Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 16:33
En lisant l’évangile selon Matthieu, chapitre 26 et 27. Que voyons-nous ?

Un homme qui va être livré pour être cloué sur une croix. (26/2). Ceux qui ont le pouvoir politique et religieux se sont concertés en vue de l’arrêter par ruse et de le tuer (26/4). Un ami le trahit et permet son arrestation ( 26/14-16). Il vit l’angoisse devant la mort (26/37). Il est arrêté, on met la main sur lui (26/50). On le condamne à mort pour blasphème (26/65). On lui crache à la figure, on le gifle, on lui donne des coups (26/66). Un ami le renie ( 26/75). Il subit le supplice du fouet (27/26). On l’humilie ( 27/27-31). On cloue ses mains et ses pieds sur une croix, le supplice des esclaves (27 /35). On l’injurie et on se moque de lui (27/39-44). Il crie vers Dieu : pourquoi m’as-tu abandonné (27/46). Il meurt ( 27/50). Il est déposé dans un tombeau ( 27 /59)

 

Voilà donc la brutalité des faits.

Ce qui arrive à cet homme, depuis la nuit des temps, des hommes et des femmes l’ont vécu : accusé-es injustement, victime de l’obscurantisme religieux et des pouvoirs politiques, torturé-es, humilié-es, assassinées. Hier, aujourd’hui et malheureusement encore demain.

Il en a fallu du courage aux rédacteurs des évangiles pour raconter cela. Car c’est l’histoire d’un échec. Jésus était à classer dans le camp des « losers ».

Mais c’est en fait la première victoire des évangiles. L’injustice a un récit qui la dénonce. Un récit (et ceux des 3 autres évangiles) raconte l’inacceptable, nous met devant les yeux ce que nous devons refuser de toutes nos forces, ce que nous devons combattre. C’est un récit pour nous lever, entretenir en nous la volonté ferme et l‘action pour dire non à tout ce qui défigure l’humain.

La deuxième victoire de ce récit est une révolution de l’image de Dieu. Cet homme, pour la foi chrétienne, est Visage de Dieu. En se laissant rejoindre par ce récit, nous voyons Dieu comme jamais nous ne pouvions le concevoir : Dieu arrêté, trahi, angoissé, condamné, humilié, abandonné, crucifié. En fait Dieu solidaire des exclus, avec tous ceux et celles qui subissent l’injustice. Dieu qui sait ce que c’est ! Dieu qui peut tenir la main de tous ceux et celles qui sont, comme lui l’a été un jour du temps, victime de la violence humaine. Tenir la main pour ne pas se résigner, pour continuer de croire à leur dignité et tenir le combat de la vérité et de la justice.

Comment se fait-il que cette lecture de la Passion a été occultée et que d'autres lectures y ont vu, par exemple, le prix à payer pour apaiser la colère de Dieu ou encore pour justifier la résignation, pour magnifier la souffrance?

Surement plusieurs réponses à cette question. Une parmi d'autres: il y a dans toutes les religions, une capacité de se pervertir. A chacun-e de nous et les uns par les autres, de nous en délivrer.

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 15:03
Repenser la question du salut en christianisme

« Pour nous les hommes et pour notre salut »

Disons-nous dans le crédo.

Nous sommes donc des sauvé-es !

Mais que mettons-nous derrière ce mot ?

 

La réponse qui vient immédiatement, c’est de penser le salut comme l’équivalent de la vie éternelle : pour faire bref, être on non au Paradis. Cette manière de penser le salut a été centrale dans la réflexion chrétienne. La seule chose importante était le sort individuel de chacun-e après la mort. C’est le discours de Pierre à la Pentecôte : faites-vous baptiser et vous serez sauvés. C’est ce qui explique la pratique de chrétiens des 1ers siècles qui attendaient l’imminence de la mort pour se faire baptiser ou encore l’instauration du baptême des enfants pour leur éviter l’enfer s’ils mouraient. C’est le nœud du différent de Luther et de l’Eglise : sauvé par la foi ou par les œuvres.

Cette manière de voir le salut demande d’être ré-examinée pour qu’elle soit crédible.

D’abord la comprendre

*Quand on naissait avec une espérance de vie moyenne de 30 ans,

*Quand le monde que vous quittiez à la mort, était le même qu’à votre naissance, sans changement

*Quand il n’y avait aucune espérance de changer les choses

Et bien la question de votre destin éternel était la seule question vitale.

