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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 21:21

 


Le Cénacle de Pâques à l’Ascension ou le passage de la peur à la foi.

 

De Pâques à l’Ascension c’est un  temps qu’on peut appeler « de la peur à la foi ».

On voit les disciples dans l’Evangile enfermé-es dans le lieu où ils et elles ont l’habitude de se retrouver, le lieu où Jésus avait célébré la dernière Cène et que la tradition nomme le Cénacle.

La peur les a fait s’enfermer. On peut comprendre ! Disciples d’un condamné à mort, ils et elles appartiennent au camp de la défaite, au parti de la défaite. En fait, comme leur maître : enfermé-es dans un tombeau,  lieu de la déception après tant d’espoir suscité par l’action de Jésus quand ils le suivaient , lieu de tristesse après tant de joie que sa parole avait éveillée en eux, lieu de la nuit après tant de lumière que sa présence leur donnait, lieu de mort après tant de vie qu’il donnait à qui le rencontrait !

Au Cénacle à ce moment- là, ils et elles  sont dans la peur et l’enfermement.

N’est-ce pas à certains moments de notre vie, un lieu connu de nous et dont nous avons eu l’expérience ?

 

Mais voilà que ce lieu va devenir un lieu d’expérience de Dieu. En effet Jésus va venir les rejoindre dans ce lieu-là. Ils et elles  vont faire l’expérience qu’aucun verrou au monde ne peut empêcher Jésus de nous rejoindre. Verrou de la déception, de la tristesse, de la nuit, de la mort.

Et ils et elles vont regarder éblouis, Jésus se tenir là pour les assurer de sa présence,

Ecoutons, étonné-es, Jésus leur adresser cette parole qui dit et fait la paix en eux, en elles.

Donc ce 2ème lieu du Cénacle va être peu à peu le lieu d’un passage : de la peur à la foi, de la peur à la paix, de la peur à la joie.

N’est-ce pas aussi à certains moments, un passage connu de nous et dont nous avons déjà fait l’expérience ?


Cela nous donne 3 signes de la présence active de Dieu dans nos vies : la foi, la paix, la joie.

Et ce sont des dons à la fois du Père, du Fils et de l’Esprit, signe de leur victoire en nous, de la victoire de la vie sur la mort.

 

Le vaincu, le rejeté, le condamné, le crucifié mort sur la croix. Il est vivant et on l’a vu vivant.

La lumière après la nuit, la joie après la douleur.

Il nous faut peser la force de cette joie, qui seule explique la force de leur témoignage, la transformation que cela va opérer et qui ira jusqu'à donner leur vie pour témoigner de Lui.

Cela voulait dire aussi que tout dans la vie de Jésus est véridique, que tout est digne de foi.

Dieu a donné raison au crucifié contre ceux qui en avaient fait un paria, un blasphémateur.

Notre foi repose sur leur témoignage.

Ils et elles ont vu c’est pourquoi ils et elles ont parlé.

Peser ce poids de joie des disciples.

N’est-ce pas aussi à certains moments, une force connue de nous et dont nous avons déjà fait l’expérience ?

 

Il y a donc dans ce lieu de passage de la peur à la foi, une expérience spirituelle profonde. Expérience spirituelle qui est expérience de l’Esprit Saint.

Dans le texte, il est indiqué un signe de l’Esprit qui est le pardon des péchés : « Remettez les péchés »

Pour bien profiter de ces paroles du Christ, remarquons qu’elles s’adressent aux disciples, donc à chacun-e de nous. Nous sommes envoyé-es, pour cela nous recevons la force de l’Esprit Saint , et la mission confiée est d’être signe du pardon offert.

Souvent, nous ne prenons pas assez au sérieux ce que nous dit Jésus, nous nous protégeons de ses paroles en nous disant : ce n’est pas à nous qu’il s’adresse.

Baptisé-es, donc disciples, nous sommes envoyé-es :

Accueillons cet appel au pardon, c’est constitutif de notre être baptismal.

Envoyé-es pour dire la miséricorde.

Ces mots de Jésus aux disciples sont pour nous.

N’est-ce pas aussi à certains moments, une expérience de l’Esprit  connue de nous et dont nous avons déjà fait l’expérience ?

 

 

 

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 13:55

Le centre spirituel du Cénacle de versailles est animé par une famille spirituelle qui a choisi un lieu biblique comme fondement de sa vie spirituelle : un lieu qui s’appelle « Cénacle »

Un nom qui n’est pas facile à porter pour 2 raisons :

-le langage courant du dictionnaire, le définit comme « Petit groupe fermé sur lui-même » ! Dur à porter !

-la prédication courante des homélies l’assimile à la seule peur des disciples enfermés.

 

Nous allons essayer de déconstruire ces images !

 

1-Le premier lieu du Cénacle, c’est le lieu de la Cène, le lieu du dernier repas de Jésus.

C’est donc le lieu du don de sa vie que fait Jésus, par amour pour nous, pour aller jusqu’au bout de la fidélité à Sa mission.  Geste du pain et du vin qui signifie qu’Il entre librement dans Sa passion, qu’Il Se livre totalement. Thérèse Couderc, fondatrice de la Famille spirituelle du Cénacle a tellement contemplé ce mystère de la Cène au Cénacle, qu’elle a fait de ce mot «  se livrer » l’expression ultime de la réponse d’amour qu’on peut faire au Christ : se livrer au Christ en réponse au don qu’Il nous fait.

 

2-le deuxième lieu du Cénacle, entre Pâques et Ascension commence bien par la peur et l’enfermement.

Par exemple : « Le soir de ce même jour…toutes portes closes par peur…là où se trouvaient les disciples, Jésus vint… » Jn 20/19

Ce lieu est important. Il ne s’agit pas de le traiter à la légère, du genre : allez ! dehors !

Car c’est un lieu de passage, un temps de passage de la peur à la foi. Et bien, cela prend du temps ! C’est un lieu où l’on se laisse éduquer par Jésus, où on Le laisse nous pacifier.

 

3-Mais il y a un 3ème temps

Ce 3ème temps est méconnu par beaucoup de chrétiens et d’homélies !

c’est le temps du Cénacle entre Ascension et Pentecôte.

Nous lisons cela en Ac1/1…13

01  Mon cher Théophile, dans mon premier livre j'ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement,
02  jusqu'au jour où Il fut enlevé au ciel après avoir, dans l'Esprit Saint, donné Ses instructions aux Apôtres qu'Il avait choisis.
03  C'est à eux qu'Il S'était montré vivant après Sa Passion : Il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, Il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu.
04  Au cours d'un repas qu'Il prenait avec eux, Il leur donna l'ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d'y attendre ce que le Père avait promis. Il leur disait : « C'est la promesse que vous avez entendue de ma bouche.
08  Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. »
09  Après ces paroles, ils Le virent s'élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée.
12  Alors, ils retournèrent du mont des Oliviers à Jérusalem,
13  Arrivés dans la ville, ils montèrent à l'étage de la maison.

.

et en Lc 24/50-52

50  Puis Il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, Il les bénit.
51  Tandis qu'Il les bénissait, Il se sépara d'eux et fut emporté au ciel.
52  Ils se prosternèrent devant Lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie.

