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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 19:40
Invité, Didier Lévy : Incompatibilité entre la foi chrétienne, l’héritage humaniste et le Front national.

Combien il a été utile que des voix catholiques s’élèvent entre les deux tours et affirment – unies aux autres familles chrétiennes, aux autres spiritualités et aux héritiers de toutes le Lumières - l’incompatibilité entre la foi chrétienne, ou l’héritage humaniste, et le discours de haine du Front National. Pour réparer la complaisance qui au sein de l’Institution, et à son plus haut niveau, se refusait à dire à qui voulait l’entendre, quel était, en justice, ‘’le bon choix’’.

Parce qu’à cet étage, au regard de l’esprit de libre examen que le candidat républicain manifestait sur des questions attachées aux positionnements bioéthiques les plus verrouillés de l’Eglise romaine, l’enracinement historique de l’extrême-droite et l’exhortation à toujours exclure et rejeter davantage – l’autre, le plus démuni - de la candidate frontiste, inébranlablement calée sur des enfermements nationalistes, identitaires et xénophobes, ne pesait finalement pas plus lourd.


Et combien, il est éclairant de revenir, grâce à l’article du blog de Sr Michèle[1], sur la succession des dérives qui, additionnant au fil des temps leurs écarts par rapport au message messianique, ont construit la préoccupation hégémonique de l’ordre sous toutes ses formes, avec en parallèle « une conception fixiste du monde et de l’humain ». Et imposé la primauté de l’autorité sur la libre « conversion personnelle et collective » mise au service de ce Royaume que « dans le sens de l'amour, de la justice, du partage (…), il nous revient de bâtir ».

 

Le croire n’unit pas. Le croire divise quand il ne fait pas haïr.

 

Sans doute est-ce d’une certaine façon le prix à payer, dans le temps long de la création où nous sommes depuis la sortie du mythique Eden, pour que l’image du Juste se dégage au milieu de l’aventure que traverse l’humanité. Dans la durée de son cheminement.

Ce juste auquel les 7 commandements de Noé sont venus dessiner un balisage incertain et toujours exposé à s’effacer.

Évoquer la figure du juste à propos du péril que la progression des suffrages lepéniste a mis devant nos pas, ne peut que nous renvoyer aux années où cette figure a repris vie et gagné ou regagné un sens.

Où était en effet la chrétienté (s’entend ici le fait d’être chrétien) pendant les années d’Occupation – puisque s’agissant de l’extrême-droite, c’est inéluctablement à celles-ci que nous sommes renvoyés.

Est-elle sous les pas du Chef de l’Etat français quand celui-ci franchissait le parvis des cathédrales où le clergé du lieu, mitre en tête, l’accueillait en grand pompe ? Tout à sa béatitude devant le ‘’Sauveur de la France’’ qui refermait la page ouverte par la Révolution française, si impie et si honnie. Est-elle dans les discours radiophoniques de Philippe Henriot, ci-devant député ultra catholique et orateur déchaîné contre la Résistance et les Alliés ? Est-elle sous l’uniforme de Mgr Mayol de Lupé, aumônier militaire de la Légion des volontaires français puis de la Division SS Charlemagne ?

 

Ou bien est-elle, comme tout nous en forge l’intime et pénétrante conviction, dans les prises de position publiques des évêques Saliège et Théas dressés contre le déchaînement des persécutions antisémites ? Et au Chambon-sur-Lignon, autour du Collège Cévenol, parmi les enfants juifs qui y étaient cachés ? Et dans ces villages des Cévennes où protestants et catholiques, qui ne se parlaient plus depuis les Dragonnades, retrouvaient un ‘’vivre-ensemble’’ en se répartissant les familles juives à sauver ? Et dans ces communautés religieuses et ces presbytères qui prenaient leur part de ce sauvetage, ainsi que dans ces écoles où s’est joué ‘’pour de vrai’,’ pendant des mois ou des années, la version originale de ’’Au revoir les enfants’’ ?

Et dans les engagements des chrétiens – professeurs de droit, journalistes, prêtres, pasteurs et fidèles sans grade – qui ont voulu se reconnaître dans le si beau mot de ‘’Témoignage’’. Et qui dans les mouvements et les réseaux, puis dans les maquis se sont réunis pour la même Résistance aux autres croyants, aux athées, aux ‘’bouffeurs de curés’’ d’avant-guerre, aux héritiers patriotes de familles de vieille noblesse ou de bonne bourgeoisie, et aux militants communistes qui chantaient avec eux la même Marseillaise. Et aux inconnus de l’Histoire.

 

Tous ont couru les mêmes dangers devant la barbarie nazie. Tous ont consenti au sacrifice de leur vie qu’en grand nombre ils ont rencontré au bout de leur chemin.

Tous, c’est à dire ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n’y croyaient pas.

 

C’est là le legs, mais aussi l’avertissement, que le poète nous alors laissés en un vers inoubliable. Pour distinguer et pour désigner ceux qui se retrouvent dans ‘’le bon choix’’, et pour dire de quoi celui-ci est fait.

 

Didier LEVY – 12 05 2017

 

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 21:24
Invité-es, Katrin Agafia: Le désir du Vivant, Mt 28/1-10

« Oh Dieu, puissé-je être vivant quand je mourrai ! » Voilà ce qu’écrivait Donald Winnicott, un célèbre psychanalyste et pédiatre, peu de temps avant sa mort. Et s’il avait raison… si le problème n’était pas tant de savoir quelle sera notre vie après la mort, que de nous interroger sur notre façon d’être vivants dès ici-bas ! Etre vivant oui, mais comment ?

Dans ce texte, on rencontre d’un côté des femmes et de l’autre des gardes. Chacun est vivant, bien-sûr, vacant à ses occupations, mais le texte nous dit combien la peur s’est emparée des gardes. Les voilà tout tremblants, comme morts… Vivants, mais déjà morts, sans désir propre, obéissants aux ordres ; ils subissent les évènements, esclaves de leur propre peur !

