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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 00:17

Voici le 2ème texte de Katrin Agafia. Merci de nous faire partager son  commentaire de la fin du chapitre 8 de saint Marc.

 

Préférez-vous être cru ou être aimé ? Il y a toutes les chances que vous me répondiez être cru… Comment peut-on m’aimer si au départ on ne me croit pas… Quelle souffrance,  que  de se heurter à un  silence poli, quand il s’agit d’exprimer ce qui nous tient à cœur.

 

Jésus en fait lui aussi la douloureuse expérience. Il annonce le Royaume de toutes ses forces et ses amis sont préoccupés de ce qu’ils vont manger… il se sent seul et incompris : (en Marc 8, v 18) « vous avez des yeux et ne voyez pas ? Des oreilles et n’entendez pas » et plus loin (au v 21) « vous ne comprenez toujours pas ! ». Cela me fait penser à toutes les fois où nous disons à nos proches : «  Mais tu  ne vois  rien, tu ne comprends vraiment rien »…

Quel est donc ce message qui tient tant au cœur du Christ ? Il touche à notre façon de voir ou de concevoir Dieu…

 

Il y a très longtemps, un homme, nommé encore Abram, quitte son pays en réponse à un appel reçu de YHWH…A cette confiance donnée, Dieu répond par une promesse : (Genèse 11 v6) «  A ta semence, je donne ce pays. Abram construit un autel pour YHWH, qui s’est fait voir à lui »…Et plus loin, après avoir compris que ce Dieu ne désire pas le sacrifice de son fils Isaac, Abraham donne un nom au lieu du sacrifice :(Genèse 21, v6) « Abraham appelle ce lieu YHWH-voit. Ce lieu dont on dit aujourd’hui : sur la montagne, YHWH est vu ».

 

Dans un autre livre de la Bible, Job, après avoir tant vociféré contre Dieu, s’exclame : (Job 42 v 5) «  Je te connaissais par ouï-dire, maintenant que mes yeux t’ont vu, je me dissous, je me console  dans la poussière et la cendre » et plus loin au v 9, « YHWH relève la face de Job »

On pourrait prendre encore de nombreux exemples de ce type dans l’Ancien Testament.

Abraham, et Job, passent d’une image qu’ils se font de Dieu à une expérience avec Dieu. De cette expérience, ressort à chaque fois l’idée qu’ils ont vu Dieu ; dans le sens où ils ont compris un peu du visage de Dieu (en hébreu, on parle des faces de Dieu, au pluriel) : un Dieu de promesses, un Dieu tourné résolument vers la vie, un Dieu qui tient bon et relève toujours l’homme…Ce visage désormais, habite, imprègne, le cœur d’Abraham, de Job…Et l’image se transforme en  un lieu que Dieu habite et où Il se déploie.

 

Et c’est bien de ce Lieu-là, dont le Christ est  dépositaire.

Alors (en Marc 8 v22) malgré l’incompréhension, Jésus persiste : Il  touche un aveugle,  lui prend la main, l’entraîne hors du village et crache sur ses yeux pour que lui aussi, comme Abraham, comme Job,  il vive  une expérience de foi, de confiance, qui l’amène à Le voir Lui, le Christ. Au-delà de l’aveugle,  c’est bien chaque Homme qui est  ainsi amené par le Christ vers ce Lieu.

 

Quand ensuite, Jésus lance un sondage sur Sa personne, on se retrouve confronté une nouvelle fois à Son humanité, souffrant de ne pas être cru, compris… Il aimerait tellement que Sa parole soit entendue… Il est impatient devant la lenteur de ses amis... « Mais vous, qui dites-vous que je suis ? ».  Et de nombreuses interrogations  se dégagent de cette question: Que comprenez-vous de Moi ? Qui voyez-vous en Moi ? Etes-vous suffisamment solides dans votre foi pour accueillir  ce que je vais vous dire, ce que je vais vivre ? Etes-vous capables d’accéder avec Moi, à ce Lieu où Dieu se tient ?

Pierre, « en premier de la classe », donne aussitôt la bonne réponse : « Tu es le Christ ! ». On peut imaginer Jésus rassuré de se sentir reconnu pour ce qu’Il est… Confiant, Il se met alors à enseigner, à ouvrir un chemin, qui mènera à la Croix puis  à la Résurrection. Il ose déplacer les conceptions et les images qui entourent l’idée de Dieu chez ses  contemporains. Et ce n’est pas sans mal. Arrêtons-nous quelques instants pour comprendre de l’intérieur ce que dit Jésus :

Dans quelque temps,  Pilate dira «  Voici l’Homme »  devant le Christ défiguré. L’homme, seule image explicite  de Dieu que la Bible nous dévoile (« Dieu dit faisons un Adam à notre image comme à notre ressemblance » Genèse 1 v 26). En Christ, «  Voici l’Homme », par excellence : un homme, torturé, humilié  essence même de Dieu : en Christ, voici Dieu. Folie de Dieu au vu de la sagesse des hommes ou sagesse de Dieu qui se fait proche nous, pour devenir  Lui-même ce Lieu où la rencontre est possible. Et  Il  s’y révèle grand par Son impuissance, lumineux par Sa fragilité, infiniment présent par son silence. Ce n’est plus Jésus qui vient toucher l’aveugle, c’est le Tout Autre qui se laisse toucher en ce lieu où même l’inavouable se dit.

 

Intenable pour Pierre… Et Jésus  de se retourner… (v33)  J’ose imaginer qu’un changement s’opère en Jésus à cet instant : ce qu’Il vient d’annoncer, sa mise à mort, il en  prend conscience. Non sans angoisse,  à ce moment, Il sait qu’Il y goûtera bientôt… Les mots ne suffisent plus… La croix deviendra le  Lieu où  s’expérimente la proximité, l’engagement de Dieu pour l’homme : ce n’est plus l’homme qui expérimente Dieu, c’est Dieu qui expérimente l’homme.

Mais ce Lieu-là n’est rien, s’il n’est pas traversé par une expérience de vie plus forte que la mort. Nos obscurités sont vides de sens, si elles ne peuvent s’appuyer sur la main indéfectible d’un Souffle de Vie. Retrouvons alors Pierre, quelque temps plus tard… Il court vers le tombeau vide…Il a vécu du dedans le temps de la croix, le temps de la séparation, de l’absence. « Il entre alors dans le tombeau. Il voit et il croit. ».Jean 20 v 8.

Il voit non seulement le linge, mais bien au-delà, comme Abraham, comme Job,  il voit un peu du visage de Dieu, Il accède à la rencontre du Vivant : Hamakom est un de ses noms en hébreu. Hamakom signifie le Lieu…

 

 

 

 

 

 

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 23:32

Pour écrire une autre Mulieris dignitatem, il est d’abord nécessaire d’interpréter autrement l’Adam du livre de la Genèse. Nous avons vu que la masculinité d’Adam a fondé dans la tradition, une différence de subordination. Cette même masculinité, dans la lettre encyclique, fonde une typologie qui associe le masculin à Adam et au Christ, et le féminin à Eve et Marie. D’autres lectures aujourd’hui sont possibles pour qui Adam signifie l’Humain,  ce sera la présentation que je ferai du livre d’André Wénin ou celle de Litta Basset pour qui l’Adam masculin ne dit pas une volonté de Dieu mais un mal déjà là.

Il est ensuite nécessaire de  développer une autre conception de la révélation, pour cela je présenterai la pensée de J.L. Segundo pour qui la Bible n’est pas une « carrière de normes », une vérité digitale mais une vérité iconique, pédagogie de Dieu qui nous apprend à penser à travers des crises pour dépasser des solutions provisoires.

Il est encore nécessaire aussi à partir de la foi au Dieu trinitaire, selon la pensée de J.Moltmann,  de tirer toutes les conséquences de la tri-unité de Dieu  qui soient libérantes pour les femmes et les hommes, car certaines images qui font de Dieu un tout puissant au masculin, ne peuvent que conforter une situation de suprématie du masculin sur le féminin.

Il est enfin nécessaire de développer une autre anthropologie différenciée mais non discriminante du masculin et du féminin, ce que je ferai avec C.Ducocq.

4ème  partie : A quelle condition un autre langage sur le féminin est-il possible ?

Une autre lecture de la figure d’Adam

Nous avons vu que dans la théologie chrétienne classique, le texte de Gn 2 a été interprété dans le sens d’une création de l’humain en deux étapes : d’abord masculine, ensuite féminine tirée du masculin, et où le nom d’Adam se réfère au seul masculin. En continuant de penser aux enfants, un garçon au catéchisme pourra immédiatement s’identifier à ce Glébeux sorti des mains de Dieu, à qui il s’adresse, qui est son interlocuteur, à qui il donne pouvoir de nomination. Si on le fait prier devant la sculpture de Chartres qui représente le Christ créant Adam, il y verra son visage d’homme. Pour la fille, cette identification ne sera pas immédiate. Parle-t-on d’elle aussi dans ce Glébeux ? Plus globalement nous l’avons vu y compris dans le Nouveau Testament, traduction et interprétation de ce texte se sont conjuguées au service d’une image infériorisée des femmes.  L’encyclique Mulieris dignitatem ne remet pas en cause cette interprétation de l’Adam masculin. Ce qui lui permet de fonder sa typologie Adam-Christ nouvel Adam et sa convenance masculine et Eve-Marie comme paradigme du féminin.

