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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 11:18

Interpréter la Bible en tenant compte de ses limites, les dépasser et aller vers l’aujourd’hui de notre histoire et de nos cultures. Qu’est-ce qui peut nous permettre de  faire cela ? Selon quel critère de discernement ?

 

Pour Segundo, il s’agit de le faire selon les manières mêmes dont la Bible s’est peu à peu constituée et qui permet de comprendre pourquoi tel ou tel texte ont été retenus et sont rentrés dans ce qui forme notre Bible actuelle.  Il y a, nous l’avons, vu les traces de débats qu’on a laissés tels quels et qui montrent un cheminement de pensée par le passage par une crise. Mais il y a aussi des choix qui font du tri et qui sélectionnent. Selon quel critère ? Comment ?

 

1-Le critère de la libération

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

( Lc7/20 ) Cette question est une demande de discernement. Sur quel critère, reconnaitre celui qui vient de Dieu ? La réponse de Jésus se situe au niveau de la libération : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne nouvelle est annoncée aux pauvres » (Lc 7/21-23)

La libération d’un homme est le signe digne de foi et suffisant pour discerner  la présence de Dieu. C’est un discernement qui est confié à la responsabilité humaine. Mais qui va pouvoir faire ce discernement selon ce critère de libération ? Ceux qui ont condamné Jésus n’ont pas été sensibles à ce critère. Seul l’homme  qui est déjà accordé aux priorités du cœur de Dieu saisira cette communication de Dieu. Le discernement de ce qui est présence ou révélation de Dieu dans l’histoire d’Israël ou de Jésus n’est donc pas le fait de Dieu, c’est aux hommes qu’est donnée  la responsabilité d’opérer un tel discernement en découvrant les priorités de Dieu.

Le peuple d’Israël à quant à lui a expérimenté la présence salvifique de Dieu quand il les libérait de l’oppression. Moïse découvre la présence de Dieu dans le désir des hommes de se libérer de l’oppression. Il découvre l’écart entre cette oppression et la volonté de libération qui est en Dieu. L’auteur biblique a trouvé important de raconter cela, car dans les faits de ce  passé, il y voyait une présence révélatrice de Dieu. Retenir cela et pas autre chose présuppose une foi anthropologique car s’il ne l’avait pas eu, ces faits seraient tombés dans l’oubli : Dieu ne peut accepter cette situation d’oppression, il veut la modifier.

Qu’est-ce qu’une foi anthropologique pour Segundo ? C’est une foi en des valeurs qui déjà structurent la vie d’un homme. Pour  fonder une foi religieuse en  discernant entre plusieurs voix celle qui procède de l‘absolu, l’auteur biblique n’a d’autres valeurs que celles qui structurent sa vie. Pour faire cela, pour faire ce choix, c'est-à-dire,  ce discernement de raconter cela et pas autre chose, il n’a pas d’autres repères.  Il est sans Bible, sans parole de Dieu, sans signe, sans dépôt. Il choisit un absolu qui doit vouloir la libération du peuple. L’auteur biblique doit avoir la même foi anthropologique que Moïse et ses contemporains, la contagion d’un même enthousiasme, d’un engagement pour qu’il  tienne  pour inspiré tel récit et qu’il choisisse de l’écrire. Pour cela des choix ont été toujours été fait que ce soit au niveau  de la tradition orale, des rédacteurs, du rédacteur final. Il y a cette même foi anthropologique chez le lecteur quand il tient pour inspiré l’auteur de l’Exode.

Ces choix se sont fait avant que la Bible existe et pour qu’elle existe.

 

C’est ce discernement qui a formé la Bible. C’est ce discernement sur le critère de libération qui doit nous aider à interpréter le Nouveau Testament, d’avancer aussi,  à travers et grâce à des crises,  vers des données encore inconnues.

 

2-Le critère de la bonté de la nouvelle : Est-ce une bonne nouvelle ?