 

Ce temps est situé entre l’Ascension et la Pentecôte.

-Ils sont réunis ensemble : c’est dire l’importance de la dimension communautaire de toute vie chrétienne.

-Ils sont en prière dans l’attente du don promis qui est l’Esprit Saint : c’est dire l’importance de la prière pour recevoir de l’Esprit le dynamisme de sa vie chrétienne.

-Ils vont, grâce à cette expérience de communauté et de prière, devenir témoins.

 

Et cela sur ordre de Jésus et dans un climat de joie.

Donc entre Ascension et Pentecôte, il n’est plus question de peur.

Ils sont dans ce lieu sur ordre de Jésus, dans la joie et l’attente du don promis.

Car ce mystère du Cénacle de la Cène à la Pentecôte, n’est pas réservé à la famille spirituelle du Cénacle. C’est un trésor à partager.

Les articles qui vont suivre vont développer  le 2ème et le 3ème temps du Cénacle.

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 18:28

« Au-dessus du pape en tant qu’expression de l’autorité ecclésiale, il y a la conscience à laquelle il faut d’abord obéir, au besoin même à l’encontre des demandes de l’autorité de l’Église. »

„Über dem Papst als Ausdruck für den bindenden Anspruch der kirchlichen Autorität steht noch das eigene Gewissen, dem zuallererst zu gehorchen ist, notfalls auch gegen die Forderung der kirchlichen Autorität.“

Joseph Ratzinger, dans le Lexikon für Theologie und Kirche, vol III, Herder, Freiburg 1968, p. 328.

 

Citation trouvé dans le blog:

http://royannais.blogspot.fr/     

 

 

 

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 21:35

 

Je continue à vous partager mon étude de la lettre encyclique Mulieris Dignitatem. Après avoir montré l’heureuse rupture que ce texte apporte  par rapport aux discours antérieurs, j’aborde maintenant en quoi il reste prisonnier d’une symbolique discriminante pour les femmes.

 

Lecture symbolique de Ep5 : le Christ époux

C’est la  lecture symbolique du numéro 25 qui va servir à justifier des vocations différenciées. Elle met le masculin du côté du divin et le féminin du côté de la créature humaine. Pour étayer cette idée fondamentale, la lettre s’appuie sur la permanence biblique à présenter Dieu comme un époux et Israël comme son épouse en ce qui concerne l’Ancien Testament. Pour le Nouveau Testament, la lettre s’appuie sur la présentation que Jean-Baptiste fait du Christ comme époux et sur le fait que le Christ lui-même se présente ainsi en Mc 2/19-20.

C’est un fait scripturaire indéniable. Mais il peut être interrogé et interprété. Comme se fait-il que la lettre encyclique puisse reconnaître dans son commentaire de Ep5 la nécessité de  remettre  ce passage dans son contexte  et ne pas faire de même pour la symbolique de l’époux et de l’épouse ? Pourquoi cette assimilation masculine à Dieu qui fait de lui un époux, et  cette assimilation féminine au peuple d’Israel qui fait de lui une épouse, ne serait-elle pas dûe, elle aussi,  à  l’enracinement dans « les mœurs et la tradition religieuse du temps » (MD 24)qui établissait une hiérarchie entre les sexes ? Dans une société marquée par une « tradition qui était discriminatoire à l’égard des femmes »(MD 12)Dieu créateur, sauveur, tout puissant ne pouvait être dit qu’au masculin de l’époux. La femme dans sa condition seconde, dépendante, convenait bien pour dire la dépendance de l’humain à son Dieu. Dans le cadre d’une nouvelle anthropologie qui rétablit l’égalité, il n’y a plus de raison de faire du féminin le symbole de l’épouse, ni d’assimiler Dieu à l’époux. Dans une anthropologie où hommes et femmes sont égaux, la symbolique du Christ-Epoux ne peut plus être utilisée comme symbole du masculin face au féminin. Mais la lettre encyclique ne va pas jusqu’au bout de cette logique : sa symbolique biblique n’est pas objet d’herméneutique contextualisante.

Analysons avec précision le numéro 25 du chapitre 7 qui présente  une lecture symbolique de Ep 5. L’amour de Dieu pour son peuple, semblable à celui d’un époux exprimerait la qualité sponsale de cet amour. Cependant, en rigueur de termes,  la qualité sponsale qui est ici mise en avant peut être  présentée autant comme celle de l’épouse pour son époux que celle de l’époux pour son épouse. Le texte précise que l’analogie Epoux/Dieu et Epouse/peuple exprime le caractère divin et non humain de cet amour. Cette affirmation peut être interprétée de deux manières. Cela veut-il dire que le mot époux qui est masculin exprime le caractère divin de cet amour alors que le féminin d’épouse ne pourrait l’exprimer ? Ou cela veut-il dire que le caractère divin de cet amour est bien au-delà de ce qui peut être vécu au niveau humain ? (Au sens de l'analogie thomiste qui n'est pas synonyme de  ressemblance imparfaite mais qui dit un rapport de dépendance qui nous unit à Dieu. Ce que nous disons de Lui dépasse ce que nous en comprenons, n'est pas en Lui tel que nous le concevons. Dire de Lui qu'il est époux, c'est dire que toute relation d'amour a sa source en Lui, que son existence en nous, dépend de Lui).

Les trois citations suivantes me semblent aller dans le sens de la première interprétation :

L’épouse est un sujet collectif qui englobe tout le peuple de Dieu.

C’est par le rachat  de chaque homme et de chaque femme que le Christ exprime

Son amour et accomplit le caractère sponsal de Son amour. Il le fait en Se livrant de manière radicale par le don de Lui-même. Il est l’époux devant des hommes et des femmes appelé-es à être  épouses . « Ainsi le fait d’être épouse, et donc le féminin, devient le symbole de tout l’humain». ( MD 25 )

 

Quelle est la caractéristique " féminine"  de l'épouse ?

C’est le fait d’accueillir comme un don l‘amour du Christ rédempteur : « Dans l’Eglise, tout être humain, homme et femme, est l’épouse parce qu’il accueille comme un don l’amour du Christ rédempteur et aussi parce qu’il tente d’y répondre à travers le don de sa personne » ( MD 25 ).

 

Quelle la caractéristique de l’époux ?

Le Christ est l’époux et par là s’exprime la vérité sur l’amour de Dieu qui a aimé le premier. Un époux qui, en s’incarnant, est devenu vrai homme au masculin. « Le symbole de l’époux est donc du genre masculin. » ( MD 25 ). C’est par ce symbole masculin que Dieu exprime Son amour.

 

L’argumentation repose sur un présupposé non dit : une représentation de l'homme masculin comme celui qui aurait l’initiative, qui aimerait et donnerait le premier et une représentation du féminin qui recevrait et ne pourrait donner qu’en réponse. Avec cette présupposition, il devient légitime de mettre le Christ du côté de ce symbole masculin de l’époux car le Christ est bien celui qui aime et donne le premier. Mais la présupposition est-elle juste ? Le texte lui-même nous a décrit l’amour humain comme un don mutuel dans la réciprocité .