Les femmes, elles, sont poussées par leur envie de « voir le tombeau ». Elles sont en marche. Leur ami a été arraché à la vie et la morsure du manque est immense ! Alors pour conjurer l’absence, il leur faut habiter ce lieu où repose l’être aimé ; il leur faut chercher Jésus le crucifié, jusque dans le néant de la mort, telles des sentinelles à l’affût de la moindre étincelle d’éternité.

« Ne craignez rien, vous. Je sais que vous cherchez Jésus le crucifié ». Ainsi le messager sait, il connaît ce désir qui les fait avancer.
Un désir pétri d’impatience qui
oblige à courir, à se hâter… parce que si on y regarde bien, l’Amour n’aime pas se laisser enfermer. Il est ailleurs, toujours ailleurs, jusqu’en Galilée. Et il faut donc se presser pour ne rien perdre de ce qui est dévoilé, pour ne rien amasser de ce qui est donné !

Un désir creusé par la faim: faim de réponses, faim de sens, faim de présence, faim de cette joie capable de tout faire trembler, de tout faire craquer, même la plus lourde de nos pierres où la mort s’est terrée . Une faim comme gage de justesse et de sincérité. Une faim si grande que Dieu, Lui-même, s’est approché. Et soudain, le temps d’un regard, deux mondes se sont trouvés : l’humain a caressé le divin, et le divin s’est laissé enlacer. Oui, juste le temps d’un regard, l’instant présent, suspendu à ce désir fou de vivre pour de vrai, a épousé l’éternité.

Certes, il est malheureusement possible de subir nos existences, prisonniers des exigences imposées par notre société. Il est possible d’être rassasiés de toutes ces choses qui nous donnent l’impression d’exister. Il est possible de faire semblant de vivre et laisser la mort tout emporter.

Mais à la lecture de ce texte, un autre chemin est envisageable ; un chemin où deux femmes nous ont précédés, où Jésus lui-même nous a guidés. Le chemin d’une bonne nouvelle où vivre, c’est faire le choix d’écouter son cœur en premier, ce cœur qui nous supplie de toujours nous relever ; un chemin où vivre, c’est aller au tombeau, et se tenir là, vidés, juste au bord du gouffre, sans jamais cesser de veiller ; un chemin où vivre, c’est accepter la faim, la soif, comme autant de sentiers qui nous mènent vers notre liberté ; un chemin où vivre, c’est tenir serrés là, tout contre son cœur, les quelques mots de tendresse qui nous ont été confiés ; et puis marcher, marcher, sans jamais s’arrêter jusqu’en ce lieu, où nous n’avons jamais osé mettre les pieds ; un chemin où vivre, ce n’est pas juste s’approcher, c’est tomber à genoux et enlacer les pieds de l’être aimé, ce n’est pas juste aimer, c’est s’empresser d’aimer, comme si ce jour allait être le dernier; un chemin où « vivre, c’est gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés. »[1]

Alors, si vivre c’est désirer, on peut comprendre que Jésus soit ressuscité car son plus grand rêve était de nous rendre aussi Vivant que Lui, ressuscités avec Lui, ressuscités en Lui. Et au matin de Pâques, ce désir s’est faufilé jusqu’au creux de notre humanité ; un désir brûlant et contagieux comme les flammes d’un grand feu pour nous rappeler que « vivre » et « se consumer » sont deux mots de la même lignée.

 

 

[1] Christian Bobin « Noireclaire »

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 21:09
Invité-es Katrin Agafia: Elie et la veuve de Sarepta ou Dieu caché dans le vide de 4 pauvres mains ouvertes

Premier  Livre des Rois (17, 1-15)

01 Le prophète Élie, de Tishbé en Galaad, dit au roi Achab : « Par le Seigneur qui est vivant, par le Dieu d’Israël dont je suis le serviteur, pendant plusieurs années il n’y aura pas de rosée ni de pluie, à moins que j’en donne l’ordre. » 02 La parole du Seigneur lui fut adressée : 03 « Va t’en d’ici, dirige-toi vers l’est, et cache-toi près du torrent de Kérith, qui se jette dans le Jourdain. 04 Tu boiras au torrent, et j’ordonne aux corbeaux de t’apporter ta nourriture. » 05 Le prophète fit ce que le Seigneur lui avait dit, et alla s’établir près du torrent de Kérith, qui se jette dans le Jourdain. 06 Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande, matin et soir, et le prophète buvait au torrent. 07 Au bout d’un certain temps, il ne tombait plus une goutte de pluie dans tout le pays, et le torrent où buvait le prophète finit par être à sec. 08 Alors,  la  parole du Seigneur lui fut adressée : 09 « Lève-toi, va à Sarepta, dans le pays de Sidon ; tu y habiteras ; il y a là une veuve que j’ai chargée de te nourrir. » 10 Le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. » 12 Elle répondit : «Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. »    » 13 Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils. 14 Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. » 15 La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger.

 

Quoi de plus impressionnant que les chutes d’eau d’un torrent ! Quoi de plus miraculeux que des corbeaux  disposés à nourrir un homme matin et soir! Comment ne pas croire en Dieu, en de pareilles circonstances! Et en plus, ce Dieu comble tous les besoins d’Elie: le voilà  nourri, désaltéré et affermi dans sa foi ! Le rêve ! Si nous pouvions être à sa place. Mais alors, la tentation est grande de faire de  ce Dieu,  une évidence, à laquelle on pourrait adhérer les yeux fermés : un “prêt à croire” garanti  100 % vérité, qui dispenserait de penser ou mieux, un remède à tous nos manques ! Mais voilà, le torrent s’est tari et les oiseaux sont partis. La sécheresse semble avoir eu raison des certitudes d’Elie !
 

 “- Lève-toi, dit Yahvé, et va à Sarepta. Lève-toi pour un  ailleurs… Un ailleurs que tu ne connais pas encore. Tu ne peux m’enfermer dans ce qui t’arrange. Si tu veux vivre, risque toi à la vie!   

