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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 12:07

 

Le texte de mon intervention est paru sur ce blog il y a quelque temps. Voici maintenant la possibilité de l’écouter et la voir !

En cliquant sur :

https://www.youtube.com/watch?v=xnuBFp78Z9I&feature=youtu.be

 

 

Cela s’est passé lors de la journée de rencontre organisée le 11 novembre par le site www.temoins.com Chrétiens dans un monde nouveau.

 

Pour voir l’ensemble des interventions, vous pouvez cliquer sur :

http://www.temoins.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1099:%C2%AB-chr%C3%A9tiens-dans-un-nouveau-monde-%C2%BB-la-journ%C3%A9e-du-11-novembre-2014&catid=5:reflexions&Itemid=64

 

 

 

 

 

 

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 14:15

Les images qu’on se fait de Dieu, peuvent être des obstacles à une vie chrétienne libre, joyeuse, et agissante.

Un des obstacles est la peur. Peur d’un Dieu qui demanderait forcément des choses à l’opposé de leurs désirs. Donc on reste à distance pour ne pas entrer dans cette opposition.

Cette image est fausse. Dieu est au contraire celui qui nous aide à découvrir et réaliser nos vrais désirs.

C’est cela que j’ai découvert en faisant les Exercices spirituels de St Ignace de Loyola : cette expérience m’a permis de libérer mon désir profond.

Ensuite, je n’ai pas cessé d’aider les gens que j’accompagne dans des retraites ou dans la vie, à découvrir cela.

La volonté de Dieu n’est pas à chercher en dehors de soi. Comme si Dieu aurait écrit dans un grand livre ce que je dois faire. C’est terrible cette image, car comment découvrir ce qui y serait écrit ?

Mais aussi quelle image de Dieu cela véhicule !  : Un tyran qui décide à notre place. 

Non, une véritable expérience de Dieu  doit nous aider à aller au plus profond de nous  pour découvrir ce qui nous fera le plus vivre à plein, libèrera les désirs les plus profonds, les plus humains, les plus vivants qui vont nous permettre de bâtir notre vie.

Ce n’est donc pas un conflit entre notre désir et le désir de Dieu mais la recherche du désir de Dieu au plus profond, au plus fort et au plus vivant de notre désir.

 

Je suis née en dehors du christianisme. La foi, je ne l’ai pas bu avec le lait du biberon ! La foi, il a fallu dès le début que je la reprenne à mon compte, que je l’approprie avec des mots qui pouvait me parler. Donc dès le début, il y a eu toujours des questions, des recherches. Rien n’était évident, rien n’était acquis.

Cela me donne une sensibilité à l’incroyance,  une proximité avec les incroyants, une compréhension de la raison de l’incroyance, car le dialogue passe à l’intérieur de moi. Je cherche sans me lasser une manière de dire la foi qui soit crédible pour moi et donc pour d’autres. Cela me rend sensible aux manières d’en parler que je ne prends pas pour argent comptant mais que je soumets à examen, un exercice de pensée.

Cela je le fais au quotidien de ma vie de religieuse, de mon travail d’accompagnatrice spirituelle, d’animatrice de retraite, et de blogueuse aussi.

 

Nous sommes devant un défi énorme.

Pour ce travail, nous avons déjà de  bonnes ressources. En ce qui me concerne, parmi celles qui m’inspirent, il y a Bonhoeffer, Tillich.

Tillich a fait le constat que message n’est pas compris, que le fossé s’élargit de plus en plus entre la théologie et la pensée des gens qui vivent dans un monde placé sous le signe de la science.

Il s’est demandé : D’où vient ce divorce entre le message chrétien et la pensée moderne ? Et il se montre sévère pour les Eglises chrétiennes peinant à trouver un langage adapté à l’homme moderne. Tillich a su nous ouvrir le chemin en nous demandant de partir de l’homme et des ses questions d’aujourd’hui, confiant dans ses intuitions, pour indiquer un Dieu qui lui parle de sa vie.

 

Plus près de nous il faut citer Moltmann et du côté catholique, d’autres auteurs sont de bons guides : Segundo : Qu’est-ce qu’un dogme ? Un livre superbe qui donne d’excellentes clés d’interprétation de la Bible et fait du ménage dans l’accumulation de la pensée catholique. Et aussi Joseph Moingt.

 

Le fossé entre le message chrétien et la pensée moderne, porte aussi sur l’anthropologie du féminin et du masculin. La pensée catholique, mais aussi certains courants fondamentalistes du protestantisme, continuent de véhiculer des images obsolètes, conservatrices, aliénantes pour les femmes. Des théologiennes parmi bien d’autres et comme par exemple Jonhson et Schneiders ont relevé le défi sur ces questions.

 

Donc, déjà beaucoup de théologiens ont su relever ces défis et travailler à combler le divorce entre foi chrétienne et monde moderne.

Mais il reste encore beaucoup à faire et surtout comment cela a-t-il rejoint le terrain des paroisses, des homélies, des catéchismes, des mentalités… ? Quand je fais attention à ce qui est véhiculé dans la liturgie, ce qui est dit dans des sermons, écrit dans des catéchismes…cela permet de voir l’ampleur du travail à faire !

* Quand cessera-t-on définitivement de penser que la Bible « est » la Parole de Dieu de manière fondamentaliste ? Alors qu’elle est une parole d’hommes marquée par leurs limites, leurs préjugés, leurs intérêts.  Et à ces hommes,  Dieu essaie avec patience d’insuffler une conversion : conversion de toutes ces fausses images qu’ils se font de Lui … Lente, patiente pédagogie. Le passage de la mer rouge, par exemple,  n’est pas l’acte d’un dieu qui ferait périr des soldats égyptiens mais, sous la forme de ce récit, la conscience qu’Israël a eu d’un Dieu qui dit non à l’esclavage.

 

*Quand cessera-t-on définitivement d’instrumentaliser la Bible pour justifier des conceptions   qui enferment dans des schémas intouchables ?  Par exemple : « Homme et femme, il les créa », n’est pas le sceau d’une volonté de Dieu qui instituerait le mariage, mais le signe du respect et la raison de toute différence dont le féminin et le masculin sont le paradigme.

