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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 15:35

Voici une 3ème invitée de mon blog. Merci à Cathy de nous partager le fruit de sa méditation sur Jésus perdu et retrouvé au Temple parmi les docteurs. Elle nous offre une manière originale de contempler une scène évangélique. Elle entre dans le texte, elle y est, contemporaine de ce qui se passe, à tel point qu’elle devient un des personnages qu’elle appelle « le petit serviteur indigne ».

 

Méditation sur les premières paroles de Jésus au Temple : Lc. 2, 41-52.

 

La joyeuse fête de la Pâque est terminée. Chacun retourne chez soi, Marie est Joseph aussi mais...Jésus reste. Le petit serviteur indigne est perplexe. Comme il a décidé de suivre Jésus le plus près possible il reste aussi, mais il n'est pas très d'accord avec ces cachotteries vis à vis des parents ! Rentrant en lui-même il rétablit le calme et fait confiance. Il comprendra plus tard. Le regardant, Jésus devine ses pensées, il lui explique qu'il a besoin de savoir des choses sur Dieu, le prend affectueusement par la main et le mène au Temple pour parler avec les maîtres de la loi. Le petit serviteur comprend que Jésus s'interroge sur lui-même, cherche à comprendre le sens profond de sa propre vie, ce que Dieu attend de lui. Il le suit, consentant.

 

Jésus et le petit serviteur marchent jusqu'au Temple. L'adolescent s'assit au milieu des rabbins pour parler avec eux. Le serviteur indigne reste en retrait, écoute avec les oreilles de son cœur. Il voit et sent que Jésus est tout entier dans ce qu'il est : écoutant, le petit serviteur contemple avec ravissement ce bel adolescent assoiffé de connaissance, de compréhension. Il pense aussi à l'inquiétude des parents, le voilà depuis trois jours à dialoguer avec les rabbins ! Trois jours d'enfouissement. Mais il fait confiance.

 

Marie et Joseph arrivent au Temple et voient leur enfant parmi les docteurs de la loi. Marie lui dit leur inquiétude à tous deux. Le petit serviteur indigne trouve que la réponse de Jésus est osée. Rentrant en lui-même, il réalise soudain que Jésus, durant ces trois jours d'immersion dans les Ecritures, a comprit qu'Il EST le Fils de Dieu ! Oh, le petit serviteur en est tout bouleversé ! Quelle grâce immense d'être avec lui, d'avoir entendu et vu cela ! D'être son ami intime puisqu'il est aussi dans le secret. Jésus tente de dire à Marie et à Joseph ce qu'Il a senti, touché au plus profond de son cœur d'adolescent. Spontanément il leur confie son secret : « être aux affaires de mon Père ». Les parents ne comprennent pas bien cet adolescent si mûr pour son âge. Le petit serviteur indigne voit à leur attitude qu'ils ont perçu quelque chose de ce mystère de cette filiation divine. Les parents respectent le cheminement intérieur de leur fils. Marie comprend intérieurement qu'il doit trouver lui-même son chemin. Elle l'aide par sa présence vigilante, aimante, humble, forte.  Il sait qu'il peut compter sur elle à tout moment. Le petit serviteur voit que Jésus prend modèle sur elle et sur Joseph : tout Fils de Dieu qu'il est, adolescent puis jeune adulte, Il reste humble et obéissant dans l'amour filial.

 

Comment puis-je suivre le Christ « le plus près possible » dans ma vie quotidienne ?

Quand j’entends : « être aux affaires de mon Père », ce Père qui est aussi le nôtre : quelle résonance en moi ?

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 17:48

Une autre conception de la Révélation

 

La lettre encyclique Mulieris dignitatem est traversée par deux manières d’interpréter la Bible. La première est herméneutique. On la voit à l’œuvre dans son commentaire d’Ep5 au numéro 24. D’abord elle rompt avec un commentaire littéral de la soumission féminine au mari pour y substituer une soumission réciproque et  prend acte que cette soumission féminine

« si profondément enracinée dans les mœurs et la tradition religieuse du temps, doit être comprise et vécue de manière nouvelle, comme une soumission mutuelle dans la crainte du Christ »( MD 24)

Ensuite, elle reconnait que ce qui relève de l’ordre de la révélation, est la soumission de l’Eglise au Christ, mais que la soumission unilatérale de la femme à son  mari n’est pas de l’ordre de la révélation.

Il y a aussi, plus étonnant, dans ce numéro 24, la reconnaissance que dans les écrits apostoliques, il y a à la fois du nouveau et de la persistance de l’ancien.

« Par rapport à l’  ‘ancien’, c’est là évidemment une  ‘nouveauté’ ; c’est la nouveauté évangélique. Nous rencontrons plusieurs textes où les écrits apostoliques expriment cette nouveauté, même si l’on y entend aussi ce qui est  ‘ancien’, ce qui s’enracine dans la tradition religieuse d’Israël, dans sa façon de comprendre et d’expliquer les textes sacrés comme par exemple le chapitre 2 de la Genèse »( MD 24)

Parmi ces textes du Nouveau testament marqués par l’ ‘ancien’ et donc qui n’ont pas été rejoints par la nouveauté évangélique, l’encyclique donne dans sa note 49, les références de textes défavorables aux femmes comme 1Tm2/11-15 qui prône leur silence en toute soumission pendant l’instruction, leur incapacité à enseigner, fondée sur la primauté d’Adam créé en premier, sur la faute qui revient à Eve seule, et leur salut acquis par sa maternité. Egalement 1Co11 /3 qui affirme que le chef de la femme, c’est l’homme ; en 1Co11/7 où il est dit que seul l’homme est image de Dieu, la femme étant seulement le reflet de l’homme , toujours avec la même raison d’une création d’Adam en premier, Eve tirée de lui. La femme créée pour l’homme et non « bien sûr » l’homme pour la femme.

On ne peut que se réjouir que ces textes néo-testamentaires qui ont fait tant de mal aux femmes, soit considérés comme « anciens et non rejoints par la nouveauté évangéliques » dans cette note 49. Cela s’explique par la difficile émergence de la nouveauté évangélique, son long travail dans les consciences et cela situe bien l’accueil de la révélation dans une histoire.

La Constitution dogmatique sur la révélation divine, Dei Verbum, du Concile Vatican II avait déjà admis que dans les textes de l’Ancien testament, il y avait des choses provisoires et imparfaites(« Ces livres, bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du caduc, sont pourtant les témoins d’une véritable pédagogie divine » CONCILE VATICAN II, Constitution dogmatique sur la révélation divine  n°15, Cerf, 1967) Ici, dans cette Lettre encyclique, l’auteur admet que dans le Nouveau Testament aussi peuvent subsister des traces de ce qui est « ancien », non encore transformé par la nouveauté évangélique.

 

 C’est une interprétation de l’Ecriture, qui, comme le montre J.L Segundo, dont je vais présenter la pensée(J.L. SEGUNDO, Qu’est-ce qu’un dogme ?, Cerf, 1992, Collection Cogitatio fidei 169), est un apprentissage à penser à partir de textes qui ne sont pas homogènes, différents ou même contradictoires.( Par exemple Ga 3/26-29 contradictoire avec 1Co11/13) Apprentissage à penser à partir de crises qui remettent en cause des convictions et des pratiques et font advenir une autre manière de comprendre et d’agir. Il est significatif que l’auteur de ce n°24 cite Ga3/26-2. Il n’y a plus dans le Christ, ni homme, ni femme. De même il n’y a plus ni esclave, ni homme libre reconnaissant que ce dernier principe a mis du temps avant d’être admis et que son application est loin encore d’être réalisé.( Il faut attendre 1839 pour qu’un pape condamne officiellement l’esclavage Grégoire XVI, In suprémo Pour l’ensemble de la question de Droits de l’homme, voir J.M. AUBERT, Les Droits de l’homme interpellent les Eglise, Le Supplément, 1982, n°141 p 149 à 177) Cette perspective reconnait l’histoire comme lieu de progrès, lieu d’une pensée qui surmonte les immobilismes.

 

Mais il y a dans l‘encyclique une autre manière de lire la Bible, sa symbolique allégorique qui privilégie une image à l’exclusion d’autres ( Dieu époux et l’Eglise épouse, alors qu’elle peut être dite aussi peuple de Dieu, temple de l‘Esprit, corps du Christ, donc ici au-delà d’une posture conjugale et féminine). Ces deux manières coexistent dans la lettre encyclique mais la seconde est privilégiée. Elle seule surtout est déterminante du rôle différencié des femmes et des hommes au niveau institutionnel. La première tient compte de l’histoire et de son ouverture au changement, la seconde fonde un statu-quo dans l’éternel dessein de Dieu.

Cependant cette première manière ouvre une brèche dans cette pensée statique. La réflexion théologique de J.L. Segundo va nous permettre d’aller plus loin dans une manière de considérer la révélation non comme un bloc monolithique valable en tout temps et en tout lieu mais comme apprentissage à penser.

 

Pour cela, dans son livre Qu’est-ce qu’un dogme Segundo  distingue deux modèles différents pour penser la Révélation. D’abord le modèle iconique qui exposant en récits, en image, renvoyant à des questions existentielles, donnant à penser, est processus de recherche. Le second est digital. Digital au sens d’une vérité que l’on peut désigner du doigt, de l’ordre d’un dépôt. Il suppose que Dieu a déposé dans un contenant qui serait la Bible des vérités à croire et des normes à pratiquer. Vérités et normes qu’il suffirait d’extraire de cette « carrière » biblique. Ce travail d’extraction étant le fait de la Tradition qui au long de 20 siècles aurait peu à peu mis à découvert ce qui y était contenu, c'est-à-dire une information correcte une fois pour toutes, et pour toutes les questions, dans tous les contextes.

Il me semble que, dans la lettre encyclique,  la nouvelle manière de comprendre la soumission réciproque de Ep 5 relève du modèle iconique, tandis que la manière d’absolutiser la symbolique Epoux/épouse comme paradigmatique du masculin et du féminin, relève du digital.

