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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 15:28

Après avoir fait dans les articles déjà mis en ligne sur ce blog ( Mulieris Dignitatem de 1 à 8)  une analyse précise de cette encyclique, vient maintenant le temps de la synthèse. Quelle est les prises de positions anthropologiques de ce texte ?

        

Une anthropologie du féminin lié à la sexualité

Le magistère romain a cru bon d’écrire une lettre encyclique sur la femme qui a pour titre Mulieris dignitatem. Mais il n’existe pas jusqu’à présent un document similaire qui aurait pour titre Viri dignitatem. Pourquoi ? Parce que dans cette pensée, ce qui serait dit du viri, ne pourrait être que l’équivalent de l’homo. Un texte sur mulier, devant l’absence d’un texte sur vir, dit, de fait, que le masculin serait générique de l’humain, sans particularité  et que seul le féminin en comporterait, l’incluant dans l’humain tout en le mettant à part. Viri dignitatem définirait-il l’homme comme époux, père et vierge ? Non, car pour cette pensée, la sponsalité, la paternité, le célibat n’ont pas le même poids identitaire chez l’homme que chez la femme. Son identité n’est pas d’être époux d’une femme, père d’enfants, et encore moins époux du Christ dans le célibat consacré. Son identité ne se limiterait pas à cela alors que Mulieris dignitatem le fait pour la femme. Il y a donc asymétrie. Le principe de cette asymétrie est que le féminin est lié au sexuel et toujours référé au masculin. Il y a donc dans le texte même de l’encyclique  une contradiction entre l’affirmation, de la femme voulue  pour elle-même et la réduction de sa vocation à une relation d’épouse pour un mari, de mère pour des enfants (du mari ) ou d’épouse consacrée pour le Christ.

De ce fait, y-a-t il  vraiment dépassement de la raison instrumentale de la création du féminin que nous avions rencontré chez Thomas ? Si la raison du féminin et sa vocation essentielle, est d’être épouse pour un époux, en vue d’être mère, est-elle vraiment voulue pour elle-même ? N’est-elle pas voulue pour l’homme (vir) ? La lettre encyclique répète souvent que la femme a été voulue pour elle-même et pourtant ce qui est dit de sa dignité et de sa vocation est d’emblée située pour d’autres. Epouse donc femme pour un mari. Mère, donc femme pour des enfants. Ceci est renforcé par  les chapitres 1 à 3 de la Genèse interprétés dans un contexte conjugal. Tout en ne citant pas Thomas qui s’interrogeant sur la pertinence de la création de la femme, (y répondait entre autres par la nécessité de la procréation), la lettre encyclique continue de mettre l’essence de sa vocation dans la maternité.

 

Une anthropologie du féminin dans une posture uniquement de réceptivité

Le Christ est l’époux, l’Eglise est l’épouse. La position d’épouse serait la vérité sur la femme. L’époux serait celui qui aime. L’épouse serait celle qui est  aimée et qui reçoit l’amour pour aimer à son tour.  Il s’agirait d’un universel fondé sur le fait d’être femme. La femme aurait reçu mission d’être prophète de cette attitude de réceptivité de l‘amour, « être aimé »,  qui, dans la Vierge Marie trouverait son expression la plus haute.

 

1-Une vocation qui en empêche une autre

Cette vocation de la femme se résumerait à être épouse et mère dans le mariage : lié à un époux humain pour une maternité d’enfants. Ou à être épouse et mère dans la virginité : liée au Christ époux pour une maternité spirituelle. Cette vocation, propre à la femme serait un empêchement dirimant à une autre vocation, celle du ministère presbytéral qui a charge d’enseigner, de sanctifier, de gouverner les fidèles.

Ceci parce que cette vocation ne serait pas conforme à la nature de la femme, incompatible avec celle-ci. Cette incompatibilité viendrait de Dieu même qui aurait déterminé dans un plan éternel, ce qui serait la vocation de l’un et de l’autre.  Cela n’aurait donc pas d’autre justification que son origine divine ( de potestate Dei absoluta). Ce qui voudrait dire, que dans le plan de Dieu, la femme n’aurait pas vocation a enseigner, sanctifier, gouverner.

Cette impossibilité d’être en posture de gouvernement, de sanctification et d’enseignement viendrait de sa vocation qui est d’être accueil d’un don et non en posture d’initiative.

 

Ce côté dirimant de la sponsalité et de la maternité du côté féminin, n’est pas symétrique du côté masculin. Bien au contraire puisque la paternité spirituelle est considérée comme belle figure du prêtre dans l’Eglise catholique latine, et le fait d’être époux et père dans les Eglises catholiques orientales n’empêchent pas l’accès au presbytérat.

 

2-Marie réceptrice du don, figure de la femme.

Ce choix peut être interrogé de manières diverses.

D’abord, c’est d’emblée donner aux femmes la maternité comme vocation par excellence du fait de la maternité de Marie.

Ensuite, comme cette maternité est due à l’initiative divine, cela induit une dimension passive de Marie comme figure des femmes. Cela les met du côté de la réceptivité d’une action dont elles n’ont pas l’initiative.

Ceci est légitime pour l’attitude de foi comme accueil par le croyant d’une grâce qui lui vient de Dieu. Mais cela ne l’est pas pour en faire le paradigme du féminin.

Dans cette perspective, il a une convenance d’un sauveur masculin, qui lui, représenterait, parce que masculin, la dimension de l’initiative. Dans la logique de cette pensée il y a une cohérence entre masculinité du Christ et masculinité du prêtre parce que la masculinité est pensée, par essence, comme  activité et initiative.

Mais cela n’est pas recevable dans une anthropologie qui reconnait aux femmes une identique posture d’initiative.

 

Une anthropologie anhistorique

La lettre encyclique commençait en voulant tenir compte des signes de temps.  Mais à la fin de la lettre, il est bien précisé que face aux changements, il faut revenir aux fondements qui se trouveraient dans le Christ, aux vérités et aux valeurs immuables dont le Christ serait le témoin et qui seraient conforme au plan de Dieu qui aurait créé l’homme et la femme pour des vocations différentes. Ces vocations seraient inscrites dans le corps et pour la femme dans son corps fait pour la maternité.

Comme pour d’autres encycliques ayant pour thème la sexualité, le biologique (Par exemple Humanae Vitae qui ne déclare morale que la régulation des naissances qui obéit au processus naturel.) est une donnée normative, donc statique. Il y aurait un ordre de la nature qui est destin de maternité pour la femme. Cela pouvait se comprendre dans les situations historiques passés où l’espérance de vie ne dépassait guère 40 ans, où la multiplication des naissances se justifiait par une très grande mortalité.

Cela n’est plus la réalité pour une part importante de femmes dans le monde d’aujourd’hui. L’horizon vocationnel des femmes en France par exemple ne se réduit pas à être épouse et mère. Même si de grands progrès restent encore à réaliser dans de nombreux pays du monde, le  changement de mentalité, le progrès technique ont permis  un plus équitable partage des taches domestiques et d’éducation des enfants, l’investissement dans le travail professionnel, l’accession (en pratique, non sans difficultés et  sinon en théorie)  à tous les postes de responsabilités dans la société civile. La créativité des femmes n’est maintenant plus limitée à la seule maternité, elle peut ( malgré d’énorme progrès encore à réaliser dans de nombreux pays) s’épanouir dans tous les domaines du politique, de l’économique, du social, du culturel…Tous ces domaines demandent autant de qualités d’initiative que de réceptivité, ils ne se vivent pas selon le schéma de la lettre encyclique fondé sur un don au masculin et l’accueil du don au féminin (Initiative masculine et réceptivité féminine) mais selon une réciprocité où chacun donne et reçoit sans prééminence.

