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8 avril 2022 5 08 /04 /avril /2022 15:02
Homélie virtuelle de l' Evangile des Rameaux : la dénonciation d’une injustice

Le Dimanche des Rameaux nous remet devant le récit de la mort de Jésus. Cette année dans l’Evangile de Luc 22, 14 à 23,56. Ces récits de la Passion dans les Evangiles restent d’une actualité brulante et de tous les temps. 

Un homme est arrêté, jugé, condamné, exécuté et de plus il est innocent !

Victime de l’injustice comme l’ont été et le sont encore tant de gens. Il est l’innocent à qui tous les bourreaux font violence.

Entendre, lire ce récit c’est donc une plongée dans le monde de la violence et de l’injustice des pouvoirs politiques, religieux, claniques, qui continuent de sévir.

Ecouter la passion c’est écouter, regarder le sort de tant de femmes et d’hommes en ce moment.

C’est donc un récit dangereux pour tout pouvoir qui s’arroge le droit de tuer car ce récit est une dénonciation en montrant que Dieu est du côté de ceux qui souffrent.

Le Dieu crucifié, victime de l’injustice est jugement contre toute injustice.

En Jésus, Dieu est donc là, avec nous, non seulement un jour du temps quand il a hurlé de douleur sur la croix, mais aussi de tout temps. Il crie sa douleur pour tout ce qui dans ce monde pourtant si beau, est défiguré par l’injustice et par l’absurde.

Il est là avec nous, sans mots, mais il est là. Il nous prend la main, il nous prend dans ses bras pour que, de la douleur, puisse naître peu à peu une détermination, une force pour combattre, une force pour vivre et faire vivre.

« Ayant aimé les siens, il les aima jusqu’à l’extrême ».

Voilà la raison de la croix : un amour en excès. Une fidélité de Dieu qui va jusqu’au bout. Il fait jusqu’au bout ce qu’il a toujours fait et dit.

Reculer devant la croix, cela aurait décrédibiliser tout l‘Evangile.

Malheureusement, ce n’est pas cette lecture qui a dominé la réflexion chrétienne. Une lecture a même atteint le summum des fausses images de Dieu en présentant les souffrances et la mort du Christ comme le prix à payer pour que Dieu pardonne ! On peut légitimement s’indigner devant ce Père qui aurait besoin de la mort de son Fils pour nous pardonner.

Le théologien Juan louis Segundo le fait en écrivant :

« Un Dieu d’amour n’est pas compatible avec un être qui peut être offensé au point de devoir sacrifier son Fils pour rester en paix avec soi-même et se réconcilier avec l’offenseur » [1]

[1] Juan louis Segundo Qu’est-ce qu’un dogme, Cerf CF n°169 p 507

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1 avril 2022 5 01 /04 /avril /2022 11:26
Homélie virtuelle pour Marc 10,35-45

35 Alors, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : « Maître, ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous. » 36 Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » 37 Ils lui répondirent : « Donne-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. » 38 Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, être baptisé du baptême dans lequel je vais être plongé ? » 39 Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé.40 Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. »

41 Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. 42 Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. 43 Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. 44 Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous :45 car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Mc 10,35-45  

« Accorde-nous de siéger dans Ta gloire ».

Comprenons que le vrai sens du mot gloire ! Ce n’est pas ce qui nous vient immédiatement à l’esprit. Cela n’a rien à voir avec la renommée, le bruit qu’on peut faire autour d’un nom célèbre, la réussite, le prestige, les honneurs. Dans la Bible, cela veut dire la richesse de l’être, sa plénitude, sa densité d’existence, son poids. Puisque Dieu est amour et qu’Il n’est que cela, la gloire de Dieu, c’est son poids d’amour. La demande de Jacques et de Jean peut donc être prise positivement : siéger, habiter sa gloire, c’est nous enraciner dans l’amour, c’est une demande d’intimité, de proximité, être au plus près possible.

« Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? »

On peut donc  voir la manière dont Jésus aime, dont justement, Il vit de cette gloire en prenant conscience qu’il favorise l’expression du désir. Il leur permet de l’exprimer : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? » Il sait discerner, je dirais faire du tri dans cette demande, il sait y voir ce qu’il y a de bon : ce désir de proximité et ce qui demande à être purifié car il n’y a pas de fauteuil dans le Royaume de l’amour. Fauteuil au sens de privilège, hiérarchie, préséance, place d’honneur. C’est pourquoi il ne fait pas de reproche. Il comprend qu’ils n’ont pas compris. Il accueille leur désir et va le purifier. Pas de fauteuil mais une coupe à boire et être plongé dans un baptême. Sa réponse, on peut la comprendre comme cela : Vous avez raison de vouloir être associé à ma gloire, au sens fort de ce poids d’amour. Mais cela doit être un amour qui ne triche pas. Un vrai amour, donc humble et souffrant, car aimer amène forcément de la souffrance et c’est cela qu’ils n’ont pas compris. Pouvez-vous être avec moi autant dans la souffrance que dans la joie ? Pouvez-vous me suivre autant au jour de la Passion qu’aux jours de la Résurrection ?

