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30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 11:24
Noël...par Catherine Berlot Legrand 

NOËL...

Astre de nuit, pâle lueur,

Annonce de lumière 

Au jour du face à face...

 

Lumière de Noël, 

Présence en nos maisons,

Au plus sombre des nuits 

De notre humanité. 

 

Présence de Noël 

En toutes nos absences,

A ces lieux de labeur,

Qui parlent bienveillance, 

Faux semblant d'esclavage,

Et réduisent au silence, 

Toute soif de justice...

 

Parole de Noël, 

Au plus secret des cœurs,

Ciel qui s'ouvre

Et découpe les liens

Des sordides mensonges

Qui divisent familles,

Églises ou entreprises...

 

Secret de ces Noëls,

Naissance du divin,

Puissance de la Vie,

Qui anime et relie

L'infiniment petit

A L'infiniment grand...

 

Puissance de Noël 

Dans la fragilité 

D'un tout petit enfant;

Douceur sur nos visages, 

Qui garderont les traces,

Rides où se sont écoulées, 

Les eaux amères de nos larmes.

 

Douceur de Noël, 

Murmure de promesses,

Qui rend Inacceptables,

L'immense solitude

Et l'affreux dénuement 

De tous les exilés,

Fruits amers, aux visages marqués 

Par la guerre ou bien l'âge.

 

Murmure de Noël...

Qui invite au silence

Et ouvre nos oreilles 

Au cœur qui bat en nous,

Sang qui irrigue

Et nomme toute chair

Frère et sœur de combat.

 

Astre de Noël, 

Qui veille de la nuit au jour...

Amour qui adoucit

La brûlure déchirante 

De la vérité...

Paix qui rend fort et embrasse 

Ceux et celles qui crient

Justice...

 

Justice de Noël 

Marchera devant nous...

Astre du jour, pâle lueur...

Insolente lumière 

Du dernier face à face...

 

Catherine Berlot Legrand 

Le 25/12/2021

 

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24 décembre 2019 2 24 /12 /décembre /2019 14:17
Noël, un appel puissant à l’espoir et à l’éveil au cœur de la tourmente par Jean-Claude Ravet, journaliste québécois

Belle fêtes de Noël avec ce texte d'un journaliste québécois qui nous en donne un sens bien en lien avec notre réalité. Qu'il nous inspire pour en vivre vraiment.

"Les fêtes religieuses ou séculières introduisent une rupture dans le temps qui court. Elles suspendent le cours usuel des choses pour entretenir et nourrir le sens aussi essentiel que l’air pour les êtres humains, immergés dans l’imaginaire comme les poissons dans l’eau.

Transfigurant le temps chronologique en temps qualitatif, en présence habitée et significative, elles sont l’occasion de se rappeler que, dans la vie, le travail n’est pas tout, ni le pain, ni l’utile.

Car nous vivons aussi de sens, de rêves, d’amitiés, d’une foule de choses inutiles s’exprimant parfois en chant, en danse, en embrassade, en réjouissance, parfois en recueillement, en gratitude, en silence — autant de baumes apaisants appliqués soigneusement sur les douleurs et les blessures que nous réserve la vie. La quête de sens reprend ses droits sur les fonctions et les rôles. Nous redevenons enfants, accueillant de nouveau le monde comme enchanté, habité aussi d’extraordinaire et d’infini.

La sécularisation de la société n’y change rien. Elle peut même affiner le sens du sens des scories du temps, la sensation charnelle et le léger murmure parfois terrassant. Sauf à vouloir nier l’adhérence humaine au sens et l’ouverture innée au mystère, en les qualifiant d’enfantillage, de superstition ou encore de reliquats culturels condamnés à disparaître.

Dans un monde dominé par la rationalité instrumentale, l’idéologie technicienne pourchasse toute forme de religiosité ou de spiritualité comme contraire à la réalité fondamentalement « objective ».

Noël, heureusement, revient comme un coup de semonce qui nous permet de nous ressaisir. Peut-être parce qu’il touche au plus près de notre fragilité, au contact de laquelle les masques fondent, les personnages qu’on se fabrique pour remplir un « rôle » s’étiolent, laissant à vif notre âme charnelle, avide de symboles et d’imaginaires, sensible aux voix qui nous façonnent et au désir d’infini qui nous habite. En ce sens, Noël est un appel puissant à l’éveil et à l’espoir, et ce, au coeur même de la tourmente.

Réfugiés

Car, ce que met en scène le récit de Noël, c’est la puissance d’enfantement qui est au coeur de la vie même, fût-elle entravée par la misère qui jette sur les routes, et contraint à la crainte, à l’abandon et au froid.

Le récit nous situe d’emblée au temps habituel des maîtres du monde et des roitelets à leur solde, qui vampirisent la vie des pauvres. Mais, aussitôt, il dirige nos yeux en marge de l’histoire officielle.

Ainsi, très loin de ces palais où s’écrit l’histoire, dans un recoin perdu du désert, deux migrants ont squatté par nécessité une étable. La femme a donné naissance à un enfant, qui repose dans une mangeoire. Rien de plus banal — voyez les caravanes de réfugiés et leurs cortèges de souffrance — si ce n’était que cet être on ne peut plus fragile et dépendant, enveloppé de guenilles et d’amour, rayonne de la présence divine.

Dieu — celui à qui les maîtres du monde recourent pour justifier leur pouvoir, leur richesse et la dépossession des autres. Mais le plus fabuleux dans cette histoire, plus encore que cette épiphanie, c’est que personne ne s’en rend compte, sinon des bergers, parmi les plus méprisés de la société de l’époque.

Ceux-là ont su voir l’impensable et joindre leur voix au chant des anges dans la nuit étoilée. Dieu fait chair, fragilité extrême, anonyme comme les pauvres, inaudible et invisible comme eux, dépouillant ainsi les pouvoirs de leur aura sacré en laissant la violence nue.

Chant de libération

Cette histoire a rejoint des générations d’hommes et de femmes éprouvés durement par le rejet et la non-existence. Ils y ont lu le récit de leur dignité déniée par les pouvoirs, mais inaliénable, et y ont puisé courage, force et joie — espérance qui soulève et maintient debout ceux et celles qui sont prostrés, écrasés par la souffrance et l’injustice, dans un combat qui n’est pas vain, parce qu’il émane de la vie même.

