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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 21:11


Masculin-féminin : une différence non définissable comme Dieu est non-représentable.  C’est ainsi que Christian Duquoc définit le rapport masculin-féminin. Cette position permet à la fois de garder l’heureuse différence des sexes sans les figer dans des rôles qui relève de l’idéologie.

Un texte majeur de la Bible nous parle d’image de Dieu : « Dieu créa l’Homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ». Christian Duquoc interroge ce mot car pour lui, il devrait nous surprendre. Car, tout aussi majeur dans la tradition biblique est l’interdit de la représentation de Dieu  ( Ex20/4 et Dt 27/15). Il semble donc y avoir une contradiction : Dieu crée une image de lui et interdit à l’homme de le représenter. Il s’agit donc de bien comprendre le sens du mot image. Puisqu’il y a interdit de représentation, le mot image ne dit pas une représentation. De même quand Dieu révèle son nom, c’est un nom qui écarte toute image, toute représentation car on ne peut enclore Dieu. Il ne peut que se dérober à toute définition (Ex 3/14).

Ce premier aspect du texte de Duquoc,  permet de faire une première remarque. L’homme est à l’image de celui qui n’a pas d’image, de celui qui ne peut être représenté, de celui qui ne peut être défini. Cela voudrait-il dire que, de même qu’on ne définit pas Dieu, car l’enclore dans une définition ne peut produire qu’une idole, de même, on ne peut définit l’humain car l’enclore dans une définition ne peut que le défigurer, en faire aussi une idole au sens d’une fausse image de lui. Dieu se dérobe à toute définition, l’humain également.

Alors quel sens donné à l’image ? Non pas une représentation mais une fonction. En effet pour Gn 2 l’idée d’image est suivi immédiatement d’une  mission : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez la » (Gn 2/28). L’image est associée à une fonction de création et de gestion du monde, une responsabilité qui implique des actions. C’est en ce sens que l’homme est image de Dieu. Au sens d’une fonction, créateur à l’image du Créateur.

Ce thème de l’image a produit un nombre important de commentaires. Duquoc en privilégie un qui illustre bien l’image comme fonction. C’est l’interprétation de Grégoire de Nysse qui définit l’image comme capacité de l’homme d’être son propre créateur, condition pour  acquérir une autonomie similaire à celle de Dieu, accéder à une liberté qui constitue l’homme partenaire de Dieu. Image ici comme capacité d’agir en créateur, en autonomie et en liberté.

On peut se demander si, dans l’esprit de Grégoire de Nysse, cette magnifique conception dynamique de l’humain concerne également les femmes. En tout cas, note Duquoc, aucune des interprétions classiques n’ont remarqué que cette image dans le texte biblique est une image différenciée : « …à l’image de Dieu, il le créa ; mâle et femelle, il les créa » (Gn 1/27). La différence entre l’homme et la femme est structure de l’image. L’essence de cette image est relation. Cette essence de l’image n’est ni le masculin seul, ni le féminin seul. Cette image est de soi habité par l’altérité, il y a de soi, de l’autre dans l’image.

Ainsi donc si l’image n’est pas une représentation ni de Dieu, ni de l’humain, si, comme le nom de Dieu, elle échappe à toute définition, elle ne va pas être non plus être représentation et définition de ce qu’est le féminin ou le masculin. Mais l’image dit une fonction, qui est celle du respect de l’altérité.

Elle est le paradigme du manque qui peut ouvrir à la communication. Il y a un manque à être de chaque pôle de l’image. L’une ne va pas sans l’autre, l’un ne va pas sans l’autre. Chacun-e n’existe que dans la communication. Cette relation différenciée est sans représentation. On ne peut l’enclore, mettre la main dessus, elle se dérobe à toute définition. Et comme elle est humaine, elle est dans l’histoire, une tâche à réaliser. Elle n’est pas reproduction d’une forme apriori, anhistorique, figée et constante :

« Pas plus que Dieu n’est le référent visible de l’image puisqu’il est un Nom sans représentation, pas davantage l’image différenciée n’impose un modèle constant. Elle exprime la condition d’un avenir : assumer l’autre dans une différence indépassable et irréductible, comme la nécessité de sa propre réalisation…Patient labeur d’une histoire qui lutte contre un stéréotype de l’enfermement en des essences séparés, masculine et féminine »

Cette image différenciée a une fonction, une tâche de respect de toutes les différences. Elle est paradigmatique de la différence pour introduire une exigence éthique : une volonté de communication dans le respect de toutes les différences.