Ensuite voir sur quel schéma théologique il s’appuyait : un monde paradisiaque à l’origine qui avait été détruit par le péché dit originel introduisant la mort et la perdition. Sauvé-e par la mort rédemptrice du Christ et dont on reçoit les fruits par le baptême.

Si on prend une image, c’est comme si on est perdu en mer, la seule chose désirée est d’être sauvé-e. La seule chose espérée est qu’un sauveteur arrive. Cela suppose donc qu’il soit arrivé une catastrophe comme par exemple que son bateau ait coulé.

 

C’est sur ce schéma qu’a été conçue une certaine conception du salut en théologie chrétienne.

En poursuivant mon image cela donne cela :

*Le bateau est sur l’eau tranquille= c’est la création sortie des mains de Dieu, le paradis

*Le bateau coule, le marin est perdu= c’est le péché originel

*Il est repêché= c’est la rédemption

 

Ce schéma n’est plus pensable depuis que l’on sait que notre existence sur terre est le fruit d’une longue évolution. Il n’est plus possible de penser une terre qui aurait un jour été un paradis, un homme et une femme qui auraient fait une faute telle que toute l’humanité à cause d’eux aurait été perdue et que leur salut a été possible par la mort de Jésus sur la croix !

 

Impensable devant l’évidence de nos connaissances scientifiques mais impensable aussi si l’on réfléchit à l’image de Dieu que cela donne en particulier celle d’un Dieu qui ferait rejaillir la faute de deux sur tous et qui ne pourrait sauver que par du sang répandu sur une croix.

 

C’est cette théologie qui a gagné en Occident en particulier avec St Augustin. Mais d’autres théologies ont produit d’autres conceptions.

St Irénée, qui voit la création dans une histoire où les péchés des humains sont des fautes de jeunesse. Ou encore les théologies chrétiennes orientales qui conçoit le salut comme un désir de Dieu de s’unir à nous.

 

Il y a donc à penser le salut de cette manière plus large. Pour cela je m’inspire d’un article du théologien Adolphe Gesché (Dieu pour penser la destinée, Ed du Cerf, page 27 à 69)

 

Le salut c’est ne pas passer à côté de sa vie, ne pas la manquer

Parler ainsi du salut ou du non salut, c’est le parler en termes de bonheur ou de malheur, de réussite ou échec

L’étymologie du mot salut nous le dit déjà puisque cela vient du mot

salvus qui se traduit par sain, solide et salvare qui veut dire rendre fort garder, conserver.

On est donc dans un registre d’épanouissement, aller jusqu’au bout de soi-même, s’accomplir, trouver sa vie, le sens de sa vie.

En parlant de salut de cette manière là, on peut être en phase avec une aspiration humaine fondamentale et donc que cela parle à nos contemporains. Cela fait appel à notre conscience d’un inachèvement de notre être qui aspire à un plus, à un mieux, qui a soif d’un accomplissement.

Mais c’est d’abord notre être même qui est un salut ! Dieu en créant le monde nous a sauvé du néant c'est-à-dire de ne pas exister !

L’acte créateur est un acte de salut : nous sauver de l’inexistence.

Acte de liberté de Dieu qui veut aimer en lui-même (Trinité) mais aussi à l’extérieur de lui vers nous.

Cette mise au monde n’est pas pour retomber dans le néant mais pour une relation d’amour éternel (et nous retrouvons ici le salut évoqué au début). Notre vie n’est pas pour rien. Elle est ordonnée finalisée par une vie d’amitié avec Dieu pour l’éternité. Nous sommes habité-es par un infini. Cette dignité est notre salut. C’est ce que les théologies chrétiennes orientales nous disent en parlant de divinisation.

 

 

Cette mise au monde se fait dans une histoire où le désir de Dieu est que nous devenions de plus en plus ce que nous sommes déjà : image et ressemblance de Dieu. Nous retrouvons là ce qui a été dit de l’épanouissement.

Mais sur ce chemin, il y a des obstacles. Des obstacles sur le chemin de l’accomplissement.

Sauver c’est donc aussi être délivré-es de ce qui fait obstacle à l’accomplissement.

Mais on n’est pas dans un schéma d’être condamné-e par une malédiction. Il ne s’agit pas d’être délivré-e de soi comme si on trainait en soi une nature en soi mauvaise. On n’a pas à être délivré-e de soi mais de ce qui m’empêche d’être soi. Cela indique une haute idée de l’humain, car cela veut dire que sa vie a du prix et qu’elle ne doit pas se perdre, donc délivré-e de ce qui fait obstacle à sa réussite.

