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24 mars 2018 6 24 /03 /mars /2018 21:17
L’emprise du concept monarchique sur l’idée de Dieu

Par monarchie, j’entends ce mot au sens étymologique du terme : une conception du pouvoir qui est détenu par un seul (monos) et qui impose ces décisions aux autres. Un être aux dessus des autres, dont la volonté fait loi pour tous, qui commande et à qui ont obéi. On s’incline devant lui moralement et physiquement. On le sert. Il est tout puissant et lui désobéir entraîne une punition, qui peut aller jusqu’à la mort.

Ce pouvoir a pu prendre dans l’histoire des formes diverses : roi, empereur, dictateur… mais toutes les sociétés se sont construites sur ce modèle et ce n’est que récemment qu’on a pu pratiqué et concevoir des systèmes où le pouvoir n’était plus ni absolu, ni dans les mains d’un seul.

 « Formater » par ce modèle monarchique et ne pouvant en concevoir un autre, Dieu a été imaginé sur ce modèle à la puissance infinie.

Et ce n’est pas facile de se défaire de ce formatage.

Tout puissant, au-dessus de nous, que l’on doit servir, à qui on doit obéissance, devant lequel on doit s’incliner, qui est maitre de nos vies. A tel point, par exemple, que notre mort, c’est sa décision de nous « rappeler à lui » selon la formule odieuse de certains avis de décès.

Tout puissant et tout voyant, n’ayant même pas besoin de la police des rois pour sanctionner nos fautes.

La puissance du formatage est tel…qu’il n’est pas perçu.

 

Je vous propose un exercice de déformatage :

Dans tout ce qu’on entend, ce qu’on lit, ce qui est écrit et qui parle de Dieu : est-ce à l’image de ce roi absolu ?

Exemple parmi des millions : dans l’intercession page 253 de Prière du Temps présent.

« Apprends-nous à recevoir de ta main toute épreuve et toute joie : que nous sachions te rendre grâce »

Ici un roi qui distribue joie ou épreuve, on ne sait pas pourquoi et qui plus est, qu’il faut remercier.

 

La vie du Christ est l’antidote de cette image de Dieu.

Jésus roi ? Oui mais roi crucifié, serviteur à genoux. Et surtout ami qui vient à notre rencontre dans une posture d’humble place.

Jésus, oui, antidote du roi tout puissant mais pas certaines théologies, pas certaines liturgies, pas certains modes de gouvernances…

La Semaine qui s’ouvre avec le dimanche des Rameaux et le triduum pascal peut nous faire entrer dans cette contemplation de Dieu : celui qui nous rejoint au plus loin, au plus profond de nos nuits et de nos morts pour nous faire passer à la vie. Serviteur de la vie. Vie pour dès aujourd’hui et pour l’éternité.

 

Relisons Berdiaeff pour continuer à nous déformater :

« Les idées que l’homme se fait de Dieu reflètent les rapports sociaux des hommes, les rapports entre l’esclavage et la liberté dont est tissée l’histoire de l’humanité…

Dieu n’est pas un maître et il ne domine pas, il ne possède aucune puissance, aucune volonté de puissance…

Dieu est liberté. Il est le libérateur et non le dominateur »

Nicolas Berdiaeff, de l’esclavage et de la liberté de l’homme, Aubier1963, page 90

 

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17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 20:53
Penser le christianisme sous le mode de la gratuité, de la liberté, et du bonheur (2)

Penser Dieu en christianisme et le penser sous le mode de la gratuité, de la liberté et du bonheur, suppose de nous libérer de certaines images. En particulier se libérer de l’idée que Dieu aurait créé un monde tout fait. Pour employer une comparaison de couture : un monde prêt à porter où il n’y aurait qu’à enfiler ce vêtement auquel on ne pourrait rien changer. Cette image dit un ordre des choses décidé par Dieu. Un monde tout fait où il n’y aurait rien à changer, rien à créer, auquel il ne manquerait rien.

Donc dans ce cas l’action humaine serait simplement de conserver les choses en leur état. La réponse de l’humain serait de rien abimé de ce qui serait sorti des mains de Dieu.

La liberté consisterait à pouvoir dire oui ou non à un ordre établi par Dieu, être obéissance à cet ordre dans le oui, et désobéissance, révolte et péché dans le non.

Cette conception nous habite et il est nécessaire d’en voir toutes les conséquences.

 

*La première conséquence, c’est que ce monde dans ce modèle, en soi a peu d’intérêt puisque rien ne lui manque, qu’il n’y a rien à y faire de décisif qui lui manquerait, il est seulement le lieu d’une épreuve, le lieu où l’on fait ses « preuves » de l’obéissance ou de la désobéissance.

*La deuxième conséquence c’est l’idée de Dieu que cela justifie. Un Dieu qui imposerait son modèle à l’exclusion de tout autre. C’est lui qui l’a fait ainsi. C’est un modèle où Dieu impose. Image d’un pouvoir absolu. Image de Dieu comme monarque absolu.

*la troisième conséquence permet de justifier tous les conservatismes. Les choses de ce monde n’ont pas à être changées parce qu’elles sont telles que Dieu les a créés. Cela permet de justifier les instances de pouvoir. De même que Dieu impose un ordre des choses, il est normal que certains l’imposent aux autres. Ainsi nous nous faisons une idée de Dieu conforme à ce qui se passe dans nos sociétés ou certains dominent les autres, où certains sont supérieurs aux autres.