La réceptivité féminine ne serait alors signifiante que pour la symbolique ecclésiale ? Pourquoi  y aurait-il posture d’initiative dans ce qui est de l’ordre humain et uniquement posture de réceptivité dans le domaine ecclésial ? Il y a là contradiction. D’autant plus, que même dans la réalité de la vie de l’Eglise, de plus en plus nombreuses sont des femmes en posture d’initiative, et même assumant des « munera » d’enseignement, de sanctification et de gouvernement.

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 22:21

 

 

Dans ce blog, commence une nouvelle série appelée : Invité-e.

Ce sont des textes écrit par des ami-es. C’est Katrin Agafia qui l’inaugure. C’est son premier texte. J’espère qu’il sera suivi d’autres. Un grand merci à elle. J’espère que d’autres ami-es me feront la joie de publier leur méditation ou leur réflexion.

 

Dans l’Evangile selon Jean au chapitre 20 verset 20

 

« Soyez en paix, leur dit-Il à nouveau. Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Après, Il  souffle sur eux et dit : recevez le Souffle Saint ; les fautes que vous effacerez, seront effacées, celles que vous retiendrez seront retenues ».

 

Jésus souffle sur ses amis pour qu’ils reçoivent le Souffle Saint. Et aussitôt, le lieu où œuvre ce Souffle est situé : « Les fautes que vous effacerez, seront effacées, celles que vous retiendrez seront retenues ». Il ne s’agit  pas ici d’un lieu peuplé d’exploits surnaturels, de miracles, qui feraient de nous des « surhommes » presque des dieux et encore moins d’un lieu de désengagement, où le Souffle agirait à notre place, si tant est que nous lui serions soumis et dociles… Trop facile….

Non, ce Souffle nous pousse dans l’espace de la relation à nous- mêmes, à l’autre, au Tout Autre.

Dans ce texte, nulle part n’est mentionné par qui ces fautes ont été commises : moi-même, un proche, une société toute entière… personne ne saurait dire non plus, contre qui cette faute est tournée, et encore moins par qui cette faute est effacée  ou retenue. Certes, la voix passive dans cette phrase, peut faire penser que Dieu efface ou retient la faute…Mais ce vide laisse un possible à creuser. Ce qui est sûr, c’est que l’affaire semble suffisamment sérieuse pour que  ce lieu, celui de la faute ou plutôt, celui de l’enfermement dans la faute, soit le lieu vers lequel le Souffle nous pousse.

Longtemps, (et encore aujourd’hui), ce texte a permis à des hommes d’asseoir leur propre pouvoir, parlant au nom de Dieu, retenant les fautes des uns, libérant les autres, selon leur bon vouloir… Et le Dieu pervers n’est pas loin…Ainsi, des paroles sacramentelles peuvent devenir emprise pour l’homme, si elles font l’économie d’une relation vraie.

 

Il nous faut comprendre ce texte autrement. Pour cela, repartons en arrière, avec saint Luc 7, 47-48. Une femme de « mauvaise vie » se jette aux pieds de Jésus, alors qu’Il est à table chez Simon. Elle pleure, elle L’embrasse, elle verse du parfum. Elle ne vient pas chercher le pardon d’un Jésus froid et distant. Il y a toutes les chances qu’elle ait entendu parler de Lui. J’ose imaginer qu’ils se sont déjà croisés. Un regard, une présence, un silence habité ont suffi à faire pressentir à cette femme sa valeur, sa dignité, son humanité...Bouleversée, remplie de cet amour qui l’a remise debout, elle se précipite aux pieds de Jésus et au-delà des conventions sociales, elle peut enfin vivre une relation de confiance en vérité. Et Jésus d’insister sur ce renversement de valeurs : «  Elle aime beaucoup celle à qui on a beaucoup pardonné. Mais celui à qui on pardonne peu, aime peu ». (Ce texte est malheureusement souvent lu avec une autre traduction)

Je me permets de le redire avec mes mots : «  Vous pensiez qu’il fallait d’abord demander le pardon pour accéder à votre propre dignité et à l’amour de Dieu ? Et pourtant, l’amour  précède toujours celui qui ose se mettre en route  ». Les expériences de cet ordre sont nombreuses dans nos vies et je pense particulièrement aux relations avec les enfants. Si l’éducateur porte un regard de bienveillance en amont, quelles que soient les fautes commises, une brèche s’ouvre où l’amour peut se déployer. Par contre, si la raideur prend le dessus et réduit l’enfant à ses fautes, les chemins de croissance deviennent plus restreints …

Alors, Jésus dit à la femme : « tes fautes ont été effacées » et plus loin : «  ta confiance t’a délivrée ».Comme s’il fallait qu’une parole soit posée sur ce qu’elle vient de vivre, une parole qui vient valider cette réalité. Appuyé sur son expérience humaine, Jésus nous invite à reproduire ce qu’Il a Lui-même vécu : «  les fautes que vous effacerez, seront effacées ».Par qui ? Dieu, certainement, mais bien avant qu’on ose imaginer Lui demander pardon… Alors, par qui d’autre? Nous mêmes, telle cette femme chez saint Luc. Notre confiance  ancrée dans une relation bienveillante, vient alors nous délivrer de cet enfermement, de cette culpabilité qui nous empêche d’accéder au Royaume (j’entends par Royaume, la qualité et la vérité de nos relations).

Par notre façon d’être, d’accueillir, de compatir, par notre volonté de laisser ce Souffle d’Amour traverser nos relations, nous (chaque être humain, sans condition) avons le pouvoir d’éveiller en l’autre sa dignité, au-delà de sa faute ou au contraire, de le maintenir enfermé dans son insuffisance.

« Recevez le Souffle Saint ». Il se tient en nous, au-dedans du plus profond de notre être, de ce qui nous anime. Confiance inouïe que le Tout Autre nous fait…Mais ne nous a-t-Il pas créés à Son Image ?

Catherine Segretain le 27 mai 2012

 

 

 

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 16:05

 

La lettre encyclique Mulieris dignitatem utilise un procédé typologique pour fonder une anthropologie différencié du masculin et du féminin. Est-ce légitime?

 

Utilisation de la typologie Eve/Marie

Qu’est-ce qu’une typologie ? C’est faire d’un fait, d'une personne, d’un événement, la préfiguration de ce qui sera. Eve préfigurerait Marie. Adam préfigurerait le Christ. Le texte note avec raison que la comparaison Eve/Marie a le plus souvent insisté sur l’opposition : la désobéissance d’Eve opposée à l’obéissance de Marie. Mais la lettre encyclique veut y voir surtout une ressemblance. Eve est témoin du commencement biblique qui dit la création et Marie, témoin du nouveau commencement et de la création nouvelle.( MD 11 )

Cette typologie est-elle  porteuse d’une révélation de ce qu’est le féminin ?

Le texte dans les numéros 5 et 11 répond positivement : Marie serait l'archétype de la dignité de la femme.

"La plénitude de grâce accordée à la Vierge de Nazareth, en vue de sa qualité de théotokos, signifie donc en même temps la  plénitude de la perfection de ce qui est caractéristique de la femme, de ce qui est féminin" (MD 5 )

« La "femme" du protévangile est inscrite dans la perspective de la Rédemption. La comparaison entre Eve et Marie peut se comprendre aussi dans le sens que Marie assume en elle-même et fait sien le mystère de la "femme" dont le commencement est Eve, "la mère de tous les vivants" (Gn 3, 20) »( MD 11)

« En Marie « on retrouve la femme  telle qu'elle fut voulue dans la création et donc dans la pensée éternelle de Dieu, au sein de la très sainte Trinité. Marie est le nouveau commencement de la dignité et de la vocation de la femme, de toutes les femmes et de chacune d'elles… » ( MD 11)

Ceci à tel point que chaque femme pourrait faire siens les mots que Marie emploie dans son magnificat.