Ou encore, le choix des évangiles de relater la présence  de 12 apôtres masculins n’indique pas une  détermination du Christ à exclure les femmes des ministères,  mais renvoie à  la conscience de la première communauté chrétienne d’être le nouvel Israël.

 

*Quand cessera-t-on définitivement de penser la croix du Christ comme le prix à payer pour que Dieu pardonne ? Il s’agit au contraire de saisir à quel point les actes du Christ, ses paroles, ses décisions ont été  et sont, encore aujourd’hui,  libérateurs, provoquant  la mise en danger de toute forme de totalitarisme, fut-il religieux.  Alors la croix n’est  pas le prix à payer mais l’aboutissement d’un chemin de liberté. 

Quand cessera-t-on…

Au travail mais en sortant des lieux dormant pour aller vers ce qui nait, cherche à vivre et à espérer.

 

Par ailleurs, le langage peut être juste mais il est inopérant.

On ne perçoit pas les conséquences psychologiques et sociales des fondamentaux de la foi On ne fait pas le lien entre ce que dit la foi et des réalités humaines.

Encore aujourd’hui :

*Pour parler d’un décès : « Dieu a rappelé à lui… » Alors, comme cela, Dieu décide la mort des gens ? Il laisse en vie certains et fait mourir d’autres ? Mort dans un accident…Dieu a rappelé à lui ? Je sais bien qu’on peut interpréter autrement cette phrase mais évitons les phrases ambigües qui induisent des fausses images de Dieu. Cherchons d’autre manière comme : Dieu l’a accueilli dans son amour.

*Dans une prière de début de repas : « Donne du pain à ceux qui n’en ont pas ». Prière qui se défausse sur Dieu de ce qui relève de notre responsabilité.

Dieu n’est pas un distributeur. Cela est plus digne de Dieu de dire : « Tu veux un monde juste où tous auront du pain. Aide-nous à être artisan de ton désir. »

A chaque fois, la question à se poser, l’acte de penser à faire est : dire cela, quelle conséquence cela a ? Quelle image de Dieu cela induit ?

*Dans certains pays le rituel de sépulture se fait par crainte des morts. Si le rituel est négligé, le mort viendra hanter les vivants pour leur faire du mal. Si ces régions ont été touchées par le christianisme, comment se fait-il que la foi en la résurrection ne vienne pas guérir de cette crainte ? Les morts sont dans l’amour de Dieu donc ne peuvent nous vouloir que du bien. Ce fondamental de la foi est inopérant socialement.

Et dès le début du christianisme :

*Comment se fait-il que le christianisme n’ait pas rejeté l’esclavage et comment se fait-il que des milieux marqués par le christianisme aient justifié la supériorité d’une race sur d’autres, le racisme et le sexisme ?

 « Dieu fit l’humain à son image et à sa ressemblance, masculin et féminin, il les fit » aurait du être le contrepoison suffisant pour éradiquer ces injustices : puisqu’il est à l’image de Dieu, aucun humain ne peut appartenir à un autre,  aucun humain n’est moins humain qu’un autre, aucun sexe n’est supérieur à l’autre. Ce verset a donc été inopérant socialement.

Il a pu l’être chez certains êtres d’exception qui ont pu faire le lien entre une donnée de la foi et une réalité humaine mais ce la n’a pas touché une société entière.

Comment comprendre cette inopérance ?

La raison de cette inopérance est à situer dès le début du christianisme. L’on sait que face aux oppositions rencontrées, les 1ères communautés ont voulu faire profil bas, se couler dans les mœurs de la société en ne remettant pas en cause l’esclavage et le statut inférieur des femmes par exemple. Mais il me semble qu’il y a une raison plus profonde encore qu’on trouve dès le discours de Pierre à la Pentecôte.

En disant : vous serez baptisé et vous serez sauvé-es, Pierre instaure une religion de salut qui fonde la foi sur la vie éternelle et ne la fonde pas sur la construction d’un royaume de justice et de paix pour l’aujourd’hui du monde. Il y a ici la perte de la dimension historique du christianisme perte de sa figure de transformation du monde pour la reléguer uniquement dans le salut  individuel après la mort.

Jusqu’à récemment dans l’histoire de nos églises, c’est cette position de Pierre qui a prévalu. J’en veux pour preuve que c’est bien cette question du salut qui nous a valu l’opposition catholique-protestant : sauver par la grâce ou par les œuvres ?

 

L’émergence d’une autre manière de faire Eglise passe par l’émergence de nouveaux langages de la foi irrigant de nouvelles pratiques.

C’est ce que fait, parmi d’autres, le site temoins.com qui nous réunit aujourd’hui. Avec lequel, la catholique que je suis se sent en parfaite connivence.

D’ailleurs pour moi, nos anciennes divergences n’ont plus lieu d’être. Ce qui fait notre unité c’est de chercher en quoi, comment le Christ est chemin de bonheur pour nos contemporains et d’en vivre pour pouvoir le partager, pour construire des sociétés humanisées et humanisantes.

 

Cette intervention a été faite lors de la rencontre du 11 novembre organisée par le site témoins.com : http://www.temoins.com

 

 

 

Voir l’intoduction à sa pensée par R.Winling dans Théologiens contemporains, Centurion

J.Moltmann, Trinité et Royaume de Dieu, Cerf, Coll. Cogitatio fidei n°123

JL Segundo, Qu’est-ce qu’un dogme, Cerf, Coll cogitatio fidei n°169

J.Moingt, Dieu qui vient à l’homme, t1 et 2, Cerf, Coll cogitatio fidei n°222 et 245

E.Johnson, Dieu au-delà du masculin et du féminin, Cerf, coll cogitation fidei, n°214

S.Scheiders, le texte de la rencontre, Cerf, coll lectio divina, n°161

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 21:50

 

 

 

Voici que qu’écrit Raymond Winling à propos du  théologien Paul Tillich  (1886-1965)

« Tillich est un croyant convaincu que le christianisme apporte le plus authentique message de salut que l’homme puisse trouver sur cette terre.