Mettre le masculin du côté de l’initiative et le féminin du côté de l’accueil , n’est-ce pas revenir au schéma du masculin premier et du féminin second dont le chapitre 3 de la lettre encyclique nous avait délivrés ?

Ce qui peut être questionné au niveau de la symbolique, ne peut l’être au niveau du réel de la masculinité de l’homme Jésus. Mais quel est le sens de cette masculinité ? A-t-elle un sens au niveau de la révélation et de la rédemption ? Etait-il de nécessité de salut qu’il en fût ainsi ? Et surtout cela est-il pertinent pour déterminer une identité , une vocation, des rôles différenciés du féminin et du masculin ?( A ce sujet, voir E.A.JOHNSON, "La masculinité du Christ", Concilium, n°238, p.148-151, article reproduit dans B.CHENU et M.NEUSCH, Théologiens d'aujourd'hui, vingt portraits, Paris, Ed.Bayard/Centurion, 1995, p91-96 )

Cette symbolique met les hommes et les femmes en tant qu’humains du côté de l’épouse, puisque le féminin est symbole de l’humain. Elle met les hommes seuls du côté de l’époux puisqu’ils ont le sexe de l’époux. Et cela permet de justifier l’assymétrie du masculin et du féminin dans la célébration de l’Eucharistie.

« Si le Christ, en instituant l'Eucharistie, l'a liée d'une manière aussi explicite au service sacerdotal des Apôtres, il est légitime de penser qu'il voulait de cette façon exprimer la relation entre l'homme et la femme, entre ce qui est "féminin" et ce qui est "masculin", voulue par Dieu tant dans le mystère de la Création que dans celui de la Rédemption. Dans l'Eucharistie s'exprime avant tout sacramentellement l'acte rédempteur du Christ-Epoux envers l'Eglise-Epouse. Cela devient transparent et sans équivoque lorsque le service sacramentel de l'Eucharistie, où le prêtre agit "in persona Christi", est accompli par l'homme (MD 26 ).

 

L’interprétation d’Ep5 est le lieu à la fois d’une rupture avec la manière classique de considérer la différence. Une différence dans une parfaite réciprocité. Mais aussi donne lieu à la continuité d’un discours sur la différence comme positionnement asymétrique par la symbolique époux-épouse.

Cette manière asymétrique de penser la différence est renforcée par le procédé typologique que nous verrons dans l’article qui suivra.

 

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 23:07

Egalité et image : rupture avec le discours traditionnel

 Ce qui précède nous permet d’apprécier à sa juste valeur de nouveauté, le caractère de rupture contenu dans ce chapitre III qui est une réflexion d’anthropologie chrétienne à partir du texte de Gn 1 et 2. Cette rupture porte sur l'égalité, sur la femme comme l'homme image de Dieu et sur l'image holistique (Du grec : holos qui veut dire  « tout entier » : Parler d’image holistique de Dieu signifie que, de la même manière qu’on utilise des images masculines pour parler de Dieu, on peut également utiliser des images féminines. Ces images deviennent ainsi holistiques, et non plus seulement andromorphiques ( à l’image de la masculinité) de Dieu.

Il y a  une affirmation forte de l’égalité :

« Le texte biblique fournit des bases suffisantes pour que l’on reconnaisse l’égalité essentielle de l’homme et de la femme du point de vue de l’humanité » (MD 6)

Cette égalité se décline sous plusieurs aspects:

 

1-Homme et femme possèdent une commune humanité :

« Tous les deux sont des êtres humains, l’homme et la femme, à un degré égal tous les deux » (MD 6).

 

2-Homme et femme ont une commune vocation à la domination de la terre et une origine commune.

« Le Créateur confie la domination de la terre au genre humain, à toutes les personnes, à tous les hommes et à toutes les femmes, qui puisent leur dignité et leur vocation dans leur origine commune » (MD 6).

 

3-Homme  et femme possèdent en commun le statut de personne humaine :

« L’homme est une personne et cela dans la même mesure pour l’homme et pour la femme ».( MD 6)

Nous avons vu que Gn 2 avait été utilisé pour faire du masculin le sexe exemplaire et du féminin le sexe secondaire, dépendant, référé au masculin. Dans le chapitre III de cette lettre, rien de tel. Ce texte  a le souci de toujours situer l’homme et la femme dans une commune réciprocité:

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » n’est pas compris comme s’adressant seulement au masculin mais aussi au féminin, visant l’unité des deux. Il est question d’une « relation réciproque de l’homme à l’égard de la femme et de la femme à l’égard de l’homme » (MD 7).

L’aide de Gn 2/18-25 n’est pas non plus interprétée à sens unique : l’un et l’autre sont aides mutuelles au service de la découverte et de la confirmation de leur humanité :

« La femme doit aider l’homme et en même temps l’homme doit aider la femme…il s'agit d’une aide des deux côtés et d’une aide réciproque » (MD 7).

 

4-Commune humanité voulue pour elle-même par Dieu :

« L’homme -homme et femme- est le seul être parmi les créatures du monde visible que Dieu créateur ait voulu pour lui-même" (MD 7).

Ici la raison du féminin n’est plus « instrumentale » -produite pour la génération- . Elle est voulue pour elle-même.

 

5-Commune vocation à la réalisation de soi dans le don désintéressé de soi.

Dans ce chapitre l’auteur cite un passage de Gaudium et spes qui parle d’une ressemblance entre l’union des personnes divines et l’humanité dans le don désintéressé de soi. C’est une vérité sur l’homme et la femme, celle d’être une personne. Etre (une ?) personne se définissant comme réalisation de soi s’accomplissant dans le don. La communion des personnes en Dieu, leur mutuelle donation, est modèle de la personne humaine -homme et femme- qui est appelée à exister pour autrui, à devenir don, et qui  «  ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. » (CONCILE VATICAN II, Constitution pastorale Gaudium et spes, L’Eglise dans le monde de ce temps n°24 §3, Cerf, 1967)

 

Cette anthropologie de l’égalité homme-femme se fonde sur la théomorphie, c'est-à-dire sur la création de l’humain, homme et femme, à l’image de Dieu . Ce chapitre est d’une totale clarté aucune ambiguité n'est possible et la rupture est totale avec le discours classique. C’est le  thème de l’image qui est fondement de tout ce passage, et fonde l’égalité de l’homme et de la femme. Cette image de Dieu dont il est porteur est la caractéristique essentielle de l’être humain, homme et femme, personne à l’image du Dieu personnel, personne, et en ce sens semblable à Lui. Le fait d’exister en relation homme et femme est une image aussi de Dieu relation trinitaire. Le caractère personnel de la personne trouve son modèle en Dieu, communion de Personnes. (MD 7)

                  

Une nouveauté qui ouvre à une autre représentation de Dieu

Ce chapitre III va même aller jusqu’au bout de sa logique. L’égalité fondée sur une commune théomorphie permet de concevoir Dieu sous des traits non seulement masculins mais également féminins. Pour cela le texte rappelle que le langage biblique, pour parler de Dieu, utilise des images qui sont propres à l’humain, c'est ce qu'on appelle un langage anthropomorphique.  La théologie parlera d’analogie (en prenant soin de préciser que si il y ressemblance de Dieu avec l’humain, il a encore plus non-ressemblance). Dans l’ensemble du corpus biblique, ces images sont en majorité masculines. Mais cette lettre encyclique fait remarquer qu'il y en a de féminines. La nouveauté, dans ce texte, vient de la reconnaissance que Dieu se présente aussi dans la Bible comme semblable à la femme en citant par exemple:Is 49/14-15 où Dieu est présenté comme une femme qui n’oubliera jamais ses enfants et Is 66/13, Dieu comme une mère qui console.

