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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 00:07


 

J’ai choisi une manière de vivre…originale. Tellement originale qu’elle est, soit complètement inconnue  de certains, ou méconnue, ou encore défigurée, caricaturée.

Quand je suis entrée au noviciat, ma mère est venue me voir. Elle était tout étonnée (et rassurée !) de voir que j’avais une chambre et un lit. Elle s’attendait à un dortoir et une paillasse.

Pour beaucoup, la vie religieuse ce sont des images de film : la sœur en cornette de « la grande vadrouille », la vie sans fenêtre de « Thérèse », ou encore la niaiserie des sœurs de « Thérèse.com » !

 

Essayer de remonter la pente (à la petite mesure qui est la mienne) de ces méconnaissances et de ces fausses images, a été une des raisons de la création de ce blog.

Vous avez déjà pu lire quelques articles dans la rubrique « journal ». Ils racontaient une journée, une fête. Par les 2 ou 3  articles qui vont suivre, je vais essayer de mieux faire comprendre les dimensions essentielles de la vie que j’ai choisie et pourquoi je l’ai choisi. Ceci de manière inhabituelle et quelque fois provocatrice !

 

Par exemple, j’aime à dire que la vie religieuse, c’est le communisme réalisé ! Entendons-nous bien, je veux parler ici non du côté idéologique mais sur le plan économique. Marx distingue le socialisme réussi quand les biens sont répartis selon le mérite et le communisme quand les biens pourront être répartis selon les besoins.

Cette utopie est réalité dans la vie religieuse. En effet, le fruit du travail de chacun-e est mis en commun.

La théologienne ( et religieuse) SM Schneiders montre que les communautés de religieuses et de religieux vivent  une économie de don. Leurs membres la créent et la vivent car il y a mise en commun des biens et remise de ces biens selon les besoins et non sur d’autres critères comme par exemple le type de travail, l’âge, les capacités. Ce qui veut dire qu’un  membre étudiant,  malade ou en pleine activité recevront ce qui est nécessaire pour vivre, en fonction de cela et non par égard à la charge de travail et à l’argent qu’il-elle rapporte à la communauté.

Ce rapport aux biens s’appuie sur la parabole de Mt 20/1-16 : chacun reçoit ce qui lui revient, une journée de salaire, c’est à dire ce dont une personne a besoin pour vivre. 

Vivre ce partage des biens selon les besoins, le vivre dans le système économique dominant qui est le notre, c’est créer un système alternatif. Il est contestation de ce système. Car il démontre et réalise que le droit à la vie et aux ressources nécessaires pour l’entretenir ne doivent pas découler  d’un travail plus ou moins important ou plus ou moins valorisé selon une hiérarchie contestable.

Tous et toutes doivent recevoir ce qui est nécessaire à la vie.

La vie religieuse, si elle vraiment vécue, est vie communautaire d’amitié évangélique entre personnes égales.

Ce style de vie fait l’objet d’une promesse que l’on appelle « vœux », (non au sens de nos souhaits de nouvel an) mais au sens de se vouer, s’engager à vivre ainsi. Il fait partie des 3 vœux que le religieux, la religieuse prononce lors de son engagement.

On l’appelle le vœu de pauvreté.

Personnellement j’aimerai qu’on ne l’appelle plus ainsi. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que la pauvreté est un mal qu’il faut combattre. Ensuite parce que nous ne sommes pas pauvres. La mise en commun des biens que nous pratiquons est en fait une belle réussite économique ! Enfin parce que faire vœu de mise en commun des biens exprime mieux l’utopie évangélique des premiers chrétiens : « Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun » Actes des Apôtres chapitre 2 verset 44.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

.M SCHNEIDERS,  « La vie religieuse dans l’avenir », Congrès international de la vie consacré, Rome nov.2004, Passion pour le Christ, passion pour l’humanité, Editions Bayard, 2005

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 23:20

Voici un article paru dans le Journal La Croix. Il inaugure une nouvelle rubrique de mon blog. Faire connaitre des combats qui méritent d'être soutenus. En allant voir le site, vous aurez plus d'info sur cette sitaution révoltante et verrez comment il est possible de soutenir l'action de cette association.

 

Cinq associations étrangères ont reçu le 10 décembre le prix des droits de l’homme de la République française. « La Croix » présente leurs actions. Aujourd’hui : à Dacca.

"Fondée en 1999 au Bangladesh, l’Acid Survivors Foundation (ASF) défend les victimes d’attaques à l’acide et dénonce inlassablement le fléau de ces agressions visant à punir des femmes jugées insoumises. Ces violences frappent parfois des enfants, parce que les bébés dormant près de leurs mères reçoivent une partie des jets d’acide lancés contre elles dans leur sommeil.
« Les attaques à l’acide ont longtemps été un sujet caché au Bangladesh », explique Monira Rahman, directrice de l’ASF. L’action de cette association, qui a recensé 3 500 victimes en dix ans, les soutiens internationaux qu’elle a reçus, lui ont permis de pousser à l’adoption d’une loi dans son pays punissant les agresseurs, car « l’impunité est le plus gros problème ». Le Bangladesh a pénalisé les attaques à l’acide en 2002. Des personnalités ont marqué leur soutien à l’ASF, qui emploie aujourd’hui 50 personnes – la moitié sont des survivantes – et a ouvert un hôpital de vingt lits à Dacca, la capitale, où 600 personnes reçoivent des soins....
 "

par NATHALIE LACUBE

www.acidsurvivors.org

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 23:21

 

Les paradoxes assumés d'une religieuse, Sœur Lydia, économe provinciale dans la congrégation du Cénacle

 

« Si l'on vous sollicite pour être économe, il vous faudra sérieusement examiner cette proposition ! » 

Dès 1992, l'animateur d'une session économique avait ainsi confirmé dans ses capacités Sœur Lydia Vauthier, fille de commerçants lorrains entrée en 1979 dans la congrégation du Cénacle. Si bien que lorsque sa supérieure lui demande, en 1998, de soutenir l'économe, puis, en 2004, de devenir  économe provinciale, la religieuse n'a pas été surprise. Après avoir été accompagnatrice de retraites spirituelles, puis directrice de la maison diocésaine de Raismes (Nord) et de celle du Cénacle à Versailles, elle assume cette lourde mission depuis treize ans. Comme « un lieu d'incarnation de notre charisme ».

