme ?, Cerf, 1992, Collection Cogitatio fidei 169), est un apprentissage à penser à partir de textes qui ne sont pas homogènes, différents ou même contradictoires.( Par exemple Ga 3/26-29 contradictoire avec 1Co11/13) Apprentissage à penser à partir de crises qui remettent en cause des convictions et des pratiques et font advenir une autre manière de comprendre et d’agir. Il est significatif que l’auteur de ce n°24 cite Ga3/26-2. Il n’y a plus dans le Christ, ni homme, ni femme. De même il n’y a plus ni esclave, ni homme libre reconnaissant que ce dernier principe a mis du temps avant d’être admis et que son application est loin encore d’être réalisé.( Il faut attendre 1839 pour qu’un pape condamne officiellement l’esclavage Grégoire XVI, In suprémo Pour l’ensemble de la question de Droits de l’homme, voir J.M. AUBERT, Les Droits de l’homme interpellent les Eglise, Le Supplément, 1982, n°141 p 149 à 177) Cette perspective reconnait l’histoire comme lieu de progrès, lieu d’une pensée qui surmonte les immobilismes.

 

Mais il y a dans l‘encyclique une autre manière de lire la Bible, sa symbolique allégorique qui privilégie une image à l’exclusion d’autres ( Dieu époux et l’Eglise épouse, alors qu’elle peut être dite aussi peuple de Dieu, temple de l‘Esprit, corps du Christ, donc ici au-delà d’une posture conjugale et féminine). Ces deux manières coexistent dans la lettre encyclique mais la seconde est privilégiée. Elle seule surtout est déterminante du rôle différencié des femmes et des hommes au niveau institutionnel. La première tient compte de l’histoire et de son ouverture au changement, la seconde fonde un statu-quo dans l’éternel dessein de Dieu.

Cependant cette première manière ouvre une brèche dans cette pensée statique. La réflexion théologique de J.L. Segundo va nous permettre d’aller plus loin dans une manière de considérer la révélation non comme un bloc monolithique valable en tout temps et en tout lieu mais comme apprentissage à penser.

 

Pour cela, dans son livre Qu’est-ce qu’un dogme Segundo  distingue deux modèles différents pour penser la Révélation. D’abord le modèle iconique qui exposant en récits, en image, renvoyant à des questions existentielles, donnant à penser, est processus de recherche. Le second est digital. Digital au sens d’une vérité que l’on peut désigner du doigt, de l’ordre d’un dépôt. Il suppose que Dieu a déposé dans un contenant qui serait la Bible des vérités à croire et des normes à pratiquer. Vérités et normes qu’il suffirait d’extraire de cette « carrière » biblique. Ce travail d’extraction étant le fait de la Tradition qui au long de 20 siècles aurait peu à peu mis à découvert ce qui y était contenu, c'est-à-dire une information correcte une fois pour toutes, et pour toutes les questions, dans tous les contextes.

Il me semble que, dans la lettre encyclique,  la nouvelle manière de comprendre la soumission réciproque de Ep 5 relève du modèle iconique, tandis que la manière d’absolutiser la symbolique Epoux/épouse comme paradigmatique du masculin et du féminin, relève du digital.

Ce dernier modèle se heurte à une difficulté majeure : la divergence dans la Bible, de théologies, leurs variétés qui n’est pas toujours conciliables, leurs diversités qui évitent d’enclore dans une seule perspective, dans le domaine de la foi comme dans celui de la morale. Pour le premier Testament. Il suffit de rappeler la foi ou la non-foi en la vie éternelle. Deux théologies qui s’affrontent encore au temps de Jésus et dont on a trace dans l’opposition entre pharisien et sadducéens(Par exemple en Mt 22/23…34). Egalement le conflit doctrinal sur la question de la rétribution. La richesse, la longue vie, la santé, le bonheur sont-ils des marques de bénédiction de Dieu en récompense d’une vie vertueuse ? Oui pour certains textes. Non pour d’autres(Par exemple Si1/13 s’oppose à la proclamation d’innocence de Job, Jb13/18). Le non le plus violent étant la révolte de Job qui proclame son innocence au cœur même de sa souffrance morale et physique. Egalement le problème à la fois politique et religieux de la royauté. Est-ce une institution voulue par Dieu ou au contraire une offense à Dieu qui est le seul roi d’Israël ? Sur ce point les textes bibliques s’opposent entre monarchistes et antimonarchistes.( Par exemple 1S 8 et 2S 7)  Dans un registre moins conflictuel, les deux textes de la création en Genèse comportent, nous l’avons vu, deux anthropologies qui sont loin d’être conciliables.