 Mais il constate que ce message n’est pas compris. Tout se passe comme si les déformations et les distorsions se multipliaient et rendaient impossible une perception qui ne soit pas caricaturale. ..

Le fossé s’élargit de plus en plus entre la théologie et la pensée des laïcs qui vivent dans un monde placé sous le signe de la science.

D’où vient ce divorce entre le message chrétien et la pensée moderne ?...

Tillich sait quel rôle a joué la pensée de type scientifique avec son impérialisme exclusif.

Mais il voit d’autres raisons : il se montre sévère pour les Eglises chrétiennes qui vivent sur le passé et se montrent incapables  de trouver un langage adapté à l’homme moderne.

Que faire ?...

Partir de l’homme et des ses questions d’aujourd’hui, faire appel à ses intuitions, le conduire vers le Dieu qui lui parle à travers l’Ecriture et lui apporte la réponse aux questions vitales que la science se montre incapable d’assumer de façon valable. »

(La théologie contemporaine, Ed le Centurion, 1983, page 244)

 

Tillich est mort au moment du Concile Vatican II. Depuis beaucoup de théologiens ont su relever le défi et travailler à combler le divorce dont il parle. Mais il reste encore beaucoup à faire et surtout comment cela a-t-il rejoint le terrain des paroisses, des homélies, des catéchismes, des mentalités… ?

 

Quand cessera-t-on définitivement de penser que la Bible « est » la Parole de Dieu de manière fondamentaliste ? Alors qu’elle est une parole d’hommes marquée par leurs limites, leurs préjugés, leurs intérêts.  Et à ces hommes,  Dieu essaie avec patience d’insuffler une conversion : conversion de toutes ces fausses images qu’ils se font de Lui … Lente, patiente pédagogie. Le passage de la mer rouge, par exemple,  n’est pas l’acte d’un dieu qui ferait périr des soldats égyptiens mais, sous la forme de ce récit, la conscience qu’Israël a eu d’un Dieu qui dit non à l’esclavage.

 

Quand cessera-t-on définitivement d’instrumentaliser la Bible pour justifier des conceptions   qui enferment dans des schémas intouchables ?  Par exemple : « Homme et femme, il les créa », n’est pas le sceau d’une volonté de Dieu qui instituerait le mariage, mais le signe du respect et la raison de toute différence dont le féminin et le masculin sont le paradigme.

Ou encore, le choix des évangiles de relater la présence  de 12 apôtres masculins n’indique pas une  détermination du Christ à exclure les femmes des ministères,  mais renvoie à  la conscience de la première communauté chrétienne d’être le nouvel Israël.

 

Quand cessera-t-on définitivement de penser la croix du Christ comme le prix à payer pour que Dieu pardonne ? Il s’agit au contraire de saisir à quel point les actes du Christ, ses paroles, ses décisions ont été  et sont, encore aujourd’hui,  libérateurs, provoquant  la mise en danger de toute forme de totalitarisme, fut-il religieux.  Alors la croix n’est  plus le prix à payer mais l’aboutissement d’un chemin de liberté.

 

Quand cessera-t-on définitivement de penser que Dieu aurait écrit dans un grand livre les choix importants de nos vies, auxquels Il nous aurait, par ailleurs,  prédestinés ? C’est oublié que  Dieu s’inscrit au creux de notre liberté. C’est oublié que Sa tendresse nous supplie simplement  d’être nous-mêmes,  d’être  heureux-se .

 

Quand cessera-t- on d’enfermer l’humain dans une faute originelle, qui le dépasse ? N’est-il pas urgent de changer notre regard sur l’être humain ? La Bienveillance est inscrite, gravée en tout homme, toute femme. Elle est  plus résolue que la culpabilité, plus forte que la désespérance, plus tenace que la cruauté. Un Autre nous l’a dit : notre réalité ultime s’écrit en lettres de tendresse. 

 

Katrin Agafia et Michèle Jeunet

 

 

 

 

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 18:00

Cenacle-2.jpg(Tableau sur bois peint par Sr Ghislaine Pauquet. 

Centre spirituel du Cénacle de Versailles. France)

 

Le centre spirituel du Cénacle de Versailles est animé par une famille spirituelle qui a choisi un lieu biblique comme fondement de sa vie spirituelle : un lieu qui s’appelle « Cénacle »

Un nom qui n’est pas facile à porter pour 2 raisons :

-le langage courant du dictionnaire, le définit comme « Petit groupe fermé sur lui-même » ! Dur à porter !

-la prédication courante des homélies l’assimile à la seule peur des disciples enfermés.

 

Nous allons essayer de déconstruire ces images !

 

1-Le premier lieu du Cénacle, c’est le lieu de la Cène, le lieu du dernier repas de Jésus.

C’est donc le lieu du don de sa vie que fait Jésus, par amour pour nous, pour aller jusqu’au bout de la fidélité à Sa mission. 

Geste du pain et du vin qui signifie qu’il entre librement dans sa passion, qu’il se livre totalement. Thérèse Couderc, fondatrice de la Famille spirituelle du Cénacle a tellement contemplé ce mystère de la Cène au Cénacle, qu’elle a fait de ce mot «  se livrer » l’expression ultime de la réponse d’amour qu’on peut faire au Christ : se livrer au Christ en réponse au don qu’il nous fait.

 

2-Le deuxième lieu du Cénacle, entre Pâques et Ascension

Ce temps commence bien par la peur et l’enfermement : « Le soir de ce même jour…toutes portes closes par peur…là où se trouvaient les disciples, Jésus vint… » Jn 20/19

C’est un lieu de passage, un temps de passage de la peur à la foi qui prend du temps ! C’est un lieu où l’on se laisse éduquer par Jésus, où on le laisse nous pacifier.

 

3-Mais il y a un 3ème temps, celui entre Ascension et Pentecôte.