« Oui, nous le pouvons ».

La réponse finale de Jean et de Jacques est : « Oui, nous le pouvons ».

Personne n’est exclu de cette réponse. Si nous sommes baptisés, oui, nous le pouvons puisque nous le faisons déjà. Nous avons été plongés dans les eaux du baptême et mieux, nous sommes baptisés, plongés en Christ, c’est du présent ! Et nous le faisons dans la mesure exacte où nous aimons d’un amour humble qui forcément inclut de la souffrance.

Se faire serviteur

Mais aussi nous le pouvons en écoutant l’enseignement qui suit sur le service. Boire à la coupe et être plongé-e dans son baptême, c’est aussi se faire serviteur, renoncer aux formes diverses de domination, c’est que chacun-e soit au service. Sentons l’ambition que le Christ a pour nous dans cet enseignement sur le service. Il s’agit, oui, de devenir grand-e, oui, d’être premier-e. Et cette ambition est celle des saint-es : être premier-e dans le don. Il y a bien de l’ambition mais pas à la manière habituelle.  Oui, nous pouvons boire à la coupe et être plongé-es dans son baptême en vivant toute fonction, toute charge, tout travail, toute responsabilité comme un service.

Regardons le Christ serviteur

Il s’agit donc de regarder le Christ. Il n’est pas venu pour être servi mais pour servir.

Oui nous le pouvons en le regardant, en nous imprégnant de ce qu’il est, de ce qu’il fait.

Pour cela, on peut laisser remonter à la mémoire la vie du Christ vue sous l’angle du service.

« Donner sa vie en rançon ». 

Ce mot peut nous arrêter et nous scandaliser ! Il ne faut pas le prendre au sens moderne du terme. Car alors on tombe dans une fausse image de Dieu.

La racine hébraïque de ce mot c’est le verbe délier, libérer. Il faudrait mieux traduire : donner sa vie pour nous libérer. Jésus en donnant sa vie pour nous sur la Croix nous libère, en particulier de ces fausses images de Dieu. Sur la Croix, Dieu se livre et veut nous désarmer de toute peur. Le don de sa vie sur la Croix, c’est l’extrême du don.

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26 mars 2022 6 26 /03 /mars /2022 16:18
Homélie virtuelle sur Mc 9.30 à 10.34

 

1-Deuxième annonce de la Passion 9/30-32.

Dans l’Evangile de Marc, il y a 3 annonces de la passion. Voici la deuxième. Pourquoi cette insistance ? Il s’agit de montrer la difficulté d’entrer dans cette perspective. Difficulté des disciples d’hier, difficulté d’aujourd’hui.

Pourquoi cette mort, pourquoi cet apparent échec ?

Parce que Jésus révèle un Dieu qui bouleverse les privilèges, les dominations pratiquées par les sociétés humaines. On découvre ainsi la raison de la mort de Jésus : cet homme est dangereux pour tous les pouvoirs politiques et religieux. Tous les textes qui suivent cette deuxième annonce vont nous montrer la subversion opérée par Jésus. C’est pourquoi, il faut ne pas les couper les uns des autres. Ils montrent comment doivent se comporter celles et ceux qui veulent vivre de son esprit.

 

2-Subversion de la hiérarchie :

Le premier est celui qui est au service. 9/33-37

Les disciples se demandent qui est le plus grand montrant ainsi la difficulté d’entrer dans le Royaume que Jésus annonce. Il rebondit sur le désir mais pour le purifier. Vous voulez être grand ? Alors soyez-le en vous faisant serviteur, en accueillant l’enfant, comme on accueille le Christ. Soyez grand en accueillant celui qui ne compte pas.

 

3-Subversion d’un monopole de salut 9/38-40

Encore tout faux, les disciples ! Ils se croient seuls dépositaires d’un pouvoir de salut, ils se considèrent comme des maîtres que l’on suit alors que c’est seulement le Christ qui peut être suivi. Jésus brise leur rêve de monopole. Toute personne qui fait le bien est artisan du royaume. Parce que pour Jésus, la seule chose qui compte, c’est le bien de la personne.

 

4- Quelle conduite des disciples pour maintenir vivante la subversion ? 9/42-50 et 10,1-34

 

*Une question de verre d’eau :

On maintient vivante la subversion du Christ avec un sens fort de l’appartenance au Christ serviteur, seul titre qui permet d’être accueilli par les autres.