Devant ce constat de divergences, de théologies différentes, une question se pose. Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est parole de Dieu, inspiré par lui ? Mais surtout pourquoi dans cette Bible, y-a-t-il cette juxtaposition de position inconciliables. Pourquoi,  in fine, les rédacteurs n’ont-ils pas pris position en ne gardant qu’une des positions ? On peut répondre par le respect de  récits plus anciens mais un respect qui n’empêche pas d’en ajouter d’autres qui les corrigent ou même les contestent. Mais surtout, nous avons là le signe d’une conception particulière de la vérité. Non pas une vérité éternelle, anhistorique, monolithe, absolutisée,  mais une vérité qui se cherche dans les méandres de l’histoire humaine, qui s’approfondit  grâce à des crises, quand les réponses anciennes ne sont plus audibles, quand l’expérience vient les contredire de telle sorte  qu’elles ne sont plus satisfaisantes. Une vérité qui se cherche et qui ne s’arrête pas à un moment donné. Les  réponses anciennes et nouvelles sont gardées comme mémoire d’un cheminement de pensée, comme anamnèse d’une résolution d’une crise. Elles sont là toutes deux pour « apprendre à penser ». Apprendre à penser est un des concepts- clé de la théologie de la révélation que développe Segundo.

 

Le concile Vatican II s’approche de ce modèle en parlant de pédagogie divine, d’aspect provisoire et incomplet de la première alliance : « Ces livres, bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du caduc, sont pourtant les témoins d’une véritable pédagogie divine ». (DV 15)De ce fait, on ne peut plus parler de Dieu comme « unique auteur »( Contrairement à la position du Concile de Trente DZ 783) de la Bible car comment Dieu pourrait-il parler de manière imparfaite et caduque ? (Dèjà Divino afflante Spiritu de Pie XII en 1943 avait rompu avec cette conception en demandant de tenir compte de l’auteur humain (DZ 2294) qui n’est plus un secrétaire qui écrit sous la dictée mais qui est libre, créateur et limité par les connaissances et les instruments de son époque , limité et conditionné.)La constitution Dei verbum prend acte qu’il faut parler d’auteurs bibliques comme de « vrais auteurs » (DV 11) qui ont écrit selon des genres littéraires différents, «  en des circonstances déterminées, dans les conditions de son temps, et l’état de sa culture » et selon «  soit des manières natives de sentir, de parler…soit de celles que l’on utilisait ça et là à cette époque dans les rapports humains »( DV 12)

Mais Segundo va plus loin dans la compréhension de cette pédagogie divine. Mettre  la pédagogie divine à la place de Dieu comme auteur, c’est comprendre Dieu comme auteur d’un processus éducatif à travers les méandres humaines. Les Livres bibliques relatent ce processus éducatif. L’existence dans les textes de « choses provisoires et imparfaites » et contradictoires ne fait plus d’eux la dictée d’une vérité absolue. Ces faiblesses portent sur des capacités intellectuelles, des conditionnements des ignorances venant de leur société de leur culture et touchant à des facteurs décisifs de l’existence, sources d’attitudes et d’actions.

Mais ce côté provisoire et imparfait est considéré par Segundo comme positif. C’est la part d’erreurs de ce provisoire et de cet imparfait qui peut faire entrer en crise la connaissance antérieure. Parce que l’erreur et sa rectification font partie intégrante  de tout processus de connaissance  profonde et mûre de la vérité. De ce fait, il est possible de créer des hypothèses qui permettent de trouver des réponses plus adaptées. Le plan divin ne consiste pas à distribuer une information correcte une fois pour toutes, mais à faire avancer un processus éducatif où l’on apprend à apprendre à partir d’affirmation provisoire.

