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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 17:00
Un texte inouï: le lavement des pieds dans l'évangile de Jean 13/1-17
Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. Au cours d'un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer, sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu'il était venu de Dieu et qu'il s'en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s'en ceignit. Puis il met de l'eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il vient donc à Simon-Pierre, qui lui dit : "Seigneur, toi, me laver les pieds ?" Jésus lui répondit : "Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent ; par la suite tu comprendras." Pierre lui dit : "Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais !" Jésus lui répondit : "Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi." Simon-Pierre lui dit : "Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête !" Jésus lui dit : "Qui s'est baigné n'a pas besoin de se laver ; il est pur tout entier. Vous aussi, vous êtes purs ; mais pas tous." Il connaissait en effet celui qui le livrait ; voilà pourquoi il dit : "Vous n'êtes pas tous purs." Quand il leur eut lavé les pieds, qu'il eut repris ses vêtements et se fut remis à table, il leur dit : "Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l'envoyé plus grand que celui qui l'a envoyé.

Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites.

« Il voulut les aimer jusqu’au bout »

Ce geste du lavement des pieds ouvre le temps de la Passion. Avec ce geste, nous allons regarder un amour qui va jusqu'au bout, qui va jusqu'à l'extrême Il y a un excès de l'Amour à contempler.

« Il savait que le Père avait tout mis entre ses mains et qu’il retournait à Dieu comme il était venu de Dieu » Regarder la pleine liberté de Jésus. Ce don qu’il fait de sa vie n’est pas imposé de l’extérieur. Il consent de tout son être à la fidélité à sa mission.

Prendre vraiment du temps pour regarder chaque geste qu’il fait : se lever de table ; retirer son vêtement ; mettre un linge autour de sa taille ; verser de l’eau dans une cuvette ; se mettre à genoux devant chacun ; leur laver les pieds ; les essuyer avec le linge. Sentir la délicatesse de Jésus avec laquelle il fait cela.

Se rappeler que dans la société où vivait Jésus ce geste de laver les pieds ne pouvait être fait que par un esclave. Donc, ici, dans ce geste, Jésus prend la place d’un esclave. Paul dira dans l’épître aux Philippiens : « prenant la condition d’esclave » Ph2/6. Il prend donc la dernière place. Cette place d’esclave devient la place de Dieu ! Se laisser étonner de cela. En tirer profit.

Ne pas oublier de se mettre dans la scène, à la suite des disciples, regarder Jésus qui est à genoux devant moi et me lavant les pieds. Qu’est-ce que je ressens ? Qu’est-ce que j’ai envie de lui dire ?

 

 

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 14:51
Homélie de Sr Michèle, 4ème dimanche de carême Jn 9: guérison d'un aveugle-né

Voilà bien un texte qui est une bonne nouvelle. Une bonne nouvelle pour nous. Pour vous, pour moi, pour chacun d’entre nous. Une bonne nouvelle à partager à celles et ceux qui ne la connaissent pas ! Mais c’est quoi, cette nouvelle qui est bonne ?

Elle est bonne parce qu’elle nous libère. Alors, d’abord, voyons de quoi elle nous libère.

Au début du texte nous sommes en pleine ténèbre. Celle où est plongé un aveugle de naissance. Et Jésus va libérer cet homme de sa cécité. Oui, mais il y a une ténébre pire que la cécité, c’est celle des disciples. En effet, par la question qu’ils posent : « si cet homme est aveugle, c’est qu’il est pécheur ou que ses parents le sont » on se rend compte qu’ils qui sont plongés dans les ténèbres d’une religion qui explique la maladie par une faute commise. Combien on a besoin d’être libéré de cela, encore aujourd’hui !

Ne dit-on pas quand il nous arrive une épreuve : « qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour qu’il m’arrive çà ! » Et derrière cette explication se cache une ténèbre encore plus ténébreuse, celle qui nous fait imaginer un dieu qui punirait les fautes en envoyant des maladies. Quelle ténèbre ! Et aujourd’hui encore, ces fausses images de Dieu peuvent être en nous. Alors Jésus viens d’abord de nous libérer de cela. Il le fait par une parole forte : « Ni lui n’a péché, ni ses parents » Parole forte qui fait passer de la nuit au jour, de la ténèbre à la lumière, qui nous fait quitter nos fausses images de Dieu.

Encore faut-il que nous acceptions de les quitter pour nous ouvrir à un Dieu fondamentalement bon et que ne veut que du bon pour nous.

Mais le pire du pire, si c’est possible, est la ténèbre de la religion des pharisiens. Cette impossibilité qu’ils ont à sortir d’un système légaliste : selon eux une guérison faite le jour du sabbat ne peut pas venir de Dieu, celui qui l’accomplit ne peut être qu’un pécheur. C’est la ténèbre de l’exclusion de tous ceux qui ne rentrent pas dans leur système. C’est l’impossibilité à s’ouvrir à la nouveauté d’une parole, à l’inattendu d’une action. La culpabilisation qui enferme les gens dans la fatalité.

Et nous sommes forcés de constater que devant ce type de ténèbres, Jésus lui même n’a rien pu faire.

