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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 10:19

 

Pendant longtemps, on peut être aveugle, ne pas voir qu’il y a un problème, ne pas en avoir pris conscience. En fait : ne pas penser et avaler des évidences qui n’en sont pas.

 

J’ai connu cette situation par rapport à la nomination de Dieu. Ayant déjà pourtant une bonne conscientisation féministe, je ne me rendais pas compte que je parlais de Dieu…au masculin uniquement. Je disais « Il » pour parler de « Lui » !

Ce n’est, somme toute, que très récemment que mes yeux se sont ouverts.

 

Cette question n’est pas marginale.

Avec une nomination de Dieu au masculin, les hommes nomment Dieu avec les mêmes articles-un,le- dont ils usent pour eux. Avec les mêmes pronoms -le,lui- dont ils usent pour eux. Ils sont en rapport avec Dieu, au niveau du langage, dans le registre du même.

Les femmes, elles, dans cette nomination au masculin sont, au niveau du langage, dans le registre de l’autre.

Curieusement, je dirais que les femmes ont, avec ce registre, une meilleure position car elles peuvent se situer dans un juste rapport d’altérité avec Dieu. Mais cela les prive d’une image féminine de Dieu, d’une assurance de proximité, de familiarité, de connivence.

Les hommes sont dans cette position de légitime proximité mais qui peut être également   dangereuse… : projection,  fusion.

D’autant plus que les noms de Père, de Fils renvoient à des réalités humaines masculines. L’Esprit ne relève pas de figure parentale masculine mais son attribution masculine en français, le range encore dans la masculinité. (En grec l’Esprit est au neutre,  en hébreu au féminin).

 

Alors que faire ?

Que faire pour rendre aux femmes, par un autre langage,  une image où leur féminité n’est pas étrangère à Dieu et les en rend proches.

Que faire pour rendre aux hommes, par un autre langage, un rapport d’altérité dont ils ont besoin.

 

Bien sûr, Dieu est au-delà du masculin et du féminin, mais comme nous ne pouvons en parler qu’avec nos mots humains, comment faire pour en parler au féminin de manière aussi légitime qu’on en parle au masculin ?

 

Je n’ai pas cherché dans les autres langues mais il se trouve qu’en français, Trinité est au féminin.

Nous pourrions donc plus souvent parler Dieu Trinité : dire qu’Elle est amour, qu’Elle est communication, qu’Elle est don et accueil réciproque, etc.

Dans la liturgie, un égal pourcentage de nomination au masculin et du féminin serait bon pour tout le monde pour se situer à la fois dans la proximité et l’altérité.

 

Mais que faire du langage irrémédiablement masculin du Père et du Fils ?

D’autant que nous tenons ces nominations de l’Evangile.

Il m’arrive de commencer des liturgies, ou ma prière personnelle, en disant :

Trinité toute sainte, toi qui es la Source de l’amour, toi qui es la Parole de l’amour, toi qui es la Liberté de l’amour…

Car le Père aux entrailles de Mère est bien la Source de l ‘amour, le Fils est bien la Parole faite chair, et l’Esprit est bien liberté de l’amour.

 

Exerçons-nous à parler de Dieu autant avec des mots féminins que masculins…peut-être que cela transformera quelque chose en nous et autour de nous.

 

 

 

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 22:27

Sainte Thérèse Couderc (1805-1885) fondatrice des Sœurs du Cénacle a écrit le 26 juin 1864 un texte où elle essaie de mettre des mots sur une expérience spirituelle fondamentale pour elle. Elle le résume par ces mots : « Se livrer ».


L’an prochain, le 26 juin 2014, les Sœurs du Cénacle vont fêter le 150ème anniversaire de la rédaction de ce texte. Voici quelques réflexions pour le comprendre. On peut le trouver sur le site : http://www.ndcenacle.org/page-1113.html

 

Ce texte est écrit au moment où elle entend les cloches qui invitent à la messe. Elle comprend la messe comme un geste qui sauve : contemplation du Christ qui Se livre. Elle désire entrer dans ce geste

Elle essaie de saisir sa profondeur en tâtonnant. Elle arrive à le définir comme : être toujours tournée vers Dieu.

 

L’erreur à commettre, serait de faire de cela une attitude consciente de tous les instants. Ce n’est pas possible. Elle-même le suggère quand elle dit que c’est facile, qu’il suffit de le décider une fois et tout est dit. Car ce n’est pas une attitude consciente de tous les instants mais une décision de fonder sa vie sur cela, d’en faire le critère de ses décisions.

 

Cette attitude spirituelle permet une certaine compréhension de l’Eucharistie en évitant de la concevoir  comme une « chose » mais plutôt comme une action, un acte.

L’Eucharistie  une action, un acte.

Quand le prêtre offre sa voix pour que le Christ dans l’aujourd’hui de notre histoire puisse dire « ceci est Mon Corps livré pour vous, Mon Sang versé pour vous », cela rend présent non une chose, mais cela rend présent l’action du Christ qui Se livre.

 

Donc communier, ce n’est pas recevoir une chose, une hostie, c’est par ce geste, entrer dans l’action du Christ qui Se livre, Le laisser Se livrer à nous, pour à notre tour, irrigués par ce don, pouvoir être donateurs-trices à notre tour, nous livrer à Lui, nous livrer pour donner la vie à notre tour. Communier, c’est donc donner sa vie.

 

Cette action du Christ donne le sens de l’ensemble de la liturgie :

 

Les chants de louange (chants, Gloria, Alléluia, Sanctus…), c’est se livrer à la joie du Christ pour, en réponse, être porteurs de joie.

 

Les moments pénitentiels (Kyrie, Agnus …), c’est se livrer à la miséricorde du Christ pour, en réponse, être artisans de la miséricorde.

 

Les moments de confession de foi (Credo, Amen…) c’est se livrer à la foi du Christ pour en réponse être porteurs de foi.

 

Le moment de l’Envoi, c’est se livrer à la mission du Christ pour en réponse, s’engager de  manière renouvelée dans la mission.

 

Cette action du Christ donne le sens de l’ensemble de notre vie.

Quand, dans le quotidien de nos vies, nous nous livrons à la joie, le pardon, la confiance, la mission, nous nous livrons au Christ. Nous somme livré-es et c’est toute notre vie qui est eucharistique.

 

Nous pouvons élargir cela à l’ensemble de l’humanité.

En effet, Dieu ne se livre pas seulement dans l’acte de la Croix. Cet acte de la Croix est bien l’acte humain de Dieu  le plus haut pour dire Son Amour. Mais Il s’est livré aussi dans Son Incarnation et aussi dans l’acte créateur et aussi dans sa résurrection.

 

La création est la sortie continuelle de soi de la part de Dieu. Il livre son être faisant de nous Son image et Sa ressemblance. Ce qui fait que chaque humain-e est con-figuré-e à Lui.

 

 

Se livrer, c’est pour nous, à ce niveau, accueillir la vie que je reçois, se livrer c’est accueillir la vie et ce monde comme un cadeau.

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 14:37

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« Ce qui correspond au Dieu trinitaire, ce n’est pas la monarchie d’un souverain mais la communauté des hommes sans privilèges ni servitudes »( J. MOLTMANN, Trinité et Royaume de Dieu, cerf, 1984, Collection Cogitatio fidei 123,  p 249.

Dans ce livre, (abrégé en TRD), Moltmann établit un lien fort entre théologie et rapports humains. La doctrine trinitaire de Moltmann, doctrine sociale de la Trinité, est pertinente pour penser l’anthropologie de l’humain, femme et homme.

De même que la femme et l’homme sont un dans leur commune nature humaine au sein d’une différence, de même la Trinité est une dans la commune nature divine et la différence des personnes. 

Pour cela des conditions sont à remplir : penser d’une part la Trinité des personnes divines et d’autre part la relation homme-femme dans une parfaite égalité. Ne pas penser Dieu comme un souverain au trait masculin car si on le pense ainsi nous avons une monarchie divine au ciel qui fonde la souveraineté terrestre de tout pouvoir d’un seul sur l’autre. Nous avons l’idée d’un tout puissant souverain du monde qui exige une servitude, une dépendance et qui fonde la souveraineté terrestre, religieuse, morale, patriarcale.

L’enjeu est aussi une question de crédibilité de la foi. Les fausses images d’un Dieu qui aliène l’homme dans sa liberté, ne peuvent qu’être rejetées par nos contemporains.

1-Critique du  monothéisme politique

Il y a un  rapport entre les représentations religieuses d’une époque et les constitutions politiques des sociétés, des conditionnements réciproques des alliances entre représentations religieuses et politiques. 