Segundo nous montre ainsi une profonde conception de la vérité et de l’erreur. L’erreur fait partie de la manière humaine d’accéder à la vérité,  vérité capable d’affronter des crises. Les crises permettant d’élaborer de nouvelle hypothèse, posant un problème nouveau qui remet en chemin de recherche. Les crises sont génératrices de découvertes nouvelles.  Chercher la vérité passe par la découverte du non-vrai , du non totalement vrai, de l’insuffisamment vrai, du partiellement erroné face à une réalité qui pousse vers une vérité plus grande. La recherche de la vérité passe par l’essai et l’erreur. Une erreur expérimentée, reconnue, rectifiée. Ce passage est le composant d’un processus d’intériorisation de la vérité. Sur le chemin, donc,  jalonné de choses imparfaites et provisoires ( comme pour tout processus éducatif), nous pouvons avoir accès à une vérité toujours plus grande et une richesse de sens toujours plus profonde pour notre existence.

Pour Dei Verbum, ces choses provisoires et imparfaites de la Bible ne concernent que l’Ancien Testament. Cela veut-il dire que le Nouveau en est exempt ? Si nous répondons par l’affirmative, cela veut dire que Dieu aurait changé de méthode nous dit Segundo. Nous n’aurions plus avec le Nouveau Testament une pédagogie mais des informations  parfaites, invariables mettant fin au processus de recherche pourtant inhérent à l’expérience humaine. (DZ 2021)Parce qu’avec Jésus nous aurions un accès à la révélation immédiat et personnel de la vérité, que pourrait-il y avoir de nouveau, après lui,  qui justifierais encore une recherche ?( L’interprétation du choix par le Christ de 12 hommes  (viri)  comme apôtres à l’exclusion de femmes , relève de cette conception d’une une vérité éternelle, anhistorique, monolithe, absolutisée.  Sur la question du choix des 12, voir J.MOINGT, Sur un débat clos, Revue de Sciences Religieuses, 83/3, 1994,    ) Face à cette question, deux conceptions s’opposent. La première dit oui, il n’y a plus rien à chercher, il y a seulement à  conserver et à propager la vérité possédée, seulement à mieux l’expliquer, à en donner des définitions plus précises. L’incarnation, dans cette conception est conçue comme fin effective de l’histoire.( « L’histoire…a une fin…le christianisme est cette fin : le Christ s’est présenté comme venant à la fin des temps et comme introduisant le monde définitif…L’histoire n’est plus qu’en sursis » dans Jean DANIELOU, Essai sur le mystère de l’histoire, Cerf, 1982, p 14 et 23. Cité et critiqué par J.L. SEGUNDO , Qu’est-ce qu’un dogme, Cerf, 1992, collection Cogitation fidéi n°169, p 237, pour donner un exemple d’une théologie qui clôt l’histoire avec la venue du Christ.) La deuxième dit non, et c’est l’option de Segundo, pour deux raisons. D’abord l’incarnation ne fait pas interrompre le processus qui pousse l’homme à chercher. Ensuite comment la plus haute autocommunication de Dieu qu’est le Christ nous ferait cesser de penser, nous ferait abandonner notre aventure créatrice en quête de vérité ? Cette recherche de la vérité fait partie de la maturité dont nous parle Paul. Les hommes de la maturité sont des héritiers capables de construire du neuf, d’avoir des projets de liberté. Pour cela  la réalité histoire ne doit pas être  parvenue à son terme. Il y a donc dans la manière de recevoir le Nouveau Testament une façon d’avancer aussi,  à travers et grâce à des crises,  vers des données encore inconnues.

Ce processus vers la vérité qui continue après Jésus peut s’appuyer sur Jn16/7 : « Il vaut mieux pour vous que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous » et sur Jn 16/12-13 : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand il viendra, l’esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité toute entière ; car il ne parlera pas de lui-même ; mais tout ce qu’il entendra, il le dira, et il vous annoncera les choses à venir. »

La Vérité incarnée qu’est le Christ continue de se dire après sa manifestation historique. Elle ne s’arrête pas à cette manifestation historique. Segundo cite pour cela St Augustin qui commente ces versets de Jean en écrivant : « Même le Seigneur en personne, en tant qu’il a daigné être notre chemin, n’a pas voulu nous retenir mais passer »( St AUGUSTIN,  De doctrina christiana I,1 ch 34; Œuvres, DDB,  vol XI p 226 ; cité par J.L. SEGUNDO p241 et 308 dans Qu’est-ce qu’un dogme ?). La vérité qu’est le Christ nous met en chemin vers la vérité. La pédagogie divine continue donc tout au long de l’histoire humaine avec l’Esprit Saint pour guide dans sa fonction éducatrice.