La révolution spirituelle de Jésus, la libération qu’il apporte ne peut rejoindre des gens murés dans leur certitude, les privilèges que cela leur donne et pour certains le « fonds de commerce « que cela procure.

 

En contre-point, l’itinéraire de l’aveugle nous fait parcourir un chemin de lumière en lumière. Un cheminement d’une étonnante vérité. Il nous est donné de voir un homme vrai qui reste au plus près de son expérience, ni plus, ni moins. Il nous est donné de voir la progression dans une confession de foi. Car nous le savons d’expérience, la foi est un chemin et c’est autant le chemin que le but qui est important.

Sa première confession de foi est d’abord sans parole. Elle est d’abord de se laisser faire par un homme qu’il ne connait pas. Il se laisse enduire de boue les yeux et il écoute la parole qui lui dit d’aller se laver dans la piscine de Siloé.

Pour nous également, notre confession de foi, c’est d’être en confiance vis-à-vis de Jésus, d’écouter sa parole, c’est de témoigner de lui par notre vie et nos actes.

Nous sommes envoyés pour cela, être apôtre de cela.

 

Sa deuxième confession de foi, c’est tout simplement la confession de lui-même : « c’est moi » dit-il et il va être fidèle jusqu’au bout en répétant plusieurs fois dans le texte les événements qui lui sont arrivés dans l’exactitude de leur déroulement. Confession de foi sous forme de récit : « voilà ce que j’ai vécu, voilà ce que cela a transformé dans ma vie ». Et quand on lui demande des choses qu’il ne sait pas, il dit : « je ne sais pas ».

Pour nous également, notre confession de foi, c’est de partager tout simplement en quoi la rencontre avec le Christ change quelque chose dans notre vie. Et c’est cela que nos contemporains ont besoin pour être touché par l’Evangile.

Nous sommes envoyés pour cela, être apôtre de cela.

Confronté aux pharisiens, il va faire un pas de plus dans la compréhension de ce qui lui arrive et c’est sa 3ème confession de foi : « C’est un prophète ». Cette confession de foi il va la tenir contre l’opposition des pharisiens avec le simple bon sens qui comprend que seul celui qui vient de Dieu peut guérir un aveugle. Mais il va la payer au prix fort, celui d’être traité de pécheur-né et jeter dehors.

Pour nous également, notre confession de foi peut passer par l’épreuve de l’incompréhension, de l’opposition. Témoigner d’un Evangile qui libère bouscule trop les conformismes et les privilèges.

Nous sommes envoyés pour cela, être apôtre de cela.

Pendant tout ce temps, Jésus semble absent. Jésus ne réapparaît qu’à la fin et on a l’impression que Jésus l’a laissé seul témoigner et combattre. C’est peut-être le sentiment que l’on a quelque fois au cœur de nos combats. Mais n’est-ce pas preuve de respect pour nous, de foi en notre capacité de vérité et de justice ? N’est-ce pas foi en l’Esprit qui nous habite et nous habilite au témoignage ?

En tout cas, Jésus est là pour l’accueillir quand il est jeté dehors, exclu.

Devant Jésus, cet homme va garder cette même authenticité dont il a fait preuve depuis le début. Il ne sait pas qui est le fils de l’homme dont lui parle Jésus donc pas de raison d’y croire ! « Qui est-il pour que je croie en lui ?» Réponse étonnante ! Et oui, pour croire, il faut des raisons ! Jésus va lui en donner.

Le fils de l’homme, c’est celui qui t’a guéri, qui t’a donner capacité à le voir et c’est lui qui te parle.

Alors seulement peut jaillir sa 4ème confession de foi : « Je crois ». Nous sommes ici dans la lumière. Lumière qu’est Jésus lui-même, lumière d’un monde qui sort de l’exclusion, du mépris, de la fatalité. Lumière du royaume de Jésus à construire avec lui.

Nous sommes envoyés pour cela, être apôtre de cela par le simple fait de notre baptême.

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 21:21
Homélie du 3ème dimanche de Carême sous forme de méditation: Samaritaine en Jn 4

Jean 4, 5-26 et 39-43

03 Dès lors, il quitta la Judée pour retourner en Galilée. Or, il lui fallait traverser la Samarie.

05 Il arrive donc à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !...Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »

Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

 

 

1-Regarder Jésus, assis sur le bord du puits, fatigué.

Le regarder pour saisir jusqu’où va le réalisme de l’Incarnation du Verbe de Dieu.

Ce faisant, il me rejoint au cœur même des fatigues qui sont les miennes.

Goûter cette proximité de Dieu au cœur de ce qui est fatigué en moi.

Et me demander : pourquoi est-il fatigué ?

 

2-Regarder cette femme qui vient puiser de l’eau.

Cette activité est vitale. L’eau est d’absolue nécessité pour vivre.

Ce besoin d’eau dit aussi son désir de vie. Elle cherche la vie. Elle est en quête. Et c’est cette recherche qui va lui permettre d’être ouverte à la rencontre de celui qui peut la combler.

« Puiser de l’eau » Où dans ma vie, est-ce que je puise l’eau qui m’est nécessaire et qui me permet une rencontre avec le Christ ?