Ce dernier modèle se heurte à une difficulté majeure : la divergence dans la Bible, de théologies, leurs variétés qui n’est pas toujours conciliables, leurs diversités qui évitent d’enclore dans une seule perspective, dans le domaine de la foi comme dans celui de la morale. Pour le premier Testament. Il suffit de rappeler la foi ou la non-foi en la vie éternelle. Deux théologies qui s’affrontent encore au temps de Jésus et dont on a trace dans l’opposition entre pharisien et sadducéens(Par exemple en Mt 22/23…34). Egalement le conflit doctrinal sur la question de la rétribution. La richesse, la longue vie, la santé, le bonheur sont-ils des marques de bénédiction de Dieu en récompense d’une vie vertueuse ? Oui pour certains textes. Non pour d’autres(Par exemple Si1/13 s’oppose à la proclamation d’innocence de Job, Jb13/18). Le non le plus violent étant la révolte de Job qui proclame son innocence au cœur même de sa souffrance morale et physique. Egalement le problème à la fois politique et religieux de la royauté. Est-ce une institution voulue par Dieu ou au contraire une offense à Dieu qui est le seul roi d’Israël ? Sur ce point les textes bibliques s’opposent entre monarchistes et antimonarchistes.( Par exemple 1S 8 et 2S 7)  Dans un registre moins conflictuel, les deux textes de la création en Genèse comportent, nous l’avons vu, deux anthropologies qui sont loin d’être conciliables.

Devant ce constat de divergences, de théologies différentes, une question se pose. Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est parole de Dieu, inspiré par lui ? Mais surtout pourquoi dans cette Bible, y-a-t-il cette juxtaposition de position inconciliables. Pourquoi,  in fine, les rédacteurs n’ont-ils pas pris position en ne gardant qu’une des positions ? On peut répondre par le respect de  récits plus anciens mais un respect qui n’empêche pas d’en ajouter d’autres qui les corrigent ou même les contestent. Mais surtout, nous avons là le signe d’une conception particulière de la vérité. Non pas une vérité éternelle, anhistorique, monolithe, absolutisée,  mais une vérité qui se cherche dans les méandres de l’histoire humaine, qui s’approfondit  grâce à des crises, quand les réponses anciennes ne sont plus audibles, quand l’expérience vient les contredire de telle sorte  qu’elles ne sont plus satisfaisantes. Une vérité qui se cherche et qui ne s’arrête pas à un moment donné. Les  réponses anciennes et nouvelles sont gardées comme mémoire d’un cheminement de pensée, comme anamnèse d’une résolution d’une crise. Elles sont là toutes deux pour « apprendre à penser ». Apprendre à penser est un des concepts- clé de la théologie de la révélation que développe Segundo.

 

Le concile Vatican II s’approche de ce modèle en parlant de pédagogie divine, d’aspect provisoire et incomplet de la première alliance : « Ces livres, bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du caduc, sont pourtant les témoins d’une véritable pédagogie divine ». (DV 15)De ce fait, on ne peut plus parler de Dieu comme « unique auteur »( Contrairement à la position du Concile de Trente DZ 783) de la Bible car comment Dieu pourrait-il parler de manière imparfaite et caduque ? (Dèjà Divino afflante Spiritu de Pie XII en 1943 avait rompu avec cette conception en demandant de tenir compte de l’auteur humain (DZ 2294) qui n’est plus un secrétaire qui écrit sous la dictée mais qui est libre, créateur et limité par les connaissances et les instruments de son époque , limité et conditionné.)La constitution Dei verbum prend acte qu’il faut parler d’auteurs bibliques comme de « vrais auteurs » (DV 11) qui ont écrit selon des genres littéraires différents, «  en des circonstances déterminées, dans les conditions de son temps, et l’état de sa culture » et selon «  soit des manières natives de sentir, de parler…soit de celles que l’on utilisait ça et là à cette époque dans les rapports humains »( DV 12)

Mais Segundo va plus loin dans la compréhension de cette pédagogie divine. Mettre  la pédagogie divine à la place de Dieu comme auteur, c’est comprendre Dieu comme auteur d’un processus éducatif à travers les méandres humaines. Les Livres bibliques relatent ce processus éducatif. L’existence dans les textes de « choses provisoires et imparfaites » et contradictoires ne fait plus d’eux la dictée d’une vérité absolue. Ces faiblesses portent sur des capacités intellectuelles, des conditionnements des ignorances venant de leur société de leur culture et touchant à des facteurs décisifs de l’existence, sources d’attitudes et d’actions.

Mais ce côté provisoire et imparfait est considéré par Segundo comme positif. C’est la part d’erreurs de ce provisoire et de cet imparfait qui peut faire entrer en crise la connaissance antérieure. Parce que l’erreur et sa rectification font partie intégrante  de tout processus de connaissance  profonde et mûre de la vérité. De ce fait, il est possible de créer des hypothèses qui permettent de trouver des réponses plus adaptées. Le plan divin ne consiste pas à distribuer une information correcte une fois pour toutes, mais à faire avancer un processus éducatif où l’on apprend à apprendre à partir d’affirmation provisoire.

Segundo nous montre ainsi une profonde conception de la vérité et de l’erreur. L’erreur fait partie de la manière humaine d’accéder à la vérité,  vérité capable d’affronter des crises. Les crises permettant d’élaborer de nouvelle hypothèse, posant un problème nouveau qui remet en chemin de recherche. Les crises sont génératrices de découvertes nouvelles.  Chercher la vérité passe par la découverte du non-vrai , du non totalement vrai, de l’insuffisamment vrai, du partiellement erroné face à une réalité qui pousse vers une vérité plus grande. La recherche de la vérité passe par l’essai et l’erreur. Une erreur expérimentée, reconnue, rectifiée. Ce passage est le composant d’un processus d’intériorisation de la vérité. Sur le chemin, donc,  jalonné de choses imparfaites et provisoires ( comme pour tout processus éducatif), nous pouvons avoir accès à une vérité toujours plus grande et une richesse de sens toujours plus profonde pour notre existence.

Pour Dei Verbum, ces choses provisoires et imparfaites de la Bible ne concernent que l’Ancien Testament. Cela veut-il dire que le Nouveau en est exempt ? Si nous répondons par l’affirmative, cela veut dire que Dieu aurait changé de méthode nous dit Segundo. Nous n’aurions plus avec le Nouveau Testament une pédagogie mais des informations  parfaites, invariables mettant fin au processus de recherche pourtant inhérent à l’expérience humaine. (DZ 2021)Parce qu’avec Jésus nous aurions un accès à la révélation immédiat et personnel de la vérité, que pourrait-il y avoir de nouveau, après lui,  qui justifierais encore une recherche ?( L’interprétation du choix par le Christ de 12 hommes  (viri)  comme apôtres à l’exclusion de femmes , relève de cette conception d’une une vérité éternelle, anhistorique, monolithe, absolutisée.  Sur la question du choix des 12, voir J.MOINGT, Sur un débat clos, Revue de Sciences Religieuses, 83/3, 1994,    ) Face à cette question, deux conceptions s’opposent. La première dit oui, il n’y a plus rien à chercher, il y a seulement à  conserver et à propager la vérité possédée, seulement à mieux l’expliquer, à en donner des définitions plus précises. L’incarnation, dans cette conception est conçue comme fin effective de l’histoire.( « L’histoire…a une fin…le christianisme est cette fin : le Christ s’est présenté comme venant à la fin des temps et comme introduisant le monde définitif…L’histoire n’est plus qu’en sursis » dans Jean DANIELOU, Essai sur le mystère de l’histoire, Cerf, 1982, p 14 et 23. Cité et critiqué par J.L. SEGUNDO , Qu’est-ce qu’un dogme, Cerf, 1992, collection Cogitation fidéi n°169, p 237, pour donner un exemple d’une théologie qui clôt l’histoire avec la venue du Christ.) La deuxième dit non, et c’est l’option de Segundo, pour deux raisons. D’abord l’incarnation ne fait pas interrompre le processus qui pousse l’homme à chercher. Ensuite comment la plus haute autocommunication de Dieu qu’est le Christ nous ferait cesser de penser, nous ferait abandonner notre aventure créatrice en quête de vérité ? Cette recherche de la vérité fait partie de la maturité dont nous parle Paul. Les hommes de la maturité sont des héritiers capables de construire du neuf, d’avoir des projets de liberté. Pour cela  la réalité histoire ne doit pas être  parvenue à son terme. Il y a donc dans la manière de recevoir le Nouveau Testament une façon d’avancer aussi,  à travers et grâce à des crises,  vers des données encore inconnues.

Ce processus vers la vérité qui continue après Jésus peut s’appuyer sur Jn16/7 : « Il vaut mieux pour vous que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous » et sur Jn 16/12-13 : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand il viendra, l’esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité toute entière ; car il ne parlera pas de lui-même ; mais tout ce qu’il entendra, il le dira, et il vous annoncera les choses à venir. »

La Vérité incarnée qu’est le Christ continue de se dire après sa manifestation historique. Elle ne s’arrête pas à cette manifestation historique. Segundo cite pour cela St Augustin qui commente ces versets de Jean en écrivant : « Même le Seigneur en personne, en tant qu’il a daigné être notre chemin, n’a pas voulu nous retenir mais passer »( St AUGUSTIN,  De doctrina christiana I,1 ch 34; Œuvres, DDB,  vol XI p 226 ; cité par J.L. SEGUNDO p241 et 308 dans Qu’est-ce qu’un dogme ?). La vérité qu’est le Christ nous met en chemin vers la vérité. La pédagogie divine continue donc tout au long de l’histoire humaine avec l’Esprit Saint pour guide dans sa fonction éducatrice.

Le Christ n’a pas voulu nous retenir mais passer. Il est donc passé dans cette culture qui aujourd’hui n’est plus la nôtre. La manière dont le Nouveau Testament en rend témoignage relève comme pour l’Ancien Testament de la faiblesse humaine qui produit de l’imparfait et du provisoire (Dei Verbum 15 ). Mais loin de s’en désoler, il nous faut l’accueillir comme une marque du sérieux de l’incarnation de la vérité dans le temps.