Sauver sa vie, la réussir jusqu’au bout.

 

C’est là que nous retrouvons la question la mort

Au cœur de la foi chrétienne il y a d’être sauvé-e de la mort et l’assurance qu’elle a déjà été vaincue par la résurrection. Elle n’est pas l’obstacle absolu, nous ne sommes pas des êtres pour la mort, la mort n’est pas sa finalité.

C’est là aussi qu’il y a à penser le salut et le mal : Souffrance, mal subi, mal voulu, contraintes de tout ordre, impuissance, conditionnements, limites de la liberté, hérédité déterminisme, contraintes culturelles, épreuves de malchances sociales, maladie injustices

Ce sont des obstacles à la réussite de notre être. On peut s’enfermer là-dedans et penser qu’il n’y a rien à faire.

Face à cela, le Christ est sauveur comme antidote

Et c’est un des sens de l’incarnation : Jésus instaure dans notre histoire, une vie humaine qui guérit et libère, et qui peut nous rendre capable de décisions créatrices, de transgressions de ce qui parait de la fatalité impossible à dépasser.

En particulier, il nous sauve de la peur en nous ouvrant la voie de la confiance en nous. Il nous sauve en nous révélant l’image de Dieu telle qu’elle est : Celui qui dit oui à notre existence, nous donne confiance pour pouvoir à notre tour dire oui à nous même.

 

Ici arrive une objection majeure

A voir le spectacle du monde on peut légitimement penser que le salut est loin de notre terre : nous ne sommes pas sauvé-es.

Mais dès maintenant, dans une perspective chrétienne nous pouvons dire que nous sommes sauvé-es de la tyrannie du mal. Délivré de sa tyrannie, de la peur, du sentiment d’impuissance.

Dès maintenant nous pouvons être délivré-es de ce qui nous enlève toute force. Un salut est possible qui est de construire le royaume inauguré par Jésus. Et ici c’est un salut confié, remis en nos mains : justice, libération, lutte contre les exclusions, pardon, compassion…

Cette révélation et cette visibilité sont à nous confiées. Jn3/14

Je suis venu pour qu’on ait la vie et la vie en abondance Jn10/10

Partager cet article
Repost0
11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 11:30
Peinture de Anne Tiessé

Peinture de Anne Tiessé

Cette homélie figure dans le propre liturgique des Soeurs du Cénacle. Elle dit notre désir: être des apôtres à l'image de soldats de paix, de paysans de fécondité, de commerçants de trésors, des marins de haute -mer, de bergers de sollicitude.

Homélie syriaque du 5ème siècle

Les disciples se trouvaient réunis dans la chambre haute ...

« Et ils se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de parler ».

0 chambre haute, qui es devenue un pétrin, où fut jeté le levain qui fit lever l'univers entier!

0 chambre haute, qui' es devenue la mère de toutes les Eglises!

0 sein merveilleux qui as enfanté des temples pour la prière!

0 chambre haute qui as vu le miracle du buisson: Moïse s'émerveilla de voir un buisson où brûlait le feu et qui ne se consumait pas. Venez donc voir des membres de chair se réjouir au milieu des langues de feu!

0 chambre haute, qui étonnas Jérusalem par un prodige bien plus grand que le prodige de la fournaise, lequel émerveilla les habitants de Babylone!

Le feu de la fournaise brûlait les gens de l'extérieur, mais épargnait ceux de l'intérieur; le feu de la chambre haute rassemblait ceux du dehors désireux de le voir, et il réconfortait ceux du dedans. Le feu de la fournaise, c'est à l'extérieur des corps des saints qu'il brûlait, mais celui de la chambre haute, c'est au fond du cœur des apôtres qu'il flambait.

0 feu dont la venue était accompagnée d'une voix, dont le silence répandait la lumière, et qui établissait les cœurs dans l'action de grâce!

Or les apôtres étaient là, assis, attendant la venue de l'Esprit.

Ils étaient comme les soldats d'un roi qui attendent le moment où ils pourront revêtir leur armure pour marcher au combat.

Ils étaient là comme des flambeaux qui guettent le moment où ils pourront être allumés par l'Esprit Saint et éclairer toute la création par leur enseignement.

Ils étaient là comme des paysans qui portent la semence dans le pan de leur manteau et qui guettent le moment où ils recevront l'ordre de semer.