Aujourd’hui, certains exégètes apportent des interprétations de ces textes pour les rectifier  dans un sens qui n’est plus dévalorisant pour les femmes.  Je présenterai pour cela deux travaux, un chez le catholique, André Wénin pour y trouver une traduction et une interprétation qui cherchent à être non-discriminantes. L’autre chez une auteure protestante, Litta Basset qui prend acte dans son livre Le pardon originel, (L.BASSET, Guérir du malheur, Albin Michel, 1999, p 266 à 272 )que ce Glébeux dans le texte est bien de sexe masculin, mais en fait une interprétation non-discriminante.

 

Adam, figure de l’humain, homme et femme. Adam, autant femme que homme et le drame de l’un qui se prend pour l’origine de l’autre.

André Wénin, (A.WENIN, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain, Paris, cerf, 2007 et aussi : Vives femmes de la Bible, Bruxelles, Lessius, 2007   )traduit d’abord le mot Adam par  humain. Actuellement, dans la langue française, c’est ce que nous avons trouvé de mieux pour inclure féminin et masculin dans un même mot. Si nous adoptons cette traduction pour Gn 2-3, cela permet, dans une recherche d’anthropologie biblique, de décrire l’homme et la femme comme formé-es de la glèbe, recevant une haleine de vie, posé-es dans le jardin pour le garder et le travailler, entendant ensemble la parole d’ouverture à tous les arbres et celle de l’interdiction de l’arbre à connaître le bien et le mal.

« Et Adonaï Elohim modela ha ‘adam, poussière hors de ha’damah et il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’humain (ha’adam) devient un être vivant »( A.WENIN, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain, Paris, cerf, 2007 p 57)

Si nous suivons la lecture inclusive d’A.Wenin, le verset 18 du chapitre 2 peut cependant nous arrêter et rendre difficile l’inclusion du féminin et du masculin dans cet-te Adam.

Même si on traduit par : "Le Seigneur dit: il n’est pas bon que l’humain soit seul", on peut se demander qui était cet humain seul ? La réponse de l’auteur est de considérer Adam comme l’Humain dont l’être n’est pas encore différencié sexuellement.

« Il faut préciser ici que jusqu’ici, l’humain qu’Adonaï Elohim a façonné n’est pas un homme mâle, au contraire de ce qu’impose à l’imagination du lecteur tant l’interprétation traditionnelle que la force de l’habitude. L’hébreu parle en effet de ha’adam « l’être humain » dont le narrateur a précisé en 1/27, qu’il est créé mâle et femelle. C’est avec raison, selon moi, que les anciens commentaires juifs, l’imaginaient comme un être double, androgyne » ( Idem p 70).

L’interpréter ainsi (et non comme un Adam masculin) comporte un enjeu anthropologique important. Pourquoi ? Parce que, dans cette interprétation,  Dieu s’adresse à lui et à elle, fait de lui et d’elle un-e interlocuteur-trice,   donne à lui et à elle, un pouvoir de nomination. Dieu l’associe donc  à son pouvoir. En donnant un nom, il-elle en devient maître-maîtresse. (G.VON RAD, La Genèse, Genève, Labor et Fides 1968)Si Adam est toujours cet-te humain indifférencié-e sexuellement, ce pouvoir est potentiellement celui des deux sexes. Si c’est l’Adam uniquement masculin, une lecture fondamentaliste peut se servir, s'est servi et se sert encore de lui, pour introduire une image du masculin différente du féminin, dans le sens d’un pouvoir de gouvernement qui n’est donné qu’à l’Adam masculin. C'est en tout cas une lecture non avertie des exigences critiques d'une éthique de l'égalité homme-femme. Cette interprétation a prévalu pendant des siècles au point d’oublier ou d’occulter l’Adam mâle et femelle de Gn 1. Telle n’est pas l’interprétation que suggère la traduction d’ A.Wenin.

« Dans le récit, il n’est ni homme ni femme. Ou les deux à la fois. Mais pour le Seigneur Dieu, un tel isolement n’est pas bon. C’est la relation qui fait vivre. »( A. WENIN, Vives femmes de la Bible, Lessius, 2007 p 11)

Très beau commentaire qui dit bien l’enjeu et le bienfait de cette différenciation voulue par Dieu et qu’il va opérer. La suite de son commentaire est encore plus novatrice. Après avoir déploré la malencontreuse traduction par « côte » alors qu’il s’agit de côté, Wénin en conclut qu’il s’agit d’une opération où

«  Adonaï Elohim coupe en deux un être humain jusque là indifférencié.  Le surgissement de la différence se fait au prix d’un double manque. D’une part, aucun des 2 partenaires de cette différenciation à cause du sommeil, n’aura accès à son origine, perte de savoir qui est prix à payer pour qu’il y est égalité. D’autre part, la différenciation se fait au prix d’une blessure, l’autre côté de soi est perdu, donc aucun des deux n’est complet. Cela fonde toute relation juste en ce que l’autre échappe radicalement et renvoie  sa propre image  d’être manquant, et sa différence lui renvoie qu’il ne sait pas tout et en tout cas, pas tout de l’autre. La relation devra donc se construire sur la base d’un consentement à cette double perte »( A.WENIN, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain, Paris, cerf, 2007 p 75

Voilà ce qui devrait être une relation juste, pas seulement entre les hommes et les femmes, mais aussi entre tous les humains. Cependant la relation homme-femme est paradigmatique du consentement au  non savoir sur l’autre et au manque.  L’interprétation de Wénin peut aider à comprendre que ce double consentement est un acte de liberté. Vais-je ou non y consentir ? Cette question permet de comprendre l’analyse qu’il fait de la suite du texte et qui décrit un non-consentement du côté masculin et du côté féminin. Pour cela il interroge le cri d’exclamation de l’Adam masculin :

« Et l’humain se dit : CELLE-CI, cette fois, est os de mes os et chair de ma chair. A CELLE-CI il sera crié ishhah, femme, car ish, homme, a été prise CELLE-CI »( Traduction d’André Wénin idem p 76)

Sous l’apparence d’un émerveillement, il se cache une faute profonde à tel point, il me semble que dans une Bible traduite et commentée comme cela, nous pourrions avoir comme titre à partir du v.27 : « Le premier péché ». Il aurait pour premier auteur l’Adam masculin.

En effet ce qui est dit au v.23, à côté de son aspect positif, peut être questionné. Ce n’est pas une parole de dialogue, Adam ne dit pas : « Tu es os de mes os et chair de ma chair ». Il se parle à lui-même. La communication commence mal !  Il en fait l’objet de son discours. Il parle d’elle à la 3ème personne. Au contraire par trois fois, il la désigne avec un démonstratif : Celle-ci. « Elle est objet de son dire, il la prend dans son discours » ( Idem page 77) Mais peut-être encore plus grave, il se donne comme l’origine de « issah » : « Car de ys a été prise celle –ci ». Elle vient de lui. ( Une lecture psychologique pourrait y voir trace d’un « désir de maternité » que l’on peut constater chez certains  humains masculins. Désir de maternité ou revanche sur la dépendance maternelle ?) Cette déclaration se veut parole de savoir. Il croit savoir comment cela s’est passé, qu’elle vient de lui, et ne mentionne pas l’action de Dieu alors que le texte nous a bien dit que c’est Dieu qui est l’auteur de cette différenciation, que l’humain féminin comme l’humain masculin a été tiré comme lui de l’humain par séparation : lui d’un côté, elle de l’autre. Il croit savoir alors qu’il ignore tout puisque tout s’est passé dans un sommeil. Quelle aurait dû être la parole juste ? Peut-être interroger Dieu sur ce qui vient de se passer, sur le mystère accompli, et s’adresser à cette autre maintenant devant lui ?  On le voit ainsi reprendre connaissance en gommant ce qu’il ignore, à savoir l’action divine qui a fait de la femme un être singulier, différent de lui. On le voit aussi prendre sur elle un pouvoir que Dieu avait donné à l’humain sur les animaux, le pouvoir de nommer. Ce faisant il situe la femme par rapport à lui, venant de lui et lui appartenant (mes os, ma chair).

« C’est là un geste de convoitise…qui pousse l’humain a faire comme si la femme était sienne, comme si elle était sa chose, plutôt que de lui permettre d’être autre, hors de sa maîtrise , loin de ses prises »( Idem page 80)

Si on suit Wénin dans son analyse, on comprend mieux la manière dont une lecture biblique est toujours voilée par des présupposés. On va pointer le péché de la femme en Gn 3/6 et ne pas remarquer cet autre peut-être encore plus grave et qui n’a pas même besoin d’un tentateur extérieur !

Premier péché donc mais qui est aussi celui de la femme. Celui-là aussi a été voilé et combien il est nécessaire qu’il soit  dévoilé. Le péché, ici, au féminin, est le silence. Elle ne dit rien, se laisse dire. Se laisse prendre dans ce refus d’une vraie altérité, au profit du même. Elle se laisse nommer par un autre. Ce mutisme est autant refus de dialogue que le « parler à soi même » de l’humain masculin. Il dit un péché de soumission à l’injustice dont on est victime et donc une possible complicité avec son propre malheur. La femme ici le commet : par son silence elle accrédite la parole qui fait d’elle un objet dont on parle, au lieu d’être sujet parlant.