Le fait que Dieu soit aussi celui qui impose son modèle, justifie que qu’il en soit ainsi dans les relations humaines. Le ciel justifie la terre et la terre est à l’image du ciel. Nous projetons sur Dieu, le style de relations aliénés que nous vivons entre nous.

« Les relations sociales basés sur la domination existant entre nous ont servi d’exemple pour concevoir la relation entre les humains et Dieu » Berdiaeff ,De l’esclavage à la liberté p 91

Cette conception du monde et de Dieu sont solidaires. Dans ce modèle, le péché va s’appelé révolte, désobéissance, refus.

Et ce modèle est pour moi une des raisons de l’athéisme.

 

Pour pouvoir vivre vraiment de cette liberté, il est donc bon d’accueillir un autre modèle qui dit une autre image de Dieu, de l’humain et de la liberté :

Dieu n’a pas créé un monde tout fait mais un monde à faire. Pour continuer la comparaison de la couture : ce n’est pas un monde prêt à porter. Ce sont des vêtements à confectionner nous-mêmes. Dieu nous offre ce qu’il faut pour coudre mais c’est à nous d’être créatif, d’inventer des formes, des couleurs à l’infini. Ce monde n’est pas tout fait, il est à faire. Et si nous ne le faisons pas il y manquera ce que nous nous seuls pouvons faire, pouvons y apporter. Il ne s’agit pas de conserver un monde préétabli mais de bâtir un monde neuf. La liberté ici est liberté de création où chacun doit inventer son chemin. Dans ce modèle, la liberté peut produire de l’inédit qui ajoute quelque chose d’original, quelque chose qui manque. C’est une liberté créatrice où tout humain doit inventer son chemin.

Les conséquences sont l’inverse

*La première conséquence, c’est que ce monde à faire acquiert un intérêt fondamental. Sa création est remise à notre responsabilité. Il lui manque ce que nous arriverons à créer et qui ne serait pas sans nous. Ce que nous y ferons acquiert une dimension de décisif. Il est lieu de créativité. La liberté n’est pas une épreuve, elle est condition de création.

*La deuxième conséquence c’est l’idée de Dieu que cela révèle. Un Dieu qui nous fait co-créateur. Il n’impose pas un modèle. Il ouvre des possibles confiés à notre créativité. Il n’est pas le Dieu qui impose et s’impose, qui dirige. Il crée comme la mer, les continents, en se retirant. Il n’est pas à l ‘image d’un pouvoir absolu mais son autorité est de celle qui autorise à vivre à plein : « Va vers toi-même dira-t-il à Abraham. »

*la troisième conséquence permet de libérer l’initiative pour tous et toutes. Les choses de ce monde n’ont pas à rester telle quelle, elles peuvent et doivent être changées. Le pouvoir est rendu à chacun. Les instances de pouvoir sont légitimes non en soi mais dans la mesure où elles sont au service du progrès, de l’humanisation de toutes et de tous. Ainsi cette autre idée de Dieu conteste ce qui se passe dans nos sociétés où certains dominent les autres, où certains sont supérieurs aux autres. Le fait que Dieu ne soit pas celui qui impose son modèle, justifie la recherche de relations humaines basées sur la fraternité et l’égalité, la recherche de relations non aliénés. Dans ce modèle, le péché va prendre une toute autre tonalité. Il va être plus de l’ordre de l’omission, du désintérêt des choses de ce monde, du non engagement à bâtir ce monde, de tout pouvoir dans la mesure où il empêche l’autre d’exister et d’inventer sa vie librement. Il va se découvrir en se demandant ce qui fait obstacle aux relations fraternelles, faites de respect et d’égalité. La conversion va se comprendre comme conversion à une autre image de Dieu. Avoir entendu Dieu nous dire : « Va vers toi-même », avoir vraiment entendu cette parole va libérer notre cœur pour pouvoir dire et être pour les autres ce que Dieu fait pour nous. Donc se détourner de ce qui justifie l’injustice, le conservatisme, la domination, l’aliénation et accueillir ce qui nous stimule à bâtir des relations libérantes pour nous et pour les autres.

 

Seul ce 2ème modèle permet de penser le christianisme sous le mode de la gratuité, de la liberté et du bonheur. Mais est-ce ce modèle qui est enseigné, transmis ? Est-ce ce modèle qui irrigue, vivifie la vie chrétienne de beaucoup ?

Quel choix faisons-nous ?

Lequel de ces 2 modèles informe nos vies ?

 

 

 

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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 17:13
Nul n'est trop loin pour Dieu.

Nul n’est trop loin pour Dieu. 
Rien n’est perdu pour Dieu.
Rien n’est fini pour Dieu.

Ces paroles d’un chant indiquent une bonne direction.

Nul et rien n’est fini, n’est trop loin, n’est trop perdu pour Dieu.

C’est nous qui trop souvent le pensons et qui nous décourage.

Pas pour Dieu.

D’abord parce que ce qu’il donne, il ne le reprend pas.

Son image est en nous, sa ressemblance est en nous, au plus profond de nous.

C’est donné pour l’éternité.

Et si nous sommes baptisé-es, nous sommes configuré-es au Christ.

C’est donné pour l’éternité

Image et ressemblance de Dieu, configuration au Christ peuvent être déformée, abimée, blessée, mais jamais enlevée.

