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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 15:02

 

Ce WE, j’étais à Ars pour la rencontre nationale des ENDS. (Equipe Notre-Dame Siloë) L’Equipe organisatrice m’avait demandé de commenter une phrase du Curé d’Ars : « Je ne regretterai pas d’avoir passé ma vie à croire  à l’Amour » pour aider le groupe à y réfléchir. Voici donc le topo que j’ai donné avec des questions pour faciliter le partage.

 

I  / « Je ne regretterai pas d’avoir passé ma vie

2 / à croire

3 / à l’Amour »

Voilà donc le thème de notre WE, qui est une citation du Curé d’Ars.

Il y a beaucoup de choses dans cette petite phrase.

I  / Avoir passé ma vie.

Cela dit une constance, un objectif qui a été la boussole de sa vie, son Nord, l’orientation qu’il a cherché à garder, le fondement de sa vie, le critère de ses décisions, ce qui permet de dire oui, ou non, à tel ou tel chemin qui s’ouvre devant soi.

 

Cette phrase peut d’abord nous interroger :

Et moi à quoi je passe ma vie ?

Quelle est la boussole de ma vie ? Le critère de mes décisions ?

Il y a sûrement en nous un désir de croire en l’Amour.

Ce qui peut nous aider à passer notre  vie à y croire, c’est entrer dans un combat :

*repérer tout  (idées,  décisions,  comportements…)  ce  qui m’aide à y croire,

pour accueillir cela, le développer, m’y engager.

*repérer tout (idées,  décisions,  comportements…)  ce qui ne m’aide pas à y croire, tout ce qui y fait obstacle.

pour l’écarter, ne pas m’y engager.

Qu’est-ce que j’ai déjà pu repérer de cela ?

 

2 / A croire

Il nous faut clarifier ce mot.

Croire n’est pas de l’ordre de la certitude qui s’imposerait à moi. C’est de l’ordre de la liberté d’une confiance. C’est donc un risque, mais un beau risque. Un risque non dénué de raison (il ne s’agit pas de croire en n’importe quoi et en n’importe qui) mais qui n’exige ni certitudes ni preuves absolues.

Croire, n’est pas seulement une attitude religieuse. Un athée est aussi un croyant ! Pas un croyant en Dieu, mais il peut croire de diverses manières. Il peut croire que sa vie a du sens, croire en l’amour de son conjoint, croire en la promesse qu’on lui fait…

Sans ce type de foi, on ne peut rien faire, on ne peut pas s’engager. Ce  mot est un mot qui n'appartient donc pas uniquement au vocabulaire religieux.

Mille expressions (« J'ai foi en lui », « Je t'en donne ma foi », etc.) scandent ainsi notre vie de tous les jours.

Nous ne pouvons pas tout vérifier par nous-mêmes et à tout instant ; il nous est indispensable de croire à la parole et à la bonne foi des autres.

Nous devons

« Jeter un pont de confiance en nous, dans les autres et dans la vie, non seulement pour surmonter l'incertitude paralysante, mais pour pouvoir réaliser quelque chose et nous réaliser nous-mêmes. »  Adolphe Gesché

Quelles sont les personnes en qui j’ai foi ?

Quelles décisions ai-je prises dans ma vie qui demandaient que j’aie foi en… ?

En dehors de la foi en Dieu, en quoi ai-je foi ? A quoi, à qui je donne ma foi ?

 

3 / A l’Amour

Quand le curé d’Ars dit cette phrase qui est le thème de notre WE, il dit aussi :

Je ne regretterai pas d’avoir passé ma vie à croire en Dieu.

Ce qui est d’abord intéressant à noter, c’est qu’il prend une position claire : Dieu = Amour.

En cela, il est fidèle à la Révélation :   

1Jean 4.7 :  

[7] Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l'amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu.

[8] Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est Amour.

Ces 2 versets de Jean sont fondamentaux.

Il ya une définition de Dieu : Dieu est Amour

C’est sa définition. Il n’est pas autre chose que cela. Ou si l’on dit autre chose, cela ne doit pas être en contradiction avec l’amour. Si l’on dit qu’Il est miséricordieux, c’est facile, la miséricorde est en cohérence avec l’amour, elle est le fruit de l’amour. Mais d’autres termes doivent être évalués à l’aune de l’amour. Nous pouvons parler de la justice de Dieu. Mais il faudra la comprendre comme une justice animée par l’amour. Nous pouvons parler de la toute-puissance de Dieu, à condition de la penser comme la toute- puissance de l’amour.

Nous pouvons dire qu’Il est roi, à condition de Le voir, serviteur qui par amour se met à laver les pieds de ses disciples. Etc.

Cependant la question la plus importante est de saisir vraiment ce qu’est « aimer » pour Dieu.

Nos amours humaines peuvent nous y aider. Mais nous sommes conscients qu’elles sont petites en face de l’infini de Son amour.

De plus, nos manières d’aimer peuvent être de mauvaises manières, de faux amours. Par exemple l’amour captateur, qui n’est que de la fausse monnaie ! Ou encore un amour qui s’impose au lieu de se proposer. Etc.

Quels sont les éléments qui font qu’un amour est vrai ?

            Quels sont ceux qui en font de la « fausse monnaie » ?

Alors comment Dieu aime-t-Il ? Comment répondre à cette question ?

La réponse est simple, et c’est un des fondements de notre foi.

Nous pouvons regarder, écouter l’Amour en acte…en regardant, en écoutant Jésus. Il est l’incarnation de l’Amour.