 Lève-toi  et desserre tes doigts : laisse filer ces  évidences que tu te fais de moi. Ma parole contre tes pas. C’est à Sarepta que tu me trouveras, dans les mains d’une veuve qui te prépare un repas.”

Voilà, c’est toujours pareil ! On pense avoir trouvé, on s’est confortablement installé et la Vie nous déloge de notre canapé !

Ainsi, quelque part, une veuve attend. Une veuve sans droit, sans nom et sans autre choix que sa pudeur pour vivre .Elle a  apprivoisé la mort  comme on apprivoise la nuit. Elle n’a plus rien à perdre, elle peut tout donner: son eau, sa farine, son huile et même sa vie. Sa seule force, c’est son humilité; une humilité capable de contenir Dieu tout entier; une humilité semblable à une terre d’abondance où Dieu aurait  planté Sa tente pour y  rencontrer notre humanité; et c’est dans cette tente que la veuve et Elie se sont retrouvés,  leurs destins enlacés par la faim et la fragilité. 

Le Dieu du torrent est bien loin. De Lui, il ne reste que cet irrépressible désir de nourrir les siens. On Le reconnait à peine, caché dans les mains usées d’une femme courbée,  enfoui sous les traits tirés d’un pèlerin en errance. Ainsi, Dieu va et vient... des mains au visage ...du visage aux mains, enveloppant de toute Sa tendresse l'improbable rencontre. Et le miracle survient,  non dans le plein, mais dans le vide de quatre pauvres mains ouvertes, dans le creux d’une cruche et d’une jarre fissurée.

 Et si Elie s’était trompé, tout comme nous pouvons parfois nous tromper. Il s’était  installé près d’un torrent de certitudes rassuré par ce Dieu des évidences qui semblait le combler. Mais au fond,  “ il n’existait pas de trésors, pas de dieu, pas d’objet magique et tout puissant pour le délivrer de ce qu’il était”[1]. D’ailleurs, ce Dieu des évidences  n’habite que chez ceux qui pensent détenir la vérité, mais qui ont peur de son mystère ; ils s’accrochent à la poignée d’une porte, mais sans  jamais se risquer à l’ouvrir.

Mais Elie, lui,  il s’est risqué à vivre. Il a ouvert la porte,  il a lâché la poignée et un chemin s’est dessiné … le chemin d’un ailleurs, le chemin d’une rencontre. Et de cette rencontre a jailli la vie, la vraie vie, celle qui se reçoit dans la gratuité.

“ Je suis le chemin, la vérité et la vie”. Je vous ai parlé de poignée et de porte,  en voici la clef. Une clef capable de tout faire sauter : nos préjugés, nos évidences, nos vérités si bien ficelées et  tous les verrous de nos peurs et toutes les serrures de nos cœurs ! Une clef comme le feu d’une promesse, confiée à notre humanité pour que s'entrouvre enfin la porte de notre liberté.

Katrin Agafia

 

 

[1] Maurice Bellet « Passer par le feu »

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 16:14
Invité-es: Sr Laurence Nannarone, la relecture spirituelle de la vie.

Au quotidien, la relecture a pour objectif de permettre de prendre conscience des divers mouvements qui nous agitent afin de discerner.

Pour que cette prise de conscience puisse avoir lieu il ne suffit pas de lire notre vie comme on feuillette un calendrier et revoir se dérouler de façon chronologique les événements qui constituent notre passé, lointain ou immédiat. Faisant alors la somme de ce que nous avons vécu, nous risquons d’appréhender essentiellement notre existence sur le mode quantitatif, du plein et du vide, et ainsi, à la moindre absence - d’activite ou d’entourage –le “souffle” de la vie risque de ne plus se faire sentir.

Relire c’est relier les instants de cette vie. Etres de mémoire, pétris de passé, fondamentalement inscrits dans le présent, il nous est offert de relire notre vie autrement, en revenant jusqu’aux effets produits en nous par ce que nous avons vécu, en reconnaissant les fruits que nos choix ont pu porter ou ne pas porter, en réentendant

certains mots, regardant ce qu’ils ont pu provoquer à une certaine époque, étant attentifs à ce qu’ils provoquent aujourd’hui. C’est à l’image de Marie faire un travail “symbolique” (Lc 2,19).

Par le récit, la relecture nous permet d’accéder a notre identité d’êtres de parole, car le processus de “retour sur” s’accompagne d’un choix de tels ou tels souvenirs, de telles situations, de tels visages, de telles conversations. En devenant vigilants a ce que nous retenons, nous apprenons à découvrir ce qui nous touche et de quelle manière noussommes touchés.

La pratique de ces interrogations nous enseigne à reconnaitre ce qui favorise en nous l'ouverture, la mise en route, ce qui fait de nous des vivants. Elle nous invite aussi à percevoir ce qui nous divise et nous enferme, ce qui peut être mort dans nos vies.

La relecture, dans la tradition ignatienne, est donc un appel du Seigneur. Il nous convie a Lui faire part du plus ordinaire du quotidien de nos vies afin que nous le trouvions en toutes choses, sans jamais l’y enfermer.

Bien que rédigées, dans le cadre des Exercices Spirituels, les propositions pédagogiques d’Ignace ont valeur dans la vie courante. En effet, des le moment ou, l’accompagné commence à unir sa prière et sa vie et ou, des lors, il s’éveille au discernement, il peut se livrer à ses activités humaines en y apportant le regard de foi qui les situe dans l’histoire de sa relation a Dieu. Ses activités assumées comme des “exercices spirituels” deviendront, une fois relues, signifiantes pour chercher et trouver la volonté de Dieu.

 

Sr Laurence Nannarone, rc dans L’accompagnateur au Samedi saint p 15 et 16, mémoire de théologie.

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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 21:30
Invité-es Françoise Mirabel: Luc 9/11-17, multiplication de pains

11 Les foules s’en aperçurent et le suivirent. Il leur fit bon accueil ; il leur parlait du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin.

12 Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. »

13 Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. »

14 Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. »

15 Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde.

16 Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule.

17 Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.