Ils étaient là comme des commerçants pleins de zèle, attendant le moment où ils pourront se mettre en marche pour distribuer au monde leurs trésors.

Ils étaient là comme des marins dont la barque est ancrée au port du commandement du Fils et qui attendent qu'un vent doux souffle pour eux.

Ils étaient là comme des bergers qui viennent de recevoir leur houlette des mains du grand Pasteur de tout le troupeau, et qui guettent le moment où les troupeaux leur seront donnés en partage.

 

« De toutes les nations qui sont sous le ciel, il se trouvait donc là des gens réunis » par l'action de l'Esprit et « ils les entendaient parler dans leurs propres langues » et ils disaient: « Ces gens-là ne sont-ils pas des galiléens? » Comment parlent-ils dans nos langues? ... « Ces gens-là ont bu du vin et ils sont ivres ».

Vous avez dit la vérité, mais ce n'est pas ce que vous croyez. Ce n'est pas du vin des vignes qu'ils ont bu. C'est un breuvage nouveau qui leur coule du ciel. C'est un vin récemment pressé sur le Golgotha. Les Apôtres le firent boire et ils enivrèrent ainsi la création. C'est un vin que pressèrent les bourreaux à la Croix. Ceux-ci n'en burent pas mais c'est un vin qui fut donné aux croyants pour le pardon ...

 

... Le prophète avait crié: « dans les derniers jours, je répandrai mon Esprit sur toute chair et ils prophétiseront ».

Le Père a promis, le Fils a agi et l'Esprit a accompli ... 0 merveille que réalisa l'Esprit par sa venue!

 

Partager cet article
Repost0
4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 15:01
Peinture sur bois de Sr Ghislaine Pauquet, rc, Centre spirituel du Cénacle de Versailles.

Peinture sur bois de Sr Ghislaine Pauquet, rc, Centre spirituel du Cénacle de Versailles.

« Ils montèrent à la chambre haute, où ils se tenaient habituellement » Ac 1/13

On y voit cette première communauté, d’hommes et de femmes réunis ensemble. Cela nous indique une première attitude spirituelle à garder précieusement et à cultiver : Viser la communion. Se donner, se trouver, des lieux de partage. Et pas seulement en avoir mais aussi en estimer la valeur, s’y investir. En saisir le sens profond : Il s’agit de faire l’expérience d’une présence du Christ, selon la promesse qu’il nous a faite : « Quand deux ou trois soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » Mt 18/20

« Tous d’un même cœur, étaient assidus à la prière » Ac 1/14

Des raisons pour prier :

-Devenir d’autres Christ.

C’est tout l’enjeu de la prière avec l’Evangile. En contemplant le Christ, en fait, je me mets en situation de suite du Christ, comme les disciples qui l’ont suivi sur les routes de Palestine. Le fréquenter pour lui devenir semblable. Le regarder, L’écouter pour regarder comme Il regarde, saisir de l’intérieur les grandes options de Son existence pour que peu à peu elles imprègnent mes décisions. Saisir Sa manière particulière d’aimer, me laisser aimer par Lui pour qu’Il puisse me transformer pour aimer à mon tour.

« Dans les actes du Christ, aussi bien que dans Ses paroles, se révèlent les principes qui inspirent Son action, les jugements de valeur qui dictent Son attitude, et commandent Ses réactions. C’est cela que nous devons faire nôtre, incorporer progressivement à la substance de notre être. Plus nous le ferons, plus nous agirons spontanément comme le Christ…Nous serons d’autres Christ, c’est à dire des chrétiens. C’est pourquoi, la méditation de l’Evangile n’est pas un exercice facultatif pour ceux qui veulent vivre leur incorporation au Christ. C’est là qu’ils en puiseront les moyens »

Y de Montcheuil, Problèmes de vie spirituelle, Epi, 1947, p98)

 

-Etre animé par l’Esprit.

Mais cela ne se fait pas à la force du poignet, de manière volontariste. C’est de l’ordre d’un abandon, d’un « laisser-faire » de l’accueil d’un don. Ces 10 jours entre Ascension et Pentecôte sont symboliques d’un Espace. Faire de la place à Dieu, ne pas se précipiter dans l’action. Entrer dans un discernement avant d’agir pour que notre action qui reste bien la nôtre, soit aussi celle de Dieu. Que notre action soit animée par l’Esprit. C’est le sens de cette expression si audacieuse qu’on trouve dans les Actes : « L’Esprit Saint et nous mêmes avons décidé… » Ac 15/28

C’est notre aventure : celle d’être configuré-e au Christ, dans le consentement à Lui devenir semblable et par l’espace que nous offrons à l’Esprit pour discerner ce qui est selon Dieu. Chacun-e de nous peut devenir présence du Christ dans ce monde : un-e Autre Christ.

