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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 21:51

On peut penser mais pense-t-on jusqu’au bout ?

Par exemple, le Magistère de l’Eglise catholique romaine pense que le sacrement de l’ordre ne peut pas être donné à des femmes.

Ceci parce que Dieu ne le voudrait pas.

Mais, cette « pensée », pense-t-elle jusqu’au bout ?

Voit-elle jusqu’au bout ce que cela induit comme image de Dieu et comme image de l’humain ? Et si ce « jusqu’au bout » de la pensée arrivait à faire percevoir une théologie et une anthropologie fausse et source d’injustice ?

Essayons donc de penser jusqu’au bout.

Dans la plus belle présentation de ce sacrement, il nous est dit que c’est un service qui donne charge (munus) de gouvernement, de sanctification, d’enseignement.

Quel beau service !

Pensons jusqu’au bout :

*Ne pas appeler de femmes à ce service voudrait donc dire qu’elles n’en sont pas capables ?

Cet argument pouvait tenir dans les sociétés anciennes où les femmes étaient exclues de toutes les charges publiques, où elles étaient juridiquement et socialement considérées comme mineures, sous la dépendance masculine.

Cet argument ne tient plus alors que les femmes ont suffisamment prouvé leur capacité dans la société civile et aussi dans l’Eglise à accomplir ces charges.

Il faut trouver autre chose !

*Ne pas appeler de femmes à ce service, voudrait dire que c’est une volonté objective de Dieu qui ne voudrait pas qu’elles l’assument.

Argument massue !

Mais penser jusqu’au bout c’est poser la question : pourquoi ne le veut-il pas s’il a mis en elles toutes les capacités pour le faire ? Dieu serait-il incohérent ?

Il faut donc encore trouver autre chose.

*Le Christ s’est incarné dans un être masculin, le prêtre qui agit « in persona Christi » (en la personne du Christ) doit donc être de sexe masculin.

Penser jusqu’au bout, c’est d’abord se demander quelle est la convenance de cette masculinité ? Si on répond qu’il y en a une, c’est au nom d’une théologie qui ne peut concevoir Dieu qu’avec des traits masculins. Ce qui est contestable : Dieu est au-delà du masculin et du féminin. Si l’on répond qu’il n’y a aucune convenance, l’être humain étant sexué, l’Incarnation véritable ne pouvait être que dans l’un des sexes et n’a donc pas de signification. L’argument tombe de lui-même.

Encore autre chose ?

*Le Christ devait être un homme car ce serait dans la nature masculine d’être dans le registre de l’initiative et dans la nature féminine d’être dans le registre de la réception symbolisant l’Eglise qui reçoit tout du Christ.

Donc à l’un la possibilité d’être prêtre et à l’autre de ne pas l’être.

Alors là, on est franchement dans le domaine de l’idéologie !

C’est une anthropologie qui ne repose que sur des conceptions culturellement datées des relations homme-femme, une conception fixiste et déterministe de la nature : tant et tant de femmes prouvent chaque jour le contraire de cette imagerie.

Encore ?

*A bout d’arguments, il reste encore celui-ci : Jésus n’a appelé que des hommes à être apôtres.

Mais là encore, pensons jusqu’au bout. Il faut qu’il y ait une légitimité à ce choix. S’il est sans raison, il est arbitraire et Jésus serait injuste. Pour y répondre, je laisse la parole au théologien Joseph Moingt. Vous pouvez trouver la totalité de son article dans : http://www.womenpriests.org/fr/francais/moingt.asp

Ce site reproduit l’article qu’il a écrit dans :

Sur un débat clos

Recherches de Science Religieuse 82 (Juillet-Septembre 1994)

Numéro 3, pp. 321 -333.

Voici un extrait :

« Les faits [ c'est-à-dire le choix de 12 hommes] ne parlent pas par eux-mêmes, ils peuvent contenir en eux leur sens et leur raison d’être, mais ils ne l’expriment pas, il faut les faire parler, interpréter ce qu’ils signifient, et cela en se gardant de leur faire dire ce que nous voudrions qu’ils disent et qu’ils n’ ont peut-être pas l’intention de dire…

Il est donc vraisemblable qu’il a choisi des hommes sans que l’idée lui vienne qu’il pourrait appeler aussi des femmes à la même charge. Y eût-il songé qu’il a pu y renoncer pour ne pas heurter les convenances sociales ni troubler l’ordre public, et non pour obéir à une volonté expresse du Père ni pour établir une loi qui devrait être observée jusqu’à la fin des temps. Ce fait n’offre donc pas l’évidence d’une disposition divine révélée, il peut trop facilement s’expliquer par d’autres motivations, sociologiques peut-être, mais étrangères au type de discriminations, avant tout religieuses, contre lesquelles réagissait Jésus…

Quand on exalte la vocation des femmes dans l’Église, quand on les invite à y remplir des charges, quand on leur rend grâce des services qu’elles lui rendent-services sans lesquels, on ne le sait que trop, tant de communautés chrétiennes s’écrouleraient-, et quand il leur arrive de s’offrir à remplir des charges encore plus élevées, parce qu’il n’y a plus assez d’hommes pour le faire, et qu’il leur est répondu, sur un ton désolé, malgré le besoin criant qu’on en a, que l’Église n’a pas reçu le pouvoir de les y appeler: comment s’imagine-t-on que ce langage sera reçu, sinon comme le refus des hommes de partager avec les femmes les privilèges qu’ils tiennent du Seigneur ? Plus le discours se fait louangeur et compatissant à l’adresse des femmes, moins il dissimule le refus de passer aux actes, et plus il dévoile les enjeux de pouvoir qui se mettent à l’abri derrière les silences de Jésus…

Dans le cas de l’ordination, quand l’Eglise voit le Christ appeler des apôtres et ceux-ci se choisir des successeurs, ce qu’elle regarde avant tout, ce n’est pas le sexe des personnes appelées, c’est la volonté du Christ que des ouvriers soient incessamment envoyés travailler à sa mission. Voilà la loi fondamentale et absolue à laquelle l’Église obéit et qu’elle enseigne comme une vérité révélée par la pratique ininterrompue des ordinations sacerdotales. Si elle se voit dans le besoin d’ordonner des femmes pour remplir sa mission, soit parce que les hommes ne se présentent plus en nombre suffisant, soit parce que les fidèles réclament instamment un ministère de femmes, qu’est-ce qui pourrait empêcher l’Église de changer sa pratique, comme elle l’a fait si souvent dans le passé pour d’autres sacrements ? L’obligation de pourvoir à sa mission est le seul absolu qui s’impose à elle. »

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans prise de position
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