 

3-Entendre la parole de Jésus : « Donne-moi à boire »

L’entendre d’abord comme la demande d’un pauvre qui a besoin de l’autre ; Il demande de l’aide. Il l’a demandée à cette femme. Dieu n’est pas « suffisant ». Il a besoin de nous. Il est mendiant. Il a soif d’eau mais plus encore…de quoi a-t-il soif ?

Me laisser toucher par cette image de Dieu donnée ici : Dieu qui a besoin de nous.

Entendre cette parole pour moi : quelle est l’eau dont il a besoin et que je peux lui donner ?

 

4-Entendre cette parole : « Si tu savais le don de Dieu »

Quel est ce don ? Quel est le don que Jésus peut donner ?

Don de sa présence, de sa vie, de son amour…

Pour moi quel est le don de Dieu ?

 

5-Entendre cette parole : « Ni sur cette montagne, ni à Jérusalem…ceux qui adorent, c’est dans l’esprit et la vérité »

Se laisser atteindre par cette parole. Comprendre qu’elle bouleverse nos conceptions du religieux : il n’y a pas de lieux sacrés où serait enfermé le divin. L’adoration est une attitude du cœur qui sait voir Dieu dans ce qui est vrai, juste, bon en toute femme, en tout homme quelque soit son appartenance ethnique ou religieuse.

Quel chemin cette parole ouvre-t-elle dans mon cœur ?

 

6-Entendre : « JE LE SUIS, moi qui te parle »

Jésus s’approprie la révélation faite à Moïse au Sinaï (Ex 3/14). Il est Dieu.

Cela fait de ce texte un des plus hauts sommets de révélation de tous les Evangiles. Ce don de révélation, il le fait à une femme méprisée.

Peser combien Jésus subvertit ainsi les privilèges et les pouvoirs : sa plus haute révélation, il l’adresse à une méprisée socialement.

Comment cela résonne-t-il en moi ?

 

7-Regarder la femme qui laisse sa cruche, court en ville et dit ...

Cette femme a été appelée par Jésus à une relation intime de connaissance et d’amour avec lui. De cet appel vient sa vocation : être apôtre du Christ. Elle laisse sa cruche comme d’autres ont laissé leurs filets. Elle n’en a plus besoin car, maintenant, elle va devenir apôtre de l’eau vive que donne Jésus. Un apostolat fructueux puisqu’elle est la seule dans tout l’Evangile à avoir converti une ville entière !

Comment résonne en moi le geste de cette femme de lâcher sa cruche ?

 

 

 

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 23:18
Homélie de Sr Michèle pour le 2ème dimanche de Carême Année A: Mt 17/1-9

Mt 17/1-9

Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.

Une histoire de tentes ?

Pierre demande d’en planter 3. Il ne s’agit pas d’une simple affaire de camping !

Cela renvoie à la tente de la Rencontre, quand le peuple était dans le désert, il allait à la tente de la Rencontre, lieu de la présence de Dieu. Et la nuée qui les couve de son ombre (la même expression utilisée pour l’Annonciation en Luc 1/35) montre bien que nous sommes là dans une expérience de rencontre avec Dieu.

Enfin, une voix leur demande d’écouter Jésus, le Fils et ils ne voient plus que Jésus seul.

Tout cela nous permet de comprendre qu’il n’est pas question de planter 3 tentes car il n’y a qu’une seule tente qui est la personne même de Jésus. La seule et unique tente de la rencontre, c’est le Christ dans la vérité de son humanité et de sa divinité.

Jésus seul : unique chemin, unique demeure, unique salut, unique lumière pour tous les temps et tous les peuples, unique pâque, unique passage de la mort à la plénitude de la vie.

Jésus, nouveau Moïse, nouvel Elie, nouvel Israël qui va accomplir un nouvel Exode, celui du passage de la mort à la résurrection.

1er né d’une multitude de frères et de sœurs, celui qui ouvre le passage pour que, à sa suite, nous entrions dans la vie éternelle.

Avec le récit des tentations, nous savons que sa victoire est notre victoire.

Avec la transfiguration, nous savons que sa résurrection est notre résurrection. Le Christ transformera, transfigurera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux (Ph 3/20)

Une victoire pour nous encore en germe, une résurrection encore en gestation mais bien réelle, déjà commencée et qui s’épanouira en vie éternelle. Nous sommes déjà citoyen-nes des cieux. Nous sommes déjà ressuscité-es.

 

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 23:02
Homélie de Sr Michèle 1er dimanche de Carême année A. Mt 4/1-11

 

Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.

Mt 4/1-11

L’Evangile que nous venons d’entendre, on l’appelle habituellement le récit des Tentations de Jésus.

Il vaudrait mieux l’appeler autrement : l’Evangile de la Victoire de Jésus.

Là où dans le désert, le peuple hébreu avait succombé, Jésus, lui, sort vainqueur.

Cela me semble intéressant de commencer notre Carême par la contemplation d’une victoire : Jésus victorieux.

Cela me semble intéressant parce que nous avons besoin de cette victoire, besoin de comprendre que Jésus a su vaincre le mal, que le mal s’est comme brisé sur sa Personne.