Cependant,d’autres images féminines de Dieu auraient pu être citées comme l’image féminine de la Sagesse (Y.CONGAR, Je crois en l’Esprit saint, Cerf, 1980, tome III, p.209. P.LEFEBVRE, la sagesse : rencontre de l’homme et de la femme, Vie spirituelle, 1999, n°731, p 201 à 217. L’auteur cite Si24/6 ; Pr8/31 ; Pr7/4 ; Sg8/2 ; Pr8/17. Ici la figure de la Sagesse est femme. )

Du fait de cette absence, les images féminines de Dieu qui sont citées, portant uniquement sur la maternité, accréditent, et on peut le regretter,    une vocation féminine uniquement maternelle.

 

Rupture du discours ancien à partir d’Ep5

Nous  trouvons une autre rupture au chapitre 24 qui est un commentaire de Ep 5. On sait que ce texte a été longtemps la seule première lecture possible pour la célébration du mariage et interprétée comme un plan divin sur le mariage comportant la soumission de l’épouse. Pour saisir à sa juste valeur là aussi, le  caractère de rupture contenu dans la lettre encyclique, il est bon de citer l’encyclique Casti connubis de Pie XI qui date de 1930. C’est une bonne illustration de la doctrine classique qui a prévalu jusqu'au Concile Vatican II.

« Enfin, la société domestique ayant été bien affermie par le lien de cette charité, il est nécessaire d'y faire fleurir ce que saint Augustin appelle l'ordre de l'amour. Cet ordre implique et la primauté du mari sur sa femme et ses enfants, et la soumission empressée de la femme ainsi que son obéissance spontanée, ce que l'Apôtre recommande en ces termes : ‘ Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur; parce que l'homme est le chef de la femme comme le Christ est le Chef de l'Eglise. »  (PIE XI Casti connubii, du 31 décembre 1930, Ed Bonne Presse, Paris, 1963, p14-15)

Dans la suite de ce texte, on trouve un essai pour atténuer ce caractère subordonné. L'auteur précise que cela n'abolit pas sa liberté en tant que personne humaine et sa dignité d'épouse, de mère et de compagne; qu'elle n'a pas à obéir à des désirs du mari qui seraient contraires à sa dignité; la situation qui est la sienne n'est pas celle d'une mineure; son rôle dans le couple est d'être le cœur parce qu’elle possède la primauté du cœur ; la soumission de la femme à son mari peut varier selon les situations, jusqu'à suppléer le mari dans la direction de la famille si celui-ci manque à son devoir. Ces corrections sont l'écho du malaise qui déjà se fait sentir et qui va rendre ce type de discours inaudible, à mesure que le thème de « la libération de la femme par rapport à toute forme d’injustice et de domination » (JEAN-PAUL II, Lettre aux femmes du 29 juin 1995 ) va de plus en plus se concrétiser. Elles n'abolissent pas toutefois la primauté du mari qui serait la tête et, de ce fait, la primauté de gouvernement et le caractère divin de cette loi :

"Pour ce qui regarde la structure même de la famille et sa loi fondamentale établie et fixée par Dieu, il n'est jamais, ni nulle part, permis de les bouleverser ou d'y porter atteinte." (PIE XI déjà cité)

Et de citer, pour appuyer, une encyclique précédente écrite en 1880:

« L'homme est le prince de la famille et le chef de la femme; celle-ci, toutefois, parce qu'elle est, par rapport à lui, la chair de sa chair et l'os de ses os, sera soumise, elle obéira à son mari, non point à la façon d'une servante, mais comme une associée; et ainsi, son obéissance ne manquera ni de beauté ni de dignité. Dans celui qui commande et dans celle qui obéit - parce que le premier reproduit l'image du Christ, et la seconde l'image de l'Eglise, - la charité divine ne devra jamais cesser d'être la régulatrice de leur devoir respectif. » (LEON XIII, Encyclique Arcanum divinae sapientiae du 10 février 1880)

 

Il y donc  d’abord dans Mulieris Dignitatem, une heureuse rupture avec l'interprétation de Casti connubi. En rupture avec une lecture fondamentaliste, l’interprétation se fait contextuelle. Si Paul parle de soumission de la femme à son mari, c’est en raison d’un « enracinement dans les mœurs et les traditions du temps » (MD 24). C’est pourquoi, il nous faut comprendre que la seule soumission légitime est celle de l’Eglise au Christ. Par contre, dans la relation mari-femme, elle doit être réciproque. Cette interprétation se veut ferme :

« Le défi de l’ethos de la Rédemption est clair et définitif. Toutes les motivations de la soumission de la femme à l’homme dans le mariage doivent être interprétées dans le sens d’une soumission réciproque » (MD 24)

Pour cela, il est fait état d’une distinction majeure. Il est nécessaire de distinguer « ce qui exprime la réalité humaine des relations interpersonnelles  et ce qui  exprime en langage symbolique, le grand mystère divin » (MD 23)  Ce qui est de l’ordre de la révélation concerne le rapport Christ/Eglise et pas le type de relations concrètes des hommes et des femmes. L’amour du Christ pour l’Eglise est 

« semblable à l’amour nuptial des conjoints humains mais évidemment, il ne lui est pas identique. L’analogie , en effet, suppose une ressemblance qui laisse place à une marge appropriée de dissemblance ». (MD 25)

Ce sont ces deux considérations dans le texte même de la lettre encyclique, qui permettent d’interroger l’idée fondamentale de la suite du  chapitre : le féminin serait symbole de l’humain, et le symbole de l’époux serait du genre masculin. Car après avoir dédouanné ce texte de toute interprétation inégalitaire, il va servir à justifier la fonction du Christ comme époux et donc réintroduire l’inégalité. Ces deux considérations  permettent aussi d’interroger l’ensemble de la lettre. En quoi, ce qui relève du mystère divin, la création, l’Incarnation, la Rédemption, peut-il informer les relations homme-femme et fonder des vocations différenciées ? En quoi le rôle de Marie sur le plan du mystère divin peut-il être normatif d’une identité et d’une vocation spéciales des femmes ?

 

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 00:10

Ce WE dernier, dans notre Centre spirituel, nous avons accueilli une trentaine de personnes du Carrefour des Chrétiens Inclusifs.