Le Dieu un, créateur, maitre, propriétaire du monde dont la volonté fait loi, qui peut  disposer de tout, et de la volonté duquel tout dépend, a les traits d’un monarque conçu de manière absolutiste.  Il est un, indivisible, parfait car impassible, il  gouverne et tout dépend de lui.

Ce monothéisme a apporté son soutien au principe de souveraineté impériale. La politique qui correspond à la croyance au Dieu unique, c’est l’empire de paix de l’empereur romain. Ce qui a conduit à Constantin et qui a fait passer le christianisme de religion persécutée à une religion autorisée, soutien de l’état.

Le soutien apporté par le monothéisme était  plus absolu que le soutien d’une philosophie. L’Unique empereur tout-puissant, était image visible du Dieu invisible car lui aussi est maitre, propriétaire et sa  volonté fait loi. « A l’unique roi sur la terre correspond le Dieu unique au ciel»( E.PETERSON, Monotheismus als politisches Problem, in Theologische Traktate, München, 1951, p 91. (Cité dans TRD p 241) Mais faire de la souveraineté divine l’archétype de la souveraineté étatique, cela ouvre la voie à un absolutisme au plus haut degré dans l’absence de l’obligation de rendre des comptes, et le met en dehors du droit. Aujourd’hui l’idée absolutiste ne subsiste que dans l’idéologie de la dictature. Mais celle-ci, maintenant, n’a plus besoin de la légitimité religieuse pour s’imposer, elle a à sa disposition la terreur de la force.

Pour surmonter la transposition du monothéisme religieux en monothéisme politique, il faut surmonter l’idée de la monarchie du Dieu unique sur un monde unique. Le regret  qu’exprime Moltmann, c’est qu’historiquement, le dogme trinitaire n’a pas fait échouer cette idée de monarchie divine :

« Aussi longtemps que l’unité du Dieu trine n’est pas conçue trinitairement, mais comme celle d’une monade ou d’un sujet, elle demeure liée à la légitimation religieuse de la souveraineté politique. C’est seulement quand la doctrine de la Trinité surmontera la conception monothéiste du grand Monarque universel au ciel et du Grand patriarche divin du monde que les souverains dictateurs et tyrans de la terre, ne trouveront plus d’archétypes religieux pour se justifier » (TRD  p 247)

Moltmann cite Whitehead : « l’Eglise a donné à Dieu des attributs qui appartiennent exclusivement à  l’empereur. La naissance de la philosophie théistique qui s’est achevé avec l’apparition de l’Islam,  a conduit à la représentation de Dieu selon l’image du souverain impérial, selon l’image de l’énergie morale personnifiée et selon l’image du principe dernier de la philosophie. Il est permis d’ajouter que cette philotheistique représente une philosophie patriarcale à un très haut degré »( A.N. Whitehead,  Process and Reality. An essay in Cosmology, New- York 1960 p 520 cité dans TRD p 247)

2-Comment  sortir de cette représentation ?

Par la doctrine de la Trinité qui, à l’opposé,  est doctrine théologique de la liberté et renvoie à une communauté humaine « sans domination autoritaire et sans contrainte servile » (TRD p 240). La Trinité dit l’union du Père avec le Fils livré crucifié et l’Esprit vivifiant qui crée du neuf. De cette unité, on ne peut pas forger la figure d’un monarque omnipotent du monde dont les potentats terrestres sont les reflets.

Car c’est en tant que père de Jésus crucifié et ressuscité qu’il est tout puissant et qu’il s’expose ainsi à l’expérience de la souffrance, de la douleur, de l’impuissance et de la mort .Il n’est pas toute-puissance. Il est amour. « C’est son amour passionné, passible, et rien d’autre qui est tout-puissant » (TRD p 248)

Dans le Fils,  la gloire de Dieu trinitaire ne se reflète pas sur les couronnes des rois et dans les triomphes des vainqueurs mais sur le visage du crucifié et sur le visage des opprimés dont il est le frère. Jésus crucifié est l’unique image du Dieu invisible. Cette gloire se reflète dans la communauté des croyants et des pauvres.

L’Esprit vivifiant procède du Père de Jésus crucifié et ressuscité. C’est dans l’ombre de la mort que l’on expérimente la résurrection par la force vivifiante de l’Esprit. Il nous procure avenir et espérance. Il ne procède pas de l’accumulation de puissance ni de l’usage absolutiste de la souveraineté

Une théologie politique qui se veut chrétienne doit donc critiquer le monothéisme politique en refusant une unité entre religion et politique mais aussi en recherchant des options politiques qui correspondent aux convictions de la foi chrétienne et qui ne la contredisent pas.

Donc un non à la monarchie d’un souverain, non à  un  maitre du monde, non à un père tout puissant patriarcal qui se définit par le pouvoir de disposition sur ce qui lui appartient.

Et un  oui à la communauté des hommes sans privilèges ni servitudes, communauté où les personnes sont définies par leur relation les unes avec les autres et leur importance les unes pour les autres, définies par la personnalité et par des relations personnelles. Ce faisant, cette communauté est à l’image de la Trinité qui est « une vie inépuisable que les trois personnes ont en commun et dans laquelle elles sont les unes avec les autres, les unes pour les autres, les unes dans les autres » (p 249)

Le monothéisme monarchique a aussi influencé l’organisation de l’Eglise par une déduction représentative de l’autorité divine : un Dieu, un Christ, un évêque, une communauté. Cette déduction se fonde sur le monothéisme monarchique.( Cf sur cette question G.LAFONT, Histoire théologique de l’Eglise catholique, Cerf 1994, Collection Cogitatio fidei 179. En particulier les pages 28 à 32. « Avec les grands courants intellectuels de la période pré-nicéenne…le christianisme est entré dans le cadre de la culture hellénistique…où prévalait la symbolique de l’Un. La pensée chrétienne a fait sienne l’orientation à la fois apophatique et intellectualiste de cette culture. Apophatique en ce sens que ce qui était visé, en dernière analyse, c’était bien l’union mystique avec l’Un au-dessus de tout, identifié au Dieu Père de l’Ecriture biblique » p 28) Elle va jouer aussi en défaveur des femmes. « Une déduction correspondante de la primauté de l’homme sur la femme apparait dans la théologie paulinienne de la Képhalé, 1Co11/13 : ‘le chef de tout homme, c’est le Christ, le chef de la femme, c’est l’homme, et le chef du Christ, c’est Dieu’ ; Ep5/22 : ‘le mari est chef de sa femme comme le Christ est chef de l’Eglise’ (TRD p 251 note 24.

Moltmann ajoute que K. Barth (Cf. Barth, Dogmatique, III/4,54) a développé à partir de cela une théologie de la subordination pour la femme. Théologie qui a suscité à juste titre étonnement et contradiction (voir par exemple Cl. Green, Karl Barth on Women ans Men, in Union Theol.Quarterly rewiev, ¾, 1974). Cette déduction fonde une  hiérarchie ecclésiastique masculine correspondant à la monarchie divine et représentant celle-ci. Le Moyen-âge a consolidé cette conception par une cascade de primautés de l’Un : une Eglise, un pape, un Christ, un Dieu, dans une cascade de délégation graduée, ceci fondé sur le mode de pensée du monothéisme monarchique.

Il peut y avoir une autre ligne de pensée que la pensée de l’Un, c’est le  fondement trinitaire de l’unité de l’Eglise. Qu’il soit « un » au sens  de Jn 17/20 : une unité de la communauté qui soit unité trinitaire. Ce fondement trinitaire est plus profond mais surtout il détermine autrement l’unité. Non pas un monothéisme monarchique qui dit Dieu comme puissance représentée par  l’autorité universelle  et infaillible du seul mais monothéisme trinitaire qui dit Dieu comme communion d’amour.

« Dieu comme amour… est représenté dans la communauté et … est expérimenté dans l’acceptation de l’autre, comme tous ensemble sont acceptés par le Christ. Le monothéisme monarchique fonde l’Eglise comme hiérarchie, comme souveraineté sainte. La doctrine de la Trinité constitue l’Eglise comme communauté libre de toute domination » (TRD p 254. « Communauté libre de toute domination » est une citation tirée du livre de G.Hasenhüttl, Herrschaftsfree Kirche, Sozio-theologische grundlegung, Dusseldorf, 1974)

Moltmann s’appuie également sur des auteurs orthodoxes comme P.Evdokimov pour qui « le principe trinitaire remplace le principe de la puissance par le principe du consensus » (P.EVDOKIMOV, L’Orthodoxie, Paris, 1965 p 131). Il résume cette pensée en écrivant : « A la place de l’autorité et l’obéissance, nous trouvons le dialogue, le consensus, l’accord. Ce n’est pas la croyance en la révélation divine à cause de l’autorité de l’Eglise qui se trouve au premier plan, mais la foi en la raison d’une perception personnelle de la vérité de la révélation. A la place de la hiérarchie qui maintient et qui impose l’unité, nous trouvons la fraternité et la sororité de la communauté du Christ ».( TRD p 254)

D’autre part, pour remplacer le monothéisme politique et clérical, il faut une doctrine théologique positive de la liberté. Le fondement de l’athéisme moderne, c’est la conviction qu’un Dieu régnant par sa toute-puissance et son omniscience rend impossible la liberté humaine. En s’inspirant de Joachin de Flore, mais en le dépassant et  sans reprendre l’aspect modaliste et sa division chronologique,  Moltmann développe cette doctrine théologique positive de la liberté qui se fonde sur le principe trinitaire. Il s’agit de comprendre l’histoire du royaume de façon trinitaire : les règnes du Père, du Fils, de l’Esprit sont des strates et transitions constamment présentes dans l’histoire. 