Cette fonction éducatrice et créatrice de l’Esprit Saint, se découvre déjà à l’intérieur même du Nouveau Testament par la variété des langages de la foi. La reconnaissance de cette pluralité a d’importantes conséquences. Si cette pluralité existe dans le Nouveau Testament, cela légitime la pluralité des théologies dans l’histoire et pour aujourd’hui. On peut donc sortir légitimement d’une conception de la vérité monolithe et intemporelle.

Paul, par exemple, ne fait référence à aucun acte de Jésus, à aucune de ses paroles, il en parle de manière complètement nouvelle. Il n’invente pas mais il crée une théologie qui le fait découvrir d’une tout autre manière. Il en a lui-même conscience quand il écrit :   « Même si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi à présent»( 2 Co 5/16). Ce faisant il applique ici son  principe de la suprématie de l’esprit sur la lettre. De même l’auteur de l’Epître aux Hébreux , prendra lui aussi la liberté d’en parler avec un vocabulaire encore différent en disant par exemple que le Christ est l’unique grand-prêtre, un titre que les Evangiles ignorent complètement. Les communautés primitives, auteures des Evangiles sont aussi des créatrices, puisqu’elles vont écrire les Evangiles à la lumière de la résurrection. Enfin l’annonce de la foi, telle que relatée dans les Actes, va opérer un déplacement significatif, qu’on peut résumer ainsi : déplacement du royaume à la personne de Jésus, de la thématique du royaume à la thématique de Jésus-sauveur, de l’histoire à l’eschatologie imminente.

L’Evangile de Jean est aussi un bon exemple de créativité. Il raconte Jésus avec les mots, les concepts, les problématiques de ceux à qui il s’adresse. Il nous faut à notre tour faire preuve de la même créativité en répondant à d’autres problématiques. Continuer le processus avec lequel il a pensé, c'est-à-dire à partir de lui, apprendre à apprendre. Ce dialogue de Jean avec la culture de son temps a beaucoup  à nous apprendre. Mais il faut l’interpréter à l’intérieur  de ses limites, les dépasser et aller vers l’aujourd’hui de notre histoire et de nos cultures.

Qu’est-ce qui peut nous permettre de  faire cela ? Selon quel critère de discernement ?

 

Ceci au détriment du noyau historique central du message des béatitudes comme  priorité du cœur de Dieu, ce qu’il veut, les valeurs qu’il apprécie : que la pauvreté cesse, que ceux qui pleurent puissent rire, que ceux qui ont faim puissent être rassasiés. Tache confiée aux hommes, tâche à assumer en comprenant l’intention de Dieu et en  se faisant collaborateur de son désir.  

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 23:21

Adam dans un monde déjà marqué par le mal: analyse de L.Basset


1-Adam, l’humain masculin dans un texte qui décrit le mal déjà là

Litta Basset introduit un autre élément d’herméneutique qui me semble encore plus vigoureux : aucun texte biblique n’est écrit avant le péché ! Même un texte qui parlerait d’un temps avant le péché ! Elle écrit : « L’auteur du texte parle à partir du monde où il vit, un monde indissociable du mal, un monde où le mal va tellement de soi qu’on ne le mentionne pas, pas plus qu’on ne mentionne le non respect dont la femme est l’objet. En effet, le non-respect de la femme dans le texte suffit à attester que le mal est là dès les origines, indépendamment du drame du jardin. » (L.BASSET, Guérir du malheur, Albin Michel, 1999, p 267) Beaucoup de femmes, aujourd’hui dans le monde, peuvent voir dans Gn 2-3, une situation qui malheureusement est la leur. Ce principe herméneutique rejoint celui de Paul Ricoeur dans sa si belle interprétation du péché originel :

« Le mythe adamique révèle en même temps cet aspect mystérieux du mal, à savoir que si chacun de nous le commence, l’inaugure…chacun de nous aussi le trouve, le trouve déjà là, en lui, hors de lui, avant lui. Pour toute conscience  qui s’éveille à la prise de responsabilité, le mal est déjà là ; en reportant sur un ancêtre lointain, l’origine du mal, le mythe découvre la situation de tout homme : cela a déjà eu lieu. »( P.RICOEUR , Le conflit des interprétations, Paris, Seuil, 1969, p 280)

Pour lui, ce texte n’explique rien mais exprime l’expérience humaine. Il est parole de Dieu en tant que :

«Pouvoir révélant concernant la condition humaine dans son ensemble …Quelque chose est découvert, descellé, qui sans le mythe serait resté couvert, scellé. »( P.RICOEUR, idem p279)

Cette fonction du mythe qui découvre et descelle peut se comprendre de manière vivante. Ce n’est pas une fois pour toutes qu’il permet de découvrir et de desceller. Sa fonction de découverte peut être aujourd’hui neuve et nous ouvrir à une compréhension encore jamais mise à nue.

C’est à cela que se livre Litta Basset en disant que le mal est à l’intérieur du texte même. Ceci, non pas pour justifier la hiérarchie des sexes mais pour la dénoncer et permettre au texte d’être un révélateur du mal au féminin. En ce sens il peut révéler du neuf, dévoiler du caché, desceller ce qui était encore scellé.

 

2-Descriptif du mal déjà là

Ce mal, Litta Basset le décline en plusieurs points (L.BASSET, Guérir du malheur, Albin Michel, 1999, p 268 à 272) : Dans ce texte, l’Adam masculin est conçu comme le seul interlocuteur de Dieu (dans le texte, Dieu ne s’adresse à la femme que pour lui signifier sa faute). La femme est décrite comme faite pour l’homme: tirée de lui, faite pour lui, référée à lui, son être ne se conçoit qu’en fonction de l’humain masculin. Etre la femme d’un homme semble être sa vocation et sa raison d’être.  L’Adam masculin est associé au pouvoir créateur de Dieu pour qui nommer, c’est faire exister. Les animaux sont nommés selon lui et pas selon elle. Sa vision et sa nomination masculines sont posées comme universelles sans avoir besoin de celles de la femme. L’Adam masculin proclame le nom de la femme comme il l’a fait pour les animaux, donc induisant un droit de souveraineté sur elle. Quand, dans le texte, la femme apparaît seule (non référée, on pourrait dire « déliée » du masculin,) cela est décrit comme une catastrophe. En quelques versets est décrit un sexisme de tous les temps : femme sensuelle, jalouse, déficiente. L’Adam est celui qui se croit seul : les quatre « je » de Gn3/10. Ainsi dans ce jardin règne déjà le mal sous la forme de la  non-considération de la femme comme personne à part entière. Ce monde du texte est de tous les temps. Cette exclusion du féminin, cette dévalorisation, cette instrumentalisation sont exemplaires de toutes les formes d’exclusion de l’autre.

Alors comment ce texte peut-il être Parole de Dieu ? Il l’est comme descriptif du mal dont les femmes sont victimes. C’est un texte de révélation de ce mal. Il révèle un mal occulté. Cependant si bien occulté qu’il faut attendre vingt siècles pour qu’une théologienne comme L.Basset et d’une autre manière comme A. Wenin,  puissent l’exposer.

Pourquoi aujourd’hui peut-on faire ces lectures tellement différentes de celles qui ont eu cours jusqu’à maintenant ?

 

3- Elément d’herméneutique : la chance d'un écart

Une des réponses possibles consiste à dire que le monde du lecteur de ce  texte aujourd’hui n’est plus le même que celui de son auteur et des commentateurs anciens. Expliquons-nous en citant Daniel Marguerat et Yvan Bourquin. En amont d’un texte, il y a le monde expérimenté par l’auteur et en aval, le monde où vit le lecteur.

« Pour que la lecture soit une authentique expérience, il faut que le texte ne coïncide pas en tous points avec le monde du lecteur. Si monde du récit et monde du lecteur sont superposables, alors la lecture ne dégage qu’un effet de miroir. Le lecteur se retrouve lui-même. En revanche, plus la distance est forte entre récit et lecteur, plus le retour au monde du lecteur sera fécond d’interrogations…Contre toute appropriation immédiate du texte, il faut insister avec Ricoeur, sur l’altérité comme dimension fondamentale du rapport au texte…Cette remarque est de grande importance pour la lecture biblique. Elle fait prendre conscience que l’éloignement (historique, culturel) des textes bibliques, s’il est un handicap pour une actualisation immédiate, fonctionne en réalité comme condition de possibilité d’une authentique quête de signification. Il faut postuler une étrangeté du texte face au monde du lecteur qui fait de la lecture une opération de dé-contextualisation et de re-contextualisation »( D.MARGUERAT et Y .BOURQUIN, Pour lire les récits bibliques, la Bible se raconte, initiation à l’analyse narrative Cerf-Labor et Fides-Novalis, 2002, p. 180 et 181)

Jusqu’à récemment, ce texte, en ce qui concerne le rapport du masculin et du féminin,  a fonctionné comme miroir : le monde patriarcal du lecteur était le monde patriarcal de l’auteur : aucune distance, l’un approuve l’autre et réciproquement ! C’est seulement la situation de l’écart qui peut être  la nôtre maintenant,  qui peut faire surgir un questionnement nouveau, une compréhension nouvelle.

Ce miroir a fonctionné pendant vingt siècles où notre question de l’Adam masculin n’en était pas une mais était une évidence, une certitude et une justification de subordination du féminin au masculin.

 

Ces deux lectures, celle d’A.Wenin et celle de L.Basset, dans leur différence même permettent d’interroger la pertinence de la typologie sur laquelle s’appuie Mulieris dignitatem.

Adam, autant féminin que masculin permet de mieux comprendre que le Christ nouvel Adam « manifeste pleinement l’homme (homo) à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » ( GS 22,§2) et inclut donc les femmes comme les hommes dans cette typologie et ne les exclut donc pas.

Adam au masculin seulement dans un monde où le mal est déjà là, permet de ne pas légitimer une typologie qui met le masculin du côté du Christ à l’exclusion du féminin car elle fait perdurer une inégalité incluse dans le texte même comme situation de péché.

 

 

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 00:17

Voici le 2ème texte de Katrin Agafia. Merci de nous faire partager son  commentaire de la fin du chapitre 8 de saint Marc.