Le discernement doit se poursuivre dans l’interprétation. L’interprétation est-elle vraiment un Evangile, une bonne nouvelle ? Pour  expliciter cela, Segundo donne l’exemple de la mort du Christ. Jésus est mort sur la croix par amour pour obtenir le pardon. Cette donnée de la foi est une bonne nouvelle si on l’interprète comme l’amour que Dieu a pour l’homme, comme l’importance que l’homme  a aux yeux de Dieu. Mais cela a donné lieu au cours de l’histoire du christianisme  à d’autres conclusions : le péché de l’homme était tellement monstrueux qu’il ne pouvait être pardonné que par la mort du Fils. Ici il s’agit d’une double mauvaise nouvelle. Non seulement cela montre une liberté humaine qui conduit au désastre mais aussi un Dieu qui ne peut pardonner qu’au prix du sang de son Fils. « Un Dieu d’amour n’est pas compatible avec un être qui peut être offensé au point de devoir sacrifié son Fils pour rester en paix avec soi-même et se réconcilier avec l’offenseur sans manquer à la justice »( Qu’est-ce qu’un dogme ? p 507)

C’est ce discernement sur le critère de bonne nouvelle qui doit nous aider à recevoir, à interpréter le Nouveau Testament, d’avancer aussi,  à travers et grâce à des crises,  vers des données encore inconnues.

 

3-Discernement par l’engagement existentiel du lecteur : est-ce un engagement humanisant ?

Le discernement qui a fait la Bible et le discernement pour la lire, concerne aussi toutes les expressions de la foi, par exemple les textes liturgiques. Segundo donne l’exemple d’une oraison du Missel romain : « Dieu éternel et tout puissant, qui régis l’univers du ciel et de la terre : exauce, en ta bonté, les prières de ton peuple et fais à notre temps la grâce de la paix »( Prière d’ouverture du missel romain au 2ème dimanche ordinaire ) Cette oraison contient une affirmation : Dieu règne sur le ciel et sur la terre alors que dans le texte du Notre Père, il s’agit, non d’une affirmation mais de la demande que sa volonté se fasse enfin sur la terre comme elle se fait déjà dans le ciel. L’affirmation de cette oraison est d’abord erronée : la terre telle qu’elle est actuellement ne reflète pas ce que Dieu veut mais plutôt ce qu’il déteste. Segundo s’étonne qu’une  telle oraison existe mais surtout qu’elle ne choque pas. Cela ne choque pas celui pour qui la foi n’est pas la joie, la raison, le sens de sa vie. Elle choque celui que l’Evangile a rejoint, qui a fait de lui, les critères de ses choix et qui est conscient de l’écart entre la réalité vécue et ce que Dieu veut. Cela choque celui qui vit sérieusement l’aventure de Jésus. Car il peut percevoir la contradiction que comporte cette oraison, donc en faire l’occasion d’une crise qui aboutit à une compréhension plus profonde, plus riche du message chrétien. Entrer en crise quand il se rend compte du caractère pré-chrétien de cette oraison selon laquelle Dieu gouverne la terre. Mais pour cela, il faut être convaincu que Dieu est loin de régner sur la terre, que bien des aspects de ce qui s’y passe est bien plutôt objet de sa colère que de son approbation. Pour cela encore, il est nécessaire d’être en accord avec cette critique de situations déshumanisantes qui règnent sur notre terre, sensible à leur caractère intolérable. Si l’on pense, pour ne prendre qu’un exemple, que l’avortement sélectif des filles en certains pays d’Asie est normal (B.MANIER, Quand les femmes auront disparus. L’élimination des filles en Inde et en Asie, Ed La découverte, Paris, 2006, ) on ne sera pas choqué par cette oraison.

Le discernement est donc partie prenante d’une conversion. Convertir en réflexion expérimentale sa recherche de la substance du message chrétien car la révélation continue de nous découvrir les secrets de notre expérience existentielle. La révélation a pris fin avec le Christ mais le Christ n’a pas pris fin. Il complète le Royaume en s’appuyant sur nous.

« La bonne nouvelle humanisante de la résurrection de Jésus consiste en ce que si lui a été constitué Fils de Dieu avec pouvoir, nous autres, ses frères, nous sommes également constitués fils en lui. Et en tant que fils, héritiers de l’univers, d’un univers incomplet que nous devons arracher à son inutilité grâce à la liberté créatrice qui nous a été donnée gratuitement » (Qu’est-ce qu’un dogme ? p 509)

Pour cela il faut comprendre la bonne nouvelle de l’Evangile  comme vitale, liée à l’expérience et inscrire dans notre monde des projets au service de l’amour et de l’humanisation.