« Il a fait pour moi de grandes choses (Lc1/49). Ces paroles…peuvent signifier aussi la découverte du caractère féminin de son humanité. ‘le tout-puissant a fait pour moi de grandes chose’ : telle est la découverte de toute la richesse, de toutes les ressources personnelles de la féminité, de l’originalité de la femme telle que Dieu l’a voulu ». ( MD 11)

Faire de Marie le prototype de la femme, le commencement de sa dignité et de sa vocation, n’est pas sans poser question sur plusieurs points. En mettant ainsi Marie, de manière si forte du côté des femmes n’est-ce pas priver les hommes masculins de ce modèle comme modèle d’humanité ? Nous avons vu combien avait été lourd de discrimination pour les femmes le fait de ne pas les avoir incluses dans la théomorphie, (privées de l’image de Dieu ou dotées d’une image infériorisée parce que seulement dans leur âme et pas dans leur corps,  seul Adam au sens masculin étant théomorphe.) Nous avons vu que le chapitre 3 de la lettre encyclique apporte un démenti à cette conception. Mais en donnant aux femmes comme modèle Marie, n’est-ce pas à nouveau les priver d’un modèle divin ?  Si Marie est l’archétype des femmes, le Christ est-il aussi archétype pour elles ? Et quel est l’archétype des hommes masculins ?

Le texte ne répond pas à ces deux questions de manière explicite. Mais la mise en parallèle des deux typologies induit une réponse.

 

Utilisation de la typologie Adam/Christ

Cette typologie se trouve chez Paul en Rm 5/14. Adam est le type du Christ qui devait venir, le Christ  est le prototype dont Adam n’était que l’image, comme l’ombre des réalités à venir (Col 2/7). Ce même procédé  typologique est développé au n°11 concerant Eve et Marie.

« La "femme" du protévangile est inscrite dans la perspective de la Rédemption. La comparaison entre Eve et Marie peut se comprendre aussi dans le sens que Marie assume en elle-même et fait sien le mystère de la "femme" dont le commencement est Eve, "la mère de tous les vivants" (Gn 3, 20): avant tout, elle l'assume et le fait sien à l'intérieur du mystère du Christ, "nouvel et dernier Adam" (cf. 1 Co 15, 45), qui a assumé en sa personne la nature du premier Adam. La nature de la Nouvelle Alliance réside dans le fait que le Fils de Dieu, consubstantiel au Père éternel, devient homme : il accueille l'humanité dans l'unité de la Personne divine du Verbe. Celui qui accomplit la Rédemption est en même temps un vrai homme. Le mystère de la Rédemption du monde suppose que Dieu le Fils a assumé l'humanité comme héritage d'Adam, devenant semblable à lui et à tout homme en toute chose, "à l'exception du péché" (He 4, 15). Il a ainsi "manifesté pleinement l'homme à lui-même et lui a découvert la sublimité de sa vocation", comme l'enseigne le Concile Vatican II. En un sens, il a aidé à redécouvrir "qui est l'homme" (cf. Ps 8, 5). ( MD 11)

Ce passage peut laisser dans une grande perplexité. La typologie Eve/Marie qui est présentée comme le mystère de la femme est située par rapport à la typologie Adam/Christ dont on dit qu’il est mystère du Christ. Cela veut-il dire que la typologie Adam/Christ dit le mystère de l’homme masculin et uniquement lui? L’association des deux tend à le suggérer. Mais en aucun cas cela ne peut être. La référence  au texte de Vatican II le dément s’il en était besoin.

« Le Christ, homme nouveau ( de Christo Novo Homine ) En réalité, le mystère de l'homme ( mysterium hominis )  ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. Adam, en effet, le premier homme ( primus homo ), était la figure de celui qui devait venir (20), le Christ Seigneur. Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l'homme à lui-même ( hominem ipsi homini ) et lui découvre la sublimité de sa vocation. "Image du Dieu invisible" (Col 1,15) (21), il est l'homme parfait ( homo perfectus ) qui a restauré dans la descendance d'Adam la ressemblance divine, altérée dès le premier péché. Parce qu'en lui la nature humaine ( natura humana ) a été assumée, non absorbée (22), par le fait même, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni lui-même à tout homme ( cum omni homine ). Il a travaillé avec des mains d'homme ( humanis manibus ), il a pensé avec une intelligence d'homme ( humana mente ), il a agi avec une volonté d'homme ( humana volontate ), il a aimé avec un cœur d'homme (humano corde ). Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l'un de nous ( unus ex nostris ), en tout semblable à nous ( in omnibus nobis similis ), hormis le péché » . (CONCILE VATICAN II, Constitution pastorale Gaudium et spes, L’Eglise dans le monde de ce temps n°22 § 2, Cerf, 1967 )

Adam dans ce texte du Concile inclut le féminin,  il est l’humain, homme et femme dans l'ordre de la création. Le Christ nouvel Adam, est nouveau pour les femmes comme pour les hommes. Ce que dit le texte conciliaire concernant le Christ "homo novus", manifestant pleinement l'être humain à lui-même, en qui la nature humaine est élevée à une dignité sans égale, par son incarnation uni à tout humain-e, doit inclure le féminin comme le masculin.  Il est  de la plus grande importance de ne pas tirer de  ces typologies des applications concernant la masculinité et la féminité. Le Christ et Marie sont des archétypes pour tout humain qu'il soit femme ou homme. Bien sûr le sexe de Marie est féminin et le sexe de Jésus en son humanité est masculin. Mais la foi a tenu que l'incarnation assumait tout l'humain. C'est un enjeu de salut, selon l'adage classique que ce qui n'est pas assumé, n'est pas sauvé. (ST GREGOIRE DE NAZIANCE. Ep. Ad Clédonium, Ed Migne, Patr. Gr XXXVII, 181c ) Le credo nous fait dire: homo factus est et non pas vir factus est. Il faut donc penser qu'en assumant la nature humaine sous sa limite inévitable d'un sexe et non de l'autre, ce sont les humains des deux sexes qu'il assumait et sauvait. Sinon les typologies Eve/Marie et Adam/Christ deviennent dangereuses pour les femmes. Elles rétablissent une hiérarchie : le féminin est tout entier du côté du créé, de l'humain; le masculin par son union au Verbe serait seul à être uni à Dieu.

Il faut donc dire et tenir que le Christ est le prototype et  le nouveau commencement de la dignité et de la vocation de tous les humains, femme et homme, de toutes les femmes et de tous les hommes et de chacune d'elles et de chacun d'eux. Au n° 11 de la lettre, le fait de situer Marie prototype du féminin, sans faire du Christ aussi le prototype des femmes, réintroduit une hiérarchie qui peut être légitimement interrogé quant à sa justesse doctrinale.

 

Car par l'incarnation c’est la nature humaine qui est assumée, ce qui fait que les femmes, comme les hommes, sont uni-es à lui. Par le baptême, des êtres humains, hommes et femmes deviennent d'autres "Christ", sont configuré-es à lui. (1 Co 12/13 ; Ga3/19 ) On peut regretter que cette dimension sacramentelle qui configure au Christ les femmes comme les hommes soit  absente de la lettre et que, donc,  soit absente une christotypie légitime autant pour les femmes que pour les hommes.

Kari Borensen (K.E. BORRESEN, « Image ajusté, typologie arrêtée », Penser la foi, Mélanges offert à Joseph Moingt, Paris, Ed du cerf, 1993, p.799-808 ), dans son analyse de la lettre encyclique, fait remarquer le progrès réalisé par cette lettre encyclique, grâce à l'image de Dieu holistique et sa nouveauté  dans le discours magistériel catholique. Elle déplore à juste titre cependant que cette image soit présentée comme si elle avait été professée dès le début du christianisme, et donc, ne déplorant pas des traductions, interprétations et  conceptions discriminantes. L’image est ajustée, mais l’interprétation de la typologie reste la même. Du coup  cela cache que la typologie classique était fondée sur le lien entre androcentrisme et typologie de subordination.