Le texte même, à partir du verset 25,  a l’air d’entériner cette situation.( Le glébeux et sa femme Gn2/24 et 3/8 ) En effet pour parler de l’humain masculin, le texte va simplement dire l’humain (l’Adam ou le Glébeux, ou l’homme selon les traductions), comme si le masculin était simplement l’humain à lui tout seul. Simplement  et c’est bien là la faute. Au lieu d’accueillir l’altérité comme un don, le manque comme l’espace d’une vraie rencontre, l’Adam masculin va se vivre comme le sexe premier, parfait, exemplaire et le féminin comme dérivé de lui. Ceci est au fondement de toute l’anthropologie classique qui va s’élaborer à partir d’une interprétation de l’Adam au masculin.

 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 13:10

Merci à Cécile de m'avoir envoyé son texte. Je l'appellerai volontiers une lecture existentielle de l'Annoniciation. Que d'autres se lancent et enrichissent ce blog de leur contribution!


L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée.


Ce début du récit de l’annonciation me fait penser à un film « la vie est belle » conte de Noël où on voit Dieu demander à l’ange Gabriel d’aller sur la terre voir un homme très déprimé et de lui montrer comme la terre serait beaucoup moins belle s’il n’était pas là.

 

L’ange dans le récit de l’annonciation entre chez Marie comme il entre en chacun de nous. Marie a peur, comme nous tous et la salutation de l’ange : «  Réjouis-toi, Marie, comblée de grâce » est la salutation de Dieu à chacun de nous. 

Marie recherche le sens de cette salutation. De quoi est-elle comblée ? Quels sont ses dons ? De quoi doit-elle se réjouir ?

N’est-ce pas là aussi la recherche de chacun-e de nous et notre tentation bien souvent d’avoir peur de si grands dons et de ne pas y croire ?

 

L’ange continue : tu seras mère, ton fils sera grand, roi.

Marie ne s’enorgueillit pas, mais reste bien dans la réalité. Comment ! Moi si petite !

L’ange continue : tu recevras une couronne de reine, celle de l’Esprit Saint et l’enfant sera saint, Fils de Dieu.

Devant de tels titres, la réponse de Marie est tellement ajustée au plan de Dieu que « l’ange la quitta ». Elle a tout compris : «  voici la servante du Seigneur ». Les dons qu’elle a ne sont pas les siens, mais les dons de Dieu. Elle accepte de se laisser aimer, habiter par Dieu.

 

Comme Bartimée qui jette son manteau pour bondir vers Jésus, elle jette derrière elle toutes ses peurs, ses questions, et la voilà qui court joyeusement annoncer cette bonne nouvelle à Elisabeth.

Elle est heureuse, elle croit en elle-même, elle croit que les paroles de l’ange s’accomplissent en elle.

Elle est belle, comblée de grâce, le Seigneur est avec elle. Et nous aussi !

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 23:57

Je continue à pointer les différents composantes de l'anthropologie de la lettre encyclique Mulieris Dignitatem


Une anthropologie « révélée »

« Dis-moi quel est ton Dieu, je te dirai quel homme tu es ». Il y a bien un lien entre révélation et anthropologie. Mais à quel niveau ?

La lettre encyclique le rappelle en s’appuyant sur le Concile Vatican II : le Christ nouvel Adam « manifeste pleinement l’homme à lui-même » et tout le chapitre 1 de Gaudium et spes décline les conséquences anthropologiques de la foi chrétienne fondée sur l’homme (homo) à l’image de Dieu : être capable de Dieu et capable d’aimer ; la différence sexuelle comme expression du caractère de la communion des personnes et de la nature sociale de l’homme ; sa fragilité et division par le péché ; sa participation à la lumière de l’intelligence divine ; sa recherche et son amour du bien et du vrai ; la dignité de sa conscience morale ; la grandeur de sa liberté qui est un signe privilégié de l’image divine ; sa destination à une fin bienheureuse au-delà de l’épreuve de la mort. Ce chapitre 1 de Gaudium et spes s’achève par le numéro 22 cité plus haut intitulé, De Christo novo homine.

« Par son incarnation, il s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme  ( ipse enim, filius dei, incarnatione sua cum omni homine, quodammodo se univit)  mystère de l’homme que la révélation fait briller aux yeux des croyants. »

Tout ce chapitre 1er de GS éclaire le sens de l’existence humaine mais ne se veut pas une anthropologie particulière et encore moins une anthropologie différencié du féminin. La mention de la différenciation au n°12 est donnée comme sens du caractère social de l’humain. Cela m’amène à la question suivante : est-ce légitime, à partir du donné de la foi d’un sauveur masculin né d’une femme, vierge et mère, d’en tirer une anthropologie du masculin et du féminin ? Il fut un temps où l’on tirait de la Bible une cosmologie, ce qui, à l’époque moderne,  a introduit le conflit entre science et foi. N’est-ce pas la même dangereuse démarche qui anime cette Lettre encyclique ? Dangereuse pour les femmes et pour la crédibilité du magistère romain. Le magistère romain a renoncé à fondé bibliquement une cosmologie. Le temps n’est plus à la défense d’une création en 7 jours. L’accueil du principe de l’évolution des espèces inauguré par Darwin, commence à être reconnu. Pour ces questions relevant des sciences, le partage entre ce qui relève du comment est reconnu à la science, celle du pourquoi, de l’ordre de la foi. De même, il n’est pas possible de chercher dans la Bible une anthropologie révélée du masculin et du féminin, qui dirait de toute éternité ce qu’est une femme, ce qu’elle doit être et rester. Malheureusement la lettre encyclique relève encore de ce mode de pensée. Elle ne peut être reçue par les femmes qui luttent pour ne pas être enfermées dans des stéréotypes qui les empêchent de développer toutes leurs potentialités humaines.

 

 Gaudium et spes nous montre bien que la révélation se situe au niveau du sens de l’existence, d’une anthropologie fondamentale, homme (homo) image de Dieu, aimé et capable d’aimer, digne de respect. Cette anthropologie  dit le sens de l’existence humaine et de la destinée divine mais elle n’offre pas une anthropologie particulière, une science anthropologique révélée. Cette anthropologie particulière est à bâtir par l’expérience de tous et de toutes, chrétiens ou non.

 

Une anthropologie fondée sur une symbolique allégorique

Pour cette lettre encyclique, l’économie de la rédemption, un sauveur masculin né d’une femme,  relèverait de la révélation du plan de Dieu sur le féminin et le masculin. C’est une sotériologie qui informe une anthropologie du féminin et du masculin par une manière particulière de traiter le symbolique : une symbolique allégorisante.

Le symbole donne à penser. Il est donc légitime que dans la lettre aux Ephésiens,  l’union du Christ et de l’Eglise soit à l’image de l’union d’un homme et d’une femme. Faire de cette réalité humaine du mariage, un symbole de l’amour du Christ pour son Eglise est parfaitement juste. En écrivant cela Paul veut fonder une inégalité radicale dans le rapport Christ / Eglise  : le Christ est la tête de l’Eglise, elle est tirée de lui. Pour se faire comprendre, il utilise une réalité connue, pratiquée, acceptée  par tous dans la société qui est la sienne et que donc tous peuvent comprendre : la soumission de l’épouse au mari dans une société patriarcale. C’est une belle réussite catéchétique bien adaptée aux conditions sociales et culturelles de son temps. Nous savons qu’un symbole doit partir de réalités immédiatement lisibles pour pouvoir y lire un mystère de Dieu : la situation inégale des femmes par rapport aux hommes pouvait faire bien comprendre le rapport inégalitaire de l’Eglise par rapport au Christ. Le modèle contingent du rapport homme/femme permettrait de comprendre le modèle absolu du rapport Christ/Eglise : comme les femmes sont soumises à leur maris, l’Eglise est soumise au Christ.

L’erreur d’interprétation, c’est de faire fonctionner cette analogie en sens inverse. Le rapport Christ/Eglise, (légitime quant au rapport de subordination parce que de l'ordre de la Révélation), deviendrait le modèle du rapport homme/femme: puisque l’Eglise est soumise au Christ, les femmes devraient être soumises à leur maris. Nous avons là un bel exemple d'une « surdétermination d’origine religieuse affectant une structure sociologique contingente, lui conférant une valeur absolue que l’on retrouve encore dans la conception traditionnelle de la hiérachie familiale."

Nous avons vu que la lettre encyclique ne retient plus de ce symbole la soumission uniquement du côté de la femme. Mais elle garde le caractère féminin de l’Eglise face à la position masculine du Christ. Ici le symbole ne donne pas seulement à penser, (ce qui est légitime car nous sommes bien en tant qu’humains dans l’accueil d’un don qui nous vient du Christ), mais il devient déterminant de la vocation de la femme dans l’Eglise qui  ne pourrait pas assumer la vocation de représenter l’initiative du Christ.