 

L'économe est chargée de la mise en œuvre économique des décisions apostoliques prises par la congrégation. Si la province de France a « fermé une maison par an jusqu'en 2004 », elle a également transformé sa vaste maison de Fourvière en établissement pour personnes âgées dépendantes et fait bâtir au Togo et à Madagascar, où elle compte plusieurs novices. Dans les années 2005-2007, des audits au Brésil et à Madagascar avaient d'ailleurs permis à Sœur Lydia de percevoir les défis de ces communautés.

 

Des visites d'entreprises, d'experts comptables et même du Stock Exchange de Chicago l'avaient aidée à mieux rendre compte, devant la supérieure générale, de la situation économique de la congrégation. Pour subventionner l'entretien des bâtiments, les soins des sœurs aînées et la formation des plus jeunes, l'économe n'a « pas d'autres moyens » que les rendements des produits financiers. Mais « depuis trois ans, nos rentrées d'argent diminuant, nous sommes obligées de manger notre capital », explique-t-elle.

 

Dubitative à l'égard des placements éthiques – « les capitaux sont tous emboîtés les uns dans les autres »  –, Sœur Lydia achève cependant de rédiger, avec un cabinet d'éthique et deux religieuses philippine et américaine, une « charte de gestion éthique et financière » pour les banquiers qui s'occupent du portefeuille de la congrégation.

 Elle qui regarde les chaînes BFM et Bloomberg (sur la Bourse), lit la presse économique et s'oblige tous les ans à suivre une formation financière, ne cache pas qu'elle est « prise de vertige » face à l'aberration du monde financier. 

 

« Tous les matins, j'ai l'impression de mettre ma main dans la gueule de Mamon ! 

(NDLR : le dieu de l'argent, dans la Bible.) C'est pourtant là que je suis attendue à la suite du Christ. » 

Claire LESEGRETAIN 
La Croix - le 1er octobre 2001

 

 

 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 10:16

Dans un journal, on peut lire des témoignages. Des textes où l'on dit "je". Voici le mien. 

 

1-Confiante car  aimée

Quand je dis cela, pour moi, c’est l’essentiel du christianisme.

La découverte que Dieu nous aime et qu’ainsi nous sommes aimé-es.

Je ne sais pas comment l’exprimer, cela a mis au cœur de ma vie, comme une sorte de sécurité : beaucoup de choses peuvent s’écrouler autour de moi, mais son amour pour moi, ça c’est solide, ça tient, même si je n’en ai plus  conscience : il continue de m’aimer comme il le fait pour chacun-e de nous

Dieu est un-e ami-e qui ne vous manquera jamais.

Si on se sait aimer tel-le qu’on est avec ses qualités et ses défauts, avec son passé et son présent, on va pouvoir peu à peu s’accepter soi-même.

Déjà, tel-le que nous sommes, nous sommes aimable au yeux de Dieu.

On va peu à peu être délivrés de la sévérité avec soi-même, de la mauvaise culpabilité, de la jalousie, du ressentiment, du jugement des autres.

 En disant cela, je ne dis pas qu’on vit toujours « cui-cui, les petits oiseaux », ni que cela nous protège des souffrances de la vie, mais qu’on les vivra autrement.

Se savoir aimé-e par Dieu, n’est pas une assurance contre la souffrance, mais on n’est pas seul-e, l’amitié de Dieu est là, à la fois, cela ne change rien et cela change tout.

2-Confiante parce que ma vie à du sens

J’ai connu les 2 situations : sans la foi et avec la foi.

Sans la foi : ça veut dire que notre vie est un instant dans l’immensité du temps, une poussière dans l’immensité de l’espace, le fruit du hasard et que nous allons vers le néant.

Il y a une angoisse profonde qui nous habite tous, souvent cachée.

La foi nous dit autre chose que ça :

Elle nous dit que ne sommes pas le fruit du hasard et notre destination finale n’est pas le néant.

Elle nous dit que nous sommes le fruit d’une volonté aimante de Dieu et que nous sommes faits pour une vie éternelle.

Notre origine est divine et fait pour un  amour qui n’aura pas de fin.

Vivre sa vie en sachant cela, nous établit dans la paix : nous sommes depuis toujours et pour toujours dans les mains aimantes de Dieu.

Cela ne veut pas dire encore une fois que tout est facile, le croyant connaît aussi des peurs, des angoisses, mais en s’appuyant sur sa foi, il est délivré de l’angoisse du néant qui est à l’opposé de la paix.

3-Confiante car découvrant la valeur de ma vie

En accueillant la foi qui m’était proposée par le christianisme, j’ai appris que chacun-e de nous a une valeur infinie, ce qui change son regard sur soi et sur les autres.