Le règne du Père :

« Le règne du Père. C’est précisément quand nous comprenons la création du monde de façon trinitaire, comme une action qui se limite elle-même, du Père par le Fils dans la force de l’Esprit, qu’elle est la 1ère étape sur le chemin de la liberté. Là où règne non pas le grand Seigneur du monde mais le Père de Jésus-Christ, un espace est donné à la liberté des créatures. Là où ce n’est pas le grand Seigneur  du monde mais le Père de Jésus-Christ  qui conserve dans sa patience le monde, de l’espace et du temps sont laissés à la liberté des créatures, au sein même de l’esclavage dont elles sont elles-mêmes responsables ; le Père règne par la création de l’être et l’ouverture du temps » (TRD p 263)

Le règne du Fils

« Consiste  dans la souveraineté libératrice du crucifié et dans la communauté avec le 1er né d’une multitude de frères et sœurs… Il introduit les hommes dans la glorieuse liberté des enfants de Dieu en les configurant à lui-même dans sa propre communauté… Quand il se détourne du créateur …la délivrance de cette mort vers l’ouverture originelle ne peut avoir lieu par la domination et par la contrainte mais par une souffrance suppléante et par l’appel à cette liberté qui est maintenue ouverte par la souffrance suppléante » Le Règne du Fils est en forme de serviteur. Il règne par la libération pour la liberté.( TRD p 264)

Le règne de l’Esprit.

L’expérience de l’Esprit, c’est être saisi par la liberté pour laquelle le Fils nous a libérés. Il donne accès à l’immédiateté avec Dieu. Il est Dieu en nous. Par la foi  et l’écoute de sa conscience, l’homme devient ami de Dieu. Par l’Esprit, l’homme fait l’expérience des énergies de la nouvelle création. Il est à la naissance de la communauté nouvelle  sans privilège, sans subordination : communauté d’hommes et de femmes libres.

En cohérence aussi avec son principe eschatologique,  Moltmann  précise que ce règne de l’Esprit est orienté vers le règne de la gloire mais qu’il n’en est pas encore l’accomplissement. L’expérience de l’Esprit qui rend l’homme temple de Dieu (1co 6/13) est anticipation de la gloire où le monde sera temple du Dieu trinitaire (Ap 21/3) Ce règne de gloire sera accomplissement de la création du Père, application universelle de la rédemption du Fils, achèvement de l’inhabitation de l’Esprit.

 

 Cette doctrine trinitaire de la liberté est histoire progressive et croissante de la liberté. Le Père est liberté des créatures qui maintient l’espace vital nécessaire ; le Fils est libération des hommes de leur enfermement grâce à l’amour souffrant qui restaure la liberté. L’Esprit est force et énergie de la nouvelle création.

Confesser Dieu ainsi n’est donc pas négation de la liberté humaine mais au contraire elle l’oriente pour une espérance infinie. A condition de ne pas se tromper de liberté.

Il y a la liberté comme domination, c’est celle qui gagne et domine et celle du maitre seul soumettant et exploitant ceux qui perdent, les   non-libres que sont les femmes, les enfants, les esclaves sur lesquels règne le maître. La liberté comme domination est une liberté qui est aux dépens des autres. Liberté pour l’un qui est oppression pour l’autre, richesse qui rend pauvres les autres. La liberté comme domination ne connait  que soi. « Cette manière d’entendre la liberté comme domination s’enracine dans une société typiquement masculine comme le signale en allemand le mot Herrschaft »( TRD 269). C’est celle du libéralisme bourgeois qui a remplacé l’absolutisme royal et la féodalité, liberté où tout homme est un concurrent dans la lutte pour le pouvoir et la propriété, où tout homme n’est pour l’autre homme que la limite de sa liberté.

Elle s’oppose à la liberté comme communauté « C’est seulement dans l’amour que la liberté humaine acquiert sa vérité : je suis libre et je me sens libre quand je suis respecté et reconnu par les autres et quand de mon côté je  respecte et reconnait les autres. Je deviens réellement libre quand j’ouvre ma vie aux autres et que je la partage avec eux et quand d’autres m’ouvrent leur vie et la partagent avec moi » (TRD p 270)

Cette liberté comme communauté doit se compléter par la liberté des sujets à un projet : « Celui qui transcende le présent vers l’avenir, en pensées paroles, et œuvres, celui-là est libre. Du point de vue théologique, ceci est la dimension particulière de l’expérience de l’Esprit : dans l’Esprit nous transcendons le présent vers l’avenir de Dieu car l’Esprit est la caution de la gloire. La liberté dans la lumière de l’espérance est la passion créatrice pour le possible... l’avenir est le règne des possibilités non encore définies, alors que le passé représente le règne limité de la réalité » ( TRD p271) Cette dimension future de la liberté longtemps ignorée par la théologie « parce qu’on n’a pas compris la liberté de la foi chrétienne comme une participation à l’Esprit créateur de Dieu »(TRD p 272

La pensée de Moltmann permet d’introduire la différence au cœur même de l’unité, de fonder le respect de la différence puisqu’elle est au cœur même de Dieu, une différence sans hiérarchie de l’un sur l’autre.  Elle dédouane la Trinité du patriarcat car celui-ci est le fait d’un monothéisme monarchique.

 Cependant, reste entier, le caractère masculin de la nomination des trois : « L’emploi exclusif d’images masculines est la première difficulté qui ressort d’une réflexion sur la Trinité dans une perspective féministe. La profession de foi en la Trinité présente au moins deux figures masculines, soit un père et le fils qu’il engendre, ainsi qu’une troisième figure exhalée par les deux autres,  celle-là plus informe, mais qui se voit néanmoins attribuer ( dans certaines langues comme le français)  le genre masculin. La puissance évocatrice du symbole profondément masculinisé de la Trinité signifie implicitement une masculinité essentielle chez Dieu au détriment d’une reconnaissance de la qualité d’imago Dei chez les femmes dans leur féminitude même » ( E.A. JOHNSON, Dieu au-delà du masculin et du féminin. Celui/Celle qui est, Paris, Editions du Cerf 1999, p 304).

La question est cruciale. Il faut pouvoir dire « Elle » comme nous disons « Il » pour parler de Dieu.

 

 

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 20:07

Masculin-féminin : une différence non définissable comme Dieu est non-représentable. 

C’est ainsi que Christian Duquoc définit le rapport masculin-féminin. Cette position permet à la fois de garder l’heureuse différence des sexes sans les figer dans des rôles qui relève de l’idéologie.

Un texte majeur de la Bible nous parle d’image de Dieu :

« Dieu créa l’Homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ».

Christian Duquoc interroge ce mot car pour lui, il devrait nous surprendre. Car, majeur est,  dans la tradition biblique,  l’interdit de la représentation de Dieu  ( Ex20/4 et Dt 27/15).

Il semble donc y avoir une contradiction : Dieu crée une image de lui et interdit à l’homme de le représenter.

Il s’agit donc de bien comprendre le sens du mot image. Puisqu’il y a interdit de représentation, le mot image ne dit pas une représentation. De même quand Dieu révèle son nom, c’est un nom qui écarte toute image, toute représentation car on ne peut enclore Dieu.

Il ne peut que se dérober à toute définition (Ex 3/14).

Ce premier aspect du texte de Duquoc,  permet de faire une première remarque.

L’homme est à l’image de celui qui n’a pas d’image, de celui qui ne peut être représenté, de celui qui ne peut être défini.

Cela voudrait-il dire que, de même qu’on ne définit pas Dieu, car l’enclore dans une définition ne peut produire qu’une idole, de même, on ne peut définit l’human car l’enclore dans une définition ne peut que le défigurer, en faire aussi une idole au sens d’une fausse image de lui. Dieu se dérobe à toute définition, l’humain également.