 

Jésus parlait à la foule.

Aujourd’hui, glissons nous dans cette foule. Nous arrivons avec nos soucis, nos inquiétudes, nos doutes et Jésus vient nous parler du règne de Dieu ; du monde tel qu’Il le voit. Il vient nous parler de liberté, de justice, de l’amour miséricordieux du Père.

Entendons-le qui nous dit : « Venez à moi, vous tous qui ployez sous le fardeau » Il entend notre faim d’Espérance. Il voit nos cœurs qui Le cherchent.

Il nous rassasie de sa Parole. Il nous enseigne.

Il demande aux apôtres de servir le Pain : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Regardons les apôtres, Jésus compte sur eux, comme il compte sur nous, pour nourrir la foule, pour nourrir nos frères, nos sœurs.

Il souhaite notre participation par l’offrande de nos cinq pains et nos deux poissons. C’est le don de notre écoute, c’est la générosité de notre accueil, c’est la communion véritable avec le cœur des autres qui seront rassasiement pour la foule affamée.

C’est en entrant dans le mouvement d’offrande du Fils, par la grâce de l’Esprit Saint que nos pains et nos poissons se multiplieront.

Cette foule qui vient d’être nourrie des paroles de Jésus, va partager un même pain.

Aujourd’hui, Jésus nous rassemble par sa Parole, Jésus nous nourrit. C’est l’Offrande du Fils qui est ce Pain de vie que nous partageons à chaque eucharistie : Saint sacrement du corps et du sang du Christ dont nous célébrons la solennité ce dimanche.

Entendons Jésus dire aux apôtres : « Faites les asseoir ».

Imaginez la foule debout depuis des heures à écouter. Goûtons leur gratitude : Quelqu’un prend soin d’eux. Jésus connaît leurs besoins et les prend en compte. Il les rejoint dans leur humble quotidien, Il nous rejoint. Il prend acte de notre humanité, de notre réalité. Il ne fait pas abstraction de notre corporéité. Il n’a pas avec nous un lien spirituel désincarné.

Regardons Jésus : « Levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction. »

C’est plein de Cet Amour qu’il lève les yeux au ciel pour les unir à son Père. C’est parce qu’il s’élève vers son Père, qu’il y a élan d’Amour ; C’est parce qu’il y a élan de vie, qu’il y a vie en abondance, que le pain se multiplie. Il partage ce qu’Il reçoit. Dans ce même élan, Il donnera sa Vie pour la Vie du monde.

C’est parce que je me livre à Celui qui est don, que le Seigneur peut communiquer Sa Vie en abondance

Regardons cette foule apaisée« Ils furent tous rassasiés. »

Nourris par le Seigneur, ils sont comblés au-delà de leurs espérances. L’Amour de Dieu les rassasie, nous rassasie, l’Amour de Dieu ne s’épuise pas, à nous de le partager à nos frères et sœurs :

Que cette multiplication des pains multiplie nos gestes d’amour.

Françoise Mirabel

 

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 23:16
Invité-es:Didier Lévy, désobéir une éthique de protestation.

On a trop méconnu la nécessité d’enseigner la désobéissance. Vertu pourtant plus utile, comme en témoigne une somme de vies humaines exemplaires, que l’obéissance ordinaire, souvent frileuse et sans imagination. Oui, « sans cette désobéissance (…) pas de libération ». Oui, la désobéissance nous réconcilie avec tout ce qui est contenu dans l’idée de dignité quand elle est « le refus d’obéir à l’injustice », quand elle est « (une) résistance au mal qui se fait agissante, qui prend les moyens de résister ».

Que d’occasions offertes dans l’Histoire à l’exercice de cette vertu que résume si exactement la notion d’objection de conscience. Une notion qu’enfant, j’ai découverte parce que de jeunes hommes s’en réclamaient pour refuser de prendre part à une ‘’sale guerre’’ - ‘’sale’’ comme le sont toutes les guerres, mais avec cette accentuation particulière dans le registre de l’abjection et de la cruauté qu’ont toujours les guerres coloniales.

Un peu plus âgé, on m’a instruit de ce que nous devions aux Justes. Ces « justes parmi les nations » qui comme la fille de Pharaon, ont obéi à leur conscience - selon une formule qui semble si convenue et si banale - et qui partant n’ont rien cédé à la force de lois iniques ni aux détenteurs des instruments de la puissance et de l’apparence de la légitimité qui avaient promulgué ces lois. Obéir à sa conscience : effectivement une expression qui semble tombée dans le langage commun et y avoir perdu à peu près toute capacité d’évocation de ce qu’elle désigne. Pourtant ces justes-là, en leur temps, ont préservé un espace du monde, celui qu’ils ont investi parce que cette même conscience leur avait signifié qu’il leur était imparti, et ils l’ont préservé pour que ce que nous nous représentons comme l’humanité ne soit pas totalement aboli. Et placés chacun au cœur de leur nation, c’est aussi l’honneur de celle-ci qu’ils ont sauvé pour la durée des siècles qui restent à accomplir.

La désobéissance ne vient pas seule, elle ne se montre pas sous les seuls traits qui lui sont couramment attribués. Cet honneur qu’on vient d’évoquer l’accompagne - car est-il rien qui l’engage davantage que d’être « la bouche qui dit non ! » devant une prétention, vouée à être tyrannique voire meurtrière, à détenir la vérité, que tout dans la raison infirme ? L’esprit de subversion n’en est pas moins séparable en ce qu’il est la première ressource de la contestation de l’injustice, comme il en est souvent le premier déclencheur : sans lui, de quoi seraient parties, sur quoi se seraient appuyées et affermies la volonté de réhabiliter Calas, celle d’innocenter le capitaine Dreyfus ?

Mais l’objection de conscience porte aussi sa propre récompense. Ne laisse-t-elle pas percevoir, plus invinciblement peut-être que ne le fait pour son compte toute autre espèce de lien fédérateur à travers le monde, la communion qu’elle instaure entre celles et ceux qui interpellent, fût-ce dans le silence du combat clandestin, la violence de l’ordre établi et l’insoutenable que celui-ci entend faire prévaloir quand il se fait totalitaire ? Autre illustration de cette devise teilhardienne qui nous promet que « tout ce qui monte converge ».

