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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 16:44
Conférence sur le livre: Masculin-Féminin. Où en sommes-nous? Décryptage d'une encyclique

Voici le texte d'une conférence que j'ai donné pour présenter mon livre.

 

Choisir ce thème du masculin-féminin a plusieurs raisons.

- la conscience aigüe que le discours et la pratique concernant les femmes dans l’Eglise catholique romaine est une des causes de la déchristianisation. (Voir à ce sujet le n° de la revue Etudes de janvier 2011 par Joseph Moingt : la femme et l’avenir de l’Eglise p 67)

On a pu parler de la perte de la classe ouvrière, on peut parler de la perte d’un nombre important de femmes. Le pic de l’hémorragie ayant été provoqué par la publication d’humanae vitae.

-il y a donc un problème entre l’Eglise catholique et les femmes ! Ce problème se focalise sur l’obstination à exclure les femmes des ministères. Ce n’est pas l’unique problème mais c’est le problème source de toute une conception du féminin et de masculin.

Mon livre n’a pas voulu aborder ce problème de front mais de chercher les racines de cette exclusion par un modèle féminin qui n’est plus audible dans des sociétés marquées par la modernité.

Pour cela je me suis plongé dans une lettre encyclique peu connue qui a pour titre Mulieris dignitatem. Elle date de 1988 sous la signature de Jean-Paul II. Elle mérite d’être lu car on y découvre des prises de positions, on pourrait dire libératrice pour les femmes et d’autres qui continuent de les enfermer dans un stéréotype. L’hypothèse de deux auteurs n’est pas à exclure !

L’un qui a voulu au maximum correspondre à la modernité des rapports homme/femme en les fondant sur une interprétation renouvelée de textes bibliques. Et c’est heureux !

L’autre continuant de pratiquer une lecture fondamentaliste d’autres textes bibliques et une symbolique pour justifier l’exclusion des femmes des ministères. Et c’est malheureux !

 

Je suis très critique sur cette encyclique, ce sera la 2ème partie de mon intervention de ce soir.

Mais il me semble important de pointer dans un premier temps ces aspects innovants car on peut s’en servir pour contrer le sexisme.

 

*Le fameux texte des Ephésiens sur la soumission de la femme au mari est expliqué dans cette Lettre par le contexte social du temps de Paul. Cette lettre nous dit qu’il faut l’interpréter comme une soumission réciproque. Je cite :

Le défi de l’ethos de la Rédemption est clair et définitif. Toutes les motivations de la soumission de la femme à l’homme dans le mariage doivent être interprétées dans le sens d’une soumission réciproque.

 

*Pour cette lettre encyclique, le texte de Gn 1 : « homme et femme à l’image de Dieu » est la parole biblique fondatrice pour penser le rapport homme/femme.

Elle fonde théologiquement les points suivants au chapitre 3 qui a pour titre « Image et ressemblance de Dieu ».

C’est une affirmation très forte de la dignité égale de l’homme et de la femme car tous deux sont créés à l’image de Dieu.

« Le texte biblique fournit des bases suffisantes pour que l’on reconnaisse l’égalité essentielle de l’homme et de la femme du point de vue de l’humanité »

 

Cette égalité se décline sous plusieurs aspects:

-L’homme et la femme possèdent une commune humanité :

Tous les deux sont des êtres humains, l’homme et la femme, à un degré égal tous les deux.

-Ils ont une commune vocation à la domination de la terre et une origine commune.

Le Créateur confie la domination de la terre au genre humain, à toutes les personnes, à tous les hommes et à toutes les femmes, qui puisent leur dignité et leur vocation dans leur origine commune.

-Ils possèdent en commun le statut de personne humaine :

L’homme est une personne et cela dans la même mesure pour l’homme et pour la femme.

-Leur relation est régi par la réciprocité

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Genèse 2 verset 18 )

n’est pas compris comme s’adressant seulement au masculin mais aussi au féminin, visant l’unité des deux. Il est question d’une

«relation réciproque de l’homme à l’égard de la femme et de la femme à l’égard de l’homme. »

Et l’aide dont parle Genèse 2, 18-25 n’est pas non plus interprétée à sens unique : l’une et l’autre sont aides mutuelles au service de la découverte et de la confirmation de leur humanité :

La femme doit aider l’homme et en même temps l’homme doit aider la femme…il s'agit d’une aide des deux côtés et d’une aide réciproque.