La foi me dit que nous sommes capables de bonté, de vérité, de justice, de liberté, parce que Dieu nous a fait comme lui, à sa ressemblance. Ça change profondément l’image que j’ai de moi.

Dieu a d’abord une image positive de moi, d’abord, surtout et j’ai envie de dire toujours. De moi et donc des autres.

« Merveille que je suis » dit le ps 139

Assez étonnant tout de même ! Grâce à Dieu, je peux m’accueillir comme un cadeau, m’accueillir dans la confiance, sûre de moi grâce au regard positif de Dieu sur moi.

C’est comme un contre poison du mépris de soi.

Mais cela fonde aussi la lutte contre toute forme d’injustice, de  discrimination, de pauvreté parce que tout homme, toute femme a valeur infini.

4-Confiante parce pardonnée

Il y aurait beaucoup de chose à dire la-dessus.

Croire en Dieu qui pardonne est une formidable source de confiance

Il m’arrive souvent de regarder le Christ en croix et j’y vois un pardon infini.

On est sauvé parce qu’on est infiniment aimé-e mais aussi infiniment pardonné-e.

C’est une formidable source de confiance, car devant lui, avec lui, pour lui, rien n’est jamais perdu, rien n’est jamais fini, il y a toujours un avenir qu’il m’offre pour revivre, repartir, recommencer.

5-Confiante parce que Dieu est un ami

Il y a dans notre vie un allié, toujours de notre côté, jamais contre nous, toujours pour nous. Cette amitié que Dieu nous porte, elle nous est prouvée dans l’existence de Jésus. Cela est facteur de paix. Cela m’établit dans la paix en me montrant un Dieu avec nous pour lutter contre le mal, avec nous pour que la vie l’emporte.

Dieu connaît nos peurs, c’est pourquoi, il y a comme un refrain qui parcourt toute la Bible et que Jésus reprend : « n’ayez pas peur…la paix soit avec vous »

Ne pas s’habituer à l’inouï de notre foi chrétienne

Et la vraie conversion n’est pas d’abord morale mais changement de conception de Dieu : quittez nos images fausses et mauvaises pour nous, pour s’ouvrir à du neuf :

C’est très important de prendre conscience des fausses images que nous faisons de Dieu, des représentations qui proviennent de notre imaginaire, qui n’ont rien à voir avec la réalité, l’Ancien Testament appelle cela des idoles et nous en avons tous.

Je vais donner quelques exemples pour bien me faire comprendre :

Le dieu qui se cache au coin de la rue pour me prendre en flagrant délit de faute ;

le dieu voyeur à qui rien n’échappe pour mieux m’accuser ;

le dieu fatalité qui a écrit sur son grand livre ce que je dois faire, sinon ce sera le malheur pour moi ;

le dieu paratonnerre, qui moyennant quelques sacrifices, me protégera des souffrances de la vie ;

ce dieu puissant qui impose sa loi de fer etc…

On peut allonger la liste, les exemples donnés sont des caricatures, mais nous n’en sommes pas indemnes et elles peuvent s’insinuer en nous sans qu’on y prenne garde.

Le Christ guérit peu à peu de ces fausses images, peu à peu parce qu’ on est lent à se laisser convertir, à quitter nos fausses représentations.

Pour cela, il nous faut beaucoup de temps, il nous faut longuement regarder ce vrai visage de Dieu qui se donne à voir dans la fragilité de l’enfant de Noël, dans la charité, le respect, la liberté, la miséricorde de cet homme Jésus, le vrai visage de Dieu qui se dit par la croix : Dieu souffrant, et aimant jusqu’au bout. 

L’Eternel qui est Dieu entre dans notre histoire en se faisant petit enfant et connaît la souffrance et la mort de la croix, pour nous.

C’est une révolution de l’image de Dieu, c’est une subversion, une contestation radicale de nos images spontanées, de nos fausses images. Les premiers chrétiens étaient considérés par leurs contemporains, gens très religieux comme athées, parce que leur foi ne correspondait pas du tout à l’idée commune de Dieu.

Un enfant qui ne sait pas encore parler et qui pourtant nous dit simplement par ce qu’il est : « je ne suis pas ce que vous croyez, regardez-moi et vous saurez qui est vraiment Dieu. »

Dieu qui nous aime le premier, qui nous rejoint dans notre histoire, qui se fait petit, vulnérable, à la merci de tous, ayant besoin de tous, qu’on peut prendre dans ses mains, dont on peur faire n’importe quoi, fragile.

Et Noël n’est que le début du dévoilement du vrai visage de Dieu.

Un jour, Jésus dira : « Qui me voit, voit le Père »

Pour être cohérent, il faut aller jusqu’à dire : Dieu a voulu vivre cela.

Pour quelle raison ?

Voilà ce que je suis, croyez ce que je vous dis de moi et renoncez à vos fausses images

Donc chassez toute crainte, allez à ma rencontre en toute confiance et en toute joie.

6-Confiante parce découvrant une sagesse de vie

En regardant Jésus et en mettant nos pas dans ses pas, j’ai l’assurance d’un chemin de lumière, de vérité et de vie qui se décline dans une très longue liste :

amour, pardon, miséricorde, confiance, espérance, don, fidélité, liberté etc.

En Jésus , je possède l’image réussie de notre humanité, l’image accomplie, la plénitude de notre humanité, l’homme dans sa vérité donc ce vers quoi je peux tendre si je veux réussir ma vie, et donc aussi l’assurance que c’est possible, parce que Jésus a inauguré une autre logique qui est vrai chemin d’humanité. Avec la force qu’il nous donne, c’est possible de vivre comme lui.