Je pense à cet égard à ces villages des Cévennes dont on nous dit que depuis la Révocation de l’Edit de Nantes, plus aucune parole, plus aucun mot, n’y avaient été échangés, de part et d’autre, entre huguenots et papistes. Quand vint, après la défaite de 1940, le temps de vivre sous le régime de Vichy, d’abord en « zone non occupée » et, après novembre 1942, en subissant directement l’occupation allemande, l’arrivée de juifs de tous horizons qui cherchaient et trouvaient refuge sur cette terre cévenole depuis si longtemps formée à la rébellion de la conscience et à l’insoumission, à la résistance spirituelle et à la solidarité avec les proscrits, puis la protection des enfants juifs cachés dans les maisons et dans les fermes alentours, obligèrent à organiser localement des réseaux de prise en charge : une logistique qui ne pouvait être que commune, en particulier pour s’occuper de ces enfants et pour partager la vigilance qui était jour après jour requise pour assurer leur sécurité. Et c’est là qu’on vit pasteur et curé travailler ensemble, catholiques et protestants concourir ensemble à la sauvegarde des persécutés qu’ils avaient accueillis.

Faire échec à la mort, résister au mal, refuser d’obéir à l’injustice : le devoir de désobéissance a, dans les nations, ses ‘’temps forts’’. Mais l’injustice, le mal et la mort sont de ce monde, et il est peu de sociétés, de siècle en siècle, où il ne soit nécessaire de se le remettre en mémoire parce qu’y survient, sans avoir trop crié gare, un obscurcissement plus ou moins durable et, comme on le dit des conflits, de ‘’faible intensité’’, de l’équité, de la notion du bien ou de la compassion. Un obscurcissement qui peut même être tristement banal, composé de dénis ordinaires aux droit des gens et qui pour être combattus n’en appellent pas à l’héroïsme ni à aucune autre vertu éminente - ainsi les victimes de harcèlement (quelle que soient la nature et le lieu de celui-ci) ont-elles seulement besoin d’une solidarité agissante pour que le dommage qu’elles ont subi soit pleinement réparé - encore faut-il que cette solidarité parte d’une dénonciation de l’autorité qui a commis ou couvert ce dommage, dénonciation qui passe immanquablement par une désobéissance ou par ce qui s’apparente à une désobéissance.

Demeure que dans la diversité des causes où elle se met en jeu, l’objection de conscience est un bloc. Qu’elle se dresse face à d’immenses injustices et à des tragédies indicibles, ou contre des abus ou des exactions majoritairement tenus pour appartenir à l’ordre incorrigible des choses, elle témoigne également d’une aspiration à l’élévation de l’âme, une aspiration que nous savons présente dans la créature humaine. Entendons une élévation du niveau d’exigence éthique et une élévation de l’entendement et de l’empathie devant les souffrances infligées à autrui.

Injustices, tragédies, souffrances : tout commanderait d’en prendre pour exemple celles qu’endurent les hommes et les femmes, les familles et les enfants, emportés par les grands mouvements migratoires en cours, de dimensions historique et planétaire. Mais s’agissant de l’impuissance, de la peur ou de la haine qui font barrage à ces réfugiés ou déplacés, toutes origines de ceux-ci confondues, les responsabilités finissent par se diluer dans le nombre des rejets et par se perdre dans l’étendue des abandons de valeurs. Comme se perd de vue le détail des aides qui procèdent de la pitié et de la fraternité et qui, partout, tentent d’être secourables.

De sorte que pour mettre mieux en lumière, au cœur de ce qui nous est contemporain, la grandeur et le caractère irremplaçable de l’objection de conscience en tant que force de résistance au mal, en tant que déterminant et activateur de cette résistance, une échelle plus réduite convient mieux. C’est celle aussi d’une injustice bien ciblée parce qu’elle est installée chez nous de longue date. Et qui de surcroît souligne que le devoir de désobéissance s’exprime aussi dans des actions modestes qui composent un héroïsme du quotidien. Critères qui désignent par excellence ces militantes et ces militants du Pas-de-Calais, de toutes associations, qui manifestent par les gestes les plus simples, les plus élémentaires, une solidarité aussi peu médiatisée qu’elle est inébranlable avec les migrants bloqués sur les falaises du Calaisis où ils ont dû bâtir leurs cabanes ou creuser leurs terriers : nourriture et vêtements distribués, téléphone mobile prêté pour un appel aux proches restés en Iraq ou en Afghanistan, douche chaude et repas offerts chez soi … autant d’actes qui sont susceptibles de tomber sous le coup des lois qui se sont ingéniées a pénaliser l’assistance aux étrangers en situation dite irrégulière.

Des lois dont rappel est fait, en forme d’intimidation policière, à des femmes et à des hommes auxquels il indiffère que l’extrême dénuement, matériel et moral, trouvée au terme de l’extrême violence d’un parcours de milliers de kilomètres aux mains de trafiquants de chair humaine, et d’un parcours qui a eu l’insoutenable pour point de départ, réponde ou non à la catégorisation administrative de la ‘‘régularité’’. Des femmes et des hommes qui en se refusant en toute hypothèse à obéir à des lois injustes, administrent à tous les types de défenseurs de l’ordre établi cette ‘’piqure de rappel’’ d’une éthique formulée il y a plusieurs millénaires et qui se réclame de la supériorité des’’ lois non écrites’’. Celles-là même au nom desquelles la conscience désobéit, parce qu’elle y trouve le principe de son objection.

Didier Lévy

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 22:29
Invité-es, Katrin Agafia: Mc 10/35-45, la supplication d'un ami.

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchèrent de lui et lui dirent :

Maître, nous voulons te demander quelque chose. Quoique ce soit, accorde-le nous !

Que voulez-vous ?