 

Préférez-vous être cru ou être aimé ? Il y a toutes les chances que vous me répondiez être cru… Comment peut-on m’aimer si au départ on ne me croit pas… Quelle souffrance,  que  de se heurter à un  silence poli, quand il s’agit d’exprimer ce qui nous tient à cœur.

 

Jésus en fait lui aussi la douloureuse expérience. Il annonce le Royaume de toutes ses forces et ses amis sont préoccupés de ce qu’ils vont manger… il se sent seul et incompris : (en Marc 8, v 18) « vous avez des yeux et ne voyez pas ? Des oreilles et n’entendez pas » et plus loin (au v 21) « vous ne comprenez toujours pas ! ». Cela me fait penser à toutes les fois où nous disons à nos proches : «  Mais tu  ne vois  rien, tu ne comprends vraiment rien »…

Quel est donc ce message qui tient tant au cœur du Christ ? Il touche à notre façon de voir ou de concevoir Dieu…

 

Il y a très longtemps, un homme, nommé encore Abram, quitte son pays en réponse à un appel reçu de YHWH…A cette confiance donnée, Dieu répond par une promesse : (Genèse 11 v6) «  A ta semence, je donne ce pays. Abram construit un autel pour YHWH, qui s’est fait voir à lui »…Et plus loin, après avoir compris que ce Dieu ne désire pas le sacrifice de son fils Isaac, Abraham donne un nom au lieu du sacrifice :(Genèse 21, v6) « Abraham appelle ce lieu YHWH-voit. Ce lieu dont on dit aujourd’hui : sur la montagne, YHWH est vu ».

 

Dans un autre livre de la Bible, Job, après avoir tant vociféré contre Dieu, s’exclame : (Job 42 v 5) «  Je te connaissais par ouï-dire, maintenant que mes yeux t’ont vu, je me dissous, je me console  dans la poussière et la cendre » et plus loin au v 9, « YHWH relève la face de Job »

On pourrait prendre encore de nombreux exemples de ce type dans l’Ancien Testament.

Abraham, et Job, passent d’une image qu’ils se font de Dieu à une expérience avec Dieu. De cette expérience, ressort à chaque fois l’idée qu’ils ont vu Dieu ; dans le sens où ils ont compris un peu du visage de Dieu (en hébreu, on parle des faces de Dieu, au pluriel) : un Dieu de promesses, un Dieu tourné résolument vers la vie, un Dieu qui tient bon et relève toujours l’homme…Ce visage désormais, habite, imprègne, le cœur d’Abraham, de Job…Et l’image se transforme en  un lieu que Dieu habite et où Il se déploie.

 

Et c’est bien de ce Lieu-là, dont le Christ est  dépositaire.

Alors (en Marc 8 v22) malgré l’incompréhension, Jésus persiste : Il  touche un aveugle,  lui prend la main, l’entraîne hors du village et crache sur ses yeux pour que lui aussi, comme Abraham, comme Job,  il vive  une expérience de foi, de confiance, qui l’amène à Le voir Lui, le Christ. Au-delà de l’aveugle,  c’est bien chaque Homme qui est  ainsi amené par le Christ vers ce Lieu.

 

Quand ensuite, Jésus lance un sondage sur Sa personne, on se retrouve confronté une nouvelle fois à Son humanité, souffrant de ne pas être cru, compris… Il aimerait tellement que Sa parole soit entendue… Il est impatient devant la lenteur de ses amis... « Mais vous, qui dites-vous que je suis ? ».  Et de nombreuses interrogations  se dégagent de cette question: Que comprenez-vous de Moi ? Qui voyez-vous en Moi ? Etes-vous suffisamment solides dans votre foi pour accueillir  ce que je vais vous dire, ce que je vais vivre ? Etes-vous capables d’accéder avec Moi, à ce Lieu où Dieu se tient ?

Pierre, « en premier de la classe », donne aussitôt la bonne réponse : « Tu es le Christ ! ». On peut imaginer Jésus rassuré de se sentir reconnu pour ce qu’Il est… Confiant, Il se met alors à enseigner, à ouvrir un chemin, qui mènera à la Croix puis  à la Résurrection. Il ose déplacer les conceptions et les images qui entourent l’idée de Dieu chez ses  contemporains. Et ce n’est pas sans mal. Arrêtons-nous quelques instants pour comprendre de l’intérieur ce que dit Jésus :

Dans quelque temps,  Pilate dira «  Voici l’Homme »  devant le Christ défiguré. L’homme, seule image explicite  de Dieu que la Bible nous dévoile (« Dieu dit faisons un Adam à notre image comme à notre ressemblance » Genèse 1 v 26). En Christ, «  Voici l’Homme », par excellence : un homme, torturé, humilié  essence même de Dieu : en Christ, voici Dieu. Folie de Dieu au vu de la sagesse des hommes ou sagesse de Dieu qui se fait proche nous, pour devenir  Lui-même ce Lieu où la rencontre est possible. Et  Il  s’y révèle grand par Son impuissance, lumineux par Sa fragilité, infiniment présent par son silence. Ce n’est plus Jésus qui vient toucher l’aveugle, c’est le Tout Autre qui se laisse toucher en ce lieu où même l’inavouable se dit.

 

Intenable pour Pierre… Et Jésus  de se retourner… (v33)  J’ose imaginer qu’un changement s’opère en Jésus à cet instant : ce qu’Il vient d’annoncer, sa mise à mort, il en  prend conscience. Non sans angoisse,  à ce moment, Il sait qu’Il y goûtera bientôt… Les mots ne suffisent plus… La croix deviendra le  Lieu où  s’expérimente la proximité, l’engagement de Dieu pour l’homme : ce n’est plus l’homme qui expérimente Dieu, c’est Dieu qui expérimente l’homme.

Mais ce Lieu-là n’est rien, s’il n’est pas traversé par une expérience de vie plus forte que la mort. Nos obscurités sont vides de sens, si elles ne peuvent s’appuyer sur la main indéfectible d’un Souffle de Vie. Retrouvons alors Pierre, quelque temps plus tard… Il court vers le tombeau vide…Il a vécu du dedans le temps de la croix, le temps de la séparation, de l’absence. « Il entre alors dans le tombeau. Il voit et il croit. ».Jean 20 v 8.

Il voit non seulement le linge, mais bien au-delà, comme Abraham, comme Job,  il voit un peu du visage de Dieu, Il accède à la rencontre du Vivant : Hamakom est un de ses noms en hébreu. Hamakom signifie le Lieu…

 

 

 

 

 

 

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 23:32

Pour écrire une autre Mulieris dignitatem, il est d’abord nécessaire d’interpréter autrement l’Adam du livre de la Genèse. Nous avons vu que la masculinité d’Adam a fondé dans la tradition, une différence de subordination. Cette même masculinité, dans la lettre encyclique, fonde une typologie qui associe le masculin à Adam et au Christ, et le féminin à Eve et Marie. D’autres lectures aujourd’hui sont possibles pour qui Adam signifie l’Humain,  ce sera la présentation que je ferai du livre d’André Wénin ou celle de Litta Basset pour qui l’Adam masculin ne dit pas une volonté de Dieu mais un mal déjà là.

Il est ensuite nécessaire de  développer une autre conception de la révélation, pour cela je présenterai la pensée de J.L. Segundo pour qui la Bible n’est pas une « carrière de normes », une vérité digitale mais une vérité iconique, pédagogie de Dieu qui nous apprend à penser à travers des crises pour dépasser des solutions provisoires.

Il est encore nécessaire aussi à partir de la foi au Dieu trinitaire, selon la pensée de J.Moltmann,  de tirer toutes les conséquences de la tri-unité de Dieu  qui soient libérantes pour les femmes et les hommes, car certaines images qui font de Dieu un tout puissant au masculin, ne peuvent que conforter une situation de suprématie du masculin sur le féminin.

Il est enfin nécessaire de développer une autre anthropologie différenciée mais non discriminante du masculin et du féminin, ce que je ferai avec C.Ducocq.

4ème  partie : A quelle condition un autre langage sur le féminin est-il possible ?

Une autre lecture de la figure d’Adam

Nous avons vu que dans la théologie chrétienne classique, le texte de Gn 2 a été interprété dans le sens d’une création de l’humain en deux étapes : d’abord masculine, ensuite féminine tirée du masculin, et où le nom d’Adam se réfère au seul masculin. En continuant de penser aux enfants, un garçon au catéchisme pourra immédiatement s’identifier à ce Glébeux sorti des mains de Dieu, à qui il s’adresse, qui est son interlocuteur, à qui il donne pouvoir de nomination. Si on le fait prier devant la sculpture de Chartres qui représente le Christ créant Adam, il y verra son visage d’homme. Pour la fille, cette identification ne sera pas immédiate. Parle-t-on d’elle aussi dans ce Glébeux ? Plus globalement nous l’avons vu y compris dans le Nouveau Testament, traduction et interprétation de ce texte se sont conjuguées au service d’une image infériorisée des femmes.  L’encyclique Mulieris dignitatem ne remet pas en cause cette interprétation de l’Adam masculin. Ce qui lui permet de fonder sa typologie Adam-Christ nouvel Adam et sa convenance masculine et Eve-Marie comme paradigme du féminin.

Aujourd’hui, certains exégètes apportent des interprétations de ces textes pour les rectifier  dans un sens qui n’est plus dévalorisant pour les femmes.  Je présenterai pour cela deux travaux, un chez le catholique, André Wénin pour y trouver une traduction et une interprétation qui cherchent à être non-discriminantes. L’autre chez une auteure protestante, Litta Basset qui prend acte dans son livre Le pardon originel, (L.BASSET, Guérir du malheur, Albin Michel, 1999, p 266 à 272 )que ce Glébeux dans le texte est bien de sexe masculin, mais en fait une interprétation non-discriminante.

 

Adam, figure de l’humain, homme et femme. Adam, autant femme que homme et le drame de l’un qui se prend pour l’origine de l’autre.