Pour cela il est nécessaire de garder des espaces de recul dans son emploi du temps, des temps pour soi, temps de solitude, de silence, d’intériorité, de relecture du vécu. Descendre au plus profond de soi pour reconnaître ce qui est source de paix, de joie, d’élan paisible, source de plus grande confiance en soi, dans les autres, en Dieu, source de plus d’espérance et d’amour. Car ce sont des signes de l’Esprit. Un désir, une pensée, un sentiment, des idées qui sont portés par ce climat, on peut y discerner l’Esprit du Christ. On peut les accueillir et les réaliser. Au contraire, un désir, une pensée, une idée, un sentiment porté par un climat de peur, de méfiance, d’agitation, de découragement, de tristesse, de ressentiment sont plutôt indicateurs d’un mauvais esprit et l’indication d’un combat spirituel à mener.

 

« Vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux confins de la terre » Ac1/8.

Il s’agit maintenant de chercher et de trouver le Christ au cœur même de l’action.

Le monde comme lieu pour trouver Dieu, le monde comme lieu de Dieu. Cela ouvre un accès à Dieu par la médiation du monde : tout ce qui est bon, juste, vrai, beau, en moi dans les autres, dans les choses est Présence de Dieu. Présence à adorer, à contempler.

L’apostolat n’est pas d’apporter Jésus mais de le découvrir et le révéler à l’œuvre dans ce monde, révéler sa présence au cœur de ce que nous vivons.

« Je vis, écrit comme en lettres d’or, ce mot de bonté…je le vis, écrit sur toutes les créatures…toutes portaient ce nom de bonté, je le voyais même sur la chaise qui me servait de prie-Dieu. Je compris alors que tout ce que ces créatures ont de bon …est un bienfait que nous devons à la bonté infinie de notre Dieu, afin que nous la rencontrions en tout et partout ».

Lettre de Ste Thérèse Couderc du 10 août 1866

Cela rejoint la phrase attribuée à Ignace de Loyola : « Chercher et trouver Dieu en toutes choses ».

J’y ajoute ce commentaire d’un jésuite d’aujourd’hui :

« Dieu n’est cherché en Lui-même que pour être trouvé en toutes chose…Le désir de voir Dieu trouve son repos en Dieu trouvé ici et maintenant dans l’humilité du quotidien ». P.Philippe Charru sj, homélie de la fête de Thérèse Couderc, sept 2007.

 

Ensemble, dans la contemplation du Christ et l’écoute de l’Esprit, pour être apôtre.

Voici ce temps du cénacle entre Ascension et Pentecôte.

Un temps et un espace dont on ne peut faire l’impasse si l’on veut que notre vie chrétienne devienne de plus en plus vivante.

 

« Tous d’un même cœur étaient assidus à la prière avec quelques femmes dont Marie mère de Jésus et avec ses frères ». Ac 1/14

Entendons bien, il s’agit de tous et toutes. Il s’agit de l’Eglise entière ! Femmes et hommes. Tous et toutes disciples. Il est vraiment dommage que tant de peintures, d’icônes de la Pentecôte ne représentent que des hommes avec Marie. ( Et même quelquefois sans elle !). Dans notre Centre spirituel, il y a une peinture de la Pentecôte sur bois où l’on voit Marie et des disciples femmes et hommes recevoir l’Esprit et partir en joyeux-ses messagères et messagers de la Bonne Nouvelle. Je me souviens de l’étonnement d’un prêtre d’y voir des femmes : « Mais il n’y avait pas de femmes au Cénacle quand les apôtres ont reçu l’Esprit Saint ! » me dit-il. Je lui ai ouvert Ac 1/14 : « Avec quelques femmes dont Marie ». Comme quoi les représentations mentales et picturales sont plus fortes que l’objectivité d’un texte.

Regardons Marie. Quel est son rôle ici ? Pourquoi la pensons-nous uniquement silencieuse ? Elle qui est remplie de l’Esprit depuis l’Annonciation, elle qui retenait toutes ces choses dans son cœur ( Lc 2/19)…Pourquoi ne pas la voir enseignant, à tous et toutes, les chemins de la foi, l’accès nouveau à Dieu inauguré par le Christ ? Faire comprendre son absence comme une chance : désormais Le découvrir, Le reconnaître à l’œuvre par nos mains. Donner goût à Le contempler pour que quelque chose de Ses yeux, de Son cœur deviennent les nôtres pour devenir Christ pour les autres. Regarder Marie transmettant ainsi son expérience du Christ son Fils et son Sauveur.