Je vais prendre la comparaison avec un superbe tableau.

Nous sommes ce superbe tableau.

Les couleurs peuvent peut-être avoir perdu de leur éclat, il a pu être même être lacéré. 

Il reste un superbe tableau qui sera un jour de l’éternité restauré dans tout sa splendeur par la grâce de notre Dieu.

En attendant cette gloire future, rien de notre vie n’est trop loin pour Dieu, rien n’est fini pour lui.

Il est l’ami qui est là au cœur de nos joies comme de nos souffrances,

qui nous rejoint au cœur même de ce qui est peut être abimé en nous, blessé.

Qui nous rejoint comme le fait le samaritain de la parabole pour s’occuper de nous. 

Qui nous dit à longueur d’évangile : ne crains pas.

Qui nous dit : je suis là, lève-toi, sois vivant avec moi.

Qui nous cherche dans nos errances et n’a de cesse de nous retrouver pour fêter l’amitié encore et toujours possible.

Qui ne vient pas pour combler nos manques car nos manques sont les chances de la rencontre. Nos manques et nos pauvretés sont des portes d’entrée de la relation.

« Pauvres qui cherchez Dieu, vous trouverez la vie » dit aussi un chant

Mais il nous dit : tes manques, tes pauvretés, partage-les avec moi aux deux sens de partager : en parler et les donner.

Alors la vie chrétienne se découvre telle qu’elle est, non une recherche de perfection,  mais l’abandon qu’on fait de soi à celui en qui on a pleine confiance parce qu’il l’a prouvé en donnant sa vie pour moi. C’est mettre mes pas dans les siens, le suivre, être son follower comme on dit ! Et la prière chrétienne c’est de ne pas le quitter des yeux, l’écouter, m’emplir de lui pour que sa vie passe dans ma vie.

Et c’est ainsi que je quitterai peu à peu les chemins qui déshumanisent pour emprunter avec Jésus, par lui et en lui les chemins qui humanisent ma vie et celles des autres. Non par volontarisme mais par osmose, contagion au bon sens du terme.

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25 février 2018 7 25 /02 /février /2018 23:10
Penser le christianisme sous le mode de la gratuité, de la liberté et du bonheur (1)

Dire que l’athéisme est refus de Dieu n’est pas juste.

Dire qu’il est refus de l’idée même de Dieu, non plus car il n’y a pas une idée de Dieu mais une multitude.

Je peux être athée de certaines idées de dieu et croyant-e d’autres .

De quelles idées de dieu suis-je athée ?

Une idée qui fait beaucoup de mal pour accéder à la foi : un dieu dont je serais débiteur-trice. Un dieu dont on serait en dette perpétuelle dans l’incapacité de rembourser.

A l’appui de cette idée, la dette de la création : Dieu comme origine du monde, donc on lui doit tout. Il nous a tout donné et on lui devrait une réponse de gratitude. Ne pas répondre par la louange, le service et le respect serait péché contre Dieu, refus de Dieu.

Il faudrait donc, pour rétablir la relation, du côté de dieu, un salut dont il a l’initiative, une volonté de réconciliation (et c’est une dette supplémentaire)  et du côté humain, une reconnaissance de faute, une demande de pardon.

N’est-ce pas ainsi que certaines catéchèses, liturgies, et théologies présentent les choses ?

Cela génère un sentiment constant de culpabilité car on ne sera jamais à la hauteur. Certains spirituels ont tenté d’atténuer ce modèle en disant que Dieu nous aime tel qu’on est, dans la faiblesse même de notre réponse. Mais cela n’enlève pas l’obligation de la réponse si pauvre soit-elle. Alors qu’il n’y a aucune obligation !

Voici la parole libératrice : je ne dois rien à Dieu.

Cela demande de penser Dieu sous le mode de la gratuité absolue : un don sans condition, inconditionnel, un don pour donner car c’est l’essence de Dieu de donner. Dieu diffusif de soi.

Comprenons cela avec une réalité de notre vie. Le meilleur de nous fait des cadeaux non pour recevoir en retour, mais pour le plaisir de l’autre. Le meilleur de nous n’est pas dans le donnant-donnant mais dans la gratuité. Le meilleur de nous le fait par amour gratuit et pas par calcul de retour.

Le meilleur de nous…et c’est Dieu qui est le meilleur.

Qu’est-ce qui peut faire plaisir au donateur ? La joie que nous avons à recevoir. L’usage humanisant que nous faisons du don de la vie pour nous et pour d’autres. En profiter pour soi et pour les autres.

Oui, la jouissance du don.

Il n’y a rien à « rendre » en se retournant en amont vers le donateur mais à vivre le don, à donner en aval vers les autres dans la mesure de ce qu’on peut et de ce qu’on veut.

Je ne dois rien. Je ne dois pas faire. Mais je peux faire.

Cela ne veut pas dire que la relation au donateur est superflue ?

Superflue ? Non

Nécessaire ? non

Précieuse ? oui !

Comme la relation d’amitié où l’on donne et reçoit par désir d’amour.

Et Jésus dans tout cela ? Surement pas pour apporter à un dieu offensé par nos refus de lui, un salut comme  paiement de dette par le sang de la croix ! Mais le désir de Dieu de se faire l’un de nous, de nous rejoindre, de s’unir à nous encore plus que par amitié mais par amour d’amants.