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 10:25

Dans l’Evangile selon Matthieu du verset 12 au verset 14

"A votre avis, si un homme possède cent brebis et qu'une d'elles vienne à s'égarer, ne va-t-il pas laisser les 99 autres sur les montagnes pour s'en aller à la recherche de l'égarée ?

Et s'il parvient à la retrouver, en vérité je vous le dis, il tire plus de joie d'elle que des 99 qui ne se sont pas égarées.

Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu'un seul de ces petits se perde.

1ère piste :

M’arrêter sur la question de Jésus : « Que pensez-vous de ceci ? »

Jésus pose souvent des questions (Que cherchez-vous ? Veux-tu guérir ? Que veux-tu que je fasse pour toi ? Combien avez-vous de pain ? Etc.)

Ici sa question est un appel à penser. Il est donc dans la position de l’accoucheuse qui aide à la naissance d’une pensée propre.

Regardons  Jésus dans cette attitude qui veut nous stimuler à une pensée personnelle.

Et acceptons cette invitation à penser.

 

2ème piste :

Il y a dans ce texte 4 images de Dieu que nous pouvons contempler.

Dieu nous veut pensant.

Dieu à notre recherche.

Dieu qui se réjouit.

Dieu qui ne veut pas qu’aucun de nous se perde.

Prendre du temps pour contempler ces 4 images.

Elles peuvent stimuler notre amour de Dieu révélé en Jésus

 

3ème piste :

Et s’il y avait une 5ème image ? Celle de Dieu qui a de l’humour ?

Dire qu’il y a de la joie pour une brebis perdue et retrouvée, c’est juste mais dire qu’il y en a plus que pour les 99 qui sont restées bien sagement dans l’enclos, est-ce de la provocation ou de l’humour ?

Il faudrait donc pour donner de la joie à Dieu, se perdre pour lui donner plus de joie à nous retrouver ?

De l’humour ou peut-être simplement du réalisme car les 99 n’existent pas, nous sommes toutes et tous des brebis que Dieu cherche inlassablement. Et nous sommes chacune et chacun, unique à ses yeux.

 

 

 le-bon-berger-ddmcanada.free.fr.jpg

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 18:10

 

Dieu, en la personne de son Fils s’est fait homme.

La parole de Dieu s’est faite chair : « le Verbe s’est fait chair », du prologue de l’Evangile de Jean.

Révélation de Dieu qui est une révolution.

L’absolu qui est Dieu entré dans la finitude, la petitesse, la vulnérabilité, le temps, l’histoire : il n’y a qu’à regarder le petit enfant de la crèche.

Le Tout-Autre que nous, le tout différent de nous devient le même que nous.

Pourquoi ?

La réponse, je vais la prendre chez St Irénée :

«  à cause d’un surabondant amour »

Un amour qui se réalise

-en s ‘approchant de nous

-en se tournant vers nous

-en partageant notre vie

-en s’engageant à nos côtés à ses risques et périls.

Si on veut résumer cette révolution qu’opère l’Incarnation, on peut dire que Dieu s’y révèle : DIEU POUR NOUS

Un Dieu qui s’approche de nous en nous respectant profondément, en douceur, en respectant notre rythme, nos lenteurs, nous prenant là où nous sommes pour aller plus loin, pour nous accoutumer peu à peu à recevoir Dieu

 

Mais il faut aller encore plus profond dans le pourquoi.

Pourquoi cette proximité ?

Parce que Dieu nous cherche. Dieu est chercheur d’humanité.

Dieu est en recherche, comme le berger à la recherche de sa brebis

Il y a dans l’Incarnation, un objectif de salut, la brebis de la parabole se perd et c’est le Christ qui va la chercher, la rejoindre, la ramener dans la communion avec Lui.

L’autre texte évangélique qui dit bien la raison de l’Incarnation comme acte sauveur,  c’est la parabole du bon samaritain

Le Christ est comme ce samaritain qui descend de Jérusalem= de Dieu pour rejoindre l’homme blessé par le péché, le soigner et le confier à la Communauté représentée par l’aubergiste.

 

Enfin Dieu est en recherche pour une communion, une amitié à nouveau possible, un partage où chacun donne et reçoit.

Dieu en quête de l’homme pour nous  faire partager sa vie.

Mystère d’un échange :

- Dieu qui reçoit la vie humaine par Marie

- L’homme qui reçoit la vie divine par le Christ.

 Là ce mystère de l’incarnation va jusque l’inouï :

Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu.

Le but ultime de l’Incarnation, c’est, comme le dit l’apôtre Pierre : « pour que nous devenions participants de la nature divine »

Pour une amitié où chacun donne et reçoit

Pour un partage où chacun donne et reçoit

L’Incarnation a pour but de nous faire réaliser notre vocation  à tous qui est vocation à la communion avec Dieu.

Révélation de Dieu et révélation de ce que nous sommes vraiment, aimé-es de Dieu, appelé-es à une amitié et une communion sans fin avec Lui.

Cela est irréalisable sans le Christ. C’est réalisé en Lui :

L’Incarnation réalise une solidarité irréversible entre l’homme et Dieu, une union que rien ne peut briser.

L’Incarnation réalise une humanité accomplie, selon le cœur de Dieu. Jésus est l’humain accompli, l’humain dans sa vérité.

L’Incarnation ouvre un chemin pour tous : suivre Jésus, mettre nos pas dans Ses pas, se mettre à Son école, accepter de nous laisser guérir par Lui, c’est s’humaniser de plus en plus, c’est se réaliser, accomplir notre humanité dans sa vérité.