 

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 11:12

La pédagogie de Dieu dans l’Ancien Testament change-t-elle avec le Nouveau Testament ?

Pour Dei Verbum, ces choses provisoires et imparfaites de la Bible ne concernent que l’Ancien Testament. Cela veut-il dire que le Nouveau en est exempt ?

Si nous répondons par l’affirmative, cela veut dire que Dieu aurait changé de méthode nous dit Segundo. Nous n’aurions plus avec le Nouveau Testament une pédagogie mais des informations  parfaites, invariables mettant fin au processus de recherche pourtant inhérent à l’expérience humaine. Parce qu’avec Jésus nous aurions un accès à la révélation immédiate et personnelle de la vérité, que pourrait-il y avoir de nouveau, après lui,  qui justifierait encore une recherche ?

Face à cette question, deux conceptions s’opposent.

La première dit oui, il n’y a plus rien à chercher, il y a seulement à  conserver et à propager la vérité possédée, seulement à mieux l’expliquer, à en donner des définitions plus précises. L’incarnation, dans cette conception est conçue comme fin effective de l’histoire.

La deuxième dit non, et c’est l’option de Segundo, pour deux raisons. D’abord l’incarnation ne fait pas interrompre le processus qui pousse l’homme à chercher. Ensuite comment la plus haute autocommunication de Dieu qu’est le Christ nous ferait cesser de penser, nous ferait abandonner notre aventure créatrice en quête de vérité ? Cette recherche de la vérité fait partie de la maturité dont nous parle Paul. Les hommes de la maturité sont des héritiers capables de construire du neuf, d’avoir des projets de liberté. Pour cela  la réalité histoire ne doit pas être  parvenue à son terme. Il y a donc dans la manière de recevoir le Nouveau Testament une façon d’avancer aussi,  à travers et grâce à des crises,  vers des données encore inconnues.

 

Ce processus vers la vérité qui continue après Jésus peut s’appuyer sur Jn16/7 : « Il vaut mieux pour vous que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous » et sur Jn 16/12-13 :

« J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand il viendra, l’esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité toute entière ; car il ne parlera pas de lui-même ; mais tout ce qu’il entendra, il le dira, et il vous annoncera les choses à venir. »

La Vérité incarnée qu’est le Christ continue de se dire après sa manifestation historique. Elle ne s’arrête pas à cette manifestation historique. Segundo cite pour cela St Augustin qui commente ces versets de Jean en écrivant : « Même le Seigneur en personne, en tant qu’il a daigné être notre chemin, n’a pas voulu nous retenir mais passer » ( St AUGUSTIN,  De doctrina christiana I,1 ch 34; Œuvres, DDB,  vol XI p 226 ; cité par J.L. SEGUNDO p241 et 308 dans Qu’est-ce qu’un dogme ? ).

La vérité qu’est le Christ nous met en chemin vers la vérité. La pédagogie divine continue donc tout au long de l’histoire humaine avec l’Esprit Saint pour guide dans sa fonction éducatrice.

Le Christ n’a pas voulu nous retenir mais passer. Il est donc passé dans cette culture qui aujourd’hui n’est plus la nôtre. La manière dont le Nouveau Testament en rend témoignage relève comme pour l’Ancien Testament de la faiblesse humaine qui produit de l’imparfait et du provisoire (Dei Verbum 15 ). Mais loin de s’en désoler, il nous faut l’accueillir comme une marque du sérieux de l’incarnation de la vérité dans le temps.

 

Cette fonction éducatrice et créatrice de l’Esprit Saint, se découvre déjà à l’intérieur même du Nouveau Testament par la variété des langages de la foi. La reconnaissance de cette pluralité a d’importantes conséquences. Si cette pluralité existe dans le Nouveau Testament, cela légitime la pluralité des théologies dans l’histoire et pour aujourd’hui. On peut donc sortir légitimement d’une conception de la vérité monolithe, intemporelle.