 

-Leur commune humanité est voulue pour elle-même par Dieu :

L’homme -homme et femme- est le seul être parmi les créatures du monde visible que Dieu créateur ait voulu pour lui-même 39

 

-Homme et femme sont image de Dieu

Cette anthropologie de l’égalité homme-femme se fonde sur la théomorphie, c'est-à-dire sur la création de l’humain, homme et femme, à l’image de Dieu. Ce chapitre est d’une totale clarté, C’est le thème de l’image qui est fondement de tout ce passage, et fonde l’égalité de l’homme et de la femme. Cette image de Dieu dont ils sont porteurs tous les deux, est la caractéristique essentielle de l’être humain, homme et femme, personne à l’image du Dieu personnel, et en ce sens semblable à Dieu.

 

-Dieu peut se dire au féminin

Tout ce discours novateur permet même d’ouvrir à une autre représentation de Dieu. En allant jusqu’au bout de sa logique, l’égalité fondée sur une commune théomorphie permet de concevoir Dieu sous des traits non seulement masculins mais également féminins.

Dans l’ensemble du corpus biblique, ces images sont en majorité masculines. Mais cette lettre encyclique fait remarquer qu'il y en a de féminines. Par exemple le livre d’Isaïe, au chapitre 49 verset 14 à 15, où Dieu est comparé à une femme qui n’oubliera jamais ses enfants et Isaïe 66 verset 13, comme une mère qui console.

 

Si la lettre encyclique s’était arrêtée là, c’était un vrai progrès.

Mais non seulement il y a une suite qui est désastreuse mais il y a d’abord une première critique à faire et elle est de taille.

Les personnes peu au fait de l’histoire de la pensée chrétienne depuis 2000 ans pourrait penser en lisant cette première partie de la lettre que l’Eglise catholique a toujours eu ce langage. Mais il n’en est rien.

Cette lettre peut être considérée comme une rupture avec le discours qui a dominé pendant 20 siècles.

Heureuse rupture donc et qui permet de dire que le discours peut changer et pourra encore changer.

 

Pour mesurer l’ampleur de cette rupture, je vous propose quelques flashs :

*Un texte du Droit canon

La femme ne serait pas image de Dieu dans l’ordre de la création. Adam est le premier homme exemplaire. Eve est secondaire parce que dérivée. Le couple originel est le prototype de tous ceux à venir, chaque « vir » (mot latin pour le masculin) héritant de la primauté d’Adam et chaque « mulier » (mot latin pour dire le féminin) héritant de la dépendance d’Eve.

qu’elle soit image de Dieu, ce qui est absurde. De quelle façon en effet peut-il être dit de la femme qu’elle est image de Dieu, elle qu’on constate soumise à la domination de l’homme et n’avoir nulle autorité ? En effet, elle ne peut ni enseigner, ni être témoin, ni dire la foi, ni juger et encore moins commander ! L’homme en effet a été fait à l’image de Dieu, et non la femme.

Le voile de la femme était considéré comme un signe de sa subordination en tant que non-théomorphe.

C’est pourquoi la femme doit se voiler la tête parce qu’elle n’est pas image de Dieu et doit se montrer soumise

 

*St Augustin

La femme avec son mari est image de Dieu, de sorte que la totalité de cette substance humaine forme une seule image ; mais lorsqu’elle est considérée comme l’auxiliaire de l’homme - ce qui n’appartient qu’à elle seule - elle n’est pas image de Dieu ; par contre l’homme, en ce qu’il n’appartient qu’à lui, est image de Dieu…

Dans la pensée d’Augustin, on voit donc que, associée à l'homme, la femme est image de Dieu. Mais l'homme n'a pas besoin de la femme pour l'être. Il l'est en lui-même, image parfaite, entière. Et la raison de la non-théomorphie de la femme sans l'homme, c'est son statut d'auxiliaire.

