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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 15:50

Voici le dernier article paru dans l'excellent blog de Garrigues et Sentiers. c'est la lettre aux jeunes écrite par les participants du 3ème Forum islamo-Chrétien. A lire et à diffuser. 

http://www.garriguesetsentiers.org/2014/10/nous-nous-engageons-a-agir.html

 

« Nous nous engageons ! »

En décembre 2013, dans une « Lettre ouverte aux jeunes de France », les participants au 3ème Forum islamo-chrétien ont proposé qu’ensemble, hommes et femmes de toutes générations et de toutes cultures promeuvent une société de liberté, d’égalité et de fraternité, fondée sur la reconnaissance de la diversité, le respect mutuel et la justice.

Aux jeunes, ils ont lancé cet appel :

À vous, jeunes croyants en Dieu, nous disons : « Ne soyez pas naïfs ! Soyez vigilants ! Dans l’épreuve, restez en accord avec vos valeurs humaines et fidèles à votre foi ! Vous appuyant sur la fidélité de Dieu, soyez artisans de paix ! »

À vous, tous les jeunes, nous disons : « Soyez des citoyens responsables ! Exercez votre liberté de manière active et réfléchie ! Travaillez à tisser des liens dans le respect des valeurs qui fondent notre République. »

Près d’un an plus tard, en regardant les événements de l’année 2014, force est de constater que les foyers de tension et d’absolutisation n’ont cessé de croître et que les chemins pris par les jeunes de France ont été divers.

La paix a fait place à la guerre civile ou aux conflits entre les peuples dans des pays comme ceux de l’Afrique subsaharienne, comme l’Ukraine, la Birmanie, la Libye, Israël et Palestine, l’Irak et la Syrie. Nous venons même d’assister au Proche-Orient à l’entrée en guerre de la France au sein d’une coalition d’une quarantaine de pays.

Le terrorisme et l’instabilité ont progressé dans la zone sahélienne et dans l’Afrique subsaharienne, parfois même « au nom de Dieu » ! Ainsi, en Centrafrique, animosité et haine de l’autre ont remplacé l’entente entre chrétiens et musulmans.

Persécutions, arrestations, viols, exécutions sommaires, telles ont été les exactions commises par l’organisation « Daesh », à l’encontre des civils en Irak et en Syrie parmi les musulmans chiites ou sunnites, les chrétiens, les Yézidis, les Kurdes, les Turcomans, les humanitaires, les journalistes et les reporters. Plus près de nous, en Algérie, le 24 septembre dernier, a été assassiné notre compatriote Hervé Gourdel.

En France même, au regard des événements internationaux et sous l’emprise des clichés médiatiques, des personnes en sont venues à exprimer publiquement le rejet de l’autre. Certains sont même parfois passés à l’acte. 2

 

Lors de récentes manifestations, on a entendu dans les rues de nos villes cette invective : « Mort aux Juifs ! ». Des églises et des calvaires ont été profanés. Les actes islamophobes se sont multipliés et banalisés. Des tags sont apparus avec cette inscription : « Mort aux Musulmans ! ».

Avec inquiétude, nous observons la montée de l’extrémisme, parfois même violent, chez des jeunes marginalisés, la dérive de quelques centaines de jeunes musulmans de France, présents en Irak et en Syrie aux côtés des terroristes de « Daesh », et le désir d’autres d’aller les rejoindre dans les zones de combat.

Mais tout n’est pas ténèbres. Familles et services de l’Etat ont fini par mesurer la gravité de ces situations. Des actions significatives sont en cours pour interpeller les responsables de ces recrutements et empêcher jeunes filles et garçons de se rendre en ces endroits.

Des jeunes vivent leur citoyenneté de manière constructive, au sein d’associations et de mouvements, par exemple dans le scoutisme, les clubs sportifs ou l’association interreligieuse Coexister ! Ils témoignent de ce que le dialogue et l’interconnaissance sont aujourd’hui, plus que jamais, nécessaires pour désamorcer cette situation explosive qui pousse les gens à vivre dans la peur et la crainte et à trouver refuge dans les options les plus extrêmes.

*

Ce regard sur notre époque et sur la vie de nos contemporains doit nous interroger sur nos propres responsabilités.

Avons-nous été assez vigilants ?

Avons-nous été suffisamment des veilleurs, prêts à dénoncer et à lutter, avec d’autres, contre les injustices de nos sociétés ?

Avons-nous été en capacité à donner aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui du sens à leur vie, au sein de nos traditions religieuses ?

Avons-nous été profondément des croyants libres et engagés, habités du souffle de Dieu, prêts à témoigner de la fraternité des hommes et à agir pour elle, conformément à nos Ecritures ?

Avons-nous été suffisamment des croyants miséricordieux pour aimer le bien et le vouloir sincèrement pour tous les humains, comme nous le demande notre Seigneur ?

Avons-nous suffisamment jeté de ponts entre nos différentes communautés, créé des espaces d’échange et de rencontre, et renforcé la dimension d’entre-connaissance ? 3

 

Avons-nous vraiment veillé à apaiser les relations entre toutes les composantes de la nation ?

Reconnaissons humblement que les événements actuels ne sont pas que la faute des autres. Par le silence ou l’indifférence des uns, la compromission des autres et les louvoiements en matière de stratégies politiques et d’idéologies religieuses, nous portons une part de responsabilité.

*

Aujourd’hui, avec force, à travers différents appels et déclarations, les principaux responsables des communautés juives, chrétiennes et musulmanes ont dénoncé les violences à l’égard des minorités et reconnu le droit à tous de pouvoir rester et vivre librement sur leurs terres, dans la dignité et la sécurité, et à pratiquer leur foi.

Mais il nous faut aller plus loin, à savoir nous engager ensemble, juifs, chrétiens et musulmans, là où nous vivons, à oeuvrer au quotidien pour être des artisans de paix et de justice, pour faire reculer l’extrémisme, la persécution et le mépris de l’autre.

Aussi :

 Nous, diacres, évêques, imams, muftis, prédicateurs laïcs, pasteurs, prêtres, rabbins, nous nous engageons à travers nos prédications à promouvoir le respect de l’autre croyant et à inviter nos fidèles à être des citoyens actifs pour contribuer à une société fraternelle et solidaire ;

 Nous, enseignants, formateurs, éducateurs et catéchètes, nous nous engageons à favoriser auprès des enfants et des jeunes l’ouverture, le respect et la connaissance des autres cultures ;

 Nous, responsables d’institutions et de mouvements, nous nous engageons à favoriser l’écoute, le dialogue et le débat franc et respectueux qui conduit à l’estime mutuelle ;

 Nous, écrivains, journalistes, responsables de publication, nous nous engageons à développer dans nos médias une culture de paix et de citoyenneté, et à relayer toute initiative, action ou information invitant à la fraternité humaine ;

 Nous, élus et militants politiques, nous nous engageons à respecter, défendre et promouvoir, concrètement et pour tous, les valeurs qui fondent notre République : Liberté, Egalité, Fraternité ;