Ce 3ème temps est méconnu par beaucoup de chrétiens et d’homélies ! C’est le temps du Cénacle entre Ascension et Pentecôte.

Nous lisons cela en Ac1/1…13

01  Mon cher Théophile, dans mon premier livre j'ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement,
02  jusqu'au jour où Il fut enlevé au ciel après avoir, dans l'Esprit Saint, donné Ses instructions aux Apôtres qu'Il avait choisis.
03  C'est à eux qu'Il S'était montré vivant après Sa Passion : Il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, Il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu.
04  Au cours d'un repas qu'Il prenait avec eux, Il leur donna l'ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d'y attendre ce que le Père avait promis. Il leur disait : « C'est la promesse que vous avez entendue de ma bouche.
08  Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. »
09  Après ces paroles, ils Le virent s'élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée.
12  Alors, ils retournèrent du mont des Oliviers à Jérusalem,
13  Arrivés dans la ville, ils montèrent à l'étage de la maison.

.

et en Lc 24/50-52

50  Puis Il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, Il les bénit.
51  Tandis qu'Il les bénissait, Il se sépara d'eux et fut emporté au ciel.
52  Ils se prosternèrent devant Lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie.

 

Entre Ascension et Pentecôte c’est le consentement à une absence pour une autre présence : « Une nuée vint les soustraire à leur regard » Ac 1/9

Entre Ascension et Pentecôte, ce temps du Cénacle est éducation à voir le Christ d’une autre manière, se familiariser à un autre forme de présence

1- « Ils montèrent à la chambre haute, où ils se tenaient habituellement » Ac 1/13

On y voit cette première communauté, d’homme et de femmes réunis ensemble. Cela nous indique une première attitude spirituelle à garder précieusement, à cultiver. Viser la communion. Se donner, se trouver, de lieux de partage, pas seulement en avoir mais aussi en estimer la valeur, s’y investir. En saisir le sens profond : Il s’agit de faire l’expérience d’une présence du Christ, selon la promesse faite : «  Que deux ou trois soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » Mt 18/20.

La communauté est lieu de présence du Christ, au milieu d’elle, en elle. Corps du Christ.

 

2-« Tous d’un même cœur, étaient assidus à la prière » Ac 1/14

Prier pour :

-Devenir d’autres Christ

C’est tout l’enjeu de la prière avec l’Evangile. En contemplant le Christ, en fait, je me mets en situation de suite du Christ, comme les disciples qui l’ont suivi sur les routes de Palestine. Le fréquenter pour lui devenir semblable. Le regarder, l’écouter pour regarder comme il regarde, saisir de l’intérieur les grandes options de son existence pour que peu à peu elles imprègnent mes décisions. Saisir sa manière particulière d’aimer, me laisser aimer par lui pour qu’il puisse me transformer pour aimer à mon tour par lui.

 « Dans les actes du Christ, aussi bien que dans ses paroles, se révèlent les principes qui inspirent son action, les jugements de valeur qui dictent son attitudes, et commandent ses réactions. C’est cela que nous devons faire nôtre, l’incorporer progressivement à la substance de notre être. Plus nous le ferons, plus nous agirons spontanément comme le Christ…Nous serons d’autres Christ, c’est à dire des chrétiens. C’est pourquoi, la méditation de l’Evangile n’est pas un exercice facultatif pour ceux qui veulent vivre leur incorporation au Christ. C’est là qu’ils en puiseront les moyens » (Y de Montcheuil, Problèmes de vie spirituelle, Epi, 1947, p98)

 

 

-Etre animé-e par l’Esprit

Mais cela ne se fait pas à la force du poignet, de manière volontariste. C’est de l’ordre d’un abandon, d’un « laisser-faire » de l’accueil d’un don. Ces 10 jours entre Ascension et Pentecôte sont symboliques  d’un Espace. Faire de la place à Dieu, ne pas se précipiter dans l’action. Entrer dans un discernement avant d’agir pour que notre action qui reste bien la nôtre, soit aussi celle de Dieu. Que notre action soit animée par l’Esprit. C’est les sens de cette expression si audacieuse qu’on trouve dans le Actes : « L’Esprit Saint et nous même avons décidé… » Ac 15/28

Chacun-e de nous dans son désir d’être configuré-e au Christ, dans le consentement à lui devenir semblable et par  l’espace que nous offrons à l’Esprit pour discerner ce qui est selon Dieu, chacun-e de nous,  devient  présence du Christ dans ce monde. Autre Christ.

Pour cela il est nécessaire de garder des espaces de recul dans son emploi du temps, des temps pour soi, temps de solitude, de silence, d’intériorité, de relecture du vécu. Descendre au plus profonde de soi pour reconnaître ce qui est source de paix, de joie, d’élan paisible, source de plus grande confiance en soi, dans les autres en Dieu, source de plus d’espérance et d’amour. Car ce sont des signes de l’Esprit. Un désir, une pensée, un sentiment, des idées qui sont portés par ce climat, on peut y discerner l’Esprit du Christ. On peut les accueillir et les réaliser. Au contraire, un désir, une pensée, une idée, un sentiment porté par un climat de peur, de méfiance, d’agitation, de découragement, de tristesse, de ressentiment sont plutôt indicateur d’un mauvais esprit et l’indication d’un combat spirituel à mener.

 

3-« Tous d’un même cœur étaient assidus à la prière avec quelques femmes dont Marie mère de Jésus et avec ses frères ». Ac 1/14

Peser le « tous » ; Il s’agit de l’Eglise entière ! Femmes et hommes. 120 nous dit le verset 15. Tous et toutes disciples. Il est regrettable que la plupert des représentations du Cénacle ou de la Pentecôte ne montre que …les Apôtres!

