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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 22:33
Homélie de Sr Michèle: Colère et critique de Jésus en Mc 12/37-44

Mc 12/37-44

La foule nombreuse l’écoutait avec plaisir. Dans son enseignement, il disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.

Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »

 

Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.

Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

 

Jésus est dans le temple. Il vient d’affronter les oppositions des pharisiens, des sadducéens, des scribes, les grands prêtres, les Anciens. Il les a affrontés face à face.

Ici, il est devant une foule bienveillante qui l’écoute avec plaisir.

Et il va tirer à boulet rouge sur les scribes.

Son enseignement est un appel à la méfiance, c’est une critique en règle de leur comportement et l’annonce d’un sévère jugement.

 

Nous avons donc ici un Jésus en colère ! La même colère que l’on peut lire un peu avant quand il chasse les vendeurs du temple ( Mc 11/15-19).

Nous avons un Jésus critique.

*Il critique le souci des scribes de l’apparence au lieu de la vérité :

« Pour l’apparence, ils font de longues prières »

*Il critique leur recherche de prestige :

« Places d’honneur dans les dîners »

*Il critique leur enrichissement par l’exploitation des veuves

« Ils dévorent les biens des veuves »

Il le fait pour nous mettre en garde, pour nous aider à être vigilants-es.

Oui, pour nous méfier de cela.

Il y a de bonnes méfiances comme il y a de bonnes colères, comme il y a de bonnes critiques !

 

Ce comportement des scribes est l’envers de celui de Jésus

Jésus est authentique : il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit.

Jésus ne cherche qu’une chose, n’a qu’une ambition : nous aimer.

Jésus ne nous prend rien, il nous donne tout, tout ce qu’il a.

 

Alors, on comprend mieux le regard qu’il porte sur cette veuve et sa pauvre offrande.

Il se reconnait en elle. Comme elle, il va tout donner ce qu’il a pour vivre : il va donner sa vie.

Mais en même temps sa colère a dû redoubler, il a été scandalisé contre les scribes, dévoreurs des biens de veuves.

 

Ce récit nous met en présence de deux attitudes de Jésus : Admiration et colère

Deux attitudes pas forcément contradictoires.

Jésus admire cette femme qui donne tout ce qu’elle a pour vivre.

Il voit bien en elle la préfiguration de sa Passion où il donnera tout, toute sa vie.

Mais en même temps il est scandalisé car ce trésor est géré par les scribes qui dévorent le bien des veuves. Détournement de fonds, dirait-on aujourd’hui !

L’offrande du Christ a aussi été détournée, à chaque fois que dans l’histoire, il a été trahi par ceux qui en ont fait une instance de pouvoir, d’avoir, de prestige et de servitude.

 

Ecoutons donc le conseil de Jésus de nous méfier de ce qui est trahison de son Evangile.

Admirons, contemplons tous ce qui est en harmonie avec son Evangile.

 

Alors que ce temps de Carême pour nous soit un temps béni pour nous emplir les yeux et le cœur du Christ, de son Evangile, mettre nos pas dans ses pas, pour que son chemin de vie irrigue de plus en plus nos existences.

Le carême n’est pas triste, c’est un temps privilégié pour goûter la joie de l’Evangile.

 

 

 

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 13:44
Homélie de Sr Michèle: les tentations en Luc 4/1-13 Dimanche 1 de carême

Dans l’Evangile de Luc au chapitre 4 verset 1 à 13

[1] Jésus, rempli d'Esprit Saint, revint du Jourdain et il était mené par l'Esprit à travers le désert

[2] durant 40 jours, tenté par le diable. Il ne mangea rien en ces jours-là et, quand ils furent écoulés, il eut faim.

[3] Le diable lui dit : "Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre qu'elle devienne du pain."

[4] Et Jésus lui répondit : "Il est écrit : Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme."

[5] L'emmenant plus haut, le diable lui montra en un instant tous les royaumes de l'univers

[6] et lui dit : "Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux.

[7] Toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle t'appartiendra tout entière."

[8] Et Jésus lui dit : "Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et à lui seul tu rendras un culte."

[9] Puis il le mena à Jérusalem, le plaça sur le pinacle du Temple et lui dit : "Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas ;

[10] car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, afin qu'ils te gardent.

[11] Et encore : Sur leurs mains, ils te porteront, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre."