Les femmes sont reconnues théomorphes par une image de Dieu devenu holistique. Mais en continuant à leur donner  comme modèle Marie, elles sont uniquement du côté de l’humain. Ce qui permet de maintenir la justification des rôles traditionnels, des vocations différenciées et de l’exclusion des ministères ordonnés.

Dans la 3ème partie de ce travail, je vais essayer de ressaisir les éléments de mon analyse  pour montrer l’anthropologie qui commande, dans Mulieris dignitatem,  cette manière particulière de penser la différence du féminin et du masculin.

 

 

 

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 00:23

Pentecote-GhP.JPG

 

Peinture sur bois peinte par Sr Ghislaine Pauquet, rc

Pentecôte

On peut la voir au centre spirituel du céancle de Versailles

(France 20ème siècle)

 

 

Le Cénacle entre Ascension et Pentecôte.

Ou le consentement à une absence pour une autre présence.

« Une nuée vint les soustraire à leur regard » Ac 1/9.

Entre Ascension et Pentecôte, ce temps du Cénacle est éducation à voir le Christ d’une autre manière, se familiariser à un autre forme de présence.

 

1- « Ils montèrent à la chambre haute, où ils se tenaient habituellement » Ac 1/13

On y voit cette première communauté, d’hommes et de femmes réunis ensemble.

Cela nous indique une première attitude spirituelle à garder précieusement, à cultiver.

Viser la communion. Se donner, se trouver, des lieux de partage. Et pas seulement en avoir mais aussi en estimer la valeur, s’y investir.

En saisir le sens profond : Il s’agit de faire l’expérience d’une présence du Christ, selon la promesse faite : «  Que deux ou trois soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » Mt 18/20.

La communauté est lieu de présence du Christ, au milieu d’elle, en elle. Corps du Christ.

 

2-« Tous d’un même cœur, étaient assidus à la prière » Ac 1/14

Il y a tellement de choses à dire

Des raisons pour prier :

-Devenir d’autres Christ.

C’est tout l’enjeu de la prière avec l’Evangile. En contemplant le Christ, en fait, je me mets en situation de suite du Christ, comme les disciples qui l’ont suivi sur les routes de Palestine. Le fréquenter pour lui devenir semblable. Le regarder, L’écouter pour regarder comme Il regarde, saisir de l’intérieur les grandes options de Son existence pour que peu à peu elles imprègnent mes décisions. Saisir Sa manière particulière d’aimer, me laisser aimer par Lui pour qu’Il puisse me transformer pour aimer à mon tour.

 « Dans les actes du Christ, aussi bien que dans Ses paroles, se révèlent les principes qui inspirent Son action, les jugements de valeur qui dictent Son attitude, et commandent Ses réactions. C’est cela que nous devons faire nôtre, incorporer progressivement à la substance de notre être. Plus nous le ferons, plus nous agirons spontanément comme le Christ…Nous serons d’autres Christ, c’est à dire des chrétiens. C’est pourquoi, la méditation de l’Evangile n’est pas un exercice facultatif pour ceux qui veulent vivre leur incorporation au Christ. C’est là qu’ils en puiseront les moyens »

Y de Montcheuil, Problèmes de vie spirituelle, Epi, 1947, p98)

 

-Etre animé par l’Esprit.

Mais cela ne se fait pas à la force du poignet, de manière volontariste. C’est de l’ordre d’un abandon, d’un « laisser-faire » de l’accueil d’un don. Ces 10 jours entre Ascension et Pentecôte sont symboliques  d’un Espace. Faire de la place à Dieu, ne pas se précipiter dans l’action. Entrer dans un discernement avant d’agir pour que notre action qui reste bien la nôtre, soit aussi celle de Dieu. Que notre action soit animée par l’Esprit. C’est le sens de cette expression si audacieuse qu’on trouve dans les Actes : « L’Esprit Saint et nous mêmes avons décidé… » Ac 15/28

C’est notre aventure : celle d’être configuré-e au Christ, dans le consentement à Lui devenir semblable et par  l’espace que nous offrons à l’Esprit pour discerner ce qui est selon Dieu. Chacun-e de nous peut devenir   présence du Christ dans ce monde : un-e Autre Christ.

Pour cela il est nécessaire de garder des espaces de recul dans son emploi du temps, des temps pour soi, temps de solitude, de silence, d’intériorité, de relecture du vécu . Descendre au plus profond de soi pour reconnaître ce qui est source de paix, de joie, d’élan paisible, source de plus grande confiance en soi, dans les autres, en Dieu, source de plus d’espérance et d’amour. Car ce sont des signes de l’Esprit. Un désir, une pensée, un sentiment, des idées qui sont portés par ce climat, on peut y discerner l’Esprit du Christ. On peut les accueillir et les réaliser. Au contraire, un désir, une pensée, une idée, un sentiment porté par un climat de peur, de méfiance, d’agitation, de découragement, de tristesse, de ressentiment sont plutôt indicateurs d’un mauvais esprit et l’indication d’un combat spirituel à mener.

 

3-« Vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux confins de la terre » Ac1/8.

Il s’agit maintenant de chercher et de trouver le Christ au cœur même de l’action.

Le monde comme lieu pour trouver Dieu, le monde comme lieu de Dieu.

Cela ouvre un accès à Dieu par la médiation du monde : tout ce qui est bon, juste, vrai, beau, en moi dans les autres, dans les choses est Présence de Dieu. Présence à  adorer, à contempler.

L’apostolat n’est pas d’apporter Jésus mais de le découvrir à l’œuvre dans ce monde, révéler sa présence au cœur de ce que nous vivons.

« Je vis, écrit comme en lettres d’or, ce mot de bonté…je le vis, écrit sur toutes les créatures…toutes portaient ce nom de bonté, je le voyais même sur la chaise qui me servait de prie-Dieu. Je compris alors que tout ce que ces créatures ont de bon …est un bienfait que nous devons à la  bonté infinie de notre Dieu,

afin que nous la rencontrions en tout et partout ».

Lettre de Ste Thérèse Couderc du 10 août 1866

Cela rejoint la phrase attribuée à Ignace de Loyola : « Chercher et trouver Dieu en toutes choses ».

J’y ajoute ce commentaire d’un jésuite d’aujourd’hui :

« Dieu n’est cherché en Lui-même que pour être trouvé en toutes chose…Le désir de voir Dieu trouve son repos en Dieu trouvé ici et maintenant dans l’humilité du quotidien ».

P.Philippe Charru sj,  homélie de la fête de Thérèse Couderc, sept 2007.

 

Ensemble, dans la contemplation du Christ et l’écoute de l’Esprit, pour être apôtre.

Voici ce temps du cénacle entre Ascension et Pentecôte.

Un temps et un espace dont on ne peut faire l’impasse si l’on veut que notre vie chrétienne devienne de plus en plus vivante.

 

4- « Tous d’un même cœur étaient assidus à la prière avec quelques femmes dont Marie mère de Jésus et avec ses frères ».

Pesez le « tous ». Il s’agit de l’Eglise entière ! Femmes et hommes. Tous et toutes disciples. Il est vraiment dommage que tant de peintures, d’icônes de la Pentecôte ne représentent que des hommes avec Marie. ( Et même quelquefois sans elle !). Dans notre Centre spirituel, il y a une peinture de la Pentecôte sur bois où l’on voit  Marie et des disciples femmes et hommes recevoir l’Esprit et partir en joyeux-ses messagères et messagers de la Bonne Nouvelle. Je me souviens de l’étonnement d’un prêtre d’y voir des femmes : « Mais il n’y avait pas de femmes au Cénacle quand les apôtres ont reçu l’Esprit Saint ! » me dit-il. Je lui ai ouvert Ac 1/14 : « avec quelques femmes dont Marie ». Comme quoi les représentations mentales et picturales sont plus fortes que l’objectivité d’un texte.