Il se tient à la porte et il frappe.

« Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte

J’entrera chez lui pour souper

moi près de lui et lui près de moi »

( Ap 3/20)  

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 février 2018 4 15 /02 /février /2018 17:02
De la possibilité de penser Dieu avec « ce qui passe »par Eberhard Jüngel (3)

De la possibilité de penser Dieu avec « ce qui passe » dans Dieu mystère du monde, de Eberhard Jüngel [i] 3ème partie.

 

12

Dieu n’est pas seulement l’identique à soi-même et pour soi-même. En tant qu’il est l’infiniment souffrant, Dieu est au contraire celui qui est pour les autres. C’est en étant pour les autres qu’il est identique à soi-même. Toute autodétermination en faveur des autres engendre cette dialectique de l’être et du non-être, vie et mort et s’appelle amour.

 

Donc le discours positif (chrétien, théologique) sur la mort de Dieu dévoile l’auto détermination originaire de Dieu à l’amour. Sur la croix de Jésus, Dieu s’est défini comme amour 1Jn 4/8. Dans l’événement particulier de l’identification de Dieu avec le crucifié, Dieu s’extériorise tel qu’il est déjà en soi même depuis toujours.

Dieu en soi est celui qui s’extériorise. Son intérieur est orientation vers l’extérieur. Dieu communie avec soi sans se dérober aux autres. L’identification avec l’homme Jésus est révélation de l’être éternel de Dieu.

« De toute éternité, Dieu est en soi-même tel, que c’est pour les hommes qu’il est » p 344

 

Cela préserve l’acte de passer de s’achever dans le néant. Cela revient à dire : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous » Rm8/31.

« Paul parle indéniablement, de l’être de Dieu concrètement nommé amour en identifiant : l’amour de Dieu est en Jésus-Christ. » p 344

Ainsi l’identification de Dieu avec le crucifié, le conflit de Dieu avec le néant ne défigure pas Dieu mais le définit. Dieu est celui qui s’engage dans le néant et, comme tel, est amour.

Pour cela il faut penser l’amour de Dieu comme liberté. Ne pas penser sa liberté autrement que comme amour car l’amour ne peut être contraint et se produit de soi-même. L’amour se réalise comme tel dans la liberté et la liberté tend vers l’amour en qui seule elle se maintient. L’être de Dieu n’est donc pas amour parce que l’amour est nécessaire pour agir contre le néant. Mais, parce que Dieu comme tel est amour, il agit contre le néant.

 

13

Pour dire cela on peut employer un ancien concept : Etre débordant. La richesse non comme une possession mais comme débordement : aller avec soi-même au-delà de soi. C’est dire que Dieu est communication de soi, acte de communication spontanée de soi à partir de rien. Il crée un vis-à-vis auquel il peut se donner en partage en tant qu’amour et auquel il s’est déjà communiqué de manière irrévocable dans l’acte de création. Dieu est créateur par amour et donc à partir du néant.

L’Acte créateur est l’être même de Dieu. Comme tel il est être qui crée. Il se réfère au néant en fonction de sa créativité et se différencie du néant. En tant qu’être débordant et créateur il réduit le néant. Le néant n’« est » que parce que Dieu se différencie de lui. La création est combat contre le néant. En créant, Dieu s’active se confirme en tant qu’amour

 

A la question : Pourquoi de l’étant plutôt que rien. La réponse est : Dieu est amour

Il s’agit de comprendre Dieu en tant qu’existence. Un exister de Dieu identique à son essence

Ce n’est pas parce qu’il crée qu’il est créateur, c’est déjà en soi-même que Dieu est éternellement être créateur

Si Dieu est pensé comme étant là dans le conflit entre le néant et l’être, on peut compter sur l’issue de ce conflit, au profit de ce qui est affirmatif dans ce qui passe.

 

 

 

[i] E.JÜNGEL, Dieu mystère du monde, tome 1 page 311 à 351

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11 février 2018 7 11 /02 /février /2018 12:23
De la possibilité de penser Dieu avec « ce qui passe » par Eberhard Jüngel (2)

 dans Dieu mystère du monde, de Eberhard Jüngel [i] 2ème partie.

 

7

Penser l’identité de Dieu avec le crucifié, donc la tache de concevoir Dieu avec ce qui passe,

cela donne un autre sens à la mort de Dieu :  un Dieu qui se confronte au néant, qui est là en tout ce qui passe, impérissable qu’en s’exposant à ce qui passe.

Pour cela, il faut mettre en question la qualification négative donné à ce qui passe.

 

8

Selon la métaphysique, la temporalité est négative. Pourtant, la temporalité peut être libéré de sa qualification négative, on peut donner une vraie dignité au temps, on peut donner de l’honneur, de la valeur, de la positivité au ce qui passe. « C’est insuffisant de définir la réalité qui passe par la seule tendance qui la menace » p 332. L’acte de passer a une positivité, c’est une limitation du réel mais ce n’est pas rien. La réponse à trouver est donc de donner du positif à ce qui passe.

 

9

Le positif de ce qui passe c’est la possibilité. L’erreur est de faire de l’intemporel l’unique réel.

Nous sommes en ce sens dépendant d’Aristote pour qui Dieu est acte pur de réalisation de soi, être depuis toujours réalisé soi-même.