Il est légitime pour parler de Dieu d’utiliser des images. Nous avons trace dans l’Evangile de leur utilisation. Pour parler de Dieu miséricordieux, Jésus emploie l’image d’un berger à la recherche de sa brebis, d’une femme à la recherche d’une pièce de monnaie, d’un père en attente de son fils. Dieu est décrit comme un berger, comme une femme, comme un père. Ici nous sommes dans l’ordre du symbole. Cela donne à penser une attitude de Dieu qui ne cesse de nous chercher et de nous attendre. Mais si nous remplaçons le terme « comme » par une identification : Dieu est un berger, est une femme, est un père, nous sommes alors dans une symbolique allégorique où il y a identification terme à terme. La lecture que fait Mulieris dignitatem du Christ époux relève de la symbolique allégorisante : identification terme à terme du Christ à l’époux, donc à l’homme( vir) et de l’Eglise à l’épouse, donc à la femme. Alors qu’en rigueur de terme la relation Epoux/Epouse donne seulement à penser une notion de fidélité amoureuse. Cette symbolique allégorisante se décline ainsi :

Christ= époux= principe masculin= les hommes concrets ;

Marie= épouse et mère= principe féminin=  les femmes concrètes. Avec cette symbolique allégorisante, le féminin et donc toutes les femmes ne peuvent qu’être dans une position seconde, réceptrice, uniquement du côté de l’humain, tandis que le principe masculin et donc tous les hommes se voient attribuer la position première, initiatrice, ayant part à la dimension divine du Christ.

Nous avons vu qu’il y a bien  rupture avec une anthropologie inégalitaire des sexes dans cette lettre encyclique. Mais l’inégalité est réintroduite dans la symbolique allégorisante du mystère de l’Eglise. Dans ce mystère, le féminin est remis à une place inégale. Comme un mystère de foi ne peut que s’incarner dans une réalité institutionnelle, le féminin ne pourrait pas représenter le Christ et ne pourrait que représenter l’Eglise. J. M Aubert a schématisé ce processus de la manière suivante :

tête      homme (vir), époux           Christ                  hiérarchie

Corps  femme     ,       épouse        Eglise                   fidèles

Le point de départ et premier niveau est un contexte social où la femme est en situation de soumission : «  Le mari est tête de sa femme. » ; le 2ème niveau est un transfert typologique de cette situation humaine au rapport de l’Eglise au Christ « comme le Christ est tête de l’Eglise ». Symbole réussi donc car pour être compris, il doit partir d’une situation humaine vécue et comprise par tous, une subordination des femmes considérée comme immuable, liée à l’ordre de la nature, donc bien adapter pour dire la relation inégalitaire de l’Eglise par rapport au Christ ; le 3ème niveau ne pouvant rester au seul plan mystique doit se réaliser dans une forme institutionnelle. Comment réaliser dans le visible de l’histoire le caractère de tête de l’Eglise qu’est le Christ ? Pour cela certains baptisés qui comme baptisés sont dans le corps du Christ doivent quitter « institutionnellement » cette posture féminine de l’Eglise pour être mis du côté de la tête qu’est le Christ, du côté du sacerdoce hiérarchique. Donc, comme au 1er niveau l’homme est chef de la femme, cette visibilité de la tête ne pourrait qu’être masculine. Cela peut se comprendre tant que le contexte de départ est réel (l’inégalité sociale de l’homme et de la femme). Que se passe-t-il quand la relation homme-femme ne signifie plus forcément un rapport inégalitaire ? A ce moment là cela n’est plus pertinent pour dire le rapport inégalitaire de l’Eglise par rapport au Christ, donc ne peut plus justifier aussi la structure institutionnelle de l’Eglise qui met uniquement le féminin du côté du corps, de l’Église, de l’épouse et donc uniquement du côté des fidèles.

« …une symbolique n’a de sens que lorsqu’elle part d’une donnée de fait comprise et acceptée par ceux auxquels elle est destinée ( sinon le symbole ne renvoie plus à rien, il est muet) à ce moment là il ne serait plus guère possible de justifier par cette antique symbolique révolue, la rigueur d’une structure institutionnelle et ses interdits. L’égalité actuellement reconnue (au moins en droit) entre l’homme et la femme demanderait à s’incarner par une similaire égalité dans l’institution  »

 

En comparant Mulieris dignitatem aux encycliques du 19ème siècle, on constate qu’elle s’oppose aux seconds sur la question de la soumission. Egalement elle s’oppose à la pensée classique concernant l’égale théromorphe chez la femme comme chez l’homme. Il y a donc des ruptures possibles dans le discours magistériel pour se libérer de discours discriminants.

Mais nous avons vu aussi qu’il reste une constante  concerne la typologie du Christ masculin face à une Eglise féminine.

Ces ruptures en légitiment d’autres et les fait espérer. Des progrès sont encore à faire.

 

Pour cela quel autre langage est possible ? A quelle condition ?  Ce sera l’objet  de la 4ème partie de mon étude

 

CONCILE VATICAN II, Constitution pastorale Gaudium et spes, L’Eglise dans le monde de ce temps , 22§ 1

Cerf, 1967

J.M AUBERT, la dignité de l’homme interpellée par la dichotomie sexuelle dans l’Eglise et la société, De dignitate hominis, mélanges offert à Carlos Josaphat Pinto de Olivivera, p 601

Idem p.602

Idem  p 604 

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 07:23

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc  8, 27-33

 

27 Jésus s'en alla avec ses disciples vers les villages voisins de Césarée de Philippe. En chemin, il interrogeait ses disciples: " Qui suis-je, au dire des hommes ? " 28 Ils lui dirent: " Jean le Baptiste ; pour d'autres, Elie ; pour d'autres, l'un des prophètes. " 29 Et lui leur demandait : " Et vous, qui dites-vous que je suis ? " Prenant la parole, Pierre lui répond: " Tu es le Christ. " 30 Et il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne. 31 Puis il commença à leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. 32 Il tenait ouvertement ce langage. Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander. 33 Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, réprimanda Pierre; il lui dit: " Retire-toi! Derrière moi, Satan, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. "

 

Pour tout texte de l’Evangile, il est bon de voir ce qui se passe avant :

une guérison progressive d’un aveugle par Jésus, et avant encore un discours où Jésus dit à ses disciples qu’ils ne comprennent pas, qu’ils ne saisissent pas,  qu’ils ont des yeux mais ne voient pas, des oreilles mais n’entendent pas.

 

Et c’est vrai ! Le dialogue avec Pierre  le montre amplement. Pierre dit bien les mots de la foi : « tu es le Messie » Mais il les dit faussement. Et oui, on peut être correct dans l’énoncé et derrière les mots dire le contraire. Il dit Messie en pensant victoire sur les romains, messie politique. C’est ce qui explique la réaction de Jésus qui demande de ne pas divulguer ce titre ambigu et ce qui explique la réaction de Pierre qui refuse le discours sur la Passion.

 

Ainsi donc l’orthodoxie d’un énoncé ne suffit pas. Que mettons-nous derrière les mots de la foi que nous disons ?

Messie ? Un victorieux par les armes, la violence, ou un doux et humble de cœur ?

Dieu ? Dieu de contrainte, ou Dieu de liberté ?

Evangile ? Un texte figé, ou la rencontre avec la bonne nouvelle libératrice  de Jésus ?

La croix ? Le prix à payer à Dieu pour qu’il consente à pardonner, ou le don d’un amour plus fort que nos refus ?

Le salut ? Avoir une place au paradis, ou l’offre pour tout être humain d’humaniser sa vie dès maintenant et pour l’éternité ?

 

Pierre par sa réaction montre qu’il n’est pas encore entré dans le Royaume de Jésus au sens de pas encore entré dans l’esprit de Jésus.

« Passe derrière moi » dit Jésus à Pierre. C'est-à-dire mets-toi à mon école. Comme un disciple, continue à écouter, pour qu’arrive le jour où il te sera donné d’entendre vraiment

la nouveauté de ma parole,

la révolution de ma révélation,

qui est subversion de toutes les images perverties de Dieu.

 

Demandons cette grâce d’avoir vraiment des oreilles pour entendre, d’avoir vraiment des yeux pour voir !

 

 

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 23:25

 

 

Ce WE, j’étais à la rencontre nationale de Equipes END Siloë. Le thème était la diaconie. Il m’ont demandé de faire un enseignement sur ce thème. Le voici. J’en profite pour vous recommander un livre superbe : Un lien si fort. Quand l’amour de Dieu se fait diaconie de Etienne Grieu, sj aux Editions de l’Atelier, 2012

 

Ce WE a pour thème la diaconie.

Ce n’est pas un mot courant ! C’est un mot du vocabulaire chrétien et pas d’ ailleurs. Et même peu employé. Le connaissiez-vous avant de vous inscrire à ce WE ?

 

Introduction

 

1-La chose la plus simple à dire, c’est que c’est un mot grec qui veut dire serviteur. La diaconie, c’est la dimension de service que l’on peut mettre dans sa vie. Vivre sa vie comme un service. C’est d’abord une attitude spirituelle qui peut changer beaucoup de choses dans une vie si l’on adopte cette posture. Pas forcément faire plus de choses mais les vivre autrement. Donc c’est un lieu de conversion. C’est ce qui est déjà bien indiqué dans le titre de ce WE : « Laissez Dieu convertir tous nos rapports humains ». La diaconie, vivre sa vie comme un service est un lieu de conversion. Un même métier exercé dans un esprit de service, ou dans un autre esprit (domination sur les autres, accumulation de richesses …) produira des fruits différents.

Mais entendez bien qu’il s’agit de « laisser Dieu » Cela indique que pour cela, il y faut aussi l’aide de Dieu. C’est de l’ordre d’un combat spirituel : vivre sa vie comme une diaconie requiert notre désir, un travail sur soi, une vigilance, mais aussi l’aide de Dieu. Nous verrons que pour cela, l’un des chemins à prendre pour laisser Dieu convertir tous nos rapports humains, c’est de regarder comment Jésus a vécu sa vie humaine comme un service.

