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23 mai 2021 7 23 /05 /mai /2021 16:03
Pentecôte …sans idées fausses

L’iconographie de la Pentecôte peut véhiculer des fake news !

Une peinture où il n’y a que les apôtres qui reçoivent le don de l’Esprit : fake news !

Une peinture où il n’y a que les apôtres et Marie : fake news !

Voici une peinture qui correspond à ce que nous dit les Actes des Apôtres :

Oui, les apôtres, oui Marie, oui, d’autres femmes, oui des frères et oui 120 personnes si l’on n’oublie pas de citer le verset 15 de Ac 1

On comprendra bien l’intérêt idéologique des représentations qui oublient les femmes, les frères, les 120 : une théologie qui fait des seuls hommes apôtres les dépositaires de l’Esprit Saint !

Et bien non, c’est à toute l’Eglise naissante…et à chacun-e d’entre nous aujourd’hui que l’Esprit est donné.

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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 16:56
peinture d'Arcabas

peinture d'Arcabas

Dire que l’athéisme est refus de Dieu n’est pas juste.

Dire qu’il est refus de l’idée même de Dieu, non plus car il n’y a pas une idée de Dieu mais une multitude.

Je peux être athée de certaines idées de dieu et croyant-e d’autres .

De quelles idées de dieu suis-je athée ?

Une idée qui fait beaucoup de mal pour accéder à la foi : un dieu dont je serais débiteur-trice. Un dieu dont on serait en dette perpétuelle dans l’incapacité de rembourser.

A l’appui de cette idée, la dette de la création : Dieu comme origine du monde, donc on lui doit tout. Il nous a tout donné et on lui devrait une réponse de gratitude. Ne pas répondre par la louange, le service et le respect serait péché contre Dieu, refus de Dieu.

Il faudrait donc, pour rétablir la relation, du côté de dieu, un salut dont il a l’initiative, une volonté de réconciliation (et c’est une dette supplémentaire) et du côté humain, une reconnaissance de faute, une demande de pardon.

N’est-ce pas ainsi que certaines catéchèses, liturgies, et théologies présentent les choses ?

Cela génère un sentiment constant de culpabilité car on ne sera jamais à la hauteur. Certains spirituels ont tenté d’atténuer ce modèle en disant que Dieu nous aime tel qu’on est, dans la faiblesse même de notre réponse. Mais cela n’enlève pas l’obligation de la réponse si pauvre soit-elle. Alors qu’il n’y a aucune obligation !

Voici la parole libératrice : je ne dois rien à Dieu.

Cela demande de penser Dieu sous le mode de la gratuité absolue : un don sans condition, inconditionnel, un don pour donner car c’est l’essence de Dieu de donner. Dieu diffusif de soi.

Comprenons cela avec une réalité de notre vie. Le meilleur de nous fait des cadeaux non pour recevoir en retour, mais pour le plaisir de l’autre. Le meilleur de nous n’est pas dans le donnant-donnant mais dans la gratuité. Le meilleur de nous le fait par amour gratuit et pas par calcul de retour.

Le meilleur de nous…et c’est Dieu qui est le meilleur.

Qu’est-ce qui peut faire plaisir au donateur ? La joie que nous avons à recevoir. L’usage humanisant que nous faisons du don de la vie pour nous et pour d’autres. En profiter pour soi et pour les autres.

Oui, la jouissance du don.

Il n’y a rien à « rendre » en se retournant en amont vers le donateur mais à vivre le don, à donner en aval vers les autres dans la mesure de ce qu’on peut et de ce qu’on veut.

Je ne dois rien. Je ne dois pas faire. Mais je peux faire.

Cela ne veut pas dire que la relation au donateur est superflue ?

Superflue ? Non

Nécessaire ? non

Précieuse ? oui !

Comme la relation d’amitié où l’on donne et reçoit par désir d’amour.

Et Jésus dans tout cela ? Surement pas pour apporter à un dieu offensé par nos refus de lui, un salut comme paiement de dette par le sang de la croix ! Mais le désir de Dieu de se faire l’un de nous, de nous rejoindre, de s’unir à nous encore plus que par amitié mais par amour d’amants.

Il se tient à la porte et il frappe.

« Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte

J’entrera chez lui pour souper

moi près de lui et lui près de moi »

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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 20:28
Peinture de He Qi

Peinture de He Qi

Avant la réforme liturgique de Vatican II, la fête de la Pentecôte ouvrait le temps de la Pentecôte. Pourquoi l’avoir remplacé par le prosaïque temps ordinaire ?

La Pentecôte ouvre le temps de la liberté de l’Esprit, de son amour et de son audace. Nous avons à vivre de ce don. Fait-il si peur qu’il n’en n’irrigue plus de son Nom les dimanches jusqu’au temps de l’Avent ?

Fait-il si peur que cette expérience n’est plus d’actualité ?

Femmes et hommes autour de Marie au Cénacle ont fait l’expérience de la sororité, de la fraternité, de l’écoute d’une parole de vie, d’une attente de l’Esprit avant toute action. Fort-es de cet Esprit reçu par toutes et tous, ils et elles sont parti-es pour être apôtres d’une parole libératrice et aimante.

Vivons comme elles, comme eux, le temps de l’Esprit !

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10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 14:24
Parler autrement...d'une création par Dieu

« Je crois en Dieu créateur »

 

Nous disons cela à chaque fois que nous récitons le Credo.

Mais que « pensons-nous » en disant cela ?

Quelle représentation nous faisons-nous de cette création ?

Comment Dieu crée-t-il ?

 

Il n’est plus possible de nous représenter cette création telle qu’elle est décrite dans les deux récits de création dans le livre biblique de la Genèse : 7 jours pour le premier récit et un-e humain-e tiré-e de la glaise pour le second. Car nous comprenons maintenant que la vérité de ces textes ne relève pas de l’ordre du comment mais du pourquoi.

Pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que rien ? (Leibniz) Ces textes répondent à cette question en disant qu’à la source de l’être il y a une décision de Dieu, que ce qui est créé a sa source en Dieu, que c’est bon, et que c’est une création dont nous sommes responsables.

 

Cependant les réponses du comment tels que les sciences nous les présentent, continuent d’interroger la foi :

Comment Dieu est créateur dans ce long processus qui a débuté il y a 15 milliards d’année ?

Big bang, constitution des galaxies, notre système solaire qui se constitue, une histoire chaotique de la terre, surgissement de la vie, évolution des espèces, émergence lente de l’humain jusqu’à l’homo sapiens que nous sommes.

Le défi qui est posé est de penser Dieu créateur au cœur même de ce modèle.

Comment est-il créateur dans ce processus ?

 

C’est à cette question qu’il nous faut nous atteler. Ceci en s’aidant du théologien Adolphe Gesché dans son livre Dieu pour penser le Cosmos.

Dans un chapitre de ce livre, il pose la question : Dieu est-il horloger ? 

Sa réponse est négative. Car le monde n’est pas une horloge, une mécanique bien réglée auquel rien ne peut être changée. Et Dieu n’est pas un mécanicien qui a réglé la machine.

Voilà comment il pose la question :

« Si, comme on le voit aujourd’hui, le cosmos n’est pas une horloge ; si le monde invente pour une part, les structures de son processus ; si l’homme, par son geste co-créateur, a droit et devoir d’une liberté inventive, qu’en est-il encore de Dieu ? »

 

Et voilà comment en résumé, il répond.

Créer ce n’est pas fabriquer des choses toutes faites, des choses complètement déterminées, ce n’est pas modeler, ce n’est pas faire une copie toute faite.

Créer, c’est ouvrir un espace d’autonomie avec des processus d’auto-régulation et d’invention

Dieu est celui qui fait que les choses se font comme elles se font mais rigoureusement, il ne les fait pas, il ne les fabrique pas. Il les provoque au devenir, il leur donne ordre d’avenir.

Dieu a créé un cosmos comme espace de possibilités internes et de liberté inventive et non une dictée auquel il n’y aurait rien à changer.

Il a créé un processus, des virtualités, un monde comme un champ ouvert.

Il est vrai créateur car créateur de création.

Il n’est pas horloger, géomètre auteur d’une mécanique, il ne dicte rien mais il est créateur posant ce qui rend possible un cosmos qui se fera comme il se fera, en lui donnant de se faire comme il se fera

Il est créateur d’un monde qui s’invente.

Cela se crée, et ce n’est pas fabriqué.