 

*St Thomas

…pour ce qui est de certains traits secondaires, l'image de Dieu se trouve dans l'homme d'une façon qui ne se vérifie pas dans la femme ; en effet, l'homme est principe et fin de la femme, comme Dieu est principe et fin de toute la création. Aussi, une fois que St. Paul eut dit : L'homme est l'image et la gloire de Dieu tandis que la femme est la gloire de l'homme, il montra la raison pour laquelle il avait dit cela en ajoutant : Car ce n'est pas l'homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme, et ce n'est pas l'homme qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme.

 

*St Bonaventure

Le sexe masculin est nécessaire pour la réception des Ordres… car nul ne peut recevoir les Ordres s’il n’est image de Dieu, parce que dans ce sacrement la personne humaine devient d’une certaine manière Dieu 33 ou divine, puisqu’elle devient participante au pouvoir divin. Mais c’est l’homme qui est, en raison de son sexe, Imago Dei, comme il est dit dans le chapitre 11 de la 1ère lettre aux Corinthiens. Il est donc impossible à une femme d’être ordonnée.

 

*le Pape Pie XI, dans l’encyclique Casti connubii.

C’est une bonne illustration de la doctrine classique qui a prévalu jusqu'au Concile Vatican II.

…La société domestique ayant été bien affermie par le lien de cette charité, il est nécessaire d'y faire fleurir ce que saint Augustin appelle l'ordre de l'amour. Cet ordre implique et la primauté du mari sur sa femme et ses enfants, et la soumission empressée de la femme ainsi que son obéissance spontanée, ce que l'Apôtre recommande en ces termes : Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur ; parce que l'homme est le chef de la femme comme le Christ est le Chef de l'Eglise.

Pour ce qui regarde la structure même de la famille et sa loi fondamentale établie et fixée par Dieu, il n'est jamais, ni nulle part, permis de les bouleverser ou d'y porter atteinte.

 

*En 1880, une autre encyclique avait abordé le même thème :

L'homme est le prince de la famille et le chef de la femme ; celle-ci, toutefois, parce qu'elle est, par rapport à lui, la chair de sa chair et l'os de ses os, sera soumise, elle obéira à son mari, non point à la façon d'une servante, mais comme une associée ; et ainsi, son obéissance ne manquera ni de beauté ni de dignité. Dans celui qui commande et dans celle qui obéit - parce que le premier reproduit l'image du Christ, et la seconde l'image de l'Eglise, - la charité divine ne devra jamais cesser d'être la régulatrice de leur devoir respectif.

 

Je termine par ces citations pour bien montrer la rupture que Mulierisdignitatem instaure par rapport aux encycliques précédentes :

Non théomorphie de la femme, soumission dans le plan de Dieu, statut d’auxiliaire.

 

 

J’en viens maintenant à la 2ème partie de la lettre encyclique qui est extrêmement malheureuse pour les femmes. S’il faut résumer en une formule, on peut dire :

Le masculin du côté du divin et le féminin du côté de l’humain

Enfermement du féminin dans des stéréotypes très étroit

1-D’abord : masculin du côté du divin et le féminin du côté de l’humain

*Le masculin du côté du divin puisque le Christ est un époux au masculin

Pour étayer cette idée fondamentale, la lettre s’appuie sur la permanence biblique à présenter Dieu comme un époux et Israël comme son épouse dans l’Ancien Testament.

l’amour de Dieu pour son peuple, semblable à celui d’un époux, exprimerait la qualité sponsale de cet amour qui ne pourrait être que masculine.

Christ est l’époux et par là s’exprime la vérité sur l’amour de Dieu qui a aimé le premier. Un époux qui, en s’incarnant, est devenu vrai homme au masculin. « Le symbole de l’époux est donc du genre masculin C’est par ce symbole masculin que Dieu exprime son amour.

Elle met les hommes seuls du côté de l’époux puisqu’ils ont le sexe de l’époux. Et cela permet de justifier l’assymétrie du masculin et du féminin dans la célébration de l’Eucharistie.