Alors quel sens donné à l’image ? Non pas une représentation mais une fonction. En effet pour Gn 2 l’idée d’image est suivi immédiatement d’une  mission : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez la » (Gn 2/28). L’image est associée à une fonction de création et de gestion du monde, une responsabilité qui implique des actions. C’est en ce sens que l’humain est image de Dieu. Au sens d’une fonction, créateur à l’image du Créateur.

Ce thème de l’image a produit un nombre important de commentaires. Duquoc en privilégie un qui illustre bien l’image comme fonction. C’est l’interprétation de Grégoire de Nysse qui définit l’image comme capacité de l’humain d’être son propre créateur, condition pour  acquérir une autonomie similaire à celle de Dieu, accéder à une liberté qui constitue l’humain partenaire de Dieu. Image ici comme capacité d’agir en créateur, en autonomie et en liberté.

On peut se demander si, dans l’esprit de Grégoire de Nysse, cette magnifique conception dynamique de l’humain concerne également les femmes ! En tout cas, note Duquoc, aucune des interprétions classiques n’ont remarqué que cette image dans le texte biblique est une image différenciée : « …à l’image de Dieu, il le créa ; mâle et femelle, il les créa » (Gn 1/27). La différence entre l’homme et la femme est structure de l’image. L’essence de cette image est relation. Cette essence de l’image n’est ni le masculin seul, ni le féminin seul. Cette image est de soi habité par l’altérité, il y a de soi, de l’autre dans l’image.

Ainsi donc si l’image n’est pas une représentation ni de Dieu, ni de l’humain, si, comme le nom de Dieu, elle échappe à toute définition, elle ne va pas être non plus être représentation et définition de ce qu’est le féminin ou le masculin. Mais l’image dit une fonction, qui est celle du respect de l’altérité.

Elle est le paradigme du manque qui peut ouvrir à la communication. Il y a un manque à être de chaque pôle de l’image. L’une ne va pas sans l’autre, l’un ne va pas sans l’autre. Chacun-e n’existe que dans la communication. Cette relation différenciée est sans représentation. On ne peut l’enclore, mettre la main dessus, elle se dérobe à toute définition. Et comme elle est humaine, elle est dans l’histoire, une tâche à réaliser. Elle n’est pas reproduction d’une forme apriori, anhistorique, figée et constante :

« Pas plus que Dieu n’est le référent visible de l’image puisqu’il est un Nom sans représentation, pas davantage l’image différenciée n’impose un modèle constant. Elle exprime la condition d’un avenir : assumer l’autre dans une différence indépassable et irréductible, comme la nécessité de sa propre réalisation…Patient labeur d’une histoire qui lutte contre un stéréotype de l’enfermement en des essences séparés, masculine et féminine »

Cette image différenciée a une fonction, une tâche, celle du respect de toutes les différences. Elle est paradigmatique de la différence pour introduire une exigence éthique : une volonté de communication dans le respect de toutes les différences.

La pensée de Duquoc, avec cette réflexion sur l’image, se démarque de deux options. Ils se positionnent contre le nivellement de la différence masculin/féminin mais également contre l’enfermement en essences séparées de cette différence. Il y a bien une différence mais la forme qu’elle peut prendre est à inventer dans la communication, une réalisation qui se fait dans l’histoire et qui ne découle pas d’un modèle statique.

 

Gn 1/27, traduction de la TOB

Christian DUQUOC, « Homme/Image de Dieu », Nouveau dictionnaire de théologie, Cerf 1996, pp 418-423

« la naissance spirituelle est le résultat d’un choix libre, et nous sommes ainsi, en un sens , nos propres parent, nous créant nous-mêmes tel que nous voulons être, et nous façonnant , par notre volonté, selon le modèle que nous choisissons » Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, PG 44, 328 B. Cité par C.DUQUOC p 420

Idem p 422

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 11:50

 

1-Le critère de la libération

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

(Lc7/20) Cette question est une demande de discernement. Sur quel critère, reconnaître celui qui vient de Dieu ? La réponse de Jésus se situe au niveau de la libération : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » (Lc 7/21-23)

La libération d’un homme, d’une femme, est le signe digne de foi et suffisant pour discerner  la présence de Dieu. C’est un discernement qui est confié à la responsabilité humaine.

Mais qui va pouvoir faire ce discernement selon ce critère de libération ? Ceux qui ont condamné Jésus n’ont pas été sensibles à ce critère. Seul l’homme  qui est déjà accordé aux priorités du cœur de Dieu saisira cette communication de Dieu. Le discernement de ce qui est présence ou révélation de Dieu dans l’histoire d’Israël ou de Jésus n’est donc pas le fait de Dieu, c’est aux hommes qu’est donnée  la responsabilité d’opérer un tel discernement en découvrant les priorités de Dieu.

Le peuple d’Israël a, quant à lui, expérimenté la présence salvifique de Dieu quand il le libérait de l’oppression. Moïse découvre la présence de Dieu dans le désir de femmes et d’ hommes de se libérer de l’oppression. Il découvre l’écart entre cette oppression et la volonté de libération qui est en Dieu. L’auteur biblique a trouvé important de raconter cela, car dans les faits de ce  passé, il voyait une présence révélatrice de Dieu.

Retenir cela et pas autre chose présuppose une foi anthropologique car s’il ne l’avait pas, ces faits seraient tombés dans l’oubli : Dieu ne peut accepter cette situation d’oppression, il veut la modifier.

Qu’est-ce qu’une foi anthropologique pour Segundo ? C’est une foi en des valeurs qui déjà structurent la vie de quelqu’un. Pour  fonder une foi religieuse en  discernant, entre plusieurs voix, celle qui procède de l‘absolu, l’auteur biblique n’a d’autres valeurs que celles qui structurent sa vie. Pour faire cela, pour faire ce choix, c'est-à-dire,  ce discernement de raconter cela et pas autre chose, il n’a pas d’autres repères.  Il est sans Bible, sans parole de Dieu, sans signe, sans dépôt. Il choisit un absolu qui doit vouloir la libération du peuple. L’auteur biblique doit avoir la même foi anthropologique que Moïse et ses contemporains, la contagion d’un même enthousiasme, d’un engagement pour qu’il  tienne  pour inspiré tel récit et qu’il choisisse de l’écrire. Pour cela des choix ont été toujours été faits, que ce soit au niveau  de la tradition orale, des rédacteurs, du rédacteur final. Il y a cette même foi anthropologique chez le lecteur quand il tient pour inspiré l’auteur de l’Exode.

Ces choix se sont faits avant que la Bible existe et pour qu’elle existe. C’est ce discernement qui a formé la Bible.

 

 

2-Le critère de la bonté de la nouvelle : Est-ce une bonne nouvelle ?

Le discernement doit se poursuivre dans l’interprétation. L’interprétation est-elle vraiment un Evangile, une bonne nouvelle ? Pour  expliciter cela, Segundo donne l’exemple de la mort du Christ. Jésus est mort sur la croix par amour pour obtenir le pardon. Cette donnée de la foi est une bonne nouvelle si on l’interprète comme l’amour que Dieu a pour l’homme, comme l’importance que l’homme  a aux yeux de Dieu. Mais cela a donné lieu au cours de l’histoire du christianisme  à d’autres conclusions : le péché de l’homme serait tellement monstrueux qu’il ne pourrait être pardonné que par la mort du Fils.

Ici il s’agit d’une double mauvaise nouvelle. Non seulement cela montre une liberté humaine qui conduit au désastre mais aussi un Dieu qui ne pourrait pardonner qu’au prix du sang de son Fils. « Un Dieu d’amour n’est pas compatible avec un être qui peut être offensé au point de devoir sacrifier son Fils pour rester en paix avec soi-même et se réconcilier avec l’offenseur sans manquer à la justice »

( Qu’est-ce qu’un dogme ? p 507)

 

3-Discernement par l’engagement existentiel du lecteur : est-ce un engagement humanisant ?