Cela peut être pour nous, une formidable motivation pour lire, méditer l’Evangile. Thérèse de Lisieux disait de l’Evangile qu’il était le « pur froment de Dieu ». Regarder, écouter Jésus et se demander à chacune de Ses paroles, de Ses actes : qu’est-ce que cela me dit de Sa manière d’aimer ? Donc qu’est-ce que cela me révèle de l’amour de Dieu ?

Motivation pour lire l’Evangile, également comme une grille de lecture. Question à se poser qui va orienter notre lecture, notre méditation.

Par exemple si je prends Mc 6/30-44

*Jésus aime en écoutant Ses disciples qui reviennent de mission…donc l’écoute est une manière d’aimer pour Dieu et un appel pour nous à aimer en écoutant.

*Jésus aime en les invitant à se reposer…donc l’attention à la fatigue des autres, l’invitation à se reposer est une manière d’aimer pour Dieu et un appel pour nous à aimer de cette même manière.

*Jésus aime en voyant la foule et en en prenant pitié car ils étaient comme des brebis sans berger…donc l’attention, le fait de voir ce qui manque est une manière d’aimer pour Dieu et un appel pour nous  à aimer de cette même manière.

 

Je vous laisse continuer à voir dans ce texte ce que cela dit de la manière dont Dieu aime.

Lire le texte de Mc 6/30-44 et continuer à chercher ce que cela nous dit de la manière d’aimer de Dieu.

 

Faisons un pas de plus. Croire à l’amour qui est Dieu, n’est pas une attitude seulement  intellectuelle. C’est une attitude existentielle. Je veux dire par là que c’est un engagement à recevoir cet amour, à le désirer, à l’accueillir.

Par exemple Zachée accueille Jésus dans sa maison. Il accepte que l’amour qui est Dieu habite sa vie. Une autre manière de le dire, c’est : il accepte de se laisser aimer.

Dieu aime mais Son amour est comme impuissant s’Il ne rencontre pas une liberté qui Lui dit oui.

Le plus beau verset pour montrer cela est en Apocalypse 3/30.

Dieu est à la porte. Il est en attente, Il est sur le palier de ma porte. Mais en aucun cas Il ne va la forcer. Tant que je ne Lui aurai pas dit d’entrer, Il n’entrera pas. Il est dépendant de ma réponse. On parle de la volonté de Dieu. Ici, on la voit ! Sa volonté c’est de proposer Son amitié. Mais Il sait que cela ne peut être que proposé, jamais imposé. C’est pourquoi, Il est comme un mendiant à la porte de nos vies.

Dieu frappe de petits coups sur ma porte. Ils sont audibles mais discrets. Cela n’a rien à voir avec le martèlement d’une descente de police ! Ce sont de petits coups d’un amoureux qui dit avec respect Son désir d’entrer.

Si on Lui ouvre : Il entre, Il est près de moi et moi près de Lui, nous prenons le repas ensemble. Dans une proximité de relation, de réciprocité, d’égalité comme celle de deux ami-es.

Ce qui a permis que cela se passe ainsi : Un acte de liberté : Du côté de Dieu, le désir de nous rejoindre. De notre côté, avoir décidé d’entendre, avoir décidé d’ouvrir.

Enfin croire à l’amour est un engagement à faire de même.

« Faire comme j’ai fait pour vous » dit Jésus après avoir lavé les pieds de Ses disciples.

C’est pourquoi, il si important de bien nommer Dieu.

Le nommer Amour, engage à aimer.

Je vous laisse avec ce passage de St Augustin.

 

Si vous avez encore du temps dans le groupe de partage, vous pourriez vous demander :

En quoi ce texte éclaire-t-il le thème de notre WE :

« Pour que tu puisses avoir un avant-goût de Dieu, sache que Dieu est amour, cet amour avec lequel nous aimons. Que personne ne dise : je ne sais pas ce que je suis en train d'aimer. Il suffit qu'il aime son frère et il aimera l'Amour lui-même ; parce qu'en réalité on connaît mieux l'amour avec lequel on aime son frère que ce frère lui-même ; parce qu'alors Dieu est déjà mieux connu que le frère lui-même. Beaucoup mieux connu parce qu'il est davantage présent, parce qu'il est plus proche, parce qu'il est plus sûr »

            SAINT AUGUSTIN, De Trinitate ; PL 42, col. 957-958.

 

 

 

 

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 23:43

 

L’accès à Dieu par Jésus-Christ est pour tous, au-delà d’une confession explicite.

 

Cela englobe tous ceux et toutes celles qui ont vécu leur vie humaine avant le Christ, celles et ceux qui n’ont pas été rejoints ne serait-ce même par la connaissance de Son Existence, mais ceux aussi qui honnêtement ne peuvent pas croire.

Ils ont accès à Dieu par leur propre humanité.

On peut dire cela en allant jusqu’au bout de la logique de l’Incarnation et de la logique de la création.

Hommes et femmes images de Dieu sont tous et toutes des Adam créé-es à l’image de Celui qui est l’image par excellence,  Parole du Père, Logos de Dieu. Qui me voit et voit tout homme, toute femme, voit le Père. Bien sûr image voilée, souvent blessée et défigurée mais image qui reste gravée de manière indélébile.

L’Evangile de Matthieu en a fait la démonstration incontournable dans son chapitre 25/ 31-46  par la question suivante : « Quand nous est-il arrivé de Te voir affamé et de Te nourrir, assoiffé et de T’avoir désaltéré, étranger et de T’accueillir, nu et de Te vêtir, malade et prisonnier et de venir Te voir ? » Et sa réponse : « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait.»