[12] Mais Jésus lui répondit : "Il est dit : Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu."

[13] Ayant ainsi épuisé toute tentation, le diable s'éloigna de lui jusqu'au moment favorable.

 

L’Evangile que nous venons d’entendre, on l’appelle habituellement le récit des Tentations de Jésus.

Il vaudrait mieux l’appeler autrement : l’Evangile de la Victoire de Jésus.

Là où dans le désert, le peuple hébreu avait succombé, Jésus, lui, sort vainqueur.

Cela me semble intéressant de commencer notre Carême par la contemplation d’une victoire : Jésus victorieux.

Cela me semble intéressant parce que nous avons besoin de cette victoire, besoin de comprendre que Jésus a su vaincre le mal, que le mal s’est comme brisé sur sa Personne.

Toute la vie du Christ est une victoire sur le mal, toute sa vie est un non à la mort, au mensonge, à l’idolâtrie, à la haine, au péché.

Toute la vie du Christ est un oui à la vie, oui à Dieu, oui à la vérité, à la justice, à la bonté, au pardon.

Toute sa vie est une victoire et la Croix, dans cette perspective, est la victoire absolue, puisqu’elle est victoire de l’amour et du pardon qui vont jusqu’au bout.

Cette victoire nous révèle quelque chose d’inouï : Dieu nous a donné son Fils pour que nos vies, notre humanité, notre Histoire trouvent en lui, la source du salut.

Sauvées en lui, définitivement, parce que Dieu est plus grand que notre mal, parce que Dieu est plus fort que notre péché.

En nous donnant son Fils, Dieu a introduit dans notre monde, pour tous les temps, pour aujourd’hui, pour hier et pour demain, la semence de sa victoire.

Oui, nous avons besoin de regarder cette victoire, car dans nos vies qui sont toutes marquées d’une manière ou d’une autre par une souffrance, un échec, une faute, il nous est bon de regarder cette victoire du Christ, gage de cette victoire définitive qui nous est promise et semence qui travaille aujourd'hui le monde à la manière d’un ferment.

Sa victoire qui est notre victoire.

C’est pourquoi, après la victoire, je vous invite à regarder où Jésus a remporté cette victoire.

Il l’a remportée dans un désert, c’est à dire qu’il nous a rejoints dans le désert de nos vies, jusqu’au plus désertique de nos vies.

Il vient donner la vie, sa vie par sa présence, faire jaillir la source d’eau vive qu’est son amour.

Pour que cet Evangile fasse son œuvre en nous, cela suppose de regarder Jésus :

Dieu fait homme, lumière du monde, chemin, vérité, venu pour nous donner une vie qui ressemble à la sienne, nous partager sa lumière.

Il est au désert de notre monde, de nos vies et il l’habite de sa présence.

Alors, puisqu’il est venu pour habiter de sa présence le désert de nos vies, cela veut dire cette chose capitale :

Il est là, avec nous, à côté de nous, d’une présence définitive. Il a fait tout le chemin pour nous rejoindre et nous rejoindre jusque dans les recoins les plus désertiques de nos vies.

S’il a fait tout le chemin, il est là présent, alors que nous reste-t-il à faire ?

La seule chose à faire, c’est d’y croire et de me laisser aimer par lui.

Ce temps du Carême, un temps privilégié pour croire que Dieu est là, compagnon de ma vie, l’ami par excellence qui ne me lâchera jamais la main.

Ce temps de Carême, un temps privilégié pour m’offrir à son amour, me laisser aimer par lui au cœur même des déserts de ma vie.

Chacun de nous a ses déserts…Ce sont nos pauvretés, nos fragilités, nos blessures, nos souffrances, nos choix tordus, nos cœurs étriqués…Et même notre péché !

Nous laisser aimer au cœur même de nos pauvretés, au cœur même de notre péché. Accepter sa présence au cœur même de notre misère.

Ce n’est pas facile, car notre réaction spontanée c’est de croire que nous serons dignes de Dieu quand nous serons impeccables.

Non, Dieu nous veut tout de suite et il nous prend dans ses bras, avec notre boue, et nous embrasse tendrement.