Le discernement qui a fait la Bible et le discernement pour la lire, concernent aussi toutes les expressions de la foi, par exemple les textes liturgiques. Segundo donne l’exemple d’une oraison du Missel romain : « Dieu éternel et tout puissant, qui régis l’univers du ciel et de la terre : exauce, en ta bonté, les prières de ton peuple et fais à notre temps la grâce de la paix »( Prière d’ouverture du missel romain au 2ème dimanche ordinaire) Cette oraison contient une affirmation : Dieu règne sur le ciel et sur la terre alors que dans le texte du Notre Père, il s’agit, non d’une affirmation mais de la demande que sa volonté se fasse enfin sur la terre comme elle se fait déjà dans le ciel. L’affirmation de cette oraison est d’abord erronée : la terre telle qu’elle est actuellement ne reflète pas ce que Dieu veut mais plutôt ce qu’Il déteste. Segundo s’étonne qu’une  telle oraison existe mais surtout qu’elle ne choque pas. Cela ne choque pas celui pour qui la foi n’est pas la joie, la raison, le sens de sa vie. Elle choque celui que l’Evangile a rejoint, qui a fait de lui, les critères de ses choix et qui est conscient de l’écart entre la réalité vécue et ce que Dieu veut. Cela choque celui qui vit sérieusement l’aventure de Jésus. Car il peut percevoir la contradiction que comporte cette oraison, donc en faire l’occasion d’une crise qui aboutit à une compréhension plus profonde, plus riche du message chrétien. Il  entre en crise quand il se rend compte du caractère pré-chrétien de cette oraison selon laquelle Dieu gouverne la terre. Mais pour cela, il faut être convaincu que Dieu est loin de régner sur la terre, que bien des aspects de ce qui s’y passe est bien plutôt objet de sa colère que de son approbation. Pour cela encore, il est nécessaire d’être en accord avec cette critique de situations déshumanisantes qui règnent sur notre terre, sensible à leur caractère intolérable. Si l’on pense, pour ne prendre qu’un exemple, que l’avortement sélectif des filles en certains pays d’Asie est normal (B.MANIER, Quand les femmes auront disparu. L’élimination des filles en Inde et en Asie, Ed La découverte, Paris, 2006), on ne sera pas choqué par cette oraison.

Le discernement est donc partie prenante d’une conversion. Convertir en réflexion expérimentale sa recherche de la substance du message chrétien car la révélation continue de nous découvrir les secrets de notre expérience existentielle. La révélation a pris fin avec le Christ mais le Christ n’a pas pris fin. Il complète le Royaume en s’appuyant sur nous.

« La bonne nouvelle humanisante de la Résurrection de Jésus consiste en ce que, si Lui a été constitué Fils de Dieu avec pouvoir, nous autres, ses frères, nous sommes également constitués fils en Lui. Et en tant que fils, héritiers de l’univers, d’un univers incomplet que nous devons arracher à son inutilité grâce à la liberté créatrice qui nous a été donnée gratuitement » ( Qu’est-ce qu’un dogme ? p 509)

 

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 23:58


Dans son livre
 Qu’est-ce qu’un dogme Segundo, distingue deux modèles différents pour penser la Révélation. D’abord le modèle iconique qui exposant en récits, en image, renvoyant à des questions existentielles, donnant à penser, est processus de recherche. Le second est digital. Digital au sens d’une vérité que l’on peut désigner du doigt, de l’ordre d’un dépôt. Il suppose que Dieu a déposé dans un contenant qui serait la Bible des vérités à croire et des normes à pratiquer. Vérités et normes qu’il suffirait d’extraire de cette « carrière » biblique. Ce travail d’extraction étant le fait de la Tradition qui au long de 20 siècles aurait peu à peu mis à découvert ce qui y était contenu, c'est-à-dire une information correcte une fois pour toutes, et pour toutes les questions, dans tous les contextes.

Ce dernier modèle se heurte à une difficulté majeure : la divergence dans la Bible, de théologies, leurs variétés qui n’est pas toujours conciliables, leurs diversités qui évitent d’enclore dans une seule perspective, dans le domaine de la foi comme dans celui de la morale. Pour le premier Testament. Il suffit de rappeler la foi ou la non-foi en la vie éternelle. Deux théologies qui s’affrontent encore au temps de Jésus et dont on a trace dans l’opposition entre pharisien et sadducéens (Par exemple en Mt 22/23…34). Egalement le conflit doctrinal sur la question de la rétribution. La richesse, la longue vie, la santé, le bonheur sont-ils des marques de bénédiction de Dieu en récompense d’une vie vertueuse ? Oui pour certains textes. Non pour d’autres (Par exemple Si1/13 s’oppose à la proclamation d’innocence de Job, Jb13/18). Le non le plus violent étant la révolte de Job qui proclame son innocence au cœur même de sa souffrance morale et physique. Egalement le problème à la fois politique et religieux de la royauté. Est-ce une institution voulue par Dieu ou au contraire une offense à Dieu qui est le seul roi d’Israël ? Sur ce point les textes bibliques s’opposent entre monarchistes et antimonarchistes. ( Par exemple 1S 8 et 2S 7)  Dans un registre moins conflictuel, les deux textes de la création en Genèse comportent, nous l’avons vu, deux anthropologies qui sont loin d’être conciliables.

Devant ce constat de divergences, de théologies différentes, une question se pose. Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est parole de Dieu, inspiré par lui ? Mais surtout pourquoi dans cette Bible, y-a-t-il cette juxtaposition de position inconciliables. Pourquoi,  in fine, les rédacteurs n’ont-ils pas pris position en ne gardant qu’une des positions ? On peut répondre par le respect de  récits plus anciens mais un respect qui n’empêche pas d’en ajouter d’autres qui les corrigent ou même les contestent. Mais surtout, nous avons là le signe d’une conception particulière de la vérité. Non pas une vérité éternelle, anhistorique, monolithe, absolutisée,  mais une vérité qui se cherche dans les méandres de l’histoire humaine, qui s’approfondit  grâce à des crises, quand les réponses anciennes ne sont plus audibles, quand l’expérience vient les contredire de telle sorte  qu’elles ne sont plus satisfaisantes. Une vérité qui se cherche et qui ne s’arrête pas à un moment donné. Les  réponses anciennes et nouvelles sont gardées comme mémoire d’un cheminement de pensée, comme anamnèse d’une résolution d’une crise. Elles sont là toutes deux pour « apprendre à penser ». Apprendre à penser est un des concepts- clé de la théologie de la révélation que développe Segundo.

 

Le concile Vatican II s’approche de ce modèle en parlant de pédagogie divine, d’aspect provisoire et incomplet de la première alliance : « Ces livres, bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du caduc, sont pourtant les témoins d’une véritable pédagogie divine ». (DV 15) De ce fait, on ne peut plus parler de Dieu comme « unique auteur » ( Contrairement à la position du Concile de Trente DZ 783) de la Bible car comment Dieu pourrait-il parler de manière imparfaite et caduque ? (Dèjà Divino afflante Spiritu de Pie XII en 1943 avait rompu avec cette conception en demandant de tenir compte de l’auteur humain (DZ 2294) qui n’est plus un secrétaire qui écrit sous la dictée mais qui est libre, créateur et limité par les connaissances et les instruments de son époque , limité et conditionné.)La constitution Dei Verbum prend acte qu’il faut parler d’auteurs bibliques comme de « vrais auteurs » (DV 11) qui ont écrit selon des genres littéraires différents, «  en des circonstances déterminées, dans les conditions de son temps, et l’état de sa culture » et selon «  soit des manières natives de sentir, de parler…soit de celles que l’on utilisait ça et là à cette époque dans les rapports humains » ( DV 12)

Mais Segundo va plus loin dans la compréhension de cette pédagogie divine. Mettre  la pédagogie divine à la place de Dieu comme auteur, c’est comprendre Dieu comme auteur d’un processus éducatif à travers les méandres humaines. Les Livres bibliques relatent ce processus éducatif. L’existence dans les textes de « choses provisoires et imparfaites » et contradictoires ne fait plus d’eux la dictée d’une vérité absolue. Ces faiblesses portent sur des capacités intellectuelles, des conditionnements des ignorances venant de leur société de leur culture et touchant à des facteurs décisifs de l’existence, sources d’attitudes et d’actions.

Mais ce côté provisoire et imparfait est considéré par Segundo comme positif. C’est la part d’erreurs de ce provisoire et de cet imparfait qui peut faire entrer en crise la connaissance antérieure. Parce que l’erreur et sa rectification font partie intégrante  de tout processus de connaissance  profonde et mûre de la vérité. De ce fait, il est possible de créer des hypothèses qui permettent de trouver des réponses plus adaptées. Le plan divin ne consiste pas à distribuer une information correcte une fois pour toutes, mais à faire avancer un processus éducatif où l’on apprend à apprendre à partir d’affirmation provisoire.

Segundo nous montre ainsi une profonde conception de la vérité et de l’erreur. L’erreur fait partie de la manière humaine d’accéder à la vérité,  vérité capable d’affronter des crises. Les crises permettant d’élaborer de nouvelle hypothèse, posant un problème nouveau qui remet en chemin de recherche. Les crises sont génératrices de découvertes nouvelles.  Chercher la vérité passe par la découverte du non-vrai, du non totalement vrai, de l’insuffisamment vrai, du partiellement erroné face à une réalité qui pousse vers une vérité plus grande. La recherche de la vérité passe par l’essai et l’erreur. Une erreur expérimentée, reconnue, rectifiée. Ce passage est le composant d’un processus d’intériorisation de la vérité. Sur le chemin, donc,  jalonné de choses imparfaites et provisoires (comme pour tout processus éducatif), nous pouvons avoir accès à une vérité toujours plus grande et une richesse de sens toujours plus profonde pour notre existence.