 Nous, syndicalistes, ouvriers, artisans et chefs d’entreprise, nous nous engageons à soutenir les projets qui permettent aux jeunes de s’ouvrir aux autres, pour aller au-delà des idées reçues, s'enrichir des différences et trouver leur place dans la société ;

4

 

 

Nous, artistes, cinéastes et réalisateurs, nous nous engageons à initier et promouvoir des spectacles musicaux, films et pièces de théâtre qui promeuvent la culture du dialogue, l’écoute de l’autre et l’acceptation des différences ;

 Nous, intellectuels, éditeurs et penseurs, nous nous engageons à encourager toutes les initiatives de rencontres (forum, colloque, débat...), publications et espaces de réflexion qui favorisent le vivre-ensemble et luttent contre toutes les formes de rejet et d'extrémisme ;

 Nous, parents, nous nous engageons à transmettre à nos enfants ces valeurs millénaires que nos textes sacrés nous ont transmis, tel que le pardon, la miséricorde et la fraternité ;

 Nous, militants associatifs de tous horizons, nous nous engageons à développer les activités, loisirs et rencontres susceptibles d’apporter aux jeunes et aux enfants l'équilibre psychologique, spirituel, physique et intellectuel dont ils ont besoin.

 

Vous qui lisez ce texte, qui veut être une charte à l’engagement concret au quotidien, soyez nombreux à nous rejoindre !

Ainsi, croyants, citoyens, de toutes générations, nous nous engagerons ensemble, dans notre quotidien, à favoriser des attitudes de dialogue et de respect de l'autre pour construire ensemble un monde de paix.

Lyon, place Bellecour,

le mercredi 1er octobre 2014

Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon

Père Eklemandos, Eglise copte orthodoxe

Révérend Ben Harding, Eglise anglicane de Lyon

Père Garabed Harutyunyan, Eglise apostolique arménienne

Monsieur Kamel Kabtane, recteur de la Grande mosquée de Lyon

Père Nicolas Kakavelakis, Eglise orthodoxe grecque de Lyon

Monsieur Joël Rochat, président du Consistoire du Grand Lyon de l’Eglise protestante unie de France

Monsieur Richard Wertenschlag, grand rabbin de Lyon

Mgr Jean-Marc Aveline, évêque auxiliaire de Marseille

Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix – France

Mhammed Abdou Benmaamar, président de l’Union des musulmans du Rhône

Laïd Abdelkader Bendidi, président du CRCM Rhône-Alpes

Cheikh Khaled Bentounes, chef spirituel de la Fraternité soufie alawiyya

Mgr Yves Boivineau, président de Justice et Paix France

Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre

Benaissa Chana, vice-président du CRCM Rhône-Alpes 5

 

Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry, président du Conseil pour les relations interreligieuses de la Conférence des évêques de France

Mgr François Fonlupt, évêque de Rodez

Anouar Kbibech, président du Rassemblement des Musulmans de France

Amar Lasfar, président de l’Union des Organisations Islamiques de France

Mgr André Marceau, évêque de Nice

Ahmed Miktar, président de l'association imams de France, imam de la mosquée de Villeneuve d’Ascq

Mohammed Moussaoui, président de l’Union des Mosquées de France

Mgr Yves Patenôtre, prélat de la Mission de France, archevêque de Sens-Auxerre

Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes, président de Pax Christi France

Christophe Roucou, directeur du Service des relations avec l’islam de la Conférence des évêques de France, Paris

Association Action Espoir

Fédération des Associations des Mosquées de l'Isère (FAMI)

Groupe interreligieux Fils d' Abraham, Lyon

Nacer Abouchi, professeur des universités, Lyon

Myriam Abtroun, sophrologue à Lyon

Youcef Achmaoui, enseignant en sciences islamiques, imam de Garges, journaliste à la chaîne IQRAA, Val d'Oise

Kaci Ait Yala, directeur général de Continental Edisson

Samir Arbache, professeur de théologie et d'histoire des religions - Faculté de Théologie - Université Catholique de Lille

Kamel Ariouat, responsable de la mosquée El Forqan à Vénissieux

Abdelwahab Bakli, professeur technique et responsable éducatif à Saint Etienne

Xavier de Barbeyrac, diacre, Saint-Marcel-lès-Valence

Salah Bayarassou, responsable de la mosquée Et-Tawba, Lyon 9ème

Jihade Belamri, chef d'entreprise à Lyon

Ahmed Belhay, responsable de la mosquée d’Oullins

Abdelbast Benhissen, imam de la mosquée de Pierre Bénite

Mohamed Bennaji, recteur de la mosquée de Meyzieu

Nora Berra, ancien ministre de la santé

Marc Botzung, prêtre spiritain, Paris

Mohamed Bouabdelli, responsable de la mosquée Erahma de Villeurbanne

Mouhssine Bouayade, chirurgien-dentiste, Saint-Priest

Frère Jean-François Bour, op, délégué diocésain au dialogue inter-religieux, Tours, Indre-et-Loire

Myriam Bouregba, sociologue, formatrice, actrice du dialogue islamo chrétien

Mohamed Bousekri, imam de la mosquée d’Annemasse

Khalid Bouyarmane, imam de la mosquée El Mohsinine "Croix blanche", Bourg-en-Bresse

Fouziya Bouzerda, adjoint au maire de Lyon, chargé du Commerce, de l’artisanat et du développement économique

Saïd Branine, directeur de la rédaction Oumma.com

Yves Brisciano, diacre, délégué diocésain aux relations avec l’islam, Créteil 6

 

Jean Carasso, journaliste, essayiste et éditeur, Vaucluse

Bénédicte du Chaffaut, théologienne, déléguée pour les relations avec les musulmans pour le diocèse de Grenoble-Vienne

Patrice Chocholski, curé-recteur d'Ars, Ars-sur-Formans (Ain)

Wafa Dahmane, journaliste à France 3 et Radio Salam, Lyon

Mustapha Dali, recteur de la mosquée Al Madina Al Mounawara de Cannes

Christian Delorme, prêtre du diocèse de Lyon

Abdallah Dliouah, imam de Valence

Bruno-Marie Duffé, vicaire épiscopal « Famille et Société » et ancien Directeur de l’Institut des Droits de l’Homme de l’Université Catholique de Lyon

Nicole Fabre, pasteur de l’Eglise protestante unie de France, aumônier des hôpitaux

Abdelhamid Fatah, médecin réanimateur à Bourgoin-Jallieu et Lyon sud

Henry Fautrad, prêtre au Mans (Sarthe)

Arnaud Favart, vicaire général de la Mission de France

Vincent Feroldi, déléguée pour les relations avec les musulmans du diocèse de Lyon et co-fondateur du Forum islamo-chrétien

Martine Frénéa, membre du service diocésain du dialogue interreligieux, Clermont-Ferrand

Brigitte Frois, présidente de Keren Or, synagogue libérale de Lyon

Azzedine Gaci, recteur de la mosquée Othmane à Villeurbanne et co-fondateur du Forum islamo-chrétien