 

Partager cet article
Repost0
4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 07:59
Partager cet article
Repost0
27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 08:28
Ecouter RCF: La pensée politique d'Hannah Arendt au secours de la vie spirituelle

Une émission des Radios chrétiennes francophones à écouter:

https://rcf.fr/spiritualite/fondamentaux-de-la-foi/la-pensee-politique-dhannah-arendt-au-secours-de-la-vie-spiritue

 

Que serait notre vie, notre confort, notre espérance, sans les autres? Pour Marion Muller-Colard, invitée de Christophe Henning, la pensée d'Hannah Arendt peut enrichir la vie spirituelle.

J’ai le sentiment que ma génération s'est réfugiée dans quelque chose d'anti-spirituel, qui est le cynisme."

En philosophe qui questionne et en chrétienne qui espère, Marion Muller-Colard considère qu'à une époque "charnière" comme la nôtre, on a le choix entre l'angoisse de la fin d'un monde et l'enthousiasme des débuts d'un autre. Elle observe: "on ne fait pas des enfants avec la même insouciance que nos parents". Mariée, deux fois maman, elle a fait le choix de vivre dans une maison reculée, isolée du monde. Fréquenter la pensée d'Hannah Arendt l'a menée vers un questionnement: de quoi cherchait-elle donc à se mettre à l'abri en s'installant ainsi loin de tout?

Elle fait le parallèle entre son isolement physique et sa vie spirituelle: "pendant longtemps j'ai pu vivre tranquillement sans me demander s'il était possible d'avoir une vie spirituelle sans qu'elle découle naturellement vers la question de l'identité politique de l'homme". Or il faut parfois questionner "ce qui dans nos vies fait politique", se dit-elle.

"On nous autorise très facilement, chrétiens, à cultiver quelque chose qui serait de l'ordre du petit jardin intime et personnel que serait notre foi, sans venir nous demander ce que ça change dans notre rapport aux autres et au monde."

Marion Muller-Colard cherchait depuis longtemps à lier l'intuition d'Hannah Arendt que la vie humaine n'est une vie que si elle est politique, avec ce qu'elle comprend de l'Evangile.

Or, la philosophe allemande a avancé l'idée que tout vie humaine est déterminée par le fait que l'on est plusieurs. Considérer et admettre que le monde a bien été bâti par d'autres que soi avant, pendant et après notre passage sur terre, cela "autorise à penser la politique non pas en termes de prendre une carte dans un parti mais en se réfléchissant soi-même comme faisant partie d'un monde qui est ce qu'il est parce qu'il est bâti par plusieurs".

A quel moment a-t-on cette conscience politique de l'autre? Sait-on, lorsque l'on est chez soi, confortable et insouciant, qu'on le doit aux autres?

Romanesque, philosophique, l'écriture de Marion Muller-Colard est le creuset de ses questionnements, de ses émerveillements aussi.

Un style nourri de ses expériences concrètes, de la richesse des relations personnelles, d’une vie de famille essentielle et de cette terre d’Alsace qui lui est chère. Théologienne protestante, elle a été longtemps aumônier d’hôpital. Et si l'écrivain vit retirée à la campagne, la philosophe reste ouverte au monde. Elle a signé de nombreux livres, donc, notamment des ouvrages destinés à la jeunesse - comme "Prunelle de mes yeux" ou "Bouche cousue" (éd. Gallimard). Elle a aussi publié "Le Professeur Freud parle aux poissons" et "Le petit théâtre de Hannah Arendt" pour expliquer la philosophie aux enfants (éd. Les petits Platons). Son essai "L'autre dieu" (éd. Labor et Fides, 2014) lui a valu le prix "Ecritures et spiritualités" et le prix "Spiritualités d'aujourd’hui".

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 21:46

Entretien: L'Autre Dieu de Marion Muller-Colard

Dans son livre «L'Autre Dieu», Marion Muller-Colard retrace la maladie de son deuxième fils, qui a frôlé la mort à l'âge de deux mois. Et son effondrement intérieur, lorsqu'il fut enfin guéri et qu'elle aurait dû, elle aussi, aller mieux.