 

Regarder Marie. Quel est son rôle ici ? Pourquoi la pensons-nous uniquement silencieuse ? Elle qui est remplie de l’Esprit depuis l’Annonciation , elle qui retenait toutes ces choses dans son cœur ( Lc 2/19)…Pourquoi ne pas la voir enseignant, à tous et toutes ,les chemins de la foi, l’accès nouveau à Dieu inauguré par le Christ ? Faire comprendre son absence comme une chance : désormais Le découvrir, Le reconnaître à l’œuvre par nos mains. Donner goût à Le contempler pour que quelque chose de Ses yeux, de Son cœur deviennent les nôtres pour devenir Christ pour les autres . Regarder Marie transmettant ainsi son expérience du Christ son Fils et son Sauveur.

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 21:21

 


Le Cénacle de Pâques à l’Ascension ou le passage de la peur à la foi.

 

De Pâques à l’Ascension c’est un  temps qu’on peut appeler « de la peur à la foi ».

On voit les disciples dans l’Evangile enfermé-es dans le lieu où ils et elles ont l’habitude de se retrouver, le lieu où Jésus avait célébré la dernière Cène et que la tradition nomme le Cénacle.

La peur les a fait s’enfermer. On peut comprendre ! Disciples d’un condamné à mort, ils et elles appartiennent au camp de la défaite, au parti de la défaite. En fait, comme leur maître : enfermé-es dans un tombeau,  lieu de la déception après tant d’espoir suscité par l’action de Jésus quand ils le suivaient , lieu de tristesse après tant de joie que sa parole avait éveillée en eux, lieu de la nuit après tant de lumière que sa présence leur donnait, lieu de mort après tant de vie qu’il donnait à qui le rencontrait !

Au Cénacle à ce moment- là, ils et elles  sont dans la peur et l’enfermement.

N’est-ce pas à certains moments de notre vie, un lieu connu de nous et dont nous avons eu l’expérience ?

 

Mais voilà que ce lieu va devenir un lieu d’expérience de Dieu. En effet Jésus va venir les rejoindre dans ce lieu-là. Ils et elles  vont faire l’expérience qu’aucun verrou au monde ne peut empêcher Jésus de nous rejoindre. Verrou de la déception, de la tristesse, de la nuit, de la mort.

Et ils et elles vont regarder éblouis, Jésus se tenir là pour les assurer de sa présence,

Ecoutons, étonné-es, Jésus leur adresser cette parole qui dit et fait la paix en eux, en elles.

Donc ce 2ème lieu du Cénacle va être peu à peu le lieu d’un passage : de la peur à la foi, de la peur à la paix, de la peur à la joie.

N’est-ce pas aussi à certains moments, un passage connu de nous et dont nous avons déjà fait l’expérience ?


Cela nous donne 3 signes de la présence active de Dieu dans nos vies : la foi, la paix, la joie.

Et ce sont des dons à la fois du Père, du Fils et de l’Esprit, signe de leur victoire en nous, de la victoire de la vie sur la mort.

 

Le vaincu, le rejeté, le condamné, le crucifié mort sur la croix. Il est vivant et on l’a vu vivant.

La lumière après la nuit, la joie après la douleur.

Il nous faut peser la force de cette joie, qui seule explique la force de leur témoignage, la transformation que cela va opérer et qui ira jusqu'à donner leur vie pour témoigner de Lui.

Cela voulait dire aussi que tout dans la vie de Jésus est véridique, que tout est digne de foi.

Dieu a donné raison au crucifié contre ceux qui en avaient fait un paria, un blasphémateur.

Notre foi repose sur leur témoignage.

Ils et elles ont vu c’est pourquoi ils et elles ont parlé.

Peser ce poids de joie des disciples.

N’est-ce pas aussi à certains moments, une force connue de nous et dont nous avons déjà fait l’expérience ?

 

Il y a donc dans ce lieu de passage de la peur à la foi, une expérience spirituelle profonde. Expérience spirituelle qui est expérience de l’Esprit Saint.

Dans le texte, il est indiqué un signe de l’Esprit qui est le pardon des péchés : « Remettez les péchés »

Pour bien profiter de ces paroles du Christ, remarquons qu’elles s’adressent aux disciples, donc à chacun-e de nous. Nous sommes envoyé-es, pour cela nous recevons la force de l’Esprit Saint , et la mission confiée est d’être signe du pardon offert.

Souvent, nous ne prenons pas assez au sérieux ce que nous dit Jésus, nous nous protégeons de ses paroles en nous disant : ce n’est pas à nous qu’il s’adresse.

Baptisé-es, donc disciples, nous sommes envoyé-es :

Accueillons cet appel au pardon, c’est constitutif de notre être baptismal.

Envoyé-es pour dire la miséricorde.

Ces mots de Jésus aux disciples sont pour nous.

N’est-ce pas aussi à certains moments, une expérience de l’Esprit  connue de nous et dont nous avons déjà fait l’expérience ?

 

 

 

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 13:55

Le centre spirituel du Cénacle de versailles est animé par une famille spirituelle qui a choisi un lieu biblique comme fondement de sa vie spirituelle : un lieu qui s’appelle « Cénacle »

Un nom qui n’est pas facile à porter pour 2 raisons :

-le langage courant du dictionnaire, le définit comme « Petit groupe fermé sur lui-même » ! Dur à porter !

-la prédication courante des homélies l’assimile à la seule peur des disciples enfermés.

 

Nous allons essayer de déconstruire ces images !

 

1-Le premier lieu du Cénacle, c’est le lieu de la Cène, le lieu du dernier repas de Jésus.

C’est donc le lieu du don de sa vie que fait Jésus, par amour pour nous, pour aller jusqu’au bout de la fidélité à Sa mission.  Geste du pain et du vin qui signifie qu’Il entre librement dans Sa passion, qu’Il Se livre totalement. Thérèse Couderc, fondatrice de la Famille spirituelle du Cénacle a tellement contemplé ce mystère de la Cène au Cénacle, qu’elle a fait de ce mot «  se livrer » l’expression ultime de la réponse d’amour qu’on peut faire au Christ : se livrer au Christ en réponse au don qu’Il nous fait.

 

2-le deuxième lieu du Cénacle, entre Pâques et Ascension commence bien par la peur et l’enfermement.

Par exemple : « Le soir de ce même jour…toutes portes closes par peur…là où se trouvaient les disciples, Jésus vint… » Jn 20/19

Ce lieu est important. Il ne s’agit pas de le traiter à la légère, du genre : allez ! dehors !

Car c’est un lieu de passage, un temps de passage de la peur à la foi. Et bien, cela prend du temps ! C’est un lieu où l’on se laisse éduquer par Jésus, où on Le laisse nous pacifier.

 

3-Mais il y a un 3ème temps

Ce 3ème temps est méconnu par beaucoup de chrétiens et d’homélies !

c’est le temps du Cénacle entre Ascension et Pentecôte.

Nous lisons cela en Ac1/1…13

01  Mon cher Théophile, dans mon premier livre j'ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement,
02  jusqu'au jour où Il fut enlevé au ciel après avoir, dans l'Esprit Saint, donné Ses instructions aux Apôtres qu'Il avait choisis.
03  C'est à eux qu'Il S'était montré vivant après Sa Passion : Il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, Il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu.
04  Au cours d'un repas qu'Il prenait avec eux, Il leur donna l'ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d'y attendre ce que le Père avait promis. Il leur disait : « C'est la promesse que vous avez entendue de ma bouche.
08  Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. »
09  Après ces paroles, ils Le virent s'élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée.
12  Alors, ils retournèrent du mont des Oliviers à Jérusalem,
13  Arrivés dans la ville, ils montèrent à l'étage de la maison.