Certes, comme toute histoire subversive, Noël a souvent été neutralisée et aseptisée par les pouvoirs, politiques ou religieux, soucieux de maintenir l’ordre social au service d’une élite. La dernière réussite est d’en avoir fait une foire commerciale lucrative célébrant la Marchandise et son culte sans trêve de l’Argent.

En ces jours où la Terre, ravagée par la cupidité et la démesure, crie avec les dépossédés de ce monde, et où les puissants, insouciants et repus, se détournent pour continuer à jouir de leur rapine, la nuit de Noël fait plus que jamais entendre son chant de libération.

Elle fait éprouver la joie qui dépouille du superflu, des faux semblants comme d’une peau morte. Rappelle que le monde est en travail d’accouchement. Et que nous sommes ses sages-femmes quand, accueillant notre fragilité qui nous unit à la Terre comme à notre mère, par nos gestes, nos manières d’être et de vivre, nos luttes acharnées, nous faisons surgir des oasis de beauté, de douceur, de service, de partage, de bonté, de justice, et reculer ainsi le désert."

Jean-Claude Ravet

Accès à la source: https://www.ledevoir.com/opinion/idees/569677/noel-un-appel-puissant-a-l-espoir-et-a-l-eveil-au-coeur-de-la-tourmente?utm_source=infolettre-2019-12-24&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 14:20
Invité-es: Rita Amabili, « Ailleurs », c’est l’affaire de tous.

 Heureuse d’accueillir Rita Amabili sur mon blog.

 

Rita Amabili
auteure, théologienne et conférencière
Tél.: (450) 813-7624

http://www.ritaaamabili.com/

 

Née à Montréal le 15 décembre 1954, Rita Amabili-Rivet est un écrivain canadien.

Elle travaille en milieu hospitalier durant une quinzaine d’années à titre d’assistante-infirmière-chef.

En 1980, elle suit des cours d'accompagnement en fin de vie ce qui la guide comme infirmière, et pour le reste de sa vie comme être humain "accompagnante de l'autre"

Depuis le début des années 1990, elle étudie la théologie tout en menant une carrière d’auteur, d’animatrice de radio (1995-2000) et de conférencière.

Elle obtient une maîtrise en théologie et travaille à la vulgarisation des textes bibliques et de l'ensemble du message chrétien.

Pour elle, la théologie féministe est un moyen de contrer toute forme d'exclusion.

La solidarité et la chaîne humaine universelle sont les thèmes de base sur laquelle repose son œuvre. Elle trouve son inspiration dans sa famille composée de son compagnon et de ses trois enfants.

Elle écrit sur les enfants du monde et consacre plusieurs textes et histoires aux enfants vivant dans des pays en guerre, ou victimes de conflits.

http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Rita%20Amabili-Rivet/fr-fr/

 

« Ailleurs », c’est l’affaire de tous.

C’est ainsi que se termine l’article de madame Chantal Guy publié dans La Presse. L’éditorial Le déficit de la paix [1] rappelle les conséquences concrètes des catastrophes humanitaires de la planète : plus de 50 millions de personnes déplacées sur terre présentement.

Ces dernières semaines, en jetant un coup d’œil à ma fenêtre le matin, ou en prenant un café, je spécule sur ces êtres humains déportés, sans domicile, comptés pour rien, dépourvus d’un avenir qui en vaille la peine. Nous prenons parfois pour acquis les merveilles de notre quotidien : les enfants qui dérangent notre calme, le téléphone qui n’arrête pas de sonner, et notre horaire surchargé qui nous laisse trop souvent pantelant mais en vie!

En vie comme lorsque s’empilent dans les différents casiers de notre crâne, les idées géniales ou non, sur d’innombrables sujets qui changent notre propre petit monde. En vie comme quand nous avalons mécaniquement une pilule quotidienne, que nous nous faisons notre injection journalière ou que nous prenons notre inhalation du matin, sachant fort bien qu’eux ne peuvent pas continuer leur vie à l’aide des avancées médicales mais qu’ils la perdent un peu à chaque jour, pris dans le marasme d’un conflit de grands, de si Grands qu’ils ne peuvent apercevoir le peuple écarté de la vie tandis qu’ils penchent un peu la tête pour approuver un autre combat.

Lors du conflit dans les Balkans dans les années 90, j’ai vu dans La Presse, une photo d’une jeune femme déportée avec son enfant dans les bras. Elle avançait au milieu de son peuple, groupe harassé et sans nom. Pour elle, j’ai créé SÉBAHATA, que mon fils Raffaelle a mis en musique et qu’il chante avec sa sœur Eva.

Je vous l’offre avec plaisir en hommage à tous les peuples privés d’une existence… ordinaire…

 

 

Sebahata, sur la photo tu sembles désespérée

Tu n'as pas pris part aux parlementions d'avant guerre

Car tu t'occupais à donner le sein à ton nouveau-né

Très mal appuyée comme des milliers d'autres aux pierres

 

Sebahata connais-tu une berceuse pour ton enfant

Qui raconte que les hommes du prochain millénaire

N'auront plus à effacer que les terribles frontières

Qui empêchent l'amour du monde et font hurler les printemps

 

Sebahata, tes longs cheveux sont sales et tes mains abîmées

A peine survivante, sans gémissement sans larme

Tu t'accroches de toute ton âme à ce petit bébé

Qui demain continuera ton peuple meurtri par les armes

 

Sebahata connais-tu une berceuse pour ton enfant

Qui raconte que les hommes du prochain millénaire

N'auront plus à effacer que les terribles frontières

Qui empêchent l'amour du monde et font hurler les printemps

 

Tu dormiras à la belle étoile, réfugiée sans nom

Ombre perdue parmi ceux que l'on veut effacer.