Toute la vie du Christ est une victoire sur le mal, toute sa vie est un non à la mort, au mensonge, à l’idolâtrie, à la haine, au péché.

Toute la vie du Christ est un oui à la vie, oui à Dieu, oui à la vérité, à la justice, à la bonté, au pardon.

Toute sa vie est une victoire et la Croix, dans cette perspective, est la victoire absolue, puisqu’elle est victoire de l’amour et du pardon qui vont jusqu’au bout.

Cette victoire nous révèle quelque chose d’inouï : Dieu nous a donné son Fils pour que nos vies, notre humanité, notre Histoire trouvent en lui, la source du salut.

Sauvées en lui, définitivement, parce que Dieu est plus grand que notre mal, parce que Dieu est plus fort que notre péché.

En nous donnant son Fils, Dieu a introduit dans notre monde, pour tous les temps, pour aujourd’hui, pour hier et pour demain, la semence de sa victoire.

Oui, nous avons besoin de regarder cette victoire, car dans nos vies qui sont toutes marquées d’une manière ou d’une autre par une souffrance, un échec, une faute, il nous est bon de regarder cette victoire du Christ, gage de cette victoire définitive qui nous est promise et semence qui travaille aujourd'hui le monde à la manière d’un ferment.

Sa victoire qui est notre victoire.

C’est pourquoi, après la victoire, je vous invite à regarder où Jésus a remporté cette victoire.

Il l’a remportée dans un désert, c’est à dire qu’il nous a rejoints dans le désert de nos vies, jusqu’au plus désertique de nos vies.

Il vient donner la vie, sa vie par sa présence, faire jaillir la source d’eau vive qu’est son amour.

Pour que cet Evangile fasse son œuvre en nous, cela suppose de regarder Jésus :

Dieu fait homme, lumière du monde, chemin, vérité, venu pour nous donner une vie qui ressemble à la sienne, nous partager sa lumière.

Il est au désert de notre monde, de nos vies et il l’habite de sa présence.

Alors, puisqu’il est venu pour habiter de sa présence le désert de nos vies, cela veut dire cette chose capitale :

Il est là, avec nous, à côté de nous, d’une présence définitive. Il a fait tout le chemin pour nous rejoindre et nous rejoindre jusque dans les recoins les plus désertiques de nos vies.

S’il a fait tout le chemin, il est là présent, alors que nous reste-t-il à faire ?

La seule chose à faire, c’est d’y croire et de me laisser aimer par lui.

Ce temps du Carême, un temps privilégié pour croire que Dieu est là, compagnon de ma vie, l’ami par excellence qui ne me lâchera jamais la main.

Ce temps de Carême, un temps privilégié pour m’offrir à son amour, me laisser aimer par lui au cœur même des déserts de ma vie.

Chacun de nous a ses déserts…Ce sont nos pauvretés, nos fragilités, nos blessures, nos souffrances, nos choix tordus, nos cœurs étriqués…Et même notre péché !

Nous laisser aimer au cœur même de nos pauvretés, au cœur même de notre péché. Accepter sa présence au cœur même de notre misère.

Ce n’est pas facile, car notre réaction spontanée c’est de croire que nous serons dignes de Dieu quand nous serons impeccables.

Non, Dieu nous veut tout de suite et il nous prend dans ses bras, avec notre boue, et nous embrasse tendrement.

Jésus vient dans nos déserts pour les habiter de sa présence :

Une pauvreté habitée par sa présence est toujours une pauvreté mais cela devient un lieu de rencontre avec l’Amour qui est Dieu, un lieu où je laisse Dieu m’aimer tel-le que je suis, un lieu d’ouverture à la Grâce, une brèche où Dieu peut enfin laisser couler sa vie.

Nous entrons dans cette 1ère semaine de Carême, une semaine devant nous pour :

Croire que Dieu est présent au cœur de nos déserts.

Le laisser m’aimer au cœur même de ce qui cloche dans ma vie.

Voilà notre lieu de conversion, une attitude qui va permettre à Dieu d’agir et de faire du neuf dans nos vies.

Pour cela, il nous donne trois Paroles :

« l’homme vivra de la Parole de Dieu » :

*appel à écouter Dieu

- « tu adoreras le Seigneur ton Dieu et c’est à Lui seul que tu rendras un culte » :

*appel à la préférence pour Dieu

- « tu ne mettras pas à l’épreuve, le Seigneur ton Dieu » :

*appel à la confiance en Dieu.

Ces trois paroles sont le secret de la victoire du Christ pendant ces 40 jours au désert et durant toute sa vie.

Ce sont les paroles de notre victoire et de notre bonheur.

 

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 16:02
Le devoir de désobéir à l'inacceptable dans le livre de l'Exode chapitre 1et 2

Livre de l’Exode 1/8 à 2/10

 

Un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte. Il n’avait pas connu Joseph. Il dit à son peuple : « Voici que le peuple des fils d’Israël est maintenant plus nombreux et plus puissant que nous.