Ces versets sont souvent cités dans l’œuvre de Rahner. En effet, pour lui, du fait qu’il y a humanité, il y a événement d’une autocommunication. ( K.RAHNER, traité fondamental de la foi, 5ème étape )Dieu s’est Lui-même toujours et partout communiqué à tout humain comme le centre le plus intime de son existence, l’investissant de grâce et de responsabilité. Dieu toujours à l’œuvre là où l’humain existe comme humain (sujet, liberté, responsabilité). Dès toujours, ontologiquement orienté vers le Dieu d’absolue proximité. Même dans la faute, l’humain a conservé sa nature car la faute est dès toujours englobée et dépassée par la volonté de Dieu de Se communiquer Lui-même en vue de Jésus-Christ.

C’est l’inédit de Dieu en Jésus car il s’agit moins de penser comment nous avons accès à Dieu, mais plutôt comment Dieu a accès à nous. Nous sommes là  dans l’originalité du Christianisme.

Non religion de l’effort pour accéder à Dieu. Effort vain, voué à l’échec, source d’orgueil et d’intolérance, pour ceux qui se croient arrivés.

Mais plutôt, initiative de Dieu de nous rejoindre, déjà là dans l’acte créateur, accompli dans l’Incarnation qui Lui donne un visage humain à contempler.

On pourrait schématiser ainsi :

                                                              

Le chemin religieux :                     

L’humanité est en bas et doit pour avoir accès à Lui, monter vers Dieu, par son effort.

Et à mesure que l’on monte,de moins en moins de gens y parviennent. On en « perd en route »

 

Le chemin chrétien :              

C’est Dieu Trinité qui est en bas, en position de serviteur. (Qui M’a vu, a vu le Père=qui M’a vu laver les pieds de mes disciples). C’est Elle, la Trinité, qui fait tout le chemin et à mesure qu’Elle monte vers l’humanité, Elle les rejoint tous et toutes.

 

Le Dieu qui peut toucher les cœurs des hommes et des femmes d’aujourd’hui, n’est pas le Dieu en surplomb mais le Dieu «  en humble place » ( Exercices spirituels d’Ignace de Loyola n°144).

 

La condition, cependant, mais c’est un autre sujet, est que la figure offerte par l’Eglise en sa structure institutionnelle et en chacun-e de ses membres la rende visible dans l’aujourd’hui de l’histoire et ne la masque pas.


 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 23:30

 

Dieu nous cherche, il désire une amitié avec nous. Nous le cherchons. Mais c’est lui qui a pris l’initiative. Si nous cherchons, c’est parce que lui, le premier nous a cherchés. Et même, nous pouvons dire qu’il nous a trouvés. Trouvés, car créés-es à son image, nous portons son image en nous. Trouvés par ce qu’il s’est fait l’un de nous par son incarnation et donc a épousé notre humanité et chacun-e de nous. Trouvés, parce que notre être est temple de l’Esprit. Trouvés parce qu’il a jeté sa Parole dans la terre de nos vies.

Que dire après cela ? Pousser le cri de Paul : «  Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm8/31)

Donc notre recherche de lui, ne peut être que réponse à son don.

Pour y répondre, il faut nous libérer des fausses images de Dieu. Une image est particulièrement dangereuse, celle qui fait croire que Dieu impose, exige à l’instar  d’un pouvoir dictatorial. Cela traîne dans nos têtes et nous empêche d’aller à lui dans la confiance. Non. Dieu a posture de mendiant qui se tient à la porte de nos vies et frappe à la porte doucement. Il n’entrera jamais de force, tant que nous n’aurons pas ouvert, Il restera sur le palier, en patience, en espérance qu’on lui ouvre un jour.

 

Dieu n’exige rien, IL DONNE TOUT. Il donne et se donne comme une graine jetée dans la terre de nos vies. Il se donne dans le pain et le vin de l’Eucharistie. Et communier, c’est entrer avec lui, à sa suite, à notre petite mesure, dans le don qu’Il fait de Lui.

 

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 14:38

La Volonté de Dieu est une volonté de libération.

C’est cette volonté-là qu’il nous est demandé de faire et que nous demandons dans la prière que nous a laissée Jésus : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

 

La volonté de Dieu, mot difficile, compris souvent tout de travers.

Pour beaucoup, il s’agirait d’une volonté qui viendrait d’en haut, donc de l’extérieur, d’un destin préparé d’avance, quasiment imposé, auquel il faudrait répondre impérativement, après avoir cherché à le déchiffrer, comme un programme fixé en dehors de nous qui ne laisserait aucune place à la liberté.

Quelle angoisse et quelle culpabilité cela entraîne pour nous ! Cette manière de comprendre est une construction de notre esprit liée à une fausse image de Dieu. Une idole que nous avons mise à la place de Dieu, un Dieu qui voit tout et sait tout par avance. Un Dieu pervers…

Dieu ne nous appelle pas à être de simples exécutants d’une volonté qui serait toute-puissante, il n’attend pas que nous prenions une place de figurants là où il l’aurait prévu de toute éternité, mais il nous appelle à être ses enfants, hommes et femmes adultes, frères et sœurs de Jésus-Christ, fils et filles avec le Fils. 

« A tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jean 1,12 ).

Il nous appelle pour que nous portions du fruit, un fruit qui demeure,  pour que nous soyons vivants, pour que nous ayons la joie en nous.

Il nous appelle ses amis.

Etre vivant-es, faire sa volonté, c’est inventer notre vie avec nos outils, les talents qu’il nous a remis.