 

*Mains, pieds et œil :

On maintient vivante la subversion du Christ en sachant dire non à ce qui fait obstacle à cette appartenance au Christ serviteur. Sous l’image de la main, du pied, de l’œil, il s’agit de se séparer de bonne chose si et seulement si elles m’empêchent d’être disciple du Christ serviteur.

Ce texte ne doit pas du tout être pris au sens littéral ! C’est une exagération pour dire les nécessaires ruptures avec ce qui empêche d’aimer. Oui, il y a des choses à quitter, à renoncer, à abandonner pour que la vie des uns et des autres soit plus belle, plus heureuse, plus aimante, plus libre, plus généreuse. 

 

*Du sel :

On maintient vivante la subversion du Christ en salant sa vie, c'est-à-dire en faisant de sa vie quelque chose qui a du goût pour soi et pour les autres.

 

*Du divorce inégalitaire :

On maintient vivante la subversion du Christ en ne traitant pas les femmes comme des objets qu’on peut prendre et jeter avec un divorce de convenance masculine.

 

*Des enfants :

On maintient vivante la subversion du Christ en accueillant ceux qu’on rejette, ici des enfants et en accueillant le Royaume comme un petit enfant, c'est-à-dire dans la confiance de celui qui sait recevoir.

 

*Du partage :

On maintient vivante la subversion du Christ en considérant les richesses comme des dons à partager et non à accaparer

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23 mars 2022 3 23 /03 /mars /2022 10:34

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22 mars 2022 2 22 /03 /mars /2022 14:07
Un livre qui libère : La grâce originelle de Matthew Fox

Une grande partie des textes théologiques, liturgiques, spirituels du catholicisme est construite sur un modèle que le théologien Matthew Fox a bien mis en valeur et qu’il énonce ainsi :

Chute-rédemption. Une grande partie des textes…mais pas tous. Cependant c’est le modèle qui a été dominant et qui le reste.

Je vous invite à lire…toute affaires cessantes ! L’auteur propose un autre modèle qui commence lui par le positif !

Cela m’a inspiré les réflexions personnelles suivantes :

Pourquoi le modèle chute-rédemption est nocif et a des conséquences dramatiques ?

Parce que le cosmos et l’humain sont vus dans un état de perte dû à une faute à l’origine. Ça commence donc par un échec qui nous met devant les yeux, l’esprit et le cœur le négatif.

Cette chute est considérée comme une faute contre Dieu, ce qui rend la faute abyssale ! Faute conçue comme une désobéissance et donc Dieu conçu comme un maitre à qui on doit obéissance.

Parce que cette chute est conçue comme perte de la vie éternelle.

C’est cette vision qui a fait considérer indispensable le baptême le plus tôt possible après la naissance pour effacer cette faute d’origine qui couperait de Dieu, et condamnerait à l’enfer.

Parce que la rédemption est comprise comme ce qui permettrait l’accès au paradis et sauverait de l’enfer.

Rédemption transmise par le baptême mais payé au prix du sang par la croix du Christ avec l’image d’un Dieu qui ne pourrait pardonner que par la souffrance et le sacrifice.

Autant de nocivité pour le cosmos, l’humain et pour l’idée qu’on peut se faire de Dieu.

Théologie dépassée qu’on n’enseigne plus ? Je ne le pense pas.

Par exemple C’est sur ce modèle que la liturgie de la Messe est bâtie.

Soyez attentif au rituel de la messe et vous découvrirez qu’il est bâti sur ce modèle.

Du début jusqu’à la fin d’une messe, nous sommes des « losers » des « failers » des « fallers »

Je confesse…que j’ai péché

Seigneur prend pitié

Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde prends pitié de nous

Je ne suis pas digne…

Et tellement d’autres prières du missel.

Je rêve d’une liturgie qui commencerai par du positif, où on célébrerait le don de la vie, de ce qu’il y a de beau, de bon, de vrai dans ce monde et dans nos vies pour pouvoir seulement ensuite reconnaitre ce qui le contrarie.

Et aussi combien d’homélies, de prédications, de livres de spiritualité…qui véhicule le schéma Chute-Rédemption !

Pas tous heureusement mais encore trop qui ferment la porte à tant de femmes et d’hommes qui cherchent des chemins de vraie liberté spirituelle.

De ce point de vue la spiritualité ignatienne a de bonnes ressources pour lutter contre le modèle chute-rédemption.