Dans ta mémoire, tu portes celui que l'on a tué

Et qui hier encore murmurait ton prénom

 

Sebahata connais-tu une berceuse pour ton enfant

Qui raconte que les hommes du prochain millénaire

N'auront plus à effacer que les terribles frontières

Qui empêchent l'amour du monde et font hurler les printemps

 

Sebahata, de mon pays s'ouvrent mille bras

Pour porter à tous les tiens l'espoir à la goutte

De si loin bien sûr nous pouvons faire la route

Qui relie ensemble tous les humains à la fois

 

Sebahata connais-tu une berceuse pour ton enfant

Qui raconte que les hommes du prochain millénaire

Feront tous chaîne humaine pour remplacer les frontières

Finalement par l'amour du monde par cent mille printemps

 

 

Sébahata

 

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 11:12

 

 Pierre est à l’évier. J’attends derrière lui car j’ai quelque chose à mettre à la poubelle. J’attends… Puis je me retrouve à l’évier et Pierre attend derrière moi. Nous répétons ce petit duo 3 ou 4 fois, toujours silencieusement, calmement. Notre fille s’est alors exclamée : « C’est incroyable, vous attendez sans rien dire. Chez moi, il y a longtemps que j’aurai entendu crier ! » Pierre et moi avons alors pris conscience du fonctionnement d’égalité qui nous paraît aujourd’hui si naturel.

Et notre fille d’ajouter : « Vous êtes, à ma connaissance, le 1er couple démocratique ! » Surprise et joie !

 

« Donner généreusement ma vie à Dieu. »

Mon mari et moi venons de deux arrière-plans similaires : monde paysan catholique, pensionnaires dans un établissement privé. Notre idéal était de « donner généreusement ma vie à Dieu ». De ce fait, il pensait à la prêtrise et moi à la vie religieuse mais il a renoncé et moi, j'ai dû y renoncer car « je tombe trop facilement amoureuse ». Cela a été un moment très déboussolant. Comment donner alors généreusement sa vie à Dieu ?

Mais j’ai rencontré Pierre. Pour notre mariage, (il y a 38 ans), nous voulions une cérémonie qui ait du sens. Nous avons choisi deux textes qui traduisaient l’importance de notre engagement envers Dieu et envers les autres. Le premier, « Tu protégeras la veuve et l’orphelin », et puis la parabole du Jugement dernier : « Tout ce que vous avez fait aux plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25,40) Durant cette cérémonie, nous proclamions notre vocation missionnaire en nous engageant ensemble dans ce monde du travail, associatif, syndical et politique.

Un texte de Roger Garaudy nous a aussi accompagnés dans ce jour fondateur : « L’amour commence lorsque l’on préfère l’autre à soi-même. » (lien hypertexte). Nous lisons et relisons ce texte le souvenir de cette journée, de ce temps fort reste ancré en nous.

 

Une vie de couple basée sur le respect.

Nous nous étions promis le respect. Ce fut pour moi un apprentissage : ne pas commander l’autre, ne pas vouloir changer l’autre, lui laisser son jardin secret, accepter de ne pas connaître tout son passé. Pierre avait 40 ans et moi 33. Le début de la vie de couple est aussi très important parce qu’il oriente, sans qu’on s’en rende compte, la suite de la relation. Lorsque j’ai commencé à laver la vaisselle, Pierre a pris un torchon. Je n’ai rien dit. Beaucoup plus tard, j’ai réalisé que si j’avais dit : « Laisse, Pierre, je vais le faire », ce geste, il ne l’aurait plus jamais fait !

 

Un amour tourné vers l’extérieur, vers les autres.

L’amour est respect, mais il va même plus loin, « l’amour commence lorsqu’on préfère l’autre à soi-même ». Nous nous sommes engagés dans le monde. Et nos deux enfants nous ont aussi appris à être disponibles aux autres. Les enfants sont exigeants, nous sollicitent… Ils sont devenus jeunes adultes et il nous faut apprendre à respecter leurs choix et les assurer de notre accueil, de notre soutien, de notre amour quoiqu’ils/elles fassent, et savoir leur montrer notre fierté. Nous sommes fiers de nos enfants.

 

« J’arrive à lui faire faire tout ce qu’il veut. »

Un groupe d’amis projetait une sortie et ils m’ont demandé : « Alice, allez-vous venir tous les deux ? » J’ai répondu que je ne savais pas, qu’il fallait que je demande à Pierre ce qu’il en pensait. Surprise ! J’ai alors compris que ce groupe pensait que « je portais la culotte ». Alors, je leur ai dit : « Oui, j’arrive à lui faire faire tout ce qu’il veut ! » Ce que Pierre a repris évidemment : « J’arrive à lui faire faire tout ce qu’elle veut ! » Blague que nous aimons et qui indique le respect mutuel que nous voulons vivre et incarner.

 

Accepter les différences.

Nos caractères sont différents et nos avis sont différents. Nous ne sommes pas toujours d’accord mais nous discutons et dialoguons, sans chercher à convaincre l’autre. Cela nous permet de formuler les raisons de notre point de vue. Très vite j’ai dit : « Pierre ferme tout et moi j’ouvre constamment ! Cela agace l’un et l’autre ! » Nous avons appris à accepter cette situation qui perdure. Nous sommes différents et nous ne nous sentons pas obligés de faire telle activité parce que l’autre la fait. En ce moment, je suis « toujours partie » et Pierre aime bien être à la maison.

 

Avancer dans la confiance et la vérité.

Je tombe trop facilement amoureuse, m’avait-on dit ! Une fois mariée, cela a encore été vrai. Questionnements, souffrances… J’en parlais alors à Pierre. Il savait que j’étais à nouveau amoureuse, bien avant que j’en prenne conscience ! Mais forte de sa confiance, forte de son amour dépossédé, je pouvais alors renouveler le choix de vivre et d’aimer mon mari. Je peux en parler en tout bien, tout honneur. Nous avons eu toujours la chance de pouvoir nous dire les choses.

 

Porter la souffrance ensemble.

Nous avons vécu des temps difficiles au sein de notre Église quand les baptêmes de nos enfants ont été refusés, dans l’église paroissiale, car Pierre avait été candidat avec l'étiquette PS. Finalement, ils ont été baptisés « en exil » et nous avons appris à distinguer foi et religion. Nous continuons toujours à croire au Christ, en sa bonne nouvelle de l’Évangile et en notre vocation vécue au cœur de ce monde.

 

Comment peut-on parler des « liens du mariage », « liens indissolubles » ?