Si le Christ, en instituant l'Eucharistie, l'a liée d'une manière aussi explicite au service sacerdotal des Apôtres, il est légitime de penser qu'il voulait de cette façon exprimer la relation entre l'homme et la femme, entre ce qui est "féminin" et ce qui est "masculin", voulue par Dieu tant dans le mystère de la Création que dans celui de la Rédemption. Dans l'Eucharistie s'exprime avant tout sacramentellement l'acte rédempteur du Christ-Epoux envers l'Eglise-Epouse. Cela devient transparent et sans équivoque lorsque le service sacramentel de l'Eucharistie, où le prêtre agit "in persona Christi", est accompli par l'homme.

*le féminin du côté de l’humain et Marie en est l’essence

Pour la lettre encyclique, Marie est l'archétype de la dignité de la femme.

En Marie « on retrouve la femme telle qu'elle fut voulue dans la création et donc dans la pensée éternelle de Dieu, au sein de la très sainte Trinité. Marie est le nouveau commencement de la dignité et de la vocation de la femme, de toutes les femmes et de chacune d'elles…

*Conséquences inégalitaire d’une symbolique allégorisante

Pour cette lettre le Christ n’est pas « comme » un époux, simple image pour dire une fidélité. Non, il EST époux, identification terme à terme du Christ à l’époux.

Cette symbolique allégorisante se décline ainsi :

Adam de sexe Masculin= Christ nouvel Adam = époux = principe masculin = les hommes concrets ;

Eve= Marie nouvelle Eve = épouse et mère = principe féminin= les femmes concrètes.

Avec cette symbolique allégorisante, le féminin et donc toutes les femmes, ne peuvent qu’être dans une position seconde, réceptrice, uniquement du côté de l’humain, tandis que le principe masculin et donc tous les hommes se voient attribuer la position première, initiatrice, ayant part à la dimension divine du Christ.

Nous avons vu qu’il y a bien rupture avec une anthropologie inégalitaire des sexes dans cette lettre encyclique. Mais l’inégalité est réintroduite dans la symbolique allégorisante du mystère de l’Eglise. Dans ce mystère, le féminin est remis à une place inégale.

*Critique

Le lien entre Eve et Marie est présentée comme le mystère de la femme et il est situé face au lien Adam/Christ dont on dit qu’il est mystère du Christ. Cela veut dire que la typologie Adam/Christ dit le mystère de l’homme masculin et uniquement lui.

Il n’est pas théologiquement juste de dire cela parce que le Christ et Marie sont des modèles pour tout humain qu'il soit femme ou homme. Bien sûr le sexe de Marie est féminin et le sexe de Jésus en son humanité est masculin. Mais la foi a tenu que l'Incarnation assumait tout l'humain. C'est un enjeu de salut, selon l'adage classique que ce qui n'est pas assumé, n'est pas sauvé. Le credo nous fait dire : homo factus est et non pas vir factus est. Il faut donc penser qu'en assumant la nature humaine sous sa limite inévitable d'un sexe et non de l'autre, ce sont les humains des deux sexes qu'il assumait et sauvait.

Les liens Eve/Marie et Adam/Christ tels que le pense Mulieris dignitatem sont dangereuses pour les femmes. Car ils rétablissent une hiérarchie : le féminin serait tout entier du côté du créé, de l’humain ; le masculin par son union au Verbe serait seul à être uni à Dieu.

Pour contrer cette pensée, Il faut donc continuer à dire et à tenir que le Christ est le modèle et le nouveau commencement de la dignité et de la vocation de tous les humains, femme et homme, de toutes les femmes et de tous les hommes, de chacune d'elles et de chacun d'eux.

Au n° 11 de la lettre, le fait de situer aussi Marie modèle du féminin, sans faire du Christ aussi le modèle des femmes, réintroduit une hiérarchie qui peut être légitimement interrogée y compris au niveau de sa justesse doctrinale.

Par l'incarnation c’est la nature humaine qui est assumée, ce qui fait que les femmes, comme les hommes, sont uni-es à lui. Par le baptême, des êtres humains, hommes et femmes deviennent d'autres "Christ", sont configurés à lui. On peut donc regretter que cette dimension baptismale qui configure au Christ les femmes comme les hommes soit absente de la lettre.