Plus nous devenons compagnon de Jésus, plus nous devenons ce que nous sommes, nous nous réalisons, nous nous accomplissons.

 

Je termine par un dernier point

Tout à fait spécifique au judéo-christianisme

Dieu communique avec nous selon un langage humain, toujours selon une médiation humaine. La révélation passe par de l’humain.

Il n’y a pas de parole divine sans parole humaine.

Et le sommet c’est cette Parole de Dieu incarnée dans une existence humaine, celle de Jésus. Ce qui fera dire à St Jean de la Croix, mettant dans la bouche de Dieu cette phrase : « j’ai tout dit en mon Fils Jésus »

Tout est pour nous, le Christ est pour nous, jusqu’au don absolu qui est Sa vie livrée, Son Eglise qui est Son corps visible, Son Incarnation continuée dans les sacrements qui sont Ses actes sauveurs dans l’aujourd’hui de nos vies.

 

 

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 21:25

annonciation.jpgEvangile de Jésus-Christ selon saint Luc (Lc 1, 26-38)

"L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L'ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » A cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L'ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. » Marie dit à l'ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu'Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu'on l'appelait : 'la femme stérile'. Car rien n'est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole.» Alors l'ange la quitta.

 

L'Evangile  est bien connu… Mais dans la prière, je peux faire l'expérience que la parole de Dieu me surprend et fait jaillir du neuf car elle est vivante!

Avant d'entrer plus avant dans la prière, je demande au Seigneur la grâce de la joie pour la vocation qui est la mienne.

 1-L’initiative de Dieu 
Il nous est dit que l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville appelée Nazareth auprès d’une vierge appelée Marie.

Nous sommes devant un choix de Dieu, une volonté de nous rejoindre. Nous sommes devant sa décision.

Cette initiative est de toujours à toujours, pour tous les peuples et tous les temps. En créant à son image, il a mis son Esprit en chacun-e mais ici, il le fait en sa Parole faite chair, la plus parfaite communication de lui-même.

Oui, Dieu veut me rejoindre, se communiquer à moi, se donner à moi. Il l’a fait, il le fait, il le fera.

S’arrêter, s’étonner de cette volonté de Dieu mise en acte.

 

2- La manière de faire de notre Dieu : 
Il y a l’étendue du monde, il y a l’étendue du temps et il choisit une petite bourgade de rien du tout, Nazareth et une personne particulière : Marie.

Dieu n’aime pas en général mais dans le plus concret de l’existence.

L’universel de son amour est concret, singulier: en venant vers Marie, c’est vers chacun-e de nous qu’il vient. En Marie, il rejoint les hommes et les femmes de tous les temps et de tous les pays.

Cette contemplation peut nous aider à aimer le quotidien de notre vie : ne pas chercher à trouver Dieu ailleurs que dans ce plus concret qu’il a voulu rejoindre. Regarder cela pour me réjouir davantage de ma propre vocation.

 

3-La raison de sa venue 
Cette raison est donnée par le nom de l’enfant : Jésus, c'est-à-dire Dieu sauve. Elle est donnée par : « le Seigneur est avec toi » qui est l’autre nom de Jésus, c’est-à-dire l’Emmanuel.

Exposons notre vie à sa venue pour qu’il vienne sauver ce qui a besoin d’être sauvé. Qu’est-ce que j’aimerais que Dieu vienne sauver dans ma vie ? Laisser monter en soi le désir du cœur, laisser monter à la conscience claire le désir peut-être enfoui que Dieu vienne sauver tel aspect de ma vie d’aujourd’hui ou de mon passé.

 

4-La figure de Marie, image de la nôtre.
Elle s’appelle Marie, mais un mot dans cet Evangile est comme un autre nom. Elle s’appelle « Pleine de grâce ». C’est-à-dire pleine de Dieu, pleine de la vie de Dieu, pleine de l’amitié de Dieu.

Ces mots adressés à Marie sont aussi pour nous, pour moi. Si j'ai du mal à le croire, je peux relire Ephésiens 1/3-14. Il nous est dit que nous sommes béni-es de Dieu, que nous sommes choisi-es pour être saint-es dans l’amour, que nous sommes prédestiné-es à être ses fils et ses filles, gratifié-es de sa grâce dans le Christ.

 

5- Le discernement de Marie 
Traditionnellement, on représente Marie en train de prier, de faire oraison quand l’ange la visite. Gabriel n’est pas une vision, mais une révélation intérieure qui la bouleverse comme nous pouvons l'être quand nous faisons l’expérience d’une parole intérieure.

Dieu est vraiment le Vivant, la Parole qui bouleverse nos vies.

Mais Marie ne prend pas pour « argent comptant » tout ce qui se passe dans son cœur; elle veut discerner, faire le tri, savoir si ce qu’elle entend au plus profond d’elle-même vient bien de Dieu.

« Elle réfléchissait à ce que pouvait être cette salutation»

Elle interroge : « Comment cela se fera-t-il ? »

Alors, pourquoi donne-t-elle sa foi? Elle le fait selon 3 critères : la paix, la joie, la force.

La paix : elle reçoit la parole qui parcourt toute la Bible, Dieu qui ne cesse de dire pour nous apaiser : « ne crains pas »

La joie : Dieu ne veut et ne peut donner que de bonnes choses, et la seule qu’il veut nous donner, c’est lui-même : « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu », sa vie t’est donnée, tu es trouvée en lui pour ta joie et la sienne.