De la même manière, il est urgent de nous débarrasser d’une image souvent ancrée dans notre esprit : Jésus aurait exécuté la volonté de son Père, qui aurait été de le voir souffrir et mourir sur la croix pour nous sauver car seule la mort et la souffrance pourraient payer le prix de la dette du péché, effacer l’offense à Dieu. Quelle perversion de l’image de Dieu ! Quelle défiguration de son visage !

 La volonté du Père et la sienne, n’était-elle pas plutôt que Jésus révèle l’amour infini du Père, en aimant jusqu’au bout ? Ce n’est pas la souffrance sur la croix qui nous sauve, mais c’est l’amour.

Les Evangiles montrent bien Jésus totalement immergé dans la volonté du Père, parce qu’elle est aussi la sienne.  Sa volonté est  d’accomplir le Royaume.   

Nos souffrances humaines ne sont donc pas dues à la  volonté de Dieu, elles sont la conséquence de notre condition humaine.  La volonté de Dieu est plutôt de les combattre. Dieu n’est pas à l’origine du handicap, des douleurs, des injustices.

 

Il arrive aussi qu’on entende, à propos du mal, que Dieu l’a permis…Non, il ne veut pas le mal ni ne le permet . Ces deux manières de concevoir Dieu font injure à Dieu !  Il n’est pas ainsi, il est le Dieu de la création, de l’espérance, de l’amour.

C’est nous qui fabriquons ce dieu-là lorsque le malheur nous paraît par trop injuste. Nous  cherchons à l’expliquer, à lui trouver une raison, un auteur, et ainsi à le maîtriser. Ne s’agit-il pas, pour nous, d’expliquer le mal, par des justifications tortueuses ?

 

Dieu nous appelle à la liberté des frères et sœurs du Christ. Liberté qui nous enseigne à choisir en vérité. Liberté qui nous enseigne à quitter ce qui doit l’être, ce qui ne fait pas vivre.

 « Laisser les morts enterrer les morts » C’est-à-dire, laisser de côté ce qui n’a pas d’avenir, choisir la vie: prendre Jésus pour lumière  de nos histoires, quitter ce qui nous enferme, lâcher les illusions qui nous retiennent.

 

Que notre vie s’unifie en Jésus : apprendre du Christ à regarder le monde avec ses yeux, à respirer de son souffle, à aimer comme lui.

C’est notre vie qui, devenant plus vivante et plus aimante, est signe de la vérité de notre démarche.

 

L’annonce de cette bonne nouvelle de libération, l’annonce qu’elle est la volonté de Dieu, devient urgente : cette bonne nouvelle ne peut plus être retardée, c’est à nous d’être parmi ces disciples qui sont appelés à annoncer l’Evangile de la liberté.

Apporter la paix véritable cela demande que nous acceptions notre fragilité et qu’avec elle,  nous demeurions debout ; accepter de nous exposer et nous laisser toucher par les autres.

Partir… partir, comme Abraham, par la prière et par l’action. Une seule chose est nécessaire : offrir l’amitié de Dieu.

 

On entend quelquefois dire que Dieu a un dessein. Mais de quel dessein s’agit-il ? Il n’a qu’un seul dessein : communiquer son amour, la communion intime du Père du Fils et du Saint Esprit. Nous avons été créés libres d’accueillir cet amour. «  Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que tout homme croie en lui, ne périsse pas mais ait la vie éternelle »

Volonté universelle, chantée par Paul dans Ephésiens, 1,9-10 :

« Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé par avance. Pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ… »

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 18:10

 

Dieu, en la personne de son Fils s’est fait homme.

La parole de Dieu s’est faite chair : « le Verbe s’est fait chair », du prologue de l’Evangile de Jean.

Révélation de Dieu qui est une révolution.

L’absolu qui est Dieu entré dans la finitude, la petitesse, la vulnérabilité, le temps, l’histoire : il n’y a qu’à regarder le petit enfant de la crèche.

Le Tout-Autre que nous, le tout différent de nous devient le même que nous.

Pourquoi ?

La réponse, je vais la prendre chez St Irénée :

«  à cause d’un surabondant amour »

Un amour qui se réalise

-en s ‘approchant de nous

-en se tournant vers nous

-en partageant notre vie

-en s’engageant à nos côtés à ses risques et périls.

Si on veut résumer cette révolution qu’opère l’Incarnation, on peut dire que Dieu s’y révèle : DIEU POUR NOUS

Un Dieu qui s’approche de nous en nous respectant profondément, en douceur, en respectant notre rythme, nos lenteurs, nous prenant là où nous sommes pour aller plus loin, pour nous accoutumer peu à peu à recevoir Dieu

 

Mais il faut aller encore plus profond dans le pourquoi.

Pourquoi cette proximité ?

Parce que Dieu nous cherche. Dieu est chercheur d’humanité.

Dieu est en recherche, comme le berger à la recherche de sa brebis

Il y a dans l’Incarnation, un objectif de salut, la brebis de la parabole se perd et c’est le Christ qui va la chercher, la rejoindre, la ramener dans la communion avec Lui.

L’autre texte évangélique qui dit bien la raison de l’Incarnation comme acte sauveur,  c’est la parabole du bon samaritain

Le Christ est comme ce samaritain qui descend de Jérusalem= de Dieu pour rejoindre l’homme blessé par le péché, le soigner et le confier à la Communauté représentée par l’aubergiste.

 

Enfin Dieu est en recherche pour une communion, une amitié à nouveau possible, un partage où chacun donne et reçoit.

Dieu en quête de l’homme pour nous  faire partager sa vie.

Mystère d’un échange :

- Dieu qui reçoit la vie humaine par Marie

- L’homme qui reçoit la vie divine par le Christ.