Notre mariage n’est pas un lien. Je ne suis pas enchaînée. Je suis devenue une femme libre, libérée. Je suis si heureuse parce que j’ai le sentiment d’une liberté fortement ancrée en moi. Dans nos engagements de couple, nous avons appris à être solidaires et à nous entraider. Nous avons appris l’importance de l’union pour avancer ensemble.

Notre amour est émerveillement et remerciement. Cet amour m'a comblée au-delà de toute espérance. Et j'ai pris conscience, il y a peu de temps, qu'en fait j'avais vécu selon mon idéal de jeunesse : donner généralement ma vie à Dieu en vivant, en aimant.

 

Alice Damay-Gouin (avec la collaboration de Marie-Noëlle Yoder, pour son site : roulerensemble.com)

 

« L’amour commence lorsqu’on préfère l’autre à soi-même, lorsqu’on accepte sa différence et son imprescriptible liberté. Accepter que l’autre soit habité par d’autres présences que la nôtre, n’avoir pas la prétention de répondre à tous ses besoins, à toutes ses attentes, ce n’est pas se résigner à l’infidélité à notre égard, c’est vouloir, comme la plus haute preuve d’amour, que l’autre soit d’abord fidèle à lui-même. Même si cela est souffrance pour nous, c’est une souffrance féconde parce qu’elle nous oblige à nous déprendre de nous-même, à vivre intensément cette dépossession enrichissante. Dans la plus amoureuse étreinte, c’est un être libre que nous étreignons, avec tous ses possibles, même ceux qui nous échappent. » Roger Garaudy, Parole d’homme

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 19:40
Invité, Didier Lévy : Incompatibilité entre la foi chrétienne, l’héritage humaniste et le Front national.

Combien il a été utile que des voix catholiques s’élèvent entre les deux tours et affirment – unies aux autres familles chrétiennes, aux autres spiritualités et aux héritiers de toutes le Lumières - l’incompatibilité entre la foi chrétienne, ou l’héritage humaniste, et le discours de haine du Front National. Pour réparer la complaisance qui au sein de l’Institution, et à son plus haut niveau, se refusait à dire à qui voulait l’entendre, quel était, en justice, ‘’le bon choix’’.

Parce qu’à cet étage, au regard de l’esprit de libre examen que le candidat républicain manifestait sur des questions attachées aux positionnements bioéthiques les plus verrouillés de l’Eglise romaine, l’enracinement historique de l’extrême-droite et l’exhortation à toujours exclure et rejeter davantage – l’autre, le plus démuni - de la candidate frontiste, inébranlablement calée sur des enfermements nationalistes, identitaires et xénophobes, ne pesait finalement pas plus lourd.


Et combien, il est éclairant de revenir, grâce à l’article du blog de Sr Michèle[1], sur la succession des dérives qui, additionnant au fil des temps leurs écarts par rapport au message messianique, ont construit la préoccupation hégémonique de l’ordre sous toutes ses formes, avec en parallèle « une conception fixiste du monde et de l’humain ». Et imposé la primauté de l’autorité sur la libre « conversion personnelle et collective » mise au service de ce Royaume que « dans le sens de l'amour, de la justice, du partage (…), il nous revient de bâtir ».

 

Le croire n’unit pas. Le croire divise quand il ne fait pas haïr.

 

Sans doute est-ce d’une certaine façon le prix à payer, dans le temps long de la création où nous sommes depuis la sortie du mythique Eden, pour que l’image du Juste se dégage au milieu de l’aventure que traverse l’humanité. Dans la durée de son cheminement.

Ce juste auquel les 7 commandements de Noé sont venus dessiner un balisage incertain et toujours exposé à s’effacer.

Évoquer la figure du juste à propos du péril que la progression des suffrages lepéniste a mis devant nos pas, ne peut que nous renvoyer aux années où cette figure a repris vie et gagné ou regagné un sens.

Où était en effet la chrétienté (s’entend ici le fait d’être chrétien) pendant les années d’Occupation – puisque s’agissant de l’extrême-droite, c’est inéluctablement à celles-ci que nous sommes renvoyés.

Est-elle sous les pas du Chef de l’Etat français quand celui-ci franchissait le parvis des cathédrales où le clergé du lieu, mitre en tête, l’accueillait en grand pompe ? Tout à sa béatitude devant le ‘’Sauveur de la France’’ qui refermait la page ouverte par la Révolution française, si impie et si honnie. Est-elle dans les discours radiophoniques de Philippe Henriot, ci-devant député ultra catholique et orateur déchaîné contre la Résistance et les Alliés ? Est-elle sous l’uniforme de Mgr Mayol de Lupé, aumônier militaire de la Légion des volontaires français puis de la Division SS Charlemagne ?

 

Ou bien est-elle, comme tout nous en forge l’intime et pénétrante conviction, dans les prises de position publiques des évêques Saliège et Théas dressés contre le déchaînement des persécutions antisémites ? Et au Chambon-sur-Lignon, autour du Collège Cévenol, parmi les enfants juifs qui y étaient cachés ? Et dans ces villages des Cévennes où protestants et catholiques, qui ne se parlaient plus depuis les Dragonnades, retrouvaient un ‘’vivre-ensemble’’ en se répartissant les familles juives à sauver ? Et dans ces communautés religieuses et ces presbytères qui prenaient leur part de ce sauvetage, ainsi que dans ces écoles où s’est joué ‘’pour de vrai’,’ pendant des mois ou des années, la version originale de ’’Au revoir les enfants’’ ?

Et dans les engagements des chrétiens – professeurs de droit, journalistes, prêtres, pasteurs et fidèles sans grade – qui ont voulu se reconnaître dans le si beau mot de ‘’Témoignage’’. Et qui dans les mouvements et les réseaux, puis dans les maquis se sont réunis pour la même Résistance aux autres croyants, aux athées, aux ‘’bouffeurs de curés’’ d’avant-guerre, aux héritiers patriotes de familles de vieille noblesse ou de bonne bourgeoisie, et aux militants communistes qui chantaient avec eux la même Marseillaise. Et aux inconnus de l’Histoire.

 

Tous ont couru les mêmes dangers devant la barbarie nazie. Tous ont consenti au sacrifice de leur vie qu’en grand nombre ils ont rencontré au bout de leur chemin.

Tous, c’est à dire ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n’y croyaient pas.