Il s’agit donc de prendre congé de cette idée de Dieu. C’est la tache intellectuelle de la foi chrétienne. Cette tâche a une double raison de faire cela :

1-la parole de Dieu ;

2-les apories de cette idée de Dieu dans ce temps de l’athéisme. Penser Dieu en unité avec ce qui passe nécessite de contester la primauté de la réalité pure sur ce qui passe car cela n’accorde que du négatif à ce qui passe et d’affirmer que la possibilité est le « Plus » ontologique de l’être, la positivité de ce qui passe.

Jungel rend hommage à Kierkegaard d’avoir mis cela en évidence que la possibilité est la capacité du devenir.

 

10

Pour cela il y a à distinguer le néant avec ce qui passe.

Le néant est à comprendre comme totale impossibilité de l’être qui efface toute possibilité. Le néant est le pur et simple impossible, une incapacité à devenir : de lui rien ne devient par soi-même. Le néant en face de l’être et de ses possibilités « est » une place vide. Dans son incapacité, il est puissance de rendre impossible, tyrannie qui ne bâtit sur rien.

L’étant comme tel, même ce qui passe, ne tend donc pas de soi-même vers le néant, passer, est quelque chose d’autre que d’être anéanti, ce qui passe tend vers la possibilité d’où il est venu, il est arrivé à son terme mais n’est pas devenu rien. Le possible n’est pas seulement l’origine mais avant tout l’avenir, non comme déficience et souillure mais comme catégorie de la capacité et de la promesse. Il y a donc un conflit entre possibilité et néant, capacité du possible et aspiration vers le néant mais la possibilité est ontologiquement première.

 

11

Cela étant, comment penser Dieu dans l’unité avec ce qui passe ? Ce qui revient à faire un discours positif sur la mort de Dieu. Il est en plein dans ce conflit, son essence n’est pas en dehors de ce conflit. Il prend part au conflit entre aspiration vers le néant et capacité du possible.

Qui est Dieu s’il est tel qu’il est là dans ce conflit ?

Dieu est celui sans lequel le conflit n’existerait pas car il est le créateur sans qui rien n’existe.

Comme créateur n’est-il pas en dehors et au-dessus du conflit ?

Pour répondre il faut partir de la parole de la croix : ici, l’être de Dieu se révèle comme créateur dans le conflit avec le caractère anéantissant du néant.

Mais pour penser cela il ne faut pas partir des affirmations bibliques de la création et ensuite de la parole de la croix, il faut faire l’inverse : commencer par les affirmations du crucifié pour comprendre le Dieu créateur.

« Nous apprenons à comprendre qui est le Dieu créateur à partir des affirmations bibliques visant le crucifié » p 340.

 C’est la théologie du crucifié qui fonde un juste discours théologique sur Dieu créateur. (à l’image d’un autre retournement : c’est la profession de foi en Dieu libérateur de son peuple qui a mené ensuite Israël à réfléchir sur la création)

On doit donc faire de même, penser la création en fonction et à partir de l’histoire de l’homme Jésus qui va jusqu’à la mort.

Le discours positif sur la mort de Dieu est donc :

Dieu s’engage dans le néant, il introduit le néant en lui, il le combat donc ne l’abandonne pas à lui-même, en s’y engageant, il le détermine, en le déterminant, il contredit son pouvoir anéantissant.

En s’y engageant sous la forme d’un combat, en lui assignant un lieu, en le prenant sur soi : il a localisé le néant à l’intérieur de la vie divine et lui a enlevé son efficacité chaotique, l’endurant en soi, Dieu se manifeste comme vainqueur du néant, en étant vainqueur il se manifeste en toute vérité. Dieu est donc celui qui peut endurer et endure, qui peut souffrir et souffre la force anéantissante, la négation de la mort sans être anéanti.

Une fois assumé dans l’être de Dieu, le néant est transformé en fonction créatrice, force de différentiation.

 

[i] E.JÜNGEL, Dieu mystère du monde, tome 1 page 311 à 351

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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 14:50
De la possibilité de penser Dieu avec « ce qui passe » par Eberhard Jüngel (1)

Dans Dieu mystère du monde [i] 

1

S’il y a nécessité de penser Dieu dans l’unité avec ce qui passe, cela s’impose donc à la réflexion.

Mais cela ne devient possible et s’impose vraiment que si la pensée se met à la suite du mouvement de la foi, que si elle répond oui à la parole qui désigne Dieu en l’homme Jésus, car Dieu dans l’homme Jésus est lieu de cette possibilité. Et c’est une nécessité théologique car ici la pensée ne peut que concevoir Dieu uni à ce qui passe.

 

Mais cela doit se faire sans ignorer le contexte historique de la pensée qui globalement est une pensée athée.

Car si on veut changer l’esprit du temps, il faut d’abord l’avoir compris. La théologie ne peut se dispenser de cette compréhension. La théologie est dans cette histoire et pas hors d’elle. Tout en étant bien dans une théologie de la parole comme Barth, Jüngel critique celui-ci pour sa non prise en compte de la situation historique de la pensée, car cela menace tout progrès réel de la théologie.

Il faut donc tenir à la fois :

-la pensée qui se met à la suite de la foi, ne peut que se fonder sur elle-même, comme acte de penser, elle s’appuie sur la parole qui rend possible la foi.

-mais c’est l’homme qui pense car il ne peut être question d’oublier l’homme qui pense sous prétexte qu’on dirige son attention sur Dieu !