Franck Gacogne, prêtre du diocèse de Lyon et curé de Bron

Pierre Guichard, professeur honoraire de l’Université Lyon 2

Marie Jo Guichenuy, déléguée épiscopale pour l’oecuménisme à Lyon

Bruno Abdelhak Guiderdoni, astrophysicien et directeur de l’Institut des Hautes études islamiques

Fawzi Hamdi, recteur de la mosquée Oqba de Vaulx-en-Velin

Ahmed Hamlaoui, recteur de la mosquée de Villefontaine, recteur de la mosquée Dar Essalam de Villefontaine

Sr Colette Hamza, déléguée pour les relations avec les musulmans du diocèse de Marseille

Mosatafa Hassan, responsable de la mosquée de Nantua

Gérard Houzé, groupes oecuménique et interreligieux à Bron

Julienne Jarry, Villeurbanne

Georges Jousse, délégué diocésain aux relations avec l’islam, Bordeaux

Tallele Jrad, enseignant dans un collège de Villefranche sur Saône

Said Kabbouche, directeur de cabinet de la maire de Vaulx-en-Velin

Ali Kismoune, président du club Rhône-Alpes-diversité

Abdelhamid Kisrane, recteur de la mosquée de Givors

Bernard Lochet, prêtre, vicaire général du diocèse de Clermont-Frrand

Belgacem Louichi, responsable de la mosquée de Bron -Terraillon

Régine Maire, déléguée à l’interreligieux pour le diocèse de Lyon

Karim Menhoudj, imam de la mosquée de Lyon-Gerland

Saliha Mertani, responsable associatif à Vénissieux

Bruno Michaud, délégué de l'évêque de Chambéry pour les relations avec les musulmans

Gaby Moge, déléguée du diocèse d'Annecy pour les relations avec l'islam

Walid Naas, responsable SCI de la mosquée El Forqan à Vénissieux 7

 

Hawwa Huê Trinh Nguyên, journaliste à Saphirnews.com, rédactrice en chef de Salamnews

Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux

Aldo Oumouden, porte-parole de la Grande mosquée Mohammed VI de Saint Etienne

Djamel Ourak, responsable de la mosquée Essalem, Lyon 3ème

Odile Payen, retraitée, Caluire et Cuire

René Pfertzel, rabbin de la synagogue libérale de Lyon

Emmanuel Pisani, directeur de l’ISTR de Paris

Jeanine et Michel Porte, délégués du diocèse de Moulins pour les relations avec l’islam, Montluçon

Jacques Purpan, prêtre de la Mission de France à Saint- Fons

Danièle Reppelin, membre du conseil diocésain de solidarité du diocèse de Lyon

Joël Satre, délégué diocésain aux relations avec les musulmans à Saint-Etienne

Hafid Sekhri, éducateur, membre du groupe interreligieux Abraham, Lyon 9ème

Mohamed Serbi, responsable de la mosquée de Chambéry

Jane Stranz, pasteur chargée de mission pour les relations oecuméniques de la Fédération protestante de France

Anne Thöni, pasteur de la Fédération protestante de France, présidente de la commission des relations avec l'islam, Paris

Magali Van Reeth, présidente de SIGNIS Europe, Aix en Provence

Anne-Sophie Vivier-Muresan, enseignante à l'Institut Catholique de Paris, Malakoff (Hauts de Seine)

 

Michel Younès, professeur de théologie et sciences religieuses, Université catholique de Lyon

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 00:10

Je  me suis passionnée par cette philosophe. De ce que j’ai lu, il me semble que je peux résumer son œuvre par ces mots : l’absolue nécessité de penser pour que le monde vive.

 

Penser comme antidote du mal.

En effet, une des grandes interrogations d’Arendt est de comprendre comment on peut arriver au totalitarisme communiste ou nazi. En particulier,  en ce qui concerne le nazisme, elle écrit que sa barbarie n’est comparable à aucune autre forme de dictature, de tyrannie, de despotisme, de mal que des humains peuvent infliger à d’autres.

Les analyses que l’on peut faire de la barbarie, ne s’appliquent pas au nazisme. Il y a là quelque chose d’inédit, de radicale singularité. Comment comprendre qu’un régime politique soit passé  du « tu ne tueras pas » biblique à un «  tu tueras » généralisé ?

Pour le comprendre, il faut un concept nouveau pour un système de domination inédit car il y a entre le totalitarisme et d’autres formes de domination une distinction de nature et non de degré dans l’oppression : Le totalitarisme n’est pas un régime politique mais la suppression du politique. Il ne vise pas une manière d’organiser des rapports humains mais la destruction des rapports humains.

 

Son analyse part d’un constat fait à partir du procès d’Eichmann qu’elle a suivi en tant que reporter de journal. Eichmann est un homme ordinaire, bon père de famille. Comment peut-on en même temps être responsable de millions de morts ? Parce qu’il est médiocre et ambitieux, il fait ce qu’on lui dit de faire, en essayant de se hisser dans la hiérarchie. Il ne pense pas. C’est un homme vide. C’est cet oubli de penser qui a permis le nazisme. Eichmann a cessé de penser et perdu toute capacité de juger : il suffit d’obéir aux ordres, d’être un serviteur modèle et croire ainsi qu’on fait son devoir. C’est un conformisme qui est irresponsabilité. C’est ce déficit de penser qui rend le mal invisible, banal et banalisé. Ensuite l’endoctrinement parvient à généraliser la non-pensée.

Arendt  s’oppose à la notion de mal radical car cela voudrait dire que ce mal est à la racine de l’humain. Et que donc, il a un caractère inéluctable. D’une certaine manière, qu’on ne peut rien contre lui.

Non. Pour Arendt, c’est dû à des conditions particulières qui se sont cristallisées dans la société allemande du 19ème siècle et qui ont peu à peu rendu possible une élection démocratique mettant Hitler au pouvoir.

 Pour elle, ce n’est donc pas un mal radical mais une radicale banalité dont aucune société n’est à l’abri. La réflexion d’Arendt a pour but de comprendre pour que cela ne se reproduise plus. C’est pourquoi, c’est une philosophie du politique.

 

L’antidote à cette banalité du mal est l’exercice de la pensée.

Le fait d’aider les gens à penser, est le rempart contre cette barbarie-là et contre tout totalitarisme. Pour elle, penser, c’est s’arracher à la confusion, faire surgir du sens, singulariser notre rapport aux choses. Procéder par distinction conceptuelle, sortir des amalgames. Cela dépend de la pensée qu’il y ait du sens, que le monde soit sensé ou  non, que persiste un sens commun qui empêche le pire.

 

Procéder par distinction conceptuelle, elle le fait dans son livre sur la condition humaine, en distinguant le travail ( animal laborens : domaine de la vie, de l’économique, produire ce qui ne dure pas), l’ œuvre (homo faber :domaine de la culture, du social, produire ce qui va durer) et l’action ( domaine de la révélation de soi, de l’activité politique qui développe un espace d’apparition pour la liberté, un espace public pour un peuple d’acteurs).