Jésus vient dans nos déserts pour les habiter de sa présence :

Une pauvreté habitée par sa présence est toujours une pauvreté mais cela devient un lieu de rencontre avec l’Amour qui est Dieu, un lieu où je laisse Dieu m’aimer tel-le que je suis, un lieu d’ouverture à la Grâce, une brèche où Dieu peut enfin laisser couler sa vie.

Nous entrons dans cette 1ère semaine de Carême, une semaine devant nous pour :

Croire que Dieu est présent au cœur de nos déserts.

Le laisser m’aimer au cœur même de ce qui cloche dans ma vie.

Voilà notre lieu de conversion, une attitude qui va permettre à Dieu d’agir et de faire du neuf dans nos vies.

Pour cela, il nous donne trois Paroles :

« l’homme vivra de la Parole de Dieu » :

*appel à écouter Dieu 

 

- « tu adoreras le Seigneur ton Dieu et c’est à Lui seul que tu rendras un culte » :

*appel à la préférence pour Dieu 

 

- « tu ne mettras pas à l’épreuve, le Seigneur ton Dieu » :

*appel à la confiance en Dieu.

 

Ces trois paroles sont le secret de la victoire du Christ pendant ces 40 jours au désert et durant toute sa vie.

Ce sont les paroles de notre victoire et de notre bonheur.

 

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 14:27
Sur le site Evangile et peintures

Sur le site Evangile et peintures

Dans l’Evangile de Luc au chapitre 5 verset 1 à 11

Un jour, Jésus se trouvait sur le bord du lac de Génésareth ; la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Il vit deux barques amarrées au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques, qui appartenait à Simon, et lui demanda de s'éloigner un peu du rivage. Puis il s'assit et, de la barque, il enseignait la foule. Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson. » Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets. » Ils le firent, et ils prirent une telle quantité de poissons que leurs filets se déchiraient. Ils firent signe à leurs compagnons de l'autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu'elles enfonçaient. A cette vue, Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus, en disant : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. » L'effroi, en effet, l'avait saisi, lui et ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu'ils avaient prise ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, ses compagnons. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. » Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.

 

Étant donné la foule qui s’écrase autour de lui, Jésus a besoin d’une barque pour pouvoir mieux enseigner. Aucune autosuffisance chez Jésus mais un désir de partenariat, un désir que d’autres participent à sa mission et la conscience simple qu’il a besoin d’aide.

Après un temps d’enseignement, Jésus demande une chose étonnante à Simon : « avance au large et jetez les filets. »

Cette demande du Christ est à entendre dans l’aujourd’hui de nos vies. C’est le Christ vivant, ressuscité qui aujourd’hui nous parle.

Quel est ce « large » auquel Jésus nous invite ?

Élargir l’espace de nos vies ?

Elargir l’étroitesse de nos idées ?

Ouvrir large notre cœur à son amour… ?

Il s’agit non seulement d’avancer au large mais « de jeter les filets ». On peut comprendre l’étonnement de Simon. C’est lui le professionnel de la pêche mais, malgré tout son savoir-faire, il n’a pris aucun poisson. Il n’y a aucune raison qu’ils en prennent maintenant!

Pourtant il va le faire. Il va entendre cette demande.

Qu’est-ce qui a pu le décider ?

Une confiance fondée sur une intuition :

de Jésus, ne peut venir qu’une abondance de vie.

La pêche abondante lui donne raison.

La confiance de Pierre interpelle la nôtre : quelles sont les raisons de ma confiance en Jésus ? Sur quoi se fonde-t-elle ?

Comme Pierre, nous nous savons pêcheurs, fragiles, dans le sens d’une résistance profonde à entrer dans la confiance, à convertir nos fausses images de Dieu. Mais l’inouï de tout l’Évangile, c’est de se découvrir appelé-e au cœur même de ce péché, de cette résistance, de cette fragilité.

Jésus a seulement besoin de notre confiance et notre gratitude.

Il nous rejoint là où nous sommes, nous appelle comme nous sommes. Goûtons simplement, savourons cette joie d’être appelé-e au cœur même de nos résistances.

 

 

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 21:52
Discours de Jésus à Nazareth, Lc 4/21-30 4ème dim TO

Evangile de Luc au chapitre 4 verset 21 à 30

Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : “Médecin, guéris-toi toi-même”, et me dire : “Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm ; fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !” » Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays. En vérité, je vous le dis : Au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie, et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère. Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. » À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin.