.

et en Lc 24/50-52

50  Puis Il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, Il les bénit.
51  Tandis qu'Il les bénissait, Il se sépara d'eux et fut emporté au ciel.
52  Ils se prosternèrent devant Lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie.

 

Ce temps est situé entre l’Ascension et la Pentecôte.

-Ils sont réunis ensemble : c’est dire l’importance de la dimension communautaire de toute vie chrétienne.

-Ils sont en prière dans l’attente du don promis qui est l’Esprit Saint : c’est dire l’importance de la prière pour recevoir de l’Esprit le dynamisme de sa vie chrétienne.

-Ils vont, grâce à cette expérience de communauté et de prière, devenir témoins.

 

Et cela sur ordre de Jésus et dans un climat de joie.

Donc entre Ascension et Pentecôte, il n’est plus question de peur.

Ils sont dans ce lieu sur ordre de Jésus, dans la joie et l’attente du don promis.

Car ce mystère du Cénacle de la Cène à la Pentecôte, n’est pas réservé à la famille spirituelle du Cénacle. C’est un trésor à partager.

Les articles qui vont suivre vont développer  le 2ème et le 3ème temps du Cénacle.

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 18:28

« Au-dessus du pape en tant qu’expression de l’autorité ecclésiale, il y a la conscience à laquelle il faut d’abord obéir, au besoin même à l’encontre des demandes de l’autorité de l’Église. »

„Über dem Papst als Ausdruck für den bindenden Anspruch der kirchlichen Autorität steht noch das eigene Gewissen, dem zuallererst zu gehorchen ist, notfalls auch gegen die Forderung der kirchlichen Autorität.“

Joseph Ratzinger, dans le Lexikon für Theologie und Kirche, vol III, Herder, Freiburg 1968, p. 328.

 

Citation trouvé dans le blog:

http://royannais.blogspot.fr/     

 

 

 

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 21:35

 

Je continue à vous partager mon étude de la lettre encyclique Mulieris Dignitatem. Après avoir montré l’heureuse rupture que ce texte apporte  par rapport aux discours antérieurs, j’aborde maintenant en quoi il reste prisonnier d’une symbolique discriminante pour les femmes.

 

Lecture symbolique de Ep5 : le Christ époux

C’est la  lecture symbolique du numéro 25 qui va servir à justifier des vocations différenciées. Elle met le masculin du côté du divin et le féminin du côté de la créature humaine. Pour étayer cette idée fondamentale, la lettre s’appuie sur la permanence biblique à présenter Dieu comme un époux et Israël comme son épouse en ce qui concerne l’Ancien Testament. Pour le Nouveau Testament, la lettre s’appuie sur la présentation que Jean-Baptiste fait du Christ comme époux et sur le fait que le Christ lui-même se présente ainsi en Mc 2/19-20.

C’est un fait scripturaire indéniable. Mais il peut être interrogé et interprété. Comme se fait-il que la lettre encyclique puisse reconnaître dans son commentaire de Ep5 la nécessité de  remettre  ce passage dans son contexte  et ne pas faire de même pour la symbolique de l’époux et de l’épouse ? Pourquoi cette assimilation masculine à Dieu qui fait de lui un époux, et  cette assimilation féminine au peuple d’Israel qui fait de lui une épouse, ne serait-elle pas dûe, elle aussi,  à  l’enracinement dans « les mœurs et la tradition religieuse du temps » (MD 24)qui établissait une hiérarchie entre les sexes ? Dans une société marquée par une « tradition qui était discriminatoire à l’égard des femmes »(MD 12)Dieu créateur, sauveur, tout puissant ne pouvait être dit qu’au masculin de l’époux. La femme dans sa condition seconde, dépendante, convenait bien pour dire la dépendance de l’humain à son Dieu. Dans le cadre d’une nouvelle anthropologie qui rétablit l’égalité, il n’y a plus de raison de faire du féminin le symbole de l’épouse, ni d’assimiler Dieu à l’époux. Dans une anthropologie où hommes et femmes sont égaux, la symbolique du Christ-Epoux ne peut plus être utilisée comme symbole du masculin face au féminin. Mais la lettre encyclique ne va pas jusqu’au bout de cette logique : sa symbolique biblique n’est pas objet d’herméneutique contextualisante.

Analysons avec précision le numéro 25 du chapitre 7 qui présente  une lecture symbolique de Ep 5. L’amour de Dieu pour son peuple, semblable à celui d’un époux exprimerait la qualité sponsale de cet amour. Cependant, en rigueur de termes,  la qualité sponsale qui est ici mise en avant peut être  présentée autant comme celle de l’épouse pour son époux que celle de l’époux pour son épouse. Le texte précise que l’analogie Epoux/Dieu et Epouse/peuple exprime le caractère divin et non humain de cet amour. Cette affirmation peut être interprétée de deux manières. Cela veut-il dire que le mot époux qui est masculin exprime le caractère divin de cet amour alors que le féminin d’épouse ne pourrait l’exprimer ? Ou cela veut-il dire que le caractère divin de cet amour est bien au-delà de ce qui peut être vécu au niveau humain ? (Au sens de l'analogie thomiste qui n'est pas synonyme de  ressemblance imparfaite mais qui dit un rapport de dépendance qui nous unit à Dieu. Ce que nous disons de Lui dépasse ce que nous en comprenons, n'est pas en Lui tel que nous le concevons. Dire de Lui qu'il est époux, c'est dire que toute relation d'amour a sa source en Lui, que son existence en nous, dépend de Lui).

Les trois citations suivantes me semblent aller dans le sens de la première interprétation :

L’épouse est un sujet collectif qui englobe tout le peuple de Dieu.

C’est par le rachat  de chaque homme et de chaque femme que le Christ exprime

Son amour et accomplit le caractère sponsal de Son amour. Il le fait en Se livrant de manière radicale par le don de Lui-même. Il est l’époux devant des hommes et des femmes appelé-es à être  épouses . « Ainsi le fait d’être épouse, et donc le féminin, devient le symbole de tout l’humain». ( MD 25 )

 

Quelle est la caractéristique " féminine"  de l'épouse ?

C’est le fait d’accueillir comme un don l‘amour du Christ rédempteur : « Dans l’Eglise, tout être humain, homme et femme, est l’épouse parce qu’il accueille comme un don l’amour du Christ rédempteur et aussi parce qu’il tente d’y répondre à travers le don de sa personne » ( MD 25 ).

 

Quelle la caractéristique de l’époux ?

Le Christ est l’époux et par là s’exprime la vérité sur l’amour de Dieu qui a aimé le premier. Un époux qui, en s’incarnant, est devenu vrai homme au masculin. « Le symbole de l’époux est donc du genre masculin. » ( MD 25 ). C’est par ce symbole masculin que Dieu exprime Son amour.

 

L’argumentation repose sur un présupposé non dit : une représentation de l'homme masculin comme celui qui aurait l’initiative, qui aimerait et donnerait le premier et une représentation du féminin qui recevrait et ne pourrait donner qu’en réponse. Avec cette présupposition, il devient légitime de mettre le Christ du côté de ce symbole masculin de l’époux car le Christ est bien celui qui aime et donne le premier. Mais la présupposition est-elle juste ? Le texte lui-même nous a décrit l’amour humain comme un don mutuel dans la réciprocité .

Mettre le masculin du côté de l’initiative et le féminin du côté de l’accueil , n’est-ce pas revenir au schéma du masculin premier et du féminin second dont le chapitre 3 de la lettre encyclique nous avait délivrés ?