Partager cet article
Repost0
26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 15:58
Credo: un essai pour dire la foi autrement

Je crois en Dieu Source de vie et d’amour.

 

 

Je crois en Dieu Parole de vie et d’amour qui est devenu un jour du temps, un humain comme nous, Jésus, pour nous rejoindre et rendre visible son amitié pour nous. Il nous révèle que nous sommes faits pour aimer et pour bâtir un monde de justice et de paix. Il s’est heurté aux forces de mort qui minent notre humanité et il nous a aimé jusqu’à en mourir. Il a été vainqueur de la mort et entraine chacun-e de nous dans sa résurrection

 

Je crois en Dieu Action de vie et d’amour au cœur de ce monde, soufflant en nous la capacité et la force de bonté, de vérité pour que nous puissions la répandre autour de nous.

 

Je crois en l’Eglise, communauté de celles et ceux qui misent leur vie sur l’Evangile de Jésus, Parole de vie et d’amour. Communauté d’égaux-d’égales qui se savent aimé-es de Dieu et qui veulent partager cette Bonne Nouvelle.

 

 

Partager cet article
Repost0
16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 10:16
Trinité et rapports sociaux (3)

Le monothéisme monarchique a aussi influencé l’organisation de l’Eglise par une déduction représentative de l’autorité divine : un Dieu, un Christ, un évêque, une communauté.

Cette déduction se fonde sur le monothéisme monarchique.[1]

Elle va jouer aussi en défaveur des femmes. « Une déduction correspondante de la primauté de l’homme sur la femme apparaîit dans la théologie paulinienne de la Képhalé : le chef de tout homme, c’est le Christ, le chef de la femme, c’est l’homme, et le chef du Christ, c’est Dieu (1Co11/13)  ; le mari est chef de sa femme comme le Christ est chef de l’Eglise (Ep5/22)  [2].

Cette déduction fonde une  hiérarchie ecclésiastique masculine correspondant à la monarchie divine et représentant celle-ci.

Le Moyen-âge a consolidé cette conception par une cascade de primautés de l’Un : une Eglise, un pape, un Christ, un Dieu, dans une cascade de délégation graduée, ceci fondé sur le mode de pensée du monothéisme monarchique.

 

Mais Il peut y avoir une autre ligne de pensée que la pensée de l’Un, c’est le  fondement trinitaire de l’unité de l’Eglise. Qu’il soit un au sens  de Jn 17/20 : une unité de la communauté qui soit unité trinitaire. Ce fondement trinitaire est plus profond mais surtout il détermine autrement l’unité. Non pas un monothéisme monarchique qui dit Dieu comme puissance représentée par  l’autorité universelle  et infaillible du seul mais monothéisme trinitaire qui dit Dieu comme communion d’amour.

« Dieu comme amour… est représenté dans la communauté et … est expérimenté dans l’acceptation de l’autre, comme tous ensemble sont acceptés par le Christ.

Le monothéisme monarchique fonde l’Eglise comme hiérarchie, comme souveraineté sainte.

La doctrine de la Trinité constitue l’Eglise comme communauté libre de toute domination ».[3]

Moltmann s’appuie également sur des auteurs orthodoxes comme P.Evdokimov pour qui « le principe trinitaire remplace le principe de la puissance par le principe du consensus ».[4]

Il résume cette pensée en écrivant :

« A la place de l’autorité et l’obéissance, nous trouvons le dialogue, le consensus, l’accord. Ce n’est pas la croyance en la Révélation divine à cause de l’autorité de l’Eglise qui se trouve au premier plan, mais la foi en la raison d’une perception personnelle de la vérité de la Révélation. A la place de la hiérarchie qui maintient et qui impose l’unité, nous trouvons la fraternité et la sororité de la communauté du Christ ».[5]

D’autre part, pour remplacer le monothéisme politique et clérical, il faut une doctrine théologique positive de la liberté. Le fondement de l’athéisme moderne, c’est la conviction qu’un Dieu régnant par sa toute-puissance et son omniscience rend impossible la liberté humaine.