Qui sont-ils ? Voici, sur leur site, comment ils se définissent :

 

« Le CCI regroupe des chrétien-nes de toutes confessions souhaitant promouvoir une Eglise inclusive, c'est-à-dire pratiquant l'accueil inconditionnel de tous et toutes quels que soient leur sexe et leur orientation sexuelle »

 

Elles et ils venaient pour 4 jours de retraite avec pour thème :

« Y a pas de honte à être aimés de Dieu!" »

Ce groupe avait demandé à deux sœurs de la Communauté d’animer le dimanche matin. Après la louange du matin, Sr Vanessa a donné un enseignement  qui avait pour titre : « Je reconnais devant Toi, le prodige, l’être étonnant que je suis : étonnantes sont Tes œuvres toute mon âme le sait » Psaume 138/14. Et ensuite j’ai présenté un texte biblique tiré du livre d’Isaïe 43/1-4 avec des pistes pour un temps de méditation personnelle.

Le reste de cette retraite était pris en charge par des membres du groupe avec des ateliers créatifs, des tables rondes, un culte réformé, une étude biblique, une étude du livre de Paul Tillich, le courage d’être, une Eucharistie et pour finir l’Assemblée générale de leur association.

 

Personnellement, j’ai été touchée par la joie des membres de ce groupe. Leur joie dans la foi et la profondeur de leur foi.

Lors de l’eucharistie, un texte écrit par l’une des membres, Marina Zuccon m’a particulièrement intéressée.

Ce texte pourrait s’appeler : GPS de vie spirituelle. Avec humour cela dit des choses profondes. Le voici :

 

« Pour sortir du garage de la honte dans lequel vous êtes enfermés, vous devez passer les trois grilles

de la culpabilité,

de la condamnation

et

du mépris,

avec les trois codes:

-quelqu'un

- qui est là

-en avant

Prenez la rampe « lâcher prise »,

et vous vous trouverez sur la Rue de la promesse.

Continuez tout droit et passez le pont de la légèreté qui enjambe la crainte.

Vous arrivez sur l'avenue de l'amour indéfectible, et sans rougir et sans honte, vous  arrivez au carrefour  du Mystère, 

laissez la sortie " le rejet",

et

suivez la direction "Un ami",

pour arriver, sans faute  ni péché, sur la grande place de la Confiance »

 

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 00:24

Le livre d’Esther est un des rares livres de la Bible qui porte le nom d’une femme.

Dans un livre qui a pour titre « les subversives", le bibliste André Lacoque présentent 5 femmes qui jouent un rôle central : la Shulamite du Cantique, Ruth, Esther, Suzanne et Judith. Les livres ou partie de livre qui en parlent, font tous partie d’une littérature biblique non conformiste. Ils appartiennent à la littérature contestataire du second Temple. Ils ont eu des difficultés  à entrer dans le canon juif, de ce fait ils portent trace par leur existence même de la difficile conversion quant à la situation des femmes et au regard posé sur elles.

Ils sont contestataires de la dégradation de la situation des femmes depuis le retour de l’Exil, en particulier par le refus des mariages mixtes et le renvoi des femmes étrangères ( ce qui fait porter implicitement la faute aux femmes)

 

Attachons-nous plus particulièrement à l’un d’entre eux : Le livre d’Esther. Voilà donc un livre qui porte le nom d’une femme, une femme en est l’actrice principale et sa présence et son action sont décisives pour le salut de son peuple.

1-Ce faisant, cela montre qu’une femme peut être choisie comme instrument de salut.

Dieu choisit aussi des femmes pour sauver son peuple.

2-Par le risque qu’elle prend pour sauver son peuple, le risque de perdre sa vie, elle réalise la figure du serviteur souffrant d’Isaïe 53 et de ce fait préfigure le Christ qui donne sa vie.

3-Elle est une illustration du renversement de situation qui est une des trames essentielles des livres bibliques : les esclaves qui se libèrent (Exode) ; l’esclave qui devient le bras droit du pharaon ( Joseph) ; une femme sauve son peuple au péril de sa vie ( Esther mais aussi Judith).

Esclave et femme, des choix exemplaires de Dieu, pour contester un désordre établi et montrer dans la victoire de ce qui est sans puissance humaine, la victoire de Dieu.

Quand les chances de réussite sont nulles, la victoire remportée par un-e exclu-e,  apparaît d’autant plus miraculeuse.

4-Le vis-à-vis masculin d’Esther c’est Mardochée.

Le texte nous montre une relation de communion pour le salut où aucun des deux ne domine  l’autre, mais une relation qui se vit dans l’écoute mutuelle et la réciproque « obéissance » :

-Esther obéit à Mardochée en ne révélant pas son origine 2/10.

-Mardochée obéit à Esther quand elle lui demande de justifier son attitude 4/5-7.

-Elle obéit à son ordre d’aller voir le roi 4/8.

-Il obéit à Esther en suivant ses instructions 4/16-17.

Nous avons là une réelle mixité sans domination, ce qui réalise le projet de Gn 1 et contredit la malédiction de Gn3/16c.

5-Il y a dans l’éloge de la désobéissance contenu dans ce livre, un appel à résister à l’injustice.

Mardochée et Esther, tous les 2 s’opposent à un édit royal ou le bravent  ( celui de fléchir le genou devant un simple humain ou de se présenter devant le roi sans avoir été convoqué .).

Esther réussit là où Vashti, la première reine a échoué, mais ce faisant, elle lui donne raison.

Vashti avait raison de s’opposer à un ordre injuste du roi. Elle l’a payé cher. Esther réussit là où Vashti a échoué mais elle montre qu’il est juste de refuser d’être traitée en objet qu’on exhibe lors d’un banquet.

6-Le texte hébreu d’Esther ne fait aucune mention de Dieu. Il ne contient aucune prière d’Esther. Il ne fait pas mention d’une intervention de Dieu. Le salut dépend uniquement de la décision d’Esther d’aller voir le roi.

Comme le dit R.M.Halls dans The theology of the book of Ruth, cité par Lacoque :

“Une histoire peut-être éminemment théologique dans son intention sans que l’auteur  parle explicitement de Dieu, si l’auteur choisit de laisser ses personnages ou les événements parler pour Lui-Elle.»

L’événement ici, c’est une histoire de salut, le cours de l’histoire qu’une femme a pu changer. Une lutte à main nue contre le mal.

Auteur-es du mal, homme et femme le sont. Victimes aussi mais il existe des injustices qui touchent les femmes en tant que femmes.

L’action d’Esther est décisive pour sauver son peuple. Et ceci sans apparente action divine.

C’est à celles qui sont au point le plus crucial du mal qu’il appartient de lutter contre lui.

Le combat contre le mal est témoignage de Dieu, est engagement pour Lui-Elle, même si son nom n’est pas prononcé.

7- Esther est aussi une belle illustration de la possibilité d’être juif-ve en dehors de la terre d’Israël. Ce faisant, ce livre est bien également dans la ligne des écrits contestataires du 2ème temple.

Contre un judaïsme qui se referme, qui veut protéger l’identité juive contre toute contamination étrangère, il montre qu’on peut ne pas pécher contre son identité en vivant dans un pays étranger. Qu’on peut y devenir reine et accéder à la plus haute responsabilité sans renier sa foi, être intégré-e sans perdre son identité, y vivre un judaïsme ouvert, créateur, autonome vis-à-vis de Jérusalem.