Travail et œuvre sont indispensables mais on perçoit dans cette distinction que seule l’action peut permettre une société où le totalitarisme ne peut pas naître. Car l’action politique, c’est le souci du monde ; parce que la liberté, c’est le caractère de l’action. L’action nous confronte à une pluralité d’acteurs qui créent un lien humain entre eux.

Agir, c’est quelque chose qui commence, c’est une action singulière qui fait du neuf, c’est nouer une communauté avec d’autres, c’est pouvoir donner naissance à un monde.

 

D’où sa réflexion sur la natalité, et la surprise pour moi, de trouver l’évocation de la naissance du Christ comme exemple de natalité qui fait du neuf dans l’histoire. : « Le miracle qui sauve le monde…c’est finalement le fait de la natalité, dans laquelle s’enracine ontologiquement la faculté d’agir. En d’autres termes, c’est la naissance d’hommes nouveaux, le fait qu’ils commencent à nouveau, l’action dont ils sont capables par droit de naissance. Seule l’expérience totale de cette capacité peut octroyer aux affaires humaines la foi et l’espérance…C’est cette espérance et cette foi dans le monde qui ont trouvé sans doute leur expression la plus succincte , la plus glorieuse dans la petite phrase des Evangiles annonçant leur bonne nouvelle : Un enfant nous est né »

 

Ce livre sur la condition de l’homme moderne, elle voulait l’appeler l’amor mundi. Oui, c’est bien cela, aimer le monde, en prendre soin, et pour cela ne pas déserter le politique, agir, ne pas délaisser cette force d’action qui est notre plus haute faculté. Faire confiance à ce qui naît, aux ressources citoyennes, à la pluralité. Faire droit à la différence, au fait de la pluralité. Ce qui est la condition du vivre ensemble.

Le fait de lire Arendt, m’a ouvert à l’intérêt pour la philosophie. Justement dans le sens d’Arendt : invitation à penser pour agir.

 

 

H.ARENDT, Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal, Folio Histoire, 1997

A.ARENDT, Condition de l’homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, Pocket 24, 1983, p 314

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 22:22

« Puisque Dieu lui-même n'est pas un pouvoir, puisque Dieu lui-même est l'Amour, puisque Dieu lui-même ne possède rien, puisqu'il ne peut nous toucher que par son cœur, comme nous ne pouvons l'atteindre que par le nôtre, comment l'Église-Christ pourrait-elle être un pouvoir ?

Elle ne peut être qu'un lavement des pieds pour introduire l'homme dans l'univers de l'Esprit.

 

Par notre seule présence, nous pouvons susciter la vie, faire tomber les murs de séparation, être un évangile vivant. Et c'est le plus persuasif. Davantage ! la seule action vraiment humaine, irremplaçable, qu'aucune machine ne pourra jamais accomplir à notre place, c'est celle-là : une présence toute recueillie en son amour et qui le laisse transparaitre, et qui, en créant un espace de respect, comme Jésus au lavement des pieds, suscite en l'autre le sentiment qu'il y a quelque chose en lui qu'il n'a pas encore découvert et qu'il va découvrir maintenant parce que, à votre approche, à travers votre visage, il a vu luire le Visage déjà imprimé dans son cœur.

 

C'est cela qui est l'âme de tout apostolat. Nous n'avons pas à prêcher, nous n'avons pas à parler de Dieu ; moins on en parle, mieux ça vaut. Nous n'avons pas à faire un prosélytisme qui amène les autres à penser comme nous, puisque nous n'avons pas à penser quelque chose, mais à vivre Quelqu'un. Il s'agit de communiquer une Présence qui ne fait pas de bruit, une Présence qui est au cœur du silence et que le silence seul peut transmettre.

 

Le témoignage que nous avons à donner, le témoignage de notre vie : apporter à tous ces hommes pourvus des techniques les plus parfaites la révélation de l'amour par la lumière et l'amour du Christ. C'est pourquoi il faut apprendre à baisser les yeux devant les âmes.

Il ne s'agit pas de convertir les êtres en leur jetant des paquets d'arguments, mais de baisser les yeux avec tant d'amour qu'ils comprennent qu'il y a en eux une valeur tellement grande et tellement belle. Les êtres ne croiront en lui, le Dieu vivant, que lorsqu'ils découvriront en nous une source de vie. C'est cela, être missionnaire, prêtre, saint.

 

Si souvent, la religion s'est réduite à un ensemble de rites, d'exclusivismes étroits, parce qu'on ne l'a pas comprise comme l'ouverture à la vie. Comment pourront-ils résister à la religion, quand elle sera la vie, la vie qui chante, qui assume toute créature pour la porter à l'appel du Christ ?...

 

Dire les mots avec cette plénitude intérieure qui les rend efficaces. Ne jamais prendre soin de soi-même.

Il faut que le sourire commence à luire dans les ténèbres. C'est cela, la merveille de la parole: c'est que nous pouvons vraiment engendrer le Christ sans le nommer, sans qu'il soit jamais question de lui, sans qu'il soit jamais fait allusion à la religion ou à l'Église, car il remplit tous les mots, dès lors que la parole est ouverte sur lui. Le son devient l'harmonique de l'éternelle Musique qui fait lever dans la parole le rayonnement de l'Amour.

 

Notre vocation ? C'est d'être le sacrement collectif d'une Présence qui est la liberté dans sa source, un sacrement de silence où toute l'humanité contemporaine subira l'attraction de cette Présence qu'il est inutile de nommer si l'on n'en vit pas, car on ne fait que l'abimer, la défigurer, la limiter et la rendre odieuse. Il nous faut vivre (de) cette liberté, vivre (de) cette Présence qui est universelle et en chacun de nous, la vie de tout l'univers. Car si nous sommes axés sur le Dieu vivant, nous sommes au cœur des autres. C'est la seule manière d'atteindre les autres, d'atteindre leur intimité sans la violer, c'est d'aller, justement, nous-mêmes, jusqu'à la racine de notre être, c'est la même racine que les autres plongent dans le cœur de Dieu.

 

Nous pouvons agir sans prosélytisme, sans indiscrétion. Nous pouvons agir les yeux baissés, à condition que nous écoutions cet appel, que nous soyons atteints et fascinés par un Amoureux, un Dieu qui est totalement engagé dans notre vie, (...) un Dieu qui ne peut pas s'exprimer dans cette création, si nous ne sommes pas translucides à sa Présence. »

Maurice Zundel

Dans "Les Minutes étoilées de M. Zundel", d'Emmanuel Latteur. (page 40-42, Editions Anne Sigier)

Texte trouvé dans le site : www.chautard.info

 

 

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 11:54

Voici un texte d'Adolphe Gesché dans son livre: Dieu pour penser le cosmos ( Cerf) p 22. Pour continuer à nous aider à sortir d'une anthropologie fixiste et fondamentaliste.

 

 

L'idée de création implique que la liberté est vue comme un don. Ce qui signifie, cette fois, que l'homme est appelé à l'invention, à la créativité. Comme on dit en allemand : « Jede Gabe ist eine Aufgabe », tout don est une tâche.