Pour Dei Verbum, ces choses provisoires et imparfaites de la Bible ne concernent que l’Ancien Testament. Cela veut-il dire que le Nouveau en est exempt ? Si nous répondons par l’affirmative, cela veut dire que Dieu aurait changé de méthode nous dit Segundo. Nous n’aurions plus avec le Nouveau Testament une pédagogie mais des informations  parfaites, invariables mettant fin au processus de recherche pourtant inhérent à l’expérience humaine. (DZ 2021)Parce qu’avec Jésus nous aurions un accès à la révélation immédiat et personnel de la vérité, que pourrait-il y avoir de nouveau, après lui,  qui justifierais encore une recherche ? ( L’interprétation du choix par le Christ de 12 hommes  (viri)  comme apôtres à l’exclusion de femmes , relève de cette conception d’une une vérité éternelle, anhistorique, monolithe, absolutisée.  Sur la question du choix des 12, voir J.MOINGT, Sur un débat clos, Revue de Sciences Religieuses, 83/3, 1994,    ) Face à cette question, deux conceptions s’opposent. La première dit oui, il n’y a plus rien à chercher, il y a seulement à  conserver et à propager la vérité possédée, seulement à mieux l’expliquer, à en donner des définitions plus précises. L’incarnation, dans cette conception est conçue comme fin effective de l’histoire. ( « L’histoire…a une fin…le christianisme est cette fin : le Christ s’est présenté comme venant à la fin des temps et comme introduisant le monde définitif…L’histoire n’est plus qu’en sursis » dans Jean DANIELOU, Essai sur le mystère de l’histoire, Cerf, 1982, p 14 et 23. Cité et critiqué par J.L. SEGUNDO , Qu’est-ce qu’un dogme, Cerf, 1992, collection Cogitation fidéi n°169, p 237, pour donner un exemple d’une théologie qui clôt l’histoire avec la venue du Christ.) La deuxième dit non, et c’est l’option de Segundo, pour deux raisons. D’abord l’incarnation ne fait pas interrompre le processus qui pousse l’homme à chercher. Ensuite comment la plus haute autocommunication de Dieu qu’est le Christ nous ferait cesser de penser, nous ferait abandonner notre aventure créatrice en quête de vérité ? Cette recherche de la vérité fait partie de la maturité dont nous parle Paul. Les hommes de la maturité sont des héritiers capables de construire du neuf, d’avoir des projets de liberté. Pour cela  la réalité histoire ne doit pas être  parvenue à son terme. Il y a donc dans la manière de recevoir le Nouveau Testament une façon d’avancer aussi,  à travers et grâce à des crises,  vers des données encore inconnues.

Ce processus vers la vérité qui continue après Jésus peut s’appuyer sur Jn16/7 : « Il vaut mieux pour vous que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous » et sur Jn 16/12-13 : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand il viendra, l’esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité toute entière ; car il ne parlera pas de lui-même ; mais tout ce qu’il entendra, il le dira, et il vous annoncera les choses à venir. »

La Vérité incarnée qu’est le Christ continue de se dire après sa manifestation historique. Elle ne s’arrête pas à cette manifestation historique. Segundo cite pour cela St Augustin qui commente ces versets de Jean en écrivant : « Même le Seigneur en personne, en tant qu’il a daigné être notre chemin, n’a pas voulu nous retenir mais passer »( St AUGUSTIN,  De doctrina christiana I,1 ch 34; Œuvres, DDB,  vol XI p 226 ; cité par J.L. SEGUNDO p241 et 308 dans Qu’est-ce qu’un dogme ?). La vérité qu’est le Christ nous met en chemin vers la vérité. La pédagogie divine continue donc tout au long de l’histoire humaine avec l’Esprit Saint pour guide dans sa fonction éducatrice.

Le Christ n’a pas voulu nous retenir mais passer. Il est donc passé dans cette culture qui aujourd’hui n’est plus la nôtre. La manière dont le Nouveau Testament en rend témoignage relève comme pour l’Ancien Testament de la faiblesse humaine qui produit de l’imparfait et du provisoire (Dei Verbum 15 ). Mais loin de s’en désoler, il nous faut l’accueillir comme une marque du sérieux de l’incarnation de la vérité dans le temps.

Cette fonction éducatrice et créatrice de l’Esprit Saint, se découvre déjà à l’intérieur même du Nouveau Testament par la variété des langages de la foi. La reconnaissance de cette pluralité a d’importantes conséquences. Si cette pluralité existe dans le Nouveau Testament, cela légitime la pluralité des théologies dans l’histoire et pour aujourd’hui. On peut donc sortir légitimement d’une conception de la vérité monolithe et intemporelle.

Paul, par exemple, ne fait référence à aucun acte de Jésus, à aucune de ses paroles, il en parle de manière complètement nouvelle. Il n’invente pas mais il crée une théologie qui le fait découvrir d’une tout autre manière. Il en a lui-même conscience quand il écrit :   « Même si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi à présent»( 2 Co 5/16). Ce faisant il applique ici son  principe de la suprématie de l’esprit sur la lettre. De même l’auteur de l’Epître aux Hébreux, prendra lui aussi la liberté d’en parler avec un vocabulaire encore différent en disant par exemple que le Christ est l’unique grand-prêtre, un titre que les Evangiles ignorent complètement. Les communautés primitives, auteures des Evangiles sont aussi des créatrices, puisqu’elles vont écrire les Evangiles à la lumière de la résurrection. Enfin l’annonce de la foi, telle que relatée dans les Actes, va opérer un déplacement significatif, qu’on peut résumer ainsi : déplacement du royaume à la personne de Jésus, de la thématique du royaume à la thématique de Jésus-sauveur, de l’histoire à l’eschatologie imminente.

L’Evangile de Jean est aussi un bon exemple de créativité. Il raconte Jésus avec les mots, les concepts, les problématiques de ceux à qui il s’adresse. Il nous faut à notre tour faire preuve de la même créativité en répondant à d’autres problématiques. Continuer le processus avec lequel il a pensé, c'est-à-dire à partir de lui, apprendre à apprendre. Ce dialogue de Jean avec la culture de son temps a beaucoup  à nous apprendre. Mais il faut l’interpréter à l’intérieur  de ses limites, les dépasser et aller vers l’aujourd’hui de notre histoire et de nos cultures.

 

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 15:02

 

Ce WE, j’étais à Ars pour la rencontre nationale des ENDS. (Equipe Notre-Dame Siloë) L’Equipe organisatrice m’avait demandé de commenter une phrase du Curé d’Ars : « Je ne regretterai pas d’avoir passé ma vie à croire  à l’Amour » pour aider le groupe à y réfléchir. Voici donc le topo que j’ai donné avec des questions pour faciliter le partage.

 

I  / « Je ne regretterai pas d’avoir passé ma vie

2 / à croire

3 / à l’Amour »

Voilà donc le thème de notre WE, qui est une citation du Curé d’Ars.

Il y a beaucoup de choses dans cette petite phrase.

I  / Avoir passé ma vie.

Cela dit une constance, un objectif qui a été la boussole de sa vie, son Nord, l’orientation qu’il a cherché à garder, le fondement de sa vie, le critère de ses décisions, ce qui permet de dire oui, ou non, à tel ou tel chemin qui s’ouvre devant soi.

 

Cette phrase peut d’abord nous interroger :

Et moi à quoi je passe ma vie ?

Quelle est la boussole de ma vie ? Le critère de mes décisions ?

Il y a sûrement en nous un désir de croire en l’Amour.

Ce qui peut nous aider à passer notre  vie à y croire, c’est entrer dans un combat :

*repérer tout  (idées,  décisions,  comportements…)  ce  qui m’aide à y croire,

pour accueillir cela, le développer, m’y engager.

*repérer tout (idées,  décisions,  comportements…)  ce qui ne m’aide pas à y croire, tout ce qui y fait obstacle.

pour l’écarter, ne pas m’y engager.

Qu’est-ce que j’ai déjà pu repérer de cela ?

 

2 / A croire

Il nous faut clarifier ce mot.

Croire n’est pas de l’ordre de la certitude qui s’imposerait à moi. C’est de l’ordre de la liberté d’une confiance. C’est donc un risque, mais un beau risque. Un risque non dénué de raison (il ne s’agit pas de croire en n’importe quoi et en n’importe qui) mais qui n’exige ni certitudes ni preuves absolues.

Croire, n’est pas seulement une attitude religieuse. Un athée est aussi un croyant ! Pas un croyant en Dieu, mais il peut croire de diverses manières. Il peut croire que sa vie a du sens, croire en l’amour de son conjoint, croire en la promesse qu’on lui fait…

Sans ce type de foi, on ne peut rien faire, on ne peut pas s’engager. Ce  mot est un mot qui n'appartient donc pas uniquement au vocabulaire religieux.