Cela permet de comprendre le repos du 7ème jour de la Genèse. Ce 7ème jour n’est pas la fin de la création c’est son ouverture à une aventure à continuer d’inventer : cosmos créatif, un monde en genèse, en devenir, un monde de complexité innovantes et pas un scénario tout fait

En pensant ainsi on réconcilie la foi judéo-chrétienne en un Dieu créateur et la réalité du monde telle que la science nous la découvre 

On réconcilie aussi Dieu avec la liberté humaine

« L'idée de création implique que la liberté est vue comme un don. Ce qui signifie, cette fois, que l'homme est appelé à l'invention, à la créativité…L'homme n'est pas simplement créé, il est créé créateur. L'idée de création atteint toute sa signification dans l'homme. La liberté y devient créatrice. L'homme n'a pas devant lui un destin tout tracé, fût-ce par Dieu, et dont il ne serait que le scribe calquant sous dictée un texte divin. Parler de l'homme créé créateur, c'est dire que la liberté lui a été donnée d'inventer du nouveau, de l'inconnu, voire de l’inouï ; de faire de sa vie l'éclosion et l'invention de choses nouvelles, remises et confiées à ses choix et à ses initiatives.  Le don n'implique pas, lui non plus, une statique, mais une dynamique. La liberté prend ici les contours d'une invention de notre être. »

 

Dieu n’est donc pas la négation ou l’écrasement de l’humain mais sa preuve et son attestation. Il autorise l’humain à s’inviter lui-même, à sans cesse se dépasser avec l’infini comme horizon.

La liberté n’est pas arrachée à Dieu, elle est originelle par essence parce que nous sommes libres à l’image de Dieu qui est libre. La liberté est un DON de Dieu.

La liberté est vocation, de l’ordre de l’existence à faire dans l’histoire, une tache à réaliser.

Les Pères de l’Eglise, commentant la phrase de la Genèse : créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, cela dit que l’Image est un don et que la ressemblance est à réaliser.

 

Pour pouvoir vivre vraiment de cette liberté, il est donc bon que nous nous libérions de conceptions qui sont  cause d’athéisme en nous et chez les autres.

 

Se libérer donc de l’idée que Dieu aurait créé un monde tout fait. Pour employer une comparaison de couture : un monde prêt à porter. Il n’y aurait qu’à enfiler ce vêtement auquel on ne pourrait rien changer. Cette image dit un ordre des choses décidé par Dieu.  Un monde tout fait où il n’y aurait rien à changer, rien à créer, auquel il ne manquerait rien.

Donc dans ce cas l’action humaine serait simplement de conserver les choses en leur état. La réponse de l’humanité serait de rien abimer de ce qui serait sorti des mains de Dieu.

La liberté consisterait à pouvoir dire oui ou non à un ordre établi par Dieu, être obéissance à cet ordre dans le oui, et désobéissance, révolte et péché dans le non.

Cette conception nous habite et il est nécessaire d’en voir toutes les conséquences.

 

*La première conséquence, c’est que ce monde dans ce modèle a peu d’intérêt puisque rien ne lui manque, qu’il n’y a rien à y faire de décisif qui lui manquerait, il est seulement le lieu d’une épreuve, le lieu où l’on fait ses « preuves » de l’obéissance ou de la désobéissance.

*La deuxième conséquence c’est l’idée de Dieu que cela justifie. Un Dieu qui impose son modèle à l’exclusion de tout autre. C’est lui qui l’a fait ainsi. C’est un modèle où Dieu impose. Image d’un pouvoir absolu. Image de Dieu comme monarque absolu.

*la troisième conséquence permet de justifier tous les conservatismes. Les choses de ce monde n’ont pas à être changées parce qu’elles seraient telles que Dieu les a créés. Cela permet de justifier les instances de pouvoir. De même que Dieu impose un ordre des choses, il serait normal que certains l’imposent aux autres.

Ainsi nous nous faisons une idée de Dieu conforme à ce qui se passe dans nos sociétés ou certains dominent les autres, où certains sont supérieurs aux autres.