 

La 2ème chose à dire en préambule, c’est que la diaconie est une des quatre réalités par lesquelles on définit l’Eglise. Mais aussi que la diaconie traverse toutes les autres.

Pour parler d’elle on parle de :

*Koinonia : pour dire que l’Eglise est communauté.

Dans communauté, il y a commun. Mettre en commun. La question à se poser est donc : les communautés d’Eglise auxquelles j’appartiens ( équipe ENDS, paroisse) sont-elles des communautés où se vit un service mutuel. Sont-elles des lieux de partage, de soutien. Ses membres se considèrent-ils frères et sœurs ? Est-ce une communauté ouverte ?

Le 2ème élément qui définit l’Eglise est la :

*Leitourgia :

Au sens large, cela veut dire : se tourner vers Dieu, Le célébrer, se nourrir de la parole, contempler le Christ pour avoir les mêmes sentiments que Lui Ph 2/5, faire une liturgie contemplative du Christ pour Lui devenir semblable : devenir ce que nous sommes par notre baptême : d’autres Christ.

Nous avons là un des deux chemins que j’ai déjà évoqués pour laisser Dieu convertir nos rapports humains : regarder le Christ Serviteur. C’est ainsi qu’Il S’est défini : Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir »

Le 3ème élément

le kerygma ou martyria= le témoignage.

Ce 3ème élément est comme la conséquence. Si la communauté est lieu de service, de partage, de vraie fraternité, si elle se nourrit et se laisse modeler par le Christ, elle sera crédible aux yeux des autres.

Le témoignage est aussi une diaconie, un service, le plus beau qui soit car il s’agit de témoigner de la vie du Christ, du chemin de vie qu’Il nous propose. Il doit être service humble et non s’imposer par la force, la contrainte.

 

 

A deux reprises, j’ai dit qu’un des chemins pour laisser Dieu convertir tous nos rapports humains était de regarder le Christ. C’est ce que nous allons faire.

 

La diaconie du Christ

Plongeons dans l’Evangile :

*Il se définit comme celui qui sert.

Deux citations  des paroles de Jésus.

Mt 20/25-28

"Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir.

Il n'en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur,

et celui qui voudra être le premier d'entre vous, sera votre esclave.

C'est ainsi que le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner Sa vie en rançon pour une multitude."

 

Lc22/24-27

Il s'éleva aussi entre eux une contestation : lequel d'entre eux pouvait être tenu pour le plus grand ?

Il leur dit : "Les rois des nations dominent sur eux, et ceux qui exercent le pouvoir sur eux se font appeler Bienfaiteurs.

Mais pour vous, il n'en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune et celui qui gouverne comme celui qui sert.

Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Et moi,Je suis au milieu de vous comme celui qui sert !

 

*Il donne l’exemple du service.

C’est le texte bien connu du lavement des pieds en Jn 13 que l’on lit le Jeudi Saint. Ce texte est d’abord une révélation du visage de Dieu. Dans sa parole faite chair, le Christ, Dieu se met à genoux devant nous. Il se fait notre serviteur. Il nous lave les pieds. Le refus de Pierre est intéressant. C’est le refus de voir Dieu comme cela. C’est le refus de se laisser aimer comme cela par Jésus. Pierre rêve d’un Dieu puissant qui lui permettrait de l’être. Jésus lui montre un Dieu humble, serviteur, qui prend soin des humains. S’il se laisse aimer de cette manière, cela va l’inviter à aimer de la même manière. Il ne sait pas que s’il se laisse aimer ainsi, c’est l’amour même du Christ qui va le transformer pour aimer comme Lui. Et il pourra agir comme Jésus a fait pour lui : « Je vous ai donné l’exemple pour que vous agissiez comme J’ai agi envers vous ». pas par un effort volontariste du « il faut » mais laisser Dieu nous aimer pour faire passer en nous l’amour même dont Il nous aime.

 

*Il enseigne la diaconie

-C’est l’Evangile du Bon Samaritain. Un des textes proposés pour ce WE. C’est un texte magnifique.

On peut le lire à plusieurs niveaux.

Le 1er niveau :

Qui est ce Bon Samaritain qui s’occupe du blessé ?

C’est le Christ.

Qui est le blessé du chemin ?

C’est chacun de nous.

Ce texte nous dit d’abord que c’est Dieu qui s’approche de nous, qui se fait notre prochain, qui prend soin de nous.

Mais encore faut-il que nous acceptions la diaconie du Christ à notre égard. Reconnaître ce qui est blessé en nous, ce qui fragile, vulnérable.

Le 2ème niveau :

Si nous avons accepté la diaconie du Christ à notre égard, nous pouvons voir que le samaritain cela peut être nous et que le blessé, c’est le Christ.

Ici, cela permet de voir que Jésus a été incompris, Il a été exclu, Il a été jugé de manière injuste, Il a connu la souffrance et la mort dans le mépris. Donc là, le Christ s’est fait proche de tous ceux et celles qui d’une manière ou d’une autre sont des blessés de la vie. Il sait ce que c’est.

Il nous invite à vivre sa diaconie auprès de ceux-là.

         -C’est aussi son enseignement dans une autre parabole, celle du jugement en Mt 25. C’est une parabole difficile ; je voudrais en retenir seulement ceci pour notre sujet. C’est un roi qui donne sa bénédiction à des gens parce que dit-il, ils l’ont vu avoir faim et ils lui ont donné à manger, il l’ont vu avoir soif et ils lui ont donné à boire, ils l’ont vu étranger et ils l’ont accueilli, ils l’on vu nu et ils l’ont vêtu, ils l’ont vu malade et prisonnier et ils sont venus le voir. Etonnement des gens. Oui, ils l’ont fait pour des gens mais pas pour le roi !

Et celui-ci de répondre : « pour autant que vous l’avez fait à un seul du moindre de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » Mt 25/40

 

Nous avons là un texte important. Il nous indique une présence réelle du Christ dans la rencontre avec celui qui est blessé d’une manière ou d’une autre.

 

*Il révèle le sens de sa venue

En Lc 4/18 :

Nous sommes dans la synagogue de Nazareth, Jésus ouvre le livre du prophète Isaïe et lit :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs qu’ils sont libres, et aux aveugles le retour à la vue, rendre la liberté aux opprimés »

Et Il continue en disant : « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Ecriture »

Cette déclaration est comme le programme de ce qu’Il appelle le Royaume.

Il y a d’abord à prendre ce texte pour nous. Est-ce que j’accepte la Bonne Nouvelle de Jésus au cœur de nos pauvretés de toutes sortes, est-ce que j’accueille la liberté qu’Il vient m’offrir, est-ce que je souhaite qu’Il guérisse mes aveuglements et me libère de ce qui me rend prisonnier ?

Ensuite entendre le cœur de ce discours : Il vient apporter une bonne nouvelle. C’est pour nous un critère essentiel. Cela va permettre de faire du tri dans ce que je dis, dans ce que je fais. Ce que je dis sur le monde, sur les autres, sur moi, sur Dieu est-ce une bonne nouvelle ?

Ce que je fais pour ce monde, pour les autres, pour moi, pour Dieu, est-ce une bonne nouvelle ?

Enfin entendre ce discours à deux niveaux : les pauvretés, les captivités, les cécités, les oppressions qu’elles soient  spirituelles ou physiques font partie du programme de libération de Jésus.

 

Pour terminer, je vais reprendre les définitions qui sont dans votre livret et que vous avez trouvé sur le site de Diaconia 2013. Elles feront une bonne conclusion et honoreront le super travail de l’Equipe nationale :

 

Vivre la diaconie, c’est être solidaire des blessés de la vie.

 

Vivre la diaconie, c’est accueillir le don de Dieu et se rendre disponible au service de sa Parole.

 

Vivre la diaconie, c’est vivre la visitation dans les rencontres humaines de la vie quotidienne en partageant épreuves et joies.

Vivre la diaconie, c’est rendre grâce à Dieu, prier et vivre le Magnificat. 

 

Vivre la diaconie, c’est vivre la charité : se laisser toucher, prendre soin, accompagner celui qui est dans la détresse, lui redonner dignité.

 

Vivre la diaconie c’est donner ou redonner vie et espérance aux blessés de la vie.

 

Vivre la diaconie, c’est dépasser les ségrégations, les frontières sociales, raciales, sexuelles, religieuses, politiques, aimer toute personne, tout peuple pour rechercher le bien intégral de l’homme.

 

Vivre la diaconie, c’est oser appeler au-delà du cercle des habitués et des initiés.

 

Vivre la diaconie, c’est faire en sorte que dans toutes les communautés, les pauvres se sentent appelés, accueillis, chez eux, que la pauvreté soit physique, matérielle, morale ou spirituelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 20:55

Les Sœurs du Cénacle ont fondé il y a plus de 10 ans au Togo. Nous sommes en train d’y construire un Centre spirituel. La première Sœur togolaise s’appelle Toussainte. En ce moment, elle est en communauté à Raismes dans le nord de la France. Quand je suis passée, il y a quelques temps, elle venait de faire un témoignage sur son cheminement de foi à des enfants. Je lui ai demandé de me le donner pour mon blog. Le voici.

 

Témoignage pour les Enfants, Avril 2012

La foi c’est quoi pour vous ?