10 Prenons donc les dispositions voulues pour l’empêcher de se multiplier. Car, s’il y avait une guerre, il se joindrait à nos ennemis, combattrait contre nous, et ensuite il sortirait du pays. » On imposa donc aux fils d’Israël des chefs de corvée pour les accabler de travaux pénibles. Ils durent bâtir pour Pharaon les villes d’entrepôts de Pithome et de Ramsès. Mais, plus on les accablait, plus ils se multipliaient et proliféraient, ce qui les fit détester. Les Égyptiens soumirent les fils d’Israël à un dur esclavage et leur rendirent la vie intenable à force de corvées : préparation de l’argile et des briques et toutes sortes de travaux à la campagne ; tous ces travaux étaient pour eux un dur esclavage. Alors le roi d’Égypte parla aux sages-femmes des Hébreux dont l’une s’appelait Shifra et l’autre Poua ; il leur dit : « Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux, regardez bien le sexe de l’enfant : si c’est un garçon, faites-le mourir ; si c’est une fille, laissez-la vivre. » Mais les sages-femmes craignirent Dieu et n’obéirent pas à l’ordre du roi : elles laissèrent vivre les garçons. Alors le roi d’Égypte les appela et leur dit : « Pourquoi avez-vous agi de la sorte, pourquoi avez-vous laissé vivre les garçons ? » Les sages-femmes répondirent à Pharaon : « Les femmes des Hébreux ne sont pas comme les Égyptiennes, elles sont pleines de vitalité ; avant l’arrivée de la sage-femme, elles ont déjà accouché. » Dieu accorda ses bienfaits aux sages-femmes ; le peuple devint très nombreux et très fort. Comme les sages-femmes avaient craint Dieu, il leur avait accordé une descendance. Pharaon donna cet ordre à tout son peuple : « Tous les fils qui naîtront aux Hébreux, jetez-les dans le Nil. Ne laissez vivre que les filles. » Un homme de la tribu de Lévi avait épousé une femme de la même tribu. Elle devint enceinte, et elle enfanta un fils. Voyant qu’il était beau, elle le cacha durant trois mois. Lorsqu’il lui fut impossible de le tenir caché plus longtemps, elle prit une corbeille de jonc, qu’elle enduisit de bitume et de goudron. Elle y plaça l’enfant, et déposa la corbeille au bord du Nil, au milieu des roseaux. La sœur de l’enfant se tenait à distance pour voir ce qui allait arriver. La fille de Pharaon descendit au fleuve pour s’y baigner, tandis que ses suivantes se promenaient sur la rive. Elle aperçut la corbeille parmi les roseaux et envoya sa servante pour la prendre. Elle l’ouvrit et elle vit l’enfant. C’était un petit garçon, il pleurait. Elle en eut pitié et dit : « C’est un enfant des Hébreux. » La sœur de l’enfant dit alors à la fille de Pharaon : « Veux-tu que j’aille te chercher, parmi les femmes des Hébreux, une nourrice qui, pour toi, nourrira l’enfant ? »

La fille de Pharaon lui répondit : « Va. » La jeune fille alla donc chercher la mère de l’enfant. La fille de Pharaon dit à celle-ci : « Emmène cet enfant et nourris-le pour moi. C’est moi qui te donnerai ton salaire. » Alors la femme emporta l’enfant et le nourrit. Lorsque l’enfant eut grandi, elle le ramena à la fille de Pharaon qui le traita comme son propre fils ; elle lui donna le nom de Moïse, en disant : « Je l’ai tiré des eaux. »

 

Aux USA, au 19ème siècle, la guerre de Sécession, mit fin à l'esclavage sans mettre fin aux préjugés raciaux. Dans les décennies qui suivirent, des Américains d'origine européenne promulguèrent des centaines de lois destinées à empêcher les Blancs et les Noirs de vivre, de travailler, voire de prendre les transports en commun, ensemble.

Au milieu du 20ème siècle, l'un des premiers gestes réussis de contestation à ces lois se produisit à Montgomery, dans l'Alabama :

En mars 1955, une adolescente du nom de Claudette Colvin fut arrêtée pour avoir refusé de céder sa place à une Blanche dans un bus et, pour la première fois dans les annales de l'histoire de la ville, elle porta l'affaire en justice et gagna le procès.

Et ainsi, Claudette Colvin contribua à la fin de la ségrégation raciale dans les transports publics de l'État.

Claudette, qui a maintenant 76 ans peut être fière d'avoir pu, alors qu’elle avait 15 ans, préparer la voie à la première grande victoire du mouvement des droits civiques aux États-Unis.

« Quand il s'agit de justice, déclare Claudette, il n'y a pas de moyen facile de l'obtenir. On ne peut pas l'édulcorer. Il faut prendre position et dire : « Ce n'est pas juste. » Et je l'ai fait. »

Dans ce texte de l’Exode, nous avons des femmes qui elles aussi ont refusé l’inacceptable.

Elles nous montrent l’exemple d’une désobéissance légitime quand il s’agit de résister au mal.

Comment ont-elles désobéi ?

Comment sont-elles rentrées en résistance ?

En prenant les moyens qu’il fallait :

- des sages-femmes ont laissé vivre les garçons (1, 17)

- elles ont inventé un mensonge légitime pour ne pas subir la répression : « nous arrivons trop tard »(1,19)

- une mère a refusé qu’on tue son enfant.