Accorde-nous de siéger dans ta gloire, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche.

Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je bois ? Etre engloutis dans le même baptême ?

Nous le pouvons

Très bien, dit Jésus, Vous boirez la même coupe que moi et vous serez engloutis dans le même baptême. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder. Dieu y a déjà pourvu.

Ayant entendu cela, les dix autres s’élevèrent contre Jacques et Jean. Jésus les rappela près de lui et leur dit :

Vous savez que chez les païens, ceux qui passent pour les chefs dominent les autres et que les grands exercent leur autorité. Parmi vous, c’est le contraire : qui veut devenir grand sera votre serviteur. Qui veut être le premier parmi vous sera l’esclave de tous. Car le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir, donner sa vie et payer pour tous.

Traduction de la Bible chez Bayard

 

Vous viendriez dans mon école, vous verriez tous les jours des enfants se disputer pour être les premiers dans le rang ou me tenir la main. Rien de nouveau donc, dans ce texte d’évangile. Depuis toujours, nous louchons sur la meilleure place, comme si notre vie en dépendait. Peut-être qu’au fond, devant notre peur du vide, du néant, du nulle part, s’érige en nous un puissant désir d’exister, exister jusqu’au bout, exister pour de vrai! D’ailleurs, le fait d’occuper une place, nous donne l’impression d’exister, parfois même l’impression de briller ! Alors, je crois que cet espace occupé le temps d’une seconde ou le temps d’une vie, vient comme apaiser, combler cette peur du vide qui nous creuse tous. Jacques et Jean sont nos frères en humanité : même peur du vide, même désir fou d’exister… Et, comme nous, ils rêvent d’un siège, d’une place, d’un espace qu’ils pourraient occuper.
Pour Jésus aussi, il serait plus facile de siéger là-haut quelque part entre deux étoiles et d’y contempler l’immensité du temps ; mais voilà, Jésus a pris un autre chemin : il a préféré nous aimer et pour cela, Il a choisi de plonger. Sa mort, Il vient juste de l’annoncer. Bientôt, on lui ôtera son vêtement, et il plongera, nu, ses bras écartés désignant au loin les chemins d’un possible Ailleurs. Il plongera tout entier, car c’est pour Lui, Sa seule façon d’exister jusqu’au bout, pour de vrai .Il plongera sans rien regretter, car il le sait, son désir de Vie, « Dieu y a déjà pourvu ». C’est écrit là, dans un coin de ce psaume tant de fois chanté, tant de fois prié :
« Qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui ? Et le fils de l’humain pour que tu prennes garde à lui ? Tu l’as fait presque dieu, tu l’as couronné de gloire et de magnificence »[i]
Cette gloire, c’est cette part du ciel, amoureusement déposée, aux confins de notre âme, par-delà nos vides, nos néants et nos « nulle part ». Oui, cette gloire-là, Dieu y a déjà pourvu ! « Déjà » … Juste quatre lettres et au-dedans, un condensé d’Amour ! Un Amour si pressé de nous faire exister, qu’Il nous a depuis toujours, tout donné.

« Pouvez-vous boire la coupe que je bois ? Être engloutis dans le même baptême ? »On pourrait penser que la réponse de Jésus à Jacques et Jean résonne comme une invitation à Le suivre jusqu’au bout, jusqu’au don de leur vie, jusqu’au martyr… oui, peut-être…
Mais, si c’était plus que cela ! Si à cet instant d’effroi, cette part du ciel se faisait « absence » en Jésus… Si à cet instant d’effroi, la nuit avait eu raison de l’infinie Tendresse… alors la réplique de Jésus ne serait plus la réponse d’un maître à ses disciples mais la supplication d’un ami, d’un homme à ses frères : Jésus mis à nu dans Sa propre humanité. « Pouvez-vous boire la coupe que je bois ? Etre engloutis dans le même baptême ? » C’est-à-dire « êtes-vous capables de plonger avec moi jusqu’au fond de cette nuit qui m’attend ? Votre main sera-t-elle encore dans la mienne quand l’angoisse défigurera mon visage ? Serez-vous encore là lorsque je serai vidé, anéanti, perdu sur ce morceau de bois sans vie?» Avouons-le, ces questions nous débordent tous quand l’horreur s’invite au voyage. C’est ça, ou bien mourir d’asphyxie et de solitude ! D’ailleurs, bien plus que des questions, c’est un cri adressé à Jacques et Jean par Jésus… C’est notre cri à tous, souvent enfoui, inavoué, adressé à ceux que nous aimons au soir de nos vies ; comme si, à cet instant, cette part du ciel qui nous est destinée, était allée se nicher quelque part dans les mains, dans le cœur de ceux qui marchent à nos côtés. C’est un cri lancé vers Dieu, dans un ultime agenouillement au-dedans de nous-mêmes. Un cri, mendiant d’une présence.

Alors, Jacques et Jean ont-ils vraiment compris à quel point vivre et plonger étaient deux mots de la même lignée? Je ne sais pas. Par contre, ce qui est sûr c’est que leur réponse (« Nous le pouvons ») contenait des trésors d’amitié dans lesquels Jésus a dû puiser pour continuer d’avancer ; des trésors d’amitié qui L’ont poussé à rappeler Ses disciples « près de Lui »… si près de Lui qu’ils n’avaient plus besoin de s’assoir à telle ou telle place pour se sentir exister. Non ! Seule comptait, à cet instant précis, la densité de leurs existences partagées. Et l’expérience de cette extrême Présence valait toutes les premières places du monde. Combien alors, on comprend Jésus, qui nous invite à renoncer à ces places d’honneur ; des places d’honneur qui ne sont qu’illusion, devant la force de notre désir d’exister! Aussi grandes soient-elles, elles seront toujours trop petites pour abriter cette part du ciel qui nous est confiée.
Alors si par hasard, comme Jacques et Jean, vous rêvez de gloire, une gloire capable de vous faire exister et que vous vous mettez à la chercher, ne soyez pas étonnés de ne pas la trouver, là où vous pensiez. Non, pour la trouver, il vous faudra plonger car elle s’est assise tout au fond, à la dernière place, quelque part entre le mot servir et le mot aimer…ça a toujours été sa place préférée !