Donc penser Dieu avec ce qui passe ne peut se faire en passant à côté de la pensée moderne.

Cette unité est à chercher en discutant avec la situation historique des temps moderne, une discussion de la pensée avec son destin athée en se demandant si l’athéisme est le sort fatal de la pensée.

2

Cette question ramène à l’horizon du discours sur la mort de Dieu

Il y a confrontation entre 2 alternatives :

-du côté de la pensée qui se fonde elle-même, Dieu et la foi sont un passé révolu, l’athéisme est le destin de l’esprit

-du côté de la méditation qui reconnaît dans la parole de la croix, le lieu de la possibilité de penser Dieu. Cette 2ème alternative n’a pas été suffisamment pensé jusqu’à maintenant à la fois en ne négligeant pas la problématique de la pensée moderne et à la fois en ne négligeant pas la parole de la croix.

3

La mort de Dieu dans la conception athée, en fait, pense un Dieu impensable.

Donc, en même temps qu’elle le pense, elle le nie puisqu’il est impensable. C’est une pensée prisonnière de ce Dieu impensable. Elle continue à le penser comme « absoluité indépendante dans l’unité de l’essence et de l’existence ». Elle est incapable de concevoir que cette pensée de Dieu contredit la vraie divinité de Dieu.

4

La raison en est que cette métaphysique a une prémisse, c’est son estimation d’emblée négative de la condition passagère : ce qui passe ne peut que se réduire au néant, le devenir n’a pas dignité, ce qui passe n’est que malheur. On ne peut se réjouir de l’épanouissement d’une rose parce qu’elle flétrira. Ce qui passe est grevé de néant et ne mérite que le néant.

« Tout ce qui naît mérite d’être anéanti aussi vaudrait-il mieux que rien ne naisse »[1]

Dans cette conception, on ne peut penser Dieu avec ce qui passe. Il est impensable dans la solidarité avec l’ici-bas et sa condition passagère. Et on ne peut encore moins, par principe, penser une mort effective de Dieu. On ne peut penser son existence car elle est dangereuse pour l’essence de Dieu. Il y a incompatibilité entre ce qui passe et l’essence de Dieu

 

Mais la croix du Christ s’élève contre cette pensée négative du passager. La croix proteste contre le discrédit infligé à ce qui passe. Donc ce qui doit périr c’est ce Dieu métaphysiquement produit : essence suprême, sans déficience, parfaite, indépendante.

 

5

Nietzsche a refusé de penser l’unité de Dieu avec ce qui passe. Dans l’Antichrist, il découvre que Paul a créé un nouveau Dieu mais pour Nietzsche, ce Dieu ne mérita pas ce nom car il fait honte à la sagesse.

Paul (1Co1/18) essaie de penser Dieu et ce qui passe conjointement. Ce crucifié est bonne nouvelle, réalité réjouissante. Il montre l’impuissance comme manière selon laquelle la puissance de Dieu s’accomplit. Cette manière s’appelle l’amour où impuissance et puissance ne se contredisent pas, l’amour faisant l’unité des deux.

Nietzsche reconnaît qu’il y a là une nouvelle manière de comprendre Dieu. Mais pour lui ce qui fut révélé comme Dieu n’est pas divin mais pitoyable, absurde, honteux, une erreur et un attentat à la vie. Pour Jüngel, il a vu en partie juste : il y a incompatibilité entre la conception chrétienne de Dieu et la métaphysique : « Audace dans l’inversion…renversement de toutes les valeurs antiques »[2] Mais il n’a pas voulu voir là un point de départ d’une autre manière de comprendre Dieu comme « louange et justification de tout le périssable ». Pour quelle raison ?

Il voulait bien louer l’acte de passer à condition qu’il soit libéré de la souffrance et de la faiblesse.

Pour lui le Dieu souffrant ne pouvait qu’être attentat à la vie parce que Nietzsche pense de façon abstraite la condition passagère de la vie. Il ne voulait reconnaître la vie qu’au sommet de sa vitalité.

 

6

Paul pense Dieu de manière nouvelle. Il le conçoit dans l’unité avec ce qui passe. Dieu pensé à neuf, dans la pauvreté de l’existence de cet homme. Pour cela il y a à laisser derrière soi ce que le « je pense » a infligé au Dieu métaphysiquement pensé. Il faut penser l’existence de Dieu dans l’unité de son essence avec l’existence de l’homme Jésus. Donc son essence sera son existence sans distinction.

« Si l’on conçoit la divinité de Dieu à partir de l’unité avec la pauvreté de l’existence du crucifié, l’Etre de Dieu ne peut plus être pensé uniquement comme infini opposé à toute finitude, indépendance opposée à toute dépendance, pas davantage comme éternité excluant de soi le temps, ni non plus Etre suprême qui ignore le néant » p 327

Ce n’est plus un Dieu au ciel par ce qu’il ne peut être sur terre mais un Dieu qui est au ciel de telle manière que son royaume des cieux puisse très bien venir vers le monde. Au ciel de telle manière qu’en raison de cela même il peut s’identifier avec la pauvreté d’un homme sur la croix, amené de la vie à la mort.