Regarder Marie. Quel est son rôle ici ? Pourquoi la penser uniquement silencieuse? Elle qui est remplie de l’Esprit depuis l’Annonciation, elle qui retenait toutes ces choses dans son cœur (Lc 2/19)…Pourquoi ne pas la voir enseignant à tous et toutes les chemins de la foi, l’accès nouveau à Dieu inauguré par le Christ ? Entendre Marie nous faire comprendre son absence comme une chance. Marie nous enseignant à désormais le découvrir, le reconnaître à l’œuvre par nos mains. Marie nous donnant goût à le contempler pour que quelque chose de ses yeux, de son cœur deviennent les nôtres pour devenir Christ pour les autres. Regarder Marie transmettant ainsi son expérience du Christ son Fils et son Sauveur.

 

4-« Vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux confins de la terre » Ac1/8

Il s’agit ensuite de chercher et de trouver le Christ au cœur même de l’action. Le monde comme lieu pour trouver Dieu, le monde comme lieu de Dieu. Cela ouvre un accès à Dieu par la médiation du monde : tout ce qui est bon, juste vrai beau, en moi dans les autres, dans les choses est Présence de Dieu. Présence à  adorer, à contempler. L’apostolat n’est pas d’apporter Jésus mais de le découvrir déjà à l’œuvre dans ce monde, révéler sa présence au cœur de ce que nous vivons.

« Je vis écrit comme en lettre d’or ce mot de bonté…je le vis, écrit sur toutes les créatures…toutes portaient ce nom de bonté, je le voyais même sur la chaise qui me servait de prie-Dieu. Je compris alors que tout ce que ces créatures ont de bon …est un bienfait que nous devons à la  bonté infinie de notre Dieu, afin que nous la rencontrions en tout et partout » (Lettre de Ste Thérèse Couderc du 10 août 1866)

Cela rejoint la phrase attribué à Ignace de Loyola : « Chercher et trouver Dieu en toutes choses »

 

Ensemble, dans la contemplation du Christ et l’écoute de l’Esprit, pour être apôtre, voici ce temps du Cénacle entre Ascension et Pentecôte. Un temps et un espace dont on ne peut faire l’impasse si l’on veut que sa vie chrétienne devienne de plus en plus vivante.

 

 

 

 

 

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 10:54

Resurrection.jpg

Jésus a été jusqu’au bout de la nuit, jusqu’au plus profond des enfers.

Personne ne peut dire : je suis trop loin pour lui.

 

Il vient nous prendre la main pour nous ramener au jour.

 

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 10:22

 

 

Claude Géffré, établit une sorte de cahier des charges pour une théologie d’aujourd’hui. Il s’agit d’un véritable travail d’inculturation. Pas une simple adaptation mais une interprétation créatrice.

Pas une simple  traduction car on ne peut pas traduire sans déjà réinterpréter le contenu parce qu’il y a un lien indissociable entre les mots du langage et les signifiants. Le langage n’est pas seulement l’enveloppe matérielle d’une pensée, c’est le langage lui-même qui est le lieu du sens.

Il faut donc risquer une ré-interprétation du contenu. Cela ne se fera pas par un tri entre ce qui serait des éléments substantiels et accidentels, car la vérité du christianisme n’est pas identifiable avec un corpus de propositions de sens immuables. Le christianisme n’est pas d’abord un message auquel il faut adhérer mais « une expérience qui est devenue un message ».

Une nouvelle inculturation exige de réactualiser cette expérience chrétienne fondamentale dans un nouveau contexte historique et culturel, de produire une nouvelle figure historique du christianisme dans l’ordre de la confession de foi et de la pratique. C’est une opération herméneutique qui exige les questions suivantes :

-Quels sont les éléments fondamentaux de l’expérience chrétienne dont témoigne le Nouveau Testament ?

-Quelle est l’expérience historique, culturelle, religieuse de ceux à qui l’Evangile est annoncé ?

-Quelles corrélations critiques à faire entre ces  expériences ?

Le Nouveau Testament est un acte d’interprétation à confronter à un autre acte d’interprétation d’une Eglise incarnée dans une culture donnée.

C’est un travail d’actualisation.

Pour cela il faut rechercher ce qui essentiel à la foi apostolique : « ce qui est requis, c’est cela qui suffit ». En croyant que l’unité de foi ne requiert pas forcément une uniformité : elle n’est pas compromise par une pluralité de théologies, spiritualités, pratiques.

Et penser que le christianisme est mieux qu’une religion qui ferait nombre avec d’autres.

C’est un Esprit qui structure et métamorphose des éléments culturels, religieux, éthiques pré-existants et parce que toute tradition religieuse peut être l’expression de la présence universelle de l’Esprit de Dieu depuis l’origine du monde et parce que certaines de leurs richesses peuvent concourir à une meilleure explication des richesses de la religion en esprit et vérité inaugurée par le christianisme.

Ce qui fait la singularité du christianisme, ce n’est pas un ensemble d’objectivations doctrinales, rituelles, institutionnelles mais la puissance imprévisible de l’Esprit du Christ. 

La foi chrétienne  est toujours informée, conditionnée, colorée par l’expérience culturelle d’une époque.

La Foi selon sa visée  est substantiellement identique, mais il y a des âges historiques de la foi selon des univers culturels différents. La culture entre donc dans la définition de la foi.

Il ne peut y avoir appropriation de l’Evangile que sur la base d’une interpellation mutuelle et critique de la foi et de l’expérience humaine.

 

Claude Geffré invite donc à se poser les questions suivantes :

1-La parole du chrétien parle-t-elle au présent ?

2-Rejoint-elle les états de conscience de ceux auxquels elle s’adresse ?

3-Promeut-elle une nouvelle existence à partir de l’interprétation de leur vie ?

4-Y-a-t-il une interaction entre la foi et l’expérience humaine façonnée par une culture ?

5-Est-ce que la manière de parler de la  foi oriente, éclaire l’expérience humaine, accomplit ses attentes mais aussi les déplace, les met en jugement ?

 

 

 

C.GEFFRE, “la rencontre du christianisme et des cultures” le Supplément 192 (1995) p 69-91

E.SCHILLEBEECKX, Christ, the experience of Jesus as Lord, New-York, Crossroad, 1980

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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 13:51

Dans son livre « Comprendre ce que l’on croit ». [1]Henri Bouillard part de la conviction que l’effort d’intelligence de la foi doit aujourd’hui se confronter aux raisons de ceux qui ne croient pas.