 

« N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »

Il est important de sentir la nuance de mépris qu’il y a dans la réflexion des gens de son village : il n’est que le fils de Joseph.

Il y a dans cette réaction une impossibilité à reconnaitre le don qui est fait à Jésus. Et donc l’incapacité de recevoir ce qu’il leur partage de ce don. D’où vient cette incapacité ?

Dans cette synagogue, il y a ceux qui l’ont vu bébé, qui l’ont vu grandir, qui l’on vu charpentier. Il y en a aussi qui ont grandi avec lui, participé aux mêmes jeux : quelqu’un d’ordinaire comme eux. Et voici que celui-ci sort de l’ordinaire. Pourquoi tout cela lui est donné et pas à eux ?

Devant le don donné à quelqu’un, deux réactions sont possibles :

La première est la joie, se réjouir du don qui est fait à l’autre, d’autant plus qu’il nous le partage, ce don vient de lui mais, par lui, il nous est communiqué. Donc gratitude.

La deuxième est la jalousie. « Pourquoi lui et pas moi ? » On refuse alors et le donateur et le don. C’est la réaction des gens de son village.

Si vous avez vu le film Amedeus, c’est exactement de cela qu’il s’agit. Le musicien Salieri ne supporte pas que le don absolu de la musique ait été donné à Mozart. Au lieu de jouir de sa musique comme un cadeau du ciel, il cherchera à le tuer.

 

 

N’être que le fils de Joseph, c’est aussi le choix de Dieu. Jésus est le fils d’un homme ordinaire. Choix de l’Incarnation. Dieu n’a pas pris chair dans les sphères des puissants, des opulents, des gens connus qui font la une de l’Histoire.

(St Paul dira la même chose : « Ce qui dans le monde est sans naissance et que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi » 1ère lettre aux Corinthiens chapitre 1 verset 28.)

Ce choix nous concerne car il montre l’infinie dignité de chaque homme, chaque femme, simplement du fait de son humanité. C’est pourquoi personne ne doit être écrasé. Cet infini respect inauguré par le Christ est libération du mépris.

Cela nous invite à inventer d’autres types de relation entre nous et dans nos sociétés.

 

Il est ensuite important de comprendre les raisons de cette volonté de tuer Jésus. Pourquoi cela ? Parce que son message universaliste qui met en valeur des gens étrangers est un langage insupportable pour des esprits fermés, imbus de leur privilège religieux. Quand on prendra davantage conscience du caractère subversif des paroles de Jésus, un progrès aura été réalisé dans l’intelligence des Evangiles et dans son incarnation en nos vies.

 

« Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. »

Aller son chemin, c’est ne pas se laisser détourner de ce qu’on croit juste, continuer malgré les oppositions. Contemplons la liberté de Jésus pour que sa liberté devienne la nôtre.

 

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 21:29
Homélie de Sr Michèle: la bonne nouvelle, 3ème dim TO

.Evangile de Luc, chapitre 1 versets 1 à 4 et chapitre 4 versets 14 à 21.

[1] Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous,[2] d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole,[3] j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé exactement de tout depuis les origines d'en écrire pour toi l'exposé suivi, excellent Théophile,[4] pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus.

[14] Jésus retourna en Galilée, avec la puissance de l'Esprit, et une rumeur se répandit par toute la région à son sujet.[15] Il enseignait dans leurs synagogues, glorifié par tous.[16] Il vint à Nazara où il avait été élevé, entra, selon sa coutume le jour du sabbat, dans la synagogue, et se leva pour faire la lecture.[17] On lui remit le livre du prophète Isaïe et, déroulant le livre, il trouva le passage où il était écrit :[18] L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés,[19] proclamer une année de grâce du Seigneur.[20] Il replia le livre, le rendit au servant et s'assit. Tous dans la synagogue tenaient les yeux fixés sur lui.[21] Alors il se mit à leur dire : "Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Ecriture."

 

Chacun de nous est Théophile, c’est à dire aimant Dieu et aimé de Dieu. On peut aimer de façon différente selon les étapes de notre vie spirituelle. On peut aimer en cherchant Dieu et d’une certaine manière nous sommes toujours en recherche, des chercheurs-euses de Dieu, en quête de Son visage, quête qui sera seulement comblée quand nous Le verrons face à face. Mais plus profondément encore nous sommes des Théophiles parce que Dieu, Lui, nous a trouvé-es, Il a mis Son image en nous et Il a fait de notre vie Sa demeure.