Paul, par exemple, ne fait référence à aucun acte de Jésus, à aucune de ses paroles, il en parle de manière complètement nouvelle. Il n’invente pas mais il crée une théologie qui le fait découvrir d’une tout autre manière. Il en a lui-même conscience quand il écrit :   « Même si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi à présent» ( 2 Co 5/16 ). Ce faisant il applique ici son  principe de la suprématie de l’esprit sur la lettre.

De même l’auteur de l’Epître aux Hébreux , prendra lui aussi la liberté d’en parler avec un vocabulaire encore différent en disant par exemple que le Christ est l’unique grand-prêtre. (ce qui est un langage inconnu de l’Evangile et propre à l’auteur de cette épitre).

Les communautés primitives, auteures des Evangiles sont aussi des créatrices, puisqu’elles vont écrire les Evangiles à la lumière de la résurrection.

Enfin l’annonce de la foi, telle que relatée dans les Actes, va opérer un déplacement significatif, qu’on peut résumer ainsi : déplacement du royaume à la personne de Jésus, de la thématique du royaume à la thématique de Jésus-sauveur, de l’histoire à l’eschatologie imminente. (Ceci au détriment du noyau historique central du message des béatitudes comme  priorité du cœur de Dieu, ce qu’il veut, les valeurs qu’il apprécie : que la pauvreté cesse, que ceux qui pleurent puissent rire, que ceux qui ont faim puissent être rassasiés. Tache confiée aux hommes, tâche à assumer en comprenant l’intention de Dieu et en  se faisant collaborateur de son désir.  )

L’Evangile de Jean est aussi un bon exemple de créativité. Il raconte Jésus avec les mots, les concepts, les problématiques de ceux à qui il s’adresse. Il nous faut à notre tour faire preuve de la même créativité en répondant à d’autres problématiques. Continuer le processus avec lequel il a pensé, c'est-à-dire à partir de lui, apprendre à apprendre. Ce dialogue de Jean avec la culture de son temps a beaucoup  à nous apprendre. Mais il faut l’interpréter à l’intérieur  de ses limites, les dépasser et aller vers l’aujourd’hui de notre histoire et de nos cultures.

 

Qu’est-ce qui peut nous permettre de  faire cela ? Selon quel critère de discernement ? Ce sera l’objet du 3ème article.

 

 

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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 11:12

Comment Dieu se révèle dans l’Ancien Testament ?

La question est à poser surtout quand une lecture attentive de ces livres montre que la pensée qui s’y déploie est loin d’être homogène, nous y trouvons des conceptions différentes et même contradictoires.

La réflexion théologique de J.L. Segundo permet de comprendre pourquoi et comment la Bible n’est pas un bloc monolithique valable en tout temps et en tout lieu.

 

Pour cela, dans son livre Qu’est-ce qu’un dogme Segundo  distingue deux modèles différents pour penser la Révélation.

D’abord le modèle iconique qui exposant en récits, en image, renvoyant à des questions existentielles, donnant à penser, est processus de recherche.

Le second est digital. Digital au sens d’une vérité que l’on peut désigner du doigt, de l’ordre d’un dépôt. Il suppose que Dieu aurait déposé dans un contenant qui serait la Bible des vérités à croire et des normes à pratiquer. Vérités et normes qu’il suffirait d’extraire de cette « carrière » biblique. Ce travail d’extraction étant le fait de la Tradition qui au long de 20 siècles aurait peu à peu mis à découvert ce qui y était contenu, c'est-à-dire une information correcte une fois pour toutes, et pour toutes les questions, dans tous les contextes.

Ce modèle digital se heurte à une difficulté majeure : la divergence dans la Bible, de théologies, leur variété qui n’est pas toujours conciliable, leurs diversités. Tout cela montre qu’on ne peut  enclore dans une seule perspective unifiée ce qui relève de la foi ou de la morale.

Pour le premier Testament. Il suffit de rappeler la foi ou la non-foi en la vie éternelle. Deux théologies qui s’affrontent encore au temps de Jésus et dont on a trace dans l’opposition entre pharisiens et sadducéens.