Le Christ n’a pas voulu nous retenir mais passer. Il est donc passé dans cette culture qui aujourd’hui n’est plus la nôtre. La manière dont le Nouveau Testament en rend témoignage relève comme pour l’Ancien Testament de la faiblesse humaine qui produit de l’imparfait et du provisoire (Dei Verbum 15 ). Mais loin de s’en désoler, il nous faut l’accueillir comme une marque du sérieux de l’incarnation de la vérité dans le temps.

Cette fonction éducatrice et créatrice de l’Esprit Saint, se découvre déjà à l’intérieur même du Nouveau Testament par la variété des langages de la foi. La reconnaissance de cette pluralité a d’importantes conséquences. Si cette pluralité existe dans le Nouveau Testament, cela légitime la pluralité des théologies dans l’histoire et pour aujourd’hui. On peut donc sortir légitimement d’une conception de la vérité monolithe et intemporelle.

Paul, par exemple, ne fait référence à aucun acte de Jésus, à aucune de ses paroles, il en parle de manière complètement nouvelle. Il n’invente pas mais il crée une théologie qui le fait découvrir d’une tout autre manière. Il en a lui-même conscience quand il écrit :   « Même si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi à présent»( 2 Co 5/16). Ce faisant il applique ici son  principe de la suprématie de l’esprit sur la lettre. De même l’auteur de l’Epître aux Hébreux , prendra lui aussi la liberté d’en parler avec un vocabulaire encore différent en disant par exemple que le Christ est l’unique grand-prêtre, un titre que les Evangiles ignorent complètement. Les communautés primitives, auteures des Evangiles sont aussi des créatrices, puisqu’elles vont écrire les Evangiles à la lumière de la résurrection. Enfin l’annonce de la foi, telle que relatée dans les Actes, va opérer un déplacement significatif, qu’on peut résumer ainsi : déplacement du royaume à la personne de Jésus, de la thématique du royaume à la thématique de Jésus-sauveur, de l’histoire à l’eschatologie imminente.

L’Evangile de Jean est aussi un bon exemple de créativité. Il raconte Jésus avec les mots, les concepts, les problématiques de ceux à qui il s’adresse. Il nous faut à notre tour faire preuve de la même créativité en répondant à d’autres problématiques. Continuer le processus avec lequel il a pensé, c'est-à-dire à partir de lui, apprendre à apprendre. Ce dialogue de Jean avec la culture de son temps a beaucoup  à nous apprendre. Mais il faut l’interpréter à l’intérieur  de ses limites, les dépasser et aller vers l’aujourd’hui de notre histoire et de nos cultures.

Qu’est-ce qui peut nous permettre de  faire cela ? Selon quel critère de discernement ?

 

Ceci au détriment du noyau historique central du message des béatitudes comme  priorité du cœur de Dieu, ce qu’il veut, les valeurs qu’il apprécie : que la pauvreté cesse, que ceux qui pleurent puissent rire, que ceux qui ont faim puissent être rassasiés. Tache confiée aux hommes, tâche à assumer en comprenant l’intention de Dieu et en  se faisant collaborateur de son désir.  

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 23:21

Adam dans un monde déjà marqué par le mal: analyse de L.Basset


1-Adam, l’humain masculin dans un texte qui décrit le mal déjà là

Litta Basset introduit un autre élément d’herméneutique qui me semble encore plus vigoureux : aucun texte biblique n’est écrit avant le péché ! Même un texte qui parlerait d’un temps avant le péché ! Elle écrit : « L’auteur du texte parle à partir du monde où il vit, un monde indissociable du mal, un monde où le mal va tellement de soi qu’on ne le mentionne pas, pas plus qu’on ne mentionne le non respect dont la femme est l’objet. En effet, le non-respect de la femme dans le texte suffit à attester que le mal est là dès les origines, indépendamment du drame du jardin. » (L.BASSET, Guérir du malheur, Albin Michel, 1999, p 267) Beaucoup de femmes, aujourd’hui dans le monde, peuvent voir dans Gn 2-3, une situation qui malheureusement est la leur. Ce principe herméneutique rejoint celui de Paul Ricoeur dans sa si belle interprétation du péché originel :