Il habite notre cœur, Il est chez Lui chez nous.

Notre contemplation, ce peut être une plus grande attention à ce mystère de la Présence de Dieu en nous. « Tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement…il s’est montré vivant après sa passion…pendant 40 jours, il leur est apparu et leur avait parlé du Royaume des Cieux » Quelques versets qui reprennent l’ensemble du mystère du Christ. Il y a dans la foi des alternances de lumières et de nuits. Nuit de Noël, enfouissement de Dieu dans l’humble quotidien de Nazareth. Lumière de ce qu’il a fait et enseigné qui est source de notre attachement au Christ, source de notre séduction. Nuit de la Passion, de la mort. Lumière de la Résurrection et pendant 40jours, cette lente sortie de la peur. Il en faut du temps pour croire que Dieu est plus fort que nos morts. Jésus, pendant 40 jours accompagne ceux qu’il aime pour les faire sortir de leurs tombeaux. Dans sa résurrection, c’est eux qu’il ressuscite ! Sa résurrection est pour nous et c’est la nôtre. Il les apprivoise peu à peu à la vie.

Enfin nuit d’une présence invisible quand, et c’est aujourd’hui, « il disparaît à leurs yeux ». C’est la situation qui est la nôtre. Notre contemplation, ce peut être d’accueillir ces nuits et ces lumières qui sont autant de manières de Dieu d’être présent à notre cœur.

 

Nous avons ensuite avec ce texte le projet de Jésus. Il veut que nos vies individuelles et nos sociétés soient restructurées selon les valeurs du cœur de Dieu. Que la volonté de Dieu se fasse sur terre comme elle se fait dans le ciel. Un projet qui demande notre collaboration. Il s’agit de chercher le royaume, d’entrer dans un chemin de transformation des cœurs et des sociétés. « Donner une Bonne Nouvelle aux pauvres…libérer les captifs…libérer ceux qui sont écrasés ». Pourquoi est-ce une Bonne Nouvelle ? Quel est le contenu de cette nouvelle, de cette nouveauté ? De cette libération ?

En quoi, c’est une contestation ?

Pour bien entendre ce texte, on peut le rapprocher d’un autre en Luc 6 /22-23 : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boîteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ; et heureux celui pour qui je ne serai pas occasion de chute »

Jésus montre quel changement est déjà à l’œuvre. Il nous appelle et nous associe à Son œuvre pour qu’il y ait dans notre monde, moins de mensonge et plus de vérité ( guérison d’aveugle) ; plus de liberté pour que chacun-e puisse marcher librement ( boîteux) ; un accès à la santé le plus large possible ( lépreux) ; entendre que Dieu nous aime ( sourds) ; travailler à ce que la vie soit plus forte que tout , combattre toute injustice qui écrase les gens (résurrection). Jésus a commencé ce règne. Il a besoin de nous pour le continuer (Celui qui croit en moi, fera lui aussi les œuvres que je fais, il en fera même de plus grandes parce que je vais au Père (Jn 14/12).

Pour cela, il faut d’abord se mettre dans la foule de celles et ceux qui ont besoin de guérison : ce qui est aveugle, boiteux, lépreux, sourd en soi. Et se laisser guérir par le Christ. Alors, nous pourrons transmettre la vie reçue de Lui, autour de nous.

 

 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 23:42
Homélie de Sr Michèle: des noces à Cana, 2ème dim TO

Dans l’Evangile de Jean au chapitre 2 verset 1 à 12

[1] Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était.

[2] Jésus aussi fut invité à ces noces, ainsi que ses disciples.

[3] Or il n'y avait plus de vin, car le vin des noces était épuisé. La mère de Jésus lui dit : "Ils n'ont pas de vin."

[4] Jésus lui dit : "Que me veux-tu, femme ? Mon heure n'est pas encore arrivée."

[5] Sa mère dit aux servants : "Tout ce qu'il vous dira, faites-le."

[6] Or il y avait là six jarres de pierre, destinées aux purifications des Juifs, et contenant chacune deux ou trois mesures.

[7] Jésus leur dit : "Remplissez d'eau ces jarres." Ils les remplirent jusqu'au bord.