2-Un enfermement du féminin

*dans une vocation d’épouse et de mère

La vocation de la femme serait d’être épouse et mère. Donc si on réfléchit, elle n’est pas pensée pour elle-même mais pour son mari en étant épouse et pour son mari en étant mère des enfants de son mari.Le magistère romain a cru bon d’écrire une lettre encyclique sur la femme qui a pour titre Mulieris dignitatem. Mais il n’existe pas jusqu’à présent un document similaire qui aurait pour titre Viri dignitatem. Pourquoi ? Parce que dans cette pensée, ce qui serait dit de l’homme masculin (viri), ne pourrait être que l’équivalent de l’humain (homo). Un texte sur la femme (mulier), devant l’absence d’un texte sur l’homme masculin, dit, de fait, que le masculin continue d’être pensé par le magistère romain comme générique de l’humain, sans particularité, et que seul le féminin en comporte, la particularisant, l’incluant tout en le mettant à part et la pensant, non pour elle-même mais pour l’homme masculin.

* en posture de réceptivité

Pour cette lettre encyclique, la position d’épouse serait la vérité sur la femme. L’époux est considéré comme celui qui donne et l’épouse celle qui reçoit. L’épouse est aimée et reçoit l’amour pour aimer à son tour. Il s’agirait d’un universel fondé sur le fait d’être femme. La femme aurait donc reçu mission d’être prophète de cette attitude de réceptivité de l‘amour, « être aimé », qui, dans la Vierge Marie trouverait son expression la plus haute. Cela induit une dimension passive de Marie comme figure des femmes. Cela la met et les mets du côté de la réceptivité d’une action dont elles n’ont pas l’initiative. Ceci est légitime pour l’attitude de foi comme accueil par le croyant d’une grâce qui lui vient de Dieu. Cela ne l’est pas si on en fait le paradigme du féminin et cela n’est pas recevable dans une anthropologie qui reconnaît aux femmes une identique posture d’initiative.

*en femme éternelle

Comme pour d’autres encycliques ayant pour thème la sexualité, le biologique[6] est une donnée normative, donc statique. Il y aurait un ordre de la nature qui est destin pour la femme. Cela pouvait se comprendre dans les situations historiques passées où l’espérance de vie ne dépassait guère 40 ans, où la multiplication des naissances se justifiait par une très grande mortalité. Cela n’est plus la réalité pour une part importante de femmes dans le monde d’aujourd’hui. L’horizon vocationnel des femmes en France, par exemple, ne se réduit pas à être épouse et mère, comme par exemple l’investissement dans le travail professionnel, l’accession (en pratique, non sans difficultés et sinon en théorie) à tous les postes de responsabilités dans la société civile. La créativité des femmes n’est maintenant plus limitée à la seule maternité, elles peuvent s’épanouir dans tous les domaines du politique, de l’économique, du social, du culturel …Tous ces domaines demandent autant de qualités d’initiative que de réceptivité, ils ne se vivent pas selon le schéma de la lettre encyclique fondée sur un don au masculin et l’accueil du don au féminin mais selon une réciprocité où chacun donne et reçoit sans prééminence. La soi-disante réceptivité féminine ne serait-elle alors signifiante que pour la symbolique ecclésiale ? Dans ce cas, pourquoi y aurait-il posture d’initiative dans ce qui est de l’ordre humain et seulement posture de réceptivité dans le domaine ecclésial ? Cela reviendrait à penser une double anthropologie contradictoire.