 Là ce mystère de l’incarnation va jusque l’inouï :

Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu.

Le but ultime de l’Incarnation, c’est, comme le dit l’apôtre Pierre : « pour que nous devenions participants de la nature divine »

Pour une amitié où chacun donne et reçoit

Pour un partage où chacun donne et reçoit

L’Incarnation a pour but de nous faire réaliser notre vocation  à tous qui est vocation à la communion avec Dieu.

Révélation de Dieu et révélation de ce que nous sommes vraiment, aimé-es de Dieu, appelé-es à une amitié et une communion sans fin avec Lui.

Cela est irréalisable sans le Christ. C’est réalisé en Lui :

L’Incarnation réalise une solidarité irréversible entre l’homme et Dieu, une union que rien ne peut briser.

L’Incarnation réalise une humanité accomplie, selon le cœur de Dieu. Jésus est l’humain accompli, l’humain dans sa vérité.

L’Incarnation ouvre un chemin pour tous : suivre Jésus, mettre nos pas dans Ses pas, se mettre à Son école, accepter de nous laisser guérir par Lui, c’est s’humaniser de plus en plus, c’est se réaliser, accomplir notre humanité dans sa vérité.

Plus nous devenons compagnon de Jésus, plus nous devenons ce que nous sommes, nous nous réalisons, nous nous accomplissons.

 

Je termine par un dernier point

Tout à fait spécifique au judéo-christianisme

Dieu communique avec nous selon un langage humain, toujours selon une médiation humaine. La révélation passe par de l’humain.

Il n’y a pas de parole divine sans parole humaine.

Et le sommet c’est cette Parole de Dieu incarnée dans une existence humaine, celle de Jésus. Ce qui fera dire à St Jean de la Croix, mettant dans la bouche de Dieu cette phrase : « j’ai tout dit en mon Fils Jésus »

Tout est pour nous, le Christ est pour nous, jusqu’au don absolu qui est Sa vie livrée, Son Eglise qui est Son corps visible, Son Incarnation continuée dans les sacrements qui sont Ses actes sauveurs dans l’aujourd’hui de nos vies.

 

 

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 12:33

Comment rencontrer Dieu ?

Ce qui vient spontanément ce peut être : on peut le recontrer dans sa parole, dans l’oraison, dans les sacrements, dans les autres, dans la création…

Et on oublie un autre lieu d’accès à Dieu qui est soi-même.

Un des lieu d’accès à Dieu, c’est moi-même. Une des portes, c’est aussi moi-même.

Pour que vous ne pensiez pas que je suis dans la totale hérésie, je vais vous citez 1 texte biblique fondamental que vous connaissez par cœur : Gn 1/27

« Dieu créa l’Homme à son image

à l’image de Dieu, il les créa

homme et femme il les créa »

ou encore regardez une sculpture de la cathédrale de Chartres : le Christ créant Adam, le visage d’Adam ressemblant à celui du Christ.

Le modèle, le prototype, c’est le Christ et chacun-e de nous est fait à son image, lui ressemble.

Je crois qu’on ne prend pas assez conscience de ce qui est dit là dans ce verset de la Genèse et si bien représenté par cette sculpture.

Ce que Dieu a, il me le donne, ce qu’il est, il me le donne et quand je perd ce qu’il me donne à cause du péché, il continue de me le redonner, sans se lasser jusqu’au jour définitif ou le péché n’existera plus et qui est ce qu’on appelle le Ciel où Dieu pourra se donner sans refus de ma part.

 

Cette création à son image n’est pas une action du passé, c’est ici et maintenant pour chacun-e que Dieu nous crée.  En  en ce moment, il nous crée, c’est un acte définitif, à jamais, un don qui ne se reprend pas, Dieu ne reprend jamais ses dons.

Prendre conscience que j’existe, c’est prendre conscience de Dieu qui ne cesse de me créer. J’existe par don.

Donc la première rencontre avec Dieu, c’est tout simplement goûter la vie qui vient de lui.

Goûter, la vie, la recevoir comme un cadeau. Vivre le moment présent : se rendre compte de l’inouï du cadeau : je vis, je marche, je vois, j’entends, je parle, etc.

Tout cela est rencontre de Dieu. A travers ses dons, je rencontre le donateur. En goûtant ces dons, je fais plaisir au donateur

 

Savoir goûter les choses les plus habituelles de notre vie, c’est faire eucharistie, rendre grâce à Dieu. Aimer la vie, c’est louer Dieu.

 

Il me semble qu’une des formes du témoignage chrétien aujourd’hui, c’est la joie. On demande des chrétiens joyeux.

La joie extérieure n’est pas toujours possible et nos vies sont traversés comme tout le monde par la souffrance, le malheur, la maladie mais elles sont  traversées au plus profond par une joie dont Jésus nous assure que nul ne peut nous ravir.

 

La source de cette joie c’est notre foi.

Je suis aimé-e d’un amour inconditionnel.

Je n’ai rien à prouver, je n’ai rien à mériter, tout m’est donné.

 

La seule chose à faire c’est d’accueillir le don, de se laisser aimer, de se laisser sauver, de se laisser faire.

Tel-le que je suis , je suis aimable au yeux de Dieu.

Vous pouvez peut-être penser qu’il a mauvais goût mais cela ne changera rien à l’affaire, vous ne changerez pas son choix, sa décision de vous aimer !

Quelque soit l’idée que vous vous faites de vous-même, lui, Dieu ne changera pas d’idée : vous êtes à jamais le, la disciple qu’il aime. Vous avez reconnu l’expression qui est en St Jean : « le disciple que Jésus aimait ». On ne dit pas le nom de ce disciple pour une raison simple : ce disciple c’est chacun-e de nous, et son prénom, c’est le nôtre.