[8] Il leur dit : "Puisez maintenant et portez-en au maître du repas." Ils lui en portèrent.

[9] Lorsque le maître du repas eut goûté l'eau changée en vin - et il ne savait pas d'où il venait, tandis que les servants le savaient, eux qui avaient puisé l'eau - le maître du repas appelle le marié

[10] et lui dit : "Tout homme sert d'abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à présent !"

[11] Tel fut le premier des signes de Jésus, il l'accomplit à Cana de Galilée et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui.

[12] Après quoi, il descendit à Capharnaüm, lui, ainsi que sa mère et ses frères et ses disciples, et ils n'y demeurèrent que peu de jours.

 

Pour mieux entrer dans la compréhension de ce texte des Noces de Cana, il nous faut le « décoder » à la lumière de la première Alliance.

Il est question de vin : comme le blé et l’huile, son abondance est signe de fidélité à l’Alliance avec Dieu.

Cela se passe pendant une noce : les noces humaines sont signes du lien d’amour de Dieu avec son peuple.

Enfin, nous sommes à un repas : « La connaissance de Dieu enivre et nourrit » (Pr 9/1-6.) Jésus donne le vin ici et ensuite le pain (Jn 6). C’est à dire qu’il donne une connaissance de Dieu savoureuse qui nourrit et comble ceux qui Le cherchent.

Ce n’est pas l’heure, dit-il à Marie. Oui, car son heure sera celle de la croix, mais cela l’anticipe et l’annonce : croix où Jésus scelle Ses noces, le signe indélébile de Son amour, là où Il donnera tout : sang, eau et souffle. Le véritable époux de ces noces, c’est Lui.

Devant un tel visage de Dieu, il nous est possible d’entendre la parole de Marie : « Quoi qu’Il vous dise, faites-le ! »

Infinie confiance : ce qu’Il peut dire, vouloir nous dire, ne peut être que de bonnes choses, le vin de la fête, le pain de la route. C’est d’ailleurs à cela qu’on peut reconnaître Sa voix et la distinguer de ce qui n’est pas de Lui : ce qu’Il nous dit ne peut être qu’augmentation de vie, de force, de paix. Entrons dans cette confiance avec Marie.

 

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 22:07
Contestation d'une exclusion: Marthe et Marie en Luc 10/38-42

Evangile de Luc au chapitre 10 verset 38 à 42

 

[38] Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison.

[39] Celle-ci avait une sœur appelée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.

[40] Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : "Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider."

[41] Mais le Seigneur lui répondit : "Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ;

[42] pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée."

 

Cet épisode de Marthe et Marie a été « lu » comme symbolique de la vie contemplative (Marie) et de la vie active (Marthe). C’était une lecture justificatrice de la supériorité de l’une sur l’autre. C’est un bon exemple d’interprétation qui se fourvoie faute de connaissance du contexte historique mais aussi d’aveuglement plus ou moins conscient qui favorise des intérêts de certains au détriment d’autres.

Comment se fait-il que dans la situation discriminatoire de la société où Jésus vivait, la parole scandaleuse de Jésus n’ait pas été perçue comme telle ? 

Le scandale, c’était qu’une femme, dans cette société patriarcale, ne pouvait pas prétendre à être disciple d’un maître, c'est-à-dire ne pouvait pas étudier, scruter les Ecritures, réfléchir sur la foi. Sa place traditionnelle était à la cuisine ! Marie transgresse ce positionnement. Elle veut être assise au pied d’un maitre et l’écouter, en position du disciple. Marie la prend et Jésus approuve son choix qui était une transgression du rôle dévolu aux femmes.

La meilleure part est donc, pour les femmes, et dans l’optique de Jésus, d’être disciple, une part à laquelle il les autorise, les appelle, auquel il leur reconnaît le droit d’aspirer. Il ne s’agit donc pas dans ce texte d’opposer la vie contemplative à la vie active mais c’est un texte fort pour dire que les femmes de la même manière que les hommes, peuvent être disciples.

Jésus prend position ainsi contre les discriminations dont étaient victimes les femmes sur ce point à son époque et de celles dont elles le sont encore aujourd'hui.

Contemplons donc cette scène en nous attachant à cette relation étonnante entre Jésus et Marie. Regardons-la désirant cette place de disciple que seul Jésus à l’audace de lui accorder. Regardons-la briser les limites qu’on lui impose.