La force : ce n’est pas toi qui feras, mais lui en toi, « la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ». Marie l’a compris car à la fin du récit, elle ne dit pas : "je le ferai" mais « qu’il me soit fait »

Oui, tout cela vient bien de Dieu, c’est sa marque !

Appel pour nous aussi à discerner, à faire le tri dans ce qui se passe en nous dans l’oraison et notre vie : 
ce qui vient de lui et ce qui ne vient pas de lui, les chemins de vie auquel il m’invite et les impasses à éviter. Passer cela au crible de ces 3 critères : ce qui donne paix, joie tranquille, force.

 

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 23:06

Cet article a déjà été publié dans la retraite de l'Avent de Notre-Dame du web:http://www.ndweb.org que j'ai mis dans les liens de ce blog

 

Livre d'Isaïe (Is 61, 1-2a.10-11)
"L'esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur. Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m'a enveloppé du manteau de l'innocence, il m'a fait revêtir les vêtements du salut, comme un jeune époux se pare du diadème, comme une mariée met ses bijoux. De même que la terre fait éclore ses germes, et qu'un jardin fait germer ses semences, ainsi le Seigneur fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

Au début de ma prière je demande au Seigneur la grâce de ne pas être sourd-e à son appel et à vivre dans l'alliance qu'il me propose.

1ère piste : 
Une prophétie qui se réalise, une bonne nouvelle de libération
Qui est cet envoyé sur qui repose l’Esprit pour porter la bonne nouvelle et annoncer la délivrance? 
Le prophète Isaïe l’annonce mais ne l’a pas vu de ses yeux.
C’est ce que Jésus dira en Mt 13/16-17 : 
"Quant à vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient ; heureuses vos oreilles parce qu'elles entendent. En vérité je vous le dis, beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu ! »
Quand Jésus se présente à la synagogue de Nazareth, (Lc4/14-21) il ouvre le livre d’Isaïe à cet endroit et reprend presque mot pour mot la prophétie en se l’attribuant. « Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ».

C’est donc bien lui l’ « Envoyé ». Entre cette prophétie d’Isaïe et sa réalisation en Jésus, nous avons la cohérence du projet de Dieu. Dieu n’a pas changé de projet. Et nous voyons dans la vie de Jésus, la réussite de ce projet, le changement qu'il inaugure et aussi l’appel qu’il nous adresse :

- s’associer à son œuvre pour qu’il y ait dans notre monde, moins de mensonge et plus de vérité. 
- vivre dans son alliance pour que chacun-e puisse marcher librement. 

- entendre que Dieu nous aime, travailler à ce que la vie soit plus forte que tout, combattre toute injustice.

Jésus a commencé ce règne. Il a besoin de nous pour le continuer.
Pour cela il est bon de reconnaitre mes limites et d'accueillir ma pauvreté. Accepter d’être guéri-e, me laisser libérer par le Christ pour ensuite et ensuite seulement partager ce que j’aurais expérimenté.
Cela me permettra alors de reconnaitre qu’en toute femme, en tout homme de bonne volonté il fait germer la justice et la louange. Car son Esprit est à l’œuvre en toutes les nations.
 

2ème piste :
Un tressaillement de joie
Marie aussi a repris ce texte d’Isaïe 61, presque mot pour mot quand, dans son magnificat, elle déclare : « Mon esprit exulte en Dieu mon sauveur » (Luc 1/47).
Mais ici c’est l’Envoyé qui tressaille de joie. C’est en cohérence avec Luc 10/21 où nous lisons que Jésus « exulte de joie sous l’action de l’Esprit Saint ». 
Mais le plus étonnant, c’est la comparaison que l’Envoyé prend pour exprimer sa joie. Cette joie est comparable à celle d’un jeune époux se parant du diadème, comparable également à une mariée mettant ses bijoux. Cela donne une figure à la fois féminine et masculine de Dieu. Image inclusive, suffisamment rare pour mériter d’être remarquée. Elle dit un universalisme où femmes et hommes sont vraiment "icônes" de l'Envoyé. Cela ouvre bien à la raison de cette joie. Joie parce que « le Seigneur fera germer la justice et la louange devant toutes les nations » Oui, la bonté du Seigneur est pour tous… et toutes ! 
A la fin de ce temps de prière, je prends conscience des sentiments qui m’habitent et je prends soin de m’adresser au Christ. Je lui parle dans la confiance soit pour le remercier, pour continuer à lui demander son aide, etc.

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 23:58

Suite et fin de l'article qui présente l'interprétation de la bibliste Sandra Schneiders.

5-L'appropriation transformante

Le point culminant d'une herméneutique intégrale (c’est à dire non exclusive), c'est l'appropriation transformante.

Quel monde ce texte invite-t-il à habiter ?

Quel monde porteur de vie pour des femmes et des hommes?

Quelle action transformante sur le lecteur, la lectrice,  ce texte a-t-il ?

Non un changement volontariste d'attitude mais quel effet cela a d'interpréter ainsi ? C’est du même ordre que l'effet que peut produire une pièce de théâtre : Il se fait une transformation sur le-la spectateur-trice du fait même d'avoir regarder cette pièce.

Cette transformation après coup peut être explicitée et verbalisée et aboutir à des décisions.

Ici ce texte fait entrer dans un monde inclusif de l'autre :

Ceux-celles qui étaient rejeté-es comme hérétiques : les samaritains

Avec Jésus personne n'est exclu, c'est bien d'ailleurs la finale : « tu es le sauveur du monde ». Inclusif de l'autre aussi qu'est le féminin.