Katrin Agafia

 

[i] Psaume 8, verset 5 et 6

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 17:03
Invité-es, Sr Marie-Lise Dépruneaux: Ascension, la fête d'une autre présence.

Laissons-nous dérouter par cette fête !

Ce récit de l’Ascension que nous rapportent les Actes des Apôtres nous éclaire.

Jésus pendant le temps nécessaire, quarante jours, s’est fait reconnaître à travers des rencontres inattendues.

Il s’est révélé comme le Vivant.

Et puis vient ce temps où il va disparaître à leurs yeux. Non pas les quitter car St Matthieu nous dit expressément le contraire dans son évangile :

« Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde » Mais il ne se va plus se rendre présent de la même manière.

Il va se rendre présent par l’Esprit promis qui viendra les emplir de la force et de la joie du Ressuscité. Ainsi qu’il l’a dit à Marie Madeleine : « Ne me retient pas ».

C’est maintenant aux disciples de devoir quitter les cieux du regard. Parce que le Christ aux cieux, c’est-à-dire en Dieu, les appellent à courir aux extrémités de la terre pour annoncer la Bonne Nouvelle.

Sa présence n’est plus maintenant en un lieu donné d’Israël, mais Il nous appelle à le rencontrer partout et chaque jour à la lumière de l’Esprit qu’Il nous donne inlassablement.

L’Ascension est l’ouverture d’une espérance.

Il nous dit d’attendre ce qu’Il va nous envoyer : son Esprit, sa présence jusqu’à la fin.

Toujours là, mais Celui sur qui nous ne pouvons pas mettre la main.

Celui qui a voulu se faire l’un de nous et qui est toujours l’un de nous :

« Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites… »

Nous pouvons le rencontrer, mais nous ne pouvons pas mettre la main dessus.

Il nous précède, il nous appelle à le reconnaître. Il nous donne son Esprit pour que nous puissions le reconnaître sur notre chemin jour après jour.

Dans ce passage des Actes, on voit les apôtres qui attendent encore de Jésus un geste spectaculaire : rétablir la royauté.

Nous attendons parfois aussi des choses un peu extraordinaires.

Et non, Jésus vient dans l’ordinaire, Il ne s’impose pas. Toutes ses apparitions de ressuscité ont été discrètes, fugaces, mais aussi touchant en profondeur les personnes rencontrées.

Jésus disparaît aux yeux des apôtres et pourtant ils sont dans la joie, car Il est encore plus présent à eux que jamais.

C’est sa vie qui coule en eux.

Sr Marie-Lise Dépruneaux, rc

 

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 21:05
Invité-es: Alice Damay-Gouin, mots d'enfants

Mots d’enfants ! Mots qui nous montrent, incroyablement, le chemin de Confiance, des Béatitudes, de Miséricorde

1 ) « Mais si, mamie, tu vas réussir… »

C’était durant la période estivale du 15 août, par une belle journée ensoleillée. Je voyage avec l’aîné de mes petits-enfants. Je veux faire une pause et je pénètre dans une aire de stationnement mais avec la foule, difficile de trouver une place disponible ! Enfin, je réussis à me glisser entre d’autres voitures. Mais au moment de reprendre le volant, stress !!! Il va me falloir faire des manœuvres en marche arrière !!! Et alors, mon petit-fils me dit : « Mais si, mamie, tu vas réussir ! Tu vas regagner de la jeunesse » !!! Comment un enfant de 8 ans peut-il avoir une telle trouvaille ! Incroyable ! Et à la fin de ma manœuvre, de dire : « Tu vois, mamie, Tu as réussi ! Tu as regagné de la jeunesse ! » J’ai regagné de la confiance en moi, de l’estime, de… la jeunesse !!!

2) « Mamie, reste avec moi, mamie j’ai… »

Passant chez ma fille, ma petite-fille, de 6 ans, me dit : « Mamie, reste avec moi ! » Comme je ne peux pas, étant attendue ailleurs. Alors, ma petite-fille me dit : « Si, mamie, reste avec moi. J’ai besoin de toi ». Et constamment, je repense à cette réflexion d’une gamine de 6 ans. N’a-t-elle pas compris cette richesse du chemin des Béatitudes : « Bienheureuses les personnes qui vivent dans l’esprit de pauvreté et qui savent dire leur besoin des autres ».

3) « Si dans ta vie, tu as… »

Dimanche dernier, j’entends le témoignage d’une femme qui est condamnée à 10 ans de prison. Elle parle de sa cellule et nous montre un message que sa petite- fille, âgée d’une dizaine d’années, lui a envoyé : « Si dans ta vie, tu as des centaines de raisons de pleurer, pense que tu as aussi des milliers de raisons de sourire ! » Oui, cette femme a affiché ce mot à un endroit bien visible, dans sa cellule. Quel réconfort pour elle !!! C’est, pour moi, la représentation merveilleuse de la Miséricorde ! Elle n’ignore pas où se trouve sa mamie, mais elle n’en parle pas et, surtout, elle a su trouver les mots pour redonner la force de vivre. Quel merveilleux don miséricordieux !

« Si dans ta vie, tu as des centaines de raisons de pleurer, pense que tu as des milliers de raisons de sourire ! »

Alice Damay-Gouin

 

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 21:52
Invité-es: Katrin Agafia, Onction à Béthanie Mc 14/1-11, le parfum de l'amour.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc (14, 1-11)

A deux jours de la fête de Pâques, et des pains sans levain, les grands prêtres et les lettrés cherchaient une ruse pour l’arrêter et le tuer.

« Pendant la fête, au milieu de la foule, on ne peut pas, disaient-ils. Cela ferait trop de désordre ».