Le fait que Dieu soit aussi celui qui impose son modèle, justifie que qu’il en soit ainsi dans les relations humaines. Le ciel justifie la terre et la terre est à l’image du ciel. Nous projetons sur Dieu, le style de relations aliénées que nous vivons entre nous. « Les relations sociales basés sur la domination existant entre nous ont servi d’exemple pour concevoir la relation entre les humains et Dieu » Berdiaeff, De l’esclavage à la liberté p 91

Cette conception du monde et de Dieu sont solidaires. Dans ce modèle, le péché va s’appeler révolte, désobéissance, refus.

Et ce modèle est pour moi une des raisons de l’athéisme.

 

Pour pouvoir vivre vraiment de cette liberté, il est donc bon d’accueillir un autre modèle qui dit une autre image de Dieu, de l’humanité et de la liberté :

Dieu n’a pas créé un monde tout fait mais un monde à faire. Pour continuer la comparaison de la couture : ce n’est pas un monde prêt à porter. Ce sont des vêtements à confectionner nous-mêmes. Dieu nous offre ce qu’il faut pour coudre mais c’est à nous d’être créatif, d’inventer des formes, des couleurs à l’infini. Ce monde n’est pas tout fait, il est à faire. Et si nous ne le faisons pas il y manquera ce que nous nous seul-es pouvons faire, pouvons y apporter. Il ne s’agit pas de conserver un monde préétabli mais de bâtir un monde neuf. La liberté ici est liberté de création où chacun doit inventer son chemin. Dans ce modèle, la liberté peut produire de l’inédit qui ajoute quelque chose d’original, quelque chose qui manque. C’est une liberté créatrice où tout humain doit inventer son chemin.

Les conséquences sont l’inverse

*La première conséquence, c’est que ce monde à faire acquiert un intérêt fondamental. Sa création est remise à notre responsabilité. Il lui manque ce que nous arriverons à créer et qui ne serait pas sans nous. Ce que nous y ferons acquiert une dimension de décisif. Il est lieu de créativité. La liberté n’est pas une épreuve, elle est condition de création.

*La deuxième conséquence c’est l’idée de Dieu que cela révèle. Un Dieu qui nous fait co-créatrice, co-créateur. Il n’impose pas un modèle. Il ouvre des possibles confiés à notre créativité. Il n’est pas le Dieu qui impose et s’impose, qui dirige. Il crée comme la mer, les continents, en se retirant. Il n’est pas à I ‘image d’un pouvoir absolu mais son autorité est de celle qui autorise à vivre à plein. « Va vers toi-même » dira-t-il à Abraham.

*la troisième conséquence permet de libérer l’initiative pour tous et toutes. Les choses de ce monde n’ont pas à rester telle qu’elles sont, elles peuvent et doivent être changées. Le pouvoir est rendu à chacun-e. Les instances de pouvoir sont légitimes non en soi mais dans la mesure où elles sont au service du progrès, de l’humanisation de toutes et de tous. Ainsi cette autre idée de Dieu conteste ce qui se passe dans nos sociétés où certains dominent les autres, où certains sont supérieurs aux autres. Le fait que Dieu ne soit pas celui qui impose son modèle, justifie la recherche de relations humaines basées sur la fraternité et l’égalité, la recherche de relations non aliénées.

Dans ce modèle, le péché va prendre une toute autre tonalité. Il va être plus de l’ordre de l’omission, du désintérêt des choses de ce monde, du non engagement à bâtir ce monde, de tout pouvoir dans la mesure où il empêche l’autre d’exister et d’inventer sa vie librement. Il va se découvrir en se demandant ce qui fait obstacle aux relations fraternelles, faites de respect et d’égalité.

La conversion va se comprendre comme conversion à une autre image de Dieu. Avoir entendu Dieu nous dire : « Va vers toi-même », avoir vraiment entendu cette parole va libérer notre cœur pour pouvoir dire et être pour les autres ce que Dieu fait pour nous. Donc se détourner de ce qui justifie l’injustice, le conservatisme, la domination, l’aliénation et accueillir ce qui nous stimule à bâtir des relations libérantes pour nous et pour les autres. 

 

Quel choix faisons-nous ? Lequel de ces 2 modèles informe nos vies ? Lequel informe les pays et les sociétés, les religions et les Eglises ?