Cette femme est représentante universelle de l'autre méprisé-e, mis-e à l'écart, tout au long de l'histoire et partout dans le monde.

Elle est accueillie avec respect, elle est invitée à donner pour recevoir un don plus grand encore, elle est entendue dans ses interrogations et ses objections, elle est interlocutrice d'un dialogue profond de foi, elle devient disciple apôtre, associée à la mission d'évangélisation.

Le lecteur-la lectrice est donc initié-e à un monde inclusif.

La scène avec les disciples est là pour disqualifier « tout oui mais » qui voudrait justifier l'exclusion pour des raisons ethniques, morales ou sexuelles

Le-la lecteur -trice fait l'expérience aussi que ce nouveau monde n'existe pas encore.

Il-elle peut le voir dans l'expérience quotidienne mais aussi dans le texte même qui contient du déjà là de l'inclusion mais aussi du pas encore.

Le pas encore dans le texte même c'est le sexisme latent de la métaphore idolâtrie /adultère En effet cette métaphore joue toujours dans le sens d'une assimilation Dieu/masculin /fidèle et l’Humanité/féminin/infidèle.

Il y a interpénétration dans le texte même de 2 mondes : celui que Jésus inaugure et le monde dans un des sens de ce mot a en Jean : monde pécheur, non encore transformé.

Ou plutôt un seul monde , complexe qui est déjà là et pas encore.

C’est une manière de comprendre Jésus qui prie pour que nous ne soyons pas sorti-es du monde mais gardé-es du mauvais.

Le-la lecteur-trice participe à ce monde où l'inclusion est à l’œuvre mais où le mal sape le règne de Dieu.

L'oppression, la discrimination sont enracinées dans le langage et les métaphores les plus sacrées.

 

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 17:10

CatViaLatinaSamaWomanWellCette article est une présentation d’un chapitre du livre de

Sandra M. Schneiders, Le texte de la rencontre paru aux Editions du Cerf dans la collection: “cogitatio fidei” n°161.

 

Dans ce chapitre, elle donne une interprétation de l’Evangile de la samaritaine ( Jean 4, 1 à 43)

 

Son  livre est  une recherche d’herméneutique biblique, c’est à dire portant sur l’interprétation de la Bible. Une Interprétation intégrative et transformante : quelle est la vérité intrinsèque au texte pour des lecteurs-trices croyant-es et disciples d'aujourd'hui?

Quel univers se dégage de ce texte pour inviter lecteur et lectrice à une transformation en y participant?

 

1-Approche historique: Ce n’est pas un événement de la vie de Jésus. Car c’est en contradiction avec Lc 9/52 où on nous dit que les samaritains ont refusé de recevoir Jésus et avec  Mt 10/5  où il interdit aux disciples d'aller en Samarie.  Ac 8 rapporte ce qui semble être une 1ère  mission. C'est donc un texte de légitimation de la communauté chrétienne samaritaine qui indique leur place importante dans la communauté johannique et leur volonté d'égalité entre juifs et samaritains. Le dialogue de Jésus avec cette femme fait écho aux controverses de ces deux groupes : oui, le salut vient des juifs mais il s'agit maintenant pour tous d'adorer en esprit et vérité.

2-Approche littéraire C’est un récit typique, sa narration se conforme à un modèle biblique reconnu, la rencontre d’une femme et d’un homme :

-Gn24/10-61 pour Rébecca et Isaac;

-Gn29/1-20 pour Rachel et Jacob;

-Ex2/16-22 pour Cippora et Moïse;

-la mention du puits de Jacob : Jésus déjà identifié à un époux à Cana qui procure le bon vin;  désigné comme époux par Jean-Baptiste Jn3/27. Dans ce contexte, on peut lire ce récit comme Jésus, nouvel époux qui vient réclamer la Samarie comme son épouse.

Thème d'un mariage et toute une symbolique de fécondité : puits, eau, vases, champs fertiles, semence, moisson. En contraste avec la rencontre avec Nicodème qui vient de nuit, ici nous sommes en plein midi et cela dit l’accueil de la révélation et la réussite de l’évangélisation par son témoignage.

3-La pointe théologique du récit : la mission

La conversation des disciples avec Jésus porte sur la mission (v31-38).  La faim de Jésus a été comblée par cette conversation et ce qui en est suivi : le départ de cette femme pour évangéliser. La Samarie est ce champ pour la moisson. Le résultat, c'est la venue à Jésus des gens de la ville, grâce au témoignage de la femme (v39) et qui le fait reconnaître comme sauveur. Donc la question importante est celle-ci: quelle est l'identité et quel est le rôle de la Samaritaine dans ce récit missionnaire ?

4-Identité et rôle de la samaritaine, une apôtre-disciple:

La plupart des commentaires sont des banalisations : image d’une femme qui est en faute dans sa vie sexuelle. Cette banalisation a pour effet de voir les hommes seuls ayant reçu charge par Jésus de porter l'évangélisation. Cette femme est un personnage symbolique, une « figure représentative». Comme le disciple bien-aimé, l’officier royal, le paralysé, l’aveugle-né qui n'ont pas de nom pour pouvoir représenter des collectivités sans perdre leur particularité. Ici elle symbolise

-les samaritains qui ont reçu la foi au Christ

-le nouvel Israël qui est donné à Jésus-Epoux.