 

C’est là le legs, mais aussi l’avertissement, que le poète nous alors laissés en un vers inoubliable. Pour distinguer et pour désigner ceux qui se retrouvent dans ‘’le bon choix’’, et pour dire de quoi celui-ci est fait.

 

Didier LEVY – 12 05 2017

 

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 21:24
Invité-es, Katrin Agafia: Le désir du Vivant, Mt 28/1-10

« Oh Dieu, puissé-je être vivant quand je mourrai ! » Voilà ce qu’écrivait Donald Winnicott, un célèbre psychanalyste et pédiatre, peu de temps avant sa mort. Et s’il avait raison… si le problème n’était pas tant de savoir quelle sera notre vie après la mort, que de nous interroger sur notre façon d’être vivants dès ici-bas ! Etre vivant oui, mais comment ?

Dans ce texte, on rencontre d’un côté des femmes et de l’autre des gardes. Chacun est vivant, bien-sûr, vacant à ses occupations, mais le texte nous dit combien la peur s’est emparée des gardes. Les voilà tout tremblants, comme morts… Vivants, mais déjà morts, sans désir propre, obéissants aux ordres ; ils subissent les évènements, esclaves de leur propre peur !

Les femmes, elles, sont poussées par leur envie de « voir le tombeau ». Elles sont en marche. Leur ami a été arraché à la vie et la morsure du manque est immense ! Alors pour conjurer l’absence, il leur faut habiter ce lieu où repose l’être aimé ; il leur faut chercher Jésus le crucifié, jusque dans le néant de la mort, telles des sentinelles à l’affût de la moindre étincelle d’éternité.

« Ne craignez rien, vous. Je sais que vous cherchez Jésus le crucifié ». Ainsi le messager sait, il connaît ce désir qui les fait avancer.
Un désir pétri d’impatience qui
oblige à courir, à se hâter… parce que si on y regarde bien, l’Amour n’aime pas se laisser enfermer. Il est ailleurs, toujours ailleurs, jusqu’en Galilée. Et il faut donc se presser pour ne rien perdre de ce qui est dévoilé, pour ne rien amasser de ce qui est donné !

Un désir creusé par la faim: faim de réponses, faim de sens, faim de présence, faim de cette joie capable de tout faire trembler, de tout faire craquer, même la plus lourde de nos pierres où la mort s’est terrée . Une faim comme gage de justesse et de sincérité. Une faim si grande que Dieu, Lui-même, s’est approché. Et soudain, le temps d’un regard, deux mondes se sont trouvés : l’humain a caressé le divin, et le divin s’est laissé enlacer. Oui, juste le temps d’un regard, l’instant présent, suspendu à ce désir fou de vivre pour de vrai, a épousé l’éternité.

Certes, il est malheureusement possible de subir nos existences, prisonniers des exigences imposées par notre société. Il est possible d’être rassasiés de toutes ces choses qui nous donnent l’impression d’exister. Il est possible de faire semblant de vivre et laisser la mort tout emporter.

Mais à la lecture de ce texte, un autre chemin est envisageable ; un chemin où deux femmes nous ont précédés, où Jésus lui-même nous a guidés. Le chemin d’une bonne nouvelle où vivre, c’est faire le choix d’écouter son cœur en premier, ce cœur qui nous supplie de toujours nous relever ; un chemin où vivre, c’est aller au tombeau, et se tenir là, vidés, juste au bord du gouffre, sans jamais cesser de veiller ; un chemin où vivre, c’est accepter la faim, la soif, comme autant de sentiers qui nous mènent vers notre liberté ; un chemin où vivre, c’est tenir serrés là, tout contre son cœur, les quelques mots de tendresse qui nous ont été confiés ; et puis marcher, marcher, sans jamais s’arrêter jusqu’en ce lieu, où nous n’avons jamais osé mettre les pieds ; un chemin où vivre, ce n’est pas juste s’approcher, c’est tomber à genoux et enlacer les pieds de l’être aimé, ce n’est pas juste aimer, c’est s’empresser d’aimer, comme si ce jour allait être le dernier; un chemin où « vivre, c’est gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés. »[1]

Alors, si vivre c’est désirer, on peut comprendre que Jésus soit ressuscité car son plus grand rêve était de nous rendre aussi Vivant que Lui, ressuscités avec Lui, ressuscités en Lui. Et au matin de Pâques, ce désir s’est faufilé jusqu’au creux de notre humanité ; un désir brûlant et contagieux comme les flammes d’un grand feu pour nous rappeler que « vivre » et « se consumer » sont deux mots de la même lignée.

 

 

[1] Christian Bobin « Noireclaire »

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 21:09
Invité-es Katrin Agafia: Elie et la veuve de Sarepta ou Dieu caché dans le vide de 4 pauvres mains ouvertes

Premier  Livre des Rois (17, 1-15)

01 Le prophète Élie, de Tishbé en Galaad, dit au roi Achab : « Par le Seigneur qui est vivant, par le Dieu d’Israël dont je suis le serviteur, pendant plusieurs années il n’y aura pas de rosée ni de pluie, à moins que j’en donne l’ordre. » 02 La parole du Seigneur lui fut adressée : 03 « Va t’en d’ici, dirige-toi vers l’est, et cache-toi près du torrent de Kérith, qui se jette dans le Jourdain. 04 Tu boiras au torrent, et j’ordonne aux corbeaux de t’apporter ta nourriture. » 05 Le prophète fit ce que le Seigneur lui avait dit, et alla s’établir près du torrent de Kérith, qui se jette dans le Jourdain. 06 Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande, matin et soir, et le prophète buvait au torrent. 07 Au bout d’un certain temps, il ne tombait plus une goutte de pluie dans tout le pays, et le torrent où buvait le prophète finit par être à sec. 08 Alors,  la  parole du Seigneur lui fut adressée : 09 « Lève-toi, va à Sarepta, dans le pays de Sidon ; tu y habiteras ; il y a là une veuve que j’ai chargée de te nourrir. » 10 Le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. » 12 Elle répondit : «Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. »    » 13 Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils. 14 Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. » 15 La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger.