*dans une conception statique de la révélation

Il n’est pas légitime, à partir du donné de la foi d’un sauveur masculin né d’une femme, vierge et mère, d’en tirer une anthropologie du masculin et du féminin.Il fut un temps où l’on tirait de la Bible une cosmologie, ce qui, à l’époque moderne, a introduit le conflit entre science et foi. C’est la même contestable démarche qui anime cette Lettre encyclique dangereuse pour les femmes mais également pour la crédibilité du magistère romain. Le magistère romain a renoncé à fonder bibliquement une cosmologie. Le temps n’est plus à la défense d’une création en sept jours. De même, il n’est plus possible de chercher dans la Bible une anthropologie révélée du masculin et du féminin, qui dirait de toute éternité ce qu’est une femme, ce qu’elle doit être et rester. La lettre encyclique relève de ce mode de pensée. Elle ne peut être reçue par les femmes qui luttent pour ne pas être enfermées dans des stéréotypes qui les empêchent de développer toutes leurs potentialités humaines. La Révélation se situe au niveau du sens de l’existence, d’une anthropologie fondamentale, d’un être humain à l’image de Dieu, aimé et capable d’aimer, digne de respect. Cette anthropologie dit le sens de l’existence humaine et son orientation vers Dieu mais elle n’offre pas une anthropologie particulière, une science anthropologique révélée de ce que serait le féminin et le masculin. Cette anthropologie particulière est à bâtir par l’expérience de tous et de toutes, chrétiens ou non.

Il faut sortir de cet enfermement. C’est ce que j’ai essayé de faire dans la 2ème partie de mon livre. L’enjeu est d’importance, c’est celui de favoriser un christianisme qui se positionne de manière claire contre toutes les formes de discrimination, pour une libération de toutes et de tous. La manière de parler de la différence homme-femme et la manière de représenter Dieu, font partie de cette libération, soit pour la favoriser, soit pour s’y opposer ou la freiner.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 14:07
Penser la foi Dieu Trinité: Père-Fils-Esprit...autrement.

Dieu, en christianisme, se décline avec trois noms :

Père, Fils, Esprit.

L’origine de cette formulation nous vient des Conciles qui ont eu lieu dans les premiers siècles de l’Eglise.

Ils se sont appuyés sur la manière qu’avait Jésus de s’adresser à Dieu dans les Evangiles (Fils du Père), sur ses paroles et ses actes révélant sa divinité et sur l’expérience de l’Esprit que faisaient les premier-ères chrétien-nes.

 

1-Parler de Dieu comme Père peut donner à entendre une familiarité, une proximité avec Dieu. En ce sens, elles sont bénéfiques pour la relation à Dieu. Mais elles peuvent aussi donner à entendre un lien à Dieu du registre de la famille. En cela, elles peuvent être un obstacle à la foi, sous plusieurs aspects :

*Tout d’abord un rejet à cause de la figure paternelle masculine de Dieu excluant le féminin en Dieu.

(Cette figure masculine de Dieu renforce le patriarcat en lui donnant des justifications religieuses.)

Certain-es, pour pallier à cela disent Père-Mère. Mais on reste toujours dans le registre familial et si votre père ou votre mère ont été de mauvais parents, de ceux qui battent leurs enfants, ou tant d’autres choses…vous aurez du mal à voir Dieu comme Père ou Mère !

*Même sans expérience malheureuse, la symbolique familiale reste ambigüe car se situer devant un Dieu parent peut être vécu comme une dépendance dont on ne peut sortir et faire rester toujours un enfant sans jamais devenir adulte, rester dans un rapport à Dieu infantile et infantilisant.

 

Mais il est possible d’entendre autrement Père-Mère : la conscience d’une origine : je viens de…Avoir conscience de n’être pas sa proche origine. Ce qui, d’un point de vue simplement humain ne peut pas être contesté. Et connaitre son origine est vital pour la construction de l’humain.

La foi chrétienne dit de ce point de vue quelque chose d’inouï : tu viens de Dieu, ton origine est divine.

De quoi favoriser une belle estime de soi !

 

Cependant il faut encore que cela n’alimente pas la conscience d’une dette pesante qui se dirait ainsi : «  Si je viens de lui-elle, je  lui doit tout et je dois rendre des comptes » Image d’un Dieu dont le don ne serait pas gratuit mais qui exigerait un retour.

Non, ce qui fait honneur à Dieu c’est de penser que ce qui est donné est gratuit. C’est donné. Un point, c’est tout.

Si l’on veut donner à notre tour, c’est de l’ordre de notre liberté, un don à notre tour mais pas un rendu qui serait obligé.

Et ce don est à donner d’abord aux autres.

C’est en donnant aux autres qu’on donne à Dieu. (voir Mt 25/31-46).