La rencontre avec Dieu la plus immédiate c’est bien nous-même

S’accueillir comme il nous accueille, se voir comme il nous voit, s’aimer comme il nous aime, se recevoir comme il nous reçoit

C’est à dire : se vivre, se comprendre, s’estimer comme

-désiré-e du cœur de Dieu

-d’origine divine sortant à chaque instant de ses mains

-non pas le fruit du hasard destiné-e au néant mais le fruit d’une volonté aimante faite pour la vie éternelle.

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 09:53

 

Quel accès à Dieu par Jésus-Christ pour tous ceux qui ne sont pas chrétiens ?

Cela englobe tous ceux qui ont vécu leur vie humaine avant le Christ, ceux qui n’ont pas été rejoints ne serait-ce même par la connaissance de son existence, mais aussi ceux qui honnêtement ne peuvent pas croire.

On peut répondre qu’ils ont accès à Dieu par leur propre humanité. Cela demande d’aller jusqu’au bout de la logique de l’incarnation et de celle de la création.

Hommes et femmes images de Dieu sont tous et toutes des Adam créé-es à l’image de Celui qui est l’image par excellence,  Parole du Père, Logos de Dieu. « Qui me voit et voit tout homme, toute femme, voit le Père ».

Bien sûr, image voilée, souvent blessée et défigurée mais image qui reste gravée de manière indélébile.

L’Evangile de Matthieu en a fait la démonstration incontournable dans son chapitre 25/31-46  par la question suivante : « Quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de t’avoir désaltéré, étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir, malade et prisonnier et de venir te voir ? » Et sa réponse : « dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Ces versets sont souvent cités dans l’œuvre de Rahner. En effet, pour lui, du fait qu’il y a humanité, il y a événement d’une « autocommunication ». Dieu s’est lui-même toujours et partout communiqué à tout homme comme le centre le plus intime de son existence, l’investissant de grâce et de responsabilité. Dieu toujours à l’œuvre là où l’homme existe comme homme (sujet, liberté, responsabilité), dès toujours, ontologiquement orienté vers le Dieu d’absolue proximité. Même dans la faute, l’homme a conservé sa nature car la faute est dès toujours englobée et dépassée par la volonté de Dieu de se communiquer lui-même en vue de Jésus-Christ.

 

Plutôt que de penser comment l’homme a accès à Dieu, il y a à penser comment Dieu a accès à l’homme. Mais n’est-on pas là dans l’originalité du christianisme ? Non religion de l’effort de l’homme pour accéder à Dieu. Effort vain, voué à l’échec, source d’orgueil et d’intolérance pour ceux qui se croient arrivés. Mais plutôt, initiative de Dieu pour nous rejoindre, déjà là dans l’acte créateur, accomplie dans l’incarnation qui nous donne un visage humain à contempler.

 

Le christianisme est donc l’inverse du religieux. On pourrait « dessiner » cette différence ainsi :

Le chemin religieux, c’est comme un triangle avec une pointe en haut, l’humanité est en bas et doit, pour avoir accès à lui, monter vers Dieu par son effort.

Et à mesure que l’on monte, le schéma montre un rétrécissement : de moins en moins de gens y parviennent. On en « perd en route »…

 

Dans le chemin chrétien, au contraire, la pointe du triangle est en bas et  le Dieu Trinité est en bas, en position de serviteur. Il n’est non pas le Très-haut mais le Très-Bas (à genoux, lavant les pieds tel que nous le montre l’Evangile de Jean au chapitre 13/1-20). C’est la Trinité qui fait tout le chemin et à mesure qu’Elle monte vers l’humanité, Elle nous rejoint tous et toutes.

Le Dieu qui peut toucher les cœurs des hommes et des femmes d’aujourd’hui n’est pas le Dieu en surplomb mais le Dieu « en humble place » ( Exercices spirituels n°144).

 

Demeure une question vive : quelle figure doit offrir l’Eglise, en sa structure institutionnelle comme en chacun de ses membres, pour rendre plus effectivement visible cette "humble place" dans l’aujourd’hui de l’histoire ?

 

K.RAHNER, traité fondamental de la foi, 5ème étape

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 23:27

Jésus-Christ donne accès à Dieu au fil d’une histoire qui rejoint nos vies jusqu’au bout.


Ce jusqu’au bout est celui de la mort. Il est passé par la mort comme chacun de nous y  passe.

Il est donc accès à Dieu passible et non impassible. La proximité (évoquée dans l'article 8 des fondamantaux) va jusqu’au bout de la relation, jusqu’à cet extrême de nos vies qu’est la mort.


Rien de ce qui fait nos vies, la naissance et la mort, ne lui sont étrangers. Dieu d’infinie proximité. Dieu avec nous.


De plus, la mort est violente et injuste. Elle dénonce toute injustice. Le Dieu crucifié est jugement contre toute injustice. Dieu, victime de l‘injustice, est dénonciation de toute injustice.

 

Par la croix qui est le jusqu’au bout de la proximité, Dieu souffre. S’il n’était pas ce Dieu là Dieu resterait distant, froid, silencieux ».

Pour Moltmann, il y a obligation  de découvrir Dieu lui-même dans la passion du Christ et la passion du Christ en Dieu.

Penser la passivité active qui est libre ouverture à l’affliction d’autrui, souffrance de l’amour passionné parce que « si Dieu était à tout point  de vue incapable de souffrir, il serait aussi incapable d’aimer… Dieu ne souffre pas comme la créature par manque d’être. En ce sens il est impassible. Il souffre cependant par son amour qui est la surabondance de son être. En ce sens il est passible. ».