8-Il présente une autre forme de figure  de salut que l’Exode. Le salut ici, n’est pas de quitter un pays étranger mais au contraire de pouvoir y rester, de continuer à y vivre dans la paix et la prospérité. Vivre d’une tradition, non sous la forme d’une répétition mais dans une interprétation qui la renouvelle en fonction d’une situation nouvelle.

De ce point de vue aussi, le fait qu’une femme soit héroïne de ce salut, a du sens.

Une tradition figée ne peut que légitimer des stéréotypes où sont enfermé-es les femmes comme les hommes d’ailleurs. Etre confronté-e à des situations nouvelles, pouvoir ouvrir des chemins nouveaux peut libérer aussi un autre type de relation entre les hommes et les femmes.

 

Ce livre a reçu un accueil mitigé dans les mouvements féministes.

Cela tient à l’extrême sensibilité que certaines d’entre nous peuvent avoir à tout ce qui peut paraître dévalorisant pour les femmes.

Une lecture superficielle peut prêter le flanc à cette critique : une histoire qui commence par une répudiation arbitraire à cause du refus d’être traitée de faire-valoir lors d’une beuverie : femme objet qu’on exhibe ; le choix d’une nouvelle reine parmi celles, vierges et belles  qu’on aura ramassées dans tout le pays, et qui se soumettront à un régime de beauté pour satisfaire les besoins sexuels du roi ; ensuite reléguées au harem jusqu’à un hypothétique désir de sa part…

Le point de départ est rude et on comprend qu’on puisse arrêter là la lecture.

Si on en reste là, avec une lecture au premier degré, cela peut légitimer soit un refus de ce livre, soit une justification de comportement machiste.

 

Une lecture attentive montre que ce récit sensé qui se passe au 5ème siècle sous le règne Xerxès 1er est en fait un conte qui manie l’ironie à outrance : une satire pleine d’humour d’un roi sans personnalité, ce qui tranche avec la force de détermination d’Esther et de Mardochée.

Et même ce point de départ rude n’est-il pas figure de réalités d’hier et d’aujourd’hui ?

Des femmes traitées comme des objets, c’est encore malheureusement une réalité.

 

La pointe, me semble-t-il, est à chercher dans l’attitude d’Esther : son courage, sa détermination, son audace et son réalisme pour changer ce qui paraît impossible à changer en utilisant la situation qui est la sienne. Sa fragilité même, son hésitation qui nous la rend plus proche et qui montre une peur surmontée par une générosité plus grande encore.

De ce point de vue, ce livre est « pascal », passage de la nuit à la lumière, de l’esclavage à la liberté, du péché au salut. Passage totalement don de Dieu et totalement œuvre humaine, comme le dit si bien St Thomas d’Aquin :

« Il est clair qu’un même effet n’est pas attribué à sa cause naturelle et à Dieu comme si une partie était à Dieu et une partie à l’autre. Il est tout entier de l’un-e et de l’autre, mais suivant des modalités diverses » (2)

(1) LACOQUE, André. Subversives. Un pentateuque de femmes, traduction française de Claude Veugelen. [ The Feminine Unconventional] Paris, Cerf 1992.

(2) St THOMAS D’AQUIN, 3 SCG 70

 

 

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 22:08

Je continue à publier mon étude sur l’encyclique Mulieris dignitatem.

Elle apporte une heureuse rupture sur la question du féminin par rapport à l’enseignement classique. Malheureusement, l’encyclique omet de dire que c’est une rupture. C’est dommage car des lecteurs non connaisseurs de l’histoire théologique de l’Eglise catholique peuvent, à tort, penser que ce fut la doctrine constante depuis 20 siècles. Il n’en est rien. Dans l’article précédent, nous avons vu la pensée d’Augustin. Voici maintenant celle de Thomas d’Aquin. 

 

Thomas va suivre Augustin dans l'attribution de l'image à la femme. Mais comme lui, en y apportant des corrections infériorisantes. Quand dans la Somme théologique, Thomas se pose la question de savoir si l'image de Dieu se trouve en l'homme seulement selon l'esprit,  il répond positivement et cela lui permet de l'attribuer  autant à la femme qu'à l'homme.

« Aussi faut-il dire que si l'Écriture, après avoir dit : A l'image de Dieu Il le créa , ajoute :  Homme et femme Il les créa , ce n'est pas pour inviter à découvrir l'image de Dieu dans la distinction des sexes, mais parce que l'image de Dieu est commune à l'un et à l'autre sexe, puisqu'elle se réalise au niveau de l'âme spirituelle dans laquelle il n'y a pas de distinction des sexes.  C'est pourquoi S. Paul (Col 3,10) après avoir dit : " A l'image de son Créateur ", ajoute :  là il n'est plus question d'homme ou de femme. » (THOMAS d’AQUIN, Somme théologique, 1a q93 a6 solution 2)

Thomas avait déjà établi cette même affirmation à la question 92 article 4 pour répondre à la question : l'image de Dieu est-elle en tout homme?

« Si l'on considère la réalité dans laquelle réside principalement la qualité d'image, à savoir la nature intellectuelle, l'image de Dieu se trouve aussi bien chez la femme que chez l'homme. Aussi c'est après avoir dit : A l'image de Dieu Il le créa  (l'homme), que la Genèse ajoute :  Homme et femme Il les créa " ; et, commente S. Augustin, il dit au pluriel: Il les créa  pour que l'on ne pense pas que les deux sexes avaient été réunis en un seul individu. » (1a q92 a4)

 

Mais il y apporte des restrictions qu'il est bon de citer.

« …pour ce qui est de certains traits secondaires, l'image de Dieu se trouve dans l'homme d'une façon qui ne se vérifie pas dans la femme ; en effet, l'homme est principe et fin de la femme, comme Dieu est principe et fin de toute la création. Aussi, une fois que S. Paul eut dit :  L'homme est l'image et la gloire de Dieu tandis que la femme est la gloire de l'homme , il montra la raison pour laquelle il avait dit cela en ajoutant : Car ce n'est pas l'homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme, et ce n'est pas l'homme qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme. » (Idem)

Nous avons ici un exemple significatif du caractère discriminant d'une interprétation biblique. Eve tirée du côté d'Adam a pour conséquence que l'homme( vir)  serait principe et fin de la femme: elle viendrait de lui, créée à partir de lui. Adam considéré comme vir serait principe, comme Dieu l'est, pour l'ensemble de la création, ce qui le placerait d'une certaine manière du côté de Dieu, et comme le médiateur entre la femme et Dieu. Il n'y a pas réciprocité de l'un pour l'autre mais un sens unique: la femme pour l'homme. C'est ce caractère de subordination qui serait propre à la femme qui établirait son incapacité à refléter l'image de Dieu.

 

A la question 92, article 1, Thomas se demande l'intérêt qu'il y avait à produire la femme.

« Il était nécessaire que la femme fût faite, comme dit l'Écriture, pour aider l'homme. Non pas pour l'aider dans son travail, comme l'ont dit certains, puisque, pour n'importe quel autre travail, l'homme pouvait être assisté plus convenablement par un autre homme que par la femme, mais pour l'aider dans l'oeuvre de la génération. »( 1a  q92 a1)

Dans cette pensée, la production de la femme est conçue comme celle d'une auxiliaire et l'aide apportée est précisée: une aide pour la génération. Elle est produite pour l'homme, pour la maternité, et non pour elle-même. Dans la solution 1 de la même question, Thomas répond à l'objection 1 où il y a la fameuse citation d'Aristote sur la femme, mâle manqué. Il convient de la citer en entier.