« Le mythe adamique révèle en même temps cet aspect mystérieux du mal, à savoir que si chacun de nous le commence, l’inaugure…chacun de nous aussi le trouve, le trouve déjà là, en lui, hors de lui, avant lui. Pour toute conscience  qui s’éveille à la prise de responsabilité, le mal est déjà là ; en reportant sur un ancêtre lointain, l’origine du mal, le mythe découvre la situation de tout homme : cela a déjà eu lieu. »( P.RICOEUR , Le conflit des interprétations, Paris, Seuil, 1969, p 280)

Pour lui, ce texte n’explique rien mais exprime l’expérience humaine. Il est parole de Dieu en tant que :

«Pouvoir révélant concernant la condition humaine dans son ensemble …Quelque chose est découvert, descellé, qui sans le mythe serait resté couvert, scellé. »( P.RICOEUR, idem p279)

Cette fonction du mythe qui découvre et descelle peut se comprendre de manière vivante. Ce n’est pas une fois pour toutes qu’il permet de découvrir et de desceller. Sa fonction de découverte peut être aujourd’hui neuve et nous ouvrir à une compréhension encore jamais mise à nue.

C’est à cela que se livre Litta Basset en disant que le mal est à l’intérieur du texte même. Ceci, non pas pour justifier la hiérarchie des sexes mais pour la dénoncer et permettre au texte d’être un révélateur du mal au féminin. En ce sens il peut révéler du neuf, dévoiler du caché, desceller ce qui était encore scellé.

 

2-Descriptif du mal déjà là

Ce mal, Litta Basset le décline en plusieurs points (L.BASSET, Guérir du malheur, Albin Michel, 1999, p 268 à 272) : Dans ce texte, l’Adam masculin est conçu comme le seul interlocuteur de Dieu (dans le texte, Dieu ne s’adresse à la femme que pour lui signifier sa faute). La femme est décrite comme faite pour l’homme: tirée de lui, faite pour lui, référée à lui, son être ne se conçoit qu’en fonction de l’humain masculin. Etre la femme d’un homme semble être sa vocation et sa raison d’être.  L’Adam masculin est associé au pouvoir créateur de Dieu pour qui nommer, c’est faire exister. Les animaux sont nommés selon lui et pas selon elle. Sa vision et sa nomination masculines sont posées comme universelles sans avoir besoin de celles de la femme. L’Adam masculin proclame le nom de la femme comme il l’a fait pour les animaux, donc induisant un droit de souveraineté sur elle. Quand, dans le texte, la femme apparaît seule (non référée, on pourrait dire « déliée » du masculin,) cela est décrit comme une catastrophe. En quelques versets est décrit un sexisme de tous les temps : femme sensuelle, jalouse, déficiente. L’Adam est celui qui se croit seul : les quatre « je » de Gn3/10. Ainsi dans ce jardin règne déjà le mal sous la forme de la  non-considération de la femme comme personne à part entière. Ce monde du texte est de tous les temps. Cette exclusion du féminin, cette dévalorisation, cette instrumentalisation sont exemplaires de toutes les formes d’exclusion de l’autre.

Alors comment ce texte peut-il être Parole de Dieu ? Il l’est comme descriptif du mal dont les femmes sont victimes. C’est un texte de révélation de ce mal. Il révèle un mal occulté. Cependant si bien occulté qu’il faut attendre vingt siècles pour qu’une théologienne comme L.Basset et d’une autre manière comme A. Wenin,  puissent l’exposer.

Pourquoi aujourd’hui peut-on faire ces lectures tellement différentes de celles qui ont eu cours jusqu’à maintenant ?

 

3- Elément d’herméneutique : la chance d'un écart

Une des réponses possibles consiste à dire que le monde du lecteur de ce  texte aujourd’hui n’est plus le même que celui de son auteur et des commentateurs anciens. Expliquons-nous en citant Daniel Marguerat et Yvan Bourquin. En amont d’un texte, il y a le monde expérimenté par l’auteur et en aval, le monde où vit le lecteur.