Mille expressions (« J'ai foi en lui », « Je t'en donne ma foi », etc.) scandent ainsi notre vie de tous les jours.

Nous ne pouvons pas tout vérifier par nous-mêmes et à tout instant ; il nous est indispensable de croire à la parole et à la bonne foi des autres.

Nous devons

« Jeter un pont de confiance en nous, dans les autres et dans la vie, non seulement pour surmonter l'incertitude paralysante, mais pour pouvoir réaliser quelque chose et nous réaliser nous-mêmes. »  Adolphe Gesché

Quelles sont les personnes en qui j’ai foi ?

Quelles décisions ai-je prises dans ma vie qui demandaient que j’aie foi en… ?

En dehors de la foi en Dieu, en quoi ai-je foi ? A quoi, à qui je donne ma foi ?

 

3 / A l’Amour

Quand le curé d’Ars dit cette phrase qui est le thème de notre WE, il dit aussi :

Je ne regretterai pas d’avoir passé ma vie à croire en Dieu.

Ce qui est d’abord intéressant à noter, c’est qu’il prend une position claire : Dieu = Amour.

En cela, il est fidèle à la Révélation :   

1Jean 4.7 :  

[7] Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l'amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu.

[8] Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est Amour.

Ces 2 versets de Jean sont fondamentaux.

Il ya une définition de Dieu : Dieu est Amour

C’est sa définition. Il n’est pas autre chose que cela. Ou si l’on dit autre chose, cela ne doit pas être en contradiction avec l’amour. Si l’on dit qu’Il est miséricordieux, c’est facile, la miséricorde est en cohérence avec l’amour, elle est le fruit de l’amour. Mais d’autres termes doivent être évalués à l’aune de l’amour. Nous pouvons parler de la justice de Dieu. Mais il faudra la comprendre comme une justice animée par l’amour. Nous pouvons parler de la toute-puissance de Dieu, à condition de la penser comme la toute- puissance de l’amour.

Nous pouvons dire qu’Il est roi, à condition de Le voir, serviteur qui par amour se met à laver les pieds de ses disciples. Etc.

Cependant la question la plus importante est de saisir vraiment ce qu’est « aimer » pour Dieu.

Nos amours humaines peuvent nous y aider. Mais nous sommes conscients qu’elles sont petites en face de l’infini de Son amour.

De plus, nos manières d’aimer peuvent être de mauvaises manières, de faux amours. Par exemple l’amour captateur, qui n’est que de la fausse monnaie ! Ou encore un amour qui s’impose au lieu de se proposer. Etc.

Quels sont les éléments qui font qu’un amour est vrai ?

            Quels sont ceux qui en font de la « fausse monnaie » ?

Alors comment Dieu aime-t-Il ? Comment répondre à cette question ?

La réponse est simple, et c’est un des fondements de notre foi.

Nous pouvons regarder, écouter l’Amour en acte…en regardant, en écoutant Jésus. Il est l’incarnation de l’Amour.

Cela peut être pour nous, une formidable motivation pour lire, méditer l’Evangile. Thérèse de Lisieux disait de l’Evangile qu’il était le « pur froment de Dieu ». Regarder, écouter Jésus et se demander à chacune de Ses paroles, de Ses actes : qu’est-ce que cela me dit de Sa manière d’aimer ? Donc qu’est-ce que cela me révèle de l’amour de Dieu ?

Motivation pour lire l’Evangile, également comme une grille de lecture. Question à se poser qui va orienter notre lecture, notre méditation.

Par exemple si je prends Mc 6/30-44

*Jésus aime en écoutant Ses disciples qui reviennent de mission…donc l’écoute est une manière d’aimer pour Dieu et un appel pour nous à aimer en écoutant.

*Jésus aime en les invitant à se reposer…donc l’attention à la fatigue des autres, l’invitation à se reposer est une manière d’aimer pour Dieu et un appel pour nous à aimer de cette même manière.

*Jésus aime en voyant la foule et en en prenant pitié car ils étaient comme des brebis sans berger…donc l’attention, le fait de voir ce qui manque est une manière d’aimer pour Dieu et un appel pour nous  à aimer de cette même manière.

 

Je vous laisse continuer à voir dans ce texte ce que cela dit de la manière dont Dieu aime.

Lire le texte de Mc 6/30-44 et continuer à chercher ce que cela nous dit de la manière d’aimer de Dieu.

 

Faisons un pas de plus. Croire à l’amour qui est Dieu, n’est pas une attitude seulement  intellectuelle. C’est une attitude existentielle. Je veux dire par là que c’est un engagement à recevoir cet amour, à le désirer, à l’accueillir.

Par exemple Zachée accueille Jésus dans sa maison. Il accepte que l’amour qui est Dieu habite sa vie. Une autre manière de le dire, c’est : il accepte de se laisser aimer.

Dieu aime mais Son amour est comme impuissant s’Il ne rencontre pas une liberté qui Lui dit oui.

Le plus beau verset pour montrer cela est en Apocalypse 3/30.

Dieu est à la porte. Il est en attente, Il est sur le palier de ma porte. Mais en aucun cas Il ne va la forcer. Tant que je ne Lui aurai pas dit d’entrer, Il n’entrera pas. Il est dépendant de ma réponse. On parle de la volonté de Dieu. Ici, on la voit ! Sa volonté c’est de proposer Son amitié. Mais Il sait que cela ne peut être que proposé, jamais imposé. C’est pourquoi, Il est comme un mendiant à la porte de nos vies.

Dieu frappe de petits coups sur ma porte. Ils sont audibles mais discrets. Cela n’a rien à voir avec le martèlement d’une descente de police ! Ce sont de petits coups d’un amoureux qui dit avec respect Son désir d’entrer.

Si on Lui ouvre : Il entre, Il est près de moi et moi près de Lui, nous prenons le repas ensemble. Dans une proximité de relation, de réciprocité, d’égalité comme celle de deux ami-es.

Ce qui a permis que cela se passe ainsi : Un acte de liberté : Du côté de Dieu, le désir de nous rejoindre. De notre côté, avoir décidé d’entendre, avoir décidé d’ouvrir.

Enfin croire à l’amour est un engagement à faire de même.

« Faire comme j’ai fait pour vous » dit Jésus après avoir lavé les pieds de Ses disciples.

C’est pourquoi, il si important de bien nommer Dieu.

Le nommer Amour, engage à aimer.

Je vous laisse avec ce passage de St Augustin.

 

Si vous avez encore du temps dans le groupe de partage, vous pourriez vous demander :

En quoi ce texte éclaire-t-il le thème de notre WE :

« Pour que tu puisses avoir un avant-goût de Dieu, sache que Dieu est amour, cet amour avec lequel nous aimons. Que personne ne dise : je ne sais pas ce que je suis en train d'aimer. Il suffit qu'il aime son frère et il aimera l'Amour lui-même ; parce qu'en réalité on connaît mieux l'amour avec lequel on aime son frère que ce frère lui-même ; parce qu'alors Dieu est déjà mieux connu que le frère lui-même. Beaucoup mieux connu parce qu'il est davantage présent, parce qu'il est plus proche, parce qu'il est plus sûr »

            SAINT AUGUSTIN, De Trinitate ; PL 42, col. 957-958.

 

 

 

 

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 23:43

 

L’accès à Dieu par Jésus-Christ est pour tous, au-delà d’une confession explicite.

 

Cela englobe tous ceux et toutes celles qui ont vécu leur vie humaine avant le Christ, celles et ceux qui n’ont pas été rejoints ne serait-ce même par la connaissance de Son Existence, mais ceux aussi qui honnêtement ne peuvent pas croire.

Ils ont accès à Dieu par leur propre humanité.

On peut dire cela en allant jusqu’au bout de la logique de l’Incarnation et de la logique de la création.

Hommes et femmes images de Dieu sont tous et toutes des Adam créé-es à l’image de Celui qui est l’image par excellence,  Parole du Père, Logos de Dieu. Qui me voit et voit tout homme, toute femme, voit le Père. Bien sûr image voilée, souvent blessée et défigurée mais image qui reste gravée de manière indélébile.

L’Evangile de Matthieu en a fait la démonstration incontournable dans son chapitre 25/ 31-46  par la question suivante : « Quand nous est-il arrivé de Te voir affamé et de Te nourrir, assoiffé et de T’avoir désaltéré, étranger et de T’accueillir, nu et de Te vêtir, malade et prisonnier et de venir Te voir ? » Et sa réponse : « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait.»