 

Quoi de plus impressionnant que les chutes d’eau d’un torrent ! Quoi de plus miraculeux que des corbeaux  disposés à nourrir un homme matin et soir! Comment ne pas croire en Dieu, en de pareilles circonstances! Et en plus, ce Dieu comble tous les besoins d’Elie: le voilà  nourri, désaltéré et affermi dans sa foi ! Le rêve ! Si nous pouvions être à sa place. Mais alors, la tentation est grande de faire de  ce Dieu,  une évidence, à laquelle on pourrait adhérer les yeux fermés : un “prêt à croire” garanti  100 % vérité, qui dispenserait de penser ou mieux, un remède à tous nos manques ! Mais voilà, le torrent s’est tari et les oiseaux sont partis. La sécheresse semble avoir eu raison des certitudes d’Elie !
 

 “- Lève-toi, dit Yahvé, et va à Sarepta. Lève-toi pour un  ailleurs… Un ailleurs que tu ne connais pas encore. Tu ne peux m’enfermer dans ce qui t’arrange. Si tu veux vivre, risque toi à la vie!   

 Lève-toi  et desserre tes doigts : laisse filer ces  évidences que tu te fais de moi. Ma parole contre tes pas. C’est à Sarepta que tu me trouveras, dans les mains d’une veuve qui te prépare un repas.”

Voilà, c’est toujours pareil ! On pense avoir trouvé, on s’est confortablement installé et la Vie nous déloge de notre canapé !

Ainsi, quelque part, une veuve attend. Une veuve sans droit, sans nom et sans autre choix que sa pudeur pour vivre .Elle a  apprivoisé la mort  comme on apprivoise la nuit. Elle n’a plus rien à perdre, elle peut tout donner: son eau, sa farine, son huile et même sa vie. Sa seule force, c’est son humilité; une humilité capable de contenir Dieu tout entier; une humilité semblable à une terre d’abondance où Dieu aurait  planté Sa tente pour y  rencontrer notre humanité; et c’est dans cette tente que la veuve et Elie se sont retrouvés,  leurs destins enlacés par la faim et la fragilité. 

Le Dieu du torrent est bien loin. De Lui, il ne reste que cet irrépressible désir de nourrir les siens. On Le reconnait à peine, caché dans les mains usées d’une femme courbée,  enfoui sous les traits tirés d’un pèlerin en errance. Ainsi, Dieu va et vient... des mains au visage ...du visage aux mains, enveloppant de toute Sa tendresse l'improbable rencontre. Et le miracle survient,  non dans le plein, mais dans le vide de quatre pauvres mains ouvertes, dans le creux d’une cruche et d’une jarre fissurée.

 Et si Elie s’était trompé, tout comme nous pouvons parfois nous tromper. Il s’était  installé près d’un torrent de certitudes rassuré par ce Dieu des évidences qui semblait le combler. Mais au fond,  “ il n’existait pas de trésors, pas de dieu, pas d’objet magique et tout puissant pour le délivrer de ce qu’il était”[1]. D’ailleurs, ce Dieu des évidences  n’habite que chez ceux qui pensent détenir la vérité, mais qui ont peur de son mystère ; ils s’accrochent à la poignée d’une porte, mais sans  jamais se risquer à l’ouvrir.

Mais Elie, lui,  il s’est risqué à vivre. Il a ouvert la porte,  il a lâché la poignée et un chemin s’est dessiné … le chemin d’un ailleurs, le chemin d’une rencontre. Et de cette rencontre a jailli la vie, la vraie vie, celle qui se reçoit dans la gratuité.

“ Je suis le chemin, la vérité et la vie”. Je vous ai parlé de poignée et de porte,  en voici la clef. Une clef capable de tout faire sauter : nos préjugés, nos évidences, nos vérités si bien ficelées et  tous les verrous de nos peurs et toutes les serrures de nos cœurs ! Une clef comme le feu d’une promesse, confiée à notre humanité pour que s'entrouvre enfin la porte de notre liberté.

Katrin Agafia

 

 

[1] Maurice Bellet « Passer par le feu »

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 16:14
Invité-es: Sr Laurence Nannarone, la relecture spirituelle de la vie.

Au quotidien, la relecture a pour objectif de permettre de prendre conscience des divers mouvements qui nous agitent afin de discerner.

Pour que cette prise de conscience puisse avoir lieu il ne suffit pas de lire notre vie comme on feuillette un calendrier et revoir se dérouler de façon chronologique les événements qui constituent notre passé, lointain ou immédiat. Faisant alors la somme de ce que nous avons vécu, nous risquons d’appréhender essentiellement notre existence sur le mode quantitatif, du plein et du vide, et ainsi, à la moindre absence - d’activite ou d’entourage –le “souffle” de la vie risque de ne plus se faire sentir.

Relire c’est relier les instants de cette vie. Etres de mémoire, pétris de passé, fondamentalement inscrits dans le présent, il nous est offert de relire notre vie autrement, en revenant jusqu’aux effets produits en nous par ce que nous avons vécu, en reconnaissant les fruits que nos choix ont pu porter ou ne pas porter, en réentendant

certains mots, regardant ce qu’ils ont pu provoquer à une certaine époque, étant attentifs à ce qu’ils provoquent aujourd’hui. C’est à l’image de Marie faire un travail “symbolique” (Lc 2,19).

Par le récit, la relecture nous permet d’accéder a notre identité d’êtres de parole, car le processus de “retour sur” s’accompagne d’un choix de tels ou tels souvenirs, de telles situations, de tels visages, de telles conversations. En devenant vigilants a ce que nous retenons, nous apprenons à découvrir ce qui nous touche et de quelle manière noussommes touchés.

La pratique de ces interrogations nous enseigne à reconnaitre ce qui favorise en nous l'ouverture, la mise en route, ce qui fait de nous des vivants. Elle nous invite aussi à percevoir ce qui nous divise et nous enferme, ce qui peut être mort dans nos vies.

La relecture, dans la tradition ignatienne, est donc un appel du Seigneur. Il nous convie a Lui faire part du plus ordinaire du quotidien de nos vies afin que nous le trouvions en toutes choses, sans jamais l’y enfermer.