« Pour que la lecture soit une authentique expérience, il faut que le texte ne coïncide pas en tous points avec le monde du lecteur. Si monde du récit et monde du lecteur sont superposables, alors la lecture ne dégage qu’un effet de miroir. Le lecteur se retrouve lui-même. En revanche, plus la distance est forte entre récit et lecteur, plus le retour au monde du lecteur sera fécond d’interrogations…Contre toute appropriation immédiate du texte, il faut insister avec Ricoeur, sur l’altérité comme dimension fondamentale du rapport au texte…Cette remarque est de grande importance pour la lecture biblique. Elle fait prendre conscience que l’éloignement (historique, culturel) des textes bibliques, s’il est un handicap pour une actualisation immédiate, fonctionne en réalité comme condition de possibilité d’une authentique quête de signification. Il faut postuler une étrangeté du texte face au monde du lecteur qui fait de la lecture une opération de dé-contextualisation et de re-contextualisation »( D.MARGUERAT et Y .BOURQUIN, Pour lire les récits bibliques, la Bible se raconte, initiation à l’analyse narrative Cerf-Labor et Fides-Novalis, 2002, p. 180 et 181)

Jusqu’à récemment, ce texte, en ce qui concerne le rapport du masculin et du féminin,  a fonctionné comme miroir : le monde patriarcal du lecteur était le monde patriarcal de l’auteur : aucune distance, l’un approuve l’autre et réciproquement ! C’est seulement la situation de l’écart qui peut être  la nôtre maintenant,  qui peut faire surgir un questionnement nouveau, une compréhension nouvelle.

Ce miroir a fonctionné pendant vingt siècles où notre question de l’Adam masculin n’en était pas une mais était une évidence, une certitude et une justification de subordination du féminin au masculin.

 

Ces deux lectures, celle d’A.Wenin et celle de L.Basset, dans leur différence même permettent d’interroger la pertinence de la typologie sur laquelle s’appuie Mulieris dignitatem.

Adam, autant féminin que masculin permet de mieux comprendre que le Christ nouvel Adam « manifeste pleinement l’homme (homo) à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » ( GS 22,§2) et inclut donc les femmes comme les hommes dans cette typologie et ne les exclut donc pas.

Adam au masculin seulement dans un monde où le mal est déjà là, permet de ne pas légitimer une typologie qui met le masculin du côté du Christ à l’exclusion du féminin car elle fait perdurer une inégalité incluse dans le texte même comme situation de péché.

 

 

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 00:17

Voici le 2ème texte de Katrin Agafia. Merci de nous faire partager son  commentaire de la fin du chapitre 8 de saint Marc.

 

Préférez-vous être cru ou être aimé ? Il y a toutes les chances que vous me répondiez être cru… Comment peut-on m’aimer si au départ on ne me croit pas… Quelle souffrance,  que  de se heurter à un  silence poli, quand il s’agit d’exprimer ce qui nous tient à cœur.

 

Jésus en fait lui aussi la douloureuse expérience. Il annonce le Royaume de toutes ses forces et ses amis sont préoccupés de ce qu’ils vont manger… il se sent seul et incompris : (en Marc 8, v 18) « vous avez des yeux et ne voyez pas ? Des oreilles et n’entendez pas » et plus loin (au v 21) « vous ne comprenez toujours pas ! ». Cela me fait penser à toutes les fois où nous disons à nos proches : «  Mais tu  ne vois  rien, tu ne comprends vraiment rien »…

Quel est donc ce message qui tient tant au cœur du Christ ? Il touche à notre façon de voir ou de concevoir Dieu…

 

Il y a très longtemps, un homme, nommé encore Abram, quitte son pays en réponse à un appel reçu de YHWH…A cette confiance donnée, Dieu répond par une promesse : (Genèse 11 v6) «  A ta semence, je donne ce pays. Abram construit un autel pour YHWH, qui s’est fait voir à lui »…Et plus loin, après avoir compris que ce Dieu ne désire pas le sacrifice de son fils Isaac, Abraham donne un nom au lieu du sacrifice :(Genèse 21, v6) « Abraham appelle ce lieu YHWH-voit. Ce lieu dont on dit aujourd’hui : sur la montagne, YHWH est vu ».

 

Dans un autre livre de la Bible, Job, après avoir tant vociféré contre Dieu, s’exclame : (Job 42 v 5) «  Je te connaissais par ouï-dire, maintenant que mes yeux t’ont vu, je me dissous, je me console  dans la poussière et la cendre » et plus loin au v 9, « YHWH relève la face de Job »

On pourrait prendre encore de nombreux exemples de ce type dans l’Ancien Testament.