Egalement le conflit doctrinal sur la question de la rétribution. La richesse, la longue vie, la santé, le bonheur sont-ils des marques de bénédiction de Dieu en récompense d’une vie vertueuse ? Oui pour certains textes. Non pour d’autres. Le non le plus violent étant la révolte de Job qui proclame son innocence au cœur même de sa souffrance morale et physique.

Egalement le problème à la fois politique et religieux de la royauté. Est-ce une institution voulue par Dieu ou au contraire une offense à Dieu qui est le seul roi d’Israël ? Sur ce point les textes bibliques s’opposent entre monarchistes et antimonarchistes. 

Dans un registre moins conflictuel, les deux textes de la création en Genèse comportent, deux anthropologies qui sont loin d’être conciliables.

Devant ce constat de divergences, de théologies différentes, des questions se posent. Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est parole de Dieu, inspiré par lui ? Mais surtout pourquoi dans cette Bible, y-a-t-il cette juxtaposition de position inconciliables ? Pourquoi,  in fine, les rédacteurs n’ont-ils pas pris position en ne gardant qu’une des positions ?

On peut répondre par le respect de  récits plus anciens mais un respect qui n’empêche pas d’en ajouter d’autres qui les corrigent ou même les contestent.

Mais surtout, nous avons là le signe d’une conception particulière de la vérité. Non pas une vérité éternelle, anhistorique, monolithe, absolutisée,  mais une vérité qui se cherche dans les méandres de l’histoire humaine, qui s’approfondit  grâce à des crises, quand les réponses anciennes ne sont plus audibles, quand l’expérience vient les contredire de telle sorte  qu’elles ne sont plus satisfaisantes. Une vérité qui se cherche et qui ne s’arrête pas à un moment donné. Les  réponses anciennes et nouvelles sont gardées comme mémoire d’un cheminement de pensée, comme anamnèse d’une résolution d’une crise. Elles sont là toutes deux pour « apprendre à penser ».

Apprendre à penser est un des concepts- clé de la théologie de la révélation que développe Segundo.

Le concile Vatican II s’approche de ce modèle en parlant de pédagogie divine, d’aspect provisoire et incomplet de la première alliance : « Ces livres, bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du caduc, sont pourtant les témoins d’une véritable pédagogie divine ». De ce fait, on ne peut plus parler de Dieu comme « unique auteur » de la Bible car comment Dieu pourrait-il parler de manière imparfaite et caduque ? La constitution Dei Verbum du Concile Vatican II, prend acte qu’il faut parler d’auteurs bibliques comme de « vrais auteurs » qui ont écrit selon des genres littéraires différents, «  en des circonstances déterminées, dans les conditions de son temps, et l’état de sa culture » et selon «  soit des manières natives de sentir, de parler…soit de celles que l’on utilisait ça et là à cette époque dans les rapports humains »

Mais Segundo va plus loin dans la compréhension de cette pédagogie divine. Mettre  la pédagogie divine à la place de Dieu comme auteur, c’est comprendre Dieu comme auteur d’un processus éducatif à travers les méandres humaines. Les Livres bibliques relatent ce processus éducatif. L’existence dans les textes de « choses provisoires et imparfaites » et contradictoires ne fait plus d’eux la dictée d’une vérité absolue. Ces faiblesses portent sur des capacités intellectuelles, des conditionnements des ignorances venant de leur société de leur culture et touchant à des facteurs décisifs de l’existence, sources d’attitudes et d’actions.

Mais ce côté provisoire et imparfait est considéré par Segundo comme positif. C’est la part d’erreurs de ce provisoire et de cet imparfait qui peut faire entrer en crise la connaissance antérieure. Parce que l’erreur et sa rectification font partie intégrante  de tout processus de connaissance  profonde et mûre de la vérité. De ce fait, il est possible de créer des hypothèses qui permettent de trouver des réponses plus adaptées. Le plan divin ne consiste pas à distribuer une information correcte une fois pour toutes, mais à faire avancer un processus éducatif où l’on apprend à apprendre à partir d’affirmation provisoire.