*Le début de la prière d’alliance commence par le merci, c’est-à-dire la reconnaissance du positif de nos existences. (Voir une manière de la vivre : http://aubonheurdedieu-soeurmichele.over-blog.com/2016/05/prier-avec-sa-vie-la-priere-d-alliance.html)

*La manière récente de donner les Exercices spirituels va aussi dans le bon sens comme première étape du chemin, l’accueil de la création, la vie comme un don. (Voir une présentation du texte d’Ignace : principe et fondement : http://aubonheurdedieu-soeurmichele.over-blog.com/article-spiritualite-ignatienne-le-principe-et-fondement-dans-les-exercices-97568051.html )

*Également la spiritualité des Sœurs du Cénacle enracinée dans un texte fondateur de Thérèse Couderc, la Bonté qu’elle voit dans toutes les créatures. (Voir une présentation de ce texte : http://aubonheurdedieu-soeurmichele.over-blog.com/2020/10/je-veux-voir-dieu-c-est-possible-et-c-est-simple.html )

Merci à Matthew Fox de m’avoir, par son livre, aidé à mettre des mots sur ce que je porte depuis longtemps.

Lire et travailler son livre va m’ouvrir encore d’autres pistes.

Comme pour chacun-e qui l’ouvrira !

Voici la table des matières pour donner le désir d’aller emprunter ces 4 sentiers

1-Apprivoiser la création : la via positiva-théologie de la création et de l’incarnation

2-Apprivoiser les ténébres : la via negativa-théologie de la croix

3-Apprivoisr la créativité : la via creativa-théologie de la résurrection

4-Apprivoiser la nouvelle création : la via transformativa-théologie de l’Esprit-Saint

Bonne lecture

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 11:04
Homélie virtuelle du 3ème dimanche de Carême

À ce moment, des gens qui se trouvaient là rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient. Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Jésus disait encore cette parabole : « Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?” Mais le vigneron lui répondit : “Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.” »

Luc 13/1-9

 

Quelle conversion ?

Pour bien comprendre ce passage de l’évangile de Luc, la précision suivante est nécessaire :

Pour la culture religieuse au temps de Jésus, mourir de mort violente était considérée comme une punition de Dieu. Donc ces galiléens et ceux de la tour de Siloë avait mérité de mourir !

Jésus oppose à cela un non catégorique. La mort n’est pas une punition de Dieu. Il se positionnera de la même manière en Jean 9 en refusant le lien entre cécité de naissance et péché.

La position de Jésus est une rupture radicale vis à vis de la culture de son temps, rupture vis-à-vis d’une religion qui fait de Dieu un juge qui condamne et un bourreau qui exécute des sentences de mort.

Mais n’est-ce pas encore ce qui traine dans nos têtes quand on dit : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour qu’il m’arrive ce malheur ? »

Ce NON de Jésus a donc encore besoin de nous rejoindre pour nous libérer de ces fausses images de Dieu.

Mais alors comment comprendre la 2ème partie de la réponse de Jésus, lorsqu’il dit : « mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière ».

Jésus menacerait-il de mort les non-croyants, ceux qui refuseraient de se convertir ?

Après avoir nous avoir libéré d’un lien, il en réintroduirait un autre ?

Impossible, il nous faut donc comprendre autrement.

Pour cela, bien entendre ce que signifie la conversion : c’est un changement de regard sur Dieu, Jésus ne nous menace pas mais il nous supplie de changer notre regard sur Dieu pour ne pas mourir dans la terreur d’un Dieu bourreau et pour qu’on vive dans la joie d’un Dieu ami de notre humanité.

Cela permet de comprendre la parabole qui suit. Dieu est-il le propriétaire qui veut abattre le figuier ou Dieu est-il le vigneron qui veut continuer à apporter tout le soin possible au figuier ?

La conversion est théologale, il s’agit de quitter l’image d’un Dieu bourreau pour accueillir l’image d’un Dieu Ami de nos vies.

 

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10 mars 2022 4 10 /03 /mars /2022 19:19
Homélie virtuelle du 2ème dimanche de Carême

Je vous le dis en vérité : parmi ceux qui sont ici présents, certains ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le règne de Dieu. » Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

Luc 9, 27-36

Le sens de cet Evangile est bien connu. Jésus vient d’annoncer à ces disciples, sa mort prochaine. Par la transfiguration, il leur annonce sa Résurrection.

Cet Evangile doit être lu avec tout son arrière-fond biblique : le sommeil des apôtres ; la suggestion de Pierre concernant les 3 tentes ; la prière de Jésus.

Le sommeil des apôtres.

On nous dit : « Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. » Ce n’est pas de la fatigue, ni du sommeil de la nuit : c’est une expérience de Dieu. Rappelons-nous, le récit symbolique du début de la Genèse quand Dieu plonge l’Humain dans un profond sommeil pour qu’advienne du féminin et du masculin et le sommeil mystérieux qui s’empare d’Abraham quand Dieu fait alliance avec lui.