L'homme n'est pas simplement créé (comme le caillou ou le lézard), il est créé créateur. L'idée de créa­tion atteint toute sa signification dans l'homme. La liberté y devient créatrice.

 L'homme n'a pas devant lui un destin tout tracé, fût-ce par Dieu, et dont il ne serait que le scribe calquant sous dictée un texte divin.

Parler de l'homme créé créateur, c'est dire que la liberté lui a été donnée d'inventer du nouveau, de l'inconnu, voire de l'inouï; de faire de sa vie l'éclosion et l'invention de choses nouvelles, remises et confiées à ses choix et à ses initiatives.

Le don n'implique pas, lui non plus, une statique, mais une dynamique.

La liberté prend ici les contours d'une invention de notre être.

Adolphe Gesché

 

 

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 13:58

J’ai été intéressée par un article d’Adolphe Gesché sur fond des questions soulevées par le mariage pour tous.

En effet une part importante (mais non unanime) des catholiques français et de l’Episcopat, fonde leur opposition sur une conception anthropologique qui serait le dessein de Dieu de toute éternité. Cela donne même l’impression que (oubliant ce que les sciences nous disent de la formation du cosmos, de la lente émergence de la vie, de l’évolution des espèces jusqu’à l’humain) nous revenions à une conception de l’homme et de la femme directement tiré-es des mains de Dieu !

J’ai lu cet article (que je vous recommande de lire en entier) sur fond de ces questions. L’anthropologie défendue par l’Episcopat me semble relevé du concept de fabrication et de dictée, de scénario figé, de réalité fixiste.

La cosmologie et l’anthropologie qui se dessinent dans cet article me semble être  d’une tout autre perspective et peut se résumer bien par ceci :

« Dieu, précisément, a voulu un cosmos qui ne soit pas puredictée, mais espace de possibilités internes et de liberté inventive. »

Voici donc des extraits de quelques pages écrites par Adolphe Gesché, dans son livre : Dieu pour penser le cosmos. Editions du Cerf 1994. Page 49 à 82

 

"Nous savons déjà que, en créant l'homme, c'est-à-dire une liberté, Dieu s'est interdit, là en tout cas, d'être le simple Moteur d'une dictée toute faite et réglée d'avance . La création de l'homme est la position, sans reste et sans retour, d'un être qui; de par la volonté même de son créateur, est appelé – c'est son acte de naissance à l'être –, à se construire dans -le droit et le devoir de l'invention et de la responsabilité. Il s'agit là d'un droit d'essence et d'un devoir d'existence. Avec l'homme, la création atteint à cet égard son véritable sens. Créer, c'est susciter quelque chose d'entièrement autre, de tout nouveau, et qui n'aura de signification, pour son créateur lui-même, que dans cette autonomie donnée et reconnue.

L'homme est là avec commandement et mandat, pour sa vraie grandeur comme pour celle de Dieu, de donner à son créateur la repartie. Celle, en somme, d'un co-créateur.

 

Mais en est-il de même, fût-ce avec des nuances, du cosmos ?

 

On comprend fort bien les réticences, et qu'on soit tenté de penser ici le contraire. Car si Dieu a créé l'homme tel que nous l'avons vu, n'est-ce pas précisément comme exception à l'ordre général, exception qui le définit dans sa singularité ? …

Ne devrions-nous donc pas plutôt nous demander s'il n'y a pas, dans l'univers où l'homme surgit, et donc dès le vœu créateur initial, un principe fondamental de créativité qui anime la création tout entière ? Il y aurait, et qui nous précède, un cosmos qui serait, lui déjà (et bien sûr à sa manière), instruit par un commandement d'invention…

L'homme manifesterait donc bien un saut de transcendance, mais non point aliéné de ce monde. La chose est pour nous capitale puisque, pour penser l'homme, nous croyons qu'il lui faut un cosmos qui soit véritablement son lieu, où il ne soit justement pas un étranger…

C'est en somme l'unité même de la création qui est ici en cause. Celle-ci, dans notre hypothèse, manifesterait tout entière, d'un bout à l'autre de la chaîne, une capacité fondamentale, « élémentale » de liberté, un devoir constitutif d'invention qui constituerait la charte même de toute la réalité. L'homme serait vraiment chez lui dans l'univers, comme celui-ci se retrouverait vraiment en l'homme…

il n'est donc pas indifférent que le cosmos où nous sommes nés (et parce que c'est là que nous sommes nés) soit ou ne soit pas une machine, mais qu'il présente au contraire une structure où ce qui est en jeu, dès le début, in principio, dès le départ, ce n'est pas la dictée mais l'invention, vœu de la réalité tout entière. Un monde où ce qui est attendu, où ce qui est en gestation comme sa raison d'être, c'est l'avènement plénier de la liberté, qui en est le sens et le couronnement. N'est-ce pas la signification de cette page souveraine de saint Paul, que « la création tout entière gémit [dans l'attente de] la liberté des enfants de Dieu » (voir Rm 8, 21-22) ?

L'homme alors n'est pas un Prométhée qui doit faire violence aux lois pour inventer et créer (et s'attirer du reste ainsi le courroux du dieu et de la nature elle-même). Il est celui qui bien plutôt accomplit, met au monde une potentialité qui s'y trouve inscrite… L'homme met au monde le monde. En connivence avec Dieu qui l'y a préposé. Mais en connivence aussi avec ce monde qui l'attend. Voilà pourquoi il n'est pas indifférent que ce cosmos, au lieu d'être une horloge déjà réglée, soit un monde où l'invention est la loi de son enfantement…

 

 

Dieu, si on veut bien nous passer l'expression, ne fait pas les choses «comme ça ». La création n'est pas la fabrication de choses toutes faites, comme le pense la conception naïve du créationnisme ou une idée toute mécanique de l'œuvre de Dieu…

Dans cette création, il y a des lois immanentes et des processus d'autorégulation, voire d'invention. Mais, dans le même temps aussi, on dit bien que c'est Dieu (créateur) qui «fait que » les choses se font ainsi. Dieu est affirmé « comme Cause », mais son geste est précisément de vouloir une autonomie interne. Saint Augustin voyait même très exactement en cela la véritable grandeur du créateur et l'essence même de l'idée de création. Créer, ce n'est pas tout dicter et disposer d'avance, mais ouvrir un champ et un espace d'autonomie. Fabriquer, c'est faire une chose toute déterminée et pour son utilité ; créer, c'est faire que l'autre soit pour lui-même.

Au reste, si nous voulons étayer notre proposition, remarquons que le texte scripturaire ne parle pas d'une causalité fabricatrice, ponctuelle, immédiate, mais d'un surgissement et d'un événement : les choses sont deve­nues (« egeneto »), écrit la Septante, en une version qui rend tout à fait compte de l'hébreu (ha.yah, advenir, surgir), alors que le latin («factum est ») est formellement déficient. Le verbe gignomaï (à rapprocher de l'anglais become : to coure to be) n'est pas le verbe eînaï, lequel pourrait insinuer ici comme une fixité.