« Par rapport à la nature particulière, la femme est quelque chose de défectueux et de manqué. Car la vertu active qui se trouve dans la semence du mâle vise à produire quelque chose qui lui soit semblable en perfection selon le sexe masculin. Mais si une femme est engendrée, cela résulte d'une faiblesse de la vertu active, ou de quelque mauvaise disposition de la matière, ou encore de quelque transmutation venue du dehors, par exemple des vents du sud qui sont humides, comme dit Aristote. Mais rattachée à la nature universelle, la femme n'est pas un être manqué : par l'intention de la nature, elle est ordonnée à l'oeuvre de la génération. Or, l'intention de la nature universelle dépend de Dieu, qui est l'auteur universel de la nature, et c'est pourquoi, en instituant la nature, il produisit non seulement l'homme, mais aussi la femme. »( Idem)

Thomas reprend ici les idées d'Aristote (ARISTOTE, De la génération des animaux, I, 21. Par exemple : « la femelle est bien, en tant que femelle, un élément passif, et le mâle , en tant que mâle, un élément actif, et c’est de lui que part le principe du mouvement ») sur la génération humaine. Pour Aristote, seule la semence virile serait active, le corps féminin n'étant que réceptacle, sorte de couveuse naturelle. Puisque la semence vient de l'homme, il ne devrait naître que des garçons; s'il y a naissance de filles, c'est à cause d'une défectuosité.

Nous avons ici un bon exemple de la manière dont le théologien se confronte au philosophe: il ne remet pas en cause l'information qui lui vient de la philosophie, cependant il la confronte à ce que dit le texte révélé: il ne peut rien y avoir de "manqué" dans la nature dont Dieu est l'auteur, donc la femme n'est pas un être manqué. Mais il le fait cependant par une distinction entre nature particulière et nature universelle qui n'annulerait pas le caractère manqué de chaque individu féminin mais  fonderait le caractère non-manqué du fait féminin universel par son ordination à la génération.

 

Dans la même question, la solution 2 répond à l'objection qu'il devait y avoir égalité de l'homme et de la femme avant le péché car la sujétion est une conséquence du péché.

« Il y a deux espèces de sujétion. L'une est servile, lorsque le chef dispose du sujet pour sa propre utilité, et ce genre de sujétion s'est introduit après le péché. Mais il y a une autre sujétion, domestique ou civique, dans laquelle le chef dispose des sujets pour leur utilité et leur bien. Ce genre de sujétion aurait existé même avant le péché. Car la multitude humaine aurait été privée de ce bien qu'est l'ordre, si certains n'avaient été gouvernés par d'autres plus sages. Et c'est ainsi, de ce genre de sujétion, que la femme est par nature soumise à l'homme, parce que l'homme par nature possède plus largement le discernement de la raison. D'ailleurs l'état d'innocence, comme on le dira plus loin, n'excluait pas l'inégalité entre les hommes ».( Idem)

Pour Thomas donc, l'inégalité entre l'homme et la femme ne serait pas une conséquence du péché mais un fait de nature. La femme doit être gouvernée par l'homme parce qu’il  possèderait davantage le discernement de la raison. Cette sujétion serait en vue de son bien.

 

Thomas s'interroge également sur la création de la femme à partir de l'homme. Il en donne 3 raisons . Première raison :

« Il convenait que la femme, dans la première institution des choses, fût formée à partir de l'homme et cela beaucoup plus que chez les autres animaux.: Ainsi serait accordée au premier homme cette dignité d'être, à la ressemblance de Dieu, le principe de toute son espèce, comme Dieu est le principe de tout l'univers. Ce qui fait dire à S. Paul (Ac 17,26)  que Dieu " d'un être unique fit tout le genre humain ». (1a q92 a2)

Cette première réponse est significative. Elle met le masculin du côté de Dieu, lui conférant une ressemblance avec Lui du fait qu'il serait principe de l'espèce puisque de lui a été tirée la femme et tout le genre humain. Il serait donc à la ressemblance de Dieu, principe de tout l'univers. Le masculin serait principe à la ressemblance de Dieu qui est principe.

2ème raison :

« Afin que l'homme chérît davantage la femme et s'attachât à elle de façon plus inséparable, sachant qu'elle avait été produite de lui, aussi est-il dit dans la Genèse (Gn 2,23) :  Elle fut tirée de l'homme ; c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme.  Ce qui était d'ailleurs particulièrement nécessaire dans l'espèce humaine, où l'homme et la femme demeurent ensemble pendant toute la vie, à la différence des autres animaux. » (idem)

La deuxième raison de la production de la femme par l'homme est affective: il la chérira et s'attachera davantage à elle et ce lien sera pour la vie. 

3ème raison :

« Parce que, selon Aristote, ‘ l'homme et la femme s'unissent chez les humains non seulement pour les besoins de la génération, comme chez les autres animaux, mais aussi pour la vie domestique, qui comporte certaines activités de l'homme et de la femme, et dans laquelle l'homme est le chef de la femme ‘. Aussi convenait-il que la femme fût formée de l'homme comme de son principe. » (idem)

Dans cette troisième raison, il y a un dépassement du seul motif de génération pour justifier l'union de l'homme et de la femme. Ils sont unis pour la vie domestique. Cette vie domestique est présentée sous l'angle d'activité propre à l'homme et propre à la femme. Dans la pensée de Thomas, cette vie domestique ne peut être que  hiérarchique. Le texte de la Genèse, selon Thomas,  décrirait donc le type de relation entre l'homme et la femme telle  que Dieu la voudrait. S'il a créé la femme tirée de l'homme, c'est qu'il voudrait qu'il soit son chef.

 

En ce qui concerne l'image, nous avons donc des textes de droit canonique qui refusent à la femme la qualité d'image de Dieu. Augustin et Thomas la lui accorderont mais avec les restrictions que nous avons analysées et une lecture de Genèse qui justifierait la place subordonnée de la femme.

 

La citation suivante tirée de St Bonaventure, contemporain de St Thomas nous signale que ce progrès, même limité chez eux, ne faisait pas l'unanimité.

« Le sexe masculin est nécessaire pour la réception des Ordres…car nul ne peut recevoir les Ordres s’il n’est image de Dieu, parce que dans ce sacrement la personne humaine devient d’une certaine manière Dieu ou divine, puisqu’elle devient participante au pouvoir divin. Mais c’est l’homme qui est, en raison de son sexe, Imago Dei, comme il est dit dans le chapitre 11 de la 1ère lettre aux Corinthiens. Il est donc impossible à une femme d’être ordonnée »( Commentarium in IV Libros Sentatiarum Magistri Petri Lombardi, Div 25, Art.2 Qu.1)

 

La question de l'image est ici décrite dans le cadre de la question du sacrement de l'ordre. C'est l'homme seul qui serait image de Dieu, la femme ne le serait pas. Il est nécessaire d'avoir cette image pour devenir d'une certaine manière Dieu en participant à son pouvoir. La femme n'ayant pas cette image, elle ne pourrait donc pas recevoir ce sacrement.( Le supplément de la Somme Théologique de Thomas sur ce même sujet n'utilisera pas cet argument puisque pour lui, homme et femme sont image mais  utilisera un autre argument : du fait de son état de soumission, la femme ne pourrait signifier une éminence de degré. ST, Suplément q 39 a1)

 

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 12:02

Dire la foi autrement

Dieu

Il faut bien commencer par ce mot : Dieu. Car si ce mot est vide, s’il ne signifie rien, tout ce qu’on peut dire après n’a pas de raison d’être.