Bien que rédigées, dans le cadre des Exercices Spirituels, les propositions pédagogiques d’Ignace ont valeur dans la vie courante. En effet, des le moment ou, l’accompagné commence à unir sa prière et sa vie et ou, des lors, il s’éveille au discernement, il peut se livrer à ses activités humaines en y apportant le regard de foi qui les situe dans l’histoire de sa relation a Dieu. Ses activités assumées comme des “exercices spirituels” deviendront, une fois relues, signifiantes pour chercher et trouver la volonté de Dieu.

 

Sr Laurence Nannarone, rc dans L’accompagnateur au Samedi saint p 15 et 16, mémoire de théologie.

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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 21:30
Invité-es Françoise Mirabel: Luc 9/11-17, multiplication de pains

11 Les foules s’en aperçurent et le suivirent. Il leur fit bon accueil ; il leur parlait du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin.

12 Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. »

13 Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. »

14 Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. »

15 Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde.

16 Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule.

17 Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.

 

Jésus parlait à la foule.

Aujourd’hui, glissons nous dans cette foule. Nous arrivons avec nos soucis, nos inquiétudes, nos doutes et Jésus vient nous parler du règne de Dieu ; du monde tel qu’Il le voit. Il vient nous parler de liberté, de justice, de l’amour miséricordieux du Père.

Entendons-le qui nous dit : « Venez à moi, vous tous qui ployez sous le fardeau » Il entend notre faim d’Espérance. Il voit nos cœurs qui Le cherchent.

Il nous rassasie de sa Parole. Il nous enseigne.

Il demande aux apôtres de servir le Pain : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Regardons les apôtres, Jésus compte sur eux, comme il compte sur nous, pour nourrir la foule, pour nourrir nos frères, nos sœurs.

Il souhaite notre participation par l’offrande de nos cinq pains et nos deux poissons. C’est le don de notre écoute, c’est la générosité de notre accueil, c’est la communion véritable avec le cœur des autres qui seront rassasiement pour la foule affamée.

C’est en entrant dans le mouvement d’offrande du Fils, par la grâce de l’Esprit Saint que nos pains et nos poissons se multiplieront.

Cette foule qui vient d’être nourrie des paroles de Jésus, va partager un même pain.

Aujourd’hui, Jésus nous rassemble par sa Parole, Jésus nous nourrit. C’est l’Offrande du Fils qui est ce Pain de vie que nous partageons à chaque eucharistie : Saint sacrement du corps et du sang du Christ dont nous célébrons la solennité ce dimanche.

Entendons Jésus dire aux apôtres : « Faites les asseoir ».

Imaginez la foule debout depuis des heures à écouter. Goûtons leur gratitude : Quelqu’un prend soin d’eux. Jésus connaît leurs besoins et les prend en compte. Il les rejoint dans leur humble quotidien, Il nous rejoint. Il prend acte de notre humanité, de notre réalité. Il ne fait pas abstraction de notre corporéité. Il n’a pas avec nous un lien spirituel désincarné.

Regardons Jésus : « Levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction. »

C’est plein de Cet Amour qu’il lève les yeux au ciel pour les unir à son Père. C’est parce qu’il s’élève vers son Père, qu’il y a élan d’Amour ; C’est parce qu’il y a élan de vie, qu’il y a vie en abondance, que le pain se multiplie. Il partage ce qu’Il reçoit. Dans ce même élan, Il donnera sa Vie pour la Vie du monde.

C’est parce que je me livre à Celui qui est don, que le Seigneur peut communiquer Sa Vie en abondance

Regardons cette foule apaisée« Ils furent tous rassasiés. »

Nourris par le Seigneur, ils sont comblés au-delà de leurs espérances. L’Amour de Dieu les rassasie, nous rassasie, l’Amour de Dieu ne s’épuise pas, à nous de le partager à nos frères et sœurs :

Que cette multiplication des pains multiplie nos gestes d’amour.

Françoise Mirabel

 

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 23:16
Invité-es:Didier Lévy, désobéir une éthique de protestation.

On a trop méconnu la nécessité d’enseigner la désobéissance. Vertu pourtant plus utile, comme en témoigne une somme de vies humaines exemplaires, que l’obéissance ordinaire, souvent frileuse et sans imagination. Oui, « sans cette désobéissance (…) pas de libération ». Oui, la désobéissance nous réconcilie avec tout ce qui est contenu dans l’idée de dignité quand elle est « le refus d’obéir à l’injustice », quand elle est « (une) résistance au mal qui se fait agissante, qui prend les moyens de résister ».

Que d’occasions offertes dans l’Histoire à l’exercice de cette vertu que résume si exactement la notion d’objection de conscience. Une notion qu’enfant, j’ai découverte parce que de jeunes hommes s’en réclamaient pour refuser de prendre part à une ‘’sale guerre’’ - ‘’sale’’ comme le sont toutes les guerres, mais avec cette accentuation particulière dans le registre de l’abjection et de la cruauté qu’ont toujours les guerres coloniales.

Un peu plus âgé, on m’a instruit de ce que nous devions aux Justes. Ces « justes parmi les nations » qui comme la fille de Pharaon, ont obéi à leur conscience - selon une formule qui semble si convenue et si banale - et qui partant n’ont rien cédé à la force de lois iniques ni aux détenteurs des instruments de la puissance et de l’apparence de la légitimité qui avaient promulgué ces lois. Obéir à sa conscience : effectivement une expression qui semble tombée dans le langage commun et y avoir perdu à peu près toute capacité d’évocation de ce qu’elle désigne. Pourtant ces justes-là, en leur temps, ont préservé un espace du monde, celui qu’ils ont investi parce que cette même conscience leur avait signifié qu’il leur était imparti, et ils l’ont préservé pour que ce que nous nous représentons comme l’humanité ne soit pas totalement aboli. Et placés chacun au cœur de leur nation, c’est aussi l’honneur de celle-ci qu’ils ont sauvé pour la durée des siècles qui restent à accomplir.

La désobéissance ne vient pas seule, elle ne se montre pas sous les seuls traits qui lui sont couramment attribués. Cet honneur qu’on vient d’évoquer l’accompagne - car est-il rien qui l’engage davantage que d’être « la bouche qui dit non ! » devant une prétention, vouée à être tyrannique voire meurtrière, à détenir la vérité, que tout dans la raison infirme ? L’esprit de subversion n’en est pas moins séparable en ce qu’il est la première ressource de la contestation de l’injustice, comme il en est souvent le premier déclencheur : sans lui, de quoi seraient parties, sur quoi se seraient appuyées et affermies la volonté de réhabiliter Calas, celle d’innocenter le capitaine Dreyfus ?