 

[1] Goethe, Faust, I, 1339, collection bilingue 1937,44

[2] Nietsche, Jenseits von Gut und Böse

 

[i] E.JÜNGEL, Dieu mystère du monde, tome 1 page 311 à 351

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5 janvier 2018 5 05 /01 /janvier /2018 13:26
Coup de cœur…dans le Nouveau Testament, quelques versets de la 1ère lettre de Jean : le cœur de la foi chrétienne.

Pendant l’octave de Noël, la liturgie de l’Eglise catholique romaine, nous fait lire la 1ère lettre de Jean. J’avais beau la connaître, ce matin, j’ai eu un coup de cœur : l’essentiel de la foi est contenu dans ces quelques lignes.

La vie éternelle demeure en nous, car la vie éternelle c’est d’aimer, car la vie éternelle, c’est Dieu lui-même.

Tout acte d’amour est naissance en nous de la vie de Dieu, naissance, fleuve de vie de Noël du quotidien.

Tout acte d’amour est Pâques du quotidien, passage de la mort à la vie.

Et ceci pour toutes et tous…depuis le début du monde, pour tous les peuples, pour tous les temps, pour incroyants ou toutes sortes de croyants. Toutes, tous passent de la mort à la vie, naissent à la vie éternelle en tout acte d’amour.

La-le disciple du Christ le sait : « Nous, nous savons » et c’est ce savoir qui fait sa joie et sa seule originalité.

Nous savons et nous avons reconnu l’amour sur un visage, celui de Jésus. Amour de Jésus jusqu’à donner sa vie.

La-le disciple de Jésus reçoit cet amour et le donne à la mesure de l’accueil qu’elle-il lui fait pour le donner à son tour.

Pas en paroles ni par des discours,
mais par des actes et en vérité
.

Avec Dieu qui apaise notre cœur car si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur et connaît toutes choses.

 

"Bien-aimés, tel est le message que vous avez entendu
depuis le commencement : aimons-nous les uns les autres…
Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères.
Celui qui n’aime pas demeure dans la mort.
Quiconque a de la haine contre son frère est un meurtrier,
et vous savez que pas un meurtrier
n’a la vie éternelle demeurant en lui.

Voici comment nous avons reconnu l’amour :
lui, Jésus, a donné sa vie pour nous.
Nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères.
Celui qui a de quoi vivre en ce monde,
s’il voit son frère dans le besoin sans faire preuve de compassion, comment l’amour de Dieu pourrait-il demeurer en lui ?

Petits enfants,
n’aimons pas en paroles ni par des discours,
mais par des actes et en vérité.
Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous apaiserons notre cœur ;
car si notre cœur nous accuse,
Dieu est plus grand que notre cœur,
et il connaît toutes choses…"

1Jn3/11…21

 

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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 11:30
Quand je dis...Dieu.

Dieu : quatre lettres en français, plus ou moins dans d’autres langues. Mais qui ? Ou quoi ? Et où ? Comment ? …Derrière ce mot ?

Pourquoi un mot existe dans toutes les langues ? Un mot comme tous les mots, créés par les humains.

Et derrière ce mot, de multiples « représentations » : images, concepts, théories, noms, à interroger, à critiquer, à déconstruire, à accueillir.

Sont-ils, sont-elles toutes, tous, des projections de nos besoins, de nos désirs, ou encore de nos conceptions du pouvoir ?

Une, parmi d’autres à particulièrement était source d’un athéisme légitime : la projection sur Dieu d’une réalité humaine, celle du roi absolu. Dieu à l’image d’un monarque absolu maître, propriétaire du monde dont la volonté fait loi, qui peut disposer de tout, et de la volonté duquel tout dépend, Il a les traits d’un monarque conçu de manière absolutiste.  Il est un, indivisible, parfait car impassible, il gouverne et tout dépend de lui [1].

Mais aussi beaucoup d’autres comme le dieu

qui se cacherait au coin de la rue pour me prendre en flagrant délit de faute ; le dieu voyeur à qui rien n’échapperait pour mieux m’accuser ; le dieu fatalité qui aurait écrit sur son grand livre ce que je dois faire, sinon ce sera le malheur pour moi ; le dieu paratonnerre, qui moyennant quelques sacrifices, me protégerait des souffrances de la vie. On peut allonger la liste, les exemples donnés sont des caricatures, mais nous n’en sommes pas indemnes et elles peuvent s’insinuer en nous sans qu’on y prenne garde.

La Bible n’est pas indemne de cela.

Mais la Bible a un mérite inouï, à condition de bien la lire, non pas de manière fondamentaliste, et pas comme une « carrière de normes » mais comme un livre en recherche, en débat sur Dieu. Un exemple parmi d’autres : la richesse et la santé sont-elles des récompenses de Dieu pour une vie vertueuse ou n’ont-elles rien à voir avec Dieu et avec la conduite d’une vie ? Le livre de Job est une contestation radicale d’un dieu qui distribuerait richesse ou pauvreté, santé ou maladie en récompense ou punition du comportement des gens. Ce dieu est une projection qui a sa source dans un désir de justice immanente mais qui justifie les inégalités : la pauvreté ne devait pas être combattu puisqu’elle serait punition de Dieu.

La Bible indique un chemin pour entrer en débat, pour interroger nos représentations, pour les critiquer, la passer au crible de la pensée : telle représentation, fait-elle « honneur » à Dieu ? Est-elle respectueuse de l’humain ? Fait-elle de l’humain un adulte responsable ou un mineur toujours sous tutelle ?