Mais que peut-on dire ? D’une certaine manière : rien. Car toute idée, tout mot, toute image, ne peut en aucun cas rendre compte de ce qu’Il-Elle est…

Mot, image, idée sont en-deçà, sont illusions,projections de nos désirs, mensonges.

Dieu est radicalement Autre. Rien de ce qui est de nous, de ce qui nous est familier ne peut Lui être appliqué. Dieu est « inconcevable », au sens fort de ce mot, ce que l’on ne peut concevoir.

 

Mais il reste ce mot qu’on ne peut évacuer. Mystère qui dit un-e Autre que nous.

D’abord cela nous délivre car cela nous empêche de nous enfermer en notre solitude.il y a de l’Autre en face de nous.


Ensuite cette altérité indéfinissable de l’Autre, pose le fondement du respect de tout autre, de tous les autres, à ne jamais enclore dans une définition, dans un « croire savoir »

Dieu est une question toujours ouverte et à ne jamais refermer.

 

Peut-on aller plus loin, dire autre chose ?

Oui. Si nous accueillons un VISAGE. Celui de Jésus.

Mais là, d’une autre manière, nos images, nos idées, nos représentations vont devoir voler en éclats. Son visage d’humain est visage de Dieu.

Il va falloir accepter Dieu dans le temps, Dieu dans la chair, Dieu dans la mort, Dieu dans la vie.

Il va falloir accueillir Dieu dans la petitesse et la vulnérabilité d’un enfant. Dieu qui crie, qui apprend à parler, à marcher. Dieu qui aime, qui souffre. Dieu qui prie, qui pardonne, qui espère, qui croit.

Dieu radicalement différent de tout ce qu’on pouvait et peut imaginer.

Mais Dieu finalement, le seul qu’on puisse aimer.

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 23:01

Evangile de Jésus Christ selon St Luc ( 24, 36-49)

Comme ils en parlaient encore, Lui-même était là au milieu d'eux, et Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit.

Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n'a pas de chair ni d'os, et vous constatez que j'en ai. »

Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds.

 Dans leur joie, ils n'osaient pas encore y croire, et restaient saisis d'étonnement.

Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé.  Il le prit et le mangea devant eux.

Puis il déclara : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : Il fallait que s'accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »

Alors Il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures.

Il conclut : « C'est bien ce qui était annoncé par l'Écriture : les souffrances du Messie, Sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en Son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C'est vous qui en êtes les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que Mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus d'une force venue d'en haut. »

 

* Un geste et une parole de reconnaissance

A Emmaüs , un geste, la fraction du paix, ici à Jérusalem, une parole, la paix soit avec vous.

Arrêtons-nous à ce geste, à cette parole car ce sont les signes du Ressuscité. Ses signes pour se faire reconnaître à nous encore aujourd’hui. Regardons les lieux de paix, les moments de paix, de nos vies, de nos proches, du monde et contemplons Jésus ressuscité présent par la paix donnée. Regardons les pacifiques que nous connaissons, de près ou de loin et contemplons Jésus ressuscité présent par la paix donnée. Regardons-nous aussi, nous-mêmes, dans nos gestes de paix, nos paroles de paix et contemplons Jésus ressuscité présent par la paix donnée. Et faisons de même avec les lieux, les moments, de partage pour y contempler aujourd’hui Jésus ressuscité, là,présent par le pain rompu pour être partagé.

 

* Ouvrir à l’intelligence des Ecritures

Ce passage est une reprise quasi mot à mot des paroles de Jésus aux disciples d’Emmaüs et un même acte, celui de les ouvrir à l’intelligence des Ecritures. Il est pédagogue et interprète les Ecritures  qui nous parlent de Lui.

Nous aussi, avec Jésus repassons dans notre mémoirequelques textes de l’Ecriture qui parlent de Lui :

Comme par exemple Joseph vendu par ses frères. Texte qu’on lit en carême car Joseph est figure du Christ vendu pour trente pièces d’argent. Suzanne, accusée injustement, car elle est figure de Jésus, l’innocent condamné. Le serviteur souffrant dans le livre d’Isaïe car il n’a plus visage d’homme. Il est figure de Jésus qu’on humilie, qu’on défigure, la croix de toutes les injustices. Mais ces trois figures de l’Ancien Testament nous disent aussi la Résurrection. Joseph sauveur de ses frères, Suzanne reconnue innocente, le Serviteur qui justifie les multitudes. C’est la résurrection de toutes les victoires de la vie.

Et dans l’écriture de nos vies, quels sont les passages de la mort à la vie ?

 

* Regardons le Dieu qui se révèle ainsi

L’intelligence des Ecritures, c’est l’intelligence de Dieu. Dieu d’infinie proximité. Dieu avec nous. Dieu crucifié, mort de mort violente et injuste. Cette mort dénonce toute injustice. Le Dieu crucifié, Dieu victime de l‘injustice est jugement et dénonciation de toute injustice. Par la croix qui est « le jusqu’au bout de la proximité », Dieu souffre. S’il n’était pas ce Dieu-là, Dieu resterait distant, froid, silencieux.

Jésus par sa vie et sa mort donne accès à ce Dieu-là. Cela permet de mettre en question la doctrine de la toute-puissance de Dieu. Doctrine non crédible pour l’homme d’aujourd’hui. La toute-puissance que Dieu possède et manifeste dans le Christ est la toute-puissance de l’amour souffrant. Et la Résurrection est promesse d’un avenir ouvert pour tous, d’un accès à Dieu dans le définitif de nos vies …

Laissons Jésus nous ouvrir à l’intelligence profonde de Sa mort et de Sa Résurrection et à la révélation de Dieu qu’Il nous donne.

 

* « Demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut."

Ce « demeurez » est parallèle à l’ordre que l’on trouve dans Actes 1,1-14 :

« Il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem mais d’y attendre ce que le Père avait promis … Vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ». Sur cet ordre de demeurer, ils vont monter à la chambre haute « remplis de joie ».

Il s’agit pour nous aussi de répondre à cette invitation à « demeurer » dans  la chambre haute de ce  Cénacle qui n’est pas un lieu mais une attitude intérieure.

Entrons dans une écoute de la Parole, entrons dans un éveil de la vie profonde, entrons dans l’accueil d’un don, entrons dans une vie animée par l’Esprit de Jésus.

Laissons-nous inviter doucement à entrer dans ce « demeurer », temps de gratuité, temps pour goûter simplement le fait de vivre et d’être aimé.

 

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