 

Je voudrais partager avec vous mon expérience personnelle. On peut voir 4 étapes importantes dans cette expérience :

Enfant, jeune de 7 à  18 ans, mes engagements sur ma paroisse et  jusqu'à mon entrée chez les Sœurs du Cénacle.

La foi pour moi est une parole qui est semée en nous comme une graine de maïs qui pousse doucement jour après jour à notre rythme.

 

Une graine de maïs qui pousse très vite ne tient pas,  elle tombe, car il faut du temps pour que poussent ses racines , du temps pour que les racines s’étendent et s’enfoncent dans la terre.

Pour la parole semée en nous il faut du temps pour qu’elle pousse, s’étende, et prenne toute sa place dans notre cœur, et doucement elle s’enracine dans notre vie.

Quand on est enfant ce sont les parents qui font les choses à notre place. Ce sont  eux qui choisissent pour nous, qui prennent les décisions pour notre bien.

Mes parents avaient choisi de me faire baptiser quand j’étais bébé dans l’Eglise Catholique. Mon Papa était catholique et Maman, protestante. J’ai grandi dans une famille où la messe du dimanche était obligatoire, ainsi que la prière en famille. Pour se lever ce n’était pas facile pour moi. De temps en temps Papa nous lisait un passage d’Evangile, ou les livres des Saints que j’aimais écouter.

A six ans J’ai demandé à aller au catéchisme : pour apprendre à prier, à connaître Jésus et son Père.

Et cela,  je l’ai choisi par moi- même , ce n’etaient plus les parents. Je voulais prendre ce chemin qu’ils m’ont montré pour marcher seule et faire mon expérience personnelle. J’ai cheminé pendant 3ans avec les enfants de mon âge . Pendant tout ce temps j’ai découvert plein de choses sur Dieu. Le Créateur et Père de tous les hommes. Il nous a créés à Son image et à Sa ressemblance. Il a donné une mission à l’homme et à la femme. L’homme et la femme doivent Le louer et Le servir à travers leurs frères et sœurs dans le monde. Par amour Il a envoyé Son fils Jésus dans le monde pour nous sauver. Je ne comprenais pas tout. Parfois, c’était difficile pour moi d’accueillir ces découvertes étonnantes. Mais j’avais le désir d’aller plus loin sans trop comprendre. Ce temps de découverte m’a donné le goût et le désir de faire ma 1ère communion à 9 ans et la confirmation à 10 ans. J’étais très touchée par les paroles de Jésus et Sa mission que je gardais précieusement dans mon cœur. Jésus était devenu mon ami de tous les jours. Après la confirmation je suis entrée  dans la chorale des enfants.

Aller à la paroisse devenait une joie pour moi, la prière en famille ce n’étaient plus les parents qui nous appelaient mais c’est moi qui les invitais à prier avec moi, leur rappelais nos rencontres pour lire la Bible.

A 18 ans, pour réaliser mon désir profond, je suis entrée dans un mouvement des jeunes, qui animaient les messes le dimanche soir sur notre paroisse.

C’est là où j’ai pu approfondir mon appel (où il a grandi). A travers les différents engagements dans l’Eglise, les retraites, les camps de vacances, la prière, Jésus est devenu un ami pour moi. Au cours de mon cheminement, j’ai découvert que Jésus m’appelait à Le suivre et Le faire connaître et aimer par le don total de ma vie au service de mes frères et sœurs. J’ai mis du temps, après des réflexions et recherches, et un jour j’ai dit oui,  j’ai choisi la vie religieuse. « Etre sœur » Pour l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus. Vous voyez la foi chrétienne est un long chemin qui nous fait grandir jour après jour avec la grâce de Dieu.

La foi est un cadeau qu’on reçoit de nos parents, de nos accompagnateurs, de nos Catéchistes, de la communauté chrétienne qui nous accueille, et des chrétiens qui nous entourent.

Je peux vous dire que la foi est un trésor que nos grands parents dans la foi nous ont laissé.

 

Pour plus d’informations sur la construction du centre spirituel au Togo, vous pouvez cliquer sur le lien : http://www.ndcenacle.org/centre-togo

 

 

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 15:28

Après avoir fait dans les articles déjà mis en ligne sur ce blog ( Mulieris Dignitatem de 1 à 8)  une analyse précise de cette encyclique, vient maintenant le temps de la synthèse. Quelle est les prises de positions anthropologiques de ce texte ?

        

Une anthropologie du féminin lié à la sexualité

Le magistère romain a cru bon d’écrire une lettre encyclique sur la femme qui a pour titre Mulieris dignitatem. Mais il n’existe pas jusqu’à présent un document similaire qui aurait pour titre Viri dignitatem. Pourquoi ? Parce que dans cette pensée, ce qui serait dit du viri, ne pourrait être que l’équivalent de l’homo. Un texte sur mulier, devant l’absence d’un texte sur vir, dit, de fait, que le masculin serait générique de l’humain, sans particularité  et que seul le féminin en comporterait, l’incluant dans l’humain tout en le mettant à part. Viri dignitatem définirait-il l’homme comme époux, père et vierge ? Non, car pour cette pensée, la sponsalité, la paternité, le célibat n’ont pas le même poids identitaire chez l’homme que chez la femme. Son identité n’est pas d’être époux d’une femme, père d’enfants, et encore moins époux du Christ dans le célibat consacré. Son identité ne se limiterait pas à cela alors que Mulieris dignitatem le fait pour la femme. Il y a donc asymétrie. Le principe de cette asymétrie est que le féminin est lié au sexuel et toujours référé au masculin. Il y a donc dans le texte même de l’encyclique  une contradiction entre l’affirmation, de la femme voulue  pour elle-même et la réduction de sa vocation à une relation d’épouse pour un mari, de mère pour des enfants (du mari ) ou d’épouse consacrée pour le Christ.

De ce fait, y-a-t il  vraiment dépassement de la raison instrumentale de la création du féminin que nous avions rencontré chez Thomas ? Si la raison du féminin et sa vocation essentielle, est d’être épouse pour un époux, en vue d’être mère, est-elle vraiment voulue pour elle-même ? N’est-elle pas voulue pour l’homme (vir) ? La lettre encyclique répète souvent que la femme a été voulue pour elle-même et pourtant ce qui est dit de sa dignité et de sa vocation est d’emblée située pour d’autres. Epouse donc femme pour un mari. Mère, donc femme pour des enfants. Ceci est renforcé par  les chapitres 1 à 3 de la Genèse interprétés dans un contexte conjugal. Tout en ne citant pas Thomas qui s’interrogeant sur la pertinence de la création de la femme, (y répondait entre autres par la nécessité de la procréation), la lettre encyclique continue de mettre l’essence de sa vocation dans la maternité.

 

Une anthropologie du féminin dans une posture uniquement de réceptivité

Le Christ est l’époux, l’Eglise est l’épouse. La position d’épouse serait la vérité sur la femme. L’époux serait celui qui aime. L’épouse serait celle qui est  aimée et qui reçoit l’amour pour aimer à son tour.  Il s’agirait d’un universel fondé sur le fait d’être femme. La femme aurait reçu mission d’être prophète de cette attitude de réceptivité de l‘amour, « être aimé »,  qui, dans la Vierge Marie trouverait son expression la plus haute.

 

1-Une vocation qui en empêche une autre

Cette vocation de la femme se résumerait à être épouse et mère dans le mariage : lié à un époux humain pour une maternité d’enfants. Ou à être épouse et mère dans la virginité : liée au Christ époux pour une maternité spirituelle. Cette vocation, propre à la femme serait un empêchement dirimant à une autre vocation, celle du ministère presbytéral qui a charge d’enseigner, de sanctifier, de gouverner les fidèles.

Ceci parce que cette vocation ne serait pas conforme à la nature de la femme, incompatible avec celle-ci. Cette incompatibilité viendrait de Dieu même qui aurait déterminé dans un plan éternel, ce qui serait la vocation de l’un et de l’autre.  Cela n’aurait donc pas d’autre justification que son origine divine ( de potestate Dei absoluta). Ce qui voudrait dire, que dans le plan de Dieu, la femme n’aurait pas vocation a enseigner, sanctifier, gouverner.

Cette impossibilité d’être en posture de gouvernement, de sanctification et d’enseignement viendrait de sa vocation qui est d’être accueil d’un don et non en posture d’initiative.

 

Ce côté dirimant de la sponsalité et de la maternité du côté féminin, n’est pas symétrique du côté masculin. Bien au contraire puisque la paternité spirituelle est considérée comme belle figure du prêtre dans l’Eglise catholique latine, et le fait d’être époux et père dans les Eglises catholiques orientales n’empêchent pas l’accès au presbytérat.

 

2-Marie réceptrice du don, figure de la femme.

Ce choix peut être interrogé de manières diverses.

D’abord, c’est d’emblée donner aux femmes la maternité comme vocation par excellence du fait de la maternité de Marie.

Ensuite, comme cette maternité est due à l’initiative divine, cela induit une dimension passive de Marie comme figure des femmes. Cela les met du côté de la réceptivité d’une action dont elles n’ont pas l’initiative.

Ceci est légitime pour l’attitude de foi comme accueil par le croyant d’une grâce qui lui vient de Dieu. Mais cela ne l’est pas pour en faire le paradigme du féminin.