André Wénin, (A.WENIN, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain, Paris, cerf, 2007 et aussi : Vives femmes de la Bible, Bruxelles, Lessius, 2007   )traduit d’abord le mot Adam par  humain. Actuellement, dans la langue française, c’est ce que nous avons trouvé de mieux pour inclure féminin et masculin dans un même mot. Si nous adoptons cette traduction pour Gn 2-3, cela permet, dans une recherche d’anthropologie biblique, de décrire l’homme et la femme comme formé-es de la glèbe, recevant une haleine de vie, posé-es dans le jardin pour le garder et le travailler, entendant ensemble la parole d’ouverture à tous les arbres et celle de l’interdiction de l’arbre à connaître le bien et le mal.

« Et Adonaï Elohim modela ha ‘adam, poussière hors de ha’damah et il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’humain (ha’adam) devient un être vivant »( A.WENIN, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain, Paris, cerf, 2007 p 57)

Si nous suivons la lecture inclusive d’A.Wenin, le verset 18 du chapitre 2 peut cependant nous arrêter et rendre difficile l’inclusion du féminin et du masculin dans cet-te Adam.

Même si on traduit par : "Le Seigneur dit: il n’est pas bon que l’humain soit seul", on peut se demander qui était cet humain seul ? La réponse de l’auteur est de considérer Adam comme l’Humain dont l’être n’est pas encore différencié sexuellement.

« Il faut préciser ici que jusqu’ici, l’humain qu’Adonaï Elohim a façonné n’est pas un homme mâle, au contraire de ce qu’impose à l’imagination du lecteur tant l’interprétation traditionnelle que la force de l’habitude. L’hébreu parle en effet de ha’adam « l’être humain » dont le narrateur a précisé en 1/27, qu’il est créé mâle et femelle. C’est avec raison, selon moi, que les anciens commentaires juifs, l’imaginaient comme un être double, androgyne » ( Idem p 70).

L’interpréter ainsi (et non comme un Adam masculin) comporte un enjeu anthropologique important. Pourquoi ? Parce que, dans cette interprétation,  Dieu s’adresse à lui et à elle, fait de lui et d’elle un-e interlocuteur-trice,   donne à lui et à elle, un pouvoir de nomination. Dieu l’associe donc  à son pouvoir. En donnant un nom, il-elle en devient maître-maîtresse. (G.VON RAD, La Genèse, Genève, Labor et Fides 1968)Si Adam est toujours cet-te humain indifférencié-e sexuellement, ce pouvoir est potentiellement celui des deux sexes. Si c’est l’Adam uniquement masculin, une lecture fondamentaliste peut se servir, s'est servi et se sert encore de lui, pour introduire une image du masculin différente du féminin, dans le sens d’un pouvoir de gouvernement qui n’est donné qu’à l’Adam masculin. C'est en tout cas une lecture non avertie des exigences critiques d'une éthique de l'égalité homme-femme. Cette interprétation a prévalu pendant des siècles au point d’oublier ou d’occulter l’Adam mâle et femelle de Gn 1. Telle n’est pas l’interprétation que suggère la traduction d’ A.Wenin.

« Dans le récit, il n’est ni homme ni femme. Ou les deux à la fois. Mais pour le Seigneur Dieu, un tel isolement n’est pas bon. C’est la relation qui fait vivre. »( A. WENIN, Vives femmes de la Bible, Lessius, 2007 p 11)

Très beau commentaire qui dit bien l’enjeu et le bienfait de cette différenciation voulue par Dieu et qu’il va opérer. La suite de son commentaire est encore plus novatrice. Après avoir déploré la malencontreuse traduction par « côte » alors qu’il s’agit de côté, Wénin en conclut qu’il s’agit d’une opération où

«  Adonaï Elohim coupe en deux un être humain jusque là indifférencié.  Le surgissement de la différence se fait au prix d’un double manque. D’une part, aucun des 2 partenaires de cette différenciation à cause du sommeil, n’aura accès à son origine, perte de savoir qui est prix à payer pour qu’il y est égalité. D’autre part, la différenciation se fait au prix d’une blessure, l’autre côté de soi est perdu, donc aucun des deux n’est complet. Cela fonde toute relation juste en ce que l’autre échappe radicalement et renvoie  sa propre image  d’être manquant, et sa différence lui renvoie qu’il ne sait pas tout et en tout cas, pas tout de l’autre. La relation devra donc se construire sur la base d’un consentement à cette double perte »( A.WENIN, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain, Paris, cerf, 2007 p 75

Voilà ce qui devrait être une relation juste, pas seulement entre les hommes et les femmes, mais aussi entre tous les humains. Cependant la relation homme-femme est paradigmatique du consentement au  non savoir sur l’autre et au manque.  L’interprétation de Wénin peut aider à comprendre que ce double consentement est un acte de liberté. Vais-je ou non y consentir ? Cette question permet de comprendre l’analyse qu’il fait de la suite du texte et qui décrit un non-consentement du côté masculin et du côté féminin. Pour cela il interroge le cri d’exclamation de l’Adam masculin :

« Et l’humain se dit : CELLE-CI, cette fois, est os de mes os et chair de ma chair. A CELLE-CI il sera crié ishhah, femme, car ish, homme, a été prise CELLE-CI »( Traduction d’André Wénin idem p 76)

Sous l’apparence d’un émerveillement, il se cache une faute profonde à tel point, il me semble que dans une Bible traduite et commentée comme cela, nous pourrions avoir comme titre à partir du v.27 : « Le premier péché ». Il aurait pour premier auteur l’Adam masculin.

En effet ce qui est dit au v.23, à côté de son aspect positif, peut être questionné. Ce n’est pas une parole de dialogue, Adam ne dit pas : « Tu es os de mes os et chair de ma chair ». Il se parle à lui-même. La communication commence mal !  Il en fait l’objet de son discours. Il parle d’elle à la 3ème personne. Au contraire par trois fois, il la désigne avec un démonstratif : Celle-ci. « Elle est objet de son dire, il la prend dans son discours » ( Idem page 77) Mais peut-être encore plus grave, il se donne comme l’origine de « issah » : « Car de ys a été prise celle –ci ». Elle vient de lui. ( Une lecture psychologique pourrait y voir trace d’un « désir de maternité » que l’on peut constater chez certains  humains masculins. Désir de maternité ou revanche sur la dépendance maternelle ?) Cette déclaration se veut parole de savoir. Il croit savoir comment cela s’est passé, qu’elle vient de lui, et ne mentionne pas l’action de Dieu alors que le texte nous a bien dit que c’est Dieu qui est l’auteur de cette différenciation, que l’humain féminin comme l’humain masculin a été tiré comme lui de l’humain par séparation : lui d’un côté, elle de l’autre. Il croit savoir alors qu’il ignore tout puisque tout s’est passé dans un sommeil. Quelle aurait dû être la parole juste ? Peut-être interroger Dieu sur ce qui vient de se passer, sur le mystère accompli, et s’adresser à cette autre maintenant devant lui ?  On le voit ainsi reprendre connaissance en gommant ce qu’il ignore, à savoir l’action divine qui a fait de la femme un être singulier, différent de lui. On le voit aussi prendre sur elle un pouvoir que Dieu avait donné à l’humain sur les animaux, le pouvoir de nommer. Ce faisant il situe la femme par rapport à lui, venant de lui et lui appartenant (mes os, ma chair).

« C’est là un geste de convoitise…qui pousse l’humain a faire comme si la femme était sienne, comme si elle était sa chose, plutôt que de lui permettre d’être autre, hors de sa maîtrise , loin de ses prises »( Idem page 80)

Si on suit Wénin dans son analyse, on comprend mieux la manière dont une lecture biblique est toujours voilée par des présupposés. On va pointer le péché de la femme en Gn 3/6 et ne pas remarquer cet autre peut-être encore plus grave et qui n’a pas même besoin d’un tentateur extérieur !

Premier péché donc mais qui est aussi celui de la femme. Celui-là aussi a été voilé et combien il est nécessaire qu’il soit  dévoilé. Le péché, ici, au féminin, est le silence. Elle ne dit rien, se laisse dire. Se laisse prendre dans ce refus d’une vraie altérité, au profit du même. Elle se laisse nommer par un autre. Ce mutisme est autant refus de dialogue que le « parler à soi même » de l’humain masculin. Il dit un péché de soumission à l’injustice dont on est victime et donc une possible complicité avec son propre malheur. La femme ici le commet : par son silence elle accrédite la parole qui fait d’elle un objet dont on parle, au lieu d’être sujet parlant.

Le texte même, à partir du verset 25,  a l’air d’entériner cette situation.( Le glébeux et sa femme Gn2/24 et 3/8 ) En effet pour parler de l’humain masculin, le texte va simplement dire l’humain (l’Adam ou le Glébeux, ou l’homme selon les traductions), comme si le masculin était simplement l’humain à lui tout seul. Simplement  et c’est bien là la faute. Au lieu d’accueillir l’altérité comme un don, le manque comme l’espace d’une vraie rencontre, l’Adam masculin va se vivre comme le sexe premier, parfait, exemplaire et le féminin comme dérivé de lui. Ceci est au fondement de toute l’anthropologie classique qui va s’élaborer à partir d’une interprétation de l’Adam au masculin.

 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 13:10

Merci à Cécile de m'avoir envoyé son texte. Je l'appellerai volontiers une lecture existentielle de l'Annoniciation. Que d'autres se lancent et enrichissent ce blog de leur contribution!


L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée.


Ce début du récit de l’annonciation me fait penser à un film « la vie est belle » conte de Noël où on voit Dieu demander à l’ange Gabriel d’aller sur la terre voir un homme très déprimé et de lui montrer comme la terre serait beaucoup moins belle s’il n’était pas là.

 

L’ange dans le récit de l’annonciation entre chez Marie comme il entre en chacun de nous. Marie a peur, comme nous tous et la salutation de l’ange : «  Réjouis-toi, Marie, comblée de grâce » est la salutation de Dieu à chacun de nous. 

Marie recherche le sens de cette salutation. De quoi est-elle comblée ? Quels sont ses dons ? De quoi doit-elle se réjouir ?

N’est-ce pas là aussi la recherche de chacun-e de nous et notre tentation bien souvent d’avoir peur de si grands dons et de ne pas y croire ?

 

L’ange continue : tu seras mère, ton fils sera grand, roi.