Le sommeil ici est expérience spirituelle quand Dieu fait entrer dans son mystère. Il est arrachement à soi-même, oubli de soi, abandon confiant. Sommeil, là où Dieu agit secrètement et où nous nous laissons faire par Dieu. C’est l’expérience de la nuit, ces nuits que nous connaissons toutes et tous, nuit de la foi, nuit où Dieu semble absent, mais nuit où Dieu travaille en nous sans que nous en ayons conscience, nuit de purification pour habituer nos yeux à la lumière.

Passage par la nuit. Mais pour un réveil…comme les apôtres dont on nous dit que « se réveillant, ils virent la gloire de Jésus ». C’est pourquoi le découpage de la liturgie commet une erreur en ne commençant pas par le verset 27 : « Je vous le dis en vérité : parmi ceux qui sont ici présents, certains ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le règne de Dieu »

La demande de Pierre de planter trois tentes.

Le texte nous dit qu’il ne savait pas ce qu’il disait. Cette tente, ce n’est une simple question de campement ! C’est la tente de la rencontre. Quand le peuple était dans le désert, il allait à la tente de la rencontre, lieu de la présence de Dieu. Mais pourquoi donc Pierre ne sait pas ce qu’il dit ? La réponse est dans la suite du texte. On nous dit : la nuée les couve de son ombre, (remarquez, c’est la même expression utilisée pour l’Annonciation.) Une voix leur demande d’écouter Jésus le Fils et ensuite ils ne voient plus que Jésus seul. Il n’est pas question de planter 3 tentes car il n’y a qu’une seule tente qui est la personne même de Jésus. La seule et unique tente de la rencontre, c’est Jésus : unique chemin, unique salut, unique lumière pour tous les temps et tous les peuples, unique pâque, unique passage de la mort à la plénitude de la vie. Jésus, nouveau Moïse, nouvel Elie, nouvel Israël qui va accomplir un nouvel Exode, celui du passage de la mort à la résurrection. Premier né d’une multitude de sœurs et de frères, celui qui ouvre le passage pour que, à sa suite nous entrions dans la Vie aujourd’hui et pour toujours.

Avec le récit des tentations, nous savons que sa victoire est notre victoire. Avec la transfiguration, nous savons que sa résurrection est notre résurrection. Le Christ nous prend dans sa transfiguration. (Ph 3/20). Une victoire pour nous encore en germe, une résurrection encore en gestation mais bien réelle, déjà commencée et qui s’épanouira en vie en plénitude. Nous sommes déjà citoyennes, citoyens des cieux comme nous l’assure St Paul. Nous sommes déjà ressuscité-es.

La prière de Jésus

Cet Evangile est d’une immense richesse, je termine seulement par un dernier point :

Nous sommes dans Luc, et Luc c’est l’Evangile de la prière. Matthieu et Marc ont aussi un récit de la transfiguration. Luc est le seul à dire :« Il alla sur la montagne pour prier. »

Et pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre ». La prière, pour nous à la suite du Christ, est une rencontre transfigurante. C’est le lieu par excellence de la foi, puisqu’elle n’a de sens qu’en Dieu ; elle le lieu de notre identité profonde, là on s’affirme fils, fille du Père. Prière de l’oreille, puisqu’il s’agit d’écouter Jésus comme le Père nous le demande : « Ecoutez-le » Et j’entends cette demande de Dieu, non comme un ordre mais comme une supplication, une prière de Dieu : « Je vous en prie, écoutez-le ! » Ecoutez-le pour vivre vraiment et pas à moitié ! Prière du regard aussi, qui est souvent une prière sans parole, prière d’admiration, d’étonnement, de gratitude, prière de simple présence dans la sécheresse mais qui attend le jour de voir Dieu, prière du veilleur qui est sûr que se lèvera l’aurore où je connaîtrai comme je suis connu-e, où j’aimerai comme je suis aimé-e. Jour où la résurrection de Jésus deviendra la nôtre en plénitude.

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9 mars 2022 3 09 /03 /mars /2022 16:35

Une quinzaine de chrétiens engagés à gauche lancent un collectif politique « de réflexion et d’action » baptisé Anastasis. Opposés à la fois à une interprétation identitaire de la foi et à une gauche « qui ignore le christianisme », le groupe n’a pas peur de cliver, tout en se défendant d’être un « élément perturbateur de l’Église catholique ».

Le collectif collectif politique Anastasis regroupe des catholiques qui se revendiquent de gauche. 

« Le capitalisme continue d’étendre son règne destructeur. » Cette phrase n’ouvre pas le dernier tract de Lutte ouvrière mais le manifeste du collectif chrétien Anastasis, officiellement lancé lundi 7 mars. Derrière ce nom – qui peut être traduit par « résurrection » mais aussi « insurrection » –, on retrouve une quinzaine de chrétiens tous convaincus de « la force révolutionnaire de l’Évangile ».