- elle l’ a aimé en acceptant de le perdre pour qu’il ait une chance de vivre (2, 1-3)

- une princesse a désobéi aux ordres de son pharaon de père en recueillant l’enfant (2, 5-10)

Pour cela, encore faut-il avoir une idée claire de ce qu’est le mal.

Dans ce texte, le mal c’est :

- L’ignorance de l’histoire : Pharaon n’avait pas connu Joseph et ne savait pas que le juif joseph avait sauvé son peuple

Son ignorance de l’histoire l’empêche de considérer positivement le peuple juif.

- Une peur sans fondement, qui se nourrit d’imaginaire : « En cas de guerre, ils pourraient bien se joindre à nos ennemis » (1, 10).

- L’exploitation, l’esclavage, la violence, le génocide (1,11.14 et 1, 22).

 

 

Dire non, résister, désobéir, sont donc des chemins de foi, de salut.

Jésus a dit non à des lois sociales et religieuses qui étaient injustes.

Le suivre aujourd’hui, cela peut être aussi de résister, de dire non, de désobéir à ce que, en conscience, on juge injuste.

 

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 23:17
La société patriarcale du temps de Jésus : un oubli des commentaires de Luc 20,27-38 évangile du 32ème dimanche du TO année C

Ce passage relate une controverse entre le parti de sadducéens et pharisiens au sujet de la résurrection. Les premiers le niant, les seconds y croyant. Les sadducéens raconte à Jésus l’histoire d’une femme ayant eu 7 maris et lui demandant, pour tourner en ridicule la résurrection : « De qui sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eu pour femme ? »

Ce passage montre à l’envie la société patriarcale dans lequel Jésus a vécu et dont il a transgressé les codes  par ses paroles, ses actes, et son simple vécu quotidien.

Société patriarcale car, à l’exemple de se passage, ce sont toujours des hommes qui sont en situation de discussion, de controverse, de pouvoir : Ils n’y a pas de sadducéennes et de pharisiennes !

Société patriarcale car leur récit repose sur une loi, celle du lévirat Dt 24,5-10 («  un homme devait épouser sa belle-sœur en cas de mort de son frère pour assurer une descendance à celui-ci" 1 )

Ce qui est visé dans cette loi c’est la descendance masculine, c’est le souci qu’un homme ait une descendance : « qu’il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère » (verset v28)

Mais il n’y a pas de réciprocité. Il n’y a pas de loi de lévirat au féminin ! Nulle préoccupation d’assurer une descendance à une femme.

Il y a trace ici de l’appropriation masculine de la fécondité des femmes. Faute de ne pouvoir enfanter, il  faut s’approprier les enfants (les fils de préférence !) qui viennent des femmes.

La traduction de la Bible de Jérusalem mets bien en évidence cette appropriation par le vocabulaire employé : « prenne la femme » v28 ; « ayant pris femme » v 29 ; « prirent la femme » v 31 ; les sept l’auront eu pour femme » v 33. La femme relève de l’avoir.

Pour sentir à contrario le caractère patriarcal de cette situation, on peut écrire cette loi du lévirat au féminin: Si quelqu’un a une sœur mariée qui meurt, que sans avoir d’enfant, que sa sœur prenne l’homme et suscite une postérité à sa sœur. Il y avait donc 7 sœurs. La première ayant pris homme, mourut sans enfant. La seconde aussi, puis la troisième prit l’homme ; Et les sept moururent de même sans laisser d’enfant après eux. Finalement l’homme mourût aussi ; et bien cet homme, à la résurrection de laquelle d’entre elles va-t-il devenir l’homme, puisque les sept l’auront eu pour homme ?

La réponse de Jésus va faire voler en éclat le caractère de possession contenu dans ce type de pensée. Hommes et femmes sont déclaré-es héritier-es de la résurrection. Ils et elles sont vivants en Dieu. Et le mode de relation doit rejaillir sur le vécu terrestre et contester ce vécu terrestre qui est sous le mode de la possession.

Tous les commentaires font de  ce texte, fort justement, une prise de position sur la résurrection mais peu ou pas, pointent le caractère patriarcal de l’histoire initiale des 7 frères. Et donc édulcore la révolution de Jésus.

1-C.FOCANT et D.MARGUERAT, Le nouveau Testament commenté, Bayard et Labor et Fides 2012 Page 371

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 14:47
Homélie de Sr Michèle: 2ème dimanche de Pâques avec Thomas

Dans l’évangile de Jean au chapitre 20 verset 19 à 28

Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

 

Les évangiles ne sont pas faits pour être lu seulement mais pour qu’on y entre ! Y entrer et être là à regarder, écouter pour qu’ils nous communiquent la vie de Jésus.

Alors regardons et écoutons.

Regardons le lieu. Les disciples sont à l’intérieur d’une maison qu’ils ont verrouillée. Un lieu clos.

Et c’est la peur qui les a fait s’enfermer. On peut comprendre ! Disciples d’un condamné à mort, ils appartiennent au camp de la défaite, au parti de la défaite. En fait, ils sont comme leur maître : enfermés dans un tombeau.