 

NB : Dans cet article, j’ai gardé une nomination de Dieu au masculin : une manière de montrer que c’est le premier modèle, malheureusement, qui continue de formater nos esprits. En plagiant Berdiaeff : Les relations sociales basés sur la domination patriarcale existant entre nous ont servi d’exemple pour concevoir la relation entre les humains et Dieu 

 

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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 16:13
Parler autrement...du salut

« Pour nous les hommes et pour notre salut »

Disons-nous dans le crédo.

Nous sommes donc des sauvé-es !

Mais que mettons-nous derrière ce mot ?

Sauvé-es de quoi ? Sauvé-es comment ? Sauvé-es par qui ?

Sauvé-es mais comment le voit-on ?

 

Des pistes de réflexion en s’inspirant librement de Adolphe Gesché : Dieu pour penser la destinée, chapitre 1 : Topiques de la question du salut page 27 à 69

 

 

La réponse qui vient immédiatement, c’est de penser le salut comme l’équivalent de la vie éternelle : pour faire bref, être on non au Paradis. Cette manière de penser le salut a été centrale dans la réflexion chrétienne. La seule chose importante était le sort individuel de chacun après la mort. C’est le discours de Pierre à la Pentecôte : faites-vous baptiser et vous serez sauvés. C’est ce qui explique la pratique de chrétiens des 1ers siècles qui attendait l’imminence de la mort pour se faire baptiser ou encore l’instauration du baptême des enfants pour leur éviter l’enfer s’ils mourraient. C’est le nœud du différent de Luther et de l’Eglise catholique romaine : sauvé-e par la foi ou par les œuvres ?

Cette manière de voir le salut demande d’être examinée pour qu’elle soit crédible.

 

D’abord la comprendre

*Quand on naissait avec une espérance de vie moyenne de 30 ans,

*Quand le monde que vous quittiez à la mort, était le même qu’à votre naissance, sans changement

*Quand il n’y avait aucune espérance de changer les choses  

Et bien la question de votre destin éternel était la seule question vitale.

 

Ensuite voir sur quel schéma théologique il s’appuyait : un monde paradisiaque à l’origine qui avait été détruit par le péché dit originel introduisant la mort et la perdition. Sauvé-e par la mort rédemptrice du Christ et dont on reçoit les fruits par le baptême.

Si on prend une image, c’est comme si on est perdu en mer, la seule chose désirée est d’être sauvé-e. La seule chose espérée est qu’un sauveteur arrive. Cela suppose donc qu’il soit arrivé une catastrophe comme par exemple que son bateau ait coulé.

 

C’est sur ce schéma qu’est conçue une certaine conception du salut en théologie chrétienne.

En poursuivant mon image cela donne cela :

*Le bateau est sur l’eau tranquille= c’est la création sortie des mains de Dieu, le paradis

*Le bateau coule, le marin est perdu= c’est le péché originel

*Il est repêché= c’est la rédemption

 

Ce schéma n’est plus pensable depuis que l’on sait que notre existence sur terre est le fruit d’une longue évolution. Il n’est plus possible de penser une terre qui aurait un jour été un paradis, un homme et une femme qui auraient fait une faute telle que toute l’humanité à cause d’eux aurait été perdu et que leur salut est  possible par la mort de Jésus sur la croix !

 

Impensable devant l’évidence de nos connaissances scientifiques mais impensable aussi si l’on réfléchit à l’image de Dieu que cela donne en particulier celle d’un Dieu qui ferait rejaillir la faute de deux sur tous et qui ne pourrait  pardonner et sauver que par du sang répandu sur une croix.

 

C’est cette théologie qui a gagné en Occident en particulier avec St Augustin. Mais d’autres théologies ont produit d’autres conceptions :

St Irénée, qui voit la création dans une histoire où les péchés des humaines sont des fautes de jeunesse ; ou encore les théologies chrétiennes orientales qui conçoit le salut comme un désir de Dieu de s’unir à nous.

 

Il y a donc à penser le salut d’une manière plus large.

 

Le salut c’est ne pas passer à côté de sa vie, ne pas la manquer.

Parler ainsi du salut ou non salut, c’est le parler en termes de bonheur ou de malheur, de réussite ou échec.

L’étymologie du mot salut nous le dit déjà puisque cela vient du mot

Salvus qui se traduit par sain, solide et Salvare qui veut dire rendre fort garder, conserver.