Parmi eux, on compte des bénévoles des cafés catholiques Le Simone à Lyon ou Le Dorothy à Paris, un membre d’une association de soutien aux migrants dans le 93, des enseignants en philosophie en lycée ou à la Catho… La plupart des auteurs des essais La Communion qui vient (Seuil, 2022), et Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien (L’Atelier, 2017) sont aussi de la partie.

« La foi chrétienne dispose à agir politiquement »

Beaucoup se connaissaient déjà avant, amis de longue date ou rencontrés dans le milieu associatif. « Le moment fondateur a été un week-end dans la campagne dijonnaise », raconte Gabriel, 22 ans et benjamin du groupe. Un moment de partage et de « confrontation des intuitions ». Tous partagent la conviction que « la foi chrétienne dispose à agir politiquement »  « L’Évangile, ce n’est pas un bouquin de Lénine qui donne un programme, rassure Gabriel, mais sa pratique quotidienne nous oriente dans un certain sens. » Invité à définir ce « sens », il cite le Magnificat : « Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles. » Dans leur manifeste, ils précisent : « Nous croyons que ce Dieu nous invite à combattre, en tout lieu et en tout temps, pour la justice. »

Ces chrétiens qui dépassent rarement la trentaine s’inscrivent donc clairement à gauche et citent parmi leurs influences la théologie de la libération, l’anarchisme chrétien de Jacques Ellul, la pensée de Simone Weil et la doctrine sociale de l’Église. Malgré tout, ils refusent l’étiquette de « cathos de gauche », trop située géographiquement quand eux veulent « sortir d’un logiciel francophone ». Marie, une magistrate qui a rejoint le collectif via le Dorothy, souligne aussi leur volonté de s’inscrire contre l’idée souvent défendue par la gauche contemporaine que « la religion ne relève que de l’intime ».

Contexte identitaire

Pour se faire entendre, ce collectif va multiplier les canaux : un site Internet, des tribunes, un podcast mensuel mais aussi la participation à des manifestations ou des happenings« Nous nous tenons prêts à réagir aux événements », explique Foucauld Giuliani, qui défend « une logique d’intervention » dans la société. « Il ne s’agit pas de parler en l’air. »

Le lancement de ce groupe aujourd’hui ne doit rien au hasard. Il témoigne de la volonté de faire entendre une voix dissonante avec le « christianisme identitaire », dans un contexte « évident d’instrumentalisation » de la foi, explique Foucauld Giuliani. Le professeur de philosophie se dit catastrophé qu’Éric Zemmour attire des chrétiens malgré les « hérésies monstrueuses » qu’il prononcerait. Gabriel évoque aussi le patriarche Kirill, qui nourrit l’idéologie hégémonique de Vladimir Poutine.

S’ils conspuent l’identitarisme chrétien, ils ne sont pas non plus des partisans de la « table rase », argumente Marie. « On s’inscrit vraiment en héritiers d’une tradition. » Et de citer saint Thomas d’Aquin, qui « s’est confronté à la pensée critique de son temps ». « C’est très important de s’inscrire dans la longue durée, insiste Foucauld Giuliani. Les pères de l’Église peuvent résonner aujourd’hui. »

« La division est un fait »

S’ils ne s’interdisent pas « de parler du synode », les membres d’Anastasis jurent ne pas « avoir vocation à être un élément perturbateur de l’Église catholique ». Ils n’auraient pas non plus de volonté « de polémiquer ».

Pourtant, un nombre important d’entre eux a signé en juin dernier une très polémique tribune pour dénoncer une marche commémorative des « martyrs de la Commune » organisée par la paroisse Notre-Dame-des-Otages à Paris. Le texte a provoqué l’ire d’une partie du clergé parisien. Si c’était une « provocation », elle soulève bien une question légitime, expliquait alors dans La Croix l’historien Jean-Pascal Gay.

« C’est une bonne nouvelle pour une Église qu’il y ait du débat, c’est signe de vie », considère aujourd’hui Marie qui, comme ses camarades, rejette l’image d’une Église sans fractures. « La division est un fait », veut constater Foucauld. « La communion est spirituelle, elle se vit dans les paroisses », insiste Gabriel. D’ailleurs, après la polémique, plusieurs des auteurs du texte ont rencontré des prêtres impliqués dans l’événement dénoncé, « des échanges passionnants ». Entre eux, les débats ne manquent pas non plus : certains ont participé à La Manif pour tous quand d’autres y étaient très opposés. La foi trouve là sa place : « Le christianisme prévient les scissions. »

Retrouvez les informations sur ce collectif sur :

 

Le site : collectif-anastasis.org

Compte Twitter : twitter.com/anastasis_coll

Article écrit par Théo Moy,  paru dans le journal la Croix  07/03/2022

 

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28 février 2022 1 28 /02 /février /2022 16:29
Homélie virtuelle d’entrée en Carême et du 1er dimanche Lc 4,1-13

Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert

où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.