Soyons avec eux dans ce lieu : lieu de la déception après tant d’espoir suscité par l’action de Jésus quand ils le suivaient , lieu de tristesse après tant de joie que sa parole avait éveillé en eux, lieu de la nuit après tant de lumière que sa présence leur donnait, lieu de mort après tant de vie qu’il donnait à qui le rencontrait !

Les rejoindre dans ce lieu là. Pourquoi ?

Parce que ce lieu c’est aussi le nôtre : notre vie aussi est traversée par des déceptions, des tristesses, des nuits, des morts.

Si nous consentons à les rejoindre dans le lieu là, ce texte va nous concerner, ce texte va pouvoir nous parler.

Il va nous dire que Jésus aujourd’hui vient nous rejoindre nous aussi.

Nous allons pouvoir accueillir la phrase étonnante : « Jésus vint et se tint au milieu d’eux ».

Cette bonne nouvelle va nous être dite à nous : Jésus nous rejoint au cœur même de ce qui peut faire mal dans notre vie, et aucun verrou au monde ne peut l’empêcher de nous rejoindre.

Même ceux que je me suis mis moi-même.

Mais pour cela, il vous sera nécessaire d’oser nommer ce qui en vous relève de la déception, de la tristesse, de la nuit, de la mort dans votre vie pour pouvoir ensuite regarder, étonné, ébloui, Jésus venir et se tenir là pour vous assurer de sa présence, et vous adresser sa parole de paix :

« Paix à vous », parole 3 fois dites dans ce passage.

Ecoutons une autre parole toute aussi étonnante :« Moi je vous envoie recevez l’Esprit Saint, remettez les péchés »

Ces paroles du Christ, s’adressent aux disciples, donc à chacun de nous.

Nous aussi sommes envoyés, recevant la force de l’Esprit Saint pour être signe du pardon offert.

Souvent, nous ne prenons pas assez au sérieux ce que nous dit Jésus, nous nous protégeons de ses paroles en nous disant : ce n’est pas à nous qu’il s’adresse.

Baptisés, donc disciples nous sommes envoyés :

Accueillons cet envoi en mission, c’est constitutif de notre être baptismal.

L’Esprit nous a été donné au baptême et à la confirmation.

Il nous a fait prêtre, prophète et roi.

-Roi pour gérer notre vie dans le sens de la justice, et ouvrer à un monde selon le cœur de Dieu

-Prêtre pour être des célébrants de son amour, devant lui pour le louer

-Prophète pour écouter sa parole et pouvoir en témoigner par nos actes et nos paroles

-Envoyés pour dire la miséricorde.

Ces mots de Jésus aux disciples sont donc pour nous.

Ecoutons une autre parole : « Nous avons vu le Seigneur » et mesurons l’extraordinaire de la joie des disciples : le vaincu, le rejeté, le condamné, le crucifié mort sur la croix, il est vivant et on l’a vu vivant.

La lumière après la nuit, la joie après la douleur.

Pesons ce poids de joie des disciples.

Pesons la force de cette joie, qui seule explique la force de leur témoignage, la transformation que cela va opérer en eux et qui ira jusqu'à donner leur vie pour témoigner de lui.

Cela voulait dire pour eux que tout dans la vie de Jésus est véridique, que tout est digne de foi.

Dieu a donné raison au crucifié contre ceux qui en avait fait un paria, un blasphémateur.

Notre foi repose sur leur témoignage.

Ils ont vu c’est pourquoi ils ont parlé.

Ce « voir » des disciples n’est pas le nôtre. Et pourtant, nous aussi d’une autre manière il nous est donné de voir ! Comment ? Une question que je laisse à votre réflexio priante !

Regardons Thomas.

Patron des douteurs dit-on, un modèle pour nous qui pouvons vivre le doute lancinant mais surtout le modèle positif de ceux qui veulent bâtir leur foi sur une expérience personnelle et non sur une rumeur.

Ecoutons une autre parole de Jésus

« Porte ton doigt ici : voici mes mains. Avance ta main et mets-la dans mon côté »

Entendre ces paroles de Jésus à Thomas. Elles sont l’exacte réponse à sa demande : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous…si je ne mets pas ma main à son côté… »

Prenons conscience de la délicatesse de Jésus : Jésus approuve Thomas dans son désir de toucher et de voir, il le rejoint au cœur de son incrédulité, comme il nous rejoint aussi là où nous sommes et comme nous sommes.

Regardons avec les yeux de la foi ce corps glorieux de Jésus, ce corps ressuscité qui porte à jamais et pour l’éternité les marques de sa passion.

Dans la foi, nous pouvons faire le même geste que Thomas et déposer en ses blessures, nos blessures, tristesses, déceptions, peurs, nuits…

Ecoutons la béatitude que Jésus exprime :

« Heureux ceux qui croiront sans avoir vu »

Il parle de nous.

Goûtons là encore la délicatesse de Jésus. Il pense à nous qui ne sommes pas les témoins directs, et qui croient sur le témoignage des disciples. Joie de croire.