Abraham, et Job, passent d’une image qu’ils se font de Dieu à une expérience avec Dieu. De cette expérience, ressort à chaque fois l’idée qu’ils ont vu Dieu ; dans le sens où ils ont compris un peu du visage de Dieu (en hébreu, on parle des faces de Dieu, au pluriel) : un Dieu de promesses, un Dieu tourné résolument vers la vie, un Dieu qui tient bon et relève toujours l’homme…Ce visage désormais, habite, imprègne, le cœur d’Abraham, de Job…Et l’image se transforme en  un lieu que Dieu habite et où Il se déploie.

 

Et c’est bien de ce Lieu-là, dont le Christ est  dépositaire.

Alors (en Marc 8 v22) malgré l’incompréhension, Jésus persiste : Il  touche un aveugle,  lui prend la main, l’entraîne hors du village et crache sur ses yeux pour que lui aussi, comme Abraham, comme Job,  il vive  une expérience de foi, de confiance, qui l’amène à Le voir Lui, le Christ. Au-delà de l’aveugle,  c’est bien chaque Homme qui est  ainsi amené par le Christ vers ce Lieu.

 

Quand ensuite, Jésus lance un sondage sur Sa personne, on se retrouve confronté une nouvelle fois à Son humanité, souffrant de ne pas être cru, compris… Il aimerait tellement que Sa parole soit entendue… Il est impatient devant la lenteur de ses amis... « Mais vous, qui dites-vous que je suis ? ».  Et de nombreuses interrogations  se dégagent de cette question: Que comprenez-vous de Moi ? Qui voyez-vous en Moi ? Etes-vous suffisamment solides dans votre foi pour accueillir  ce que je vais vous dire, ce que je vais vivre ? Etes-vous capables d’accéder avec Moi, à ce Lieu où Dieu se tient ?

Pierre, « en premier de la classe », donne aussitôt la bonne réponse : « Tu es le Christ ! ». On peut imaginer Jésus rassuré de se sentir reconnu pour ce qu’Il est… Confiant, Il se met alors à enseigner, à ouvrir un chemin, qui mènera à la Croix puis  à la Résurrection. Il ose déplacer les conceptions et les images qui entourent l’idée de Dieu chez ses  contemporains. Et ce n’est pas sans mal. Arrêtons-nous quelques instants pour comprendre de l’intérieur ce que dit Jésus :

Dans quelque temps,  Pilate dira «  Voici l’Homme »  devant le Christ défiguré. L’homme, seule image explicite  de Dieu que la Bible nous dévoile (« Dieu dit faisons un Adam à notre image comme à notre ressemblance » Genèse 1 v 26). En Christ, «  Voici l’Homme », par excellence : un homme, torturé, humilié  essence même de Dieu : en Christ, voici Dieu. Folie de Dieu au vu de la sagesse des hommes ou sagesse de Dieu qui se fait proche nous, pour devenir  Lui-même ce Lieu où la rencontre est possible. Et  Il  s’y révèle grand par Son impuissance, lumineux par Sa fragilité, infiniment présent par son silence. Ce n’est plus Jésus qui vient toucher l’aveugle, c’est le Tout Autre qui se laisse toucher en ce lieu où même l’inavouable se dit.

 

Intenable pour Pierre… Et Jésus  de se retourner… (v33)  J’ose imaginer qu’un changement s’opère en Jésus à cet instant : ce qu’Il vient d’annoncer, sa mise à mort, il en  prend conscience. Non sans angoisse,  à ce moment, Il sait qu’Il y goûtera bientôt… Les mots ne suffisent plus… La croix deviendra le  Lieu où  s’expérimente la proximité, l’engagement de Dieu pour l’homme : ce n’est plus l’homme qui expérimente Dieu, c’est Dieu qui expérimente l’homme.

Mais ce Lieu-là n’est rien, s’il n’est pas traversé par une expérience de vie plus forte que la mort. Nos obscurités sont vides de sens, si elles ne peuvent s’appuyer sur la main indéfectible d’un Souffle de Vie. Retrouvons alors Pierre, quelque temps plus tard… Il court vers le tombeau vide…Il a vécu du dedans le temps de la croix, le temps de la séparation, de l’absence. « Il entre alors dans le tombeau. Il voit et il croit. ».Jean 20 v 8.

Il voit non seulement le linge, mais bien au-delà, comme Abraham, comme Job,  il voit un peu du visage de Dieu, Il accède à la rencontre du Vivant : Hamakom est un de ses noms en hébreu. Hamakom signifie le Lieu…

 

 

 

 

 

 

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