Ce qui peut être questionné au niveau de la symbolique, ne peut l’être au niveau du réel de la masculinité de l’homme Jésus. Mais quel est le sens de cette masculinité ? A-t-elle un sens au niveau de la révélation et de la rédemption ? Etait-il de nécessité de salut qu’il en fût ainsi ? Et surtout cela est-il pertinent pour déterminer une identité , une vocation, des rôles différenciés du féminin et du masculin ?( A ce sujet, voir E.A.JOHNSON, "La masculinité du Christ", Concilium, n°238, p.148-151, article reproduit dans B.CHENU et M.NEUSCH, Théologiens d'aujourd'hui, vingt portraits, Paris, Ed.Bayard/Centurion, 1995, p91-96 )

Cette symbolique met les hommes et les femmes en tant qu’humains du côté de l’épouse, puisque le féminin est symbole de l’humain. Elle met les hommes seuls du côté de l’époux puisqu’ils ont le sexe de l’époux. Et cela permet de justifier l’assymétrie du masculin et du féminin dans la célébration de l’Eucharistie.

« Si le Christ, en instituant l'Eucharistie, l'a liée d'une manière aussi explicite au service sacerdotal des Apôtres, il est légitime de penser qu'il voulait de cette façon exprimer la relation entre l'homme et la femme, entre ce qui est "féminin" et ce qui est "masculin", voulue par Dieu tant dans le mystère de la Création que dans celui de la Rédemption. Dans l'Eucharistie s'exprime avant tout sacramentellement l'acte rédempteur du Christ-Epoux envers l'Eglise-Epouse. Cela devient transparent et sans équivoque lorsque le service sacramentel de l'Eucharistie, où le prêtre agit "in persona Christi", est accompli par l'homme (MD 26 ).

 

L’interprétation d’Ep5 est le lieu à la fois d’une rupture avec la manière classique de considérer la différence. Une différence dans une parfaite réciprocité. Mais aussi donne lieu à la continuité d’un discours sur la différence comme positionnement asymétrique par la symbolique époux-épouse.

Cette manière asymétrique de penser la différence est renforcée par le procédé typologique que nous verrons dans l’article qui suivra.

 

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 23:07

Egalité et image : rupture avec le discours traditionnel

 Ce qui précède nous permet d’apprécier à sa juste valeur de nouveauté, le caractère de rupture contenu dans ce chapitre III qui est une réflexion d’anthropologie chrétienne à partir du texte de Gn 1 et 2. Cette rupture porte sur l'égalité, sur la femme comme l'homme image de Dieu et sur l'image holistique (Du grec : holos qui veut dire  « tout entier » : Parler d’image holistique de Dieu signifie que, de la même manière qu’on utilise des images masculines pour parler de Dieu, on peut également utiliser des images féminines. Ces images deviennent ainsi holistiques, et non plus seulement andromorphiques ( à l’image de la masculinité) de Dieu.

Il y a  une affirmation forte de l’égalité :

« Le texte biblique fournit des bases suffisantes pour que l’on reconnaisse l’égalité essentielle de l’homme et de la femme du point de vue de l’humanité » (MD 6)

Cette égalité se décline sous plusieurs aspects:

 

1-Homme et femme possèdent une commune humanité :

« Tous les deux sont des êtres humains, l’homme et la femme, à un degré égal tous les deux » (MD 6).

 

2-Homme et femme ont une commune vocation à la domination de la terre et une origine commune.

« Le Créateur confie la domination de la terre au genre humain, à toutes les personnes, à tous les hommes et à toutes les femmes, qui puisent leur dignité et leur vocation dans leur origine commune » (MD 6).

 

3-Homme  et femme possèdent en commun le statut de personne humaine :

« L’homme est une personne et cela dans la même mesure pour l’homme et pour la femme ».( MD 6)

Nous avons vu que Gn 2 avait été utilisé pour faire du masculin le sexe exemplaire et du féminin le sexe secondaire, dépendant, référé au masculin. Dans le chapitre III de cette lettre, rien de tel. Ce texte  a le souci de toujours situer l’homme et la femme dans une commune réciprocité:

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » n’est pas compris comme s’adressant seulement au masculin mais aussi au féminin, visant l’unité des deux. Il est question d’une « relation réciproque de l’homme à l’égard de la femme et de la femme à l’égard de l’homme » (MD 7).

L’aide de Gn 2/18-25 n’est pas non plus interprétée à sens unique : l’un et l’autre sont aides mutuelles au service de la découverte et de la confirmation de leur humanité :

« La femme doit aider l’homme et en même temps l’homme doit aider la femme…il s'agit d’une aide des deux côtés et d’une aide réciproque » (MD 7).

 

4-Commune humanité voulue pour elle-même par Dieu :

« L’homme -homme et femme- est le seul être parmi les créatures du monde visible que Dieu créateur ait voulu pour lui-même" (MD 7).

Ici la raison du féminin n’est plus « instrumentale » -produite pour la génération- . Elle est voulue pour elle-même.

 

5-Commune vocation à la réalisation de soi dans le don désintéressé de soi.

Dans ce chapitre l’auteur cite un passage de Gaudium et spes qui parle d’une ressemblance entre l’union des personnes divines et l’humanité dans le don désintéressé de soi. C’est une vérité sur l’homme et la femme, celle d’être une personne. Etre (une ?) personne se définissant comme réalisation de soi s’accomplissant dans le don. La communion des personnes en Dieu, leur mutuelle donation, est modèle de la personne humaine -homme et femme- qui est appelée à exister pour autrui, à devenir don, et qui  «  ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. » (CONCILE VATICAN II, Constitution pastorale Gaudium et spes, L’Eglise dans le monde de ce temps n°24 §3, Cerf, 1967)

 

Cette anthropologie de l’égalité homme-femme se fonde sur la théomorphie, c'est-à-dire sur la création de l’humain, homme et femme, à l’image de Dieu . Ce chapitre est d’une totale clarté aucune ambiguité n'est possible et la rupture est totale avec le discours classique. C’est le  thème de l’image qui est fondement de tout ce passage, et fonde l’égalité de l’homme et de la femme. Cette image de Dieu dont il est porteur est la caractéristique essentielle de l’être humain, homme et femme, personne à l’image du Dieu personnel, personne, et en ce sens semblable à Lui. Le fait d’exister en relation homme et femme est une image aussi de Dieu relation trinitaire. Le caractère personnel de la personne trouve son modèle en Dieu, communion de Personnes. (MD 7)

                  

Une nouveauté qui ouvre à une autre représentation de Dieu

Ce chapitre III va même aller jusqu’au bout de sa logique. L’égalité fondée sur une commune théomorphie permet de concevoir Dieu sous des traits non seulement masculins mais également féminins. Pour cela le texte rappelle que le langage biblique, pour parler de Dieu, utilise des images qui sont propres à l’humain, c'est ce qu'on appelle un langage anthropomorphique.  La théologie parlera d’analogie (en prenant soin de préciser que si il y ressemblance de Dieu avec l’humain, il a encore plus non-ressemblance). Dans l’ensemble du corpus biblique, ces images sont en majorité masculines. Mais cette lettre encyclique fait remarquer qu'il y en a de féminines. La nouveauté, dans ce texte, vient de la reconnaissance que Dieu se présente aussi dans la Bible comme semblable à la femme en citant par exemple:Is 49/14-15 où Dieu est présenté comme une femme qui n’oubliera jamais ses enfants et Is 66/13, Dieu comme une mère qui console.

Cependant,d’autres images féminines de Dieu auraient pu être citées comme l’image féminine de la Sagesse (Y.CONGAR, Je crois en l’Esprit saint, Cerf, 1980, tome III, p.209. P.LEFEBVRE, la sagesse : rencontre de l’homme et de la femme, Vie spirituelle, 1999, n°731, p 201 à 217. L’auteur cite Si24/6 ; Pr8/31 ; Pr7/4 ; Sg8/2 ; Pr8/17. Ici la figure de la Sagesse est femme. )

Du fait de cette absence, les images féminines de Dieu qui sont citées, portant uniquement sur la maternité, accréditent, et on peut le regretter,    une vocation féminine uniquement maternelle.