Laissons-nous aller à cette joie

Ecoutons le cri de Thomas « Mon Seigneur et mon Dieu »

Un cri qu’on peut avoir après tant de nuit. Il est le seul à le pousser. Heureuse nuit qui lui a valu un tel cri de joie et de foi. Ce cri, on peut le faire nôtre pour laisser descendre en nous la réalité qu’elle signifie : « Mon Seigneur et mon Dieu »

 

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 22:18
Homélie de Sr Michèle: Pâques, du fermé à l'ouvert.

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; C’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.

Jn 20/1

 

Le tombeau était scellé. La mort semblait triompher. C’était à la fois la personne de Jésus mais aussi son message, le Royaume dont il témoignait qui étaient enterrés, celui qu’il avait commencé à instaurer par ses paroles et ses actes. Royaume fait de respect de toutes et de tous sans discrimination. Royaume de frères et sœurs dans l’égalité. Royaume de justice, de pardon, de partage, de joie. C’est tout cela qui se trouvait enfermé dans la nuit du tombeau.

Et l’inouï se produit : la tombe est ouverte et vide. Où est-il ? La vie a triomphé de la mort. Dieu a ouvert ce qui était fermé et c’est pour nous le gage de la victoire sur tout ce qui nous enferme, de tout ce qui est mortifère : Dieu est de notre côté dans l’Ouvert. Et c’est depuis toujours que Dieu a pris le parti de l’Ouvert : Créer, recréer, ressusciter, c’est ouvrir. Prendrons-nous le même parti ? Pour cela, une conversion est nécessaire : la résurrection du Christ n’est pas quelque chose à croire comme on récite une formule, c’est quelque chose à vivre. Vivre ce que l’on croit, c’est répondre à un appel à vivre autrement. La foi est un engagement, une prise de position, un combat pour faire gagner la vie, pour faire gagner le royaume inauguré par Jésus. C’est vivre dans l’ouvert.

Un des drames de l’histoire de l’Eglise, c’est de n’avoir pas su assez tirer les conséquences politiques et sociales de la résurrection. La résurrection donne raison à Jésus, donne raison à ce qu’il a fait contre ceux qui l’ont crucifié au nom de fausses conceptions de Dieu, parce que Jésus remettait en cause l’utilisation religieuse du pouvoir et qu’il voulait un royaume de justice. Au lieu d’en faire un formidable levier de résistance à l’injustice, elle a souvent servi à n’être qu’un article de foi qui renvoyait la justice à la vie après la mort, ne contestant aucun pouvoir, confortant la résignation. Rendant impossible une lecture sociale et politique de la résurrection.

Pourtant la résurrection est bien l’espérance que Dieu ne se résigne pas à l’injustice, qu’il la combat à côté de ceux qui la subissent et la combattent. Comment faire pour que l’orthodoxie d’un énoncé de foi ne reste pas inopérante dans nos vies et nos sociétés ?

Pour cela, voir le Christ humilié et crucifié en tout personne humaine qui souffre, dans toutes les déshumanisations de notre monde.

Pour cela, voir la résurrection à l’œuvre en tout lieu, en toute action, en toute personne, en tout ce qui humanise notre monde.

Croire en la résurrection, c’est sortir de ce qui est fermé pour ouvrir les chemins du possible…et de l’impossible.

 

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 17:10
Homélie de Sr Michèle: Jeudi Saint, une révolution spirituelle.

Jn 13/1-17

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. » Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Amen, amen, je vous le dis : un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites.

 

 

Pourquoi sommes-nous là ? Pour regarder le Christ serviteur, regarder ce qu’il fait, ce qu’il dit, ce qu’il est. Le regarder et s’imprégner de lui. S’imprégner de sa manière d’aimer et nous laisser aimer par lui pour ensuite aimer sa manière.

Jésus ne commence pas par parler mais il agit. Imprimons en notre cœur chacun de ces gestes:

Il se lève de table

Il quitte son manteau

Il met un linge autour de sa taille

Il verse de l’eau dans un bassin

Il se met à genoux

Il lave des pieds

Il est le Maitre, il est Seigneur

Il est Dieu et il est à genoux en serviteur.

Prenons conscience de l’inouï de ce geste.

Cela bouleverse nos idées sur Dieu.

Dieu n’est plus en haut, il est en bas, en humble place. Une révolution spirituelle !

Chacun-e de nous peut entrer dans cette scène, se mettre à table avec les disciples.

Jésus s’approche de chacun-e de nous

Il se met à genoux devant nous.

Il nous lave les pieds.

Comment je réagis à cela, à ce Dieu à genoux devant moi ?

Refuser comme Pierre tout d’abord ?

Accepter ensuite ?

Si j’accepte que Jésus me lave les pieds, j’accepte que Dieu m’aime, que Dieu prenne soin de moi, j’accepte de me laisser aimer par lui

Mais cela m’engage au même geste pour les autres.

Alors nous pourrons entendre sa parole : « un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Entendre et comprendre la raison du geste du Christ tel qu’il est dit au début de ce texte 

« Sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout »

Jésus donne sa vie jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême de la croix. Il en donne le sens par ce geste du lavement des pieds.

Entendons son appel à le suivre : servir à sa manière.

 

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