Laissons-nous étonner par la transgression que Jésus opère, similaire à tant d’autres qu’il a accomplies pour faire éclater tout ce qui limite, tout ce qui enferme, tout ce qui exclut.

Laissons-nous transformer pour, à sa suite, faire éclater les exclusions qui sont encore imposées.

 

Article déjà paru sur le blog :

http://christine-amina-esther-andco.eklablog.com/evangile-transgression-approuvee-d-une-femme-a60948031

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 21:42
Arcabas

Arcabas

L’Avent est le temps de l’attente du Christ.

Cette attente peut se vivre selon 5 attitudes :

veiller, préparer, se réjouir, écouter, s’étonner.

 

Mais pourquoi, et là est la question, pourquoi attendre le Christ puisqu’il est déjà venu ?

 

Déjà venu, oui, mais dans quelle mesure il est accueilli dans notre monde et dans nos vies ?

C’est pourquoi, chaque année, il nous est donné ce temps béni de l’Avent : nous sommes remis en attitude d’attente pour mieux le recevoir, mieux l’accueillir, mieux l’aimer.

 

Il est à la porte de nos vies, sur le palier et doucement frappe.

Car en aucun cas il ne forcera la porte.

Tant que je ne lui aurais pas dit d’entrer, il n’entrera pas.

Il est donc dépendant de ma réponse. Vais-je lui ouvrir ?

Il ne peut que me proposer son amitié car il sait que cela ne peut être que proposé, jamais imposé.

C’est pourquoi, il est comme un mendiant à la porte de nos vies, comme un amoureux qui dit avec délicatesse son désir d’entrer.

Il est déjà venu, il est là mais comment je l’accueille, comment je lui ouvre mon cœur, ma vie ?

Quelles portes j’ouvre et quelles portes, je n’ouvre pas ?

 

Il vient, mais pourquoi ?

Pour me proposer son amitié.

La sienne est totale et sans reprise, donné de toute éternité.

En disant cela

on comprend mieux le cri prophétique de Baruc :

« Quitte ta robe de tristesse et de misère, revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours »

On comprend mieux que Paul nous parle de la tendresse du Christ.

On comprend mieux que Luc nous dise que tout homme verra le salut de Dieu.

Le Christ vient pour nous proposer son amitié.

La sienne est totale et sans reprise, donné de toute éternité.

La nôtre en réponse à la sienne a besoin de grandir et c’est pourquoi, il nous invite à veiller, à préparer, à se réjouir, à écouter, à s’étonner.

 

 

 

 

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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 12:21
Les scribes et la veuve Marc 12/38-44 Dim 32 TO

38 Dans son enseignement, il disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques,

39 les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.

40 Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »

41 Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.

42 Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie.

43 Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres.

44 Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

 

La liturgie, ce dimanche, fait un découpage intéressant. Il est question de scribes « dévoreurs des biens des veuves » et une pauvre veuve qui met dans le trésor du temple « tout ce qu’elle avait pour vivre »

Y-a-t-il un lien ?

Tout d’abord Jésus fait une critique virulente des scribes qui porte sur

sur leur manière de vivre :

-leur recherche des honneurs

-leur exploitation des plus faibles

-leur hypocrisie

Ensuite, il porte un regard d’admiration pour cette femme. Jésus admire cette femme qui donne tout ce qu’elle a pour vivre. Il voit en elle la préfiguration de sa passion où il donnera tout, toute sa vie.

Mais une autre lecture est possible pas forcément contradictoire.

La critique virulente contre les scribes dévoreurs des biens de veuves continue. Pourquoi est-elle pauvre ? Sinon parce que les scribes lui ont dérobé ses biens.

Quels sont les scribes d’aujourd’hui ?

 

 

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 22:20
Les fils de Zébédée, Marc 10/35-45 Dim 29 TO

Alors, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : « Maître, ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous. » Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Ils lui répondirent : « Donne-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, être baptisé du baptême dans lequel je vais être plongé ? » Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. » Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

 

 

D’abord, comprendre que le vrai sens du mot gloire, ce n’est pas ce qui nous vient immédiatement à l’esprit. Cela n’a rien à voir avec la renommée, le bruit qu’on peut faire autour d’un nom célèbre, la réussite, le prestige, les honneurs.