Et la résurrection est promesse, par un « déjà » survenu,  d’un avenir ouvert pour tous, d’un accès à Dieu dans le définitif de nos vies. Arrhes d’une promesse qui nous fait aspirer à en vivre en plénitude.

P 38 et 39

C.E. ROLT, The World’s Redemption, London 1913, p 95, cité par J.Moltmann, Trinité et royaume de Dieu, p 48

J.MOLTMANN, Théologie de l’espérance, Cerf, p350-354

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 23:56

Jésus-Christ donne accès à Dieu au fil d’une histoire qui rejoint nos vies

Joseph Moingt écrit : « Ce Dieu qui est mort  n’est donc pas authentiquement, malgré son origine chrétienne,  celui qui s’est révélé en Jésus, c’est le Dieu de la religion et de la raison, dont la tradition chrétienne avait revêtu le Dieu de Jésus ».

Quelle est l’image de Dieu qui ne peut que provoquer rejet et indifférence ? Quelle image à partir des Evangiles revisités peut à nouveau intéresser l’homme d’aujourd’hui, lui ouvrir des chemins de salut ?

Que disons-nous quand nous disons Dieu, de son accès par Jésus-Christ qui soit bonne nouvelle de salut ?

Cet Evangile revisité, bonne nouvelle, Joseph Moingt nous en livre une esquisse quand il s’interroge sur ce qui a pu étonner les contemporains de Jésus. Ce texte montre l’originalité de l’accès à Dieu inauguré par le Christ, un accès qui est bonne nouvelle de salut pour l’homme d’aujourd’hui.

En suivant le texte de Joseph Moingt, voici ce qu’il me semble possible de repérer. Joseph Moingt fait une relecture du récit évangélique. La bonne nouvelle de l’Evangile se présente sous forme de récit. L’accès à Dieu par Jésus-Christ n’est pas un discours, mais une vie racontée. Vie racontée selon des intentions théologiques, des schémas de récit, mais qui reste en style narratif. Jésus, ça se raconte. Vie racontée et interprétée de manière différente selon les époques. La relecture qu’en fait Joseph Moingt est sur fond d’une situation de modernité, d’un monde d’indifférence à la question de Dieu. L’accès à Dieu par ce récit évangélique peut dire quelque chose de pertinent pour l’homme d’aujourd’hui, d’abord parce qu’il est récit. Pourquoi ? Le récit d’une vie (même théologisé et normé comme le sont les Evangiles) rejoint nos vies. Il est question de naissance, d’actions, de paroles, de relation, de conflit, d’amitié, de souffrance, de repas, de mort, d’amour, de vie, d’espoir … et de ce fait le récit rejoint les questions fondamentales de la vie humaine. L’accès à Dieu par Jésus se dit au cœur d’une vie humaine et donc peut rejoindre les nôtres.

Les rejoindre, mais pour quoi ? Pour les libérer de ce qui les empêche d’être humanisées et humanisantes. Joseph Moingt remarque que les miracles de Jésus décrivent des situations symboliques sur le côté nocturne de notre vie : ce qui est lié au mal, à la souffrance, à la mort et met Jésus en contact avec des gens confrontés au tragique de l’existence : mort, maladie, pauvreté, injustice du sort, et de ce fait « exclus ». C’est la parole de Jésus « par l’intensité de la relation qu’il nouait avec tous ces exclus qui leur donnait la force de briser les chaînes de leur destin qui entravaient leur liberté. » Ce récit rejoint nos vies pour les transformer, pour les libérer de ce qui les entrave. Le fait de donner des textes de guérisons pendant des retraites spirituelles montre bien la force de transformation dont ces textes aujourd’hui sont porteurs : guérison spirituelle de surdité, de mutisme, de paralysie… Nous sommes ici au cœur d’une expérience de salut. Ce symbolisme nous est accessible car nous pouvons pressentir que notre propre destin y est représenté : « La parole de Jésus est porteuse pour nous aussi d’un message et d’une force de libération ».

Egalement par  la clarté libératrice de son enseignement : « Il rendait possible à tous les humains un avenir différent, ouvert à une communication libre et fraternelle entre tous, parce qu’il défendait la cause des opprimés, se faisait le partenaire de ceux qui n’avaient pas d’interlocuteur et rendait la parole à ceux qui en étaient dépossédés ».

Son enseignement peut être synthétisé par le mot de Royaume. Sa manière d’en parler donne à voir ce que Dieu veut. Quand un scribe lui déclare qu’aimer Dieu et le prochain vaut mieux que tous les sacrifices et les holocaustes, Jésus lui répond qu’il n’est pas loin du Royaume Mc12, 34. Un royaume qui n’est refusé à personne.

L’Evangile de Marc commence par cette déclaration de proximité : « le royaume de Dieu est tout proche » Mc 1,15. Proximité du Royaume non pas temporelle mais dans  « l’horizon de l’existence de chaque jour ». Non pas refoulée dans le futur mais déjà là en toute occasion. Royaume déjà à l’œuvre dans l’histoire et dans les cœurs comme une semence.

Les images employées dans les paraboles prouvent cette proximité dont personne n’est exclu. Des images de la vie quotidienne comme la lampe, la mesure de farine, la pièce d’argent, la brebis, la semence. Un royaume fait d’événements courants et non pas dans un hors-monde ou dans un espace pensé comme sacré, séparé du profane. Par ce royaume donné comme proche, c’est la compréhension même de l’accès à Dieu qui est présentée. Un Dieu qui se trouve et se laisse trouver dans la vie humaine la plus simple quand elle est porteuse de vie, de croissance.