Lui, pendant ce temps, se trouvait à Béthanie, étendu pour le repas dans la maison de Simon le Lépreux. Une femme arriva, portant un flacon d’albâtre qui contenait un onguent parfumé de grand prix. Elle le brisa et répandit le parfum sur sa tête. Certains s’en indignèrent :

« Quelle idée de gaspiller cet onguent ! On aurait pu en tirer facilement trois cents deniers et les donner aux pauvres ! »

Ils étaient furieux contre elle. Mais Jésus dit : « Laissez-la donc ! Pourquoi lui faire de la peine ? C’est bien ce qu’elle a fait pour moi. Les pauvres, vous en aurez toujours sous la main, vous pourrez leur faire tout le bien que vous voudrez, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. En parfumant d’avance mon corps pour le tombeau, elle a fait tout ce qui était en son pouvoir. Je vous l’assure : partout, dans le monde entier, où sera proclamé l’Évangile, on gardera aussi la mémoire de ce qu’a fait cette femme»

Judas, l’homme au couteau qui était l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour proposer de le leur livrer. Ils l’écoutèrent, contents, et lui promirent de l’argent. Il se mit à chercher le moyen et le moment. »

Nouvelle traduction de la Bible Ed : Bayard

 

Que faut-il faire pour accomplir sa vie, pour accéder à cette vie en plénitude dont nous rêvons tous? Il existe tant de chemins qui mènent aux portes du Royaume ! Certains montent, d’autres descendent. Tous semblent se rendre au même endroit, mais le quel choisir ? Les randonneurs nous diront que la descente est infiniment plus difficile que la montée. Quand on monte, on maîtrise son souffle, ses pas, on acquiert un rythme, on se cale sur celui qui nous précède… quand on descend, les genoux tremblent, la pente nous entraîne, on ne maîtrise plus grand-chose, on s’évertue simplement à ne pas glisser, à ne pas tomber. Il est plus rassurant de monter que de descendre. Il est plus rassurant de partager ses biens avec les plus pauvres que de vider un flacon de parfum entier sur la tête d’un ami, lors d’un dîner; car dans le premier cas on devient quelqu’un et dans le second cas, on passe pour un fou, on prend le risque de n’être plus rien.

Chez Simon Le Lépreux, il y a ceux qui montent et celle qui descend. Drôle de façon de descendre, me direz-vous, en gaspillant tout son argent ! Pourtant, Jésus nous dit de cette femme qu’ : « elle a fait tout ce qui était en son pouvoir », c’est-à-dire, elle est allée au bout d’elle-même; et ce pouvoir, c’est celui d’aimer. Alors, elle aime. Elle aime un peu, beaucoup, passionnément… et emportée par son élan, elle finit par aimer à la folie ! A chaque goutte de parfum versé, elle dévale un peu plus ce sentier qui la conduit vers elle-même. Peu importe le « qu’en dira-t-on », peu importe de n’être plus rien aux yeux du monde, elle se risque à vivre son propre désir, les yeux rivés sur ce regard de tendresse qu’elle a, un jour, croisé. Parce que son geste fou est forcément le fruit d’une rencontre. Une rencontre où elle a pu faire l’expérience qu’il n’y a aucun danger à se laisser aimer, à se laisser porter. Une rencontre au cours de laquelle elle a osé accueillir l’implacable exigence de l’Amour qui pousse à aller au bout de soi. Sa liberté, elle l’a trouvée là, en brisant sa peur, pour se livrer totalement à l’Amour. Et cet Amour s’est répandu, comme un parfum, aussi léger qu’un baiser.

Pour ceux qui montent, le chemin est plus rassurant, on l’a dit ; plus simple aussi car il est entièrement balisé. Ils n’ont pas trop de questions à se poser parce qu’ils ont appris ce qu’il faut faire, ils savent par où passer ! Par exemple, ils savent que plutôt que de gaspiller, il est préférable de partager ! Ceux qui montent ne sont pas forcément de mauvais bougres ! Non ! Ce qui est compliqué pour eux, c’est de regarder vers le bas, vers celle qui dévale la pente ; parce que descendre est beaucoup trop dangereux à leurs yeux : c’est se risquer à être soi, se risquer à tomber, se risquer à être jugé à force de ne plus rien maîtriser…trop d’imprévus à assumer ! Et ce n’est pas tant contre cette femme qu’ils sont furieux que contre eux-mêmes et leur propre frilosité. Pourtant, Jésus ne les juge pas. Il les regarde avec la même intensité que cette femme qui se tient là, à Ses pieds. Il leur fait simplement cadeau d’un pourquoi (« Pourquoi lui faire de la peine ?) ; un pourquoi, comme une invitation à descendre, à se plonger en soi, pour mieux se retrouver et accueillir sa propre fragilité.

Alors que faut-il faire pour accomplir vraiment sa vie? Monter en observant la loi coûte que coûte ou bien descendre en brisant un flacon d’albâtre et se laisser entraîner vers plus grand que soi ? Longtemps, on nous a présenté le chemin de la sainteté comme ce chemin qui monte, long et ardu, entièrement balisé que nous devions gravir à la force de nos poignets. Pourtant, j’en suis persuadée, les Saints, ont tous, pris le chemin qui descend : c’est le plus périlleux, mais c’est aussi le plus direct pour aller vers Dieu. Ils ont emprunté ce chemin en renonçant à devenir quelqu’un, en acceptant d’être un simple Humain car l’urgence, pour eux, n’était pas de briller mais de brûler et de se consumer.

Et ce choix qu’ils faisaient, tenait à pas grand-chose : la force d’un regard, la puissance d’une tendresse qui s’invitait au voyage, la peur qui résistait ou bien qui cédait ; Mais au final, ils plongeaient !
Alors oui, c’était des Saints ! Mais ils étaient d’abord des Humains : nos frères et nos sœurs en humanité, avec ce même grain de folie que celui qui habite un coin de nos vies ; un grain de folie capable de confondre les sages ; un grain de folie traversé par nos désirs d’infini ; un grain de folie qui attend patiemment notre oui ! Oui pour se risquer à cette descente où s’accomplissent chacune de nos vies.

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