Marie ne s’enorgueillit pas, mais reste bien dans la réalité. Comment ! Moi si petite !

L’ange continue : tu recevras une couronne de reine, celle de l’Esprit Saint et l’enfant sera saint, Fils de Dieu.

Devant de tels titres, la réponse de Marie est tellement ajustée au plan de Dieu que « l’ange la quitta ». Elle a tout compris : «  voici la servante du Seigneur ». Les dons qu’elle a ne sont pas les siens, mais les dons de Dieu. Elle accepte de se laisser aimer, habiter par Dieu.

 

Comme Bartimée qui jette son manteau pour bondir vers Jésus, elle jette derrière elle toutes ses peurs, ses questions, et la voilà qui court joyeusement annoncer cette bonne nouvelle à Elisabeth.

Elle est heureuse, elle croit en elle-même, elle croit que les paroles de l’ange s’accomplissent en elle.

Elle est belle, comblée de grâce, le Seigneur est avec elle. Et nous aussi !

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 23:57

Je continue à pointer les différents composantes de l'anthropologie de la lettre encyclique Mulieris Dignitatem


Une anthropologie « révélée »

« Dis-moi quel est ton Dieu, je te dirai quel homme tu es ». Il y a bien un lien entre révélation et anthropologie. Mais à quel niveau ?

La lettre encyclique le rappelle en s’appuyant sur le Concile Vatican II : le Christ nouvel Adam « manifeste pleinement l’homme à lui-même » et tout le chapitre 1 de Gaudium et spes décline les conséquences anthropologiques de la foi chrétienne fondée sur l’homme (homo) à l’image de Dieu : être capable de Dieu et capable d’aimer ; la différence sexuelle comme expression du caractère de la communion des personnes et de la nature sociale de l’homme ; sa fragilité et division par le péché ; sa participation à la lumière de l’intelligence divine ; sa recherche et son amour du bien et du vrai ; la dignité de sa conscience morale ; la grandeur de sa liberté qui est un signe privilégié de l’image divine ; sa destination à une fin bienheureuse au-delà de l’épreuve de la mort. Ce chapitre 1 de Gaudium et spes s’achève par le numéro 22 cité plus haut intitulé, De Christo novo homine.

« Par son incarnation, il s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme  ( ipse enim, filius dei, incarnatione sua cum omni homine, quodammodo se univit)  mystère de l’homme que la révélation fait briller aux yeux des croyants. »

Tout ce chapitre 1er de GS éclaire le sens de l’existence humaine mais ne se veut pas une anthropologie particulière et encore moins une anthropologie différencié du féminin. La mention de la différenciation au n°12 est donnée comme sens du caractère social de l’humain. Cela m’amène à la question suivante : est-ce légitime, à partir du donné de la foi d’un sauveur masculin né d’une femme, vierge et mère, d’en tirer une anthropologie du masculin et du féminin ? Il fut un temps où l’on tirait de la Bible une cosmologie, ce qui, à l’époque moderne,  a introduit le conflit entre science et foi. N’est-ce pas la même dangereuse démarche qui anime cette Lettre encyclique ? Dangereuse pour les femmes et pour la crédibilité du magistère romain. Le magistère romain a renoncé à fondé bibliquement une cosmologie. Le temps n’est plus à la défense d’une création en 7 jours. L’accueil du principe de l’évolution des espèces inauguré par Darwin, commence à être reconnu. Pour ces questions relevant des sciences, le partage entre ce qui relève du comment est reconnu à la science, celle du pourquoi, de l’ordre de la foi. De même, il n’est pas possible de chercher dans la Bible une anthropologie révélée du masculin et du féminin, qui dirait de toute éternité ce qu’est une femme, ce qu’elle doit être et rester. Malheureusement la lettre encyclique relève encore de ce mode de pensée. Elle ne peut être reçue par les femmes qui luttent pour ne pas être enfermées dans des stéréotypes qui les empêchent de développer toutes leurs potentialités humaines.

 

 Gaudium et spes nous montre bien que la révélation se situe au niveau du sens de l’existence, d’une anthropologie fondamentale, homme (homo) image de Dieu, aimé et capable d’aimer, digne de respect. Cette anthropologie  dit le sens de l’existence humaine et de la destinée divine mais elle n’offre pas une anthropologie particulière, une science anthropologique révélée. Cette anthropologie particulière est à bâtir par l’expérience de tous et de toutes, chrétiens ou non.

 

Une anthropologie fondée sur une symbolique allégorique

Pour cette lettre encyclique, l’économie de la rédemption, un sauveur masculin né d’une femme,  relèverait de la révélation du plan de Dieu sur le féminin et le masculin. C’est une sotériologie qui informe une anthropologie du féminin et du masculin par une manière particulière de traiter le symbolique : une symbolique allégorisante.

Le symbole donne à penser. Il est donc légitime que dans la lettre aux Ephésiens,  l’union du Christ et de l’Eglise soit à l’image de l’union d’un homme et d’une femme. Faire de cette réalité humaine du mariage, un symbole de l’amour du Christ pour son Eglise est parfaitement juste. En écrivant cela Paul veut fonder une inégalité radicale dans le rapport Christ / Eglise  : le Christ est la tête de l’Eglise, elle est tirée de lui. Pour se faire comprendre, il utilise une réalité connue, pratiquée, acceptée  par tous dans la société qui est la sienne et que donc tous peuvent comprendre : la soumission de l’épouse au mari dans une société patriarcale. C’est une belle réussite catéchétique bien adaptée aux conditions sociales et culturelles de son temps. Nous savons qu’un symbole doit partir de réalités immédiatement lisibles pour pouvoir y lire un mystère de Dieu : la situation inégale des femmes par rapport aux hommes pouvait faire bien comprendre le rapport inégalitaire de l’Eglise par rapport au Christ. Le modèle contingent du rapport homme/femme permettrait de comprendre le modèle absolu du rapport Christ/Eglise : comme les femmes sont soumises à leur maris, l’Eglise est soumise au Christ.

L’erreur d’interprétation, c’est de faire fonctionner cette analogie en sens inverse. Le rapport Christ/Eglise, (légitime quant au rapport de subordination parce que de l'ordre de la Révélation), deviendrait le modèle du rapport homme/femme: puisque l’Eglise est soumise au Christ, les femmes devraient être soumises à leur maris. Nous avons là un bel exemple d'une « surdétermination d’origine religieuse affectant une structure sociologique contingente, lui conférant une valeur absolue que l’on retrouve encore dans la conception traditionnelle de la hiérachie familiale."

Nous avons vu que la lettre encyclique ne retient plus de ce symbole la soumission uniquement du côté de la femme. Mais elle garde le caractère féminin de l’Eglise face à la position masculine du Christ. Ici le symbole ne donne pas seulement à penser, (ce qui est légitime car nous sommes bien en tant qu’humains dans l’accueil d’un don qui nous vient du Christ), mais il devient déterminant de la vocation de la femme dans l’Eglise qui  ne pourrait pas assumer la vocation de représenter l’initiative du Christ.

Il est légitime pour parler de Dieu d’utiliser des images. Nous avons trace dans l’Evangile de leur utilisation. Pour parler de Dieu miséricordieux, Jésus emploie l’image d’un berger à la recherche de sa brebis, d’une femme à la recherche d’une pièce de monnaie, d’un père en attente de son fils. Dieu est décrit comme un berger, comme une femme, comme un père. Ici nous sommes dans l’ordre du symbole. Cela donne à penser une attitude de Dieu qui ne cesse de nous chercher et de nous attendre. Mais si nous remplaçons le terme « comme » par une identification : Dieu est un berger, est une femme, est un père, nous sommes alors dans une symbolique allégorique où il y a identification terme à terme. La lecture que fait Mulieris dignitatem du Christ époux relève de la symbolique allégorisante : identification terme à terme du Christ à l’époux, donc à l’homme( vir) et de l’Eglise à l’épouse, donc à la femme. Alors qu’en rigueur de terme la relation Epoux/Epouse donne seulement à penser une notion de fidélité amoureuse. Cette symbolique allégorisante se décline ainsi :

Christ= époux= principe masculin= les hommes concrets ;

Marie= épouse et mère= principe féminin=  les femmes concrètes. Avec cette symbolique allégorisante, le féminin et donc toutes les femmes ne peuvent qu’être dans une position seconde, réceptrice, uniquement du côté de l’humain, tandis que le principe masculin et donc tous les hommes se voient attribuer la position première, initiatrice, ayant part à la dimension divine du Christ.

Nous avons vu qu’il y a bien  rupture avec une anthropologie inégalitaire des sexes dans cette lettre encyclique. Mais l’inégalité est réintroduite dans la symbolique allégorisante du mystère de l’Eglise. Dans ce mystère, le féminin est remis à une place inégale. Comme un mystère de foi ne peut que s’incarner dans une réalité institutionnelle, le féminin ne pourrait pas représenter le Christ et ne pourrait que représenter l’Eglise. J. M Aubert a schématisé ce processus de la manière suivante :

tête      homme (vir), époux           Christ                  hiérarchie

Corps  femme     ,       épouse        Eglise                   fidèles

Le point de départ et premier niveau est un contexte social où la femme est en situation de soumission : «  Le mari est tête de sa femme. » ; le 2ème niveau est un transfert typologique de cette situation humaine au rapport de l’Eglise au Christ « comme le Christ est tête de l’Eglise ». Symbole réussi donc car pour être compris, il doit partir d’une situation humaine vécue et comprise par tous, une subordination des femmes considérée comme immuable, liée à l’ordre de la nature, donc bien adapter pour dire la relation inégalitaire de l’Eglise par rapport au Christ ; le 3ème niveau ne pouvant rester au seul plan mystique doit se réaliser dans une forme institutionnelle. Comment réaliser dans le visible de l’histoire le caractère de tête de l’Eglise qu’est le Christ ? Pour cela certains baptisés qui comme baptisés sont dans le corps du Christ doivent quitter « institutionnellement » cette posture féminine de l’Eglise pour être mis du côté de la tête qu’est le Christ, du côté du sacerdoce hiérarchique. Donc, comme au 1er niveau l’homme est chef de la femme, cette visibilité de la tête ne pourrait qu’être masculine. Cela peut se comprendre tant que le contexte de départ est réel (l’inégalité sociale de l’homme et de la femme). Que se passe-t-il quand la relation homme-femme ne signifie plus forcément un rapport inégalitaire ? A ce moment là cela n’est plus pertinent pour dire le rapport inégalitaire de l’Eglise par rapport au Christ, donc ne peut plus justifier aussi la structure institutionnelle de l’Eglise qui met uniquement le féminin du côté du corps, de l’Église, de l’épouse et donc uniquement du côté des fidèles.