Qui a entendu ces paroles a entendu Dieu, qui a vu celui qui les disait et qui les vivait a vu Dieu car son « Message est inséparable de sa personne »

Actes et paroles de libération qui interrogent sur son identité. Qui est-il ? Lui-même posera la question : « Pour vous qui suis-je ? » La question de Dieu est donc à poser, en régime chrétien, au cœur de la vie humaine de Jésus. La vie humaine de Jésus est accès auprès de Dieu. Jésus dit Dieu par sa vie humaine. « Qui m’a vu a vu le Père ». C’est sa vie qui nous dit Dieu et nous donne accès à lui, dans une connaissance qui ne peut qu’être expérience d’un « suivre ». Il nous dit Dieu par l’originalité de sa propre expérience de relation avec celui qu’il appelle Père, par la manière singulière, marginale, de se situer face à Dieu : un lien de réciprocité qui a questionné et peut continuer à questionner. « Qui donc est Dieu pour lui et qui est-il en vérité pour tous les hommes si Dieu trouve en lui sa vraie manifestation ? » Il nous dit Dieu et nous ouvre un chemin d’accès à lui. Il parle et fait expérimenter par son attitude même un Dieu miséricordieux. Il donne à voir un Dieu non de vengeance mais de  pardon, qui aime qu’on lui fasse confiance, qui aime pardonner, donner, accueillir les petits. Voici les constantes de l’image de Dieu qu’il donne à voir.

Ce qui est donné à voir est une vraie révolution religieuse : c’est un Dieu qui sort des catégories du religieux. (le rituel, le sacrifice, la délimitation d’un espace sacré, la démarcation entre le pur et l’impur). Joseph Moingt développe cette sortie du religieux qui change justement les codes d’accès à Dieu. Cela me semble d’autant plus pertinent que cette sortie du religieux est aussi, par là même, contestation de tout religieux sécularisé et peut donc éclairer l’homme incroyant sur son comportement.

J. MOINGT, Le Dieu qui vient à l’homme, tome 1, Cerf, 2002, p 276

Joseph Moingt, l’homme qui venait de Dieu, Cerf, 2002, le prologue p21-69

Idem p. 47

P 48

P 47

P 60

P 58

P 57

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 10:40

C’est très important de prendre conscience des fausses images que nous faisons de Dieu, des représentations qui proviennent de notre imaginaire, qui n’ont rien à voir avec la réalité, dans l’Ancien testament, on appelle cela des idoles et nous en avons tous.

Je vais donner quelques exemples pour bien me faire comprendre :

-dieu qui se cache au coin de la rue pour me prendre en flagrant délit de faute.

-dieu qui voit tout (cette représentation de Dieu est à l’origine de l’athéisme de Simone de Beauvoir, on voit cela dans son livre Mémoire d’une jeune fille rangée)  à qui rien n’échappe pour mieux m’accuser.

-dieu qui tient notre destin dans ces mains et donc a écrit sur son grand livre ce que je dois faire, sinon ce sera le malheur pour moi.

-dieu paratonnerre, qui moyennant quelques sacrifices, me protégera des souffrances de la vie ;

-dieu puissant qui impose sa loi de fer etc.

On peut allonger la liste, les exemples donnés sont des caricatures, mais nous n’en sommes pas indemnes et elles peuvent s’insinuer en nous sans qu’on y prenne garde.

 

L’enfant qui nait à Bethléem me guérit peu à peu de ces fausses images. Peu à peu parce que nous sommes lents à se laisser convertir, à quitter nos fausses représentations.

 

Il nous faut longuement regarder ce vrai visage de Dieu qui se donne à voir dans la fragilité de cet enfant.

L’Eternel qui est Dieu entre dans notre histoire en se faisant petit enfant.

C’est une révolution de l’image de Dieu, c’est une subversion, une contestation radicale.

Un enfant qui ne sait pas encore parler et qui pourtant nous dit simplement par ce qu’il est : « Je ne suis pas ce que vous croyez, regardez-moi et vous saurez qui est vraiment Dieu. »

Regardons…Dieu est un petit enfant.

Il nous aime le premier, il nous rejoint dans notre histoire : il se fait petit, vulnérable, à la merci de tous, ayant besoin de tous. On peut le prendre dans ses mains,  on peut en faire n’importe quoi. (Et on en a fait n’importe quoi…jusqu’à le clouer en croix)

 

Et ce n’est que le début du dévoilement du vrai visage de Dieu.

Dieu a voulu vivre cela. Pour quelle raison ?

1- Il veut nous dire : Voilà ce que je suis, croyez ce que je vousdis de moi et renoncez à vos fausses images.

2-Il veut nous dire aussi : chassez toute crainte, allez à ma rencontre comme les bergers et les rois mages en toute confiance et en toute joie.

 

On peut relire les 4 Evangiles avec cette clé de lecture :

En Jésus on découvre Dieu à l’écoute des gens, Dieu proche de toutes et de tous, Dieu qui propose, qui appelle, qui suscite la liberté, et jamais ne s’impose, Dieu qui pardonne, Dieu qui guérit.

 

Peut-être la prière à faire pour chacun-e de nous, c’est de se mettre devant cet enfant,de le regarder et de lui parler :

« Dis-moi mon Dieu quel amour de moi a pu te conduire à cette fragilité, cette vulnérabilité ?  Guéris les fausses images que je peux encore me faire qui sont des poisons pour ma vie et une offense à ton vrai visage. »

 

 

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