On est donc dans un registre d’épanouissement, aller jusqu’au bout de soi-même, s’accomplir, trouver sa vie, le sens de sa vie.

En parlant de salut de cette manière là, on peut être en phase avec une aspiration humaine fondamentale et donc parler à nos contemporains. Cela fait appel à notre conscience d’un inachèvement de notre être qui aspire à un plus, à un mieux, qui a soif d’un accomplissement.

 

Mais c’est d’abord notre être même qui est un salut ! Dieu en créant le monde nous a sauvé du néant c'est-à-dire de ne pas exister !

L’acte créateur est un acte de salut : nous sauver de l’inexistence.

Acte de liberté de Dieu qui veut aimer en lui-même (La Trinité) mais aussi à l’extérieur de lui vers nous.

Cette mise au monde n’est pas pour retomber dans le néant mais pour une relation d’amour éternel (et nous retrouvons ici le salut évoqué au début). Notre vie n’est pas pour rien. Elle est ordonnée finalisé par une vie d’amitié avec Dieu pour l’éternité. Nous sommes habité-es par un infini. Cette dignité est notre salut. C’est ce que les théologies chrétiennes orientales nous disent en parlant de divinisation.

 

 

Cette mise au monde se fait dans une histoire où le désir de Dieu est que nous devenions de plus en plus ce que nous sommes déjà : image et ressemblance de Dieu. Nous retrouvons là ce qui a été dit de l’épanouissement.

Mais sur ce chemin, il y a des obstacles : des obstacles sur le chemin de l’accomplissement.

Sauver c’est donc aussi être délivré de ce qui fait obstacle à l’accomplissement.

On n’est pas dans un schéma d’être condamné-e par une malédiction.

Il ne s’agit pas d’être délivré-e de soi comme si on trainait en soi une nature en soi mauvaise.

On n’a pas à être délivré-e de soi mais de ce qui m’empêche d’être soi. Cela indique une haute idée de l’humain, car cela veut dire que sa vie a du prix et qu’elle ne doit pas se perdre, donc délivrée de ce qui fait obstacle à sa réussite.

 

C’est là que nous retrouvons la question la mort

Au cœur de la foi chrétienne il y a d’être sauvé-e de la mort avec l’assurance qu’elle a déjà été vaincu par la résurrection du Christ.

La mort n’est pas l’obstacle absolu, nous ne sommes pas des êtres pour la mort, la mort n’est pas sa finalité.

 

Et toutes les formes du mal ? :

Souffrance, mal subi, mal voulu ; contraintes de tout ordre, impuissance, conditionnements, limites de la liberté ; hérédité, déterminisme, contraintes culturelles ; épreuves de malchances sociales, maladie injustices.

Ce sont des obstacles à la réussite de notre être. On peut s’enfermer là-dedans : il n’y a rien à faire.

Face à cela, le Christ est sauveur comme antidote

Et c’est un des sens de l’incarnation : instaurer dans notre histoire, une vie humaine qui guérit et libère, et qui peut nous rendre capable de décisions créatrices, de transgression de ce qui parait de la fatalité impossible à dépasser.

En particulier, il nous sauve de la peur en nous ouvrant la voie de la confiance en nous. Il nous sauve en nous révélant l’image de Dieu telle qu’elle est : Celui qui dit oui à notre existence, nous donne confiance pour pouvoir à notre tour dire oui à nous même. Il nous sauve par l’amour qui va jusqu’au bout du don au point de faire éclater la mort par sa pâque de la mort à la vie.

 

Ici arrive une objection majeure

A voir le spectacle du monde on peut légitimement penser que le salut est loin de notre terre : nous ne sommes pas sauvés.

Mais dès maintenant, dans une perspective chrétienne nous pouvons dire que nous sommes sauvés de la tyrannie du mal. Délivré de sa tyrannie, de la peur, du sentiment d’impuissance.

Dès maintenant nous pouvons être délivré de ce qui nous enlève toute force. Un salut est possible qui est de construire le royaume inauguré par Jésus.

Et ici c’est un salut confié : justice, libération, lutte contre les exclusions, pardon, compassion.

Cette révélation et cette visibilité sont à nous confié-es.

 

« Je suis venu pour qu’on ait la vie et la vie en abondance »

 Jn10/10

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