Par Dieu (ou par sa parole, ou par son Verbe), « toutes choses sont devenues ». Elles ont été posées dans le devenir, dans leur devenir. A cet égard, rien n'est peut-être plus instructif que la formule de notre Credo, au reste directement inspirée de l'Écriture : di'hoû ta pansa egeneto 12. « Par qui tout a été fait », traduisons-nous très maladroitement à la suite du latin. « Par qui tout est devenu », devrions-nous dire. Traduction plus adéquate, exprimant mieux le caractère 3 précisément dynamique, « non achevé » du geste divin’. Sans compter que dans ce di'hoû ou ce per Quem est littéralement inscrit que la création n'est justement pas un acte d'immédiateté toute faite, mais qu'elle recourt, dès son principe, au ministère d'une médiation. Il n'y a pas, entre le créateur et le créé, cette absence d'écart, cette immédiateté qui laisserait tout dans les mains crispées d'un Dieu gardant en lui toute la causalité. N'y a-t-il pas quelque chose de barbare en cette idée de Dieu, et qui ruinerait l'intuition chrétienne"?...

Il est celui qui fait que les choses se font comme elles se font (et en cela il est Cause), mais, rigoureusement, il ne les fait pas, il ne les fabrique pas. Il ne les cause pas, il les crée. C'est-à-dire les provoque au devenir, il leur donne ordre d'advenir. N'est-ce pas pourquoi le récit de la création tout entier s'ordonne autour de mots de commandements et de verbes à l'optatif et à l'impératif ?

En n'identifiant pas purement et simplement Dieu créateur au rôle d'une cause, nous pouvons - car c'est une autre vérité de la création - identifier et respecter les causalités séculières et autonomes qui jouent dans la création. Qu'il s'agisse des lois, qu'il s'agisse du

hasard,, qu'il s'agisse des intentionnalités des êtres libres, ces causes, qui ont leur consistance et contribuent à la figure de ce monde, sont reconnues pour elles-mêmes et Dieu ne leur est pas substitué. L'autonomie des réalités terrestres s'en trouve garantie, contre tout créationnisme naïf ou intégriste, où le monde se trouve réduit à une, copie toute faite. Dieu, précisément, a voulu un cosmos qui ne soit pas pure dictée, mais espace de possibilités internes et de liberté inventive. Il y va de la consistance du cosmos reconnu pour lui-même

Dieu a créé un devenir créateur où, par le jeu et la médiation de causalités  internes, des choses vont advenir. Il a créé un processus, des virtualités, non des choses ou des objets, même si ceux-ci répondent à un vœu qui ne vient que de lui (« Qu'il y ait de la lumière »). Il a créé le monde, oui, mais ce monde est un champ ouvert. Ainsi se trouvent réconciliées notre foi chrétienne en Dieu créateur et notre observation de la réalité du monde telle que la science la découvre. Dieu a fait ce qui fait qu'il y ait cette création, ce cosmos que nous observons dynamique et inventif. Dieu est alors vraiment Créateur, vrai Créateur, c'est-à-dire créateur de création (sens actif), le créateur, non tant de choses créées, que bien plutôt de la création…

C'est bien de Dieu que le monde tient son être et son principe, mais ses « décisions internes » lui ont été laissées et confiées par Dieu. À quoi l'on reconnaît un créateur. Dieu n'est plus alors cet horloger ou ce géomètre, auteur d'une mécanique il est un créateur. Il, ne dicte rien, il pose «simplement » un-geste inaugural, le geste qui déclenche, permet et rend possible ce cosmos, en lui octroyant précisément de se faire comme il se fera…

Adolphe Gesché

 

 

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 22:49

Quelle recherche de Dieu, à partir des Evangiles revisités, peut à nouveau intéresser l’homme d’aujourd’hui et lui ouvrir des chemins de salut ?

 

Au début de son livre, L’homme qui venait de Dieu, (1), Joseph Moingt nous livre un début de réponse quand il s’interroge sur ce qui a pu étonner les contemporains de Jésus

 

Cet étonnement vient de l’originalité de l’accès à Dieu inauguré par le Christ, un accès qui est bonne nouvelle de salut pour nous encore aujourd’hui.

 

En suivant le texte de Joseph Moingt, voici ce qu’il me semble possible de repérer :

 

Jésus, ça se raconte.  

La bonne nouvelle de l’Evangile se présente sous forme de récit.

L’accès à Dieu par Jésus-Christ n’est pas un discours, mais une vie racontée. Vie racontée selon des intentions théologiques, des schémas de récit, mais qui reste en style narratif.

Vie racontée et interprétée de manière différente selon les époques. Aujourd’hui elle doit l’être sur fond d’une situation de modernité, d’un monde d’indifférence à la question de Dieu.

L’accès à Dieu, par ce récit évangélique, peut dire quelque chose de pertinent pour nous aujourd’hui, d’abord parce qu’il est récit.

Pourquoi ? Parce que le récit d’une vie (même théologisé et normé comme le sont les Evangiles) rejoint nos vies. Il y est question de naissances, d’actions, de paroles, de relations, de conflits, d’amitié, de souffrances, de repas, de mort, d’amour, de vie, d’espoir … et de ce fait rejoint les questions fondamentales de la vie humaine.

L’accès à Dieu par Jésus se dit au cœur d’une vie humaine. Il  peut donc  rejoindre nos questions.

Rejoindre ces questions, mais pour quoi faire?

 

 

Jésus, c’est des actes de libération.

Jésus rejoint nos vies pour le libérer. Pour les libérer de ce qui les empêche d’être humanisées et humanisantes.

Les miracles de Jésus le montrent bien quand ils décrivent des situations symboliques du  côté nocturne de notre vie : ce qui est lié au mal, à la souffrance, à la mort et met Jésus en contact avec des gens confrontés au tragique de l’existence : mort, maladie, pauvreté, injustice du sort, tout ce qui engendre des exclus. C’est Sa Parole « par l’intensité de la relation qu’Il nouait avec tous ces exclus  qui leur donnait la force de briser les chaînes de leur destin qui entravait leur liberté. » (2)

Ce récit rejoint nos vies pour les transformer, pour les libérer de ce qui les entrave. Le fait de donner des textes de guérisons pendant des retraites spirituelles, me montre bien la force de transformation dont ces textes aujourd’hui sont porteurs : guérison spirituelle de surdité, de mutisme, de paralysie…Nous sommes ici au cœur d’une expérience de salut.

Ce symbolisme nous est accessible car on peut pressentir que notre destin y est représenté : « La parole de Jésus est porteuse pour nous aussi d’un message et d’une force de libération » (3)

 

Jésus, c’est une parole libératrice.

Il y a dans son enseignement une Clarté libératrice.

« Il rendait possible à tous les humains un avenir différent, ouvert à une communication libre et fraternelle entre tous, parce qu’Il défendait la cause des opprimés, se faisait le partenaire de ceux qui n’avaient pas d’interlocuteur et rendait la parole à ceux qui en étaient dépossédés » (4)

Son enseignement peut être synthétisé par le mot de Royaume. Sa manière d’en parler donne à voir ce que Dieu veut. Quand un scribe lui déclare qu’aimer Dieu et le prochain vaut mieux que tous les sacrifices et les holocaustes, Jésus lui répond qu’il n’est pas loin du Royaume Mc12/34. Un royaume qui n’est refusé à personne.