Dans cette perspective, il a une convenance d’un sauveur masculin, qui lui, représenterait, parce que masculin, la dimension de l’initiative. Dans la logique de cette pensée il y a une cohérence entre masculinité du Christ et masculinité du prêtre parce que la masculinité est pensée, par essence, comme  activité et initiative.

Mais cela n’est pas recevable dans une anthropologie qui reconnait aux femmes une identique posture d’initiative.

 

Une anthropologie anhistorique

La lettre encyclique commençait en voulant tenir compte des signes de temps.  Mais à la fin de la lettre, il est bien précisé que face aux changements, il faut revenir aux fondements qui se trouveraient dans le Christ, aux vérités et aux valeurs immuables dont le Christ serait le témoin et qui seraient conforme au plan de Dieu qui aurait créé l’homme et la femme pour des vocations différentes. Ces vocations seraient inscrites dans le corps et pour la femme dans son corps fait pour la maternité.

Comme pour d’autres encycliques ayant pour thème la sexualité, le biologique (Par exemple Humanae Vitae qui ne déclare morale que la régulation des naissances qui obéit au processus naturel.) est une donnée normative, donc statique. Il y aurait un ordre de la nature qui est destin de maternité pour la femme. Cela pouvait se comprendre dans les situations historiques passés où l’espérance de vie ne dépassait guère 40 ans, où la multiplication des naissances se justifiait par une très grande mortalité.

Cela n’est plus la réalité pour une part importante de femmes dans le monde d’aujourd’hui. L’horizon vocationnel des femmes en France par exemple ne se réduit pas à être épouse et mère. Même si de grands progrès restent encore à réaliser dans de nombreux pays du monde, le  changement de mentalité, le progrès technique ont permis  un plus équitable partage des taches domestiques et d’éducation des enfants, l’investissement dans le travail professionnel, l’accession (en pratique, non sans difficultés et  sinon en théorie)  à tous les postes de responsabilités dans la société civile. La créativité des femmes n’est maintenant plus limitée à la seule maternité, elle peut ( malgré d’énorme progrès encore à réaliser dans de nombreux pays) s’épanouir dans tous les domaines du politique, de l’économique, du social, du culturel…Tous ces domaines demandent autant de qualités d’initiative que de réceptivité, ils ne se vivent pas selon le schéma de la lettre encyclique fondé sur un don au masculin et l’accueil du don au féminin (Initiative masculine et réceptivité féminine) mais selon une réciprocité où chacun donne et reçoit sans prééminence.

La réceptivité féminine ne serait alors signifiante que pour la symbolique ecclésiale ? Pourquoi  y aurait-il posture d’initiative dans ce qui est de l’ordre humain et uniquement posture de réceptivité dans le domaine ecclésial ? Il y a là contradiction. D’autant plus, que même dans la réalité de la vie de l’Eglise, de plus en plus nombreuses sont des femmes en posture d’initiative, et même assumant des « munera » d’enseignement, de sanctification et de gouvernement.

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 22:21

 

 

Dans ce blog, commence une nouvelle série appelée : Invité-e.

Ce sont des textes écrit par des ami-es. C’est Katrin Agafia qui l’inaugure. C’est son premier texte. J’espère qu’il sera suivi d’autres. Un grand merci à elle. J’espère que d’autres ami-es me feront la joie de publier leur méditation ou leur réflexion.

 

Dans l’Evangile selon Jean au chapitre 20 verset 20

 

« Soyez en paix, leur dit-Il à nouveau. Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Après, Il  souffle sur eux et dit : recevez le Souffle Saint ; les fautes que vous effacerez, seront effacées, celles que vous retiendrez seront retenues ».

 

Jésus souffle sur ses amis pour qu’ils reçoivent le Souffle Saint. Et aussitôt, le lieu où œuvre ce Souffle est situé : « Les fautes que vous effacerez, seront effacées, celles que vous retiendrez seront retenues ». Il ne s’agit  pas ici d’un lieu peuplé d’exploits surnaturels, de miracles, qui feraient de nous des « surhommes » presque des dieux et encore moins d’un lieu de désengagement, où le Souffle agirait à notre place, si tant est que nous lui serions soumis et dociles… Trop facile….

Non, ce Souffle nous pousse dans l’espace de la relation à nous- mêmes, à l’autre, au Tout Autre.

Dans ce texte, nulle part n’est mentionné par qui ces fautes ont été commises : moi-même, un proche, une société toute entière… personne ne saurait dire non plus, contre qui cette faute est tournée, et encore moins par qui cette faute est effacée  ou retenue. Certes, la voix passive dans cette phrase, peut faire penser que Dieu efface ou retient la faute…Mais ce vide laisse un possible à creuser. Ce qui est sûr, c’est que l’affaire semble suffisamment sérieuse pour que  ce lieu, celui de la faute ou plutôt, celui de l’enfermement dans la faute, soit le lieu vers lequel le Souffle nous pousse.

Longtemps, (et encore aujourd’hui), ce texte a permis à des hommes d’asseoir leur propre pouvoir, parlant au nom de Dieu, retenant les fautes des uns, libérant les autres, selon leur bon vouloir… Et le Dieu pervers n’est pas loin…Ainsi, des paroles sacramentelles peuvent devenir emprise pour l’homme, si elles font l’économie d’une relation vraie.

 

Il nous faut comprendre ce texte autrement. Pour cela, repartons en arrière, avec saint Luc 7, 47-48. Une femme de « mauvaise vie » se jette aux pieds de Jésus, alors qu’Il est à table chez Simon. Elle pleure, elle L’embrasse, elle verse du parfum. Elle ne vient pas chercher le pardon d’un Jésus froid et distant. Il y a toutes les chances qu’elle ait entendu parler de Lui. J’ose imaginer qu’ils se sont déjà croisés. Un regard, une présence, un silence habité ont suffi à faire pressentir à cette femme sa valeur, sa dignité, son humanité...Bouleversée, remplie de cet amour qui l’a remise debout, elle se précipite aux pieds de Jésus et au-delà des conventions sociales, elle peut enfin vivre une relation de confiance en vérité. Et Jésus d’insister sur ce renversement de valeurs : «  Elle aime beaucoup celle à qui on a beaucoup pardonné. Mais celui à qui on pardonne peu, aime peu ». (Ce texte est malheureusement souvent lu avec une autre traduction)

Je me permets de le redire avec mes mots : «  Vous pensiez qu’il fallait d’abord demander le pardon pour accéder à votre propre dignité et à l’amour de Dieu ? Et pourtant, l’amour  précède toujours celui qui ose se mettre en route  ». Les expériences de cet ordre sont nombreuses dans nos vies et je pense particulièrement aux relations avec les enfants. Si l’éducateur porte un regard de bienveillance en amont, quelles que soient les fautes commises, une brèche s’ouvre où l’amour peut se déployer. Par contre, si la raideur prend le dessus et réduit l’enfant à ses fautes, les chemins de croissance deviennent plus restreints …

Alors, Jésus dit à la femme : « tes fautes ont été effacées » et plus loin : «  ta confiance t’a délivrée ».Comme s’il fallait qu’une parole soit posée sur ce qu’elle vient de vivre, une parole qui vient valider cette réalité. Appuyé sur son expérience humaine, Jésus nous invite à reproduire ce qu’Il a Lui-même vécu : «  les fautes que vous effacerez, seront effacées ».Par qui ? Dieu, certainement, mais bien avant qu’on ose imaginer Lui demander pardon… Alors, par qui d’autre? Nous mêmes, telle cette femme chez saint Luc. Notre confiance  ancrée dans une relation bienveillante, vient alors nous délivrer de cet enfermement, de cette culpabilité qui nous empêche d’accéder au Royaume (j’entends par Royaume, la qualité et la vérité de nos relations).

Par notre façon d’être, d’accueillir, de compatir, par notre volonté de laisser ce Souffle d’Amour traverser nos relations, nous (chaque être humain, sans condition) avons le pouvoir d’éveiller en l’autre sa dignité, au-delà de sa faute ou au contraire, de le maintenir enfermé dans son insuffisance.

« Recevez le Souffle Saint ». Il se tient en nous, au-dedans du plus profond de notre être, de ce qui nous anime. Confiance inouïe que le Tout Autre nous fait…Mais ne nous a-t-Il pas créés à Son Image ?

Catherine Segretain le 27 mai 2012

 

 

 

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 16:05

 

La lettre encyclique Mulieris dignitatem utilise un procédé typologique pour fonder une anthropologie différencié du masculin et du féminin. Est-ce légitime?

 

Utilisation de la typologie Eve/Marie

Qu’est-ce qu’une typologie ? C’est faire d’un fait, d'une personne, d’un événement, la préfiguration de ce qui sera. Eve préfigurerait Marie. Adam préfigurerait le Christ. Le texte note avec raison que la comparaison Eve/Marie a le plus souvent insisté sur l’opposition : la désobéissance d’Eve opposée à l’obéissance de Marie. Mais la lettre encyclique veut y voir surtout une ressemblance. Eve est témoin du commencement biblique qui dit la création et Marie, témoin du nouveau commencement et de la création nouvelle.( MD 11 )

Cette typologie est-elle  porteuse d’une révélation de ce qu’est le féminin ?

Le texte dans les numéros 5 et 11 répond positivement : Marie serait l'archétype de la dignité de la femme.