Cette conviction me semble fondamentale et c’est faute de cette démarche que les théologies des siècles précédents se sont sclérosées dans un langage répétitif.

Bouillard constate que face à une éthique autonome du monde sécularisé, la morale chrétienne se présente, malheureusement  comme venant d’ailleurs et visant ailleurs, selon une triple extériorité (hétéronomie).

*Extériorité d’un commandement divin.

*Extériorité d’un ailleurs eschatologique.

*Extériorité d’un pouvoir que s’attribue l’Eglise pour définir la morale et en préciser les applications.

 

1- Extériorité d’un commandement divin 

Cette extériorité subsiste malheureusement,  dans la manière de présenter les commandements de Dieu, aujourd’hui encore. Cela consiste à penser et faire croire que Dieu aurait comme dicté des commandements. Ce sont des restes de pensée archaïque où ce qui relève simplement de la coutume se donne comme exprimant l’ordre sacré du monde et confère indument  à la coutume son caractère absolu.

Alors que « ce qu’Israël recevait comme loi divine, c’était la loi que ses chefs, ses prophètes et ses scribes avaient  progressivement conçue et dégagée, sous la lumière que Dieu leur accordait ».

Il faut donc dire que cette loi qui va se purifier peu à peu, n’est pas diktat extérieur mais ce que chacun de nous cherche, désire pour un vivre ensemble.

Dieu ne commande donc pas de l’extérieur mais du fond de notre être-au monde par le fait qu’il en est le Créateur. Dieu ne commande pas, il fonde le commandement, comme une exigence de sens et de cohérence au sein des conduites humaines.

*La 2ème critique d’hétéronomie concerne l’orientation  eschatologique.

L’extériorité ici serait d’attendre seulement de Dieu et  reléguer dans le futur, l’instauration d’un Royaume de justice et de paix. Cette conception a justifié pendant des siècles la résignation.

Cela rejoint la critique de Marx. Critique justifiée à bien des égards et dont le christianisme moderne a essayé de relever le défi. La tâche théologique à réaliser est  donc de penser cette orientation eschatologique de manière à ne pas détourner des tâches à accomplir et ne pas justifier le désordre établi. La penser et la vivre comme un levier pour soulever les humains au-dessus de l’égoïsme et de le porter à des entreprises généreuses.

Pour cela, Bouillard ensuite fait une distinction entre inspiration et  détermination. La morale évangélique inspirée par l’amour de Dieu et l’attente de son règne, inaugurée par Jésus-Christ est de l’ordre de l’inspiration (Dieu inspire mais c’est à nous de concevoir comment le réaliser concrètement) et non de la détermination (la détermination de cette morale ne vient pas de Dieu, ce sont les règles de conduite, empruntées aux philosophies, fruit de la raison).

Dire cela  permet d’intégrer des valeurs nouvelles qui surgissent dans la conscience de l’humanité. Cette manière de voir permet d’intégrer de nouveaux progrès de la conscience humaine comme par exemple le développement des droits Humains.

*La 3ème critique vient du pouvoir que l’Eglise s’attribue : Bouillard critique la prétention du Magistère  à formuler des définitions et de donner des directives non seulement sur des grands principes mais aussi des directives plus précises, dans les sphères politique, économique, sociale, familiale, en s’estimant compétente pour apprécier les conduites humaines et pour juger la valeur éthique des comportements.

L’auteur pose cette question : comment l’intervention de l’Eglise peut-elle respecter l’autonomie morale d’un monde qui se considère comme adulte ? Quelle est la part d’infaillibilité de ces interventions ?  Sa réponse est d’une grande clarté : Cette infaillibilité porte sur la fidélité essentielle au message évangélique, sur la rectitude des définitions solennelles mais ne porte pas sur la perfection de chacun de ses jugements. Le passé est là pour nous rappeler les erreurs de jugement de l’Eglise dus à sa résistance à des valeurs nouvelles. Résistances qui ne procédaient pas de l’Evangile mais d’un attachement trop humain à un état de la culture ou un ordre social périmé.

 

Ceci amène Bouillard à voir de quelle manière et à quelle condition, il est possible de parler de « loi naturelle »

La loi morale ne réside pas, n’est pas déterminée, par l’ordre du cosmos, dans la nature biologique commune aux hommes et aux animaux. Elle ne peut qu’être anthropologique, dérivée du sens de l’Humain, du sens des relations inter-humaines.

Elle peut tenir compte de la nature biologique mais elle doit la rapporter à l’accomplissement personnel et social de l’Humain.

Elle doit tenir compte de la condition historique de la loi naturelle : ses modes d’existence varient selon les temps et les lieux, donc l’expression de la loi naturelle est sujette à variations. Ce n’est donc pas un code uniformément inscrit en tout cœur humain. Ce ne sont pas des règles, préformées en lui dès l’éveil de sa raison.

En fait la loi naturelle est la raison elle-même comme pouvoir de discernement du sens des conduites, au sein de diverses situations. La loi naturelle est le sens même que l’Humain discerne plus ou moins clairement à partir de telle situation concrète et dans les limites de son conditionnement historique. La loi naturelle est sens discerné par la raison.

Ceci devrait amener l’Eglise à un positionnement de dialogue acceptant d’écouter le jugement critique de tous ceux qui se veulent raisonnables et moraux, et voulant bien s’engager dans un dialogue. Se voulant gardienne, l’Eglise ne peut se penser comme la source unique de la loi naturelle, sa mission doit se faire dans l’écoute des autres, en cherchant un accord avec eux.

L’enjeu, c’est de respecter  l’autonomie de l’Humain découvrant et réalisant lui-même le sens de ses activités terrestres.