 

D'un bout à l'autre du dialogue nous sommes dans le domaine de la foi et donc l'histoire des cinq maris doit être lue dans le même registre de foi.. Les questions sur la foi que pose la samaritaine ne sont pas là pour masquer son passé douteux. Elle l'interroge sur son infraction à la tradition juive (s'adresser publiquement à une femme et vouloir utiliser un ustensile samaritain) Elle l'interroge sur sa prétention à se faire plus grand que Jacob. Ensuite l'ayant reconnu comme prophète, elle l'interroge sur le lieu du culte. Elle mène une enquête sur l'identité de Jésus dont l'enjeu est de savoir s'il est le Messie. Cela permet à Jésus de révéler le vrai culte qui est en esprit et vérité. Cela la confirme dans son intuition qu'il est le Messie. Il la confirme mais en lui révélant qu'il est plus que le Messie attendu, qu'il est « Ego eimi », L'appellation que les samaritains préfère pour parler de Dieu, car issue de la tradition mosaïque Ex3/14 ( C'est le 1er emploi de la formule révélatoire « Je Suis » en Jn. ) Nous sommes donc en face d'un examen théologique rigoureux qu'une femme fait passer à Jésus. C'est dans ce contexte et non hors de lui qu'il faut interpréter la question des cinq maris. Cette question est partie prenante de cet échange hautement théologique. Nous sommes en plein cœur de la symbolique chère aux prophètes : l’idolâtrie conçue comme un adultère. Infidélité du peuple à son époux qui est Dieu. Le signe de cette infidélité pour la Samarie était l'acceptation du culte aux faux dieux de cinq tribus étrangères (cf : 2R17/24-41.) Son culte était souillé par ces faux cultes symbolisés ici par les cinq maris. Et donc le mari qu'elle a, c’est à dire le Dieu de l'Alliance, n'est pas vraiment son mari selon une plénitude d'Alliance. C'est pourquoi Jésus dit que les juifs connaissent Dieu alors que les samaritains, non. « Pas de mari ». C'est vrai, Samarie n'a pas un mari au sens où Dieu serait son unique. 

Seule cette interprétation symbolique peut expliquer ce texte d’autant plus que l'interprétation littérale ne tient pas car il est d'une haute improbabilité qu'un juif ou un samaritain veuille épouser une femme cinq fois déjà répudiée. Quand elle dit qu'elle voit qu'il est un prophète ce n'est pas la reconnaissance d'un savoir surnaturel sur sa vie privée mais parce que les cinq maris, c'est une dénonciation prophétique classique des faux cultes idolâtres. (Os 2/4).  Le vrai culte sera caractérisé par un culte en esprit et vérité.  Du coup cela lui permet de reconnaître en Jésus le Messie annoncé, celui qui annoncera toutes choses. C'est de cela qu'elle témoigne : « ce qu'il m'a dit » étant une auto-identification au peuple entier. Jésus est venu pour séduire ce peuple en vue d'une fidélité complète à l'Alliance. Cela n'a rien à voir avec la vie sexuelle d'une femme mais avec la vie d'alliance d'une communauté.

 

Dialogue d'une rare intensité théologique. Un vrai dialogue, unique dans l'Évangile, où cette femme est une authentique partenaire et pas seulement un faire- valoir. Une révélation progressive à mesure que sa confiance en lui progresse. L'étonnement des disciples en le voyant parler à une femme peut refléter le débat sur le rôle des femmes dans la communauté johannique et l'insertion de ce passage dans le texte peut être due à la volonté de montrer que Jésus voulait que les femmes aussi participent à l'évangélisation. C'est pourquoi il a ajouté un détail qui est parallèle à l'appel des apôtres dans les synoptiques, le fait de quitter leur bateau. Ici « abandonner » sa cruche pour se consacrer à l'évangélisation. L'abandon de la cruche est semblable à l'abandon des filets, du bureau de douane, pour suivre Jésus et devenir apôtre. Pourquoi cet abandon de la cruche n’a-t-il jamais été interprété au même titre que les autres abandons ?  

Jésus cherche quelque chose auprès de cette femme et cela semble étonnant. Cela traduit le trouble des hommes de la communauté johannique de ne pas être ainsi les seuls associés à la mission de Jésus. L'auteur insiste en montrant que Jésus s'est fort bien passé d'eux. Cette femme lui a apporté ce qui peut satisfaire sa faim de faire la volonté de Dieu. La mission de la Samarie est remise entre les mains de cette femme,  mission dont ils ne sont pas les initiateurs et ne seront que les moissonneurs.

 

On peut légitiment penser qu'il y avait des femmes théologiennes, apôtres mais que cela était tellement à contre courant de l'ethos ambiant que cela provoquait des tensions.

Ce texte permettait de légitimer la participation de femmes à des rôles que des hommes croyaient être seuls à pouvoir remplir. D'autant plus, et c'est un cas unique dans l'Evangile, elle est la première et la seule dont la parole a permis à un groupe tout entier de se convertir.

Elle réalise ce que Jésus dit en Jn 17/20 : « ceux qui croiront en moi grâce à leur parole » Son ministère de la parole a été efficace.

L'évangéliste a présenté sous forme narrative la mission auprès des samaritains attribuant à Jésus lui-même l'initiative de la mission en Samarie et à une femme le travail d'évangélisation. Certaines interprétations ont voulu minimiser le travail de cette femme et donc la volonté de Jésus d'en faire une apôtre en insistant sur le fait que ce n'est pas sur sa parole que les samaritains ont cru mais sur celle de Jésus.

Ce qui est curieux, c'est que le même raisonnement n'est pas fait quand il s'agit d'hommes. Il est évident que si des gens sont amenés à Jésus par un-e disciple,  la foi plénière ne vient que grâce à la parole de Jésus lui-même.

 

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