« …une symbolique n’a de sens que lorsqu’elle part d’une donnée de fait comprise et acceptée par ceux auxquels elle est destinée ( sinon le symbole ne renvoie plus à rien, il est muet) à ce moment là il ne serait plus guère possible de justifier par cette antique symbolique révolue, la rigueur d’une structure institutionnelle et ses interdits. L’égalité actuellement reconnue (au moins en droit) entre l’homme et la femme demanderait à s’incarner par une similaire égalité dans l’institution  »

 

En comparant Mulieris dignitatem aux encycliques du 19ème siècle, on constate qu’elle s’oppose aux seconds sur la question de la soumission. Egalement elle s’oppose à la pensée classique concernant l’égale théromorphe chez la femme comme chez l’homme. Il y a donc des ruptures possibles dans le discours magistériel pour se libérer de discours discriminants.

Mais nous avons vu aussi qu’il reste une constante  concerne la typologie du Christ masculin face à une Eglise féminine.

Ces ruptures en légitiment d’autres et les fait espérer. Des progrès sont encore à faire.

 

Pour cela quel autre langage est possible ? A quelle condition ?  Ce sera l’objet  de la 4ème partie de mon étude

 

CONCILE VATICAN II, Constitution pastorale Gaudium et spes, L’Eglise dans le monde de ce temps , 22§ 1

Cerf, 1967

J.M AUBERT, la dignité de l’homme interpellée par la dichotomie sexuelle dans l’Eglise et la société, De dignitate hominis, mélanges offert à Carlos Josaphat Pinto de Olivivera, p 601

Idem p.602

Idem  p 604 

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 07:23

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc  8, 27-33

 

27 Jésus s'en alla avec ses disciples vers les villages voisins de Césarée de Philippe. En chemin, il interrogeait ses disciples: " Qui suis-je, au dire des hommes ? " 28 Ils lui dirent: " Jean le Baptiste ; pour d'autres, Elie ; pour d'autres, l'un des prophètes. " 29 Et lui leur demandait : " Et vous, qui dites-vous que je suis ? " Prenant la parole, Pierre lui répond: " Tu es le Christ. " 30 Et il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne. 31 Puis il commença à leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. 32 Il tenait ouvertement ce langage. Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander. 33 Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, réprimanda Pierre; il lui dit: " Retire-toi! Derrière moi, Satan, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. "

 

Pour tout texte de l’Evangile, il est bon de voir ce qui se passe avant :

une guérison progressive d’un aveugle par Jésus, et avant encore un discours où Jésus dit à ses disciples qu’ils ne comprennent pas, qu’ils ne saisissent pas,  qu’ils ont des yeux mais ne voient pas, des oreilles mais n’entendent pas.

 

Et c’est vrai ! Le dialogue avec Pierre  le montre amplement. Pierre dit bien les mots de la foi : « tu es le Messie » Mais il les dit faussement. Et oui, on peut être correct dans l’énoncé et derrière les mots dire le contraire. Il dit Messie en pensant victoire sur les romains, messie politique. C’est ce qui explique la réaction de Jésus qui demande de ne pas divulguer ce titre ambigu et ce qui explique la réaction de Pierre qui refuse le discours sur la Passion.

 

Ainsi donc l’orthodoxie d’un énoncé ne suffit pas. Que mettons-nous derrière les mots de la foi que nous disons ?

Messie ? Un victorieux par les armes, la violence, ou un doux et humble de cœur ?

Dieu ? Dieu de contrainte, ou Dieu de liberté ?

Evangile ? Un texte figé, ou la rencontre avec la bonne nouvelle libératrice  de Jésus ?

La croix ? Le prix à payer à Dieu pour qu’il consente à pardonner, ou le don d’un amour plus fort que nos refus ?

Le salut ? Avoir une place au paradis, ou l’offre pour tout être humain d’humaniser sa vie dès maintenant et pour l’éternité ?

 

Pierre par sa réaction montre qu’il n’est pas encore entré dans le Royaume de Jésus au sens de pas encore entré dans l’esprit de Jésus.

« Passe derrière moi » dit Jésus à Pierre. C'est-à-dire mets-toi à mon école. Comme un disciple, continue à écouter, pour qu’arrive le jour où il te sera donné d’entendre vraiment

la nouveauté de ma parole,

la révolution de ma révélation,

qui est subversion de toutes les images perverties de Dieu.

 

Demandons cette grâce d’avoir vraiment des oreilles pour entendre, d’avoir vraiment des yeux pour voir !

 

 

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 23:25

 

 

Ce WE, j’étais à la rencontre nationale de Equipes END Siloë. Le thème était la diaconie. Il m’ont demandé de faire un enseignement sur ce thème. Le voici. J’en profite pour vous recommander un livre superbe : Un lien si fort. Quand l’amour de Dieu se fait diaconie de Etienne Grieu, sj aux Editions de l’Atelier, 2012

 

Ce WE a pour thème la diaconie.

Ce n’est pas un mot courant ! C’est un mot du vocabulaire chrétien et pas d’ ailleurs. Et même peu employé. Le connaissiez-vous avant de vous inscrire à ce WE ?

 

Introduction

 

1-La chose la plus simple à dire, c’est que c’est un mot grec qui veut dire serviteur. La diaconie, c’est la dimension de service que l’on peut mettre dans sa vie. Vivre sa vie comme un service. C’est d’abord une attitude spirituelle qui peut changer beaucoup de choses dans une vie si l’on adopte cette posture. Pas forcément faire plus de choses mais les vivre autrement. Donc c’est un lieu de conversion. C’est ce qui est déjà bien indiqué dans le titre de ce WE : « Laissez Dieu convertir tous nos rapports humains ». La diaconie, vivre sa vie comme un service est un lieu de conversion. Un même métier exercé dans un esprit de service, ou dans un autre esprit (domination sur les autres, accumulation de richesses …) produira des fruits différents.

Mais entendez bien qu’il s’agit de « laisser Dieu » Cela indique que pour cela, il y faut aussi l’aide de Dieu. C’est de l’ordre d’un combat spirituel : vivre sa vie comme une diaconie requiert notre désir, un travail sur soi, une vigilance, mais aussi l’aide de Dieu. Nous verrons que pour cela, l’un des chemins à prendre pour laisser Dieu convertir tous nos rapports humains, c’est de regarder comment Jésus a vécu sa vie humaine comme un service.

 

La 2ème chose à dire en préambule, c’est que la diaconie est une des quatre réalités par lesquelles on définit l’Eglise. Mais aussi que la diaconie traverse toutes les autres.

Pour parler d’elle on parle de :

*Koinonia : pour dire que l’Eglise est communauté.

Dans communauté, il y a commun. Mettre en commun. La question à se poser est donc : les communautés d’Eglise auxquelles j’appartiens ( équipe ENDS, paroisse) sont-elles des communautés où se vit un service mutuel. Sont-elles des lieux de partage, de soutien. Ses membres se considèrent-ils frères et sœurs ? Est-ce une communauté ouverte ?

Le 2ème élément qui définit l’Eglise est la :

*Leitourgia :

Au sens large, cela veut dire : se tourner vers Dieu, Le célébrer, se nourrir de la parole, contempler le Christ pour avoir les mêmes sentiments que Lui Ph 2/5, faire une liturgie contemplative du Christ pour Lui devenir semblable : devenir ce que nous sommes par notre baptême : d’autres Christ.

Nous avons là un des deux chemins que j’ai déjà évoqués pour laisser Dieu convertir nos rapports humains : regarder le Christ Serviteur. C’est ainsi qu’Il S’est défini : Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir »

Le 3ème élément

le kerygma ou martyria= le témoignage.

Ce 3ème élément est comme la conséquence. Si la communauté est lieu de service, de partage, de vraie fraternité, si elle se nourrit et se laisse modeler par le Christ, elle sera crédible aux yeux des autres.

Le témoignage est aussi une diaconie, un service, le plus beau qui soit car il s’agit de témoigner de la vie du Christ, du chemin de vie qu’Il nous propose. Il doit être service humble et non s’imposer par la force, la contrainte.

 

 

A deux reprises, j’ai dit qu’un des chemins pour laisser Dieu convertir tous nos rapports humains était de regarder le Christ. C’est ce que nous allons faire.

 

La diaconie du Christ

Plongeons dans l’Evangile :

*Il se définit comme celui qui sert.

Deux citations  des paroles de Jésus.

Mt 20/25-28

"Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir.

Il n'en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur,

et celui qui voudra être le premier d'entre vous, sera votre esclave.

C'est ainsi que le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner Sa vie en rançon pour une multitude."

 

Lc22/24-27

Il s'éleva aussi entre eux une contestation : lequel d'entre eux pouvait être tenu pour le plus grand ?

Il leur dit : "Les rois des nations dominent sur eux, et ceux qui exercent le pouvoir sur eux se font appeler Bienfaiteurs.

Mais pour vous, il n'en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune et celui qui gouverne comme celui qui sert.

Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Et moi,Je suis au milieu de vous comme celui qui sert !

 

*Il donne l’exemple du service.