Et surtout, toujours accepter que nos « dires » sur Dieu toujours à interroger.

Ces jours-ci je me suis interrogé : pourquoi je dis « tu » à Dieu, pourquoi je me le représente comme une personne à l’image que j’ai de l’expérience que j’ai de relation avec des personnes ? Serait-ce là encore une projection d’une réalité humaine sur Dieu. Si je dis « tu » à Dieu, c’est parce que je me le « représente » comme une personne. Qu’est-ce qui justifie cela ? Parce que en étant une personne en relation avec d’autres, je ne peux me représenter la relation à Dieu que de cette manière-là.

Mais alors, ce que l’on met derrière le mot Dieu ne peut-il être que projection de notre expérience humaine ? Si oui, aucune crédibilité de nos paroles humaines sur Dieu ne tient.

Mais alors que dire ?

 

Ici, nous sommes convoqué-es à un pas que seule la foi peut faire mais qui n’est pas sans raison.

C’est parce que Dieu est Personne, que je suis une personne.

C’est parce que Dieu est Parole que je suis être de parole.

C’est parce que Dieu est Amour que je peux aimer.

Renversement!

La projection n’est pas de l’humain à Dieu, elle est de Dieu à l’humain : « Image et ressemblance de Dieu ». Parce Dieu est « diffusif » de Dieu.

Et c’est pourquoi, il y a le mot Dieu dans toutes les langues du monde, trace d’une présence, signe d’une recherche de la source de notre être.

Le deuxième pas dans la foi, non sans raison, est d’accueillir l’image de Dieu que me révèle l’être, les paroles, les actes de Jésus. Et ici, en accueillant dans la foi que Jésus est « image » de Dieu, j’accueille une image de Dieu qui est une révolution de nos représentations et que personne n’avait pu concevoir. L’image de Dieu que révèle Jésus est le contre-pied radical de nos représentations de Dieu.

Ouvrir les Evangiles avec comme « question de lecture » : en quoi c’est une « révolution » de nos images de Dieu ?

Et pour commencer cette lecture, allons à un endroit qui fait voler en éclat une représentation : Dieu n’est pas en haut, il est en bas, dans l’Evangile de Jean au chapitre 13 verset 1 à 15. Dieu est à genoux, Dieu est serviteur.

Avec Luc 2, nous voyons Dieu petit enfant, vulnérable, remis entre nos mains. 

Je vous laisse continuer…

 

1-J. MOLTMANN, Trinité et Royaume de Dieu, cerf, 1984, Collection Cogitatio fidei n°123, p 249.

 

 

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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 17:27
Penser jusqu’au bout…le don

Penser jusqu’au bout…

C’est important de penser jusqu’au bout. Et faute de ne pas le faire, on passe à côté des conséquences de ce que l’on sait, de ce que l’on pense, de ce que l’on croit.

Exemple : les croyants qui ont lu dans la Bible : « Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance, homme et femme, il les créa » ont -ils pensé jusqu’au bout ? Ce verset biblique établit la dignité de tout être humain, homme et femme, image de Dieu. Penser jusqu’au bout. Vraiment entendu, ce passage de la Bible est le meilleur rempart contre le racisme et le sexisme.

Il n’a cependant ni été pensé jusqu’au bout, ni entendu par des croyants dont les comportements et les discours  justifient de manière religieuse la supériorité de certains et l’infériorité d’autres.

Pour l’heure, je voudrai penser jusqu’au bout…le don. Car cela ouvre à une pensée sur Dieu qui peut être libérante.

Tout personne peut dire que sa vie est un don. Personne ne s’est donné la vie à lui-même. Vivre, personne ne l’a demandé. Ce n’est pas le fruit d’un mérite. Le résultat du hasard, diront les plus athées d’entre nous. C’est là comme un « donné » justement. Un don et pas un prêt. Un don et pas un échange. Un don pas une exigence de réciprocité. Un don sans contrepartie, un don sans condition de retour.

Sinon, ce n’est pas un don.

Si nous postulons que ce don de la vie a sa source en Dieu, il y a donc à penser que ce don est vraiment un don qui contient tout… Un don donné tout entier, pour toujours et de toujours. Un don sans condition :

donné c’est donné.

Sans condition de réciprocité, sans condition de retour, sans condition de gratitude…un don qui n’exige rien.

C’est nous qui inventons un Dieu qui nous aurait fait un prêt et non pas un don.

C’est nous qui inventons que nous devons payer ce don comme on pait une dette.

C’est nous qui inventons qu’il y a un prix à payer pour mériter ce don.

C’est nous qui inventons l’obligation du retour, de la gratitude, de la reconnaissance.

Alors que donné, c’est donné.

Je ne dois rien à Dieu. Donné, c’est donné.

Quel malheur pour la foi de se vivre sous le registre d’une dette à payer, d’une obligation de réponse : car la dette est sans fond. Payer sans jamais pouvoir clore le paiement de la dette.

C’est faute d’avoir présenté la foi dans le registre de la liberté, que des gens sont devenus athées.

Mais si la conscience de ce don me donne le désir de donner à mon tour, c’est tout différent. C’est qu’alors je pressens que donner, c’est la source d’une joie profonde, d’un bonheur de vivre. Nous sommes là dans la liberté et non dans l’obligation.

Dieu a tout donné…et c’est sa joie.

En donnant, j’entre dans cette joie.

 

 

 

  

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