Segundo nous montre ainsi une profonde conception de la vérité et de l’erreur. L’erreur fait partie de la manière humaine d’accéder à la vérité,  vérité capable d’affronter des crises. Les crises permettant d’élaborer de nouvelle hypothèse, posant un problème nouveau qui remet en chemin de recherche. Les crises sont génératrices de découvertes nouvelles.  Chercher la vérité passe par la découverte du non-vrai, du non totalement vrai, de l’insuffisamment vrai, du partiellement erroné face à une réalité qui pousse vers une vérité plus grande. La recherche de la vérité passe par l’essai et l’erreur. Une erreur expérimentée, reconnue, rectifiée. Ce passage est le composant d’un processus d’intériorisation de la vérité. Sur le chemin, donc,  jalonné de choses imparfaites et provisoires (comme pour tout processus éducatif), nous pouvons avoir accès à une vérité toujours plus grande et une richesse de sens toujours plus profonde pour notre existence.

 

Par exemple Ga 3/26-29 contradictoire avec 1Co11/13

Par exemple en Mt 22/23…34

Par exemple Si1/13 s’oppose à la proclamation d’innocence de Job, Jb13/18

Par exemple 1S 8 et 2S 7

DV 15

Contrairement à la position du Concile de Trente DZ 783

Dèjà Divino afflante Spiritu de Pie XII en 1943 avait rompu avec cette conception en demandant de tenir compte de l’auteur humain (DZ 2294) qui n’est plus un secrétaire qui écrit sous la dictée mais qui est libre, créateur et limité par les connaissances et les instruments de son époque , limité et conditionné.

DV 11

DV 12

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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 10:51

Durant mes études de master en théologie, j’ai découvert ce théologien. Il m’a profondément marquée et je continue à le lire, l’étudier…et le faire connaitre.

Dans le Centre spirituel animé par ma communauté, l’an dernier, il s’est formé un groupe de lecture d’un de ses livres.

En septembre 2011, ce groupe va continuer, tellement sa pensée a enrichi les participants.

 

Je vais publier dans ce blog une série  pour présenter sa pensée. d'abord concernant la Bible, la manière de l’interpréter, en quoi elle est révélation de Dieu. Et ensuite sur d'autres sujet.

 

Mais d’abord une petite présentation de ce théologien.

JL Segundo, 1925-1996

Uruguayen, médecin de formation, il a rejoint la Compagnie de Jésus en 1941. Ordonné prêtre en 1955, il soutenu sa thèse de doctorat en 1958 intitulée « La chrétienté, une utopie? ». Il étudia aussi à la Sorbonne et obtint un doctorat d'Etat sur Berdiaeff .

Il fonde en 1965 à Montevideo, le Centre d'études sociales et théologiques "Pierre Favre" qu’il dirigea jusqu'en 1971. Ce Centre fut fermé par la dictature militaire. En 1970, il participe à une des réunions fondatrices de la théologie de la libération, à Petrópolis (Brésil). Forcé à l'exil sous la dictature, il a enseigné au Brésil, au Canada et aux Etats-Unis.

 

Voici quelques éléments bibliographiques 

*Jésus devant la conscience moderne, Cogitation fidei 148, Cerf 1988

*Le christianisme de Paul, Cogitation fidei 151, Cerf 1992

Traduction incomplète de El hombre de hoy ante Jesus de Nazaret

         I : Fe e ideologia

         II/1 et II/2 : Historia y actualidad

*Qu’est-ce qu’un dogme ?, Cogitation fidei 169, Cerf 1992

Traduction française de El dogma que libera, Fe, revelacion y magisterio dogmatico

*Catéchisme pour aujourd’hui, Cerf 1972

Parution en français sous trois tomes :1-Chercher Dieu ; 2- Recréer l’Eglise ; 3-Vivre la liberté

Traduction française de « Teología abierta para el laico adulto » (Théologie ouverte pour le laïc adulte )

 

Pour une introduction à sa pensée on peut lire dans:

Théologiens d'aujourd'hui, vingt portraits, un livre de BrunoChenu et Marcel Neusch paru aux editions Bayard en 1995

Et de manière plus développée:

 

Un article de René Marlé: Foi, idéologie, religion chez J.L. Segundo, dans la revue RSR (Recherche de Sciences Religieuses) 76/2, 1988, p 267 à 382

 

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