 

Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »

Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »

 

Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre.  Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. »

Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »

 

Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »

Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

 Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

Lc 4,1-13

Cet évangile qui ouvre le temps du Carême, on l’appelle habituellement le récit des Tentations de Jésus.

Il vaudrait mieux l’appeler autrement : l’évangile de la Victoire de Jésus.

Là où dans le désert, le peuple hébreu avait succombé, Jésus, lui, sort vainqueur.

Cela me semble intéressant de commencer notre Carême par la contemplation d’une victoire : Jésus victorieux.

Cela me semble intéressant parce que nous avons besoin de cette victoire, besoin de comprendre que Jésus a su vaincre le mal, que le mal s’est comme brisé sur sa Personne.

Toute la vie du Christ est une victoire sur le mal, toute sa vie est un non à la mort, au mensonge, à l’idolâtrie, à la haine, au péché.

Toute la vie du Christ est un oui à la vie, oui à Dieu, oui à la vérité, à la justice, à la bonté, au pardon.

Toute sa vie est une victoire et la Croix, dans cette perspective, est la victoire absolue, puisqu’elle est victoire de l’amour et du pardon qui vont jusqu’au bout.

Cette victoire nous révèle quelque chose d’inouï : Dieu nous a donné son Fils pour que nos vies, notre humanité, notre Histoire trouvent en lui, la source de la Vie.

Sauvé-es en lui, définitivement, parce que Dieu est plus grand que notre mal, parce que Dieu est plus fort que notre péché c'est à dire de tout ce qui va contre la vie.

En nous donnant son Fils un jour du temps, Dieu a introduit dans notre monde, pour tous les temps, pour aujourd’hui, pour hier et pour demain, pour tous les lieux, la semence de sa victoire.

Oui, nous avons besoin de regarder cette victoire, car dans nos vies qui sont toutes marquées d’une manière ou d’une autre par une souffrance, un échec, une faute, il nous est bon de regarder cette victoire du Christ, gage de cette victoire définitive qui nous est promise et semence qui travaille aujourd'hui le monde à la manière d’un ferment.

Sa victoire qui est notre victoire.

C’est pourquoi, après la victoire, je vous invite à regarder où Jésus a remporté cette victoire.

Il l’a remportée dans un désert, c’est à dire qu’il nous a rejoints dans le désert de nos vies, jusqu’au plus désertique de nos vies.

Il vient donner la vie, sa vie par sa présence, faire jaillir la source d’eau vive qu’est son amour.

Pour que cet Evangile fasse son œuvre en nous, cela suppose de regarder Jésus :

Dieu fait homme, lumière du monde, chemin, vérité, venu pour nous donner une vie qui ressemble à la sienne, nous partager sa lumière.

Il est au désert de notre monde, de nos vies et il l’habite de sa présence.

Alors, puisqu’il est venu pour habiter de sa présence le désert de nos vies, cela veut dire cette chose capitale :

Il est là, avec nous, à côté de nous, d’une présence définitive. Il a fait tout le chemin pour nous rejoindre et nous rejoindre jusque dans les recoins les plus désertiques de nos vies.

S’il a fait tout le chemin, il est là présent, alors que nous reste-t-il à faire ?

La seule chose à faire, c’est d’y croire et de me laisser aimer par lui.

Ce temps du Carême, un temps privilégié pour croire que Dieu est là, compagnon de ma vie, l’ami par excellence qui ne me lâchera jamais la main.

Ce temps de Carême, un temps privilégié pour m’offrir à son amour, me laisser aimer par lui au cœur même des déserts de ma vie.

Chacun de nous a ses déserts…Ce sont nos pauvretés, nos fragilités, nos blessures, nos souffrances, nos choix tordus, nos cœurs étriqués…Et même notre péché !

Nous laisser aimer au cœur même de nos pauvretés, au cœur même de notre péché. Accepter sa présence au cœur même de notre misère.

Ce n’est pas facile, car notre réaction spontanée c’est de croire que nous serons dignes de Dieu quand nous serons impeccables.

Non, Dieu nous veut tout de suite et il nous prend dans ses bras, avec notre boue, et nous embrasse tendrement.