L’Evangile de Marc commence par cette déclaration de proximité : « le royaume de Dieu est tout proche » Mc 1/15. Proximité du Royaume non pas temporelle mais dans  « l’horizon de l’existence de chaque jour »(5) Non pas refoulée dans le futur mais déjà là en toute occasion. Royaume déjà à l’œuvre dans l’histoire et dans les cœurs comme une semence.

Les images employées dans les paraboles prouvent cette proximité dont personne n’est exclu. Des images de la vie quotidienne comme la lampe, la mesure de farine, la pièce d’argent, la brebis, la semence. Un royaume fait d’événements courants et non pas enfermé dans un hors-monde ou dans un espace pensé comme sacré, séparé du profane. Par ce royaume donné comme proche, c’est la compréhension même de l’accès à Dieu qui est présentée. Un Dieu qui se trouve et se laisse trouver dans la vie humaine la plus simple quand elle est porteuse de vie, de croissance.

Qui a entendu ces paroles de Jésus a entendu Dieu, qui a vu celui qui les disait et qui les vivait a vu Dieu car Son « Message est inséparable de Sa Personne »(6)

 

Jésus, c’est la visibilité de Dieu

Qui est-Il ?

Lui-même posera la question : « Pour vous qui suis-je ? » La question de Dieu est donc à poser, en régime chrétien, au cœur de la vie humaine de Jésus.

La vie humaine de Jésus est accès auprès de Dieu.

Jésus dit Dieu par Sa Vie humaine. « Qui M’a vu a vu le Père ». C’est Sa Vie qui nous dit Dieu et nous donne accès à Lui, dans une connaissance qui ne peut qu’être expérience d’un « suivre ».

Il nous dit Dieu par l’originalité de Sa propre expérience de relation avec celui qu’Il appelle Père, par la manière singulière, marginale, de se situer face à Dieu dans un lien de réciprocité qui a questionné et peut continuer à questionner.

« Qui donc est Dieu pour Lui et qui est-Il en vérité pour tous les humains si Dieu trouve en Lui Sa vraie manifestation ? » (7)

Il nous dit Dieu et nous ouvre un chemin d’accès à Lui. Il parle et fait expérimenter par Son attitude même un Dieu miséricordieux. Il donne à voir un Dieu non de vengeance mais de  pardon, qui aime qu’on Lui fasse confiance, Pardonner, donner, accueillir les petits. Voici les constantes de l’image de Dieu qu’Il donne à voir.

 

Ce qui est donné à voir est une vraie révolution religieuse : c’est un Dieu qui sort des catégories du religieux

 

Joseph Moingt, l’homme qui venait de Dieu, Cerf, 2002

Idem p 47

P 48

P 47

P 60

P 58

P 57

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 23:55

 

Suite de « bonnes pages » d’Adolphe Gesché

Dieu pour penser la destinée, p 156 à 159

 (Editions du Cerf 2004 ISBN 2-204-05285-X)

N'est-ce pas un luxe inexcusable que de se poser la question de Dieu, alors que tant d'urgences et de priorités concrètes nous requièrent dans ce monde ? Dans ce monde où il y a la faim, l'injustice, la violence, la guerre, la pauvreté ?Coupable distraction métaphysique que de s'arrêter au problème de Dieu alors que « la maison de l'homme brûle » ?

Il ne s'agit pas d'évasion, si nous nous rendons compte que dans ce mot « Dieu » se trouve ultimement symbolisée, rassemblée et déterminée toute une manière de comprendre l'homme et la société, le type d'homme et de société qu'on veut ou qu'on ne veut pas. À ce titre, être au clair avec l'idée de Dieu, c'est en fait porter son attention sur ce qui, fondamentalement, détermine une certaine image du salut de l'homme et de la société.

L'idée de Dieu, en effet, n'est jamais, que nous le voulions ou non, une idée totalement « innocente ». Toute image de Dieu commande et implique partiellement une certaine idée de la société et de l'homme. S'interroger sur Dieu n'est donc pas poser une question gratuite ; c'est, d'emblée, poser – et poser radicalement, dans sa racine – la question bien actuelle et urgente du rapport que nous souhaitons entre les hommes. Un rap­port entravé ou sauvé par l'idée de Dieu ?

La sociologie a éveillé notre attention sur ceci : que la façon dont nous nous représentons Dieu et son salut est, pour une part, forgée par les intérêts et les modèles sociaux qui sont les nôtres'. Au XVIIème siècle, la manière dont on conçoit Dieu est partiellement dépendante de celle dont on conçoit la société, fortement hiérarchisée et monarchiques ; au XIXème siècle, la manière dont souvent on conçoit Dieu, garant d'un ordre social, fondé sur la propriété (code Napoléon) et la production (révolution industrielle), est largement tributaire d'un modèle de société où ce qui compte c'est un certain type de rendement et de progrès -, où la pauvreté est signe de paresse, voire de stigmatisation divine'. On pourrait multiplier les exemples, qui tous montreraient que jamais – la chose est d'ailleurs inévitable – l'image de Dieu n'est parfaitement « objective », qu'elle est toujours culturellement chargée.

Plus important : l'image de Dieu qui a ainsi été en partie commandée par des modèles et des intérêts sociaux – « image instituée » – devient par une sorte de choc en retour « image instituante » : au nom de l'image de Dieu, reflet de nos structures sociales, nous allons nous mettre à légitimer un type de société et en condamner peut-être un autre qui veut naître, mais n'est pas conforme aux intérêts dominants. Au nom d'une théologie qui souligne en Dieu le Maître tout-puissant, le Père monarchique qui veut l'ordre et la soumission, on va, au XVIIe siècle, légitimer théologiquement un ordre social où le droit du roi, un droit « divin » précisément, est omnipuissant et omniprésent '; où, quand on est né pauvre, il faut voir là un signe de la volonté de Dieu à laquelle on ne peut guère toucher. Même type de réflexe au xixe siècle, où l'idée d'un Dieu qui, par la réussite dans la richesse et l'entreprise, montre de quel côté est le mérite, sert à écarter, comme attentatoires à la volonté de Dieu, plusieurs revendications légitimes et prêche trop souvent la résignation comme seule attitude religieuse ". La religion, alors oui,, a servi d'opium. Elle a été utilisée. Elle s'est écartée du salut.