Mais l’objection de conscience porte aussi sa propre récompense. Ne laisse-t-elle pas percevoir, plus invinciblement peut-être que ne le fait pour son compte toute autre espèce de lien fédérateur à travers le monde, la communion qu’elle instaure entre celles et ceux qui interpellent, fût-ce dans le silence du combat clandestin, la violence de l’ordre établi et l’insoutenable que celui-ci entend faire prévaloir quand il se fait totalitaire ? Autre illustration de cette devise teilhardienne qui nous promet que « tout ce qui monte converge ».

Je pense à cet égard à ces villages des Cévennes dont on nous dit que depuis la Révocation de l’Edit de Nantes, plus aucune parole, plus aucun mot, n’y avaient été échangés, de part et d’autre, entre huguenots et papistes. Quand vint, après la défaite de 1940, le temps de vivre sous le régime de Vichy, d’abord en « zone non occupée » et, après novembre 1942, en subissant directement l’occupation allemande, l’arrivée de juifs de tous horizons qui cherchaient et trouvaient refuge sur cette terre cévenole depuis si longtemps formée à la rébellion de la conscience et à l’insoumission, à la résistance spirituelle et à la solidarité avec les proscrits, puis la protection des enfants juifs cachés dans les maisons et dans les fermes alentours, obligèrent à organiser localement des réseaux de prise en charge : une logistique qui ne pouvait être que commune, en particulier pour s’occuper de ces enfants et pour partager la vigilance qui était jour après jour requise pour assurer leur sécurité. Et c’est là qu’on vit pasteur et curé travailler ensemble, catholiques et protestants concourir ensemble à la sauvegarde des persécutés qu’ils avaient accueillis.

Faire échec à la mort, résister au mal, refuser d’obéir à l’injustice : le devoir de désobéissance a, dans les nations, ses ‘’temps forts’’. Mais l’injustice, le mal et la mort sont de ce monde, et il est peu de sociétés, de siècle en siècle, où il ne soit nécessaire de se le remettre en mémoire parce qu’y survient, sans avoir trop crié gare, un obscurcissement plus ou moins durable et, comme on le dit des conflits, de ‘’faible intensité’’, de l’équité, de la notion du bien ou de la compassion. Un obscurcissement qui peut même être tristement banal, composé de dénis ordinaires aux droit des gens et qui pour être combattus n’en appellent pas à l’héroïsme ni à aucune autre vertu éminente - ainsi les victimes de harcèlement (quelle que soient la nature et le lieu de celui-ci) ont-elles seulement besoin d’une solidarité agissante pour que le dommage qu’elles ont subi soit pleinement réparé - encore faut-il que cette solidarité parte d’une dénonciation de l’autorité qui a commis ou couvert ce dommage, dénonciation qui passe immanquablement par une désobéissance ou par ce qui s’apparente à une désobéissance.

Demeure que dans la diversité des causes où elle se met en jeu, l’objection de conscience est un bloc. Qu’elle se dresse face à d’immenses injustices et à des tragédies indicibles, ou contre des abus ou des exactions majoritairement tenus pour appartenir à l’ordre incorrigible des choses, elle témoigne également d’une aspiration à l’élévation de l’âme, une aspiration que nous savons présente dans la créature humaine. Entendons une élévation du niveau d’exigence éthique et une élévation de l’entendement et de l’empathie devant les souffrances infligées à autrui.

Injustices, tragédies, souffrances : tout commanderait d’en prendre pour exemple celles qu’endurent les hommes et les femmes, les familles et les enfants, emportés par les grands mouvements migratoires en cours, de dimensions historique et planétaire. Mais s’agissant de l’impuissance, de la peur ou de la haine qui font barrage à ces réfugiés ou déplacés, toutes origines de ceux-ci confondues, les responsabilités finissent par se diluer dans le nombre des rejets et par se perdre dans l’étendue des abandons de valeurs. Comme se perd de vue le détail des aides qui procèdent de la pitié et de la fraternité et qui, partout, tentent d’être secourables.

De sorte que pour mettre mieux en lumière, au cœur de ce qui nous est contemporain, la grandeur et le caractère irremplaçable de l’objection de conscience en tant que force de résistance au mal, en tant que déterminant et activateur de cette résistance, une échelle plus réduite convient mieux. C’est celle aussi d’une injustice bien ciblée parce qu’elle est installée chez nous de longue date. Et qui de surcroît souligne que le devoir de désobéissance s’exprime aussi dans des actions modestes qui composent un héroïsme du quotidien. Critères qui désignent par excellence ces militantes et ces militants du Pas-de-Calais, de toutes associations, qui manifestent par les gestes les plus simples, les plus élémentaires, une solidarité aussi peu médiatisée qu’elle est inébranlable avec les migrants bloqués sur les falaises du Calaisis où ils ont dû bâtir leurs cabanes ou creuser leurs terriers : nourriture et vêtements distribués, téléphone mobile prêté pour un appel aux proches restés en Iraq ou en Afghanistan, douche chaude et repas offerts chez soi … autant d’actes qui sont susceptibles de tomber sous le coup des lois qui se sont ingéniées a pénaliser l’assistance aux étrangers en situation dite irrégulière.

Des lois dont rappel est fait, en forme d’intimidation policière, à des femmes et à des hommes auxquels il indiffère que l’extrême dénuement, matériel et moral, trouvée au terme de l’extrême violence d’un parcours de milliers de kilomètres aux mains de trafiquants de chair humaine, et d’un parcours qui a eu l’insoutenable pour point de départ, réponde ou non à la catégorisation administrative de la ‘‘régularité’’. Des femmes et des hommes qui en se refusant en toute hypothèse à obéir à des lois injustes, administrent à tous les types de défenseurs de l’ordre établi cette ‘’piqure de rappel’’ d’une éthique formulée il y a plusieurs millénaires et qui se réclame de la supériorité des’’ lois non écrites’’. Celles-là même au nom desquelles la conscience désobéit, parce qu’elle y trouve le principe de son objection.

Didier Lévy

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