"La plénitude de grâce accordée à la Vierge de Nazareth, en vue de sa qualité de théotokos, signifie donc en même temps la  plénitude de la perfection de ce qui est caractéristique de la femme, de ce qui est féminin" (MD 5 )

« La "femme" du protévangile est inscrite dans la perspective de la Rédemption. La comparaison entre Eve et Marie peut se comprendre aussi dans le sens que Marie assume en elle-même et fait sien le mystère de la "femme" dont le commencement est Eve, "la mère de tous les vivants" (Gn 3, 20) »( MD 11)

« En Marie « on retrouve la femme  telle qu'elle fut voulue dans la création et donc dans la pensée éternelle de Dieu, au sein de la très sainte Trinité. Marie est le nouveau commencement de la dignité et de la vocation de la femme, de toutes les femmes et de chacune d'elles… » ( MD 11)

Ceci à tel point que chaque femme pourrait faire siens les mots que Marie emploie dans son magnificat.

« Il a fait pour moi de grandes choses (Lc1/49). Ces paroles…peuvent signifier aussi la découverte du caractère féminin de son humanité. ‘le tout-puissant a fait pour moi de grandes chose’ : telle est la découverte de toute la richesse, de toutes les ressources personnelles de la féminité, de l’originalité de la femme telle que Dieu l’a voulu ». ( MD 11)

Faire de Marie le prototype de la femme, le commencement de sa dignité et de sa vocation, n’est pas sans poser question sur plusieurs points. En mettant ainsi Marie, de manière si forte du côté des femmes n’est-ce pas priver les hommes masculins de ce modèle comme modèle d’humanité ? Nous avons vu combien avait été lourd de discrimination pour les femmes le fait de ne pas les avoir incluses dans la théomorphie, (privées de l’image de Dieu ou dotées d’une image infériorisée parce que seulement dans leur âme et pas dans leur corps,  seul Adam au sens masculin étant théomorphe.) Nous avons vu que le chapitre 3 de la lettre encyclique apporte un démenti à cette conception. Mais en donnant aux femmes comme modèle Marie, n’est-ce pas à nouveau les priver d’un modèle divin ?  Si Marie est l’archétype des femmes, le Christ est-il aussi archétype pour elles ? Et quel est l’archétype des hommes masculins ?

Le texte ne répond pas à ces deux questions de manière explicite. Mais la mise en parallèle des deux typologies induit une réponse.

 

Utilisation de la typologie Adam/Christ

Cette typologie se trouve chez Paul en Rm 5/14. Adam est le type du Christ qui devait venir, le Christ  est le prototype dont Adam n’était que l’image, comme l’ombre des réalités à venir (Col 2/7). Ce même procédé  typologique est développé au n°11 concerant Eve et Marie.

« La "femme" du protévangile est inscrite dans la perspective de la Rédemption. La comparaison entre Eve et Marie peut se comprendre aussi dans le sens que Marie assume en elle-même et fait sien le mystère de la "femme" dont le commencement est Eve, "la mère de tous les vivants" (Gn 3, 20): avant tout, elle l'assume et le fait sien à l'intérieur du mystère du Christ, "nouvel et dernier Adam" (cf. 1 Co 15, 45), qui a assumé en sa personne la nature du premier Adam. La nature de la Nouvelle Alliance réside dans le fait que le Fils de Dieu, consubstantiel au Père éternel, devient homme : il accueille l'humanité dans l'unité de la Personne divine du Verbe. Celui qui accomplit la Rédemption est en même temps un vrai homme. Le mystère de la Rédemption du monde suppose que Dieu le Fils a assumé l'humanité comme héritage d'Adam, devenant semblable à lui et à tout homme en toute chose, "à l'exception du péché" (He 4, 15). Il a ainsi "manifesté pleinement l'homme à lui-même et lui a découvert la sublimité de sa vocation", comme l'enseigne le Concile Vatican II. En un sens, il a aidé à redécouvrir "qui est l'homme" (cf. Ps 8, 5). ( MD 11)

Ce passage peut laisser dans une grande perplexité. La typologie Eve/Marie qui est présentée comme le mystère de la femme est située par rapport à la typologie Adam/Christ dont on dit qu’il est mystère du Christ. Cela veut-il dire que la typologie Adam/Christ dit le mystère de l’homme masculin et uniquement lui? L’association des deux tend à le suggérer. Mais en aucun cas cela ne peut être. La référence  au texte de Vatican II le dément s’il en était besoin.

« Le Christ, homme nouveau ( de Christo Novo Homine ) En réalité, le mystère de l'homme ( mysterium hominis )  ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. Adam, en effet, le premier homme ( primus homo ), était la figure de celui qui devait venir (20), le Christ Seigneur. Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l'homme à lui-même ( hominem ipsi homini ) et lui découvre la sublimité de sa vocation. "Image du Dieu invisible" (Col 1,15) (21), il est l'homme parfait ( homo perfectus ) qui a restauré dans la descendance d'Adam la ressemblance divine, altérée dès le premier péché. Parce qu'en lui la nature humaine ( natura humana ) a été assumée, non absorbée (22), par le fait même, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni lui-même à tout homme ( cum omni homine ). Il a travaillé avec des mains d'homme ( humanis manibus ), il a pensé avec une intelligence d'homme ( humana mente ), il a agi avec une volonté d'homme ( humana volontate ), il a aimé avec un cœur d'homme (humano corde ). Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l'un de nous ( unus ex nostris ), en tout semblable à nous ( in omnibus nobis similis ), hormis le péché » . (CONCILE VATICAN II, Constitution pastorale Gaudium et spes, L’Eglise dans le monde de ce temps n°22 § 2, Cerf, 1967 )

Adam dans ce texte du Concile inclut le féminin,  il est l’humain, homme et femme dans l'ordre de la création. Le Christ nouvel Adam, est nouveau pour les femmes comme pour les hommes. Ce que dit le texte conciliaire concernant le Christ "homo novus", manifestant pleinement l'être humain à lui-même, en qui la nature humaine est élevée à une dignité sans égale, par son incarnation uni à tout humain-e, doit inclure le féminin comme le masculin.  Il est  de la plus grande importance de ne pas tirer de  ces typologies des applications concernant la masculinité et la féminité. Le Christ et Marie sont des archétypes pour tout humain qu'il soit femme ou homme. Bien sûr le sexe de Marie est féminin et le sexe de Jésus en son humanité est masculin. Mais la foi a tenu que l'incarnation assumait tout l'humain. C'est un enjeu de salut, selon l'adage classique que ce qui n'est pas assumé, n'est pas sauvé. (ST GREGOIRE DE NAZIANCE. Ep. Ad Clédonium, Ed Migne, Patr. Gr XXXVII, 181c ) Le credo nous fait dire: homo factus est et non pas vir factus est. Il faut donc penser qu'en assumant la nature humaine sous sa limite inévitable d'un sexe et non de l'autre, ce sont les humains des deux sexes qu'il assumait et sauvait. Sinon les typologies Eve/Marie et Adam/Christ deviennent dangereuses pour les femmes. Elles rétablissent une hiérarchie : le féminin est tout entier du côté du créé, de l'humain; le masculin par son union au Verbe serait seul à être uni à Dieu.

Il faut donc dire et tenir que le Christ est le prototype et  le nouveau commencement de la dignité et de la vocation de tous les humains, femme et homme, de toutes les femmes et de tous les hommes et de chacune d'elles et de chacun d'eux. Au n° 11 de la lettre, le fait de situer Marie prototype du féminin, sans faire du Christ aussi le prototype des femmes, réintroduit une hiérarchie qui peut être légitimement interrogé quant à sa justesse doctrinale.

 

Car par l'incarnation c’est la nature humaine qui est assumée, ce qui fait que les femmes, comme les hommes, sont uni-es à lui. Par le baptême, des êtres humains, hommes et femmes deviennent d'autres "Christ", sont configuré-es à lui. (1 Co 12/13 ; Ga3/19 ) On peut regretter que cette dimension sacramentelle qui configure au Christ les femmes comme les hommes soit  absente de la lettre et que, donc,  soit absente une christotypie légitime autant pour les femmes que pour les hommes.

Kari Borensen (K.E. BORRESEN, « Image ajusté, typologie arrêtée », Penser la foi, Mélanges offert à Joseph Moingt, Paris, Ed du cerf, 1993, p.799-808 ), dans son analyse de la lettre encyclique, fait remarquer le progrès réalisé par cette lettre encyclique, grâce à l'image de Dieu holistique et sa nouveauté  dans le discours magistériel catholique. Elle déplore à juste titre cependant que cette image soit présentée comme si elle avait été professée dès le début du christianisme, et donc, ne déplorant pas des traductions, interprétations et  conceptions discriminantes. L’image est ajustée, mais l’interprétation de la typologie reste la même. Du coup  cela cache que la typologie classique était fondée sur le lien entre androcentrisme et typologie de subordination.

Les femmes sont reconnues théomorphes par une image de Dieu devenu holistique. Mais en continuant à leur donner  comme modèle Marie, elles sont uniquement du côté de l’humain. Ce qui permet de maintenir la justification des rôles traditionnels, des vocations différenciées et de l’exclusion des ministères ordonnés.

Dans la 3ème partie de ce travail, je vais essayer de ressaisir les éléments de mon analyse  pour montrer l’anthropologie qui commande, dans Mulieris dignitatem,  cette manière particulière de penser la différence du féminin et du masculin.

 

 

 

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