On le voit donc, se pencher sur l'idée que nous nous faisons de Dieu n'est pas un « problème de luxe ». Si nous sommes préoccupés d'un salut qui a aussi ses dimensions concrètes et terrestres, nous voyons que, avec l'idée de Dieu, nous détenons une clé fondamentale de l'avenir de l'homme. Tant que l'idée de Dieu sera de telle ou telle sorte et n'aura pas été remise en question et modifiée s'il se doit, nous n'aurons pas été à la racine ultime d'une situation que nous voulons éventuellement changer. Le croyant est ici en première ligne, dans la mesure où il détient une clé qui peut ouvrir ou fermer. « Derrière toute politique, il y a une théologie », disait Proudhon ". Ce fut, plus concrètement et très dramatiquement, l'expérience d'un P. Tillich quittant l'Allemagne des années 30 : « Si Hitler était le produit de ce que nous croyions être la vraie philosophie et la seule théologie, il fallait qu'elles fussent toutes deux fausses. C'est par cette conclusion presque désespérée que nous avons quitté l'Allemagne ". » Bien des horreurs qui se passent sur cette terre ne sont pas seulement imputables aux hommes qui ont le pouvoir, mais aussi à ceux qui manient les idées. Mot atroce, mais combien vrai, de Jean Rostand : « X... n'a pas de sang sur les mains, il en a sur l'esprit". »

La question qui nous est ainsi posée est celle qui déjà l'était dans l'Ancien Testament : « À qui donc [ou : à quoi donc] avez-vous laissé ressembler Dieu ? » (Is 40, 18), quelle image en avez-vous instituée ? Est-ce celle qui répond à sa vérité et au salut de l'homme, ou celle que vous avez déformée au gré de vos intérêts ? En posant cette question, on ne fait pas outrage à Dieu. Au contraire, c'est parce qu'on veut respecter la vérité de Dieu et sa volonté sur le salut de l'homme, qu'on se montre sensible à ce que nous en faisons. Au reste, ce ne sont pas seulement les sciences humaines qui nous invitent ainsi à revisiter notre tendance à faire Dieu à notre image. Les Pères de l'Église le savaient déjà, qui demandaient que l'on corrigeât sans cesse l'image de Dieu abîmée en idoles par la pente même de notre esprit. Simplement, le développement des connaissances met à jour des sources de formation d'idoles insoupçonnées jusqu'ici. Notre devoir d'aujourd'hui consiste à rencontrer un problème éternel dans les termes où il se pose à nous.

 

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 11:43

Voici une nouvelle rubrique de mon blog: Invitation à lire. j'y mettrai des extraits de livres que j'aime. Et si vous aimez aussi, vous aurez le désir de lire tout!

Je commence avec un extrait du livre de Adolphe Gesché: dieu pour penser la destinée (Ed itions du Cerf 2004 ISBN 2-204-05285-X)

 

"Une vérité anthropologique générale. Est-il si sûr que tout ce que nous pensons soit pleinement vérifiable et que tout ce que nous faisons repose sur des assurances ? Je ne le crois pas. Et j'ajouterais qu'il est heureux qu'il en soit ainsi. En tout cas, dès qu'il s'agit, non point du quotidien immédiat et matériel, où des assurances quasi absolues sont indispensables à notre sécurité et à notre survie, mais là où il s'agit de toutes ces choses grandes et importantes, et qui nous définissent vraiment comme hommes. Je pense à l'amour, à la fidélité, à la mise au monde d'un enfant, à l'éducation : qui parlera jamais ici de certitudes et de preuves ? On peut même penser qu'on n'en voudrait ici justement pas, pas trop en tout cas. L'amour aurait-il seulement sens s'il se fondait sur une assurance donnée d'avance, s'il ne comportait au contraire cette part d'aventure, d'énigme et de risque courus ensemble, ce pour quoi même l'amour a quelque goût ? Et des parents qui décident de mettre au monde un enfant ne savent-ils pas les risques qu'à tous égards ils prennent ?

La force de la vie est là pour nous assurer contre toutes les dénégations. La vie, en son sens même, comporte l'énigme et l'ignorance, et surtout là, précisément, où il s'agit des choses les plus importantes, celles en lesquelles nous mettons le sens le plus profond de notre être. On ne s'assure pas de l'amour ou de la fidélité de quelqu'un, d'une vocation ou des grands choix de vie, comme on s'assure de choses mesurables et quanti­fiables. On ne vérifie pas son enfant avant de le faire. Vérifie-t-on jamais un être ? Il y a même des recherches de garanties qui paralysent et condamnent d'avance toute expérience. La foi pourrait être cette assurance d'un tout autre genre : celle qui ouvre à la découverte (et à son désir). A une découverte qui, autrement, ne pourrait se faire.         

Seul un acte de foi, même au sens tout profane du mot, peut nous engager en certaines voies, qui sans lui seraient impossibles. Son absence nous ferait manquer les expériences les plus prégnantes de l'existence humaine. Aussi bien, avec ce mot de foi, voici prononcé un mot capital. Car peut-on imaginer quoi que ce soit d'un peu important sans un minimum de cette foi qui nous fait sauter par-dessus les zones d'ombre et d'inconnu ?

Le mot « foi » est un mot qui n'appartient pas uniquement au vocabulaire religieux. Mille expressions (« J'ai foi en lui », « Je t'en donne ma foi », etc.) scandent ainsi notre vie de tous les jours. Nous ne pouvons pas tout vérifier par nous-mêmes et à tout instant ; il nous est indispensable de croire à la parole et à la bonne foi des autres. Nous devons nous décentrer de nous-mêmes, renoncer à nos prétentions et illusions de pouvoir tout contrôler par nous-mêmes. Nous devons et, encore une fois : surtout dans les actes les plus existentiels – devant tant de choses en partie opaques et précisément invérifiables, jeter un pont de confiance en nous, dans les autres et dans la vie, non seulement pour surmonter l'incertitude paralysante, mais pour pouvoir réaliser quelque chose et nous réaliser nous-mêmes.

Très souvent même, c'est parce qu'elle passe outre à la véri­lication que la foi, en rendant l'acte possible, assure par là même la vérification que l'on attendait. La foi est vérifiante, il y a en elle un « caractère vérifiant » qui, comme dans l'amour, révèle et manifeste – véri-fie – le bien-fondé et la vérité d'une décision où la raison demeurait incertaine de ses choix . « Une telle transcendance à la vérification marque tous les aspects essentiels de l'existence humaine ". »

Certes, ceci ne prouve pas encore qu'existe ce salut que le soupçon qualifiait d'invérifiable. Mais tout ceci montre qu'il y a dans la réalité une part incontournable d'énigme, au-devant de laquelle nous devons comme forcer les limites de la simple raison si nous voulons entrer dans certaines expériences décisives. Celle du salut pour­rait être de celles-là. Nous n'aurions même pas dû, pour cela, quitter les chemins d'une anthropologie toute profane de l'acte de foi.

« Un être de foi » telle pourrait d'ailleurs être une des définitions de l'homme (comme on dit : « être de raison »). L'homme avance en raisonnant, mais il avance aussi en croyant, credendo. Les plus grandes aventures ont souvent été fondées sur le risque, « le beau risque » dont parle Platon. L'homme est là tout entier, lui qui, dans la création, est l'être qui ose, invente, transgresse l'évidence, met au monde, refuse de ne suivre que les évidences."

Adolphe Gesché, Dieu pour penser la destinée, p 62 et 63


 

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