C’est le texte bien connu du lavement des pieds en Jn 13 que l’on lit le Jeudi Saint. Ce texte est d’abord une révélation du visage de Dieu. Dans sa parole faite chair, le Christ, Dieu se met à genoux devant nous. Il se fait notre serviteur. Il nous lave les pieds. Le refus de Pierre est intéressant. C’est le refus de voir Dieu comme cela. C’est le refus de se laisser aimer comme cela par Jésus. Pierre rêve d’un Dieu puissant qui lui permettrait de l’être. Jésus lui montre un Dieu humble, serviteur, qui prend soin des humains. S’il se laisse aimer de cette manière, cela va l’inviter à aimer de la même manière. Il ne sait pas que s’il se laisse aimer ainsi, c’est l’amour même du Christ qui va le transformer pour aimer comme Lui. Et il pourra agir comme Jésus a fait pour lui : « Je vous ai donné l’exemple pour que vous agissiez comme J’ai agi envers vous ». pas par un effort volontariste du « il faut » mais laisser Dieu nous aimer pour faire passer en nous l’amour même dont Il nous aime.

 

*Il enseigne la diaconie

-C’est l’Evangile du Bon Samaritain. Un des textes proposés pour ce WE. C’est un texte magnifique.

On peut le lire à plusieurs niveaux.

Le 1er niveau :

Qui est ce Bon Samaritain qui s’occupe du blessé ?

C’est le Christ.

Qui est le blessé du chemin ?

C’est chacun de nous.

Ce texte nous dit d’abord que c’est Dieu qui s’approche de nous, qui se fait notre prochain, qui prend soin de nous.

Mais encore faut-il que nous acceptions la diaconie du Christ à notre égard. Reconnaître ce qui est blessé en nous, ce qui fragile, vulnérable.

Le 2ème niveau :

Si nous avons accepté la diaconie du Christ à notre égard, nous pouvons voir que le samaritain cela peut être nous et que le blessé, c’est le Christ.

Ici, cela permet de voir que Jésus a été incompris, Il a été exclu, Il a été jugé de manière injuste, Il a connu la souffrance et la mort dans le mépris. Donc là, le Christ s’est fait proche de tous ceux et celles qui d’une manière ou d’une autre sont des blessés de la vie. Il sait ce que c’est.

Il nous invite à vivre sa diaconie auprès de ceux-là.

         -C’est aussi son enseignement dans une autre parabole, celle du jugement en Mt 25. C’est une parabole difficile ; je voudrais en retenir seulement ceci pour notre sujet. C’est un roi qui donne sa bénédiction à des gens parce que dit-il, ils l’ont vu avoir faim et ils lui ont donné à manger, il l’ont vu avoir soif et ils lui ont donné à boire, ils l’ont vu étranger et ils l’ont accueilli, ils l’on vu nu et ils l’ont vêtu, ils l’ont vu malade et prisonnier et ils sont venus le voir. Etonnement des gens. Oui, ils l’ont fait pour des gens mais pas pour le roi !

Et celui-ci de répondre : « pour autant que vous l’avez fait à un seul du moindre de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » Mt 25/40

 

Nous avons là un texte important. Il nous indique une présence réelle du Christ dans la rencontre avec celui qui est blessé d’une manière ou d’une autre.

 

*Il révèle le sens de sa venue

En Lc 4/18 :

Nous sommes dans la synagogue de Nazareth, Jésus ouvre le livre du prophète Isaïe et lit :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs qu’ils sont libres, et aux aveugles le retour à la vue, rendre la liberté aux opprimés »

Et Il continue en disant : « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Ecriture »

Cette déclaration est comme le programme de ce qu’Il appelle le Royaume.

Il y a d’abord à prendre ce texte pour nous. Est-ce que j’accepte la Bonne Nouvelle de Jésus au cœur de nos pauvretés de toutes sortes, est-ce que j’accueille la liberté qu’Il vient m’offrir, est-ce que je souhaite qu’Il guérisse mes aveuglements et me libère de ce qui me rend prisonnier ?

Ensuite entendre le cœur de ce discours : Il vient apporter une bonne nouvelle. C’est pour nous un critère essentiel. Cela va permettre de faire du tri dans ce que je dis, dans ce que je fais. Ce que je dis sur le monde, sur les autres, sur moi, sur Dieu est-ce une bonne nouvelle ?

Ce que je fais pour ce monde, pour les autres, pour moi, pour Dieu, est-ce une bonne nouvelle ?

Enfin entendre ce discours à deux niveaux : les pauvretés, les captivités, les cécités, les oppressions qu’elles soient  spirituelles ou physiques font partie du programme de libération de Jésus.

 

Pour terminer, je vais reprendre les définitions qui sont dans votre livret et que vous avez trouvé sur le site de Diaconia 2013. Elles feront une bonne conclusion et honoreront le super travail de l’Equipe nationale :

 

Vivre la diaconie, c’est être solidaire des blessés de la vie.

 

Vivre la diaconie, c’est accueillir le don de Dieu et se rendre disponible au service de sa Parole.

 

Vivre la diaconie, c’est vivre la visitation dans les rencontres humaines de la vie quotidienne en partageant épreuves et joies.

Vivre la diaconie, c’est rendre grâce à Dieu, prier et vivre le Magnificat. 

 

Vivre la diaconie, c’est vivre la charité : se laisser toucher, prendre soin, accompagner celui qui est dans la détresse, lui redonner dignité.

 

Vivre la diaconie c’est donner ou redonner vie et espérance aux blessés de la vie.

 

Vivre la diaconie, c’est dépasser les ségrégations, les frontières sociales, raciales, sexuelles, religieuses, politiques, aimer toute personne, tout peuple pour rechercher le bien intégral de l’homme.

 

Vivre la diaconie, c’est oser appeler au-delà du cercle des habitués et des initiés.

 

Vivre la diaconie, c’est faire en sorte que dans toutes les communautés, les pauvres se sentent appelés, accueillis, chez eux, que la pauvreté soit physique, matérielle, morale ou spirituelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 20:55

Les Sœurs du Cénacle ont fondé il y a plus de 10 ans au Togo. Nous sommes en train d’y construire un Centre spirituel. La première Sœur togolaise s’appelle Toussainte. En ce moment, elle est en communauté à Raismes dans le nord de la France. Quand je suis passée, il y a quelques temps, elle venait de faire un témoignage sur son cheminement de foi à des enfants. Je lui ai demandé de me le donner pour mon blog. Le voici.

 

Témoignage pour les Enfants, Avril 2012

La foi c’est quoi pour vous ?

 

Je voudrais partager avec vous mon expérience personnelle. On peut voir 4 étapes importantes dans cette expérience :

Enfant, jeune de 7 à  18 ans, mes engagements sur ma paroisse et  jusqu'à mon entrée chez les Sœurs du Cénacle.

La foi pour moi est une parole qui est semée en nous comme une graine de maïs qui pousse doucement jour après jour à notre rythme.

 

Une graine de maïs qui pousse très vite ne tient pas,  elle tombe, car il faut du temps pour que poussent ses racines , du temps pour que les racines s’étendent et s’enfoncent dans la terre.

Pour la parole semée en nous il faut du temps pour qu’elle pousse, s’étende, et prenne toute sa place dans notre cœur, et doucement elle s’enracine dans notre vie.

Quand on est enfant ce sont les parents qui font les choses à notre place. Ce sont  eux qui choisissent pour nous, qui prennent les décisions pour notre bien.

Mes parents avaient choisi de me faire baptiser quand j’étais bébé dans l’Eglise Catholique. Mon Papa était catholique et Maman, protestante. J’ai grandi dans une famille où la messe du dimanche était obligatoire, ainsi que la prière en famille. Pour se lever ce n’était pas facile pour moi. De temps en temps Papa nous lisait un passage d’Evangile, ou les livres des Saints que j’aimais écouter.

A six ans J’ai demandé à aller au catéchisme : pour apprendre à prier, à connaître Jésus et son Père.

Et cela,  je l’ai choisi par moi- même , ce n’etaient plus les parents. Je voulais prendre ce chemin qu’ils m’ont montré pour marcher seule et faire mon expérience personnelle. J’ai cheminé pendant 3ans avec les enfants de mon âge . Pendant tout ce temps j’ai découvert plein de choses sur Dieu. Le Créateur et Père de tous les hommes. Il nous a créés à Son image et à Sa ressemblance. Il a donné une mission à l’homme et à la femme. L’homme et la femme doivent Le louer et Le servir à travers leurs frères et sœurs dans le monde. Par amour Il a envoyé Son fils Jésus dans le monde pour nous sauver. Je ne comprenais pas tout. Parfois, c’était difficile pour moi d’accueillir ces découvertes étonnantes. Mais j’avais le désir d’aller plus loin sans trop comprendre. Ce temps de découverte m’a donné le goût et le désir de faire ma 1ère communion à 9 ans et la confirmation à 10 ans. J’étais très touchée par les paroles de Jésus et Sa mission que je gardais précieusement dans mon cœur. Jésus était devenu mon ami de tous les jours. Après la confirmation je suis entrée  dans la chorale des enfants.

Aller à la paroisse devenait une joie pour moi, la prière en famille ce n’étaient plus les parents qui nous appelaient mais c’est moi qui les invitais à prier avec moi, leur rappelais nos rencontres pour lire la Bible.

A 18 ans, pour réaliser mon désir profond, je suis entrée dans un mouvement des jeunes, qui animaient les messes le dimanche soir sur notre paroisse.

C’est là où j’ai pu approfondir mon appel (où il a grandi). A travers les différents engagements dans l’Eglise, les retraites, les camps de vacances, la prière, Jésus est devenu un ami pour moi. Au cours de mon cheminement, j’ai découvert que Jésus m’appelait à Le suivre et Le faire connaître et aimer par le don total de ma vie au service de mes frères et sœurs. J’ai mis du temps, après des réflexions et recherches, et un jour j’ai dit oui,  j’ai choisi la vie religieuse. « Etre sœur » Pour l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus. Vous voyez la foi chrétienne est un long chemin qui nous fait grandir jour après jour avec la grâce de Dieu.

La foi est un cadeau qu’on reçoit de nos parents, de nos accompagnateurs, de nos Catéchistes, de la communauté chrétienne qui nous accueille, et des chrétiens qui nous entourent.

Je peux vous dire que la foi est un trésor que nos grands parents dans la foi nous ont laissé.

 

Pour plus d’informations sur la construction du centre spirituel au Togo, vous pouvez cliquer sur le lien : http://www.ndcenacle.org/centre-togo

 

 

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