Ces versets sont souvent cités dans l’œuvre de Rahner. En effet, pour lui, du fait qu’il y a humanité, il y a événement d’une autocommunication. ( K.RAHNER, traité fondamental de la foi, 5ème étape )Dieu s’est Lui-même toujours et partout communiqué à tout humain comme le centre le plus intime de son existence, l’investissant de grâce et de responsabilité. Dieu toujours à l’œuvre là où l’humain existe comme humain (sujet, liberté, responsabilité). Dès toujours, ontologiquement orienté vers le Dieu d’absolue proximité. Même dans la faute, l’humain a conservé sa nature car la faute est dès toujours englobée et dépassée par la volonté de Dieu de Se communiquer Lui-même en vue de Jésus-Christ.

C’est l’inédit de Dieu en Jésus car il s’agit moins de penser comment nous avons accès à Dieu, mais plutôt comment Dieu a accès à nous. Nous sommes là  dans l’originalité du Christianisme.

Non religion de l’effort pour accéder à Dieu. Effort vain, voué à l’échec, source d’orgueil et d’intolérance, pour ceux qui se croient arrivés.

Mais plutôt, initiative de Dieu de nous rejoindre, déjà là dans l’acte créateur, accompli dans l’Incarnation qui Lui donne un visage humain à contempler.

On pourrait schématiser ainsi :

                                                              

Le chemin religieux :                     

L’humanité est en bas et doit pour avoir accès à Lui, monter vers Dieu, par son effort.

Et à mesure que l’on monte,de moins en moins de gens y parviennent. On en « perd en route »

 

Le chemin chrétien :              

C’est Dieu Trinité qui est en bas, en position de serviteur. (Qui M’a vu, a vu le Père=qui M’a vu laver les pieds de mes disciples). C’est Elle, la Trinité, qui fait tout le chemin et à mesure qu’Elle monte vers l’humanité, Elle les rejoint tous et toutes.

 

Le Dieu qui peut toucher les cœurs des hommes et des femmes d’aujourd’hui, n’est pas le Dieu en surplomb mais le Dieu «  en humble place » ( Exercices spirituels d’Ignace de Loyola n°144).

 

La condition, cependant, mais c’est un autre sujet, est que la figure offerte par l’Eglise en sa structure institutionnelle et en chacun-e de ses membres la rende visible dans l’aujourd’hui de l’histoire et ne la masque pas.


 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 23:30

 

Dieu nous cherche, il désire une amitié avec nous. Nous le cherchons. Mais c’est lui qui a pris l’initiative. Si nous cherchons, c’est parce que lui, le premier nous a cherchés. Et même, nous pouvons dire qu’il nous a trouvés. Trouvés, car créés-es à son image, nous portons son image en nous. Trouvés par ce qu’il s’est fait l’un de nous par son incarnation et donc a épousé notre humanité et chacun-e de nous. Trouvés, parce que notre être est temple de l’Esprit. Trouvés parce qu’il a jeté sa Parole dans la terre de nos vies.

Que dire après cela ? Pousser le cri de Paul : «  Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm8/31)

Donc notre recherche de lui, ne peut être que réponse à son don.

Pour y répondre, il faut nous libérer des fausses images de Dieu. Une image est particulièrement dangereuse, celle qui fait croire que Dieu impose, exige à l’instar  d’un pouvoir dictatorial. Cela traîne dans nos têtes et nous empêche d’aller à lui dans la confiance. Non. Dieu a posture de mendiant qui se tient à la porte de nos vies et frappe à la porte doucement. Il n’entrera jamais de force, tant que nous n’aurons pas ouvert, Il restera sur le palier, en patience, en espérance qu’on lui ouvre un jour.

 

Dieu n’exige rien, IL DONNE TOUT. Il donne et se donne comme une graine jetée dans la terre de nos vies. Il se donne dans le pain et le vin de l’Eucharistie. Et communier, c’est entrer avec lui, à sa suite, à notre petite mesure, dans le don qu’Il fait de Lui.

 

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 14:38

La Volonté de Dieu est une volonté de libération.

C’est cette volonté-là qu’il nous est demandé de faire et que nous demandons dans la prière que nous a laissée Jésus : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

 

La volonté de Dieu, mot difficile, compris souvent tout de travers.

Pour beaucoup, il s’agirait d’une volonté qui viendrait d’en haut, donc de l’extérieur, d’un destin préparé d’avance, quasiment imposé, auquel il faudrait répondre impérativement, après avoir cherché à le déchiffrer, comme un programme fixé en dehors de nous qui ne laisserait aucune place à la liberté.

Quelle angoisse et quelle culpabilité cela entraîne pour nous ! Cette manière de comprendre est une construction de notre esprit liée à une fausse image de Dieu. Une idole que nous avons mise à la place de Dieu, un Dieu qui voit tout et sait tout par avance. Un Dieu pervers…

Dieu ne nous appelle pas à être de simples exécutants d’une volonté qui serait toute-puissante, il n’attend pas que nous prenions une place de figurants là où il l’aurait prévu de toute éternité, mais il nous appelle à être ses enfants, hommes et femmes adultes, frères et sœurs de Jésus-Christ, fils et filles avec le Fils. 

« A tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jean 1,12 ).

Il nous appelle pour que nous portions du fruit, un fruit qui demeure,  pour que nous soyons vivants, pour que nous ayons la joie en nous.

Il nous appelle ses amis.

Etre vivant-es, faire sa volonté, c’est inventer notre vie avec nos outils, les talents qu’il nous a remis.

De la même manière, il est urgent de nous débarrasser d’une image souvent ancrée dans notre esprit : Jésus aurait exécuté la volonté de son Père, qui aurait été de le voir souffrir et mourir sur la croix pour nous sauver car seule la mort et la souffrance pourraient payer le prix de la dette du péché, effacer l’offense à Dieu. Quelle perversion de l’image de Dieu ! Quelle défiguration de son visage !

 La volonté du Père et la sienne, n’était-elle pas plutôt que Jésus révèle l’amour infini du Père, en aimant jusqu’au bout ? Ce n’est pas la souffrance sur la croix qui nous sauve, mais c’est l’amour.

Les Evangiles montrent bien Jésus totalement immergé dans la volonté du Père, parce qu’elle est aussi la sienne.  Sa volonté est  d’accomplir le Royaume.   

Nos souffrances humaines ne sont donc pas dues à la  volonté de Dieu, elles sont la conséquence de notre condition humaine.  La volonté de Dieu est plutôt de les combattre. Dieu n’est pas à l’origine du handicap, des douleurs, des injustices.

 

Il arrive aussi qu’on entende, à propos du mal, que Dieu l’a permis…Non, il ne veut pas le mal ni ne le permet . Ces deux manières de concevoir Dieu font injure à Dieu !  Il n’est pas ainsi, il est le Dieu de la création, de l’espérance, de l’amour.

C’est nous qui fabriquons ce dieu-là lorsque le malheur nous paraît par trop injuste. Nous  cherchons à l’expliquer, à lui trouver une raison, un auteur, et ainsi à le maîtriser. Ne s’agit-il pas, pour nous, d’expliquer le mal, par des justifications tortueuses ?

 

Dieu nous appelle à la liberté des frères et sœurs du Christ. Liberté qui nous enseigne à choisir en vérité. Liberté qui nous enseigne à quitter ce qui doit l’être, ce qui ne fait pas vivre.

 « Laisser les morts enterrer les morts » C’est-à-dire, laisser de côté ce qui n’a pas d’avenir, choisir la vie: prendre Jésus pour lumière  de nos histoires, quitter ce qui nous enferme, lâcher les illusions qui nous retiennent.

 

Que notre vie s’unifie en Jésus : apprendre du Christ à regarder le monde avec ses yeux, à respirer de son souffle, à aimer comme lui.

C’est notre vie qui, devenant plus vivante et plus aimante, est signe de la vérité de notre démarche.

 

L’annonce de cette bonne nouvelle de libération, l’annonce qu’elle est la volonté de Dieu, devient urgente : cette bonne nouvelle ne peut plus être retardée, c’est à nous d’être parmi ces disciples qui sont appelés à annoncer l’Evangile de la liberté.

Apporter la paix véritable cela demande que nous acceptions notre fragilité et qu’avec elle,  nous demeurions debout ; accepter de nous exposer et nous laisser toucher par les autres.

Partir… partir, comme Abraham, par la prière et par l’action. Une seule chose est nécessaire : offrir l’amitié de Dieu.

 

On entend quelquefois dire que Dieu a un dessein. Mais de quel dessein s’agit-il ? Il n’a qu’un seul dessein : communiquer son amour, la communion intime du Père du Fils et du Saint Esprit. Nous avons été créés libres d’accueillir cet amour. «  Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que tout homme croie en lui, ne périsse pas mais ait la vie éternelle »

Volonté universelle, chantée par Paul dans Ephésiens, 1,9-10 :

« Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé par avance. Pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ… »

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