 

[1] Cf sur cette question G.LAFONT, Histoire théologique de l’Eglise catholique, Cerf 1994, Collection Cogitatio fidei 179. En particulier les pages 28 à 32. « Avec les grands courants intellectuels de la période pré-nicéenne…le christianisme est entré dans le cadre de la culture hellénistique…où prévalait la symbolique de l’Un. La pensée chrétienne a fait sienne l’orientation à la fois apophatique et intellectualiste de cette culture. Apophatique en ce sens que ce qui était visé, en dernière analyse, c’était bien l’union mystique avec l’Un au-dessus de tout, identifié au Dieu Père de l’Ecriture biblique » p 28

[2] Trinité et Royaume de Dieu p 251 note 24. Moltmann ajoute que K. Barth (Cf Barth, Dogmatique, III/4,54) a développé à partir de cela une théologie de la subordination pour la femme. Théologie qui a suscité à juste titre étonnement et contradiction (voir par exemple Cl. Green, Karl Barth on Women ans Men, in Union Theol.Quarterly rewiev, ¾, 1974

[3] Trinité et Royaume de Dieu p 254. « Communauté libre de toute domination » est une citation tirée du livre de G.Hasenhüttl, Herrschaftsfree Kirche, Sozio-theologische grundlegung, Dusseldorf, 1974

[4] P.EVDOKIMOV, L’Orthodoxie, Paris, 1965 p 131

[5] Trinité et Royaume de Dieu p 254

 

Partager cet article
Repost0
6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:18
Trinité et rapports sociaux (2)

Il y a un rapport entre les représentations religieuses d’une époque et les régimes politiques. Représentations religieuses et politiques se conditionnent mutuellement.

Si on met en avant un Dieu maitre, propriétaire du monde dont la volonté fait loi, qui dispose de tout, et de la volonté duquel tout dépend, il aura a les traits d’un monarque conçu de manière absolutiste. Il sera imaginé parfait, impassible, gouvernant tout et tout dépend de lui.

 

Ce monothéisme a apporté son soutien au principe de souveraineté impériale. La politique qui correspond à la croyance à ce Dieu-là, c’est l’empire de paix de l’empereur romain. Ce qui a conduit à Constantin et a fait passer le christianisme, de religion persécutée, à une religion autorisée, puis religion d’Etat, soutien de l’Etat. (Et à son tour persécutrice !)

Le soutien apporté par le monothéisme était plus absolu que le soutien d’une philosophie. L’unique empereur tout-puissant, devenait image visible du Dieu invisible car lui aussi est maître, propriétaire, et sa volonté fait loi.

« A l’unique roi sur la terre correspond le Dieu unique au ciel».[1]

Faire de la souveraineté divine l’archétype de la souveraineté étatique, ouvrait la voie à un absolutisme au plus haut degré dans l’absence de l’obligation de rendre des comptes, et mettait l’empereur en dehors du droit.

Aujourd’hui l’idée absolutiste ne subsiste que dans l’idéologie de la dictature. Mais celle-ci maintenant n’a plus besoin de la légitimité religieuse pour s’imposer, elle a, à sa disposition, la terreur de la force.

 

Pour surmonter la transposition du monothéisme religieux en monothéisme politique, il faut surmonter l’idée de la monarchie du Dieu unique sur un mode unique par le Dieu Trinité.

Le regret qu’exprime Moltmann, c’est qu’historiquement, le dogme trinitaire n’ait pas fait échouer cette idée de monarchie divine :

« Aussi longtemps que l’unité du Dieu trine n’est pas conçue trinitairement, mais comme celle d’une monade ou d’un sujet, elle demeure liée à la légitimation religieuse de la souveraineté politique. C’est seulement quand la doctrine de la Trinité surmontera la conception monothéiste du grand Monarque universel au ciel et du Grand patriarche divin du monde que les souverains dictateurs et tyrans de la terre, ne trouveront plus d’archétypes religieux pour se justifier ». [2]

 

Moltmann cite Whitehead : « l’Eglise a donné à Dieu des attributs qui appartiennent exclusivement à l’empereur. La naissance de la philosophie théistique qui s’est achevée avec l’apparition de l’Islam, a conduit à la représentation de dieu selon l’image du souverain impérial, selon l’image de l’énergie morale personnifiée et selon l’image du principe dernier de la philosophie. Il est permis d’ajouter que cette philosophie théistique représente une philosophie patriarcale à un très haut degré ».[3]

 

[1] E.PETERSON, Monotheismus als politisches Problem, in Theologische Traktate, München, 1951, p 91.

Cité dans Trinité et Royaume de Dieu p 241

[2]Trinité et Royaume de Dieu. p 247

[3] A.N. Whitehead, Process and Reality. An essay in Cosmology, New- York 1960 p 520 cité dans Trinité et Royaume de Dieu p 247

 

Partager cet article
Repost0