 

Osons une autre formulation :

Dieu est Volonté d’amour, Parole d’amour, Acte d’amour.

Dieu EST amour.

Et nous avons là une manière de parler de la Tri-Unité de Dieu dont l’image n’est pas du registre familial.

 

2-Mais alors comment parler de Jésus comme Fils ?

Comme Parole d’amour, Parole qui s’est fait humaine, et qui dans son humanité avait conscience de son origine.

 

3-Et comment parler de l’Esprit ?

Comme Acte d’amour depuis toujours et pour toujours, pour tous les temps et tous les êtres.

 

A suivre…

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 11:22
Penser la foi autrement: Dieu n'est pas un assureur.

Dieu n’est pas un assureur.

Beaucoup de gens qui ont perdu un proche dans un accident de voiture, (un exemple parmi bien d’autres) seront d’accord avec moi : la foi et la prière ne préservent pas des accidents de la vie.

A la suite d’événements dramatiques de ce genre, certains sont devenus athées de ce dieu sensé protéger du malheur…et ils ont eu raison, car ce dieu n’existe pas.

D’autres continuent d’y croire au prix d’une image de dieu indigne de Dieu : un dieu qui protégerait les uns et pas les autres ! Un dieu qui déciderait de la mort des uns et pas des autres. Un dieu dont la volonté relèverait du caprice.

Interview d’une musulmane après le drame de la Mecque où des centaines de gens sont morts : « C’était la volonté de Dieu ». Fatalisme musulman, me direz-vous ?

Mais ce faux dieu est aussi dans la tête des chrétiens, ne serait-ce qu’avec cette expression courante au moment d’un décès : « Dieu a rappelé à lui… » Alors, comme ça Dieu rappelle à lui certains et pas d’autres ?

On touche là, une lacune de nos expressions de la foi : on ne les pense pas. On ne réfléchit pas à ce que cela induit.

Ce faux dieu est le dieu du sentiment religieux primitif. Il remonte à la nuit des temps, quand l’humain vulnérable aux forces de la nature et encore incapable d’en comprendre les mécanismes, les assimilait à des puissances divines et cherchaient à se les concilier par des prières et des sacrifices. C’est ce qu’on appelle la pensée magique.

Aujourd’hui, dans les cultures modernes, nous devrions en être libéré-es. Et pourtant, cette pensée continue d’agir et d’alimenter le désir d’un dieu assureur des malheurs de l’existence : « Mon Dieu faites que… »

Mais le vrai Dieu n’est pas un assureur. Croire en lui, lui parler n’est pas une assurance contre le malheur. Il suffit de regarder nos vies.

 

Il n’est pas un assureur…

il est un Ami et c’est cela qui change tout.

L’ami, c’est quelqu’un qui est là dans les coups durs, sa présence n’enlève pas le malheur qui nous frappe mais il est l’épaule sur laquelle on peut pleurer, il est l’oreille qui peut entendre nos cris, il est présence qui nous sauve de la solitude, soutien pour continuer à vivre, parole qui nous invite à nous battre et à combattre pour que cela n’arrive pas à d’autres. Il existe plein d’exemple de gens qui ont crée des associations qui ont pour origine un drame personnel.

 

Dieu est Ami comme cela et nous aide à nous libérer de la pensée magique.

La pensée magique du dieu assureur est une pensée facile qui encourage le conservatisme et conforte l’inaction : nous nous en remettons à dieu au lieu d’agir.

Quand bannirons-nous à jamais cette prière scandaleuse adressée à Dieu, que certains continuent à dire au début du repas : « procurez du pain à ceux qui n’en ont pas » Facile en effet de se décharger sur Dieu ce qui est en fait de notre responsabilité.

 

Le Dieu Ami est donc aussi celui qui nous invite à la

responsabilité :

Que faire pour limiter au maximum et dans la mesure du possible le malheur ? Progrès médicaux, vigilance professionnelle, éducation, justice sociale, partage des richesses, lois qui protègent…

 

Dieu n’est pas un assureur, il est un Ami.

Laissons son amitié transformer nos vies.

 

 

 

 

 

 

 

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