Jésus vient dans nos déserts pour les habiter de sa présence :

Une pauvreté habitée par sa présence est toujours une pauvreté mais cela devient un lieu de rencontre avec l’Amour qui est Dieu, un lieu où je laisse Dieu m’aimer tel-le que je suis, un lieu d’ouverture à la Grâce, une brèche où Dieu peut enfin laisser couler sa vie.

Nous entrons dans cette 1ère semaine de Carême, une semaine devant nous pour :

Croire que Dieu est présent au cœur de nos déserts.

Le laisser m’aimer au cœur même de ce qui cloche dans ma vie.

Voilà notre lieu de conversion, une attitude qui va permettre à Dieu d’agir et de faire du neuf dans nos vies.

Pour cela, il nous donne trois Paroles :

 

« L’homme ne vit pas seulement de pain » :

*appel à se nourrir du pain de la Parole.

 

« C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. » :

*appel à ne rien idolâtrer.

 

« Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

*appel à la confiance en Dieu et à l’aimer gratuitement.

 

Ces trois paroles sont des secrets de la victoire du Christ pendant ces 40 jours au désert symbolique du combat de toute sa vie.

Ce sont les paroles de notre victoire et de notre bonheur.

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23 février 2022 3 23 /02 /février /2022 17:47
Homélie virtuelle: un renversement de valeurs, Mc 9, 33-37

Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? »  Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. »

Mc 9. 33-37

Dans l’évangile selon Marc, on ne peut pas dire que les disciples ont le beau rôle. L’évangéliste montre tout le temps leur difficulté à entrer dans l’esprit de Jésus et il n’est pas tendre avec eux.

En Mc 4,40 :

Pourquoi êtes-vous peureux ? Vous n’avez pas encore de foi ?

En Mc 6,52 :

Ils n’avaient pas compris pour les pains ; en fait leur cœur était devenu dur.

En Mc 8, 14-21 :

Vous ne saisissez pas encore et vous ne comprenez pas ?

Vous avez le cœur dur ?

Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, vous avez des oreilles et vous n’écoutez pas ?

Vous ne comprenez pas encore ?

En Mc 8,33 :

A Pierre : Va derrière moi Satan ! Tes idées ne sont pas celles de Dieu mais celles de hommes.

En Mc 9,19 :

Jusqu’à quand serai-je auprès de vous ? Jusqu’à quand aurai-je à vous supporter ?

 

Dans ce passage, les disciples discutent pour savoir qui est le plus grand. Le contenu de leur discussion montre bien l’abime qu’il y a entre eux et Jésus. Et ici Jésus fait preuve d’infinie patience à leur égard et leur donne un enseignement en acte à proprement parlé révolutionnaire car c’est un renversement des valeurs couramment admises :

Le premier, c’est celui qu’on considère comme dernier comme cet enfant qui dans la société de Jésus était compté pour rien, relégué à la dernière place.

Et accueillir celui qui est à dernière place, c’est accueillir Jésus.

L’évangéliste Matthieu développera cela quand au Chapitre 25, il écrira : « Ce que vous avez fait à l’un de plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait »

Mais Marc va encore plus loin, accueillir celui qui est à la dernière place, c’est accueillir Dieu !

Le premier, c’est :

-le dernier

-le serviteur

-l’enfant

Il sera le dernier des derniers sur la Croix.

Il se définit comme celui qui sert.

Il s’est fait enfant dans son Incarnation.

C’est sa manière à Lui d’être premier. Son choix, son ambition. Car il s’agit bien d’être premier mais à la manière du Christ.

Contemplons donc Jésus : dernier, serviteur, enfant.

Contemplons Dieu ainsi.

S’étonner de la subversion que Jésus introduit ainsi dans l’image de Dieu.

Dieu est le dernier, Il est le serviteur, Il est enfant.

Et on l’accueille en accueillant ceux et celles que l’on dévalorise.

 

Ecoutons la question de Jésus pour nous-même :

Qui est le plus grand ? Cette question interroge nos échelles de valeur. Essayons d’y répondre. Qu’est-ce qui est grand pour nous ? Qu’est-ce qui est le plus grand ? Et ensuite confrontons nos réponses à la réponse de Jésus.

Et revenons aux disciples qui n’ont surement pas mieux compris cela que tant d’autres choses dites et vécu par Jésus. Apparemment ils sont près de Jésus, ils le suivent, ils sont « du dedans » et portant ils sont loin de lui, ils sont « du dehors ». Et beaucoup, apparemment loin de lui peuvent être tout proche.

N’est-ce pas encore la situation d’aujourd’hui : combien de femmes et d’hommes peuvent être tout près de lui, vivant de son esprit alors qu’ils ne le connaissent pas…sont athées…en rupture avec les institutions ecclésiales… ? Et pourtant plus près de Jésus que certains parmi ceux qui s’en réclament !

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