 

 

 

H.BOUILLARD, Comprendre ce que l’on croit, Paris, Aubier-Montaigne, 1971

H.BOUILLARD,déjà cité p 75

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 23:56

Une des raisons de l’incroyance ou de la difficulté de croire, d’entrer dans une relation confiante avec Dieu, vient pour une part de la mauvaise image de Dieu. La critique de Sartre sonne juste : si Dieu est, l’homme n’est pas libre. Mais quel est ce Dieu qui est ? Et qui est-Il ? De quel Dieu parle-t-on ? De quelle liberté est-il question ? Sur ces questions, un livre d’Adolphe Gesché m’a beaucoup éclairée. Dans son livre III de Dieu pour penser, il cite cette confidence que Sartre fait dans son livre: Les mots : « Je ne reconnus pas celui qu’attendait mon âme : il me fallait un Créateur, on me donnait un Grand Patron ». Et il commente ainsi : « Pourquoi Sartre fut-il ainsi égaré en une si grande attente ? L’ange qui eût dû lui être envoyé lui aurait parlé du créateur que son cœur attendait : un Dieu digne de l’homme, un Dieu qui mérite d’exister. Un Dieu dont il ne suffit pas de prouver l’existence, mais dont il faut découvrir le visage. Celui qui s’imprima sur le voile de Véronique quand se déchira celui du Temple ».

Ainsi des deux questions sur Dieu existe-t-il (An sit) et qui est-il ( Quid sit), c’est la seconde qui doit être première. Sartre est athée du Dieu qui est « grand patron » mais ne l’aurait pas été si lui avait été présenté un Dieu créateur. Combien de gens indifférents ou délibérément athées sont dans ce même positionnement ? Cela interpelle la façon dont les chrétiens présentent la foi et en vivent. Le Concile en avait conscience quand il écrit : « Dans cette genèse de l’athéisme, les croyants peuvent avoir une part qui n’est pas mince dans la mesure où, par la négligence dans l’éducation de la foi, par des présentations trompeuses de la doctrine et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale, sociale, on peut dire qu’ils voilent l’authentique visage de Dieu plus qu’ils ne le révèlent ».

J’ai trouvé chez Segundo le même type de problématique. Dans le tome 1 de son catéchisme pour adultes, il montre que la question du « quid sit » doit précéder celle du  « an sit ». Dieu est-il comme un jardinier indispensable au fonctionnement, garant d’un ordre immuable dont on ne peut et doit rien changer, est-il une explication du monde, réponse à toutes les questions dont nous n’avons (provisoirement)  pas de réponse ? Est-il celui qu’on doit se concilier pour s’en protéger ou pour s’approprier sa force ?  En consonance avec Bonhoeffer et en dialogue avec les critiques de Marx, Nietzsche, et Freud, il montre que la seule réponse à leur faire n’est pas de prouver que Dieu existe mais de nous libérer des aliénations qu’ils ont dénoncées à juste titre. Et pour cela, s’en libérer en s’appuyant sur le « quid sit » du Dieu libérateur. Au lieu de déguiser ses intérêts de classe (critique de Marx), les mettre à jour pour les dépasser ; au lieu de masquer son immaturité face à la réalité (critique de Freud), en reconnaître les mécanismes pour accéder à un positionnement adulte ; au lieu de donner le change sur sa faiblesse (critique de Nietzsche), la reconnaître pour ouvrir une relation saine à l’autre.

Cela a mis en moi comme critère de crédibilité de Dieu, de la foi en lui, mais aussi des manières de croire, le critère de libération. Cela m’a permis d’entendre autrement la Bible. Par exemple quand Jésus reçoit la question de Jean-Baptiste : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ». Il répond : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres et heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! » [4] Jésus ne donne pas une réponse de définition de lui-même mais il donne une réponse sur l’œuvre de libération qu’il accomplit : la bonne nouvelle d’un royaume déjà à l’œuvre dans l’histoire par sa présence.

Jose-luis Segundo a été « la » découverte de mon parcours de maîtrise en théologie. Grâce à son livre, Jésus devant la conscience moderne, j’ai pris conscience que la perte de  cette dimension d’engagement et  la perte de ce critère de crédibilité qu’est la libération,  se sont produites dès les premiers temps du christianisme. Perte de l’histoire,  au profit de l’annonce d’un salut qui va de plus en plus se privatiser et se focaliser sur la vie éternelle. Histoire retrouvée par St Paul mais pour Segundo, cette histoire retrouvée peut seulement maintenant donner toute son ampleur. Son livre Qu’est-ce qu’un dogme m’a donné des critères d’herméneutique biblique qui m’ont servi pour mon mémoire : critère de libération, critère de la bonté de la Nouvelle, critère de l’engagement existentiel du lecteur.

Segundo m’a aussi éveillée à la variété des langages de la foi contenus dans le Nouveau Testament. J’avais déjà été sensibilisée aux ecclésiologies différentes, par exemple celle de Jean, qui comme le dit Brown est une communauté d’égaux. Par contre le pluralisme des langages de la foi était resté caché pour moi. La reconnaissance de cette pluralité a d’importantes conséquences. Si cette pluralité existe dans le Nouveau Testament, cela légitime la pluralité des théologies dans l’histoire et pour aujourd’hui.

Une autre découverte : se mettre à la recherche d’un Jésus pré-pascal pour retrouver une histoire perdue plus audible pour les femmes et hommes d’aujourd’hui du seul fait de leur humanité, plus signifiante et décisive pour leur vie. Cette recherche du Jésus pré-pascal a pour noyau historique central le message des Béatitudes. Elles disent que le Royaume, c’est la priorité du cœur de Dieu, ce qu’il veut, les valeurs qu’il apprécie : Dieu comme un roi qui vient pour que sa volonté s’accomplisse sur terre comme au ciel. Elles disent que les pauvres sont heureux parce que la pauvreté qui les déshumanise sera extirpée d’Israël. La priorité du royaume est donc que la pauvreté cesse, que ceux qui pleurent puissent rire, que ceux qui ont faim puissent être rassasiés. Et c’est à nous d’assumer cette tâche.