La pensée de Duquoc, avec cette réflexion sur l’image, se démarque de deux options. Ils se positionnent contre le nivellement de la différence masculin/féminin mais également contre l’enfermement en essences séparées de cette différence. Il y a bien une différence mais la forme qu’elle peut prendre est à inventer dans la communication, une réalisation qui se fait dans l’histoire et qui ne découle pas d’un modèle statique.

 

Gn 1/27, traduction de la TOB

Christian DUQUOC, « Homme/Image de Dieu », Nouveau dictionnaire de théologie, Cerf 1996, pp 418-423

« la naissance spirituelle est le résultat d’un choix libre, et nous sommes ainsi, en un sens , nos propres parent, nous créant nous-mêmes tel que nous voulons être, et nous façonnant , par notre volonté, selon le modèle que nous choisissons » Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, PG 44, 328 B. Cité par C.DUQUOC p 420

Idem p 422

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans fondamentaux de la foi
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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 20:11

 

Un des points fondamentaux de la foi chrétienne, c’est que Dieu, en la personne de sa Parole s’est fait homme. La parole de Dieu s’est faite chair. « Le Verbe s’est fait chair », proclame le prologue de l’Evangile de Jean. ( Jn 1/14) Cette Révélation de Dieu qui est une véritable révolution de l’image qu’on peut se faire : l’absolu qui est Dieu, est entré dans la finitude, la petitesse, la vulnérabilité, le temps, l’histoire. Le Tout-Autre que nous, le tout différent de nous devient le même que nous.

Pourquoi ? La réponse, nous pouvons, entre autre,  la prendre chez St Irénée ( 2ème siècle ap J-C) : «  A cause d’un surabondant amour »

Son amour  se réalise :

-en s’approchant de nous

-en se tournant vers nous

-en partageant notre vie

-en s’engageant à nos côtés à ses risques et périls.

 

Si on veut résumer cette révolution qu’opère l’incarnation, on peut dire que Dieu s’y révèle : DIEU POUR NOUS . Un Dieu qui s’approche de nous en nous respectant profondément, en douceur, en respectant notre rythme, nos lenteurs, nous prenant là où nous sommes pour aller plus loin, pour nous accoutumer peu à peu à recevoir Dieu

 

Pourquoi cette proximité ?

Parce que Dieu nous cherche. Dieu est chercheur d’humanité. Dieu est en recherche, comme le berger à la recherche de sa brebis. Il y a aussi dans l’incarnation, un objectif de salut, la brebis de la parabole se perd et c’est le Christ qui va la chercher, la rejoindre, la ramener dans la communion avec lui. Un texte évangélique qui dit bien la raison de l’incarnation comme acte sauveur,  c’est la parabole du bon samaritain. Le Christ est comme ce samaritain qui descend de Jérusalem ( Il vient de Dieu pour rejoindre l’homme blessé par le péché, le soigner et le confier à l’Eglise symbolisé par l’aubergiste).

 

Enfin Dieu est en recherche pour une communion, une amitié à nouveau possible, et toujours possible, un partage où chacun donne et reçoit. Dieu en quête de toute femme, de tout homme pour nous faire partager sa vie. C’est le  mystère d’un échange. Dieu qui reçoit la vie humaine par Marie. L’humanité qui reçoit la vie divine par le Christ.

Ici ce mystère de l’incarnation va jusque l’inouï : le but ultime de l’incarnation, c’est, comme le dit l’apôtre Pierre : « Pour que nous devenions participants de la nature divine » ( 2 P 1/4)

Pour une amitié ou chacun-e donne et reçoit. Pour un partage où chacun-e donne et reçoit.

L’incarnation nous fait réaliser notre vocation  à toutes et tous : vocation à la communion avec Dieu.

La révélation concernant Dieu est également révélation de ce que nous sommes vraiment, de notre identité : aimé-e de Dieu, appelé-e à une amitié et une communion sans fin avec lui.

L’incarnation réalise une solidarité irréversible entre l’humanité et Dieu, une union que rien ne peut brisé. L’incarnation réalise une humanité accomplie, selon le cœur de Dieu. Jésus est l’humanité accomplie, l’humanité  dans sa vérité.

L’incarnation ouvre un chemin pour tous et toutes : suivre Jésus, mettre nos pas dans ses pas, se mettre à son école, accepter de nous laisser guérir par lui, c’est s’humaniser de plus en plus, c’est se réaliser, accomplir notre humanité dans sa vérité.

Plus nous devenons compagnon de Jésus, plus nous devenons ce que nous sommes, plus nous nous réalisons, nous nous accomplissons.

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