Dans la Bible, cela veut dire la richesse de l’être, sa plénitude, sa densité d’existence, son poids.

Puisque Dieu est amour et qu’il n’est que cela, la gloire de Dieu, c’est son poids d’amour.

La demande de Jacques et de Jean peut donc être prise positivement : siéger, habiter sa gloire, c’est nous enraciner dans l’amour, c’est une demande d’intimité, de proximité, être au plus près possible.

 

Que voudriez-vous que je fasse pour vous ?

Avec cette question, il nous est donné de voir la manière dont Jésus aime, dont justement, il vit de cette gloire.

Il est d’abord quelqu’un qui favorise l’expression du désir. Il leur permet de l’exprimer : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? »

Il sait discerner, je dirai faire du tri dans cette demande, il sait y voir ce qu’il y a de bon : ce désir de proximité et ce qui demande à être purifié car il n’y a pas de fauteuil dans le Royaume de l’amour. Fauteuil au sens de privilège, hiérarchie, préséance, place d’honneur.

C’est pourquoi il ne fait pas de reproche. Il comprend qu’ils n’ont pas compris. Il accueille leur désir et va le purifier. Pas de fauteuil mais une coupe à boire et être plongé dans un baptême.

Sa réponse, on peut la comprendre comme cela : Vous avez raison de vouloir être associé à ma gloire, au sens fort de ce poids d’amour. Mais cela doit être un amour qui ne triche pas. Un vrai amour, donc humble et souffrant, car aimer amène forcément de la souffrance et c’est cela qu’ils n’ont pas compris.

Pouvez-vous être avec moi autant dans la souffrance que dans la joie ? Pouvez-vous me suivre autant au jour de la Passion qu’aux jours de la Résurrection ?

Pouvez-vous partager ma coupe et mon Baptême ?

Regardons comment Jésus aime dans la délicatesse de ce dialogue : accueillir le meilleur du désir et le purifier. Mais aussi les appeler à une configuration avec lui : « Même nourriture et même boisson, me suivant dans la peine et dans la victoire » dira Ignace de Loyola dans les Exercices spirituels.

 

Oui, nous le pouvons. C’est la réponse de Jean et de Jacques : « Oui, nous le pouvons ». C’est la leur mais c’est aussi la nôtre car personne n’est exclu de cette réponse. Si nous sommes baptisés, oui le pouvons puisque nous le faisons déjà. Nous avons été plongés dans les eaux du baptême et mieux, nous sommes baptisés, plongés en Christ, c’est du présent ! Et tous et tous nous la faisons, incroyant ou croyant dans la mesure exacte où nous aimons d’un amour humble qui forcément inclut de la souffrance. Mais aussi nous le pouvons en écoutant l’enseignement qui suit sur le service.

Boire à la coupe et être plongé dans son baptême, c’est aussi se faire serviteur, renoncer aux formes diverses de domination.

Sentons l’ambition que le Christ a pour nous dans cet enseignement sur le service. Il s’agit, oui de devenir grand, oui d’être le premier. Cette ambition est celle des saints : être premièr-e dans le don. Il y a bien de l’ambition mais pas à la manière habituelle.

Oui, nous pouvons boire à la coupe et être plongé dans son baptême en vivant toute fonction, toute charge, tout travail, toute responsabilité comme un service.

Il s’agit donc de regarder le Christ. Il n’est pas venu pour être servi mais pour servir. Oui nous le pouvons en le regardant, en nous imprégnant de ce qu’il est, de ce qu’il fait. Pour cela, laissons remonter à la mémoire la vie du Christ vu sous l’angle du service. Il est serviteur d’un bout à l’autre de sa vie.

Donner sa vie en rançon

Ce mot peut nous arrêter et nous scandaliser ! Il ne faut pas le prendre au sens moderne du terme. Car alors on tombe dans une fausse image de Dieu. La racine hébraïque de ce mot c’est le verbe délier, libérer. Il faudrait mieux traduire : donner sa vie pour nous libérer. Jésus en donnant sa vie pour nous sur la croix nous libère, en particulier de ces fausses images de Dieu. Sur la croix, Dieu se livre et veut nous désarmer, nous délier de toute peur.

Le don de sa vie sur la croix, c’est l’extrême du don.

 

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