 

Rupture du discours ancien à partir d’Ep5

Nous  trouvons une autre rupture au chapitre 24 qui est un commentaire de Ep 5. On sait que ce texte a été longtemps la seule première lecture possible pour la célébration du mariage et interprétée comme un plan divin sur le mariage comportant la soumission de l’épouse. Pour saisir à sa juste valeur là aussi, le  caractère de rupture contenu dans la lettre encyclique, il est bon de citer l’encyclique Casti connubis de Pie XI qui date de 1930. C’est une bonne illustration de la doctrine classique qui a prévalu jusqu'au Concile Vatican II.

« Enfin, la société domestique ayant été bien affermie par le lien de cette charité, il est nécessaire d'y faire fleurir ce que saint Augustin appelle l'ordre de l'amour. Cet ordre implique et la primauté du mari sur sa femme et ses enfants, et la soumission empressée de la femme ainsi que son obéissance spontanée, ce que l'Apôtre recommande en ces termes : ‘ Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur; parce que l'homme est le chef de la femme comme le Christ est le Chef de l'Eglise. »  (PIE XI Casti connubii, du 31 décembre 1930, Ed Bonne Presse, Paris, 1963, p14-15)

Dans la suite de ce texte, on trouve un essai pour atténuer ce caractère subordonné. L'auteur précise que cela n'abolit pas sa liberté en tant que personne humaine et sa dignité d'épouse, de mère et de compagne; qu'elle n'a pas à obéir à des désirs du mari qui seraient contraires à sa dignité; la situation qui est la sienne n'est pas celle d'une mineure; son rôle dans le couple est d'être le cœur parce qu’elle possède la primauté du cœur ; la soumission de la femme à son mari peut varier selon les situations, jusqu'à suppléer le mari dans la direction de la famille si celui-ci manque à son devoir. Ces corrections sont l'écho du malaise qui déjà se fait sentir et qui va rendre ce type de discours inaudible, à mesure que le thème de « la libération de la femme par rapport à toute forme d’injustice et de domination » (JEAN-PAUL II, Lettre aux femmes du 29 juin 1995 ) va de plus en plus se concrétiser. Elles n'abolissent pas toutefois la primauté du mari qui serait la tête et, de ce fait, la primauté de gouvernement et le caractère divin de cette loi :

"Pour ce qui regarde la structure même de la famille et sa loi fondamentale établie et fixée par Dieu, il n'est jamais, ni nulle part, permis de les bouleverser ou d'y porter atteinte." (PIE XI déjà cité)

Et de citer, pour appuyer, une encyclique précédente écrite en 1880:

« L'homme est le prince de la famille et le chef de la femme; celle-ci, toutefois, parce qu'elle est, par rapport à lui, la chair de sa chair et l'os de ses os, sera soumise, elle obéira à son mari, non point à la façon d'une servante, mais comme une associée; et ainsi, son obéissance ne manquera ni de beauté ni de dignité. Dans celui qui commande et dans celle qui obéit - parce que le premier reproduit l'image du Christ, et la seconde l'image de l'Eglise, - la charité divine ne devra jamais cesser d'être la régulatrice de leur devoir respectif. » (LEON XIII, Encyclique Arcanum divinae sapientiae du 10 février 1880)

 

Il y donc  d’abord dans Mulieris Dignitatem, une heureuse rupture avec l'interprétation de Casti connubi. En rupture avec une lecture fondamentaliste, l’interprétation se fait contextuelle. Si Paul parle de soumission de la femme à son mari, c’est en raison d’un « enracinement dans les mœurs et les traditions du temps » (MD 24). C’est pourquoi, il nous faut comprendre que la seule soumission légitime est celle de l’Eglise au Christ. Par contre, dans la relation mari-femme, elle doit être réciproque. Cette interprétation se veut ferme :

« Le défi de l’ethos de la Rédemption est clair et définitif. Toutes les motivations de la soumission de la femme à l’homme dans le mariage doivent être interprétées dans le sens d’une soumission réciproque » (MD 24)

Pour cela, il est fait état d’une distinction majeure. Il est nécessaire de distinguer « ce qui exprime la réalité humaine des relations interpersonnelles  et ce qui  exprime en langage symbolique, le grand mystère divin » (MD 23)  Ce qui est de l’ordre de la révélation concerne le rapport Christ/Eglise et pas le type de relations concrètes des hommes et des femmes. L’amour du Christ pour l’Eglise est 

« semblable à l’amour nuptial des conjoints humains mais évidemment, il ne lui est pas identique. L’analogie , en effet, suppose une ressemblance qui laisse place à une marge appropriée de dissemblance ». (MD 25)

Ce sont ces deux considérations dans le texte même de la lettre encyclique, qui permettent d’interroger l’idée fondamentale de la suite du  chapitre : le féminin serait symbole de l’humain, et le symbole de l’époux serait du genre masculin. Car après avoir dédouanné ce texte de toute interprétation inégalitaire, il va servir à justifier la fonction du Christ comme époux et donc réintroduire l’inégalité. Ces deux considérations  permettent aussi d’interroger l’ensemble de la lettre. En quoi, ce qui relève du mystère divin, la création, l’Incarnation, la Rédemption, peut-il informer les relations homme-femme et fonder des vocations différenciées ? En quoi le rôle de Marie sur le plan du mystère divin peut-il être normatif d’une identité et d’une vocation spéciales des femmes ?

 

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 00:10

Ce WE dernier, dans notre Centre spirituel, nous avons accueilli une trentaine de personnes du Carrefour des Chrétiens Inclusifs.

Qui sont-ils ? Voici, sur leur site, comment ils se définissent :

 

« Le CCI regroupe des chrétien-nes de toutes confessions souhaitant promouvoir une Eglise inclusive, c'est-à-dire pratiquant l'accueil inconditionnel de tous et toutes quels que soient leur sexe et leur orientation sexuelle »

 

Elles et ils venaient pour 4 jours de retraite avec pour thème :

« Y a pas de honte à être aimés de Dieu!" »

Ce groupe avait demandé à deux sœurs de la Communauté d’animer le dimanche matin. Après la louange du matin, Sr Vanessa a donné un enseignement  qui avait pour titre : « Je reconnais devant Toi, le prodige, l’être étonnant que je suis : étonnantes sont Tes œuvres toute mon âme le sait » Psaume 138/14. Et ensuite j’ai présenté un texte biblique tiré du livre d’Isaïe 43/1-4 avec des pistes pour un temps de méditation personnelle.

Le reste de cette retraite était pris en charge par des membres du groupe avec des ateliers créatifs, des tables rondes, un culte réformé, une étude biblique, une étude du livre de Paul Tillich, le courage d’être, une Eucharistie et pour finir l’Assemblée générale de leur association.

 

Personnellement, j’ai été touchée par la joie des membres de ce groupe. Leur joie dans la foi et la profondeur de leur foi.

Lors de l’eucharistie, un texte écrit par l’une des membres, Marina Zuccon m’a particulièrement intéressée.

Ce texte pourrait s’appeler : GPS de vie spirituelle. Avec humour cela dit des choses profondes. Le voici :

 

« Pour sortir du garage de la honte dans lequel vous êtes enfermés, vous devez passer les trois grilles

de la culpabilité,

de la condamnation

et

du mépris,

avec les trois codes:

-quelqu'un

- qui est là

-en avant

Prenez la rampe « lâcher prise »,

et vous vous trouverez sur la Rue de la promesse.

Continuez tout droit et passez le pont de la légèreté qui enjambe la crainte.

Vous arrivez sur l'avenue de l'amour indéfectible, et sans rougir et sans honte, vous  arrivez au carrefour  du Mystère, 

laissez la sortie " le rejet",

et

suivez la direction "Un ami",

pour arriver, sans faute  ni péché, sur la grande place de la Confiance »

 

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