 

 

A.GESCHE, Dieu pour penser Dieu, Cerf, 1994, p 124, citant J-P. SARTRE, les mots, coll.Folio, p 84

CONCILE VATICAN II, Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps, Centurion, 1967, n°19

J.L. SEGUNDO, Catéchisme pour aujourd’hui, chercher Dieu, Cerf, 1972, p19 à 24

Lc7/20

J.L SEGUNDO, Jésus devant la conscience moderne, Cerf, coll. Cogitation fidei n°148

J.L SEGUNDO, Le christianisme de Paul, Cerf, coll. Cogitation fidei n°151

J.L SEGUNDO, Qu’est-ce qu’un dogme, Cerf, coll. Cogitation fidei n°169

 

 


 

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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 20:30

Une des grandes joies de mes études de théologie a été la lecture du Traité fondamental de la foi.

 

Il m’a en particulier permis d’élargir ma conception de la révélation avec son concept d’autocommunication.

 

L’autocommunication  est une manière de parler de la Révélation, non au sens d’un contenu mais au sens que Dieu se donne, se communique,  et où l’homme est l’évènement de cette autocommunication. « Du fait qu’il a humanité, il y a événement d’une autocommunication de Dieu. »

 

Les avantages de cette position sont fondamentales.

*D’abord, fonder une théologie de l’histoire universelle : c’est toute l’histoire humaine qui a pour fondement et finalité l’autocommunication de Dieu.

*Ensuite, universaliser la révélation : c’est tous les hommes de tous les temps qui sont rejoints par cette autocommunication et donc en capacité de trouver Dieu, d’être ouvert à lui.

Cela maintient le concept fondamental de la foi qui est l’initiative gratuite de Dieu, le don premier de la grâce, mais en la comprenant comme toujours donnée, en tout temps, en tout lieu, en tout homme. L’autocommunication porte en elle-même la possibilité pour tout homme d’y répondre.

Et d’y répondre d’une manière qui n’est pas exclusivement à caractère religieux. Elle peut se réaliser dans le profane de l’existence. Ce qui fait du monde, une médiation de notre réponse à Dieu. Là où l’homme existe comme humain c’est à dire sujet, liberté, responsabilité.

 

 Les conséquences les plus importantes sont :

*Une manière de comprendre la dogmatique catholique du salut par la foi en ne la limitant pas à l’accueil de la révélation vétéro et néotestamentaire.

*Une inclusion de toute religion dans la révélation car il y a une histoire universelle de la révélation partout où il y a histoire de l’humanité. Il y a donc possibilité de trouver en toutes religions une histoire de la révélation réelle authentique, mais cependant non achevée car elle ne l’est qu’en Jésus-Christ, et donc tendant vers le Christ.

*Pour cela il ne faut pas concevoir l’Ancien Testament comme un contenu. Ce n’est pas le contenu de son histoire qui fait de lui une histoire de révélation mais l’expérience reconnue d’un partenariat avec Dieu. C’est l’acte d’interprétation de son histoire qui est révélation. Dire cela, c’est rendre possible ce type de révélation en d’autres lieux et d’autres peuples. C’est aussi délivrer totalement l’Ancien Testament de toute utilisation fondamentaliste.

 

K.RAHNER, Traité fondamental de la foi, Centurion, 1983, 5ème étape, Histoire du salut et de la Révélation, p 163 à 202

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 20:05

Première clarification, en disant « prier » je ne dis pas : demander.

Prier, c’est méditer.


Mais la question demeure : pourquoi est-ce si difficile de trouver du temps tous les jours pour méditer ? Pourquoi pas assez (ou peu ?) de chrétiens le font-ils ?

Peut-être parce qu’on s’y prend mal. Parce qu’on n’a pas trouvé le moyen d’en faire un temps désirable. On trouve toujours le temps de faire des choses qui nous plaisent !

 

Au risque de choquer, je dirais d’abord que méditer, c’est un temps pour soi. Et oui, « vous le valez bien » comme dit la pub !

Vous y avez droit à des temps où il n’y a rien à fiche, où le travail sous toutes ses formes n’est plus le maître, où le souci des autres peut souffrir d’être mis en veilleuse. Du temps pour soi, c’est bon, c’est nécessaire, c’est vital !

Du temps pour soi pour ne rien faire, s’arrêter, goûter le simple fait d’exister. S’asseoir, respirer profondément, prendre conscience de ce souffle de vie qui nous traverse, qui nous irrigue de vie.

Descendre en soi-même et se demander : comment je vais ? Accéder à ses sentiments, à ce qui nous habite, à ce qui nous traverse.

 

A ce niveau, deux objections :

1ère objection:

C’est justement cela qui peut être difficile et que nous préférons  fuir ! Parce que la vie est trop dure, parce que les soucis nous écrasent et qu’on préfère penser à autre chose, à se « divertir », dans une fuite en avant avec le mot d’ordre : surtout ne pas y penser.

2ème objection :

Ce n’est pas de la méditation chrétienne mais de l’introspection !

Réponse aux deux objections en une seule !


Il s’agit de vivre cela sous le regard aimant de Dieu. Il-Elle est le-la meilleur-e ami-e que nous ayons, et nous dit : Comment vas-tu ?

Et là tout est différent, nous nous savons écouter avec tendresse et attention bienveillante. Nous pouvons épancher notre cœur, partager nos joies comme nos souffrances. Et en les parlant, nos questions peuvent trouver une réponse ; nos difficultés, des lumières ; nos joies, des décisions. Ou simplement, nous sommes apaisé-es d’avoir pu en parler.

Dieu est Parole mais Il-Elle est aussi Ecoute.

Vous choquer encore : Il-Elle est le-la meilleur-e psychanaliste qui soit ! Au sens de : pas de meilleure écoute que la sienne.

 

Alors après, mais seulement après, je peux prendre l’Evangile et devenir écoute à mon tour. Ecoute et regard sur Jésus. Le regarder et L’écouter. Ecouter la Bonne Nouvelle qu’Il veut nous partager. Elle tient en une phrase : je t‘aime.

 

Bon après cela, vite, mettre sur son agenda, ce rendez-vous si désirable où je suis écouté-e et où je suis aimé-e.

 

 

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